OPÉRATIONS AD PIED DES PYRÉNÉES
Les Anglais passent les Gaves (14 février 18 14). —Bataille d'Orthcz (37). — Combat d'Aire (i«r mars). — Occupation de Bordeaux (la). — Coin Lut! de Vic-Bigorre et Tarbes (19-10).— Wellington passe la Garonne (5 avril). — Bataille de Toulouse (10).
La Nive forcée , le maréchal Soult s'appuyait par la droite aux remparts et au camp retranché de Bayonnc d'où il s'étendait circulaircment jusqu'aux montagnes, couvert par la Bidouze, le Soison et les torrens qui, sous le nom commun de Gave, descendent à l'Adour par Oleron et Pau. L'armée d'un effectif de 60,000 hommes eût facilement conservé ses positions, mais il fallut en tirer 20,000 soldats d'élite pour renforcer la poignée de braves qui disputait aux grandes armées combinées, les approches de Paris. Dès ce moment Wellington ne fut plus retenu qtie par les difficultés de la saison. Dans les premiers jours de février, il forma ses colonnes; bientôt la gelée raffermit les chemins, tout s'ébranla en pivotant sur la gauche. Hiil aborda les postes de la Haute-Nive et les replia jusqu'à Sauveterre.
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CAMPAGNE DE lftia.
Apres quelques jours de halte durant lesquels on chercha vainement, à passer PAdour près de son embouchure, Hill appuyé par le feu de toute la ligne, tourna Sauveterrc et rejeta les Français au-delà du Gave de Pau. 11 ne s'agissait plus que de déterminer leur retraite soit sur Toulouse, soit sur Bordeaux. Wellington investit Bayonnc, lança Hill de Sauveterrc à Orthez, et Beresford sur la rive droite du Gave de Pau à son confluent avec l'Adour. Ces mouvemens mettaient le maréchal en demeure ou de s'enfoncer dans les Landes, ou de porter toutes ses forces sur sa gauche, et de manœuvrer au pied des Pyrénées. Ce dernier parti qui le coordonnait avec Suchct et Augereau était préférable, il le choisit et il se concentra autour d'Orthez. Soit désir de. sauver ses magasins, soit espoir de contenir Hill d'un côté du Gave et de battre Beresford sur l'autre rive, il se mit en bataille la gauche dans la ville, le centre à cheval sur la route de Bayonnc, la droite le long du chemin de Dax. Cette disposition oblique, iudiquée par la nature des lieux renfermait un vice qui n'échappa point au général ennemi. Battue, l'armée ue pouvait se replier que sur Saint-Sever, parce que Hill était prêt à saisir la route de Pau, et elle avait à franchir le pont de Sault-Navaiiles, dont la droite était plus rapprochée que la gauche. Il suivait de là que les assaillans, portant leur effort contre l'aile droite, avaient la chance de la culbuter, de l'acculer au défilé et de compromettre la retraite de la ligne entière. Ce fut dans ce sens que Wellington dirigea l'attaque. Lorsque Soult, après une longue et sanglante lutte, se fut convaincu qu'il prenait l'ascendant sur le point décisif, il ne combattit plu;; que pour se mettre eu sûreté au delà du Luy. Ce mouvement s'opéra sans désordre et les pertes s'élevèrent de part et d'autre de 2 à 3ooo hommes.
A Saint-Sever, Soult au lieu de gagner Mont-dc-Marsan remonta l'Adour pour prendre position à Aire et revenir sur les Pyrénées. Les vainqueurs incertains tâtonnèrent en le cherchant partout; enfin leur aile droite atteignit à Aire son arrière-garde. Il y eut un combat indécis durant lequel l'armée continua à manœuvrer sur l'Adour. Wellington dans le dessein de la jeter en désordre hors de toutes les routes, dans les gorges des Pyrénées, la côtoya en pressant en même temps la queue de la colonne. Mais il fut prévenu; à la suite de deux combats livrés à Vic-Bigorre et Tarbes, Soult s'affermit sur la chaussée de Saint- Gaudens par où il gagna Toulouse.
Cependant Beresford, profilant du dégagement des chemins qui traversent les Landes, s'était porté à Bordeaux où son entrée avait été le signal d'une manifestation éclatante en faveur des Bourbons. Il laissa dans cette ville une division, et rejoignit sur la Garonne le général en
chef qui cherchait un passage. Après huit jours d'hésitation, les pontons furent jetés près du confluent de l'Ers, et Beresford défila le premier. A peine était-il sur l'autre rive avec 1 5,ooo hommes que le pont se rompit; il était perdu si le maréchal eût été en mesure, mais celuici n'était occupé que de fortifier les abords de Toulouse où il voulait livrer bataille. On répara les ponts, la gauche et le centre de l'armée alliée franchirent le fleuve, et l'aile droite resserra sur l'autre rive le faubourg de Saint-Cyprien.
Toulouse est bâti sur la rive droite de la Garonne, au sud du confluent du canal de Languedoc; un seul faubourg, celui de Saint-Cyprien , est sur la rive gauche. Le canal a été creusé entre la ville et le plateau de Calvinet, chaîne de collines qui s'élève entre les routes d'Alby et de Caraman et qui encaisse l'Ers, affluent de la Garonne, où il se jette cinq lieues plus au nord.
Le faubourg et la ville sont entourés d'une vieille enceinte; les ponts du canal , et les hauteurs étaient hérissés de redoutes. La droite ennemie était séparée du reste de l'armée , le centre survenant par la route de Paris, devait se heurter contre le canal; enfin la gauche ne pouvait se déployer qu'en longeant le pied du coteau de Calvinet. Le maréchal avait conçu l'espoir de profiter de ce dernier mouvement pour rompre les colonnes ennemies en débouchant à propos, soit par la route d'Alby, soit parcelle de Caraman. 11 y avait là des souvenirs d'Austerlitz, mais l'exécution échoua. Le centre des alliés, abordant de front le canal, fut vigoureusement repoussé, ainsi que Soult l'avait prévu. La gauche alors (Beresford) s'étendit le long de l'Ers, cherchant à escalader les hauteurs; et comme elles lui parurent inexpugnables, elle prolongea sa marche en dépassant le route de Caraman dans le dessein de les tourner. C'est ce que l'on attendait. Taupin à la tête de la réserve s'élança par la route de Caraman pour prendre Beresford en tête et le culbuter dans l'Ers; mais il y eut dans ce moment un court désordre que les Anglais saisirent : Taupin chargea trop tard avec une colonne allongée; il fut tué et sa troupe ramenée. Beresford gravissant l'escarpement enleva la redoute extrême qui ne put faire usage de son feu. Il pénétra ainsi dans l'intérieur de la première ligue de défense et la manœuvre même qui devait l'anéantir fixa de son côté la victoire. Soult changea de-front, se replia sur la ville où il soutint jusqu'à la nuit le combat le plus acharné. Jas lendemain il battit en retraite par la route de Narbonne où se rendait Suchet. Quelques jours après les deux armées adhérèrent anx actes du sénat.