II
6G PÉRIOUK ViJ.
à prendre aux membres du sénat et de la noblesse que d'accéder à la résolution des deux ordres inférieurs* L'offre de l'hérédité fut donc faite au roi , par les trois k3 octob. 1660. ordres réunis. On rendit à ce prince sa capitulation qui fat annulée, et on le délia pareillement du serment qu'il ayoit prêté le jour de son couronnement. Une sorte de dictature lui fut déférée, afin de régler, selon son bon plaisir, la nouvelle charte constitutionnelle. Tous les ordres de l'état prêtèrent ensuite au roi un nouveau serment d'hommage et de fidélité 1 , et le rot 10 janvier 1661. lui-même ne fut assujetti à aucun serment. Enfin, les.
trois ordres remirent , chacun séparément , au roi un acte qui déclara de nouveau la couronne héréditaire nour tous les descendans des lignes tant masculine que féminine de Frédéric III , et qui , en conférant même à ce prince et à ses successeurs un pouvoir sans bornes , lui accorda la faculté de régler l'ordre de la succession au trône et celui de la régence 2 .
Ainsi se termina cette importante révolution , sans* aucun désordre, et sans qu'il y eût de sang répandu. Ce fut en vertu des pouvoirs que les états avoient conférés au roi , qu'il publia la loi, appelée royale 5 et regardée comme j&ule loi fondamentale du royaume de Danemarck. Le roi y est déclaré souverain absolu, supérieur à toutes les lois humaines > ne reconnoissant que Dieu seul au-dessus de lui , réunissant dans sa personne tous les pouvoirs et tous les droits de souveraineté, sans exception quelconque : il les exerce en vertu de sa propre autorité 5 mais il est obligé de respecter la
» On trouve le formuîaire de ce sermeot dans les Mémoires de Molesworth , qui réaidoit alors comme envoyé du roi de la Grande- Bretagne à la cour de Copenhague, au chap. 7, où il donne le» détails de la révolution de 1GG0.
3 On peut consulter sor cette révolution , outre Molesworth , l'Histoire du Danemarck , par M. M a*let , au tom. 111 ; et le judicieux auteur des Lettres sur le Danemarck , publiée* à Genève en 1757 et en 1764.
S On trouve cette loi en latin dans Schmauss , Corp. jiir. gent, acad. , t. I , p. 858 ; en allemand dans HolbBrg , Dœnemarkische I Staats-und Reichs-Historie , pag. H4; en francois dans les lettres
sur le Danemarck , tom. 1, pag. 118, cl dans Maj.let , tom. 111 , pag. 4 7 5.
Lot royale;
loi royale', et il ne peut toucher ni à la confession d'Àugsbourg , adoptée comme religion nationale, ni ordonner aucun partage du royaume qui est déclaré indivisible, ni changer l'ordre de succession tel qu'il est établi par la loi royale elle-même. Cette succession est linéale ; le droit de primogéniture et de représentation y a lieu» Les femmes n'y sont admises qu'au défaut de toute la descendance mâle issue de Frédéric lDf. L'ordre dans lequel les 1cm mes doivent succéder, est défini avec la plus^crupuleuse exactitude. La majorité est fixée à l'âge de treize ans accomplis , et il appartient au roi régnant de régler , par son testament, la tutelle ctlyégeoce pendant la minorité.
dette loi constitutionnelle donna au gouvernement Effet* «le l» danois «ne vigueur qu'il n'avoit pas eue auparavant. nouTe e ol " Les effets s'en manifestèrent dans la guerre que le roi Christian V entreprit contre la Suède , en sa qualité 1675. d'allié de Frédéric-Guillaume , électeur de Brandebourg. Les Danois combattirent avec avantage les Suédois tant par terre que par mer. Leur flotte, commandée par Niels-Juel , remporta deux victoires navales sur les Suédois , l'une auprès de llle d'Oeland , et l'autre dans la baie de Kiœge , sur les côtes de la Sélande. Cette guerre fut terminée pr la paix deLundcn , qui rétablit 6 octob - l6 79les choses entre les deux nations, sur le pied où elles étaient avant la guerre.
La chute de la Suède, occasionnée par l'échec que le roi Charles XII reçut devant Pultawa, acheva de tirer le Daneinarck de la situation pénible où il s'étoit trouvé à l'égard de cette puissance. La franchise du Sund que la Suède avoit maintenue pendant l'état de sa prospérité, lui fut enlevée par le traité de paix de Stockholm et les articles explicatifs de Friedrichsbourg, signés juin 1730. entre la Suède et le Danemarck. Ce royaume conserva aussi , par ces traités , la possession et la souveraineté de la totalité du duché de Sleswick , avec réclatnàtion de la part du duc de Holstein-Gottorp , dont la Suède fu^ forcée d'abdiquer la protection 1 .
* Ilist. dis traités de paix , refondue , t. XIII , p. 299.
