SIÈGES ET BLOCUS DES PLACES
Capitulation d'Hunin^ue (14 avril). — Mou vemens autour Je Metz (a6 mars au 3 avril) —Réduction de Wiltinibcrg (1 3 janvier).— De Cusliiti (Jo mars).— De Glogau (10 avril).
De toutes les places qui faisaient partie de l'empire français et dont il n'a point été question précédemment, lluningue seul fut sérieusement assiégé par un détachement de l'armée de Bohême. Les tranchées furent poussées jusqu'au mur de contrescarpe. A ce moment l'abdication de l'empereur étant connue, Barbanègrc crut devoir éviter l'assaut en permettant aux ennemis d'entrer dans la place dont ils firent le service de concert avec la garnison.
Le blocus des autres villes ne donna lieu à aucun fait remarquable, sauf celui de Metz que Durutte rompit pour se mettre en campagne. Ce brave géuéral poussa jusqu'à Thionville et Luxembourg, en tira des troupes et avec Gooo hommes, il manœuvra pour coopérer au grand mouvement (pic l'empereur avait préparé sur les derrières de l'ennemi, lorsque la bataille de Paris changea toutes les dispositions; alors il se replia sous le canon de Metz.
Grenoble, Besançou, Strasbourg, Landau, Mayence, Valenciennes et Lille, ces boulevards de la frontière de l'Est et du Nord, étaient encore intacts et renfermaient des garnisons qui avaient eu le temps de s'instruire et qui brûlaient de prendre une part plus active aux opérations de la campagne.
Outre-Rhin; Wesel, les citadelles de Wurtzburg et d'Erfurth furent seulement investies. A Magdeburg, Lemarrois (18,000); à Hamburg, Davout (1 5,ooo), firent de glorieuses sorties, soutinrent de vifs combats sans fruit pour la cause commune, et dont le souvenir ajoute aux regrets qu'inspire 1 eloiguement de ces braves soldats , de ces généraux consommés, dont le sang eût été mieux employé sur les bords de la
Seine. WiUcmhcrg avait été enlevé d'assaut après quinze jours de tranchée ouverte. Enfin Glogau et Custrin s'étaient rendus après avoir épuisé leurs approvisionnemens.
En vertu de la convention du a3 avril 1814, pour acheter l'évacuation immédiate du territoire, le nouveau gouvernement remit aux coalisés 53 forteresses, situées hors des anciennes limites du royaume et livra bien légèrement 1 2,000 bouches à feu , d'immenses magasins , des vaisseaux et des arsenaux richement approvisionnés.
Retour de l'île d'Elbe (ao mars).— Dernière coaliliou (a5) — Soulèvement du Midi et de U Vendée (avril-mai). — Mouvement de l'armée du Nord (14 juin). — Passage de la Sambre ( 1 5 juin). — Bataille de Ligny. — Combat des Quatre-Bras (16). — Bataille de Waterloo (t8). — Abdication da l'empereur (aa). — Réunion de l'armée frauçaise sous Paris (a8). — Uéploiemeut des coalisés {29). —Capitulation de Paris.
S'il y a dans la science sociale un problème insoluble , c'est celui d'une restauration. Vingt-cinq ans s'étaient écoules depuis que l'émigration, dans son expression la plus pure, avait commencé. Ce laps de temps, si rapide dans la vie d'un homme, est immense dans celle d'un peuple. Les deux" tiers de la population ont disparu et les générations viriles ont grandi en s'identifiant avec les idées qui se sont développées en même temps qu'elles. Comment concevoir qu'un parti, longtemps abattu, que relève soudain une force inespérée, s'associe du même moment à des sentimens, à des mœurs qui ont été jusque-là l'objet de toute sa haine? Comment imaginer qu'une nation active, impatiente, énergique, reculant d'un quart de siècle, se soumette à des prétentions qu'elle ne comprend point et déchire, avec la charte de ses droits, les plus belles pages de son histoire?
Napoléon attentif au murmure de la France quitta l'île d'Elbe où l'avaient relégué les actes de Fontainebleau. « Du point où il toucha le rivage, l'enthousiasme du peuple le porta jusqu'au seuil de la capitale, (expressions de Napoléon). » A peine dç retour aux Tuileries , il demanda
m GUERRES DE LA REVOLUTION.
Ja paix. Mais toute la diplomatie de la coalition était alors en congrès à Vienne , elle le mit lui et sa faction hors du droit des gens. Les souverains donnèrent le signal à leurs armées qui couvraient encore l'Allemagne, et ils ébranlèreut un million de soldats sous le prétexte de lui arracher absolument le pouvoir suprême.
Cependant la Vendée et le midi prirent les armes. Diversions funestes qui ôtèrent aux troupes françaises la possibilité de profiter de la première surprise pour envahir la Belgique et s'appuyer au Rhiu! L'emperrur avait trouvé l'armée réduite à i5o,*ooo hommes et 19,000 chevaux , dont 92,000 hommes et 1 3,ooo chevaux seulement étaient en état d'entrer eu campagne. On rappela les conscriptions de 1 8 1 4 et 181 5, on leva 200 bataillons de garde nationale, on enrégimenta les militaires en retraite et l'on eut à la fin de mai sous les drapeaux, 217,400 hommes; savoir : aux dépôts 1 38, 100 hommes, dans les places, dans les grandes villes du midi, dans les ports de mer environ 180,000 hommes.
