MARITIMES ET COLONIAUX
A la fin du règne de Louis XVI , la situation dè la marine royale était à peine inférieure à celle de ses plus brillantes époques. 73 vaisseaux de haut-bord, 69 frégates, des corvettes, bricks, etc., en nombre proportionné, protégeaient un riche commerce avec le Levant, les Grand-Indes et le Nouveau-Monde. Les marchés de la Méditerranée recevaient avec une faveur marquée les produits de l'industrie nationale qui, à elle seule, embrassait la moitié des transactions entre les Orientaux et les comptoirs européens. Sur les côtes de llndostan , la compagnie anglaise avait jeté les fondemens de sa prodigieuse puissance, mais la suprématie ne lui était pas alors tellement acquise, qu'on ne pût espérer de la lui disputer encore. Mais c'était surtout aux Antilles que la prospérité coloniale semblait arrivée à son plus haut terme. Saint-Domingue seul était le centre d'un mouvement d'importation et d'exportation, dont la somme en 1789 excédait 700 millions de francs.
Cette marine, ces colonies florissantes ont péri sous les coups redoublés de l'Angleterre, secondée dans son active inimitié par la fureur et l'aveuglement des partis.
Contrairement à l'opinion accréditée par quelques historiens, le corps des officiers de la marine avait moins perdu par 1 émigration que ceux de terre. Il en restait trois fois plus qu'il n'en fallait pour formel* tous les équipages do la flotte, mais on n'y songea pas. Ce n'était pas du côté de la mer qu'on croyait courir des dangers; les armemens faits au commencement de 1 793 à Toulon avaient moins pour objet d'aider l'armée de terre
que de faire des parades diplomatiques telles que celles de Gènes et de Naples. ( i)