Pologne; «ou La Pologne présente un tableau affligeant au coméiatd'aimcW. mel icement de cette période et sous le règne malheureux de Jean-Casimir , frère et successeur de Wladis- 17 nov. i648. law VII. Déchirée par des troubles intestins et par des guerres étrangères, elle sembloit toucher au moment de sa destruction ; et , tandis que les puissances voisines augmentaient leurs forces et resserroient les liens de leurs gouvernemens, la Pologne s'affoiblit de plus en plus et dégénéra en une anarchie parfaite. L'origine du liberum veto des Polonois , qui rendoit les délibérations des diètes infructueuses pr l'opposition d'un seul nonce , remonte au règne de Jean-Casimir. Sicinski , 1652. nonce d'Upita en Lithuanie , fut le premier qui rompit une diète par l'interposition de son veto. L'exemple de ce nonce , improuvé d'abord, trouva des imitateurs; et cet usage bizarre , qui attribuoit à un seul ce qui étoit le droit de la majorité, passa bientôt en loi et en maxime d'état 1 .
Guene avec les Une guerre meurtrière, celle des Cosaques , s'étoit C ° 8a Su«es 1 1C * ^cve^ en Pologne sur lafin du règne de Wladislaw VII.
Ce peuple, d'origine russe, ainsi que sa langue et sa religion le prouvent , habitoit les deux rives du Borysthène , au dessous de Kiovie , où , réparti en régimeos , sous les ordres d'un général , nommé hetman , il servoit à la Pologne dé milice frontière contre les Tatars et les Turcs. Des infractions faites aux privilèges des Cosaques, jointes aux efforts que faisoient les Polonois pour engager le clergé de ce peuple à se séparer de l'église grecque et à reconnoitre la suprématie du pape, l6 *7- les entraînèrent dans la révolte. Secondés par les Tatars de la Crimée , ils se jetèrent sur la Pologne et y firent de grands dégâts 2 . On parvint , de temps à autre, à les apaiser et à conclure même des traités avec eux; mais les esprits étant aigris de part et d'autre, les hostilités recommencèrent toujours avec un nouvel acharnement. Enfin leur hetman Chmielnicki , vivement
1 Lengnich , y ms pubi. regni Poloniœ, 1. III, ch. 9, (5. 4. 8 Pàstorii hélium Scvthico-Cosaccicum.
poussé par les Polonois , prit le parti de se jeter entre les bras de la Russie. Il se mit sous la protection du tzar Alexis Michaïlowitsch , par un traité en vertu 16 janvier i65i. duquel la ville de Kiovie et les autres villes de l'Ukraine , qui étoient au pouvoir des Cosaques , reçurent des garnisons, russes. Ce fut à cette occasion que le tzar reprit aussi sur les Polonois la ville de Smolensko , et généralement tous les pays et districts que les traités de Dwilina et de Wiasma avoient cédés à ta Pologne. Ce prince fît encore quelques autres conquêtes sur les Polonois ; il s'empara de Wilna etde plusieurs places de la Lithuanie , dans l'instant même où Charles X envahissoit la Pologne et qu'il menaçoit ce pays d'un entier bouleversement. Le tzar au lieu de pousser ses conquêtes, jugea plus conforme à ses intérêts de faire une trêve avec les Polonois pour tourner ses armes contre 3 octob. i656. la Suéde. La paix d'Oliva mit fin à la guerre entre la Pologne et la Suède; mais celle entre les Russes et les Polonois, renouvelée en i658, ne fut terminée que par la trêve d'Andrussow. Le tzar rendit aux Polonois.3° janvier 16C7. une partie de ses conquêtes 5 il conserva Smolensko , Nowgorod-Sewerskoi , Tchornigow, Kiovie , et tout le pays des Cosaques,* situé au-delà du Dniéper ou Borysthène. Les Cosaques en-deçà de ce fleuve furent réservés à la Pologne ; quant à ceux qu'on nommoit Zaporogues et qui demeuroient vers l'embouchure du Dniéper , il fut arrêté qu'ils resteroient sous la domination commune des deux états , prêts à servir contre 1 les Turcs lorsqu'ils en seroient requis 1 .
1 Les guerres dont nous venons de parler furent ac-ÎJ compagnies de troubles et de divisions intestines qui' jetèrent la Polognedans l'état le plus déplorable durant le règne de Jean-Casimir. Ce prince , dégoûté enfin d'uue couronne qui ne lui ofFroit que des épines , prit iG sept. 1668. le parti d'abdiquer; il se retira en France pour y terses jours*
• Voyez CawALicowsKi , jus publ. reg/ù Poloniœ , p. 35i, et VWsiolre des traités de paix , refondue, t. XUI, p. 25.