Les forces actives furent divisées, outre quatre corps d'ohservatiou et l'armée de la Vendée, en onze corps, dont quatre de cavalerie de réserve, formant quatre armées: i° l'armée du Nord comprenant, le icr corps, Drouot (20,564), à Lille; le 2", Reillc (22,764), à Valenciennes ; le 3% Vandamme (15,892), sur la Meuse; la réserve de cavalerie, Grouchy (10,600), entre la Sambre et l'Aisne; le 6' corps, Lobau (12,^92), à Laon.
2" l'armée de la Moselle, 4* corps , Gérard (14,792), à Metz.
3° l'armée du Rhin, 5* corps, Rapp (16,800), en Alsace.
4° l'armée des Alpes, 7e corps, Suchet (20,600), sur le Rhône.
Il y eut en outre: i° le corps d'observation du Jura, Lccourbe (10,700) sur la frontière suisse; 20 celui du Var, Brune (7100), en Provence; 3" celui des Pyrénées-Orientales, Decacn (25oo), à Toulo use ; 4° celui de la Gironde, Clauscl (25oo), à Bordeaux. Enfin l'armée de la Vendée Lamarquc (24,5oo), dans le Bocage; et la garde impériale (i8,4oo) à Paris.
Les bataillons de garde nationale, non employés à l'armée active et les militaires retraités formèrent la garnison des places.
Telle était au 3i mai la répartition des ressources qu'on avait rapidement organisées. A la même époque l'iutérieur était pacifié et les armées étrangères n'étaient pas en mesure de coordonner un plan d'invasion. Il y avait en ligne entre le Rhin et la mer : i" à droite, l'armée anglo-hollandaise cantonnée à Nivelles, Braine-la-Leud, Bruxelles, Grammont (37,000 Anglais, 4^,000 Allemands, 25j2oo Hollandais ou Belges), io4,vioo hommes coniniaudés par lord Wellington; 20 à gauche,
CAMPAGNE DE 1815. WS
k cheval sur la Meuse, l'armée du Bas-Rhin composée des corpsde Zielhcn Pirch , Thielmann et Bulow ( ia4,6oo}, général en chef Blucher.
Il y avait en arrière : i°à Ostende et dans les places du littoral 47,3oo hommes; a0 sur la rive droite du Bas-Rhin, quatre corps destinés à renforcer Blucher 178,160 hommes; 5° en marche, l'armée russe (1 j8,6oo) sous Barclay de Tolly ; 4° entre le Rhin et le Haut-Danube, Tannée aulrichienne (i5g 980) sous Schwarzenberg ; 5° dans le Milanais l'année d'Italie (62,600) général Frimont; 6° dans la Basse-Italie, l'armée napolitaine (42,700) Bianchi; 70 enfin l'armée suisse (36,5a4) qui, sous prétexte de faire respecter la neutralité, était réellement au servie* des alliés. Total 83o,ia4 hommes d'infanterie i54,o3o de cavalerie.
L'empereur après avoir hésité entre un plan de campagne défensif et des opérations offensives , se décida à prendre l'initiative avant que ces immenses masses fussent en communication.
Lorsque le corps législatif eut ouvert ses séances un mouvement général s'effectua depuis Dunkerque jusqu'à la Sarre, masqué par les démonstrations des garnisons des places. En même temps la cavalerie de Grouchy, le 6» corps, la garde se rapprochèrent de la frontière. Enfin l'empereur lui-même quitta Paris dans la nuit du la au i3 juin, et le 14 il eut iaa,4o4 hommes concentrés entre Maubeuge et Philippeville.
Cette levée de cantonnemens, cette réunion des armées du Nord et de la Moselle sous Charlcroi, fut habilement dérobée aux généraux alliés. Wellington était alors à Bruxelles et ses troupes se trouvaient échelonnées de Nivelles au Bas-Escaut. Blucher était à Namur et ses quartiers s'étendaient de Thuin à Liège. On allait pour une dernière fois surprendre le passage de la Sambre jadis si long-temps disputé, on allait lancer dans la plaine de Fleurus la grande armée.
Mais ce n'était plus cette grande armée qui était partie du camp de Boulogne pour porter ses aigles jusqu'au Niémen. On était encore affaissé sous le poids de deux années de désastres; les passions politiques s'étaient réveillées et l'ardeur du soldat était amortie par un sentiment de méfiance envers la plupart des généraux. Ceux-ci n'osaicut croire au succès, l'empereur lui-même voyait pâlir son étoile. Il eût fallu dès le début revenir à ses plus belles journées pour resserrer les liens mal affermis entre des corps rassemblés à la liAte et des chefs inconnus les uns aux autres. Mais les combinaisons foudroyantes d'Iéna, d'Austerlitz, supposaient un ensemble qu'on n'avait pas eu le temps d'acquérir. C'était un cercle sans issue que la situation intérieure rendait inextricable. Napoléon n'était pas moins préoccupé de l'attitude des représentans que
de celle de l'étranger. Ils avaient élevé des doutes sur la sincérité de ses efforts pour obtenir la paix, ils avaient appelé la délibération nationale à rectifier ce que l'urgence du moment avait pu produire de défectueux ou laisser d'imparfait dans la constitution.
