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Dans le livre 5 de cet ouvrage , Cicëron in-' trodiût l'interlocuteur Lœlius qui reproduit et développe tous les raisonnemens de Carn^des et des autres sophistes grecs pour prouver qu'il n'y a pas de droit naturel , puisque ses principes sont violés en tous pays (i) -, que dé» lors tout est livré à l'arbitraire des lois positives ; que les états ne doivent connaître d'autres règles que leur plus grand avantage , parce que chacun doit chercher son bien.
On a perdu le texte de la réfutation , dans laquelle le génie de Gicéron , au témoignage des anciens, s'était élevé à une grande hauteur; c'est U qu'il démontrait la souveraineté universelle de la raison cit de la justice, supérieure à la souveraineté du peuple et des nations , et au pouvoir absolu des rois.
. Lactance nous a seulemçpt donné le résumé de sa doctrine (p. 17 de la tra4uction de M. f^iHe^ main.) «11 est , dit Cicéron , (2) une loi véritable; y> la droite raison , conforme à la nature , uni-
(1) Rousseau a répondu à ce misérable argument dans cette Téhé-^ mente apostrophe qu'il adresse au sceptique Montaigne. « O Montai- 9 gne ! s^écrie-t'il, toi qui te piques de franchise et de Terité, sôia » sincère et Yrai , si uo plfflosopfae peut Vétre ; et dis-moi » s'il est B quelque pays sur la terre où ce soit un crime de gaixler sa Coi , d'être 9 clément, bienfaisant, généreui ; où l'homme de bien soit mépri'*
9 sable , et le perfide honoré. »
(3) Apod Lacunt. , iost.. Ut. VI , ck. 8;
5) verselle , immuable , éternelle , dont les ordres
» invitent au devoir; dont les prohibitions éloignent
» du mal. Soit qu'elle commande soit qu'elle dé*
)!> fende, ses paroles ne sont ni vaines auprès des
3> bons y ni impuissantes sur les médians ; cette
j> loi ne saurait être contredite par une autre , ni
» modifiée , ni abrogée : ni le sénat ni le peuple ,
}> ne peuvent nous délier de l'obéissance que
y> nous lui devons. Elle n'a pas besoin d'un nouvel
» interprète , ou d'un organe nouveau ; elle ne
D serja pas autre dans Rome, autre dans Athènes ;
» elle ne sera pas demain autre qu'aujourd'hui ;
y> mais parmi toutes les nations , et dans tous les
» temps , cette loi régnera toujours , une , éternelle y
» impérissable, et le guide commun; le foi de la
» créature , Dieu hii-même , en est l'inventeur ;
» il lui donne sa sanction , et il la promulgue ;
y> l'homme ne peut la taiéconnaitre , sans se fuir lui-
» même , sans renier 'sa nature , et par cela seul,
» sans se dévouer aux plus dures expiations,
» quand même il éviterait ce qu'on appelle les
» supplices^ ou punitions légales. »
Il est bien fâcheux que nous n'ayons pas les proprés paroles de Cicéron. 11 paraît que cet éloquent orateur regardait ce morceau comme l'un des plus beaux qui fût sorti de sa plume {^De RepubL liv. m , c. 20). •
On lit à la fin du liv. Il, ch. 42 , qu'il est f'^ux
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que la chose publique ne puisse être gouvernée sans le secoars de l'injustice , et qu'il est au contraire de toute vérité que la chose pubKque ne peut être gouvernée sans une extrême justice.
Gcéron avait commencé cet ouvrage par faire l'éloge de l'amour de la patrie. On ne pouvait mieux procéder en écrivant sur la politique ; car à quoi bon paHer à ceux dont l'égoïsme avait érigé en maxime de sagesse, qu'un homme prudent ne doit jamais se mêler des afiàires de l'Etat , à moins d'une urgente nécessité?
Ce n'est pas ainsi que pensait Cicéron ; il avait prouvé par son exemple que l'amour des lois s'allie fort bien , et est inséparable de la gestion des afiàires publiques. Le caractère principal de son génie était de ramener tous ses ouvrages , même ses plaidoyers, à des idées générales et philosophiques. C'est ce qui fait que ses discours sont encore aujourd'hui si admirés, quoiqu'on ne»prenne plus guère d'intérêt a ses cliens.