Michel Michel Wiesniowiecki, qui succéda à Jean-Casimir,
Wiesniowiecki. ■ « * » i j • >•*.
après ua interrègne orageux de sept mois , n avait
d'autre mérite que celui de descendre en ligne droite de Korybut, frère de JageiJon, roi de Pologne* Son règne fut très agité , et l'anarchie y prit un libre essor. Quatre diètes furent rompues, en moi us de quatre ans; la guerre des Cosaques se renouvela ; les Turcs et les Tatars , allies aux Cosaques , s'emparèrent de la ville de Kaminiec , seul boulevard de la Pologne contre les 18 octob. 1672. Ottomans. Michel, consterné*, signa une paix honteuse avec les Turcs ; il leur céda Kaminiec et; la Podolie avec ses anciennes limites, et s'engagea même à leur payer un tribut annuel de vingt-deux mille ducats. L'Ukraine, . en deçà du Borysthène , fut abandonnée aux Cosaques qui dévoient passer sous la protection des Turcs 1 . Ce traité ne fut point ratifié parla république de Pologne^ qui préféra de continuer la guerre. Jean Sobieski , grand . 1673. général de la couronne, remporta, près de Chocxioi , une victoire brillante sur les Turcs. Elle eut lieu le lendemain de la mort du roi Michel , et décida ks I\>loeois à déférer leur couronne au général victorieux* Jean Sobieski. Sobieski justifia les suffrages de ses concitoyens. Par 26 octqb. 1676. la paix qu'il conclut à Zurawno , avec les Turcs , il affranchit la Pologne du tribut récemment promis, et lui assura de nouveau quelques portions de l'Ukraine 5 niais la ville de Kaminiec fut laissée au pouvoir dos Ottomans a \ ec une partie considérable de l'Ukraine et de la podolie a . I^a Pologne entra depuis en alliance avec la maison d'Autriche contre la Porte. Sobieski vint le libérateur de la ville de Vienne 5 il se signala ans les campagnes de 168 3 et de i684; et s'il ne rempprta pas de plus grands avantages sur les Turcs, s'il n'eut pas même la satisfaction de leur enlever Kami* niec et la Podolie , il faut s>n prendre à la foiblesse de ses moyens, à la désunion et à l'insouciance des Poionois qui se refusoient à tous les sacri"
1 1 nov.
fa dai
« Uumowt , Corps dijU. , 1. Vil , pari. I , p. 212. • Dumoht , Corps dijU. , t. VII , part. 1 , p. 3*5.
de recourir à la protection des Russes contre les Turcs et les Tatars , Sobieski se vit réduit à la triste nécessite de donner les mains à la paix définitive qui fut signée avec la Russie à Moscou , et par laquelle , pour oblenir 6 mai l'alliance de cette puissance contre les Ottomans , la Pologne céda à perpétuité Smolensko , Belaïa , Dorogobouje, TcliernigofF, Starodoub, Nowgorod-Severskoi avec leurs dépendances, de même que tout le pays appelé la Petite-Russie , et situé sur la rive gauche du Borysthènc, entre ce fleuve et la frontière de PutiwI jusqu'à Perewolotschna. La ville de Kiovie, en-deçà du Borysthéne , fut aussi comprise dans eette cession avec son territoire, tel qu'il est déterminé par le traité. Enfin les Cosaques , nommés Zaporogues et Kudah , nui , d'après la trêve d'Àndrussow , dévoient dépendre des deux états, furent réservés privativement à la Russie 1. Sobieski versa des larmes lorsqu'il fut obligé de jurer ce traité à Léopol en présence des ambassadeurs de Russie 2 .
La guerre avec les Turcs ne fut terminée que sous Auguste II. le règne du roi Auguste II , successeur de Jean Sobieski. La paix 4 de Carlowitz, que ce prince conclut avec x 699* la Porte, valut à la Pologne la restitution de la forteresse de Kaminicc , ainsi que celle de cette partie de la Podolie et de l'Ukraine, que la paix de Zurawno avoit laissée aux Turcs 3.
La Russie devint de jour en jour plus florissante Russie; sa «upesous les princes de la maison de Romanow. Sa supé- n0 p lt f ™* l * riorité sur la Pologne dont elle recevoit auparavant la loi , fut décidée. Alexis Michaïlowitsch ne regagna pas seulement sur les Polonois tout ce qu'ils avoient enlevé à la Russie pendant les troubles des faux Démétrius; nous venons de voir qu'il les dépouilla même de Kio-
1 Nous venons de voir que ce traité, qui conserva sa force et sa ligueur jusqu'au dernier partage de la Pologne, a e'té publié pour )a première t'ois, en entier, traduit en latin et en frânçois, dan&«> mon Recueil des traités , t. 1, p. 198 et suiv. Voyez aus#i Hist* tfw traités de paix , refondue, t. XIII , p. 100.
a Zalusxi, Epistolœ familiares, t. I, part. N, p. ti35.
3 Dumost, Corp* dipl., t. Vil, part. II, p. 45a.
vie et de toute cette partie de l'Ukraine ou de la Petite- Russie , qui est sur la rive gauche du Borysthène. Fedoi Fédor Alexiéwitsch , fils et successeur d'Alexis Mi-
A]exicwits«:!i. c h a ï] ow itsch , illustra son règne par la sagesse de son 3o l'aimer 1676. . -, ..... n . i . T 3 Y -i j> •
administration, (jruide par les conseils d un ministre
«claire, le prince Wasileï Wasiliéwitsch Galitzin, il
conçut le projet hardi d'abolir les rangs héréditaires de
la noblesse , et les prérogatives qui y étoient attachées.