Eu quittant Paris, l'empereur leur avait adressé ces paroles: « La « constitution doit être notre point de ralliement : elle doit tire notre « étoile polaire dans ces moinens d'orage. Toute discussion publique « qui tendrait à diminuer directement ou indirectement la confiance « qu'on doit avoir dans ses dispositions, serait un malheur pour l'état. « La crise où nous sommes engagés est forte ; n'imitons pas l'exemple du « Bas-Empire qui , pressé de tous côtés par les Barbares , se rendit la rite sce de la postérité en s'occupa nt de discussions abstraites, au moment « où le bélier brisait les portes de la ville. »
C'était un avertissement perdu, l'assemblée n'était que trop disposée , en lui disputant imprudemment le pouvoir, à renverser la seule barrière qui pût arrêter l'invasion. Jamais le soin de sa gloire et le salut de la patrie ne lui avaient imposé plus impérieusement la nécessité de la victoire; ses premiers pas semblaient la lui promettre. Le i4 juin , on savait que • les deux généraux ennemis étaient dans une sécurité complète, au moment même où l'ou prenait les armes pour pénétrer au milieu de leurs canlonnemens. Mais à la fin de la journée , à l'heure où les projets du lendemain étaient connus, l'inquiétude des soldats fut cruellement justifiée par un incident propre aux époques d'aveuglement et d'exaspératiou politiques. Un officier-général et deux officiers supérieurs du 4e corps passèrent à l'ennemi. Ou les conduisit au quartier- général de Blucher qui appela sur-le-champ de Liège, Bulow ; de la rive droite de la Meuse Tliiclmaun, et desenvirons de Namur Pirch pour les porter au secours de Ziethen dont le corps d'armée couvrait la Sambre depuis la froutière jusqu'à Charleroi.
Le ï 5 , à la pointe du jour, on s'ébranla de part et d'autre. Du côté des Français, l'aile gauche ( 1er et ae corps cavalerie légère de la garde ) partit dcMaubeuge ; le centre (3e 6: garde et cavalerie) de Beaumont ; la droite (4e) de Philippeville, pour passer la Sambre à Marchiennes Charleroi et le Chastclct. Du côté des Prussiens , les trois corps avertis pendant la nuit se rapprochèrent de Ziethen. Celui-ci, à la vue des colonnes d'attaque, replia ses avant-postes sur la rive gauche, et endommagea le pont de Charleroi de manière à retarder le défilé du centre et par suite de l'aile gauche. Quant à l'aile droite, elle n'arriva qu'à l'entrée de la nuit. On se hâta de rétablir le passage; lorsqu'il fut praticable, on commença, en escarmouchant, à se déployer dans ces champs où le sort de l'Europe avait été tant de fois fixé.
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Wellington et Blucher étaient liés entre eux par plusieurs communications dont la plus directe est Iq route de Nivelles à Namur. Cette route se croise aux Quatre-Bras etSombrcf avec celles qui conduisent de Charleroi à Namur par Fleurus et Gcmbloux ; à Bruxelles par Mont-Saiut- Jean ; à Liège par Gcmbloux et Vavi es. Il résulte de là que Napoléon , en se formant des Quatre-Bras à Sombref, se fût jeté tout entier entre ses deux adversaires , prêt à faire tomber sur l'un ou sur l'autre, selon l'occurrence, le poids de sou épée.
Tel était son plan, et l'ordre de marebe était combiné de telle sorte que la Sambrc pût être franchie à midi. On espérait, dès le même jour, s'étendre jusqu'aux deux positions. Mais sur la rive droite de la rivière on fut contrarié par le mauvais état des chemins. La rupture du pout de Charleroi fit un nouvel obstacle. Il y eut encore sur l'autre rive des retards occasioncs autant par de fatales indécisions que par la résistance de l'ennemi.
La droite de Zietbcn (10,000) se retira par la route de Bruxelles : luimême avec le centre et la gauche (22,000) par celle de Gembloux. Ney, qui venait de recevoir le commandement de l'aile gauche, prit le a' corps et poursuivit la première colonne. Yandamme et Grouchy s'attachèrent aux pas de la seconde. Ces derniers, à 3 heures, se heurtèrent contre Zietheu dont le front était couvert par un ravin adossé à des bois. Ils crurent avoir affaire à toute l'armée prussienne, et ils perdirent deux heures à délibérer. Enfin l'empereur, survenant, reconnut le terrain et ordonna la charge ; les Prussiens ne soutinrent pas le choc, les escadrons de service rompirent les carrés qui masquaient la retraita et déterminèrent le général ennemi à la prolonger jusqu'à Fleurus. Au bruitdu combat, Ney, incertain , suspendit sa marche et ne la reprit qu'après que la canonnade eut cessé. Alors il aborda Gosselies où l'atteudait la division prussienne; il la culbuta, la fit sortir par le chemin de Fleur rus, lança contre elle en avant-garde la division Girard et poussa une autre avant-garde à Frasncs que les postes anglo-hollandais évacuèrent.
La journée finissait et Ton n'avait pas atteint les positions qu'il eût été si important de saisir. Le lendemain , il fallut combattre sur les deux points. A l'aube , l'ordre fut expédié à Ney de consacrer l'effort de toute l'aile gauche à s'emparer des Quatre-Bras. Maître de ces hauteurs où les routes se croisent, et qui sont resserrées d'un côté par des bois, de l'autre par les ravins d'où s'échappe la Dyle, le maréchal devait contenir tout ce qui se présenterait de l'armée anglaise devant cette position. Cependant l'empereur, avec le centre, la droite et la division Girard, espérait surprendre Blucher , en échelons allongés sur la route de Namur et le frapper d'un coup mortel.
