‹ Tableau des révolutions de l'EuropeChapitre 4 sur 25 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

34 PÉRIODE vii.

à prendre la dignité royale. L'élévation du prince d'Orange , son cousin-germain , au trône britannique, celle de l'électeur de Saxe, son plus proche voisin, à la royauté de Pologne , tentèrent son ambition, et l'engagèrent à entrer en négociation , à ce sujet , avec la cour de Vienne. L'empereur Léopold promit , par un iG uot. 1700. traité 1 , de le reconnoître comme roi de Prusse , moyennant un secours de dix mille hommes que le nouveau roi promit de lui fournir, dans la guerre que l'ouverture de la succession d'Espagne faisoit alors prévoir. Pour rassurer aussi la république de Pologne 6 piia 1700. qui auroit pu y former opposition, l'électeur signa «les réversales qui portoient que la dignité royale de Prusse ne préjudicieroit en rien aux droits et àla possession du roi et de la république de Pologne sur la Prusse royale ou polonoise ; que ni lui ni ses successeurs ne s'en prévaudraient jamais pour former des prétentions sur cette partie de la Prusse , et que la clause du traité de "VVelau , qui assuroit la réversion 'des droits de domaine direct de la Prusse ducale , pour le cas d'extinction des mâles issus de Frédéric-Guillaume, resteroit dans toute sa force et vigueur , et ne seroit enfreinte ni par le nouveau roi ni par aucun de ses successeurs 2 . Ce fut à la suite de ces différentes conventions que l'électeur se rendit à Kœnigsberg, et 18 janvier 1701. qu'il s'y fit proclamer roi de Prusse. On observe que, dans la cérémonie de son sacre , il se mit lui-même la couronne sur la tête.

ReconuoiftMnce Toutes les puissances de l'Europe reconnurent le du d ou veau roi nouveau roi , à l'exception de la France et de l'Es-

Eigne , avec lesquelles il entra aussitôt en guerre, 'ordre Tcutonique , se souvenant de ses anciens droits sur la Prusse , crut devoir se pourvoir par une protestation , et son exemple fut suivi par la cour de Borne. Rien de si remarquable que le jugement que l'auteur des Mémoires de Brandebourg 3 porte sur

1 Rousset, Suppl. au corps dipl. , t. II, part. I , p. 46i. 9 Doci£L , Cad. dipl. Poloniœ , t. IV , p. 523. s Edition de Berlin, 1761, seconde partie , p. ao3.

net événement : « Frédéric, dit- il, n'étoit flatté que « par les dehors de la royauté , par le faste de la re- .« présentation , et par un certain travers de l'amour- « propre qui se plaît à faire sentir aux autres leur in- « fériorité. Ce qui fut , dans son origine , l'ouvrage « de la vanité , se trouva dans la suite être un chef- « d'oeuvre de politique. La royauté tira la maison de « Brandebourg de ce joug de servitude, où la maison « d'Autriche tenoit alors tous les princes d'Allemagne : « c'étoit une amorce que Frédéric jetoit à toute sa « postérité , et par laquelle il sembloit lui dire : Je vous « ai acquis un titre, rendez-vous-en dignes; j'ai jeté « les fondemens de votre grandeur , c'est à vous d'a- « chever l'ouvrage. » En effet , l'Autriche , en se prêtant ainsi à l'élévation de la maison de Brandebourg , semble avoir nui à sa propre grandeur. Au sein de l'Empire il s'éleva une nouvelle puissance qui rivalisa depuis avec elle , et qui saisit les occasions de s'agrandir à ses dépens 1 .

Quant à la maison électorale de Brunswick-Lune- Maison bourg , elle parvint au trône de la Grande-rBretagnc « ^î Bru v^^ l r *?" en vertu de la loi fondamentale de cette monarchie , oui admet les femmes à la succession de la couronne. Érncst- Auguste , premier électeur de cette branche, appelée communément d'Hanovre, avoit épousé Sophie, fille de Frédéric V, électeur Palatin, née du mariage de ce prince avec Elisabeth d'Angleterre, fille Jacques I , roi de la Grande-Bretagne. Un acte , ssé en 1701 au parlement britannique, étendit la îccession à cette princesse , alors électrice douairière , d'Hanovre , et à ses descendons , comme étant les plus proches héritiers du trône , d'après l'ordre de succession que des actes antérieurs du parlement avoient restreint aux seuls princes et princesses de la ligne protestante. L'électrice Sophie fut appelée , par cet

«•tfrTT^ TT' * -.I?**' " *

1 Aussi , selon le môme auteur des Mémoires de Brandebourg t p. 2i4, le prince Eugène, lorsqu'il apprit cette nouvelle, doit avoir dit que l'empereur auroit dû fane pendre les ministres qui lui avoient donné un conseil aussr perthlc

acte, à la succession pour le cas où Guillaume III et Anne , fille cadette du roi Jacques II , ne laisseroient pas de postérité. Ce cas arriva en 1 y i4 , par la mort de cette princesse qui avoit succédé à Guillaume dans le royaume de la Grande-Bretagne. L'électrice Sophie ' ne vivoit plus â cette époque. Sa mort avoit précédé dé deux mois celle de la reine Anne. Ce fut donc l'électeur George , fils de Sophie , né du mariage de cette princesse

1 2 août 1714. avec l'électeur Ernest- Auguste , qui monta au trône britannique, àPexclusion de tous les autres descendans d'Elisabeth d*Angleterre,quilaprécédoient,mais qui,comme catholiques, étoient exclus delà succession, en vertu des actes parlementaires des années 1689, 1701 et 1705. ^ Italie; La guerre pour la succession d'Espagne entraîna ^im^wnce' g ran ^ s changemens en Italie. L'Espagne, après y

prépondérante, avoir joué long- temps le rôle de puissance dominante, céda sa place à l'Autriche , à laquelle les traités d'Utrecht et de Bade adjugèrent le duché de Milan , les royaumes de Naples et de Sardaigne avec les ports de

17 08. Toscane. Cette maison y joignit le duché de Mantoue , dont l'empereur Joseph I dépouilla le duc Charles IV de la maison de Gonzague, pour avoir suivi le parti de la France dans la guerre de succession. Le duc de la Mirandole , de la maison de Pic , eut le même sort , comme allié des François dans cette guerre. Son du-

1709. ché fut confisqué par l'empereur , et vendu au duc de Modène *.

Elévation Ce. nouvel agrandissement de l'Autriche en Italie de la maison fa craindre à l'Angleterre que les princes de cette

de Savoie. , ». ^ . r

maison ne s en prévalussent pour taire revivre avec le temps les droits surannés de la royauté d'Italie et de la dignité impériale \ c'est ce qui engagea la cour de Londres à favoriser l'élévation des ducs de Savoie , afin de les mettre en état de contre-balancer en Italie la domination autrichienne.

Origine L'origine de la maison de Savoie remonte au cornet progrè* de rnencenient du onzième siècle , où l'on trouve un nom-

celte mai«on.

> Lu ni g, Cod. Ital. dipl., t. II, p. 233 1.

mé Bérdd ou Dertold 1 en possession de la Savoie , ancienne province du royaume de Bourgogne ou d'Arles. Le petit-fils de ce Bérold épousa Adélaïde de Suze, fille et héritière de Mainfroi, marquis d'Italie et seigneur de Suze. Ce mariage procura à la maison de Savoie des domaines considérables en Italie , tels que le marquisat de Suze , le duché de Turin ,'le Pié- 10 97mont et le val d'Aoste 2 . Humbert II, comte de Savoie, conquit la Tarant dise. Thomas, un de ses suc- lo8a * cesseurs , acquit , par mariage, la baronnie de Fau- Versi23o. cigny. Amédée V fut investi par l'empereur Henri VII , ' i5i3. de la ville et du comté d'Asti. Amédée VII reçut les soumissions volontaires des habitans du comté de Nice, qu'il démembra de la Provence , avec les comtés de Tend a et de Beuil , en profitant des divisions intestines de ce pays , et du choc entre les'fàctions de Duras et d'Anjou, qui se disputoient la succession au royaume de Maples et au comté de Provence. Amédée VIII acheta d'Othon de Villars, le Genevois ou le comté l4ot# de Genève , et fut créé par l'empereur Sigismond premier duc de Savoie. l 9 f « vricr l4i6 *

La rivalité qui partagea , depuis la fin du quinzième de ^ <Iic JÈ|L siècle , la France et l'Autriche > mit la maison de Savoie e 8d lon ' dans une situation extrêmement difficile. Enveloppée dans les guerres qui s'élevèrent entre ces puissances en Italie, eUe faillit, plus d'une fois, d'être victime de la politique que les circonstances lui dictoient. Le duc Charles III s'étant allié avec l'empereur Charles-Quint, fut dépouillé par la France de ses états; et son fils Philibert, connu par ses exploits dans les campagnes de Flandre , n'obtint sa restitution que par la paix de Cateau-Cambrésis. Les ducs Charles-Emmanuel II et l5à 9» Victor- Amédée II éprouvèrent des disgrâces semblables dans les guerres qui agitèrent la France et l'Espagne pendant le cours du dix- septième siècle, et qui

> Sur l'origine de ce Bérol J , voyez Lévrier , Chronologie /iwtorique des comtes de Genevois.

