FIN DES OPÉRATIONS EN ESPAGNE
Passage du Tage(t5 septembre). — Siège de Burgos (19 septembre).— Levée do liège (12 octobre). —Passage de la Tonne. (10 novembre-Retraite des allié» (19).
L'armée du centre et celle d'Andalousie ayant opéré leur jonction dans le royaume de Valence, le roi Joseph reprit aussitôt l'offensive et se porta dans le bassin du Tage. Eu a5 jours on atteignit Aranjuez qu'occupait l'aîte droite de Wellington commandée par Hill. Ce général ne fît point de résistance, il se replia obliquement sur la Sierrade-Guadarama. Les Français passèrent le Tage, rétablirent Josepii dans sa capitale et se mirent à la poursuite des alliés. Cependant les Anglais ne désespérant pas de se rendre maîtres de Burgos, se concentrèrent aux environs de cette ville; son château enlevé , ils se flat-
taient de rejeter les débris de l'armée de Portugal au-delà des Pyrénées; les corps d'Andalousie, de Valence, de Catalogue n'avaient plus qu'à gagner précipitamment Perpignan ; la Péninsule entière était délivrée. Mais ce château tint bon : l'immortelle résistance de Dubreton mit encore une lois en question la fortune du général anglais. Pendant 35 jours, 1800 Français renfermés dans un vieux donjon revêtu d'une double ligne de redoutes , bravèrent l'effort de 3o ,000 hommes. Quatre mines, cinq assauts, des privations cruelles, rien ne les émut, et ils curent la joie de voir les assiégeans lâcher prise, chassés par les mouvemens combinés de Souham et de Soult.
Le premier, ayant rallié les deux divisions de la jeune garde et réorganisé i'arméc , arriva sous Burgos , comme les Anglais effectuaient leur retraite. Il les poursuivit, l'épée dans les reins, en débordant leur gauche et les mena battant jusqu'à Tordesillasoù il fît halte pour préparer sa jonction avec les armées du midi et du centre. Celles-ci, cependant, s'attachant aux pas de Hill, traversèrent rapidement Valdemoro, Puente- Tosamo , Arevallo , se mirent en communication avec Souham par Mcdina-del-Campo , et jetèrent des avant-postes jusqu'à la Tormès, où elles reconnurent l'ennemi en position sur la rive droite , depuis Alba jusqu'à Salamanque. Soult combina l'attaque générale de manière à le tourner par la droite et à engager l'action sur le champ de bataille des Arapiles. Souham se porta sur Alba, les deux autres colonnes, appuyant à gauche, surprirent le passage de la rivière, au-dessus de cette ville.
Ce mouvement échappa au général ennemi. Les trois armées défilèrent sans opposition sur la rive gauche et se déployèrent par la gauche , comme l'avait fait Marmont, dans le dessein d'intercepter la route de Ciudad- Rodrigo. Ces dispositions, prises au milieu d'un brouillard épais, consu* mèrent presque toute la journée. Vers le soir, on allait commencer le feu lorsque éclata un violent orage qui condamna les Français à l'inaction et dont les Anglais profitèrent pour s'éloigner. On les poursuivit pendant trois jours sans pouvoir les contraindre à faire volte-face, et le seul fruit de ces marches habiles fut quelques milliers de prisonniers , outre une quantité considérable de bagages. Les alliés regagnèrent leur camp entre l'Agueda et la Coa, puis, de part et d'autre, on se répandit dans ses. quartiers d'hiver.
Après le départ de Joseph , les Français resserrèrent leurs positions, dans le royaume de Valence, occupèrent fortement San-Felippe et se tinrent sur la défensive. Les Anglais crurent mettre la circonstance à profit pour s'emparer de Dénia; ils jetèrent sur la côte, près de cette ville, laoo hommes qui s'avancèrent jusqu'aux remparts et sommèrent.
le commandant français. Celui-ci, loin de s'en émouvoir, sortit hardiment de la place et repoussa les assaillans jusqu'à leurs vaisseaux.
Cette escarmouche irrita le maréchal , il prit trois divisions et les porta sous Àlicantc pour offrir la bataille. Les alliés ne l'acceptèrent point et les Français rentrèrent dans leurs cantonnemens après quelques engagemens de cavalerie où l'avantage fut constamment de leur côté.
En Catalogne le reste de la campagne de 1811 se passa presque tout en escarmouches ; mais l'armée espagnole «'étant encore rassemblée à Vich, on y marcha, on la rejeta sur Mont-Serrat, on lui enleva cette position formidable, on rétablit la ligne de défense sur le Llobregat, de Martorell à Barcelone.
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RETRAITE DU YîCE-ROl ,
Défection des Prussiens (6 février). — Combat de Kalish (i 3). —Départ de Poses (m).— Evacuation de Berlin (3 au 4 mars). — De Hambourg (i 8). — De Dresde («7). — Combal de Mœckern (5 avril).— Retour sur la haute Saale (q).