Nos tirailleurs repoussèrent de Fleurus ceux de l'ennemi. Ai} sortir de ce bourg , ils aperçurent une année entière en bataille au-delà du ravin de Ligny, presque parallèlement à la chaussée à laquelle elle se rattachait par sa gauche. L'empereur accourant, reconnut uue masse de 80,000 hommes. C'étaient les trois premiers corps de Blucher ;la droite tenait le village de Saiut-Amaiid, le centre Ligny, la gauche Sombref. Le feld-maréchal, après avoir averti Wellington, s'était rangé en 1" ligne de l'armée anglaise, qu'il attendait par la route des Quatre-Bras, ne doutant pas de tenir assez pour lui donner le temps d'intervenir, rallier Bulow et opposer aux 1 a 0,000 Français près de 200,000 hommes.
Le terrain depuis le ruisseau jusqu'à la crête des collines qui encaissent la Sambre, monte en amphithéâtre, et l'on pénétrait à fond dans les dispositions de l'ennemi. L'empereur y puisa l'une de ces combinaisons d'où naissent les succès décisifs. 11 fit halte à cheval sur la chaussée, perpendiculairement à la ligne de bataille de son adversaire , dont son extrême gauche (division Girard) menaçait le flanc droit ; et il prescrivit à Ney d'enlever rapidement les Qua Ire-Bras; puis, lorsqu'il en aurait pris possession, de lancer à la hâte, par la chaussée de Sombref, 8000 hommes, 2000 chevaux, 28 pièces, de manière à tomber, au fort du combat, sur les derrières de Blucher. Il était 10 heures, il y a des Quatres-Bras à Ligny trois lieues ; on pouvait donc accorder au maréchal 4 à 5 heures pour opérer son mouvement. On suspendit pendant ce temps l'attaque et eu se masquant des plis du sol , on déroba au général ennemi les apprêts offensifs.
A deux heures , l'empereur donna le signal : l'armée, sauf la division Girard, changea de front l'aile droite eu avant et se rangea à 2 portées de canon des Prussiens : le 3» corps pour marcher sur Saint- Amand ; le 4* sur Ligny, la cavalerie sur Sombref ; la garde se mit en réserve entre la gauche et le centre ; le 6e corps eut ordre d'avancer pour servir de réserve générale.
La conversion opérée, on s'ébranla au pas de charge, on replia l'ennemi au-delà du ravin , on enleva la portion des villages qui se trouvent sur la rive droite.
La division Girard étant restée en potence sur son aile droite , Blucher conjectura qu'on voulait surtout peser de ce côté pour le forcer de se retirer sur Namur. Il avait conféré dans la matinée avec Wellington dont il avait reçu la promesse d'un secours immédiat de 4o,ooo hommes. Décidé à ne point reculer, il fit reprendre Saint-Amand qui lui parut la clef du champ de bataille. L'empereur, désirant entretenir sou erreur, ébranla à-la-fois Girard et Vandammc pour pénétrer dans ce village, par le ravin. Il y eut là un rude choc, Girard reçut une blessure
mortelle, mais la position fut enlevée et les Prussiens plièrent au milieu d'un effroyable carnage.
A ce moment, l'empereur , impatient des lenteurs de Ney , entrevit sur le terrain même , l'occasion de désorganiser l'armée ennemie sans attendre de diversion lointaine. Pour arriver à ce grand résultat, il lui suffisait de rompre le centre assez vigoureusement pour envelopper et anéantirladroile alors absorbée parles progrès de Vandamme et de Girard.
Il forma en colonnes d'attaque, derrière le 4* corps, la garde et les cuirassiers; il leur montre déjà Ligny qu'ils doivent emporter brusquement, lorsque une étrange rumeur se manifeste à l'extrême gauche. Les soldats de Girard ont vu au sommet du plateau , sur l'ancienne chaussée romaine, une forât de baïonnettes; ils craignent pour Fleurus; ils abandonnent leur position pour couvrir la ligne de retraite. L'empereur hésite : est-ce en effet une colonne anglaise victorieuse de Ney ? Est-ce un détachement du maréchal? Avant que ce doute soit éclairci, pendant qu'un de ses aides-de-camp s'élance au-delà de Fleurus, il arrête sa garde et suspend le combat. Bluchcr, non moins ému , détache à droite une partie de sa cavalerie.
Au bout d'une heure on rapporta que c'était le premier corps. Comme il débouchait de Frasnes, marchant sur les Quatre-Bras il est rencontré par l'officier d'état-major qui portait à Ney les instructions de l'empereur; cet officier crut saisir le moment : il fit changer de direction à la téte de colonne, et il persuada facilement à Drouet qu'il s'agissait de mettre Blucher hors de combat.
Ces heureuses nouvelles ranimèrent toutes les espérances. On reprit aussitôt le mouvement sur Ligny, pendant que la division Girard rentrait dans Saint- Amand. Il était alors 7 heures : l'infanterie du f\* corps franchit le ravin, appuyée par la garde et les cuirassiers; et l'on engagea dans les rues du village un combat long et furieux. Le centre ennemi, ses réserves, furent tour-à-tour écrasés. Blucher, renversé de cheval, n'échappa tout meurtri qu'à la faveur de l'obscurité. Il était nuit close, on ne pouvait plus manœuvrer et, à la grande surprise de l'armée, l'intervention de Drouet, qui ne semblait pas douteuse, se fit à peine sentir à cet instant critique. Les Prussiens vidèrent le champ de bataille, où ils eussent dû être détruits. Leurs pertes toutefois furent énormes : elles s'élevèrent à 1 5, 000 hommes, 8 drapeaux f\o canons. Los Français curent *70oo tues ou blesses. Dès le soir ils occupèrent les sommets des hauteurs et la ville de Sombref.