» Guichenon , Histoire généalogique de la royale maison de Savoie.

furent terminées par les traités de paix des Pyrénées , et de Tarin , dans les années 1 65g et 1696I Victor- La guerre pour la succession d'Espagne étant sur- Amédée II. venue ^ Victor-Amédée II se déclara d'abord pour Philippe d'Anjou , roi d'Espagne , son gendre , en se chargeant même du commandement en chef de l'armée françoise en Italie; mais éclairé depuis sur les dangers de sa position , et séduit par les offres avantageuses que lui fit l'empereur, il crut devoir changer de système pour entrer dans la grande alliance contre la France. La Savoie et lé Piémont devinrent alors de nouveau le théâtre de la guerre entre la France et l'Autriche. Les François ayant entrepris le siège de la ville de 7 sept. 1706. Turin , le duc , réuni au prince Eugène, força l'armée françoise dans ses retranchemens devant cette place , et l'obligea de sortir de l'Italie, tarions que lui L'empereur accorda au duc l'investiture des diffélait l'empereur. ren ( s états qu'il lut avoit assurés par son traité d'acces- ' * sion k la grande alliance , tels que le M ontfèrrat . les provinces d'Alexandrie et de Valence , avec le pays entre le Tanaro et le Pô la Lauméline , le val Sessia et le Vigevanesco , pour les posséder , lui et ses descendans mâles , à titre de fiefs relevant de l'empereur et de l'Empire ».

Royauté* La paix d'Utrecht confirma ces mêmes possessions

a «dJ SaToie" 1 au ^ UC ' * ^ n S^ eterre * P 0 "* m i eux assurer l'équilibre de l'Italie et celui de l'Europe, lui fit accorder , par c^ traité , la dignité royale avec 111e de Sicile dont elle dépouilla l'Espagne. Elle lui fit faire la cession de cette île sous la clause expresse, qu'à l'extinction des mâles de Savoie, ce royaume retourneroit à PEspagne 2 . P&r le même traité, on assura aux mâles de cette maison le droit de succession à la monarchie espagnole , et cette disposition fut confirmée pr une loi solennelle publiée aans les cortès d'Espagne 3 , et par des traités

» Luwig, Cad. Jtal, dipl. , 1. 1, p. g63 — 967. » Article* 4 et 6 du traité d'Utrecht, dans Du mont , tom. VIII , art. I , p. 4oi.

3 Du mont , t. VIII, part. I, p. 5&j.

rtérîeurs conclus entre les puissances de l'Europe ». duc fut couronné roi de Sicile, à Palerme, par 21 décria. 1713. l'archevêque de cette ville. Il n'y eut quel'empereur et le pape qui refusèrent de le reconnoîtret en cette nouvelle qualité».

A mesure que la France s'agrandissoit , l'Espagne Bêmw ; alla de plus en plus en décadence , par? une suite des . » décadence, vices de son gouvernement, de la fbiblesse de ses princes et de l'ineptie de leurs ministres et favoris. Enfin , sous le régne de Charles II , la langueur de cette monarchie étoit telle que la France put la dépouiller impunément , comme le de'raontrent les cessions qu'elle fut obligea de lui faire par les traités de paix d'Aix-la-Chapelle , de Nimèguë et de Rysvvick. . Charles II fut le dernier, prince mâle de la branche espagnole d'Autriche. A sa mort une guerre longue et novemb. 170a sanglante s'éleva sur sa succession , ainsi que nous Fa-, vons dit.

Deux compétiteurs- se disputoient cette couronne. Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, avoitj pour lui> le testament de Charles II , les efforts de son aïeul, le vœu de la nation espagnole ; Charles d'Autriche , fils cadet de l'empereur Léopold I , étoit protégé par la. ligue formidable que des considérations d'équilibre et la jalousie des autres puissances a voient soulevée contre la France. x

Philippe , mis en possession du trône par les Espa- ^p^*" 1 gnols, siegeoit déjà, depuis plusieurs années , à Madrid , d'AnjôS^* lorsque le prince autrichien , son rival , assisté d'une

rer de Barcelone, ety éta-g octpbre 1705.

éprouvèrent depuis cette époque , mirent Philippe deux fois dans la nécessité d'abandonner sa capitale pour chercher son salut dans la fuite ; il dut la première fois son rétablissement au maréchal de Berwick , et à la victoire que ce général remporta sur les alliés auprès d'Almanza , dans la Nouvelle Castille. L'archi- *5 avril 1707.

1 Mémoires du marquis de Sajkt-Philippe , 1. 111, p. 68.

4o PERIODE VU.

duc ayant depuis pénétré en personne jusqu'à Madrid , le duc de Vendôme entreprit de le repousser. Ce gé- 10 décem. i7io.néral , réuni à Philippe V, défit, auprès de Villa-Viciosa , les alliés commandés par le général Starhemberg >. Ces deux victoires contribuèrent à affermir Philippe sur.son trône. La mort de l'empereur Joseph I, survenue immédiatement après , et l'élévation de l'archiduc Charles , son frère , aux trônes d'Empire , de Hongrie et de Bohême, hâtèrent la conclusion de la paix dUtrecht, par laquelle la monarchie espagnole fut conservée à Philippe V et à sa postérité. On en dé* membra cependant , en vertu de ce traité , les Pays- Bas et les possessions espagnoles en Italie , telles que le Milanois , les ports de Toscane , les royaumes de Naples , de Sicile et de Sardaigne.

Nouvel ordre Les formalités que l'Angleterre avoit exigées, dans de succession. j efi , n(?&oc j atioiVÎ d'Utreçht , pour assurer l'effet de la

renonciation de Philippe V à la couronne de France , ainsi que de celle des princes françois à la monarchie espagnole , ayant renau nécessaire la convocation des cortès, ou états-généraux d'Espagne, Philippe V profita de cette circonstance pour changer l'ordre de suc-r cession qui avoit subsisté jusqu'alors en Espagne, et qui étoit connu sous le nom de succession castillane. *7» 5 < Par une loi passée à ces cortès, il fut arrêté que les * femmes ne seroient admises à la couronne qu'au dé-r faut de tous les mâles de la lignée de Philippe $ que les mâles succéderoient conformément à l'ordre de prU mogéniture et de représentation \ qu'au défaut de mâles de la lignée de ce prince , ce seroit la fille aînée du dernier roi régnant et ses descendans , et , à leur défaut , la sœur, ou enfin le plus proche cognât du dernier roi qui hériteroit de la couronne, en renouvelant chaque fois la préférence des mâles dans l'ordre de

* Les événement de celte guerre , autant qu'elle regarde l'Espagne , sont amplement décrits dans les Mémoires du marauU de 8aimt-Philippe, pour servir à V histoire d'Espagne sous le règne de Philippe V. On peut y joindre les Mémoires du maréchal de Berwiçk, écrits par lui-même , t. I, p. 3qi.

succession , les droits de primogéniture et de représentation i.

La France ayant renoncé formellement, par Far- Portugal; ticle 60 de la paix des Pyrénées a , à la protection ^ u *°iV^ 1 | ,, 'J" l ""J ec Portugal, la guerre des Espagnols contre cette dernière puissance prit une nouvelle vigueur. Alphonse VI , roi de Portugal , fils et successeur de Jean IV , se voyant sans alliés , prit le parti de se jeter entre les bras de l'Angleterre. B en reçut des secours, en vertu d'un traité qu'il conclut avec elle et par lequel il lui céda la a3 juin i66u ville de Tanger en Afrique et llle de Bombay aux Indes 3 . La France , qui sentoit bien qu'il étoit de son intérêt de ne point abandonner entièrement le Portugal, lui donna aussi, en secret toute sorte d'assistance. Le comte de Scbomberg passa , dans ce royaume , avec beaucoup d'officiers et queloues corps de troupes françoises K Deux victoires que les Portugais, commandés par ce généra] , remportèrent sur les Espagnols à Almexial, près d'Estremos , et à Montes-Qaros ou Villa-Viciosa , rétablirent leurs affaires , et concoururent à assurer 1 indépendance du Portugal. La guerre pour le droit de dévolution étant survenue, la cour de Lisbonne s'allia de nouveau avec la France 5 . L'Espagne comprit alors qu'il lui convenoit d'abandonner ses projets sur le Portugal , pour accepter les propositions d'accommodement qui lui furent faites par l'entremise de l'Angleterre.

Il arriva sur ces entrefaites que le roi Alphonse VI , ,J?* l î onemc ï r l t

E rince vicieux et débauche , d une humeur tarouche et ^3 „ ov . 4667. rutale , fut détrôné , et l'Infant dom Pèdre , son frère , déclaré régent du royaume 6 . L'épouse d'Alphonse ,

1 Mémoires du marquis de Saint-Philippe, t. III, p. 64 j et t. IV , p. 269.

* Recueil de Léonard , t. IV , et Y Histoire des tracés de paix, refondue , 1. 1, p. 294.

jè LaClede, Histoire du Portugal , t. VIII, p. 307. Histoire àm traités de paix , refondue , 1. 1 , p. 319.

* Mémoires d'ABLAKCouRT , j>. 127

3 Dumokt, t. VII, part. I, pag. 17. Mémoires d'ABLANCooRT , pa$. 3o4.

6 Ce prince ne prit le titre de roi qu'à la mort de ton frère Almst VJ, qui eut lieu le 12 sept. i683.

4* période vir-

Marie de Savoie -Nemours r qui avoit conduit toute a4 mar» 1668. cette intrigue , parvint même à faire annuler, en cour de Rome, son mariage avec Alphonse , et épousa lea avril 166S. ^eat , son beau-frère 1 .

