‹ Tableau des guerres de la révolution, de 1792 à 1815Chapitre 55 sur 120 · I.E9 FRANÇAIS REPRR&HEKT l'oPPEKSIVE · texte numérisé non relu

I.E9 FRANÇAIS REPRR&HEKT l'oPPEKSIVE

Combats de WeisMnfels (3 avril). — De Poierna (ier mai). — Bataille de Lutzen (3 mai). — Reprise de Dresde (8). — Combat de Bihcbufswerda (1 a). — De Weissig'el Kœnigswartba (19) — Batailles de Baulzen (ao>— De Wiirschcn (ai).— Combat de Rcicbenba<h (aa). — Entrée à Breslau(i*' juin Armistice de Parscbswiu.

La ligne de la Saalc était entamée, mais Ton avait gagné quinze jours bien précieux. Pendant que le vice-roi se reportait tout entier sur sa droite, pour reprendre Halle et Merseburg; de Bamberg, de Hanau, d'Eisenach,de Wurtzburg les colonnes de la grande-armée s'avançaient et l'empereur arrivait à Mayence. Toujours prompt à reconnaître le péril, il les porta sur la Saale : Oudinot (iae corps 1 5,ooo) à Saalfeld; Bertrand (4* corps i5,ooo) à Iena; Marmont (6* corps 10,000) à Camburg et Dornburg; enfin Ney (3e corps 38,ooo) et la garde (ao,ooo) à Naumburg; sur ces entrefaites Eugène étant rentré dans les positions perdues, on se trouva maître de tous les défilés de la Saale; mais l'intention de l'empereur n'était point de rester sur la défensive. Il donna l'ordre au vice-rot de pousser sur Leipzig les troupes qu'il venait de battre, à Ney de déboucher sur la môme ville par Naumburg, au reste

de l'armée de défiler par le flanc gauche, le long de la Saalc pour suivre

le chemin frayé par le 3* corps.

On ignorait quels ennemis étaient en présence; mais Leipzig avait

paru jusque-là le centre des opérations des coalisés et l'on ne doutait

point qu'ils n'acceptassent la bataille dans les plaines de Ja Saxe ou leur

cavalerie nombreuse leur donnait une apparente supériorité sur une armée composée uniquement d'infanterie.

A quatre lieues de Naumburg, aux portes de Weissenfels, Souham avec l'avant-garde de Ney se heurta contre 7000 chevaux russes commandés par Landskoi. Former les carrés, repousser toutes les charges de l'ennemi , le culbuter, entrer dans Weissenfels en poussant des cris de victoire, ce fut l'affaire de quelques heures. Les conscrits du 3* corps se comportèrent comme de vieilles troupes , et le lendemaiu ils marchèrent bravement à l'attaque du défilé de Poserna par où l'on passe, du vallon encaissé de la Saale, dans la plaine de Leipzig. i5,ooo hommes étaient rangés sur les hauteurs et une batterie de six pièces barrait la route. Souham, soutenu par douze pièces d'artillerie de la garde et par Ney en personne, força le passage au pas de charge. L'ennemi, masqué par sa cavalerie, se retira derrière le Floss-Grabeu et disparut. La victoire fut chèrement achetée : dès les premiers coups de feu un boulet atteignit mortellement Bessières, l'un des plus dévoués lieutenans de l'empereur; perte cruelle au moment où tant d'amitiés chancelaient autour de lui. L'armée entière s'avança à la suite de Ney qui fit dans la soirée, auprès de Lutzen, sa jonction avec Macdonald (11* corps, 19,000) formant l'aile droite du vice-roi.

En descendant des hauteurs de Poserna on a devant soi, en droite ligne, d'abord la petite ville de Lutzen, célèbre par la victoire et la mort de Gustave- Adolphe, puis cinq lieues plus loin, Leipzig. A droite, le terrain s'étend à perte de vue, borné dans le lointain par les montagnes de la Bohême, coupé par l'Elster, de triste mémoire, par la Pleisse et par le Floss-Graben, canal de dérivation de l'Elster qui côtoie le chemin de Dresde à Lutzen. Des villages, des plantations sans nombre attestent la richesse et la fertilité de ce théâtre de tant de combats. L'empereur établit son bivouac auprès de Lutzen ^ entouré de la garde et du 3* corps. Macdonald devint téte de colonne, Marmont, Bertrand, Oudinot, s'échelonnèrent de Lutzen à Weissenfels.

Le jour suivant l'armée continua le mouvement sur Leipzig, flanquée par Ney qui prit des cantonnemens à droite de Lutzen sur la route de Dresde, dans les quatre villages de Kaya, Rahna, Klein et Gros- Gœrschen.

Déjà Lauriston, se déployant par la route de Merseburg, faisait retentir son artillerie sous les murs de Leipzig; déjà Napoléon, attiré par le feu, courait en avant avec le vice-roi, le grand quartier-général et le prince de la Moskowa, lorsque des officiers d'ordonnance, arrivant à toute bride , annoncèrent que le troisième corps était vigoureusement assailli.

kiU GUERRES DE LA REVOLUTION.

Pour expliquer cette attaque soudaine il faut se reporter aux dernières manœuvres de Wittgenstein contre l'aile droite du vice-roi. Tandis que ce prince, en dernier lieu , revenait sur la Hautc-Saale, le général russe, laissant devant Magdeburg le corps prussien de Bulow , traversa Leipzig, fit sa jonction sur I Elster avec Blucher, prit le commandement en chef, déploya ses forces de Leipzig à Zeitz et les porta en avant, la gauche en tête, pour déborder le vice-roi et gagner la Thuringe.

Ce mouvement était bien conçu ; il eût rejeté toutes les troupes en ligne sur la Basse- Westphalie qui était, dans le même temps, ravagée par des nuées de cosaques. Mais l'apparition inopinée de la grande-armé*, au moment où la droite des coalisés débouchait de Weissenfels; mais les combats des 3o avril et 1er mai déjouèrent les projets de Wittgenstein, lui annoncèrent la présence de l'empereur et la jonction des corps qu'il espérait séparer. Cependant il prit une audacieuse résolution: ce fut de refuser sa droite (i 5,ooo), d'attirer ses adversaires sur la route où ils s'étaient engagés et de se jeter sur leur flanc droit : son centre (80,000) prit la route de Dresde à Lutzen : sa droite (13,000) celle de Stossen. Il se flattait encore de les surprendre, de les couper en plusieurs parties. La faiblesse de la cavalerie française lui avait permis de dérober les apprêts de cette habile combinaison qui eût réussi contre d'autres troupes et d'autres généraux.

La bataille, que l'empereur allait chercher aux portes de Leipzig, lui était donc offerte sur le terrain même où il avait passé la nuit. 11 fut en mesure. Ney courut à son corps d'armée, les autres généraux firent halte, iront, puis obliquèrent, Macdonald à droite, Marmont et Bertrand à gauche, pour s'aligner sur le village de Kaya. Oudinot se porta sur Stossen au-devant de la gauche de l'ennemi. Victor et Lauriston étaient déjà aux prises avec sa droite. Par ces dispositions Napoléon faisait de Kaya la clef du champ de bataille et s'imposait la nécessité d'en rester maître; il s'en rapprocha avec la garde et la cavalerie. Pendant que ces mouvemeus s'opéraient , Ney soutint seul le poids des masses de l'ennemi. Le vieux Blucher, dont le nom va souvent reparaître, personnification de ces haines nationales que les révolutions font naître et que le temps efface, Blucher, à la tête d'une division et d'un corps de cavalerie, avait engagé l'action avec une ardeur qui témoignait de l'élan des Prussiens.

Les quatre villages sont disposés en losange; sur la route à 1200 toises l'un de l'autre, d'abord en venant de .Dresde Gros-Gœrschen , puis Kaya : des deux côtés Klein-Gœrschen et Raima l'un à droite l'autre à gauche , distans d'environ 700 toises.