Les armées russes restèrent sur la Passarge et le Bug. La ligne de la Vistule était donc intacte et l'on n'avait perdu que quelques lieues de terrain. Cependant l'empereur ne se fit point illusion sur l'étendue de la blessure qu'avait reçue sa puissance : il pressentit que l'Europe entière allait lui échapper, si des armées formidables ne remplaçaient pas rapidement celle qui venait d'être détruite.
En effet , l'exemple donné par York avait ébranlé le sol où il fallait se défendre. L'opposition sourde qui s'agitait depuis cinq ans, voyait enfin l'occasion d'éclater , et de tous points la nation allemande se disposait à profiter des désastres des Français pour les rejeter hors de son territoire. Malgré le désaveu du roi de Prusse, la défection de son général obtint l'approbation des masses et le gouvernement fut entraîné à l'imiter. Les détachemens qui traversaient les villes du Brandebourg
CAMPAGNE DE 1813. m
pour renforcer le vice-roi, assistèrent à la formation des milices qu'ils devaient bientôt combattre. Ce fut au cri de liberté que les peuples d'outre-Rhin aiguisèrent leurs armes, et ce mot de ralliement contre la domination impériale retentit jusqu'au sein de la France , où il trouva plus d'un écho.
Cette explosion était toute naturelle en Allemagne : occupée militairemenl , contrainte dans ses relations commerciales, dans ses habitudes , elle avait le droit de crier à l'oppression, quelles que fussent pour l'avenir les conséquences des évènemens dont elle souffrait. Mais comment la France vit-elle sans émotion s'écrouler l'édifice de sa grandeur? Comment cette nation énergique, si prompte àsc soulever contre l'étranger, vit-elle avec indifférence les coalisés s'avancer pas à pas du Niémen aux bords de la Seine?
Nous avons indiqué comment les questions de réformation intérieure furent transformées en question de guerre, comment le gouvernement né de la révolution fut amené à la forme dictatoriale, comment Napoléon fut investi de ce pouvoir suprême , identique dans son origine avec les vœux de tout un peuple. Mais toute dictature est essentiellement périssable. Plus ses succès ont d'éclat , plus elle inspire de sécurité aux croyances, aux idées qu'elle défend, plus la nécessité devient problématique; puis de nouvelles générations surviennent qui la prennent en haine à l'égal du despotisme, sans examiner si elle n'a pas été instituée pour sauver la liberté. Toute dictature aussi tend à se perpétuer. Il n'es* pas de notre sujet de rechercher si le génie de Napoléon s'est élevé au dessus de la loi commune, ou s'il ne s'était point habitué à considérer comme absolues les formes auxquelles il avait été entraîné à façonner la société.
Quoi qu'il en soit, depuis plusieurs années, des hommes que la postérité jugera peut-être sévèrement, mais sur qui les contemporains ont été divisés, préparaient sa chute, secondés par l'impatience des jeunes générations. L'Europe épiait cette disposition des esprits : elle entrevit avec joie l'occasion de séparer enfin les armées, de la masse nationale. Elle renonça en apparence aux desseins qu'elle n'avait pas craint de divulguer dans ses déclarations de 1 791 et dans le manifeste du duc de Brunswick. Elle eut l'habileté d'aller chercher dans l'exil un illustre général de la république, pour le montrer à ses anciens frères d'armes comme gage d'une transaction. Elle applaudit à la constitution démocratique des Cortès, elle se prit d'une grande tendresse pour la France, pour les libertés françaises; on eut dit que 89 était passé dans le camp de Pilnitz. Enfin, elle réduisit ses prétentions au renversement de Napoléon, de l'ennemi commun. La fortune se déclara pour elle ; les soldats périrent, les citoyens acceptèrent de l'étranger leur prétendu affranchissement, et les
grands corps de l'état livrèrent aux coalisés Paris et la personne de l'empereur.
Malgré les immenses perles de la grande-armée, les Russes étaient hors d'état de rien entreprendre. L'hiver ne les avait point ménagés, et il leur restait à peine, en première ligne, 5o,ooo combattans. Si l'expédition eût eu pour mobile non la volonté d'un conquérant , mais une réaction unanime des peuples civilisés sur les envahissemens de la barbarie , on eût conservé l'initiative, et ils eussent été impuissans ù couvrir leur seconde capitale. Le temps n'était pas encore venu.
Il y avait déjà à Posen 3o,ooo baïonnettes; les renforts arrivaient do toutes parts. L'armée d'Espagne fournissait sa vieille cavalerie, les divisions stationnées en lllyrie traversaient leTyrol, le sénat décrélait, outre de nouvelles levées, la mobilisation de 100 cohortes de la garde nationale, imposante réserve qu'où avait mise sur pied à l'ouverture de la campagne précédente. Toutes ces fortes eussent atteint la Vistule, si l'infidélité des alliés n'eût livré aux Russes les deux premières lignes de défense du vice-roi.