Destructifs de toute subordination dans le civil comme
dans le militaire, ces rangs faisoient naître une foule
de contestations et de procès dont un tribunal , sous le
nom de Rozrad, prenoit connoissance. Le tzar, dans
1682. U ne grande assemblée qu'il convoqua à Moscou, an-
ii.ulla cette hérédité des rangs; il fit brûler les actes et
les registres qui seryoient à les constater , et obligea les
familles nobles de représenter les extraits qu'cMes
conservoient de ces registres, afin de les livrer aux
flammes 1 .
La prineewe Çc p rmcej qui étoit sans enfans, a voit désigné pour 0i> 1 ' son successeur Pierre Alexiéwitsch , son frère cadet , à l'exclusion de l'aîné Iwan dont il connoissoit l'incapaa ? aTr, l 1682 • cité. Mais à la mort de Fédor, les deux princes furent proclamés à la fois par la milice des strélitz , et le gouvernement fut confié à la princesse Sophie, leur sœur aînée, cjui prit même la qualité d'autocratrice et de souveraine de toutes les Russies. Pierre, né du second lit du tzar Alexis avec Natalie Narischkin, n'étoit alors âgé que de dix ans. Ce fut sous l'administration de la 6 mai 1686. p rmcesse Sophie que se conclut la paix de Moscou , dont une clause portoit une alliance offensive et défènt de ** ve enlrc ' a ^ uss * e e * k Polognfe contre la Porte. Ucne- fc-Grand. Pierre ne fut pas plus tôt parvenu à l'âge de dix-sept aGtfg. ans, qu'il se saisit des rênes du gouvernement, en dépouillant sa sœur Sophie qu'il relégua dans un couvent. Doué d'un génie supérieur, ce prince s'érigea en réformateur do son empire, qui prit sous son règne une face toute nouvelle. Animé par le Genevois le Fort qui
» Mûlleu , Sammlung russi^c/ier Gcschichte, 1. V, j>. 1 i.
s etoit mis au service de Russie , et dont tt fit son ami et son confident, il porta sou attention sur toutes les branches de l'administration publique. Le militaire fut changé et mis sur le pied des nations policées de l'Europe; il créa la première marine russe, améliora les finances , encouragea le commerce et les manufactures, et , en introduisant les lettres et les arts dans ses états , il s'appliqua pareillement à réformer les lois , à polir et adoucir les mœurs de sa nation.
Engagé dans une guerre contre la Porte , comme al- pr J" c * lié de la république de Pologne, ce prince s'ouvrit la Noire, mer Noire par la conquête de la ville et du port d'Azov* ; 1696. ce fut à cette occasion qu'il équipa à Woronesch sa première flotte* Azow resta en son pouvoir par la paix qu'il conclut à Constantinople , avec la Porte*. 13 i uil,el I 7°°-
A la môme époque, Pierre supprima la dignité pa- Erection triarcale qui donnoil au chef de l'église de Russie le du trè *j£ ail * premier rang après le tzar , et lui ménageoit une in- 8yn ° e " tluence dangereuse dans les affaires du gouvernement. 11 transféra l'autorité du patriarche à un collège de quinze personnes , appelé le trèa-saint synode , et chargé de prendre connoissance des affaires ecclésiastiques, et généralement de toutes celles qui avoient été de la compétence du patriarche. Les membres de ce collège» obligés de prêter serment entre les mains du souverain, dévoient être nommés par lui sur la présentation du très-saint synode.
Désirant aussi de voir et d'examiner par lui-même les moeurs et les usages des autres nations, il entreprit successivement deux voyages dans les pays étrangers , dégagé de cette pompe qui accompagne Ordinairement les princes. Il cultiva , dans ces voyages , les arts et les sciences , et préférablement celles qui ont du rapport au commerce et à la marine ; il engagea à son service des gens à talens , des officiers de marine , des canonniers , chirurgiens , artistes et artisans de toutes les classes , qu'il distribua dans ses vastes états , pour instruire et éclairer les Russes.