Au premier choc Souham , repoussé de Gros-Gœrschen , se replia sur h seconde division qui occupait Klein-Gœrschen et Rahna, là il tint bon

jusqu'à deux heures, et obligea Blucher à demander des renforts. Wittgensteio envoya trois divisions dans le moment même où Ney survint avec deux autres divisions. L'équilibre étant rétabli, le feu se soutint à chance» égales. Enfin l'ennemi se déploya par sa gauche pour tourner les positions si vaillamment défendues; mais Marmout entra alors en ligne avec de vieux régimensde la marine, déjoua celte tentative et repoussa de furieuses charges de cavalerie. Cependant le nombre des assaillans s'accrut, le troisième corps fléchit, perdit les deux villages et laissa les Prussiens pénétrer jusque dansKaya. Uu nouveau renfort lui permit de revenir à l'attaque, il reprit Kaya et se porta vivement sur Rahna et Klein-Gœrscheu. A cet instant le combat était devenu général. Wiltgenstein, irrité de la ténacité des troupes qu'il avait cru surprendre, fit donner ses réserves, repoussa encore une fois Ney, et emporta le village de Kaya dont l'importance était décisive. Mais la garde était là. L'empereur la lança tout entière en avant, précédée d'une formidable batterie de 64 pièces. Blucher essaya vaine* ment de lutter contre le torrent: écrasé, décimé parla mitraille, il fut brisé. La jeune garde pénétra dans Kaya par toutes les issues, fit mainbasse sur tout ce qui lui tenait tète. Macdouald parut en face de Kleiu- Gcerschen, mit ses canons en batterie le long du Floss-Graben et, foudroyant les troupes défaites, les empêcha de se rallier. On reprit les quatre villages que les flammes dévoraient; enfin Marmont, Bertrand culbutèreut tout devant eux. Lauriston et Victor étaient déjà maîtres de Leipzig, Oudinotseulne fut point engagé. Toute la ligue ennemie plia affaiblie de i5à 20,000 hommes; sa belle cavalerie la préserva d'une entière déroule. Dans la nuit elle essaya de ressaisir le champ de bataille, mais les vainqueurs étaient bivouaqués en carrés. Leur prévoyance, leur promptitude à se mettre sous les armes, firent échouer cette dernière tentative.

I^a journée de Lutzcn eut, en Europe, un retentissement égal à celui des plus belles victoires de l'empereur. L'Autriche, les rois allemands suspendirent leurs projets de défection, stupéfaits de voir la France si féconde en vailians guerriers , de voir l'armée , dont l'existence était douteuse suppléer par l'habileté des manœuvres à l'insuffisance de son organisation.

Militairement, ses conséquences étaient d'une haute importance. Wittgensteiu jeté hors de sa ligne d'opération, les routes de Berlin découvertes, la masse des coalisés refoulée sur Dresde, exposée à être débordée, acculée aux montagnes de la Bohême , c'étaient d'assez bril la ns résultats pour une armée de recrues, sans cavalerie.

Les alliés se retirèrent. Napoléon , après avoir expédié à Davout l'ordre de rentrer dans Hambourg et de menacer Berlin; après avoir détaché Ney, renforcé du a' corps, sur Wittenberg et Torgau, se mit

à leur poursuite par les routes de Leipzig, Borna et Chemnitz. L'avantgarde, commandée par le vice-roi, fut constamment aux pnses. L'ennemi faisait tous les jours volte-face et défendait le terrain pied à pied. Il fallut emporter de vive force le passage de la Muldc, il fallut conquérir chaque étape. Eugène sortit victorieux de ce long et pénible combat; enfin après un dernier choc sous les murs de Dresde, il fit son entrée dans cette capitale que les souverains coalisés venaient d'évacuer.

Tous les ponts de l'Elbe étaient détruits et l'ennemi, maître de Neustadt, tenait sur la rive droite. Il fallut trois jours et une vive canonnade pour rendre le passage praticable. Lorsque le défilé commença les coalisés prolongèrent leur retraite. Ils placèrent Miloradowich (a5,ooo) à Bishofswcrda. Us jetèrent sur leur droite Kleist (8,000) et Platof (4,ooo) pour couvrir l'Elster-Noir jusqu'à son confluent; enfin ils renfermèrent le reste de leurs forces dans le camp retranché de Bautzen.

Il y eut eu complète analogie entre cette manœuvre et celle du viceroi après la perte de Dresde, si le roi de Saxe eût livre aux ennemis la place de Torgau , mais ce monarque s'était rapproché de l'empereur. Il ordonna de remettre ses forteresses aux troupes françaises, et l'on put pousser en avant sans crainte d'une contre-marche sur la rive droite de l'Elbe. Le premier soin fut de faire disparaître le rideau qui s'étendait le long de l'Elster-Noir, afin d'ouvrir la communication avec Ney qui se portait de Torgau à Luckau pendant que Victor restait en observation à Witteuberg.

Macdonald , soutenu à droite par Oudinot , à gauche par Bertrand et Marmont, Mortier à la tête d'uue division de la jeune garde, soutenu par Lauriston, débouchèrent par les routes de Bautzen et de Grossenhayn.

Les deux maréchaux furent engagés le même jour; Mortier culbuta Kleist et Platof de Grossenhayn. Macdonald aborda Miloradow ich , l'entassa dans Bishofswerda, le chassa de cette ville, qui devint la proie des flammes, le mena battant jusqu'à la Sprée et le força de repasser la rivière. Après quoi il resta en position sur la rive gauche. Mortier s'établit à Kœnigsbruck ; lauriston balaya le cours de l'Elster et gagna Hoyerswerda.

Ces mouveraens déterminèrent la concentration de Wittgcnstein dans le camp de Bautzen; il ne pouvait plus en sortir pour se rapprocher de Berlin qu'en prêtant le flanc à la grande-armée. Il valait mieux attendre la bataille et s'en remettre pour la sûreté de la capitale aux corps de Bulow , qui avait quitté les approches de Magdeburg pour s'opposer à Ney , et de Woronzof qui, récemment entré en ligne, s'était déployé au nord , de manière à faire face à Davout.

Avant d'engager une affaire générale, l'empereur fil halle à Dresde, organisa les Saxons, iucorpora les renforts arrivant de l'intérieur, et porta l'armée active à i5o,ooo hommes y compris i5,ooo chevaux. Les alliés étaient au nombre de j 60,000 dont 'ôo à Zjo,ooo do cavalerie. Cette masse imposante, la gauche appuyée aux montagnes de la Bohême, la droite aux contours de la Sprée, était couverte de frout par une double ligne de défense. D'abord la Sprée , rivière aux rives marécageuses et la ville de Bautzcn; puis 3ooo toises plus loin un demicercle de retranchemens et de redoutes, tracé depuis Preititz jusqu'à Hochkirch. L'empereur de Russie avait pris le commandement en chef.

La position était belle ; si le camp semblait plus accessible par la droite, la supériorité numérique permettait de combler l'interstice au moyen d'une barrière de baïonnettes. 3o,ooo sous York et Barclay s'y étaient rangées. Bientôt on leur signala l'approche de Lauriston qui débouchait d'Hoyerswerda pour s'établir sur la Sprée. Us prirent résolument l'initiative, et coururent en deux colonnes à la rencontre du corps français. Barclay surprit à Kœnigswartha et défit la division de droite. Mais York se heurta, dans Weissig, contre Lauriston eu personne qui le culbuta et détermina la retraite générale au-delà de la rivière.

Cet engagement mit Alexandre en émoi et, lorsque le lendemain, il vit sur son front la grande-armée se déployer pour une attaque directe; lorsqu'il vit les vainqueurs de la veille rester immobiles, il crut que leur mouvement n'était qu'une démonstration et que Napoléon voulait tourner le camp par la gauche. Aussitôt il se disposa à le défendre opiniâtrement.

Lauriston avait en effet donné le signal d'une action générale. Macdonald soutenu par la garde, marcha droit au pont de Bautzen que le czar, dans l'idée de reprendre l'offensive, n'avait point détruit. Oudinot à droite , Marmont puis Bertrand à gauche, s'avancèrent pour franchir la Sprée en même temps que le 1 Ie corps.

Cette opération s'exécuta avec une rare vigueur: les quatre colonnes débordèrent à-la-fois de tous côtés, enlevèrent la ville de Bautzen qu'on avait crénelée et retranchée , enfoncèrent d'abord la première ligne ennemie, puis les renforts qui survinrent, puis la cavalerie qui, à olusieurs reprises, vint se briser contre leurs baïonnettes. Le combat dura jusqu'à sept heures. En ce moment, Bertrand s'appuyait par la gauche à 3ooo toises au-dessus de Bautzen, le centre à peu de distance de la ville, était à cheval sur la route de Wurschen, enfin Oudinot prolongeait la droite sur des mamelons boisés qui joignent le camp aux montagnes de la Bohême , comme s'il eût voulu déborder Hochkirch.

Cette disposition oblique, l'ardeur du ia° corps, confirmèrent

Alexandre dans l'opinion qu'il s'était faîte du plan de Napoléon. Son attention se porta principalement sur sa gauche : il y plaça Miloradowich et une division do réserve. Il chargea Bluchcr de couvrir la route de Wurschen, Barclay celle de Kœnigswartha.

Le jour suivant, à l'aube, Oudiuot ouvrant le feu couronna les hauteurs que défendaient les avant-postes ennemis. Miloradowich donna tout entier et le fit reculer; mais l'intervention de Macdonald lui rendit avec l'ascendant les positions perdues. Cependant la canonnade s'engageait vivement sur toute la ligne et la vivacité du combat que soutenait sa gauche tenait en suspens le czar, lorsqu on lui annonça que Barclay venait d'être culbuté aux bords de la Sprée , qu'il plie en désordre sous le poids de forces supérieures , qu'il n'a pu se raffermir à Preititz, que ses colonnes cvacueutle village, qu'enfin l'entrée du camp est forcée.