Pair Ce prince auroit désiré remplir les engagemens que

dc L ^ 0 ^" e «on prédécesseur venoit de contracter avec la France ;

et e La aye. p am i, assa deur d'Angleterre ayant mis dans ses intérêts les cortès du Portugal rassemblées à Lisbonne, le régent fut obligé de consentir à la paix avec l'Es-

x3 février 1668. pagne. Elle fut signée à Lisbonne a . Les Espagnols y traitèrent avec les Portugais comme avec une nations souveraine et indépendante. On se rendit de part et d'autre tout ce qu'on s'étoit enlevé pendant la guerre , à l'exception de la ville de Ceuta, en Afrique , quiresta au pouvoir de l'Espagne. La restitution des biens» aliénés ou confisqués pendant la guerre, fut ordonnéè en faveur des sujets des deux états.

3i juillet 16C9. Cette paix fut suivie de celle que le Portugal conclut à la Haye avec les provinces-unies des Pays-Bas , et par laquelle cette république conserva les conquêtes qu 1 elle avoit faites sur les Portugais dans les Indes . orientales 3 .

Guerre La cour de Lisbonne fut enveloppée depuis dans la «l'Ëcpague. guerre qui partagea l'Europe touchant la succession espagnole. Dom Pèdre II avoit d'abord reconnu Philippe V, et contracté même une alliance avec lui / mais cédant ensuite à l'influence du ministère britan- 16 mai 1705. nique, ainsi qu'à celle de la cour de Vienne , il accéda à la grande alliance contre la France 5 . Les Portugais

1 Histoire du détrônement <F Alphonse VI, roi de Portugal , contenue dans les lettres de M. Robert Southwel , alors ambassadeur d'Angleterre à la cour de Lisbonne , t. II, p. 48. Relations de la cour de dont Pèdre , t. Il , part. I , ch. 3.

a Ablakcourt, p. 353 j et La Clbde , t.- VIII , p. 5i8. Histoire des traités de paix > refondue, t. I, p. 3ai.

3 Du mont , t. Vil , part. I, p. 110. Hisl. des traités d§ pajk , refondue, 1. 1 , p. 3z6.

* Lamberty, t. I, p. 4i5. »

* Dumont, t. VIII, part. I, p. 127. Lamberty, t. II, p. 5ot. Le 27 «lécemb. de la même année fut conclu le fameux. Traité de Methuen, par lequel le Portugal s'engagea à recevoir les étoffes de

i6tô--i7i5. 4s^

se distinguèrent dans cette guerre > principalement pendant la campagne de T706, où, assistés des Anglois, ils pénétrèrent jusqu'à Madrid , et y proclamèrent Charles d'Autriche.

On avoît kit espérer aux Portugais , par l'un des articles de leur traité d'accession à la grande alliance , aTec pa * ne ' que des places importantes de l'Ëstramadure espagnole et de la Galice leur seroient cédées à la paix générale. Cet engagement ne fut point rempli. Le traité de paix conclu à Utrecht , entre l'Espagne çt le Portugal , or- 6 février 1715^ donna ia restitution réciproque de toutes les conquêtes faites pendant la guerre. Oh y renouvela le traité de paix de Lisbonne de 1668, et nommément l'article qui stipuloit la restitution des biens confisqués. Le seul point qu'on accorda , au Portugal , est celui qui se rapporte à la colonie du Saint-Sacrement, que le gouverneur portugais de Rio- Janeiro a voit établie sur 1680. le bord septentrional de la rivière de la Plata , en Amérique, avec opposition de la part de l'Espagne. Cette puissance renonça , par l'article 6 de son traité avec le Portugal, à tous les droits et prétentions qu'elle a voit fermés sur ladite colonie 1 .

Une contestation semblable s'étoit élevée entre la Paix d'Utrecht France et le Portugal, relativement au bord septen- avecU France trional de la rivière des Amazones et aux terres du cap Nord, en Amérique, que les François soutenoient leur appartenir, comme faisant partie de la Guiane françoise. Les Portugais y ayant construit le fort de. Macapa , le gouverneur françois de la Cayenne s'en tendit maître. Il fut convenu /par le traité d'Utrecbt , 1G97. entre la France et le Portugal , que les deux bords de la rivière des Amazones appartiendroient en toute propriété et souveraineté au Portugal, et la France renonça à tous les droits et prétentions qu'elle pouvoit

anglaises, sous la condition que l'Angleterre ndmettroii les ▼ios de Portugal à un tiers moins de droits que ceux de France. JzKiuxflON , Recueil des traités, t. I, p. 353.

l .DuMOjrr, t. VIII, part. J, pag, 355. Hit t. des traités de paix, icfondue, t. II , p. 1 19.

avoir sur les terres appelées du cap Nord , et situées entre la rivière des Amazones et celle du Japoc ou de Vincent-Pinson , eu Amérique K- L'Angleterre En Angleterre , un interrègne de onze ans suivit la

é° ri bn Cn mort ^ u ro * Charles Olivier Gromwell , chef du pari i repu îque. mdépendans, fit passer, dans le parlement , deux actes dont l'un abolissoit la chambre naute , et l'autre la dignité royale. La royauté fut supprimée comme inutile à la nation , onéreuse et dangereuse à la liberté et à l'intérêt des peuples , et il fut décidé que quiconque parleroit du rappel des Stuarts seroit regardé comme traître à la patrie.

Protectorat de Le royaume ayaut ainsi été changé en république^ Cromweli. Gromwell eut la principale direction des affaires ; et cet homme ambitieux ne tarda pas à s'emparer seul de i653. l'autorité souveraine. 11 cassa le parlement , appelé le Rump ou Croupion , dont il tenoit son pouvoir et le généralat 2 . Ayant convoqué ensuite un nouveau parlement tiré des trois royaumes, au nombre de cent quarante-quatre membres, il eut' spin de le composer d'individus qu'il savoit être à sa dévotion 3 a Ce parlement finit par résigner toute l'autorité entre les mains de Gromwell. Un acte , appelé acte de gouvernement , lui déféra le pouvoir suprême , sous le titre de protecteur des trois royaumes, avec la faculté de faire la guerre et Ja paix , et d'assembler tous les trois ans un parlement qui exerceroit , conjointement avec lui , le pouvoir législatif.

Son Gromwell gouverna l'Angleterre avec un pouvoir

administration, beaucoup plus étendu que n'avoit été celui des rois.

Dès i65i ilavoit fait passer au parlement le fameux acte de navigation qui servit à augmenter le commerce ■ . de la Grande-Bretagne , et à donner à sa marine une prépondérance sur celle des autres nations. Cet homme extraordinaire rendit aussi à l'Angleterre sa considé-

Dumont , t. VIII , part. I , p. 444.

Ludlow, Mémoires, t. II , p. 23.

Clabjendon, tlist. des guerres civiles d'Angleterre , t. VJ , ai3— 217 21g.

ralion ati-dehors \ il fit même respecter son protectorat dans toute ^Europe. A la suite d'une guerre qu'il fît aux Hollandois , il les obligea > par la paix de Westminster , de laisser pavillon devant les vaisseaux *654» britanniques , et d ? abandonner les intérêts des Stuarts. Allié à la France contre PEspagne , il enleva , aux Esr i655 , i658. pagnols , l'île de la Jamaïque , et le port de Dunkcrque 1 .

A sa mort les généraux d'armées se réunirent pour Rappel rappeler l'ancien parlement, dit le Rump. Richard J^S^Sr. Cromwell , fils d'Olivier , et successeur de son père , se démit du protectorat. Des brouilleries s'étant élevées 22 avril 1659. entre ce parlement et les généraux , le général Monck , gouverneur d'Ecosse, marcha au secours duparlemcnt, et , après avoir défait les généraux , il prit le parti de convoquer un parlement composé de nouveau de deux chambres. Ge parlement ne fut pas plus tôt rassemblé , qu'il se décida pour le rappel des Stuarts et du roi 18 mai 1 ^ Co * Charles II.

Ce prince fit son entrée solennelle à Londres , au Chtitollmois de juin 1660 a . Il eut d'aborc\ soin de venger la mort de son père sur ceux qui y avoient eu la principale part 5 il fit casser tous les actes de parlement , rédigés depuis i633 , et rétablit Tépiscopat , tant en Angleterre qu'en Ecosse. Entraîne depuis par son penchant pour le pouvoir absolu , et par les maximes que ses prédécesseurs lui avoient transmises , il adopta des mesures qui le mirent en opposition avec le parlement, dont il prononça, à différentes reprises, la dissolution. H en arriva que son règne fut agité par des troubles et des factions qui furent les présages d'une nouvelle révo-

1 Ce port fut vendu depuis par le roi Charles II à Louis XIV, par un traité conclu à Londres le 27 octobre 1662. Dumont , Corps (Hpî. , 1. VI , part. II , pag. 45?; et Léonard, Traités de paix , t. V. La meilleure Histoire de Cromwell est celle de M. V illemajh , Paris 481 9 , 2 vol. in-8°. Voyez aussi Oliver Cromweli/s Memoirs of the prptector Oliver Cromwell ^ Lnndon 1820 , in-4°. Thomas Cromwell's , Oliver Cromwell and his times , London ltel. Cromwelliana. Westminster 1810 , in -fol.