Cependant le défaut de coopération de Ney, le peu de vigueur du coup porté par le Ier corps, les momens précieux qu'on avait perdus à les attendre, mêlèrent ù la joie du triomphe de cuisant» regrets. Pour
expliquer ces contre-temps qui ont eu sur les destinées de la France une influence si funeste, il faut se reporter aux opérations de l'aile gauche.
Elle avait passé la nuit : le a* corps à Gossclies, le premier en avant de Charlcroi. Au jour l'avant-gardc se mit en inarche; à 8 heures le a* corps était déployé à Frasnes en présence de l'ennemi; la matinée s'écoula en reconnaissances. Ney réduit par le départ de Girard, à 18 ou 20,000 hommes ne se souciait point d'ouvrir le feu avant la réunion de toute son armée. Enfin , vers deux heures, il se décida à l'attaque. C'était trop tard; les alliés qui d'abord ne lui opposaient que 8000 hommes en eurent une demi-heure après 1 8,000. Néanmoins il gagna sur eux, sa cavalerie pénétra jusqu'au nœud des deux routes; mais d'instant en instant leur nombre s'accroissait et à 5 heures, il dut tenir tête à 44,ooo combattans. Forcé de reculer à son tour, il eut besoin de toute sa fermeté pour n'être ni débordé, ni rompu. A ce moment pénible, il apprit à-Ia-fois les desseins de l'empereur et la direction qu'on avait imprimée au 1er corps. L'urgence de sa propre position l'emporta sur la situation générale : il donna à Drouet l'ordre impératif de revenir à Frasnes. Drouet obéit, sa division de droite seule continua à marcher sur le champ de bataille de Ligny où elle fut paralysée par la cavalerie de Blucher. Le reste n'arriva au secours du 2e corps que lorsque le combat et le jour finissaient. Ainsi le Ier corps ne fut utile nulle part, et le résultat de cette double action fut loin de satisfaire aux exigences du moment. L'armée prussienne ne fut point désorganisée, et l'armée anglaise, affaiblie d'une perte à-peu-près égale à celle de Ney (4 à 5ooo), tint encore ces défilés des Quatre-Bras qu'il eût fallu lui enlever 24 heures plus tôt. Enfin la séparation entre les deux généraux ennemis fut loin d'être décidée.
Blucher marcha à travers pays une partie de la nuit en remontant au nord. Les règles lui prescrivaient sans doute de ne point quitter la chaussée et de se retirer sur Namur. Mais dans l'état des choses il devait suivre une règle plus impérieuse; celle de ne point s éloigner de Wellington. En conséquence, il indiqua Vavres comme lieu de ralliement à ses colonnes.
Cependant les troupes anglo hollandaises continuèrent à arriver aux Quatre-Bras, et le 17 presque toute l'armée y eût été réunie si, à la nouvelle du désastre des Prussiens, le général en chef n'eût fait battre en retraite sur Genappc. Pendant sa marche, il reçut deux dépêches de Blucher qui lui promit de le rejoindre le lendemain avec 70,000. Cet avis le détermina à faire halte sur le célèbre plateau de Mont- Saint Jean.
Dès le malin du même jour, Ney était sous les armes en avant de
Frosnes, attendant de nouveaux ordres. On est surpris de voir ce général si impétueux, si intrépide, prendre si peu sur lui. A midi l'empereur, après avoir disposé de l'aile droite sous Grouchy (3e, 4° corps, j e de cavalerie) pour poursuivre Blucher, vint le rejoindre avec le centre (6° corps, garde, a* corps de cavalerie) et lui prescrivit de pousser enfin en avant. On s'avança par un temps affreux en échangeant déposition en position quelques boulets avec l'arrière-garde anglaise. A six heures du soir, lorsqu'on eut dépassé Planchenoit, l'ennemi, qu'une brume épaisse enveloppait, démasqua d'abord i5, puis 6o, pièces à mesure qu'on se déploya devant lui. On comprit que toute l'armée était là; mais il ne restait que 3 heures de jour et l'empereur remit l'attaque au lendemain.
Grouchy passa cette journée entière à chercher la direction des Prussiens. Le soir il venait d'établir son camp à Gembloux, lorsqu'il apprit de la manière la plus précise qu'ils étaient à Vavres. Au lieu de s'y porter aussitôt, il jugea qu'il serait encore temps de partir aux premières lueurs du matin.
On bivouaqua dans les positions suivantes : Wellington à droite et à gauche de Mont-Saint- Jean , quartier général à Waterloo ; Blucher autour de Vavres : Napoléon en avant de Planchenoit; le quartier général à la ferme du Caillou; Grouchy à six lieues de là. L'intervalle entre les deux généraux coalisés était de deux lieues moindre qu'entre les deux colonnes françaises; mais cette différence était plus que compensée par le désordre où se trouvaient encore les Prussiens.