Ces nouvelles dessillent les yeux d'Alexandre ; il comprend qu'il a pris le change sur le vrai point d'attaque et que ce n'est point Lauriston qui seul a pu rompre son aile droite. En effet, le 3' corps est suivi du 5* corps et de l'armée saxonne. Cette formidable colonne (6o,ooo) est commandée par Ney qui, après avoir simulé un mouvement sur Berlin a été relevé à Luckau par Victor et s'est rabattu à grands pas sur le champ de bataille. Il a Tordre de pointer sur Hochkirch et s'il exécute sa mission avec l'impétuosité dont il a donné tant de preuves, c'en est fait de l'armée coalisée.

Par malheur la division d'avant-garde, Souham, avait seul saisi Preititz Lauriston et Reynier (a4>ooo) étaient en retard, et le maréchal craignant de s'aventurer au milieu des masses de l'ennemi sans avoir groupé toutes ses forces, fit halte pour les attendre. Sa prudence sauva le czar. Les réserves s'élancèrent au secours de Barclay qui reprit Preititz, Blucher s'étendit par sa droite; de sorte que lorsque Reynier eut rejoint, Ney , au lieu de percer au-delà de la ligne de retraite fut obligé do batailler. Il enleva de nouveau Preititz, il contint Blucher, mais le mouvement qui devait assurer une victoire décisive fut manqué. Cependant Napoléon mit à profit l'affaiblissement du centre pour emporter le camp ; il fonça par les rouies de Wurschen et de Lauban avec les 4* et 6* corps soutenus par la garde , il fit entre les deux ailes de son adversaire une large trouée, s'y établit et, les menaçant à revers, obligea l'armée entière à battre en retraite. Elle recula sans désordre, Miloradowich sur Lauban, Blucher et Barclay sur Goerlitz. Sa vaillante cavalerie la préserva d'autres pertes que celles du champ de bataille qui, de part et d'autre, furent énormes. Il y eut hors de combat 18,000 coalisés et 30,000 Français.

Les alliés manœuvrèrent pour se reformer à Gœrlitz. Au-delà de Reichenbach une forte arrière-garde couvrait la position sur laquelle ils voulaient se raffermir. On l'attaqua, on la déposta non sans peine , et cette rencontre fut inarquée d'une manière funeste par la mort des généraux Bruyères l'un des vélérans de l'armée d'Italie, Duroc l'ami de l'empereur, et Kirgcner, officier distingué du génie.

Toutefois Alexandre abandonna ses desseins. Wittgenstein prit la route de Lobau, Blucher et Barclay celle de Breslau. Ils furent poursuivis, le premier par Macdonald et Bertrand, Marmont; les deux autres par Lauriston, Reynier, Ney et la garde. Oudinot se porta de Bautzen à Luckau pour relever Victor qui entra dans le mouvement général en marchant sur Glogau. Les généraux ennemis fléchirent. Victor débloqua Glogau, Lauriston entra dans Breslau, Macdonald poussa jusqu'à Schweinitz. A la même époque Davout était rentré dans Hambourg et Lubeck; mais la marche de Victor ayant découvert Leipzig, des corps de cavalerie irrégulière passèrent l'Elbe et menacèrent cette ville.

L'audace de ces partisans, l'attitude douteuse de l'Autriche, celle des coalisés après trois grandes défaites, des pertes douloureuses, répandaient sur le début de la campagne uue teinte sombre. Le découragement gagnait les étals-majors. Napoléon douta de la fortune et se résigna à recourir aux négociations. L'armistice de Parschwitz suspendit les hostilités, L'Elbe jusqu'à Dessau, une ligne de Dessau à Crossen, l'Oder de Crossen au conflues t de la Katzbach , cette dernière rivière et la frontière autrichienne, furent la démarcation des cantonnemens français.

ni.

CAMPAGKE d'aUTOMBE EH ALLEMAGNE.

Occupation de Breslau par les coalises (14 août). — Reconnaissance en Bohème (17). —-Surprise de« cantonnemens français en Silcsie (19).— Reprise de Lorwemberg (ai). — De Goldberg (a3). — Prise du camp de Piraa par les alliés(i4) — Bataille de Gross-Becrcn (a3). — Bataille de la Kalzbach (a6). — Bataille de Dresde (37). — Combat de Culai (ao). — Combat sur la Sprée(4 septembre). — Bataille de Dennewitz (5 septembre). — Derniers combats dans les montagnes de la fVohème (3-i6- 17)— Derniers combats sur la Spréc (ai-a3). — Jonction des armées coalisées (a8 septembre). — Elles passent l'Elbe (17 septembre 3 octobre). — Napoléon à Eilenburg (9 octobre). — A Leip-

, aig (10).— Balaillc de Wochau (16). — De'Leipzig (18-19). — De Hanau (3o). — L'armée française passe les ponts de Mayence (a nofembre). — Soulèvement de la Hollande (18).

Prague était la ville où devait se tenir le congrès qui n'eut pas lieu. On ne put même échanger les pouvoirs. Les plénipotentiaires ne se virent même point. Napoléon , trois fois victorieux , avait hésité , lui si prompt à pousser à fond un succès; ses armes étaient chassées d'Espagne; Murât semblait disposé à livrer à l'ennemi l'Italie méridionale; l'Autriche se déclarait ; Bernadotte prenait un commandement en chef ; Moreau n'avait pas craint de paraître au quartier-général des alliés; enfin, les souverains s'étaient ménagé des intelligences dans tous les états de la confédération et jusqu'en France. Terrible époque dans la vie d'un peuple, que celle où l'on peut se méprendre sur les notions du devoir; que celle où des hommes qu'on n'ose accuser de répudier tout sentiment patriotique, peuvent préférer au drapeau national le drapeau de l'étranger. La funeste erreur de ceux qui, en 18 1 3, ont séparé la cause de Napoléon de celle de la France a été cruellement expiée. Ils ont vu de quelles illusions les promesses mensongères de la coalition les avait bercés, et, après ao ans,

les blessures auxquelles ils ont exposé la patrie sont encore saignantes. Ces symptômes de décadence n'échappèrent pas plus à Napoléon qu'aux alliés. Ceux-ci avaient pour eux le nombre, l'exaltation de leurs armées, le découragement , la désaffection d'une partie de l'empire. Lui n'avait plus de son côté que son génie et l'ardeur dont sa présence enflammait les soldats. Les souverains le savaient, et ils adoptèrent un plan dont l'habileté est incontestable. Leur persévérance à ne s'en point départir, les fit enfin triompher. Ils décidèrent que leurs armées secondaires n'accepteraient jamais la bataille quand Napoléon serait devant elles , mais qu'elles prendraient aussitôt Pofïensive quand il n'y serait plus.

Le champ d'opérations embrassait tout l'espace entre l'Adriatique et la Baltique. Il comprenait les deux théâtres de guerre du midi et du nord. Dans le premier : 60,000 Autrichiens sous Hiller, marchaient contre le vice-roi qui , à la tête de 60,000 recrues se disposait à défendre l'entrée des provinces Illyriennes. 20,000 Autrichiens se portaient sur l'Inn ou l'armée bavaroise, de force à-peu-près égale, semblait destinée à lui résister.

Dans le second, il y avait : à Prague, l'armée autrichienne, général en chef prince de Schwarzenbcrg (120,000) qui devait rallier les Russo-Prussiens de Witlgenstein cantonnés à Schweidnitz (60,000); au-delà de l'Oder, l'armée de Silésie sous Blucher (90,000 Russo- Prussiens); autour de Berlin l'armée du nord commandée] par Bernadotte (8,000 Russes, Prussiens et Suédois); en face de Hambourg , la réserve du Bas-Elbe sous Walmoden (20,000 Anglo-Allemands) ; enfin, sur la Vistule, l'armée russe de Benningsen (60,000). Total 43o,ooocombattans dont 100,000 hommes de cavalerie.

A ces masses aussi formidables par leurs passions que par leur nombre , Napoléon n'opposait que 336,5oo hommes dont 4<>,ooo cavaliers , savoir :

En première ligne, sur la Katzbach, Ney (3* corps 36,ooo) ; Lauristoû (5*, 2 3,ooo), Sebastiani (a* de cavalerie 10,000) :

En seconde ligne, sur le Bober, Bertrand (4*, 20,000); Marmont (6% 1 5,ooo) Macdonald (11% 20,000).

En troisième ligne, sur la Neisse, Reynier (j* i5,ooo), Latour-Maubourg (2* cavalerie, 12,000); Vandamrne(i", 18 000); Victor (2% 20,000); Pouiatowski (8*, 12,000); Kellermann (4*, cavalerie, 6,000). Ces quatre derniers corps groupés autour de Zittau sur la frontière de la Bohême.