* Journal de Pierre-lc-Grand y par Bàckmeistsu, t. I, p. 17.
y4 . PERIODE VII*
Révolte Son premier voyage, en Hollande et en Angleterre 9
'd^TéUu"" f ut travcrs « P ar la révolte des slrélitz , seule milice 1697. stable qu'on connoissoit en Russie avant lui. Le tzar Iwan IV Wasiliéwitsck les avoit institués. Us combattaient à la manière des janissaires , et jouissoient à peu près des mêmes privilèges. Pierre, dans l'intention de casser cette troupe séditieuse et peu disciplinée , les avoit répartis sur la frontière de la Lithuanie ; il leur avoit enlevé la garde de son corps, pour la confier à des régimens créés par lui. Cette espèce de dégradation aigrit les strélitz; ils saisirent le moment de l'absence du tzar pour se révolter, et dirigèrent leur marche sur la ville de Moscou , dans le dessein de déposer le tzar, et de remettre la princesse Sophie sur le trône. Ils furent défaits par les généraux Schein et Gordon qui s'étaient portés à leur rencontre. Pierre , à son retour, en fit exécuter jusqu'à deux mille, et incorpora les autres parmi ses troupes Il se servit depuis d'p£* ficiers étrangers, allemands ou saxons , pour former les Russes à la tactique et à la discipline militaire.
,Fondaiion de Ce fut principalement pendant la guerre de Suède St-Peiersbouig. parmée russe fut mise sur le pied européen. Le
3o iiov. 1700. tzar sut tirer parti de l'échec qu'il essuya devant Narva , pour opérer ce grand changement , en levant , habillant et disciplinant toutes ses troupes à la manière allemande 2 . U apprit aux Russes l'art de combattre et de vaincre les Suédois: et, taudis que le roi de Suède s'obstinoit à ruiner le roi Auguste II, et qu'il ne faisoit que de foibles efforts contre le tzar, ce prince réussit à conquérir, sur les Suédois, l'Ingrie,et à s'ouvrir la 1702. mer Baltique. U prit la forteresse de Ncetebourg, qu'il nomma depuis Schliisselbourg ; il se rendit ensuite
* Jo. Georgii Korb , Diarium itineris in Moscoi/iam, p. i58~ Gordos, Geschichte VeUrs des Grossen, liv. III, pag. i3o et «u t van Le.
3 Oa prétend qu'Auguste II , dans une entrevue qu'il eut avec le
tzar à la suite de la bataille de Narya, l'engagea à faire ce changement, «*t qu'il se chargea lui-même de dresser plusieurs bataillon» rukbes). ISiiSTjîsuRANOi , Mémoires de l*ierrc-le- Grand, au t. II f l)ag. 5iy. •
maîlre do Nyenschantz , de Koporie et de Jamii , au- ,703. jouitfhuî Iambourg dans Flngrie. Le fort de Nyenscharitz fut entièrement rasé , et le tzar jeta dans une 27 mai 1703. île voisine de la Néva , les fondemens de Saint-Pétersbourg. H fit encore construire , au milieu de l'hiver , le fort de Kronschlot , pour servir de défense à la nouvelle ville -dont il comptoit faire la capitale de son empire , et le principal siège du commerce et de la marine de Russie. Le sort de cette nouvelle capitale fut fixé* 8 juillet 1709. par la fameuse journée de Pultawa, qui décida aussi 3e la supériorité de la Russie dans le Nord 1 .
Charles Xli , réfugié en Turouie , mit tout en «ura^Jt ™E£ e du pour soulever les Turcs contre les Russes. 11 y réussit à ma p^j* U force d'intrigues, La Porte déclara la guerre au tzar sur la fin de l'année 1710. Ce prince ouvrit la campagne de 1711, par une expédition qu'il entreprit daus la Moldavie ; mais ayant pénétré , avec trop de sécurité , dans l'intérieur de cette province , il y fut cerné par le grand-vistr aux environs de Falczy sur le l } ruth. Assiégé dans son camp par une armée infiniment supérieure à la sienne, et réduit à la dernière extrémité , il ne se tira de cette situation critique qu'au moyen du traité qu'il signa au camp môme de Falczy, 21 juillet 1711. et eu vertu duquel il consentit à rendre aux Turcs la forteresse d'Azow , avec son tef ritoire et ses dépendances 2.
Cette perte fut amplement compensée par les avan- I'ierre-le-Giand tages considérables que la paix de Nystadt , avec la d'empereur.* Suède, procura au 1zar. Ge'fut à l'occasion de cette 10 sept. 1721. paix que le sénat lui déféra lepithète de grand , de père de ta patrie , et d*empereur de tontes Us Russies* L'inauguration de la dignité impériale eut lieu le 22
1 Pime-le-Graud fit valoir cette supériorité' de la Russie et le
cliaugemcnt arrivé dans le système du Nord, pendant le séjour qu'il fit à Paris en 1717 , où il offrit à la France son alliance à la place de celle de la Suède; mais* le ministère fia u cois , qui traita avec lui par l'entremise du maréchal de Tessé, ne put point se décider a renoncer à l'ancien système et à ses relations avec la Sucdc. Voy. les Mémoires du marèclial de Tessé , 1. 11 , p. 3i4. a Dumokt, Corps dipl. , t. VIII , part. T, p. 27$. "
octobre 1721 , le jour même de la fête 4pi'on avoit indiquée pour la célébration de la paix ». Pierre-le-Crand se mit lui-même la couronne impériale sur la tête.