La pluie durant toute la nuit tomba par torrens. Au jour le ciel s'éclaircit, mais le terrain était trop détrempé pour se prêter aux mouvemens des chevaux et des canons. Vers dix heures, les officiers d'artillerie annoncèrent qu'il commençait à s'étancher. Sur-le-champ l'empereur, montant à cheval, reconnut les lignes ennemies et fit passer à Grouchy l'avis qu'il allait engager la bataille, lui prescrivant de pousser Blucher et de ne rien négliger pour lier ses communications avec la droite de l'armée.
Wellington était rangé avec 80,000 hommes sur une colline longue de a5oo toises qui coupe obliquement de gauche à droite, la chaussée de Bruxelles à 5oo toises en avant de Mont-Saint-Jean et à une petite lieue de la ferme du Caillou. Son front était couvert par un ravin dont la pente aboutit au cours de la Lasne. Sa droite s'appuyait au château d'Hougomont, le centre à la ferme de la Haye-Sainte qu'on avait crénelée, la gauche au groupe de bàtimens que composent les fermes de Papelolte, de la Haye et le hameau de Smohain.
L'empereur forma ses colonnes d'attaque pour les déployer en trois
lignes : i° à gauche Reille (a* corps) appuyant par sa cavalerie à la chaussée de Nivelles et de l'autre côté à la ferme de la Belle-Alliance; au centre Ney, faisant face à la ferme de la Haye-Sainte, avec 62 pièces soutenues par 2 divisions du Ier corps; à droite Drouet, avec ses deux autres divisions et sa cavalerie, s'étendant jusqu'à la hauteur de la ferme de la Haye.
20 En seconde ligne à gauche les cuirassiers de Kellermann entre les deux chaussées : au centre le 6" corps savoir : l'infanterie en colonne serrée par divisions à gauche ; la cavalerie en colonne serrée par escadrons, à droite de la chaussée de Charleroi ; à droite derrière Drouet les cuirassiers de Milhaud.
3° En réserve au centre, à cheval sur la chaussée, les a4 bataillons d'infanterie de la vieille , moyenne et jeune garde ; ayant à droite la cavalerie légère et à gauche la grosse cavalerie de la garde.
Le nœud de la bataille était le bourg de Mont-Saint-Jean ou se croisent les deux routes et qui masque le défdé de la forêt de Soigne. Le point d'attaque était la ferme de la Haye, lieu de jonction des armées Anglaise et Prussienne. L'empereur s'était préparé à forcer la gauche de Wellington, puis à pousser jusqu'à Mout-Saint-Jean la formidable masse que formaient les trois lignes du centre. Mais la disposition oblique du - terrain, l'appui que Wellington tirait des deux bâtiinens d'Hougomont et de la Haye-Sainte , imposaient la loi de faire tomber d'abord ces deux postespar où, au moyen d'un simple changement de direction à gauche , on pouvait prendre en flanc les colonnes en marche.
Vers midi la fusillade s'ouvrit à gauche ; l'extrême division du ?.c corps aborda le parc d'Hougomont. L'ennemi déploya t\o pièces et les gardes anglaises. On prit , on perdit plusieurs fois la position, enfin on fit avancer uue seconde division qui donna l'ascendant à l'attaque.
Cependant dès les premiers coups de feu, l'empereur, dont les regards cherchaient avidement Grouchy, aperçut, près de Saint-Lambert , à deux lieues à droite, 5 à 6000 baïonnettes. Etait-ce l'avant garde du maréchal ou celle des Prussiens ? Il y allait du sort de la France, sans délibérer, on délacha à droite la cavalerie du 6e corps (3ooo) qui se rangea en potence à 3ooo toises sur tout le flanc de l'armée. On sut bientôt que ces troupes appartenaient au corps de Bulow qui était parti le matin de Vavres à la tête de 3o,ooo hommes. L'empereur prit aussitôt le 6* corps et l'envoya au-devant des Prussiens avec ordre de leur tenir têtes et de les attaquer s'il venait à entendre sur leurs derrières le canon de Grouchy. En même lemps, il fit passer au maréchal un dernier ordre qu'il reçut trop tard et qui le sommait d'accourir pour écraser Bulow en le mettant entre deux feux.
GÉRARD (É tienne-Maurice),
MarrVhMile France.— Né i DamTïlliert (Mme) le 4 terrier 1773. Combat de Wavrei (1815).
Ces précautions prises , l'empereur , animé du désir d'en finir avec les Anglais, abandonna son attaque méthodique et, se tenant prêt à parer aux mouvemens de flanc qui pouvaient partir d'Hougoinont ou delà Haye- Sainte il ébranla toute la première ligne. Comme il l'avait prévu, Wellington fit charger la gauche du ier corps par ses dragons qui rompirent une division , désorganisèrent une batterie et pénétrèrent jusqu'à la seconde ligne. Là pendant que Drouet raffermissait sa troupe , ils se brisèrent contre les cuirassiers de Milhaud qui les sabrèrent et les anéantirent. Ce choc épisodique n'eut qu'une médiocre influence sur l'issue de la journée. Drouet occupa la Haye, Papelotte , Sniohain ; Ney , après de sanglans efforts, enleva la Haye-Sainte; enfin Reille, n'ayant pu se rendre mattre des bâtimens d'Hougomont, les fit incendier et réduisit à la défensive la droite des alliés.