En quatrième ligne, sur l'Elbe , à Torgau , Oudinot (12", 21,800); à Dresde , la garde (33/|0o) à Pirna dans un camp retranché qui s'appuyait à gauche sur Dresde qu'on avait mis en état de défense, à droite,

sur la forteresse de Kœnigstein où un pont couvert sur les deux rives , assurait le passage de l'une à l'autre; Saint-Cyr (i4% 1 5,ooo) et hors du commandement direct de l'empereur, à Magdebourg, Girard (10,000) ; à Hambourg, Davout (i3*, et auxiliaires danois 5o,ooo).

Enfin, en réserve, par échelons de l'Elbe au Rhin, duc de Padoue (3% cavalerie 6000); Michaud(ô*, cavalerie 5ooo); Augcreau ( i5't 18,000).

L'armée, sous les ordres actuels et immédiats de Napoléon, d'environ a 7 5^000 combattans, était renfermée dans un triangle formé par l'Elbe depuis Wittenberg jusqu'à la Bohême et par deux lignes tirées du con* fluent de l'Oder avec la Katzbach à Wittenberg et Kœnigstein , triangle que les coalisés inscrivaient dans une demi-circonférence, d'où partent pour aboutir à Dresde, les routes très divergentes de Prague, de Breslau cl de Berlin par où ils devaient opérer. L'empereur avait dessein de saisir l'initiative de manière à maintenir l'écartement de leurs trois colonnes et à les aborder tour-è-tour supérieur en nombre.

La base de ses mouvemens était l'Elbe, mais les Autrichiens n'avaient qu'un pas à faire en avant pour franchir les montagnes de la Bohême, pour la prendre à revers , pour menacer les communications de l'armée. Son premier soin devait donc être de mettre hors de combat Schwarzenberg, tandis que l'on tiendrait en échec l'armée de Silésie et l'armée du Nord. Dans ce but, il plaça sous le commandement de Ney, les 3e, 5', G" 1 Ie corps et le a* corps de cavalerie (io3,ooo), pour saisir Brestau que la convention d'armistice avait neutralisé, et contenir Blucher audelà de l'Oder. Il renforça Oudinot des 4* et 7" corps, lui prescrivaut de pousser à la tête de 67/100 hommes sur Berlin que devaient attaquer en même temps Girard et Davout. Il confia à Saint-Cyr la mission d'arrêter les Autrichiens à l'entrée de la Saxe. Puis , sortant de Dresde avec la garde , il se disposa à descendre en Bohême par Ixcbau et Zittau avec 1 a 0,000 hommes.

Mais les alliés avaient déjà commencé à fouler aux pieds les traités, à afficher ce mépris du droit des gens dont ils n'ont plus cessé de se faire un moyen de guerre. L'armistice n'expirait que le 16 août : dès le i4, Blucher s'empara de Breslau pour former à coup sûr ses colonnes d'attaque, et déjà Wittgenstein ne s'était point fait scrupule de lever ses cantonnemens de Schweidnitz.

Lorsque l'empereur déboucha avec Victor, Vandamme et Poniatowski sur Georgenlhal, Gabel et Reichenberg pour reconnaître la force et les positions de l'ennemi , loin de rompre par le flanc les colonnes russo-prussiennes, il ne rencontra que la division autrichienne de Bubna qui se replia

précipitamment devant lui, et il put s'assurer que les 60,000 hommes de Wittgcnstein, devançant le délai convenu , s'étaient jetés dans les rangs de Schwarzenberg. Il apprit en même temps que Blucher ayant franchi la zone de neutralité convenue par l'armistice avant qu'il fût expiré, avait refoulé l'armée de Ncy tout entière sur le Bober.

La jonction de Wittgcnstein et de Schwarzenberg, leur irruption en Saxe étaient entrées dans les prévisions de l'empereur. 11 ne douta point qu'ils ne fussent en pleine marche pour Dresde et, loin d'en être ému , il prétendit lea prendre en flagrant délit pour obtenir un grand et décisif résultat.

On descend de la Bohême en Saxe par deux chaussées principales qui passent : l'une à Aussig , l'autre à Commotau et par plusieurs chemins secondaires, dont le nœud commun est Tœplitz, d'où ils partent pour traverser Sayda , Dippodiswalda , Dohna et aboutir à Dresde. Pour investir cette capitale , il fallait que la grande-armée combinée se déployât depuis l'Llbe jusqu'à Commotau et pivotât sur sa droite en parcotl* rant ces diverses communications. Une telle manœuvre demandait du temps ; la droite devait se heurter contre le camp de Pirna t le centre s'engager dans des défilés d'un accès difficile et la gauche faire un long détour.

Napoléon résolut de la laisser se prononcer , puis de se rabattre par Kœnigstein sur le revers septentrional des monts que l'ennemi devait passer et d'en garder toutes les sommités. Par l'effet d'une aussi simple combinaison, il s'assurait l'initiative des opérations ultérieures : si les généraux coalisés faisaient volte-face et lui offraient la bataille , il les prenait entre deux feux , sous les murs de Dresde ; s'ils portaient toutes leurs forces à gauche pour entrer en Bohême par Commotau , il (es devançait à Prague comme il avait prévenu Mack sur la route de Vienne, et Brunswick sur celle de Berlin. C'étaient toujours la même vigueur, la même fermeté de conception; mais la déloyauté de Blucher, les scrupules deNey qui n'avait point osé poser le pied sur le terrain neutralisé, modifièrent un si beau plan. Soit crainte de le laisser pénétrer trop avant sur le terrain où se formaient les colonnes d'attaque contre la Bohême, soit désir de châtier son manque de foi, Napoléon crut pouvoir atteindre Blucher avant de se rabattre sur Kœnigstein. Il donna l'ordre à Vandamme de se rapprocher de l'Elbe, à Victor de l'attendre à Zittau; à Poniatowski de rester à Gabel en observation devant Bubna, puis il porta sur Lœbau la garde et la cavalerie.

L'armée de Silésie sentit aussitôt sa présence et, selon qu'on en était convenu , elle manœuvra pour gagner du temps en évitant un en-

m GUERRES DE LA REVOLUTION.

gagement général, on lui enleva tour-à-tour Buntzlau , Lœwcmberg , Goldberg, on déblaya l'espace entre le Bober et la Katzbach, on la força de battre en retraite jusqu'à Jauer. Mais pour obtenir ces avantages peu importans, on perdit trois journées précieuses durant lesquelles tout fléchit sur l'Elbe et près de Berlin.

D'un coté, la grande armée combinée, déboucha en Saxe, la droite (Russes et Prussiens) en lôtoyaut l'Elbe; le centre (Autrichiens) sur les chemins de Dippodïswalda et Sayda; la gauche (Prussiens) par la grande roule de Commotau à Chemnitz et Freyberg. Wittgcnstein masquant par un détachement le fort de Kœnigstein enleva le camp de Pirna , et Saint-Cyr se replia dans Dresde dont l'investissement et l'assaut devinrent imminens.

D'un autre côté, Bernadotte jugeant que Walmodcn suffirait pour contenir Davout , déploya 90,000 hommes en avant de Berlin sur la route de Wittenberg, de manière à isoler Magdcburg. Dans le même temps Oudinot entra en opérations et, pour coordonner son mouvement avec Ney , il s'avança par la route de Torgau. Les deux armées opposées manœuvrant suivant deux lignes parallèles, la victoire appartenait à celle qui se concentrant la première surprendrait l'autre par le flanc. Oudinot pensa la saisir. Ses troupes étaient groupées à Dahme que son adversaire était encore disséminé de Postdam à Juterbogk. Celui-ci se hâta de replier sa tête de colonne, on la suivit latéralement jusqu'à Bar ut h, puis au moyen d'un à gauche on gagna Trebbiu dans l'espérance de couper sa retraite. Mais Bernadotte ne se laissa point prévenir, il changea de front l'aile droite en arrière, et lorsque les trois corps français débouchèrent de Trebbin , ils le vi- . rent rangé de Postdam à Blankenfeld couvrant toutes les avenues de Berlin.

Oudinot ordonna l'attaque : Bertrand marcha sur Blankenfeld; Rey nier sur Gi oss-Becren , le 1 a' corps , commandé par Guilleminot sur Postdam par Ahrensdorf. Les deux premiers emportèrent les positions, mais le troisième avait à faire un long détour avant d'aborder la droite ennemie; elle ne l'attendit point, elle se porta au secours du centre, et tombant sur le flanc gauche des Saxons, elle leur enleva Gross-Bc-eren. Cependant Guilleminot, au bruit du canon, quitta la direction qui lui était assiguée pour renforcer Reynier qu'il rétablit dans Gross-Beeren.

La nuit suspendit ce combat indécis, le 7* corps avait perdu i5oo hommes, on avait reconnu la force des allies, on ne pouvait guère espérer de leur passer sur le ventre et d'atteindre Berlin ; le lendemain on battit en retraite,

Cependant Davout poussa jusqu'à Schwerin, et Girard , sortant de Magdeburg, culbuta un rideau de cosaques et s'avança jusqu'à Lœbnitz; mais la droite de Bernadotte l'assaillit de front, tandis que les cosaques harcelaient ses flancs, et il fut repoussé, non sans perte, dans la forteresse.