Loi sur la Ce grand prince eut le chagrin de voir le tzarewitsch
mccesMon. Alexis , son jils et l'héritier présomptif de lîempire » blâmer toutes ses réformes , et cabaler avec les ennemis secrets du nouvel .ordre des choses. Forcé enfin de le déclarer déchu de ses droits au trône, il le fît condamner à mort comme atteint du crime de parri-^
juillet 1718. cîde et de lèse-majesté 2 * À la suite de ce tragique événement, il publia l'ukase qui attribuoit au prince .régnant la faculté de désigner son successeur , et d'en changer même la nomination toutes les fois Qu'il le jugeroit nécessaire 5, Cette disposition devint funeste Momie à la Russie. Le défaut d'un ordre de succession stable
nc-Ie-Oiand. e j permanent occasionna des troubles études révolutions qui agitèrent depuis , plus d'une fois , l'empire de Russie. La loi d'ailleurs ne définissoit rien pour le cas où le prince régnant négligeroit de pourvoir, de son vivant, à la succession ainsi que cela arriva à
février 1725. Pierre lui-même, qui mourut sans avoir désigné son successeur. Catherine I , son épouse , monta sur le
1 ;mai 1727. trône qu'elle transmit, après un règne de deux ans/,.
à Pierre , fils du malheureux Alexis. >y* iip \
Hongrie. L es précautions qui avoient été prises aux états de 1647. Presbourg pour établir, sur une base solide , la liberté civile et religieuse des Hongrois, n'empêchèrent pas les troubles de renaître dans ce royaume. La cour de Vienne, sentant la nécessité fie resserrer les liens de sa vaste monarchie dont les parties disparates péchoient par le défaut d'unité , saisksoit avec empressement les occasions d'étendre son pouvoir en Hongrie, où il étoit beaucoup limité par les lois et constitutions du royaume. De-là ces infractions con-
1 Journal de Pierre- le-Grand , par Bàckmeister , t. II , 1». u5j.
2 Mémoires de Pierre-le-Grand , pr Nestesujiamoj., t. i v , ei le Magasin de Busching , t. 111 , p. 3oo.
3 Wf.ber, Verœndertes Russland , t. II , pag. 4o.. Schmaus* y Cod. juris gentium acad. 1. II, p. 21 48. Schlousers, Uistoriscfic l/nlcrsuchung uber Russlands Reichsgrundgesetze,
tinttèHes dont la nation hongroise croyoit avoir à se plaindre, et ces troubles toujours renaissans, dans lesquels les Turcs Ottomans qui partageoient avec la maison d'Autriche la domination de la Hongrie , furent aussi le plus souvent impliqués»
La Transilvanie étoit alors , ainsi qu'une grande Bataille «le partie de la Hongrie, dans la dépendance des Turcs. Si--Gottha„l. L'empereur Léopold I ayant accordé sa protection à Jean Kemeny , prince de Transilvanie, contre Michel Abaffi , protégé de la Porte, une guerre entre les deux empires sèmbloit inévitable. La diète de Hongrie que l'empereur convoqua, à ce sujet, à Presbourg, fut 1C62. des plus orageuses. Les états , avant d'opiner sur la guerre contre les Turcs , exigèrent le redressement de leurs griefs , et l'assemblée se sépara sans avoir rien conclu. Les Turcs profitèrent de ces divisions pour s'emparer de la forteresse' de Neuhaeuselet de plusieurs i6f>3. autres places. L'empereur , hors d'état de leur faire face , et ne se fiant pas aux Hongrois mécontens , sollicita des secours étrangers. Il en obtint de la diète de l'Empire , et Louis XIV lui envoya un corps de six mille hommes sous les ordres du comte de Coligni. Il veut, près de Saint- Gotthard, une action sanglante î^août iGfii. où les François signalèrent leur bravoure. Les Turcs y essuyèrent une entière défaite : mais Montécuculi , qui commandoit en chef l'armée impériale , ne sut point tirer parti de sa victoire. Immédiatement après 17 sq*. 166 ». il fut conclu à Tcmeswar une trêve de vingt-ans , en vertu de laquelle les Turcs conservèrent JVeuhœusel . le Grand-W aradin et Nowigrad. Michel Abaffi . leur protégé etleur tributaire, fut maintenu dans la Transilvanie, et les deux parties s'engagèrent à retirer leurs troupes de cette provinçe 1 .