* Clarendon, l. ci, t. VI. H apis Thoyrà* , Hist, générale J' Angleterre, t. IX. \

lution ». Les noms si fameux des Torys et des Whiga prirent naissance sous lui. On pardounoit cependant à Charles ses fautes et le dérèglement de ses mœurs , en considération de la bonté et l'amabilité de son caractère. Il n'en fut pas de même du roi Jacques II , 16 février i685.qui remplaça son frère au trône britannique 2 . Jacquet 1J. Ce prince s'étoit aliéné les esprits par ses hauteurs et par le zèle outré qu'il professoit pour la cour de Rome- et pour les jésuites , ses confesseurs. A peine élevé sur le trône , il entreprit de changer la religion de son pays, et de gouverner encore plus arbitrairement que n'avoit fait son frère. Encouragé par Louis XIV qui lui ofiroit des troupes et de l'argent , il fut lé premier des rois d'Angleterre qui entretint une armée sur pied en temps de paix , et qui fit décider , par les juges , que le roi avoit le droit de dispenser de la loi. Il se prévalut de cette décision pour dispenser des lois pénales rendues contre les catholiques; il leur permit l eiercice public de leur religion dans les trois royaumes, et disposa insensiblement en leur faveur de tous les principaux emplois. Enfin il demanda aussi au pape un nonce pour résider à sa cour, et fit faire à Ferdinand Dada auquel Innocent XI confia cette 1687. mission une entrée publique et solennelle à Windsor. Sept évêques qui avoient refusé de publier la déclaration qui concernoit les catholiques , furent traités de séditieux , et renfermés , par ses ordres , à la Tour, dévolution \\ arriva , dans ces circonstances , que lareine Marie ao d juin 1688. ^ e Modèue, accoucha d'un prince, connu dans l'histoire sous le nom de prétendant. Comme depuis six

1 Hapik Thoyras , t. IX, pag. 4&5 ; t. X , pag. 186. Burhet , Hist. des révolutions d'Angleterre. La liberté nationale gagna sous Charles II par le fameux acte à'Habeas corpus , passé au parlement , en 1679} d'après lequel tout prisonnier , eût-il été envoyé en prison par le roi et son conseil} doit être traduit devant le juge

3u'il se choisira pour être jugé, ou mis en liberté , si l'on ne produit pas , dans les vingt-quatre heures, une tause légale de son emprisonnement.

* Voyez Charles Fox, Hist. des deux derniers rois de la maison de Stuart, Paris 1809 , 3 vol. in-8°. L'original anglois a paru en 1808 j la traduction a été mutilée par ordre de Buonaparte.

années cette princesse n'avoit plus eu d'enfant, il ne fut pas difficile d'accréditer le bruit que le prince nouveau-né étoit un enfant supposé. Jacques II avoit , d'un premier mariage avec Anne Hyde , fille du comte de Garni don, deux filles , toutes deux de la religion protestante , et regardées jusqu'alors comme héritières de la couronne. L'aînée, Marie, étoit mariée à Guillaume , prince d'Orange, et la cadette, Anne, avoit épousé George , fils cadet de Frédéric III , roi de Danemarck. Les protestans anglois s'étoient flatté que tous leurs maux finiroient à la mort du roi Jacques , et à l'avènement de la princesse d'Orange au trône. Déçus de cette espérance par la naissance du prince de Galles, ils projetèrent le détrônement du roi. Les Torys même se réunirent aux Wigns pour offrir la couronne au prince d'Orange , gendre de ce prince. Guillaume III, soutenu par la flotte des Hollandois , fit sa descente en Angleterre ; il débarqua quinze mille 5 nov. 1G88. hommes à Torbay, sans éprouver aucune résistance de la part du roi Jacques , qui , abandonné des troupes déterre et de mer, prit le parti de se retirer en France, où il avoit déjà fait passer la reine , son épouse, et le prince de Galles , son fils. Il revint depuis en Irlande, où il avoit de nombreux partisans; mais vaincu, paru juillet 1690. Guillaume, à la bataille de la Boy ne , il fut obligé de repasser en France où il termina ses jours ».

Dès la première fuite de Jacques II le parlement Guillaume III d'Angleterre avoit déclaré , par un acte , que ce prince et Marie H* ayant violé les lois fondamentales et abandonné le royaume , le trdne étoit devenu vacant. D déféra la 22 février 16S9. couronne , par indivis , à Guillaume III , prince d'Orange, et à Marie, son épouse, en laissant au prince seul l'administration des affaires. En redressant alors les griefs de la nation , on limita de nouveau le pouvoir royal. Un acte, connu sous le nom de déclaration

1 Voyei, sur cette révolution , Histoire des révolutions d'Andtttcrre sous le règne de Jacques II, jusqu'au couronnement de Guillaume III, Amsterdam, 1689. Bub.net , Hist, des révolu» fions d'Angleterre , 1. 1. Rapik Thoyras , t. X.

48 PÉRIODE VU. ft

tles droits * statua que le roi ne pourroit ni suspendré l'exercice des lois , ni dispenser de la loi ; qu'il ne pourroit non plus ériger de nouveaux tribunaux ni faire aucune levée d'argent sous quelque dénomination que ce fut, ni entretenir d'armée en temps de paix, sans le consentement du parlement* L'épiscopat rut aboli en

1 6 9 4 « Ecosse i et la liberté de la presse sanctionnée. Différens actes du parlement réglèrent la. succession de la cou-

1689. ronne. L'un la fixa dans la ligneprotestante, à l'exclusion des branches catholiques. A Guillaume et à Marie, et à leurs descendans, on substitua la princesse Anne , sœur de Marie , et ses descendans. Un acte postérieur

'7 01 - déféra la succession à la maison d*Hanovre, sous les conditions suivantes: que le roi ou la reine de cette branche , en montant au trône , seroient tenus de se conformer à la haute église et aux lois de 1 689 ; que sans le consentement du parlement ils n'entraîneroient point la nation dans des guerres pour la défense de leurs pays héréditaires, ni ne sortiroient du royaume, et qu'ils ne donneroient aucune charge à des étrangers 1 . Rivalité ^ rivalité entre la France et l'Angleterre prit un «•nu* la France, nouvel essor sous le règne de Guillaume III. Elle étoit entretenue par les puissans efforts que faisoit la France pour relever «a marine , pour étendre sa navigation et son commerce. Les colonies qu'elle fonda , successivement, en Amérique et aux Indes, en augmentant les ppints de contact entre les deux nations , concoururent à fomenter leur rivalité , et à multiplier entre elles les sujets de désunion et de discorde. Dès-lors F Angleterre saisit avec empressement les occasions d'occuper la France sur le continent de l'Europe, et toute la politique de Guillaume III , ainsi que nous l'avons vu , n'aboutit qu'à contrecarrer les vues d'agrandissement de Louis XIV.

• Voyez Histoire succincte de la succession à la couronne de la Grande-Bretagne , 1714 ; et les Statuts du parlement d'Angleterre , Londres, 1786 , t. IV, p. 57. Ces statuts rapportent l'acte , touchant la maison d'Hanovre, à l'an 1700, parce qu'a cette époque les Anglois commencoient encore l'année au 25 mars. Voyez notre Introduction.

Si cette rivalité excita et prolongea des guerres dont les calamités affligèrent le monde, elle devint aussi un puissant aiguillon pour les nations rivales de développer toutes leurs facultés , d'atteindre le plus haut degré de lumières dont elles étoient susceptibles , et de porter leurs arts et leur civilisation jusqu'aux contrées les plus éloignées du globe. •

Anne succéda à Guillaume III. Ce .fut elle qui ter- reine Ann«. mina le grand ouvrage de l'union de l'Ecosse et de >9 m ™ J7°* l'Angleterre en un seul royaume, par le moyen du même o rdre de succession et d'un seul parlement. Cette princesse eût la gloire de maintenir l'équilibre de l'Europe contre la France, par les clauses qu'elle fit insérer dans les traités d'Utrech. A sa mort , le trône de la 12 aoAt l 7» • Grande-Bretagne passa à George I , électeur d'Hanovre , dont la mère, Sophie, décédée peu auparavant, tenoit son droit au trône britannique de Jacques I , roi delà Grande-Bretagne, son grand-père maternel'. ,

La puissance et la considération politique de la ré- R,Çpunliqiie publique des provinces-unies des Pays-Das augmen- de» Province»tèrent de jour en jour depuis que TEspagueeut reconnu Un fl* r î u ^",. eUt son indépendance par le traité de Munster de i648, Un commerce étendu dans toutes les parties du globe et soutenu d'une marine florissante , tixoit sur elle les yeux de toute l'Europe. On vit les souverains rechercher à l'envi son alliance , et la Haye , siège des Etats-Généraux, devenir peu à peu le centre de la politique européenne. •

B ivale de» l'Angleterre , dans toutes ses relations de Guerre avec commerce , elle entreprit aussi de lui disputer l'empire l' Angleterre, maritime, en refusaut de baisser pavillon devant les vaisseaux britanniques. Ce différend excita entre les deux états des guerres sanglantes, dans lesquelles les i653, i665 flottes de la république firent face à celles de l'Angle- '^ 2 * terre, et où d'illustres marins hollandois , les amiraux Tromp et Ruyter , se distinguèrent par leurs exploits maritimes. Ruyter entra avec la flotte de sa nation, 1667.

» Eapiw Thoyras et Bu rnt.t.