On échouail; toutefois rien n'était compromis et le péril était à Dresde. Napoléon y courut; Vandamme se porta sur Stolpen; Victor, la garde, Kellermann, Latour-Maubourg , Marmont, suivirent le mouvement à pas redoublés.

À peine la contre-marche était-elle commencée que Blucher, pour reprendre l'offensive , se concentra au confluent de la Katzbach et de la Wuthende-Neisse. Macdonald était chargé de le contenir avec les 3% 5°, 1 1 * corps et le a* de cavalerie (86,ooo).

Le maréchal , sans s'arrêter à ses instructions , croyant son adversaire en pleine retraite, prit sur lui de le poursuivre jusqu'à l'Oder. Jamais noble détermination ne fut plus malencontreuse. Ney avait été appelé au grand quartier général, et par une erreur dont on était promptement revenu , son corps d'armée l'avait d'abord suivi. Commandé par Souha m, il rejoignit Macdonald, mais il n'était pas en ligne lorsqu'il eût été temps encore de s'emparer de l'initiative. Pour forcer l'ennemi à prolonger sa marche rétrograde on crut qu'il suffisait de pousser vigoureusement l'arrière- garde et de déborder la route que suivait le corps de bataille. La gauche (3*), le centre (i i"), eurent ordre de déboucher de la Katzbach en éventail par les deux rives de la Neisse, la droite (5') de s'étendre par Schongau dans la direction de Jauer où l'on conjecturait que Blucher devait encore se trouver.

Combinaison funeste ! le centre passant la Katzbach au-dessus de la Neisse se heurta contre la masse de l'armée ennemie; malgré sa surprise, il fit bonne contenance, mais que pouvait-il contre le nombre? il fut écrasé , jeté dans les deux cours d'eau, et l'intervention de Souham qui se dirigea résolument sur le canon le sauva seul d'une entière destruction.

Tout semblait conjuré contre les Français: pendant le combat une pluie à torrens gonfla les rivières, elles sortirent de leur lit, rompirent les ponts et ne laissèrent plus de retraite à l'armée battue que par Buntzlau. Les trois corps s'y dirigèrent, mais la division d'extrême droite Puthod), n'ayant pu rallier le 5* corps, chercha vainement un passage à Hirschberg; obligée de se rabattre sur Lœwenberg, elle fut entourée par l'ennemi et, malgré ses courageux efforts pour se faire jour, elle déposa les armes.

Cette perte, celles du champ de bataille, affaiblirent Macdonald

de près de 3o,ooo hommes et de 90 canons, il lui restait à peine 60,000 hommes qui plièrent décourages sous le faix de l'armée victorieuse.

Cependaut Napoléon était aux prises sous les murs de Dresde où il fut sur le point de tout réparer. Arrive le a5 août au soir h Stolpcn d'où il avait dessein de commencer ses opérations par le camp de Pirna , il apprit que dans cette même journée la droite et le centre des alliés s'étaient déployés autour de Dresde, qu'ils n'attendaient plus que la gauche (Klenau) pour donner l'assaut; que Saint-Cyr était aux abois; qu'enfin la place ne pouvait pas tenir vingt-quatre heures.

Vingt-quatre heures! et il fallait trois jours pour défiler sur les derrières de l'ennemi. Napoléon dut alors amèrement regretter le temps qu'il avait perdu à poursuivre vainement Blucher. Toutefois, il ne renonça point à l'espoir de frapper à mort la grande armée combinée ; il confia au premier corps la mission qu'il avait d'abord destinée à toutes ses troupes, celle de couronner les montagnes de la Bohême et d'en occuper tous les cols. « C'est ù Vandamrac, s'écria-t-il, à ramasser l'épée des vaincus. » De sa personne, dans la matinée du 26, il entra à Dresde, successivement suivi par la garde, une partie de l'infanterie de Victor , et la brillante cavalerie de I^atour-Maubourg.

Il était temps; les alliés impatiens du retard de Klenau, décidés a ne plus l'attendre, s'étaient mis en bataille de Gruna à Plauen. A la vue du secours qui défilait dans la place , ils résolurent de brusquer l'attaque. Ils s'emparèrent des faubourgs; ils parvinrent à la vieille enceinte de la ville. Ils n'avaient plus qu'à enfoncer les portes et à pousser jusqu'au centre leurs épaisses colonnes. Us s'y préparaient, lorsque tout-à-coup les portes de Pirna et de Plauen s'ouvrent devant eux. Le pas de charge retentit, les bataillons de la garde, le 14* corps s'élancent Furieux, frappent d'effroi l'ennemi qui se croyait déjà sûr de la victoire, et le refoulent dans les positions où il s'était formé.

Dans le même temps , Vandamme, débouchant de Kœnigstcin , enleva fépéc à la maiu le camp de Pirna. A la nuit, Victor, Marmont, Kcltermanu rejoignirent l'empereur et portèrent ses forces à 100,000 hommes.

Le lendemain éclaira la bataille de Dresde, dernier éclat d'une puissance trahie par la fortune.

Klenau, toujours en arriére, laissait entre la chaussée de Freyberg et l'Elbe un vide que comblait imparfaitement son avant-garde et le corps autrichien de Gyulai. Sou entrée en ligne devait compléter l'aile gauche qui était séparée du centre parle ravin de la WeisseriU.

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irai,

peine De Flaucn au chemin de Dohna s étendait l'armée autrichienne, for-

Ticto- mant le centre, soutenue pat* les réserves rangées sur les hauteurs de

Hacknitz.

Du chemiu de Dohna à l'Elbe était postée l'aile droite sous les ordres de Barclay do ïolly , composée des Prussiens de Kleist et des Russes de Wittgenstcin.

Napoléon saisit le vice de ces dispositions pour arrêter un ordre de bataille qu'il n'avait point encore appliqué; c'était de se tenir sur la défensive au centre, de faire marcher vivement ses deux ailes, et de déborder celles de l'ennemi.

Il plara à droite, en première ligne , Victor; en seconde ligne, la cavalerie dont le roi de Naplcs, qu'il avait trouvé à Dresde, prit le commandement ; à gauche, les quatre divisions de la jeune garde sous Ney et Mortier; au centre à cheval, sur les chemins de Dippoldiswalde et Dohna, Marmont et Saint-Cyr; en réserve, derrière eux, la vieille garde.

A six heures le feu s'alluma par la droite. Retardé jusque-là par la même pluie battante qui avait été si funeste à Macdonald et qui dura tout le jour , Napoléon donna l'ordre au roi de Naples de prendre la direction de l'aile droite, et de faire disparaître le rideau qui masquait l'absence de Klenau. Murât oublia sur le champ de bataille ses négociations avec les alliés; il lit aborder de front par l'infanterie dû a' corps les lignes de Gyulai; puis, à la tête de la cavalerie, il les tourna, les éerasa , les accula à la Weisseritz où elles furent presque anéanties. Aprt» quoi il mit Victor en bataille sur la rive gauche du ravin, de manière à tenir en échec la gauche du centre , et il poussa au-devant de Klenau pour lui barrer la route. Ce brillant fait d'armes annula toute l'aile gauche de l'ennemi. Ney ne fui pas moins heureux; malgré les efforts de Wittgenstcin, il le culbuta, s'ouvrit la chaussée de Piroa, et s'y établit de manière à ne laisser à son adversaire d'autre retraite que le chemin de Dohna.

Cependant le centre de l'armée française soutint dans sa positiou défensive le choc de Schwarzenberg et des réserves. L'empereur était là animant de sa présence généraux et soldats. L'artillerie do la garde suffisait à rétablir l'équilibre des forces. Ses boulets, sillonnant les hauteurs de Hacknitz, portèrent le ravage dans toute la profondeur de» masses de l'ennemi. C'est là queMoreau reçut le coup mortel. Toutefois, vers cinq heures du soir, l'action était encore indécise. À ce moment, le généralissime songeait à disposer d'une partie du ses réserves pour reprendre l'offensive à l'aile droite, repousser Ney, et dégager la chaussée de Prague , lorsqu'il apprit que Vandainme était sorti du camp de Pirua , avait

culbuté le détachement qui masquait Kœnisgstein , et, se portant sur les hauteurs, touchait à Peterswalde, nœud de la grande route et du chemin de Dohna.

A cette nouvelle , il donna Tordre de battre précipitamment en retraite, malgré l'aspérité des seules issues qui ne lui fussent point interdites. Sa marche fut embarrassée par les convois qu'il abandonna en grande partie, il laissa en outre sur le champ de bataille 3o,ooo morts, blessés ou prisonniers.

On était donc enfin revenu aux beaux jours d'Iéna , de Frîedland , de Wagram; il ne s'agissait plus, pour désorganiser l'armée battue, que de mettre le comble à sa déroute en la poursuivant l'épée dans les reins, et de la pousser sous le feu de Vandamme.