Ce traité déplut beaucoup aux Hongrois, sans Icî Troul»lm concours desquels il avoit été fait. Leurs griefs contre la cour de Vienne se révélèrent plus fortement que
1 Ricaut , Histoire du l'empire ottoman , tom. II , pp. 99. Mémoires de Mont£cdculi j Dumont, Corps dipL, t. VI,prt. î,
jamais. Us se plaignoient nommément de ce que l'empereur entretenoit des troupes allemandes dans le? royaume, qu'il .conGoit à des étrangers les principales forteresses , et qu'il met toit des entraves à la liberté cl 11 culte. La cour de Vienne n'ayant eu aucun égard à ces griefs, plusieurs seigneurs se liguèrent pour la conservation de leurs droits. On les accusa d'intelligence avec les Turcs , et de conspiration contre la* personne de l'empereur* Les comtes de Zrini , Nadasehdi, Frein-
l6 7 1 - gepan et Tattenbacb furent condamnés comme criminels de lèse-majesté ; ils eurent la tète tranchée sur l'échafaud. Un grand nombre de ministres protesta n s furent ou exilés ou condamnés aux galères, comme impliqués dans la conspiration. Cette sévérité, loin d'apaiser les troubles, ne fit que lés augmenter. La suppression de la dignité de palatin d'Hongrie, qui eut lieu dans le même temps ,'jointe aux rapines et aux cruautés de toute espèce , exercées par les troupes allemandes , achevèrent de soulever tous les esprits. Là
1677. guerre civile éclata. Les mécontens se donnèrent pour chef le comte : François Wesselini qui fut relevé depuis parle comte Emcrîc Tœkœli. Ces seigneurs eHoient encouragés dans leur entreprise et soutenus sous mmirt par la France et par la Porte ^""T? L'empereur crut alors devoir plier : dans une diète
avec les Turcs. ... r i
1C01. <ju d convoqua a Uericnbourg, il remédia a la plupart des griefs dont les Hongrois avoient à se plaindre ; mais le comte Tœkœli ayant désapprouvé les arrêtés de cette diète , la guerre civile • fut continuée, et le comte trouva bientôt moyen d'intéresser dans sa querelle le prince de Transilvanie et les Turcs. Secoua siège Le grand-visir Kara Mustapha vint, à la tête des de Vienne forces de l'empire ottoman, mettre le siège devant la-
i4 luiliet i683. .11 j -*r* tt * 1 1
' ville de Vienne. Une armée polonoise marcha au se-
cours de cette place, sous la conduite du roi Jean So-
» Voyez Histoire des troubles d'Hongrie, publiée à Paris en iG85. Vie d'Emericy comte de Tœkœli , à Cologne , i6g3, in - 1 -z. Histoire des Yévolutions d Hongrie , imprimée à la Haye, en l'jTtsj, in-4°.
bieaki , qui , réuni à Gharies IV , duc de Lorraine» , général des troupes de l'empereur , attaqua les Turcs dans leurs retranchemens devant .Vienne, en fit un grand carnage , et les força de lever le siège de cette ville *. j2«ppt. i683.
Tout réussît depuis au gré de l'empereur Léopold. l* Hongrie Ontre les Poionois, on vit la république de Venise et reconquise pr les Russes prendre prt à cette guerre en faveur de Us im P ëriau *- PAutriche. Une suite de victoires éclatantes , remportées par les généraux impériaux , le duc Charles de Lorraine, le prince Louis de Bade et le prince Eu-, gène, valut à Léopold k conquête de toute la partie de la Hongrie , qui , depuis le règne de Ferdinand I , ctoit au pouvoir des Ottomans. La* forteresse de Neuhsusel fut reprise à la suite de la bataille que le duc de 'Lorraine gagna, près de Strigonie, sur les Turcs. Le i685. même général emporta d'assaut la ville de Budé , capi- *C85. taie de la Hongrie, dont les Turcs étoient maîtres depuis i54i. L'importante victoire de Mohacz , gagnée '^7' par les impériaux , fit rentrer la Transilvanie et l'Esclavonie sous la domination autrichienne. Cette continuité de revers coûta la vie au grand-visir qui fut e'tranglé par ordre du sultan Mahomet IV , et ce sultan lui-même fut déposé par les janissaires révoltés.
Des succès si britlans encouragèrent l'empereur c< " r ?T*. , " n , e
T' 11 % 1/ iïï • * 1 * est déclare
léopold à convoquer les états de Hongrie a Presbourg. héréditaire. H y demanda qu'en considération des efforts extraor- 1687. dinaires qu'il a voit été obligé de faire contre les Ot
qu'il a voit été obligé de faire contre les Otto- , le royaume fût déclaré héréditaire dans sa maison. Les Etats parurent d'abord vouloir soutenir leur droit d'élection ; mais bientôt pliant, sous l'autorité, ils reconnurent k succession héréditaire en faveur des fflales des deux branches d'Autriche , à l'extinction desquels ils dévoient rentrer dans leur ancien droit. Quant aux privilèges dés Etats, fondés sur le décret du roi André H , ils furent renouvelés dans cette diète ;
1 Alerac, Anecdotes de la Pologne , t. I, p. 89. Coyrr, Ifist. de Jean Sobieski , tom. H, p. i4îj et Vie de Charles V t dtic de Lorraine , p. 374.