5o PÉRIODE vir.

dans la Tamise, poussa jusqu'à Cliatam, brûla les vaisseaux qui s'y trouvoient à la rade, et jeta l'épouvante jusque dans la ville de Londres. Cependant, par 1667. le traité de paix de Breda et par celui de Westminster, l6 7 4 - les Etats-Généraux s engagèrent à faire baisser pavillon à leurs vaisseaux et à leurs flottes, lorsqu'ils rencontreroient soit un , soit plusieurs vaisseaux portant pavillon britannique, et cela, dans toute l'étendue de la mer , depuis le cap Finistère en Galice jusqu'au centre de la péninsule de Statt en Norwège, mais les étatsgénéraux conservèrent Surinam , dont ils avoient fait la. conquête pendant la guerre ;. et par le traité de commerce qui fut signé à Breda , on dérogea en leur laveur à l'acte de navigation , en'tant que les produits et les marchandises' d'Allemagne furent envisagés comme productions du sol de la république.

Supprewion àn Ce fut pendant ces guerres qu'il arriva une révoluftiadhoudérat. tion dans le stadhoudérat des Provinces-Unies. Guillaume II , prince cFOrange , s'étant rendu odieux par ses entreprises contre la liberté , et ayant laissé son 6 qor. i£$p. épouse , fille de Charles I , roi d'Angleterre , enceinte ♦l'un fils, les Etats-Généraux saisirent cette circonstance pour laisser le stadhoudérat vacant, et pour s'emparer seuls de la direction des affaires. L'ombrage que la maison d'Orange causa à Cromwell par son alliance avec celle' des Stuarts, le ressentiment que Jean de Witt, -pensionnaire d'Hollande , nourrissoit contre les stadi654. houders , firent ajouter au traité de Westminster un article secret qui portoit l'engagement, de la part des Etats d'Hollande et de Westfrise, de ne jamais élire ^tâdhouder le jeune Guillaume, fils posthume de Guillaume II, et de ne pas permettre que la charge de capital n e-21'néral de la république lui fut conférée. Jean de Witt projeta aussi le règlement connu sous le nom à'édit perpétuel, qui séparoit le stadhoudérat de la charge de capitaine et d'amiral-général , et qui ordonnoit que ces fonctions ne pourroient jamais être remplies par le même individu. Ayant échoué dans les efforts qu'il fit pour faire adopter ce projet par les états-

by Googje

généraux, qui le regardoient comme contraire à l'union, Jean de Vvilt se borna à le faire approuver aux Etats d'Hollande, qui allèrent même jusqu'à arrêter l'entière n déc. 1667. suppression du stadhoudérat *.

Les choses restèrent dans cet état jusqu a l'invasion Réublisêement que fit Louis XIV dans la Hollande. Les progrès ra- , du .. pides de ce prince amenèrent alors une révolution en faveur du prince d'Orangé. La faction dominante, à la têle de laquelle se trouvoit Jean de Witt, perdit l'affection du peuple. On l'accusoit d'avoir négligé le militaire et livré l'état sans défense à l'ennemi. Le signal de la révolution fut donné par la petite ville de Veer dans la Zélande. Guillaume 111 y fut proclamé stad- i u ' D ,6 7 2 bouder , et l'exemple de cette ville fut suivi par toutes celles de la Hollande et de la Zélande. Partout le peuple força les magistrats à déférer le stadhoudérat au prince. L'édit perpétuel fut supprimé, et le stadhoudérat confirmé à Guillaume ïïl par les Etats assemblés. On rendit même cette dignité , ainsi que la charge de capitaine-général, héréditaires pour toute la descendance mâle et légitime du prince 3 . Ce fut h cette occasion que les deux frères Jean et Corneille de Witt furent massacrés par le peuple attroupé à la Haye 3.

Guillaume III ayant été élevé au trône de la Grande- . LeB Bretagne, par les secours des Etats-Généraux, con- e^AnçU terre" serva le stadhoudérat avec la charge de capitaine et réunie* »ou» d'amiral-gi-'néral de la république. L'Angleterre et la GuUIa gJjj e IIL Hollande, réunies sous l'autorité du même prince, agirent depuis de concert pour traverser les vues ambitieuses de Louis XIV. Ce prince en ressentit les effets, principalement dans la guerre pour la succession d'Espagne , où les Etats-Généraux firent , conjointement avec l'Angleterre , les plus grands efforts pour le maintien de l'équilibre du continent , qu'ils croyoient

' Basyage, llist. des Provinces-U nies , 1. I , à l'année 1667,

Idem , t. Il , p. 287 — 5o4.

5 Idem t t. II , p. 5i5.

5 a PÉRIODE VIÎ.

Nouvelle C'est en considération de ces efforts , qu'on assura ""Fiance/* aux Hollandois , par le trait»; de la grande alliance, de

• i môme que par les traités de paix d'Utrecht , une bar-

rière contre la France. Cette barrière fut plus ample-» ment déterminée par le traité connu sous le nom de i5 nor. 1715. traité de la barrière et signé à Anvers sous la médiation et la garantie de la Grande-Bretagne. Les provinces et villes des Pays-Bas , tant celles qui a voient été possédées par le roi Charles II, que celles que la France a voit cédées parles traités d'LTtrecht, furent transférées à l'empereur et à la maison d'Autriche, à condition qu'elles ne pourroient jamais être cédées , à quelque titre que ce fut , ni à la France , ni à tout autre prince

3ui ne seroit pas successeur et héritier de la maison 'Autriche en Allemagne. On convint d'entretenir constamment dans les Pays-Bas autrichiens un corps de trente à trente-cinq mille hommes dont l'empereur fourniroit trois cinquièmes, et les Etats-Généraux deux cinquièmes. Enfin on y accorda aux Etats-Généraux garnison uniquement composée de leurs troupes , dans les villes et les châteaux de Namur, Tournai, Menin , Furnes, Warneton et fort de Knoque , et l'empereur

* s'engagea à contribuer d'une certaine somme annuelle à l'entretien des troupes hollandoiscs *.

Su Use; Depuis l'affermissement de sa liberté et de son indé- *on système de pendance par la paix de Westphalie, la Suisse fut neutra ne. constamment attentive à maintenir le système de neutralité qu'elle a voit adopté , et à ne prendre part aux démêlés, de ses voisins qu'en fournissant des troupes aux puissances avec lesquelles elle avoit des traités d'alliance. L'heureuse impuissance qui résultait de la nature de son union , lui aictoit cette conduite , et engageoit aussi les puissances européennes à respecter la neutralité helvétique.

Troubles La paix profonde dont jouissoit la Suisse , à la faveur de cette neutralité , ne fut troublée que par quelques

» DtrKOKT, t. VIII, part. I, p. 458. Hist. des traités de paix, refondue, t. II, p. 169.

Querelles domestiques qui prirent leur source daus la différence des opinions religieuses. Des familles du canton de Scbwitz , réfugiées , pour cause de religion , à Zurich , et protégées par cette république , suscitèrent 1666. une guerre entre les Zuricois , leurs aines les Bernois , et les cantons catholiques. Elle fut prompte ment terminée par la paix de Bade , qui renouvela les clauses 1656. du traité de f 55 1 , relatives aux mêmes objets de contestation 1 . Des atteintes ayant été portées depuis à la liberté de conscience des habitans du comté de Toggenbourg, par Pabbé de Sain t-GaH > leur seigneur territorial , une nouvelle guerre éclata , entre cinq cantons » 7 catholiques et les deux cantons protestans de Zurich et de Berne. Ces derniers chassèrent l'abbé de Saint-Gall de ses états, et dépouillèrent les cantons catholiques du comté de Baden et d'une partie considérable des bailliages libres , dont ils se firent faire la cession par la paix qui fut signée à Arau. L'abbé se vit alors aban- l 7 lx donné des cantons catholiques , et ce fut seulement son successeur qui obtint son rétablissement en vertu d'un traité qu'il conclut avec les cantons de Zurich et de «7 18 Berne 2 .

La Suède soutînt , pendant la plus grande prtic de Suède ; pui«celte période, le premier rôle parmi les puissances du 8 *^ fcïîoîdî* Nord. La vigueur de son gouvernement, jointe à la ioiblesse de ses voisins et aux avantages considérables que les traités de Stolbova , de Stumsdorf, de Brœmsebro et de Westphalie, lui avoient procurés , assu- 1 oient sa supériorité , et lui faisoient tenir dans le Nord le même rang que la France occupoit dans le midi.

Christine, fille de Gustave-Adolphe , tenoit les renés Avènement du couvemeinent en Suède vers le milieu du dix- "„? r § " „ i.

. s* * • /» • î>cspro|ett> sut la

septième siècle. Cette princesse voulant satisfaire son Pologne, penchant pour les beaux-arts , abdiqua la couronne 3. 16 juin i65i*

' Waldicirch , Eiiileilung tu dereidgenossischen Bunds-und ùt tats- Historié , t. II, p. 5*8.