Cicéron pensait donc , que tout homme doit ses services à son pays , et que , dans les momens de crise , tout citoyen est magistrat. C'est ainsi qu'il loue le premier des Brutus , ce homme émi- » nent par son génie et sa vertu , d'avoir affranchi D ses concitoyens du joug illégitime d'une odieuse yy tyrannie* Quoique dépourvu d'aucun caractère y> «public 9 il se chargea , dit-il , des destins de tout
n l'Etat , et le premier parmi nous , il nous apprit » que personne n'est homme privé , quand il s'a^l f> de conserver la liberté des citoyens, (i) »
Cependant Cicéron n'était pas un démagc^ue j au contraircyil détestait le gouvernement populaire*
Liv. 3 9 c. a3 ^ il déclare « qu'il n'existe point » de peuple pour lui , si ce peuple n'est oontenu 30 par le lien commun de la loi ; hors de là , cet as- » semblage d'hommes est aussi bien un tyran » qu'un seul homme ; c'est même un tyran plu» y> détestable. 11 n'y a rieû , dit-il , de plus eiécrà- » ble que cette béte féroce qui usurpe la forme » et le nom de peuple. »
Dans son ouvrage, Cicéron ne cache pas sa prédilection pour la monarchie ; mais il faut voir de quelle monarchie il parle ; ce n'est pas de celle où les rois sont revêtus d'un pouvoir absoli}. et L'ima- » gination , dit*il , ne peut concevoir un mons- >3 tre plus épouvantable , plus funeste , plushaîs*- » sable de la part des hommes et des Dieux , que D le tyran qui , sous la forme humaine , surpasse x> en cruauté les plus hideux animaux. Peut-on y » en effet , laisser avec vérité le nom d'homme à » qui n'admet entre lui et ses concitoyens ^ entre » lui et l'humanité toute entière y aucune com-^
(i) Qui cum estet privatus, totam remimblicam sustrouit; pri^ musqué io hac cWiute docuit , in conierraDda ciTium liberute, eis« lurtratum semiiieai.
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y> imioauté de droits , aucun partage de seBtimens » humains ! »
Et on nous présente Gcëron comme le fituteur des doctrines uUrà^monarchiques et religieuses y 1 ni qui flétrit d'une manière si énergiq ue les tyrans ; lui qui, sans craindre le sort de Socrate , s'est moqué y dans son Traité de la Divination | des absurdités du polythéisme !
Quelles étaient donc les idées de ce patriote romain , de ce grand homme qui a si bien connu les diverses formes de gouvernement ^ qui a indiqué avec tant de vérité les moyens par lesquels elles se corrompent ?
Il voulait une monarchie tempérée par le pou* voir du sénat et par l'assemblée générale du peuple ; c'est ce qui résulte évidemment du soin qu'il a pris , au liv. 1 1 , d'établir que ce fut le peuple qui disposa y par des plébiscites j de la royauté^ d'abord en &veur de Numa, après un interrégne d'une annéç ( ch. la et i5 ) , pouvoir dont Numa lui-même fit régler l'exercice par une seconde loi votée par les curies; puis en Êiveur de TuUus Hostilius (i), par un acte porté en l'assemblée générale des comices, sur la proposition de l'interrdi {ch • 1 7} «^
Une autre loi curiale transmit le même pou-»
(1) C'est ce roi qui étalait le droit fécial ou droit des gens. ( Cité ron , ibid. ch. 17. )
voir à Ancus Marlîus , descendant de Numa ( eh. i8). Il en fut de mênré de Tarquin l'Anciea jf ch. ao ). 11 remarque^ comme une grande inno** vation , que Tullus Hostilius monta sur le trône sans l'ordre du peuple ( injiissu populi ) ; mais cela tenait à une circonstance particulière; il était le fils adoptif de Tullus Hostilius , dont la mort n'était pas certaine. Servius ne prit cette éminente magistrature qu'avec l'assentiment de ses concitoyens ; et plds tard il la fit confirmer par le peuple, qui lui ordonna de régner, encore par npe loi buriale ( ch. 21 ). C'est ainsi qu'il arrive au règne de Tarquin le Superbe , dont il déclare l^llégitimité , en élisant , par imitation du passage déjà cité de Platon , que de roi il était devenu despote^ et il lui reproche d'avoir par ses vices rendu trèspernicieuse une forme de gouvernement qui n'avait rien que de bon.
Cicéron , avec Scipion et tous les hommes
d'état de Rome, quoique ennemi du système
populaire, ne voulait que d'une monarchie à
vie ; il blâme Lycurgue d'avoir adopté un autre
mode, ce Nos Romains , dit-il , tout agrestes qu'ils
'» étaient , sentirent qu'il fallait chercher non pas
'a> une descendance royale, mais* une sagesse et
^P une vertu royales ( liv. ^1 , ch. 13 ). »
Les rois de Rome ne pouvaient disposer de la