Le lendemain, Saint-Cyr, Marmont, Victor s élancent sur les chemins de Dohna, de Dippoldiswalde , de Seyda. Murât court au galop sur celui de Freyberg. Napoléon lui-même sort de Dresde par la porte de Pirna. Us vont harceler les colonnes fugitives , les entasser dans les gorges dont l'issue leur est fermée , les forcer à déposer les armes. Mais à quoi tiennent les destinées des empires ! Napoléon est à peine à quelques pas de la ville, qu'une indisposition violente le saisit; on le ramène au palais; on le condamne à une journée d'inaction. Journée fatale! qui lui fit perdre le fruit de la victoire et de la campagne.

Le plan, que le danger de Dresde avait inopinément substitué à celui qu'il avait si habilement préparé, allait recevoir son développement. Mais aussitôt que sa main puissante en eut abandonné la direction , il n'y eut plus ni précision dans les ordres , ni ensemble dans les mou ve mens.

Le jour suivant, Vandamme, maître de Peterswalde, voyait sous ses pieds, au fond de la vallée , Tœplitz où les colonnes de Schwarzcnberg et de Barclay, débordées à droite, à gauche, convergeaient en désordre. Les prévenir à ce nœud de toutes les routes , leur présenter une barrière de feu au moment où les corps qui devaient les poursuivre paraîtraient sur les hauteurs : c'était terminer d'un seul coup la guerre. Vandamme se laissa entraîner aux plus brillantes illusions : sans s'assurer s'il y serait relevé, il abandonna sa belle position de Peterswalde et il s'élança sur Tœplitz. Sa témérité fut bien près d'être justifiée par le succès: un de ses régimens pénétra dans la ville. Mais les alliés accoururent par les chemins de Dippoldiswalde, de Seyda, et les troupes qui défendaient Tœplitz firent une résistance désespérée. L'occasion fut manquée : Vandamme recula jusqu'à Cuhn , d'où il lui eût été facile de se rétablir sur la crête des hauteurs. Mais il s'obstina à rester en avant-

garde dans la vallée et il négligea de mesurer la distance qui le séparait du reste de l'armée.

Le 3o, il eut sur les bras 70,000 Russes et Autrichiens qui ouvrirent le feu. Déjà les conséquences d'un combat si disproportionné ne paraissent plus douteuses, lorsqu'à gauche brille sur les hauteurs une forêt de baïonnettes; est-ce enfin la grande-armée ? Vandamme va-t-ilétre dégagé du péril où la jeté trop d'ardeur? Cet espoir le soutient et ranime le combat. Mais le malheur n'atteint plus à demi les armes françaises. On reconnaît bientôt les drapeaux prussiens. C'est le corps dcKlcistqui, ayant quitté le chemin de Dohna pour éviter Saint-Cyr , s'est jeté par sa droite dans les montagnes et a gagné le chemin de Culm à Peterswaldc. Il s'établit sur la ligne de retraite et achève d'envelopper le premier corps. Tout est perdu à moins d'un effort surnaturel. Corbineau, à la tête de la gauche , se jette tête baissée sur Kleist, le traverse et lui prend ses canons. Mais le général ennemi revenu de sa surprise reprend ses pièces; puis, laissant Corbineau rejoindre Saint-Cyr, il s'avance sur Vandamme qui est obligé de se rendre prisonnier.

Ce désastre ferma l'entrée de la Bohême aux maréchaux français , qui s'arrêtèrent à la frontière. A ce moment d'autres soins réclamant la présence de Napoléon, l'avaient forcé de renoncer à poursuivre Schwarzenberg.

Oudinot avait été replié, quoique lentement, jusqu'à l'Elbe. A défaut des succès décisifs qu'il s'était promis en opérant contre la grande armée combinée et qui lui échappaient si cruellement , Napoléon résolut de porter son effort sur Bernadottc. Il remplaça Oudinot par Ney à qui il prescrivit de marcher droit à Berlin. Lui-même se mit en mouvement pour le soutenir, pour enlever cette capitale. Ses colonnes étaient disposées de manière à se réunir à Luckau le 6 septembre.

Rien d'aussi douloureux que le récit des évènemens qui vont suivre , ce ne sont plus que plans altérés, détruits, par le pouvoir d'une inflexible fatalité. Ce n'est plus que le débat convulsifdu génie aux prises avec les étreintes victorieuses de la force matérielle.

Comme l'armée s'ébranlait pour pointer sur Berlin, Blucher, poussant devant lui les débris de Macdonald, était au moment d'atteindre Bautzen ; il fallut y courir. On replia l'armée de Silésie , on la rejeta au loin; mais la combinaison contre Bernadottc était déjouée, et Ney, qui pensait être secondé par l'armée entière, arriva seul en présence de forces supérieures. Il les aborda néanmoins, il manœuvra pour se déployer, la droite en tête, les prendre en flanc et les déposter de la route de Wittenberg à Postdam. Il chassa de Scyda leur aile gauche. Bertrand tenait l'extrême droite ; il déboucha sur Dennewitz où il trouva leur gauche rétablie. U

l'attaque, s'engage avec vigueur , mais quelle que soit la force avec laquelle sou canon résonne , ce n'est qu'après quatre heures d'une lutte furieuse qu'il est joint par une division du 7e corps. Les autres arrivent à la longue ; elles se composent de Saxons qui se forment à de trop grandes distances pour donner avec efficacité. L'ennemi en profite: il se jette dans l'intervalle, enfonce le centre et coupe Bertrand d'Oudinot qui est resté à Scyda. La journée est perdue; l'armée se retire sur Torgau.

D'un autre côté, Wittgenstein était revenu à Pirna; Schwarzenberg prenant position à Aussig menaçait d'ouvrir la communication avec Blucher. Bubna , avait replié Ponialowski, d'abord, à Zittau , puis h Stolpen. Napoléon marcha sur Wittgenstein ; le rejeta au-delà des monts et rentra à Dresde pour se retourner contre l'armée de Silésic. Mais les Russes étaient déjà descendus sur ses pas, il voulut en finir avec eux ; il les poussa jusqu'à Cuhn où ses reconnaissances entrèrent pour la dernière fois. Blucher pendant ce temps avait gagué du terrain*, il avait passé la Spréo , pour se rapprocher de la Bohême par Stolpen. On se déploya devant lui, mais toujours déterminé à refuser la bataille il se laissa refouler jusqu'à la Neisse. Enfin Napoléon, fatigué de tant de vains efforts, renonça à empêcher sa jonction avec Schwarzenberg et résolut d'en attendre l'effet dans une position défensive. L'armée s'échelonna en équerre , depuis Soyda et Frcybcrg jusqu'à Wittenberg dont Bernadotte avait déjà commencé l'investissement sur la rive droite de l'Elbe.

Bientôt, les trois armées coalisées communiquèrent entre elles: Bubna , eu s'établissant à Stolpen; la gauche de Bernadolto en s'étendant sur l'Elster, jusqu'à Elsterwerda, malgré les efforts du roi de Naples, firent disparaître les lacunes du cercle qui enveloppait les Français. Ce n'était pas assez : avant d'entrer vigourcusemeut en opérations, les alliés attendirent l'arrivée de Benningscn, qui amenait de la Vistuleen Bohême un renfort de 60,000 hommes. Lorsque celui-ci eut rejoint, ils prononcèrent leur mouvemeiit. Bernadotte, au moyen de deux ponts qu'il jeta au dessus de Dessau ,' lança des partisans sur la Saale et sur le Weser; Naumburg, Merseburg, Brème furent occupés; et un détachement de cosaques, en s'emparant de Casscl, mit en question l'existence du royaume de Weslphalic. D'un autre côté, les troupes légères de Schwarzenberg menacèrent Leipzig eu débordant par Chemnilz et Altenburg.

Ces excursions donnèrent l'éveil à Napoléon qui entrevit le dessciu d'opérer sur ses deux ailes; il fit balayer la Saxe par un corps de cavalerie, il appela Augereau à Leipzig, il renforça la droite et il resserra les positions du centre. Ses conjectures furent bientôt vérifiées : Blucher

s'ébranla tout entier, replia en deçà (le l'Elbe les délachemens de Murât et de Marmont qui observaient l'Elster et, masquant sa marebe par une fausse attaque du pont de Meiss.cn, courut se concentrer au confluent de l'Elster où il fît sa jonction avec Bernadotte.

Le plan des alliés était maintenant dévoile: Us portaient deux éuormes masses sur les extrémités de Tannée française pour la tourner, la prévenir sur la Saale, la prendre à dos cl l'acculer à l'Elbe.

