CCCXXI
mais si on s'emparait de ma propriété sans une juste et préalable indemnité 9 je serais certainement fondé à dire qu*on a violé mon droit.
SûretéilUmiiée^c* est le droit La ^ref^ n'est pas, comme de posséder tous mes avantages on- le dit ici, le droit de possé« sans souffrir aucune défalcation der tous mes avantages sans dé* par quelque raison que ce puisse falcation ; le contrat social se-^étrcm rait alors tout à mon avantage,
il serait léonin. It est évident que je n'ai droit à« la sûreté de ma personne , qu'en contribuant à celle des autres ; par conséquent en exposant ma vie pour eux comme ils l'exposent pour moi*
Mais si on demandait le sacrifice de ma vie inutilement, si on voulait en disposer, soit en me livrant à un ennemi ; soit en m'exposant seul à des dangers au-dessus de mes forces ; soit en me condamnant à verser mon sang sur Téchafaud , sans m'a voir laissé les moyens de me défendre , et des juges équitables } j'aurais. le droit de m^ refuser , de chercher à me soustraire par la fuite à la persécution , et même de résister , par , la force des armes , à ceux qui voudraient attenter à ma sûreté.
Résistance k l'oppression il- Les esprits prévenus ou hos-
limitée , c*est le droit de me ga- tiles ne voient là qu'un principe
rantir , par tous les moyens d'anarchie , et qu'un appel à
possibles , par tous les actes de l'insurrection.
violence j contre tout ce qui me II est clair pourtant qu'il ne
paraît une violation de mes s'agit que de la défense de soi-
droits naturels, c*est~à^dire même, et c'est un adage in«
contre tout ce qui me déplaît. contestable que )a défense est *
Mais chacun de ces droits, de droit naturel.
dira^'t-on, sera limité par des Ainsi dans l'état naturel 9
lois positives. Je réponds que 'tout homme dont on attaque la
cela ne se peMt pas sans en- vie ou les biens , a le droit de
freindre la déclaration , car elle les défendre par tous les moyens
a prononcé ces droits impres" que la nature peut lui fournir.
criptibles, c'est-à-dire inalté^ Dans l'état social , si les pou-
râbles^ Si l'on n^en peut rien voirs publics, qui sont institués
retrancher, on ne peut point wur le protéger ou garantir son
leur donner de limites, roilà bonheur, attaquent au contrai-.
ionc l'œuvre de la législation re tous ses droits , il est en droit
rendue impossible. de résister ; s'il peut ramener
Si la liberté est iUimifée, il les pouvoirs qui s'égarent dans
«y a plus de droits , car les le sentier du bien , il est de son
( «CCXXIÏ )
én>its "ne ^eurent exister (ju*aux intérêt, et par coosëquent dt
dépens de la liberté : on ne peut son devoir, de l'essayer. Mais
^réer un droit sans imposer une si tous ses efforts sont inutiles ,
obligation correspondante : on il doit 8'exf)atrier ; s'il ne le peut
ne saurait empêcher les liomunes pas , et m ses concitoyens éprou«
•^ se nuire ffu'en retranchant vent les mêmes excès , ils ont
de leur liberté. Ainsi toutes les incontestablement le droit éese
*lois étant contraires à la U» défendre et de réformer leur
berté, sont contraires au droit gouvernement.
naturel* Certainement , si un prince
L'homme a un droit de pro'" venait pour me ravii^'existen-
;priété naturel et iniprescripti' ce à force armée , je serë^is en
ble ^ c'esi'à-^ire qu'il n'en est droit de la défendre par les
' ^s redevable aux lois, et que mêmes voies, et je ne sei-^ispas
les lois ne peMwetU pas le lui im régicide. S'il déi»honorait ma
éter : mais , pour donner un couche, et que je n'eusse aucun
sens à ce ntoi, U faut que le moyen l^aî d'obtenir satisfac<-
droit soit relatif à un objet sur tion , je serais en droit de ven-
lequel il s^exerce§ car un droit ger ma propre injure.
Îui ne s'exerce sur rien n'a pas Si mes droits ne sont qu*ateaucoup de valeur^ et ce n'est taqués de loin , je dois me te- ^uère la peine de le proclamer nir sur la défensive , de peut solennellement^ C est en vaincue .de compromettre la tranquiU toutes les lois du monde aur- lité publique.
raient assuré yue j'ai le droit En un mot , l'insurrection / ^'avoir quelque chose : si c'est n'est légitime , que quand elle là tout ce (jumelles ont fait pour est renîiermée dans les limites , moij il faut (/ue je prenne par» de la défense naturelle. Si c'est 4out ce dont j* ai besoin, ou que là de l'anarchie; que l'on nous je meure de faim. Ainsi , dé^ diî>e en vertu de quelle loi nous ctarer un droit de propriété , devons, à un gouvernement desans spécifier les objets sur leS" venu tyrannique , le sacrifice quels ce droit peut s'exercer, de notre liberté, de nos proc'est établir, en d'autres termes, priétés, de notre vie et de celle un droit de propriété MniyerseUe, de nos familles. c'est dire que tout est cqminun
à tous* Mais comme ce quiéiupartient à tous n'appartient àper^ sonne ^ il s'en suit que l'effet de la Déclaration ne serait pas d'établir la propriété , mais de la détruire^ et c'est ainsi que l'ont entendu lespartisans.de Babeuf , ces vrais interprètes de la Déclaration des Droits de l* Homme, auxquels on ne pourraii rien reprocher que d'fxyoir été conséquens dans l'appUcmion </« principe le plus faux et le plus absurde*
( CCCXXÏII )
On me dira que , -puisque le sens de cet article présente i/iite extravagance j il ne peut pas être celui que les législateur^ ay aient en vue / ils n'ont jamais pu penser que ces droits pussent être illimités. Ils avaient déjà dans l'esprit les lois de détail qui devaient modifier , restreindre, ^ spécifier ces droits gé^ néraux dans leur application particulièrem
Je suis loin de prêter aux législateurs français des intentions folles et criminelles ; mais s^ils disent le contraire de ce qu'ils veulent dire , ai-fe tort d'entendre ce qu'ils disent , et non ce. qu'ils ne disent pas 7
On peut sans doute, entrevoir confusément ce qui était dans leur intention ; mais ils n'ont pas su l'expliquer. Je ne mé charge pas de créer ce qui n"* existe point ; il me suffit de montrer que le sens ntiturel de leurs expressions ne forme que des pro^ positions absurdes et contradictoires*