La droite eût été immédiatement gagnée contre les Anglais, si la plus forte partie du centre n'en eût été distraite par la funeste diversion de Bulow. Celui-ci était alors aux prises : il s'avançait parallèlement à la chaussée, manœuvrant pour tourner la droite du 6* corps et couper la retraite de l'armée. Lobau se replia pas à pas, et les boulets prussiens sillonnèrent la position que tenait la réserve. Il fallut arrêter des progrès qui compromettaient tout. Huit bataillons de la jeune garde, 24 pièces, 4 bataillons de la vieille garde s'élancèrent repoussèrent Bulow débordèrent sa droite, et le décidèrent à battre en retraite. Mais son canon avait ranimé l'espoir de Wellington et, au , moment où il prit l'attitude la plus menaçante, une charge de cavalerie culbuta les chevaux de Drouet qui commençaient à couronner le plateau de la Haye. À cette vue les cuirassiers de Milhaud, tirant le sabre, gravirent le coteau, suivis des lanciers et des chasseurs de la garde. Les Anglais plièrent et tout l'espace qu'avait occupé leur aile gauche fut abandonné. On voulut s'y maintenir: les cuirassiers de Kellcrmann passèrent au grand trot de la gauche à la droite, et la grosse cavalerie de la garde, d'elle-même, sans qu'on songeât d'abord à l'arrêter, s'ébranla pour les soutenir.
Ce fut un étonnant spectacle que celui de cette troupe éprouvée marchant en avant aux cris de vive l'empereur ! dansl'instant où Bulow allait couper la ligne de retraite. Ainsi toute la cavalerie de l'armée arriva sur le plateau. C'est là que la valeur française brilla d'un nouveau lustre. Pourquoi faut-il que le souvenir de tant de hauts faits soit perdu dans un immense souvenir de deuil.
Déjà les réserves de cavalerie anglaise et hollandaise avaient épuisé leurs efforts en faisant reculer de quelques pas Milhaud, lorsque Kellermann et la garde survinrent. Leur choc fut décisif, après avoir fait
tourner bride à leurs adversaires, ils abordèrent l'infanterie dans sa nouvelle position où des troupes tirées de la droite lavaient renforcée. Les régimens anglais se formèrent en carrés qu'on assaillit tour-à-tour et dans tous les sens. Presque tous furcut entamés, quelques-uns furent ouverts, sabrés , dispersés. Celle mêlée terrible coûta aux alliés i5,ooo hommes. Au bout de deux heures, à peine en restait-il faooo h leurs rangs. Les convois prirent la fuite, l'alarme se répandit jusqu'à Bruxelles, et Wellington, au désespoir invoqua la nuit ou les Prussiens.
Il était 7 heures, Bulow s'avouait vaincu, l'armée anglo-hollandaise réduite de moitié, était aux abois et n'attendait plus qu'un dernier coup pour se jeter en désordre dans la forêt de Soigne. L'empereur se souvint de Wagram, il fit passer à la tête du centre les quatre bataillons de moyenne garde; puis, derrière ceux-ci, les huit bataillons de vieille garde qui lui restaient; il prescrivit à Reille, à Drouet, d'appuyer le premier à droite, le second à gauche. Il disposa ainsi toute l'armée à foncer sur le centre ennemi pour saisir Mon t-saiul- Jean.
Comme la colonne se formait, on vit le corps de Zielhen déboucher par le chemin de Vavres et dépasser le bois d'Ahaîn. Crise cruelle î la cavalerie , jusque-là victorieuse, fut émue, l'Anglais reprit courage et renforça son centre. Enfin, Napoléon, comprenant qu'il fallait tout perdre ou brusquer l'attaque, donna le signal avant que l'échelon de la vieille garde fût à portée de celui de la moyenne garde.
Le pas de charge se fait entendre pour la dernière fois, la tête de colonne aborde , force la première ligne anglaise, deux fois des troupes fraîches se jettent sur son passage, deux fois elle les culbute et continue à avancer. Eufin Wellington lui oppose i4 bataillons ses dernières réserves; si ce nouvel obstacle est surmonté, c'en est fait de l'armée anglaise, et Blucher, survenant au milieu d'une affreuse déroute, doit luimême être entraîué. Ney se précipite, mais le nombre l'emporte ; jusqu'à 8 heures le maréchal retourne impétueusement à la charge; vains efforts! la mitraille dévore ses rangs; les vieux généraux de la garde succombent, Michel est tué, Friant, Cambronne sont blesses, il faut pour fixer la victoire , le secours de la vieille garde. Mais la vieille garde n'est plus disponible et la victoire n'est plus indécise.
Ziethen, Pi rch , Blucher, 4o,ooo hommes, se sont ouvert le champ de bataille. Entre 8 et 9 heurei, à la suite d'un combat faiblement soutenu, ils ont déposté de la Haye, la division de droite, et pour la rallier Napoléon a été forcé de prendre les 8 bataillons de réserve qui devaient achever la défaite de Wellington. Celui-ci reçut alors le renfort de deux brigades de cavalerie qui flanquaient sa gauche ; il en profita sur-le-champ pour empêcher la droite de se raffermir. Les escadrons de
service coururent au-devant d'elles et furent ramenés. Dès ce moment Wellington, Blucher, Bulow à la tête de i5o,ooo hommes inondèrent la plaine dans tous les sens. Les quatre bataillons de Ney périrent, le i'r corps se débanda, la vieille garde elle-même, rompue par la masse des fuyards, perdit ses rangs, et la nuit mit le comble au désordre. Tous les corps se désorganisèrent et s'enfuirent d'une seule traite jusqu'à la Sambre. Après d'inutites efforts pour former une arrière-garde , Napoléon courut aux Quatre- Bras où il espérait trouver la division Girard; elle avait disparu. Ses officiers d'ordonnance portèrent à Grouchy l'affreuse nouvelle avec Tordre de gagner Namur; lui-même partit pour Philippeville, puis pour Laon qu'il indiqua comme point de ralliement aux débris de l'armée. De là il revint à Paris.