1 Ibid. t. II , p. 287 , 909.

5 Voyez les Mém» de la reine Christine , pat AaCKiiaîttOLz t. i , p. 4o6 et suiv. x

S k PÉRIODE VII*

Charles-Gustave, comte palatin de Deux-Ponts, soft cousin-germain , lui succéda sous le nom de Charles X. Ce prince, élevé dans les armées, et ne respirant que la guerre et les combats, brûloit de se signaler sur le trône. Jean-Casimir, roi de Pologne, fils de Sigismond III , ayant eu l'imprudence de le provoquer en prolestant contre son avènement au trône de Suède , Charles saisit l'occasion que lui offroit son adversaire , pour rompre la trêve de Stumsdorf qui duroit encore , et pour faire une invasion dans la Pologne. Secondé par Frédéric Guillaume , électeur de Brandebourg , qu'il avoit mis dans ses intérêts , il remporta une viea8, 29 , So juil. toire brillante sur les Polonois près de Varsovie. Dèsi658. j org l e gort de ] a Pologne auroit été décidé , si le tzar Alexis Michaïlowitsch , qui étoit en guerre ouverte avec les Polonois, avoit voulu faire cause commune avec leurs nouveaux ennemis pour donner les mains à un partage de la Pologne; mais ce prince jugea plus conforme à ses intérêts de convenir d'une trêve avec les Polonois et d'attaquer la Suède dans la Livonic , Tlngrie et la Carélie. L'empereur Léopold et le roi de Danemarck suivirent l'exemple du tzar ; et l'électeur de Brandebourg, après s'être fait céder, par le traité 16.S7. qu'il conclut à Welau avec la Pologne , la souveraineté de son duché de Prusse , accéda pareillement à cette ligue qui avoit pour but la conservation de la Pologne et le maintien de l'équilibre du Nord.

Srfeflorucontre Attaqué par tant et de si puissans ennemis, le rot UDanemarck. de Suéde prit le parti de retirer ses troupes de la Pologne, et de tourner ses principales forces contre le Danemarck. S'étant rendu maître du Holstein , du janvier i658. Sleswick et du Jutland, il passa les Belts sur la glace avec son armée et son artillerie , et s'avança , par les lies danoises , vers la capitale du royaume. Cette marcha hardie intimida tellement les Danois qu'ils se soumirent aux conditions , infiniment dures , que le

aôfévier i658. roi de Suède leur fit signer à Roschild Ce traité fut

« Voyez ce traité dans Dwmokt, Corps dipl., t. VJ, part. H, pag. 20*.

à peine conclu que Charles X le rompit de nouveau , et (ju'il entreprit , sous différens prétextes ,1e siège de la ville de Copenhague. Son intention, s'il eût emporté cette place, étoit de la raser de fond en. comble, d anéantir entièrement le royaume de Danemarck , et de fixer sa résidence dans la province de Scanie, pour maintenir sa domination dans le Nord et sur la Baltique 1. Cependant les assiégés firent une défense vigoureuse ; ils y étoient encouragés par le roi Frédéric III , qui veilloit en personne à toutes les opérations du siège. Néanmoins ils auroient vraisemblablement succombé sans les Hollandois , qui, craignant pour leur commerce de la Baltique, envoyèrent une flotte au secours du Danemarck. Ces républicains livrèrent aux Suédois un combat naval , des plus vifs, 29 ociob. >£58. dans le Sund. La flotte suédoise fut repoussée , et les Hollandois réussirent à dégager la ville de Copenhague, et à y porter des vivres et des munitions 2 .

Le roi de Suède n'en persista r>as moins dans le ^ ue dessein de réduire c#tte capitale. Il ne fut pas même c cl ^oUra!"* intimidé par les traités que la France , .l'Angleterre et la Hollande conclurent à la Haye, pour le maintien de 1669. 1 équilibre du Nord 3 ; mais sa mort prématurée, à * 3 ferrier 1660. l'âge de trente-huit ans, mit fin à ses vastes projets. Les régens qui gouvernoient le royaume pendant la minorité de Charles XI , son fils, n'eurent rien de plus pressé que d'entamer des négociations avec toutes les „ puissances liguées contre la Suède. Par la paix qu'ils conclurent à Copenhague avec le Danemarck ils ren- 3 1660 dirent à cette couronne plusieurs des nouvelles conquêtes , et ne se réservèrent que les provinces de Scanie , de Bleckingie . de Hallarid et de Bahus. Le duc de Holstein-Gottorp , protégé de Charles X, fut maintenu, par ce traité, dans la souveraineté de sa portion du Slcswick, qui lui avait été assurée par un

1 Mémoires deTEiiLON, p. i54.

a Mallet, Hist. dm Danemarck , t. III t p. i<»7.

5 Dumont , Corps dipl.yl. VI, part. II , p. a52.

1 a mai 1 658. traité antérieur, conclu à Copenh ague 1 . La guerre avec la Pologue et ses alliés , l'empereur et l'électeur de 3 mai 1660. Brandebourg, fut terminée par la paix signée à Oliva.

Le roi de Pologne s'y désista de ses prétentions «Y la couronne de Suède; et la république de Pologne céda définitivement à la Suède les provinces de Livonie et d'Estonie, ainsi que les îles attenantes, pour les posséder sur Je même pied qu'elles avoient été assurées à la république par la trêve de Stumsdorf de 1 635. Le duc de Courlande fut rétabli daus son duché, et la souveraineté de la Prusse ducale confirmée à la maison

i" juillet i66i.de Brandebourg 2 . La paix entre la Suède et la Russie fut conclue à Kardis en Estonie. Cette dernière puissance y rendit à la Suède les places dont elle se trouvoit encore saisie dans la Livonie 3.

Paix Entraînée depuis, par Louis XIV, dans la guerre

de Luuden, etc. contre les Holïandois , la Suède n'y éprouva que des revers. Dépouillée de toutes ses provinces en Empire ,

5 fér., 29 man, elle n'y rentra qu'en vertu des traités de paix de Zell ,

smdl/g oltob. ^ e ^imègue, Saint-Gerniain-en-Laye , de Fontaine- 1679. bleau et de Luuden , conclus successivement avec les puissances liguées contre elle et la France 4 .

Pouvoir absolu Çe fut immédiatement après cette paix qu'une ré- 'chart"*'^ ' vo ^ u ^ on arriva dans le gouvernement de Suède. L'abus que fàisoit la noblesse de ses privilèges , l'excès de l'autorité que s'arrogeoit le sénat , et les différens moyens dont s'étoieut servi les seigneurs pour s'emparer peu à peu de tous les domaines de la couronne , avoient excité la jalousie des autres ordres de l'état. On prétend que Jean , baron Gyllenstierna , en prit occasion de suggérer à Charles XI l'idée de profiter de

> Domont , Corps dipl., t. VI, part. II, p. 209 , 210.

* Idem, t. VI, part. II, p. 3o3, Bchhmi 1 Acta pacis OlivensiS, t. J, part. II, p. i.S4. Sur celte guerre voyez PuF£MJX)HJ> 9 de rébus gestis Caroli Gvstavi et Fredtrici IVUhelmi.

5 Du mont , Corps dipl. , t. VI , parti 11 , p. 363. Hist. des traités de paix , lom. XII , pag. 537 , 344.

* Dumont , Corps dipl. , t. VII , part. I , t>. 3gi , 359, 4oi , 4o8, 4ig, Ajà, 482. Histoire des traité de paix, t. XIII, p. 79 et au'iv. '

Ja disposition des esprits pour augmenter le pouvoir royal , et pour abaisser celui du sénat et de la noblesse. Guide* par ses conseils , le roi convoqua les Etats du i&o» royaume à Stockholm, en logeant dans la ville les rêgimens de ses gardes ; il eut soin d'éloigner ceux des nobles qu'il croyoit avoir le plus à redouter. Une accusation fut portée à la diète contre les ministres qui avoient géré les affaires pendant la minorité du roi. On leur attribua les malheurs et les pertes de l'état , et on les en rendit responsables. Le sénat fut aussi inculpé; on lui reprocha des abus d'autorité, et l'on proposa à l'examen des Etats la question de savoir si l'autorité que le sénat prétendoit avoir , étoit conforme aux lois du royaume. Les Etats déclarèrent que le roi lod « cem * u etoit tenu à d'autre forme de gouvernement qu'à celle que lui prescrivoient les constitutions du royaume : que le sénat ne présentait ni un cinquième ordre , ni un pouvoir intermédiaire entre le roi et les Etats, qu'il ne devoit former que le simple conseil du roi , et n'avoir qu'une voix consultative.

Un collège de réunions fut établi dans cette même dc ^„^ e nï . diète , à l'effet de rechercher tous les domaines donnés, vendus , hypothéqués ou échangés par les précédens rois, soit en Suède, soit en Livonie, avec offre de la

les

rt de la couronne de rembourser aux propriétaires les sommes qu'ils en avoient originairement payées. Cette opération augmenta considérablement les revenus du roi ; mais une foule de propriétaires en furent complètement ruinés. Une diète subséquente renchérit encore sur celle de 1680. Elle statua que s'il avoit été enjoint au roi de gouverner le royaume suivant les lois, cela ne lui ôtoit pas le pouvoir de changer ces mêmes lois. Enfin la diète de i6ç;3 déclara que le roi étoit maître absolu , et seul dépositaire du pouvoir suprême , sans être responsable de ses actions à qui que ce soit sur la terre, et qu'il avoit la faculté de gouverner le royaume selon son bon plaisir 1 .