C'est là que Napoléon les attendait, soit pour les battre séparément, soit pour mettre à profit leur éeartcincnt et les étouner par de nouvelles combinaisons. Il laissa dans Dresde et Pirna pour tenir en échec les Russes de Benningscn, Mouton ( ieT corps réorganisé) et Saiut-Cyr. Il plaça sous les ordres de Murât : Victor, Lauriston, Poniatowski et lui donna la mission de disputer pied à pied au généralissime les routes de Leipzig. Enfin prenant Marmont, Macdonald , Soubam et la garde, il se mit à côtoyer l'Elbe en deux colonnes pour gagner Torgau et Eilcnburg, rallier Ney et offrir la bataille à Bernadotte et Bluehcr réunis. Ce dernier cependant rassembla dans l'Estcr-Noir des bateaux qu'il lança sur l'Elbe, dont il surprit le passage au confluent des deux rivières. Bertrand, conceutré à Wartenburg , lui tint long-temps tète; mais enfin, cédaut au nombre, il se retira à Dubcu, où il fut rejoiut par Ney qui lui-même pliait devant Bernadotte. Bluchcr les suivit, tandis que l'armée du nord gagnait Zœrbig. Le maréchal recula jusqu'à Eilenburg, où il trouva Napoléon impatient d'aborder l'ennemi. L'armée entière fit face à Bluchcr qui, à sou approche, se hâta de franchir la Muldc et de se jeter daus les rangs de Bernadotlc. On s'élança sur ses pas dans l'espéraucc de livrer enfin la bataille; mais les deux généraux ennemis, toujours résolus à l'éviter, prirent position h Halle. Ils allaient saisir les défilés de la Snalc;déjà leurs détachemens occupaient Wcisscnfels. Les Autrichiens poussaient Murât et les Polonais parles routes de Chcmnitz et Altenburg; et Wittgenstein, par celle de Colditz , ayant pris l'ascendant sut Lauriston et Victor, menaçait de couper l'aile droite en setablissant à Borna.

Les routes de la France allaient se fermer sur le derrière de l'armée ; mais celles du nord et de l'Allemagne étaient ouvertes devant elle. C'est ce que Napoléon avait prévu; et au lieu de disputer en fugitif une retraite qui n'était même plus assurée, il avait pris la détermination de reporter la guerre en Prusse, de paraître en conquérant clans Berlin et de forcer les coalisés à la paix , en se plaçant avec 200,000 hommes au centre des lignes de défense dont ses garnisons teuaient tous les points fortifiés.

Le mouvement commença ; Reynier dégagea Wittenberg, délruiait

les postes de Bernadotte ; Bertrand s'empara de ceux de Blueher. L'armée entière avait ordre de les suivre , lorsqu'on apprit la défection du roi de Bavière. On sut que les 3o,ooo hommes du maréchal de Wrède s'étaient réunis à l'armée qu'il était chargé de contenir, et que tous marchaient vers le Rhin. L'explosion de la confédération entière était inévitable, on allait êtreseparé de la France par une formidable insurrection soutenue par une année innombrable. Napoléon ne trouva pas dans ses licutenans l'élan que demandait l'exécution de son vaste projet, et il se rendit, le désespoir au cœur, à la nécessité de se frayer le retour sur les frontières.

Bernadotte avait descendu la Saale jusqu'à Bernburg, pour revenir à la rive droite de l'Elbe et contrarier le mouvement sur Berlin. On était plus près que lui de Leipzig, et si Blueher l'avait suivi, on pouvait encore saisir le moment ou ils s'éloignaient au nord pour se rabattre sur Schwarzcuberg et le forcer au combat.

Leipzig fut assigné pour rendez-vous à toutes les colonnes en marche : Augcreau y arriva par Weissenfels, en passant sur le corps du détachement qui s'y était établi. Murât s'en rapprocha par Borna en disputant vivement les débouchés de la vaste plaine où la délivrance de l'Allemagne allait être misé enjeu. Marmont, puis Bertrand, puis l'armée entière , moins Souham et Reynicr (a 5 à 3o,ooo) débouchèrent par la route d'Eilcnburg.

Dans la soirée du i5 octobre, Schwarzcnberg fut en présence, et l'on se prépara pour le lendemain à une action décisive. Mais on sut que Blueher n'avait point quitté Halle en même temps que Beruadottc, et qu'on descendait sur Leipzig , à la tête de près de 80,000 hommes. Il était encore à une grande journée de marche, l'on pouvait donc triompher de l'armée de Bohême avant qu'il n'eût commencé le feu. Cependant il fallait se mettre en garde contre lui , en divisant des forces déjà insuffisantes.

Ney lui fut opposé avec les 4*» 6% 3* et 7* corps. Le maréchal mit à cheval sur l'Elstcr, à droite Marmont, à gauche Bertrand pour occuper Litidcnau , de manière à empêcher la jonction des deux masses ennemies; puis il donna l'ordre aux divisions des 3' et n* corps de prendre la droite de Marmont à mesure de leur entrée en ligne.

Au midi de la ville , Napoléon rangea : l'aile droite sur la Pleissc , depuis l'embranchement des routes de Borna et Pcgau (Ponialowski) jusqu'à Marklccberg (Augercau) ; le centre (Victor, Lauriston, 1er et 4* corps de cavalerie) sur le ravin de Vachau ; la gauche (Macdonald et le a» de cavalerie) à cheval sur la route de Colditz ; la réserve (vieille et jeune garde 3* et 5* de cavalerie) sur les collines de Probstheida.

MUBAT (Joachim),

Ne a li Baitidr prêt Cjbori, If ■ir> mari 1771. - Roi dr N«|>le». — Futilh- a Pixzo, le i3 octobre 1814.

Bataille de Lcipiig.

Ces dispositions tendaient à pivoter sur l'aile droite, à rompre le centre des adversaires, à envelopper leur gauche dans les prairies marécageuses où se confondent les eaux de la Pleisse et de l'Elster. Elles étaient fondées sur la probabilité que Schwarzenberg manœuvrait par sa gauche pour rallier Bluchi-r et couper la route de Mayence.

En effet, le généralissime, après avoir détaché au-delà de l'Elstcr Gyulai (i5,ooo) pour s'emparer de Lindenau , avait jeté toute sa gauche hors de sa ligne d'opération pour la former entre les deux rivières. Son centre, composé de Kleist et de Wittgenstein s'avançait par la route de Borna, soutenu par les réserves. Sa droite, sous Klcnau, suivait celle de Colditz.

La déroute du centre eût entraîné la destruction de la gauche et la mise hors de combat de l'armée entière.

Le j6, une brume épaisse, qui se prolongea jusqu'à 9 heures, retarda le feu. Comme Napoléon allait donner le signal , il fut prévenu. Kleist 9 Wittgenstein débouchèrent à-la-fois du ravin de Grœbern, secondés par Klenau qui appuyait à gauche. Tous trois se portèrent avec ardeur sur tout le front du centre en appuyant sur le point qui le séparait de la droite.

Le village de Markleeberg fut enlevé, Augereau, débordé par sa gauche , perdit un quart de lieue de terrain : le champ de bataille semblait ouvert , mais Ponialowski , mais une division de la vieille garde accoururent à l'aide du maréchal et firent reculer l'ennemi. Cependant la mêlée s'engagea sur le ravin de Wachau , depuis la route de Colditz jusqu'à la Pleisse. I^es positions des a" et 5* corps furent prises et reprises jusqu'à six fois. Cette scène acharnée finit à l'avantage des Français. Macdonald , opérant par sa droite , comme Klenau par sa gauche , le rompit et déborda les assaillans. L'empereur, toujours prompt à saisir le moment, fit avancer la jeune garde pour entreprendre l'attaque à son tour.

La redoutable colonne de Lutzen , de Wagram , se forma de nouveau. Victor , de Wachau, Lauriston , Macdonald à sa gauche , débouchèrent soutenus par quatre divisions de la garde; précédés par une batterie de soixante pièces appuyée à droite par Murât avec la cavalerie.

Leur choc produisit l'effet accoutumé, Wittgenstein , Kleist plièrent. Murât s'élançant entre la Pleisse et Victor ^ culbuta les cuirassiers russes et poussa jusqu'à Grœbern , tandis que l'infanterie couronna les collines qui commandent les deux ravins. Encore un effort et les coalisés, tournés par leur droite, entassés au fond d'un étroit vallon , vont céder la victoire. Mais l'on est épuisé, et l'ennemi peut remplacer par des troupes fraîches celles que l'on a surmontées: il appelle, en deçà de la Pleisse,

une partie de sa gauche , il fait avancer les réserves. La cavalerie autrichienne ramené Murât ; les cosaques de la garde chargeant à propos , font une ouverture entre Lauriston et Victor; les grenadiers russes y pénètrent et reportent l'action sur le ravin de Wacliau.

I^e jour baissait , on se disputait depuis 8 heures, un élroit espace horriblement ensanglanté. Napoléou voulut encore tenter une fois la fortune ; il forma de nouveau ses colonnes et fit une dernière irruption sur les lignes ennemies; elle échoua et la nuit mit fin au combat sans qu'au* cun des deux partis eût droit à s'attribuer la victoire. Les coalisés res^ taient maîtres de Marklecberg. Mais les Français avaient obtenu un succès plus marqué contre l'extrême gauche qui, s 'étant hasardée à passer la PIcisse , avait été presque anéantie.