Grouchy n'avait quitté Gembloux qu'à toheurcs du matin. A moitié chemin de Vavres, il entendit distinctement l'effroyable canonnade de Waterloo. Gérard, Excelmans, le conjurèrent de marcher sur le feu: il objecta ses ordres. Cependant il allait se rendre à des raisons dont lui-même était pénétré, lorsqu'on lui annonça que ses troupes légères étaient engagées devant Vavres. Ses hésitations cessèrent; il s'y transporta, se mit en bataille à /| heures , pour forcer le passage de la Dyle et à 6' heures ouvrit un combat bien stérile. Thielmann, que Blucher avait laissé là pour masquer son mouvement, Thielmann seul était devant lui. Il le culbuta, s'ouvrit la route de Bruxelles où il se disposait à marcher lorsqu'il apprit que tout était perdu. II repassa la Dyle en contenant l'ennemi , gagna Namur où il soutint un dernier choc, puis traversa Mézières , Reims et ne fit halte qu'à Laon. Six jours après la bataille 70,000 hommes étaient ralliés entre cette ville et Paris. Mais de graves évènemens s'étaient passés dans le sein de ï assemblée qui subordonnèrent encore les combinaisons militaires à des intrigues politiques.
A la nouvelle des désastres de Waterloo, les représentans se soulevèrent, ils revendiquèrent la dictature, ils arrachèrent à l'empereur son abdication , ils remirent à un gouvernement provisoire le soin de négocier avec l'étranger ou de soutenir une guerre nationale.
J>es plénipotentiaires de ce nouveau pouvoir, armés de l'abdication de Napoléon et des déclarations des souverains en faveur de l'indépendance de la France, crurent obtenir la suspension immédiate des hostilités. A côté de leurs démarches officielles, d'autres négociations s ouvrirent en secret entre Wellington et des membres du gouvernement, du ministère ou de l'état-major, dans le dessein de sauver Paris d'une seconde occupation en se soumettant aux Bourbons.
Les coalisés ne respectèrent pas plus les Bourbons que la France. Leurs armées débordèrent sur tous les points. Frimont, dont l'aile gauche
S'iG GUERRES DE LA REVOLUTION.
avait bataillé en Savoie, était entré dans Genève et avait signé un armistice. 11 ne lui convint point de l'observer : il répandit 6a,ooo Auslro-Piéniontais sur lcsdeux rives du Rhône, lit contre Grenoble i essai infructueux d'un coup de main; puis à la suite de quelques escarmouches, il conclut avec Suchet une convention, en vertu de laquelle il prit possession de Lyon.
Colloredo, aile gauche de Schwarzenberg (4o,ooo), passa le pont de Baie, manoeuvra pendant 17 jours contre Lceourbe, qu'il renferma enfin dans un camp retranche sous Bel fort où le corps français se maintint jusqu'à la fin de la guerre.
Schwarzenberg avec Co,ooo Autrichiens, Bavarois et Rus «es aborda par Germersheiin, les anciennes lignes de Weisscmbourg ; il s'étendit par sa droite au-delà des Vosges et de la Sarre cl replia pied à pied la faible armée du Rhin dans Strasbourg, dont il chercha vainement à se faire livrer les portes.
Cependant Wellington et Blucher jKirtirent du champ de bataille de Wateiloo , traversèrent, l'un Charleroi, l'autre Nivelles, pénétrèrent dans le département du Nord par Àvesocs et Vntenciennes,et s'avancèrent, les Prussiens, par la route de Guise, les Anglais parcelle de Péromic. l's passèrent l'Oise sans obstacle à Compièguc et Pont-Sainte-Maxence , enfin ils déployèrent 100,000 hommes devant le camp retranché i\v Paris.
Jaî gouvernement provisoire se montra plus soucieux d'éloigner Napoléon que de les arrêter. Retiré à la Malmaison, l'empereur mesurait en frémissant les pas des colonnes ennemies et ceux de l'urinée qui les côtoie lentement et ne les précède que d'un jour dans les lignes de Paris. 80,000 Français soutenus par l'immense population de la capitale , devaient tirer de leur revers une éclatante vengeance : c'était le seul moyen d'appuyer des négociations que l'abus de la force rendait illusoires. Il demanda aux hommes qui le tenaient prison uier le droit de consacrer par la victoire uue vaine et stérile puissance. Ils le refusèrent , il partit. Wellington resserra les rctranchemens dont on avait couvert l'enceinte du nord, Blucher passa la Seine à Saint-Germain et compléta par l'autre rive , l'investissement de la ville. L'année capitula, les vainqueurs envahirent Paris , pillèrent les musées, braquèrent leurs canons sur le palais où ils avaient ramené le roi et imposèrent à ce malheureux prince Jes traités qui ouvrirent, de ciuq larges brèches, la frontière de Louis XIV.