1 Anecdotes de Suède, attrihuées à Pufendorf j Wilpii Jlist. pragm. Succiœ, c. 3, sect. 4.

58 période vn.

d/chariTs'xil ^ efit P** 065 ^*^ rentes dépositions que le pouvoir * c ar * ' absolu passa entre les mains du roi Charles XL, qui le i.r.y*u 1697. i ranam f t à son fils Charles XII , âgé seulement de quinze ans lorsqu'il succéda à son père. Ce prince , par 1 abus qu'il fit de ce dangerenx pouvoir , plongea la Suède dans un abîme de maux t et la fit descendre du haut rang qu'elle occupoit , depuis Gustave-Adolphe, dans le système politique de l'Europe. La jeunesse de Charles sembloit à ses voisins .être une circonstance favorable pour réparer les pertes que les conquêtes des rois , ses prédécesseurs , leur avoient fait éprouver. Grande alliance Auguste II, roi de Pologne, de la maison de Saxe, contre la Suède, désirant reprendre la Livonie, et prêtant l'oreille % aux insinuations de Jean-Reinhold Patkul , gentilhomme livonien proscrit en Suède , entama avec les cours de Russie et de Copenhague une négociation , 1699. dont l'issue fut une alliance offensive secrète, conclue entre ces trois puissances contre la Suède. Pierre-le- Grand qui venoit de conquérir Azow sur la mer Noire, et d'y équiper sa première flotte, désiroit s'ouvrir de même les côtes de la mer Baltique , dont ses prédécesseurs avoient été dépouillés par la Suède. La guerre éclata dans le cours de l'année 1700. Le roi de Pologne fit une invasion dans la Livonie ; les Danois tombèrent sur le Sleswick , où ils attaquèrent le duc de Holstein-Gottorp , allié et protégé de Ja Suède ; le tzar, à la tête d'une armée de quatre-vingt mille hommes , viut mettre le siège devant la ville de Narva. Charles XII ^e r °i Suède , attaqué par tant d'ennemis à la force les Danois fois , tourna d'abord ses forces contre le Daneniarck , à la paix. ou j e danger \ u { paroissoit le plus pressant. Assisté de la flotte des Anglois et des Hollandois, garans de la dernière paix, il fit une descente dans l'île de Sélande; et , s'avançant rapidement vers la ville de Copen- 18 aoùi 1700. hague , il obligea le roi Frédéric IV de signer , à Traventhal, une paix particulière, par laquelle ce prince consentit à abandonner ses alliés , et à rétablir le duc de Holstein-Gottorp daus l'état où il avoit été avant la guerre ». Marchant ensuite contre le tzar dans l'Es-

1 Dumont , t. VII, part. II, p. 479, 48o.

fouie, le jeune roi força les Russes dans leurs rrtran- 3onoTC,,,,l 7 0 9' chemens devant Narva, et fit prisonniers tous les généraux et principaux officiers de Farinée russe , entre autres lé duc de Croy , qui en était le feld-maréchal général 1 .

Débarrassé ainsi des Russes , le monarque suédois Et le roi attaqua vigoureusement le roi Auguste , qui avoit fait Auguste, entrer une armée saxonne en Pologne, sans y être autorisé par la république. Vainqueur de ce prince dans trois actions principales 2 , il força les Polonois à ie déposer, et à élire à sa place Stanislas Lesczinski, palatin de Posnanic , qu'il protégeoit. Deux victoires , remportées depuis sur les Saxons et leurs' alliés , les Russes , Tune à Punice dans le palatinat de Posnanie , 1 7°*« et l'autre à Fraustadt dans la Grande-Pologne, firent , reconnoître Stanislas par toute la république, et facilitèrent au roi de Suède les moyens ds transporter le théâtredela guerre dans la Saxe. Ayant traversé la Silésie, sans autorisation préalable de la cour de Vienne, il prit Leipzig , et força le roi Auguste de signer à Altran- * 4 W P U , 7 o6 « stadt, un traité de paix par lequel ce prince , renonçant a son alliance avec le tzar , reconnut Stanislas légitime roi de Pologne 3 . Jean-Reinhold Patkul 4 , livré au roi de Suède en vertu d'un article de ce traité , fut rompu

1 Journal de Pierre-le-Grand t rédigé par ses ordres et corrigé de ta propre main j Gadebusch , Liejlœnaische Jahrbûcher, t. 1IJ, pari, il , p. 95.

* Ces victoires sont celles de Riga en 1701 , deKHssow en 1702 , et de Puhosk sur la Narcw en 1700.

3 Dvhokt , Corps dipl.f t. VIII,, part. I, p. 2o4. Auguste fut même forcé d'écrire une lettre à Stanislas pour le féliciter sur son «véneraent au trône de Pologne. Voyez cette lettre , avec la réponse de Stanislas, dans Massuet, Histoire de Pologne , t. III , p. 100 et suiv.

* Ce gentilhomme Livonien avoit été condamné à mort par nue commission , établie en Suède , en i6g4, pour avoir soutenu , avec .trop de chaleur , les réclamations de la noblesse de Livonie contie

réunions ordonnées par la diète de Stockholm de 1680. Retiré alors en pays étranger, il irrita contic lui le gouvernement Suédois par des écrits virulens qu'il publia en Saxe, où il s'etoit mis »u service du roi Auguste il. Voyci Gadebusch , Liejlcendische Jahrbûcher , Theil llï, letzterAbschmtt, p. 526, 654 ; e t Anhanfy p. 429 et suiv.

Reveri de Charles XII

vif par ses Ordres , comme ayant été le principal moteur de cette guerre ».

Cest ici le terme des prospèVités de Charles XII- Ce prince n'éprouva plus depuis que des revers qu'il s'attira autant par sa fougue guerrière que par ses imprudences et l'indomptable opiniâtreté de son caractère. Les Russes avoient profité du long séjour que fit ce prince dans la Pologne et la Saxe , pour conquérir peu à peu la plus grande partie de l'Ingrie et de fa Livonie. Le tzar s'étoit môme avancé dans la Pologne, et y avoit exigé des Polonois la publication d'un interrègne et l'élection d'un nouveau roi. Dans cet état de choses , le roi de Suède quitta la Saxe pour marcher contre le tzar ; il le força d'évacuer la Pologne et de se retirer sur Smolensko/Loin d'écouter alors les propositions de paix équitables que ce prince lui fit , d persista dans la résolution de pousser jusqu'à Moscou > espérant de détrôner le tzar tout comme il avoit détrôné le roi Auguste. Le mécontentement que les. innovations de Pierre-le-Grand avoient excité en Russie,, sembloit à Charles une circonstance favorable à ses. vues ; mais arrivé aux environs de Mohilow , il changea subitement de dessein ; et , au lieu de diriger sa roule vers la capitale de la Russie , il tourna à droite y et pénétra dans l'intérieur de l'Ukraine, afin de se rapprocher de Mazeppa , hetman des Cosaques , qui lui offroit de venir le joindre avec toutes ses troupes. Rien de si imprudent que cette détermination de Charles XII. En s'enfoncant ainsi dans l'Ukraine, il s'éloignoit du général Lœwenhaupt , qui lui amenoit, d'après ses ordres , un puissant renfort de la Livonie , et se fioit à un peuple léger et inconstant , disposé de tout temps a violer sa foi.

fataille» Cette iausse démarche du roi de Suède n'échappa PuTtawa 1 ^ * ' a sa S ac *té du tzar, qui sut en tirer un parti avantageux. Ce prince, s'étant mis en personne à la tetc

1 Journal de Vierre-le-Grand , p. 1.S9. Palkul , au moment d«i son exécution > étoit conseiller intime du tzar et «ou ministre acete'dilc aupics du rot Auguste.

d'un corps d'élite, marcha au-devant du général Lœwenhaupt et le joignit a Liesna , à deux milles de Propoïsk , dans le palatinat de Mscislaw. La bataille 9 oetob. 1708. qu'il y livra à ce général fut Mes plus vives, et, de l'aveu du tzar, la première victoire que les Russes gagnèrent sur des troupes réglées 1 . Les débris de l'armée de Lœwenhaupt étant venus joindre le roi dans l'Ukraine . ce prince entreprit le siège de la ville de Pultawa, située sur la rivière de Worskla, à l'extrémité de cette province. Ce fut auprès de cette place que se donna la fameuse bataille qui flétrit tous les 8 juillet 1709. lauriers du roi de Suède. Le tzar y remporta une victoire complète. Neuf mille Suédois restèrent sur le champ de bataille, et quatorze mille qiû s'étoient retirés , avec le général Lcevenhaupt , vers Péréwolotschna , entre la Worskla et le Dniéper , furent faits prisonniers de guerre trois jours après l'action. Le roi île Suède , accompagné de son allié Mazeppa , ne se sauva qu'avec peine à Bender en Turquie 2 .

Cette grande déroute ranima le courage des ennemis 8uit « de la Suède. L'alliance entre le tzar , le roi Auguste II ^c\l„\!txîu et Frédéric IV , roi de Danemarck, se renouvela. Le roi Stanislas fut abandonné , et toute la Pologne reconnut de, nouveau Auguste IL Les Danois firent une descente dans la Scanie , et le tzar acheva la conquête de ringrie , de la Livonie et de la Carélie. Les puissances liguées contre la France dans la guerre pour la succession d'Espagne, voulant empêcher que le théâtre de la guerre ne s'établît en Allemagne , conclurent , à 3i mm 1710. la Haye 3, un traité par léouel elles se chargèrent de garantir , à certaines conditions , la neutralité des provinces allemandes de la Suède , ainsi que celle du duché de Sleswicket du Jutland; mais le roi de Suède

1 Journal de Pierre- le-Grand , p. ao5. Viè du général Lœwenhaupt, écrite pav lui>mârae f en allemand, ch. i4et iô.

* Journal de P terre-le-Grand , p.a35. Vie de Lœwenhaupt , ch. 16 et 17. Adlerfeld, Histoire militaire de Charles Xll , t. II, p. 3to. Stjshlin, Anecdotes de Pierre-le-Grand, pag. 169 et 358.