Toutefois dans leur situation critique, c'était être battu que de n'avoir point mis en déroute des adversaires dont chaque instant accroissait le nombre. Ney d'ailleurs avait fléchi. Bertrand, aux prises à Lindenau, avec Gyulai , était resté maître de cette position qui assurait la retraite. Mais le maréchal, n'ayant point vu Blucher paraître , avait disposé des deux premières divisions de 3' corps entrées en ligne en faveur de Napoléon. Elles arrivèrent trop tard sur la Pleisse, et leur absence se fit sentir d'une manière funeste, lorsque l'on signala l'armée de Silésie dont trois corps se déployèrent l'un , par la route de Halle ; l'autre par celle de Dessau ; le 3e entre les deux premiers. Marmont seul soutint le choc, il résista vaillamment; mais enfin il fut rejeté eu deçà de la Partba non sans avoir essuyé d'énormes pertes.

Le lendemain le reste du 3' corps rejoignit; et Reynier amena à l'ar«» mée un renfort de 10,000 hommes; mais du côté des coalisés, Bernadotte,Benningsen,Colloredo débouchèrent de tous points portant l'armée assaillante à 3oo,ooo hommes; 5o,ooo chevaux ; 1000 pièces de cauon. 11 restait à Napoléon ia5,ooo hommes; a 2,000 chevaux; 600 canons; et il dû s'affaiblir de 1 5,ooo hommes pour envoyer Bertrand aux défilés de la Saalc que menaçait Gyulai.

La disproportion des forces était décisive, et l'on s'est accordé à blâmer Napoléon d'avoir accepté la bataille. Mais les grands capitaines qui se sont élevés par la guerre et que la guerre a renversés , ont tous péri par le souvenir de leurs victoires. C'est en osant qu'ils ont enchaîné la fortune; ils croieut pouvoir oser encore alors que tout a changé autour d'eux. Le péril était aussi grand à Rivoli qu'à Leipzig ; les temps n'étaient plus les mêmes.

Le 18 on s'aborda de toutes parts. Au nord : Ney (6r 7» 3r corps) se forma sur la Partha avec 4o,ooo hommes pour en contenir i5o,ooo. Au midi , Napoléon avec 8 5, 000 hommes contre aoo,ooo, occupa à-pou-près

les mêmes positions que l'avant-veille. Jamais scènes de destruction ne furent plus effrayantes. Schwartzcnhcrg donna par masses, et lorsque ses premières lignes eurent épuisé leur sang, il les remplaça par des troupes fraîches. Malgré ses avantages immenses, tout ce qu'il put gagner durant un jour entier, fut de resserrer les positions françaises. La droite s'appuya aux murs de Leipzig et le village de Probstheida devint le point le plus saillant de la défense. On douua pourl'culever d'inutiles assauts, dont l'effet fut de ralentir l'ardeur de l'attaque. Victor, Lauriston, crurent un moment pouvoir la ressaisir ; ils débouchèrent et si toutes les réserves les eussent secondés , peut être eût- on vu changer la face du combat, mais il avait fallu en disposer pour coujurer un désastre inouï.

Le 7* corps composé de Saxons qui depuis l'ouverture de la campagne, avaient combattu avec nous malgré eux et comme enchaînés par la volonté de leur souverain , formait la droite do Ney et liait le maréchal à l'empereur. H était échelonné sur la route d'Eilenburg. Lo premier rang occupant Taucha. Dès le matin, il céda ce village à Bernadotte et se replia de poste en poste jusqu'au sommet d'un mamelon à moitié chemin de I^eipzig, d'où l'on commande toute la plaine. Là, comme la cavalerie se disposait à charger, les Saxons coururent au devant d'elle, firent faceen arrière, et tournèrent leurscanons contre les Français.

A cette nouvelle, il y eut autour de l'empereur un cri d'indignation ; on crut un instant que le mal était sans remède , mais cette lâche défection n'eut pour le moment aucune suite fâcheuse, le 3" corps, en appuyant à droite, referma la trouée et le combat continua avec la même fermeté. Cependant lorsque le jour finit on avait perdu tout l'espace entre Taucha et Leipzig.

« Ces deux terribles journées, que l'histoire appellera des journées de

« géans, avaient coûté à l'ennemi 5o,ooo hommes de ses meilleures

« troupes, et autant aux Français, mais la différence des forces avait

« sensiblement diminué au désavantage de ceux-ci et une troisième

« bataille se présentait avec des chances beaucoup trop défavorables

« pour être livrée; d'ailleurs on se trouvait à bout de munitions; les

« parcs n'offraient plus que 16,000 coups : on en avait tiré 220,000

« dans les deux batailles. 11 fallut de nécessité ordonner la retraite : elle

a se commença à la nuit sur Leipzig. »

Napoléon donna l'ordre de construire trois ponts sur l'Elster pour faciliter l'écoulement des troupes au-dessus de Leipzig; mais dans la confusion ordinaire qui règne à l'état major à la suite de serablablet

journées, cet ordre ne reçut pas d'exécution et la responsabilité pèse de tout son poids sur le major-général.

L'empereur fit d'infructueuses démarches pour préserver la ville des malheurs d'un assaut. Au jour, les coalisés assaillirent les n", 8*, 5e corps et les restes du 3e qui couvraient le mouvement. Ils leur enlevèrent les faubourgs; puis, la ville pied à pied. On se défendait avec vigueur, lorsqu'un affreux incident mit le comble à tant de désastres.

On avait miné le pont de l'Elster, et l'on y avait placé un poste de sapeurs pour le faire sauter au moment où les extrêmes arrière-gardes seraient en sûreté. Ces hommes, entendant la fusillade se rapprocher, perdirent la tête; ils mirent le feu à la mine et coupèrent la retraite à une grande partie des quatre corps qui n'avaient point achevé de défiler.

Macdonald échappa en se jetant à la nage. Pouiatowski, au moment où il lançait son cheval dans l'Elster, fut atteint mortellement de plusieurs coups de feu. Lauriston, Reynier, plus de 10,000 hommes, a5o bouches à feu furent pris. Tels furent les trophées que tes coalisés recueillirent sur le champ de bataille. Mais quels fruits produisit leur victoire! Davout bloqué à Hambourg; Saint -Cyr enveloppé daus Dresde; Torgau, Magdcburg, Witlenberg; les places de l'Oder, de la Vistule perdant l'espoir d'être dégagées ; l'Allemagne entière et la Hollande enlevées à l'empereur, et la guerre portée sur le Rhin !

L'armée française comptait à peine 8o,ooo combattans. Elle trouva Bertrand à Weissenfels tenu en échec par Gyulai qui occupait Naumburg. Sans perdre à guerroyer des instans précieux , elle se porta directement à Freyburg; puis, contenant par ses arrière- gardes les Prussiens au - delà de l'Unstrutt et les Autrichiens sur la rive droite de la Saale, elle évita Weymar où l'ennemi accourait par Iena, et elle gagna rapidement Erfurth et ensuite Hanau, où ses premières colonnes se heurtèrent contre les 5o,ooo Austro-Bavarois du maréchal de Wrède.

Ce général avait conçu l'espoir de porter aux débris de l'armée française le coup mortel , de leur interdire le retour sur le Rhin. Sa position était parfaitement choisie. Hanau est situé sur la rive droite du Mayn au confluent de la Kinzig, petite rivière qui prend sa source à droite de la grande route, la traverse à Gelnhausen, et la côtoie ensuite pendant six lieues. La route, à partir de Gelnhausen, est donc un long défilé que resserre encore la forêt de Hanau. De Wrède en occupait l'issue où il peusait arrêter l'empereur jusqu'à ce que les masses des

alliés, survenant à l'entrée, pussent le prendre entre deux feux. Son armée était en bataille au débouché de la forêt , le front couvert par 80 pièces, sa droite appuyéeà Hanau.

On délogea son avant-garde; on l'assaillit par la gauche. Drouot, avec l'artillerie de la garde, fit taire son feu ; Sebastiani , la vieille garde s'élancèrent à l'arme blanche ; ou rompit toute son aile gauche ; on lui fît essuyer une perte de 10,000 hommes, et l'on refoula son armée audelà du Mayn et de la Kinzig, où on la contint jusqu'à ce que tous les corps français fussent en sûreté. Bientôt ils passèrent les ponts de Mayence.

Schwarzenberg, Blucher s'avançaient jusqu'au Rhin. Winzingerode et Bernadotte marchèrent sur la Hollande qui déclara son indépendance. Le Rhin était désormais le front d'opérations.

La ligne de la grande-armée qui s'étendait naguère de Laybach à Hambourg avait été rompue, au nord par le désastre de Leipzig, au midi par la défection de la Bavière.

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