Ix; général prussien Bulow ouvrit ses rangs à Witlgenstein qui , ayant passé la Vistule au-dessus de Dantzig,se porta sur le Bas-Oder. Dans les même temps, l' Autriche fit une déclaration de neutralité année, et Scliwarzenberg , après avoir remis Varsovie à i5ou 20,000 Russes , conduisit à Crarovic ses 3o,ooo hommes. Il entraîna le corps polonais qu'il obligea de traverser sans armes la Gallicie, pour regagner le Haut-Oder. Reynier se replia sur Kalisch , d'où il fut déposté a la suite d'un vif et glorieux engagement. Les Russes débordèrent alors les deux flancs du vicc-roi qui fut obligé d'ordonner la retraite. Ses colonnes, dénuées de cavalerie, gagnèrent péniblement la Sprécet cherchèrent à tenir bon^: le corps principal à Kœpcnick, le centre à Lubben, la droite à Bautzen. Mais Wittgcnstein ayant passé l'Oder entre Francfort et Custrin , continua à côtoyer l'extrême gauche et se présenta aux portes de Berlin , où il fut accueilli en libérateur. L'arméo française abandonna celte capitale et la Sprée pour se former en arrière de l'Elbe. Le vice-roi s'établit à Wittenberg et rallia lescorpsde Luuriston (5% i5ooo) Victor (ar, 5ooo) Davoul f 1" ao,ooo) qui a organisaient de Magdeburg à Dresde. Tout le fleuve était défendu; deux délachcmcns, sous Joseph Morand et Carra Saint-Cyr occupaient la Poméranie et Hambourg. On n'avait évacué ni les places de l'Oder , ni celles de la Vistule et le premier succès pouvait reporter l'armée au cœur de la Pologne.
Cependant le roi de Prusse avait signé avec le czar un (railé d'alliance offeusive et défensive qui mettait à la disposition du dernier près de 100,000 hommes. On forma deux armées actives : l'une de 53,ooo hommes sous
GOUVION-SAINT-CYR (Louis),
Né ■ Toul le i3avril 1764. — Général en chef de l'armée de Portugal en 180 1, — de l'armée de ffaples eni8o5. — Commandant en chef do 6' et du 10* corps de la Grande-armée en 181a. — Maréchal de France en 181a. — Deux fois ministre de la guerre sont la Restauration. — Mort en 18)0.
Bataille de Dresde (I H13 ).
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Witlgenstein , York et Bulow ; l'autre, de 45,ooo sous Blucher et Winzingerode. On masqua les forteresses avec 60,000 hommes, et l'on poussa en avant dans l'espérance de dissoudre la confédération du Rhin. Les cosaques de Tcttenborn (10,000) inondèrent le Bas-Elbe, déblayèrent la Poméranic , enlevèrent Hambourg, isolèrent le Danemark qui momentanément se déclara neutre, et frayèrent le chemin au contingent suédois que Bernadotte avait promis. Les armées régulières prirent pour but commun la Saxe, dont le souverain , ébranlé par leurs menaces, avait déjà refusé aux troupes françaises l'entrée des places de Kœnigstein et de Torgau. Elles s'y portèrent : celles de Blucher, en débouchant sur Dresde, Meissen et Torgau ; celles de Wittgenstein , sur Wittenbcrg après avoir placé un corps d'observation devant Magdeburg.
Les Français évacuèrent Dresde qui fut immédiatement occupé par les coalisés. Eugène ne tenait plus à l'Elbe que par Magdeburg, mais eu pivotant habilement sur cette forteresse, il arrêta l'élan des vainqueurs et il tint en suspens la cour de Dresde, dont la défection eût ramené la guerre sur le Rhin.
Pendant que Davout courait au Bas-Elbe, prenait position à Brunswick et se mettait en communication avec Carra- Saint-Cyr et Morand pour couvrir le Weser, Eugène se rangea sur les bords escarpés de la Saale en étendant sa gauche de Bernburg à Wcrden; puis, lorsqu'il eut vu Wittgenstein passer l'Elbe et marcher sur Leipzig, il saisit la droite et le centre, déboucha résolument de Magdeburg, culbuta le corps d'observation et parut menacer Berlin. Wittgenstein , justement surpris de voir les Français reprendre si promptement l'offensive, se hâta de revenir sur ses pas pour se déployer en bataille à Moeckem à cheval sur la route du Brandeburg. Après un vif engagement Eugène dont le but était rempli , rentra dans la place et se tînt prêt à remonter le cours de la Saale. Il y fut bientôt rappelé; Blucher maître de Dresde, lança des coureurs sur la route de Francfort, Leipzig fut occupé. Enfin , l'aile gauche de Wittgenstein s'empara de Halle et de Merseburg. Ce général, lui-même, entra dans Dessau et resserra Wit* tenberg.
m GUERRES DE LA REVOLUTION.