5 Dumost, Corps dipl. t. VIII , p»rt. I , p. 249.

6'2 PÉRIODE Vil.

ayant constamment refusé cette neutralité, les possessions suédoises en Allemagne furent aussi envahies et successivement conquises. Le duc de Holstein- Gottorp, neveu de Ctiarles XII, fut enveloppé dans sa disgrâce , et dépouillé de ses états par le roi de Da- 1714. nemarck *.

Au milieu de ces désastres , l'inflexible roi de Suède persistait à continuer son séjour à Bender, faisant des efforts réitérés pour soulever les Turcs contre les Russes 3 . U ne revint de la Turquie qu'en 171*, et lorsque ses affaires étoiënt déjà complètement ruinées. Les mouvemens qu'il se donna alors , soit pour renouveler la guerre en Pologne , soit pour rentrer dans ses provinces d'Empire, réveillèrent l'attention des puissances voisines. Une ligue formidable s'éleva contre - lui; outre le tzar, le roi Auguste et le roi de Da nemarck , les rois de Prusse et d'Angleterre y entrèrent. Stralsund et Wismar, les seules places que la Suède teiioit encore en Allemagne, tombèrent au pouvoir des alliés, et le tzar ajouta à ses conquêtes celles de la Finlande et de la Savolaxie.

Négociation» Dans une situation si désespérée , Charles XII, d'Aland. guidé par les conseils du baron de Gœrtz . son ministre, entama une négociation part icub'ère et secrète avec le tzar. Elle eut lieu dans ftle d'Aland, pendant le cours de l'année 17 18. U s'agissoit de rétablir Stanislas sur le trône de Pologne , de faire rentrer la Suède dans ses possessions d'Empire . de l'aider même à conquérir la JNorwège, afin de la dédommager de la cession de l'Ingrie, delaCarélie, de la Livonie et de l'Estonie, qu'elle devoit faire au tzar 3.

Mort Cette négociation était sur le point d'être terminée ,

de Charles XII. lorsque la mort inopinée de Charles XII la fit rompre; 11 dec. 1718. Cet infortuné prince fut tué , au siège de la ville de

> Ce prince rentra dans sa portion dn Holslei» à la pacification du Nord , en 1720 ; mais il ne reprit jamais ses poussions du Sleswick.

* Lettres de M. le baron de Fabrice.

3 Voyez ce projet de pacification dans Backmeister , BeitrcPge zur Ceschichte Peters des Grossen, t. III , p. 35i .

Friedrichshall en Norwège , % en visitant la tranchée ; n'étant âgé que de trente-sept ans , et laissant les affaires de son royaume dans l'état le plus déplorable.

La nouvelle régence de SuèA, au lieu de renouer TnUét dc paix avec le tzar, changea entièrement de politique; elle de Stockholm immola à la haine publique le baron de Gœrtz, l'ami eideNyiia.it. du feu roi, et ouvrit une négociation avec la cour de Londres. Un traité de paix et d'alliance fut conclu à Stockholm, entre la Grande-Bretagne et la Suède. *°»» v - »7»9- George I, en se faisant céder, comme électeur d'Hanovre, les duchés de Bremen et de Verden, prit l'engagement d'envoyer une forte escadre dans la mer Baltique , pour empêcher les invasions ultérieures du tzar, et pour ménager à la Suède des conditions de paix plus équitables de la part de ce prince. L'exemple du roi de la Grande-Bretagne fut suivi de près des autres puissances alliées , qui se hâtèrent aussi de faire leur accommodement avec la Suède. Le roi de Prusse obtint, ■ par le traité qu'il signa à Stockholm, la cession de la 21 j \-?w, ville de Stettin, fit de la partie de la Poméranie, qui est située entre l'Oder et la Peene. Le roi de Danemarck consentit , par son traité , conclu à Stockholm , 3 i uin t 7 20 * à rendre à la Suède les villes de Stralsund et. de Wismar, avec l'île de'Rùgen et la partie delà Poméranie qui s'étend depuis la mer jusqu'à la rivière de Peene. La Suède , de son côté , renonça , en faveur du roi de Danemarck, à la franchise du péage du Sund et des deux Belts, qui lui avoit été assurée par les traités antérieurs. Il n'y eut que le tzar, qui, loin d'être intimidé parles menaces de l'Angleterre, persista dans la résolution qu'il avoit prise de ne faire la paix avec la Suède qu'aux conditions qu'il lui avoit dictées. La guerre se continua donc entre la Russie et la Suède pendant les deux campagnes de i 720 et 172 1 . Le tzar fit dévaster différentes côtes de la Suède, en y mettant tout i feu et à sang. Pour arrêter ces dégâts , les Suédois se décidèrent enfin à accepter la paix que leur offroit le tzar; elle fut signée à Nystadt. La Finlande i5sept. 1721. fut rendue à la Suède , moyennant la cession formelle

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qu'elle fit au tzar des provinces de Livonie, d'Estonie* d'Ingrie et de Carélie, d'après un règlement de limites qui fut déterminé par le traité 1 .

Danemarck; sa L'ascendant ède avoit pris dans le Nord,

triste situation, depuis le règne de Gustave- Adolphe , étoit devenu tellement funeste au Danemarck , qu'il faillit même d'en être bouleversé et effacé du nombre des puissances européennes. Ce royaume ne se tira de la guerre désastreuse qu'il eut à soutenir contre Charles X, que par le sacrifice qu'il fit de plusieurs de ses meilleures

Iwovinces, telles que la Scanie, la Bleckingie, la Halande et le gouvernement de Bahus. que Frédéric 9 mari i658. III céda à la Suède par les traités de Roschild et de 5 juin 1660. Copenhague.

B évolution Ce fut à la suite de cette guerre qu'il arriva une réitouvH-nement vom ^ on dans I e gouvernement du Danemarck. Jusquelà l'aristocratie des nobles y avoit prédominé. Le trône . étoit électif, et tous les pouvoirs se trouvoient concentrés entre les mains du sénat et des principaux membres de la noblesse. La prérogative royale se bornoit à la présidence du sénat et au commandement des troupes. Le roi étoit même obligé , par sa capitulation , de

Î>rendre, dans toutes les affaires qui n exigeoient pas e concours du sénat, l'avis des quatre grands officiers de la couronne , qui étoient le grand-maître, le chancelier, le maréchal et l'amiral , qu'on pouvoit regarder comme autant de rivaux de l'autorité royale.

Etau - généraux L'état d'épuisement où le Danemarck étoit réduit de Copenhague, au moment de sa paix avec la Suède, mit le roi Frédéric III dans la nécessité de convoquer les Etats-Généraux de son royaume. Ces Etats, composés de trois ordres, de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie, n'avoient plus été appelés dans cette forme -depuis l'année 1 556. A leur réunion dans la ville de Copenhague , les deux ordres inférieurs reprochèrent aux nobles d'avoir contribué aux maux et aux désordres de l'état

* Voyez tous ces différons traites de paix dans Du mont, t. VIII , part. Il, pag. i5, ai , 39, 36 j et V Histoire des traités de paix, t. XIII.

par le pouvoir abusif et tyrannique qu'ils a voient usurpé; ce qui servit à augmenter l'animosité de ces ordres contre celui delà noblesse, fut l'obstination des nobles à vouloir soutenir leurs privilèges et leurs exemptions des charges au préjudice des ordres inférieurs. Il s 'agissoit de trouver un impôt dont le produit fut employé aux besoins lçs plus pressans de l'état. La noblesse proposa un droit sur les consommations; niais elle préteudit n'y être assujettie que sous des restrictions qui ne pouvoieût que choquer les deux autres ordres. Ceux-ci, pour en témoigner leur mécontentement , proposèrent de donner à ferme , aux plus ofïrans, ks fiefs die la couronne dont la noblesse |ouissoit sous - des redevances extrêmement modiques. Cette proposa tion aigrit beaucoup l'ordre de la noblesse, qui la regardoit comme portant atteinte à ses droits et à ses propriétés ; il persista à vouloir qu'on s'en tint à la taxe sur les consommations telle qu'il l'avoit proposée. Des expressions peu mesurées qui échappèrent à quelques membres de la noblesse, achevèrent de soulever les esprits , et firent naître l'idée aux deux chefs de Tordre du clergé et de la bourgeoisie , à Suanc , évoque de Séïande , et à Nansen bourgmestre de Copenhague f de projeter une déclaration dont l'objet étoit de rendre la couronne héréditaire pour la descendance maie et féminine de Frédéric III. Il ne leur fut pas difficile de faire goûter ce projet à leurs ordres respectifs qui se flattoientde trouver dans la monarchie héréditaire une égalité qui leur étoit refusée dans l'aristocratie des nobles. L'acte de cette déclaration ayant été approuvé et signé par les deux ordres , fut présenté, en leur nom , au sénat qui , l'ayant rejeté sur le motif que les Etats- Généraux , actuellement assemblés, n'avoient pas le droit de délibérer sur cette proposition, le clergé et la bourgeoisie , sans en être déconcertés , allèrent en io octoî>. 1660. corps , porter au roi l'acte qui lui offroit L'hérédité de de fa couronne. Les nobles ayant fait mine de vouloir quitter la ville pour rompre la diète, on eut soin de leur eu fermer les portes. H ne resta alors d'autre parti

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