Bo PÉRIODE VII.
mais on en excepta la clause de Part. 3i du décret i qui autorisoit les Etats à s'opposer , à force ouverte , au prince qui entrçprerîdroit d'enfreindre les droits et libertés du pays» Les jésuites > précédemmet proscrits , furent réintégrés et autorisés pour toutes les provinces du royaume. On confirma aussi aux protestans des deux confessions les églises et les prérogatives qui leur avoient été assurées par les articles de la diète d'Oedenbourg; mais on statua qu'il n'y auroit que les catholiques qui pourroient posséder des biens dans les royaumes de Dalmatie , de Croatie et d'Esclavonie* L*archiduc Joseph , fils de l'empereur Léopold I , fut 9<léc.i687. couronné dans cette diète, comme premier roi héré-*
ditaire d'Hongrie *.
Nouveaux Les armes de l'Autriche eurent de nouveaux suc- ""lfi i Turcs 1 " c ^ s ^ ans ^ a continuation de la guerre contre les Turcs.
1688. Albe-Royale, Belgrade, Semendria., Gradisca tombèrent au pouvoir de l'empereur. Deux» victoires éclatantes, près de Nissa et de Widdin , que Louis, prince
ii ,8 9» de Bade, gagna, facilitèrent aux Autrichiens la conquête des provinces de Servie, de Bosnie et de Bulgarie. Un nouveau grand-visir., Mustapha Kiuperli , homme de génie , ranima , pour quelque temps , le courage abattu des Ottomans. A la suite de plusieurs
1690. avantages qu'il remporta sur les impériaux il leur enleva Nissa, Widdin ♦ Semendria , Belgrade, eVrecon* quit la Bulgarie, la Servie et la Bosnie. Les efforts extraordinaires que fît la Porte pour la campagne de Tannée suivante, lui faisoient espérer de nouveaux succès ; mais elle se vit trompée dans son attente par la malheureuse issue de la bataille de Salankemen que 19 août 1691. le prince de Bade livra aux Turcs. Le brave Kiuperli y tut tué , et sa mort décida la victoire en faveur des impériaux 2 . Cependant la guerre de France, qui oc-
» Werbœcz , Corpus juris Hung. novellœ constitutiones , p. 553. Les articles 2, 5, 4, 20 , 21 , 23 , du décret de 1687 , Histoire des révolutions d'Hongrie , ]>ar un anonyme, pag. 117 el suiv. j et ï /,e d'Bmeric Tœlœli , p. a5q.
2 Ricaut , Histoire de l'empire ottoman, p. 247 ; et Marsigli , Etat militaire de l'empire ottoman , part. II , p. 96.
i648— 8i cnpoit alors les principales forces de rAutriche , ne permit pis à l'empereur de tirer parti de cette victoire ; il fut même réduit , dans les campagnes suivantes « à se tenir sur la défensive dans la Hongrie, et ce ne fut qu'au retour de la paix avec la France que la guerre contre les Turcs reprit une nouvelle vigueur. Le prince Eugène, chargé alors du commandement en chef de Farinée impériale, attaqua le sultan Mustapha 11 en per- 11 sept. 1697. sonne, auprès de Sentha, sur la rivière de Theysse, et y remporta une victoire décisive. Le grand- vizir, dix-sept pachas et les deux tiers de l'armée ottomane restèrent sur le champ de bataille , et le grand-seigneur fut forcé de se retirer en désordre sur Belgrade 1 .
Un échec si terrible fît désirer vivement la paix à la Pâix Porte. Elle réclama la médiation de l'Angleterre et de d « CwUmit*. la Hollande. Une négociation , aussi longue qu'épineuse, s'entama à Constantinople, d'où elle fut transférée à Carlowitz, bourg de l'Esclajronie, situé entre les deux camps ennemis, dont l'un étoit à Peterwaradin et l'autre à Belgrade- La paix y fut conclue entre la Porte , a6 janvier 1699. l'empereur et ses alliés. L'empereur conserva , par ce traité, la Hongrie , la Transilvanie et l'Esclavonie, à l'exception du bannat de Temeswar, qui fut réservé à la Porte. La Marosch, la Theysse , la Save et l'Unna furent établies pour limites entre les deux empires. 11 fut permis au comte Tœkœli , qui, pendant toute cette guerre , avoit constamment suivi le parti de la Porte , de rester sur le territoire ottoman , avec les Hongrois elles Transilvains ses adhérens 2 .
La paix de Carlowitz assura à l'empereur la preê- Nouveau»
. \ i-* , 1 1 ¥i • • r i 1 • troubles
que totalité de la Hongrie; mais, quelque glorieuse qu'elle fût , elle ne rétablit que foiblement la tranquillité intérieure du royaume , qui fut bientôt troublée de nouveau. Les mêmes griefs qui s'étoient élevés après
1 Histoire du prince Eugène , 1. 1 ,liv. II , p. 211 , et Mémoires du prince Eugène , écrits par lui-même et publié» à Weimar eu 1809 , p. 3o.
* Oumost , Corps dipl. , t. VII , paît. Il, p. 448. Hist. des traités de paix, refondue , t. XIV.
ir. 6
la paix de Temeswar, se renouvelèrent à la suile de celle de Carlowitz ; ou en ajouta môme plusieurs autres qu'on dérivoit de l'introduction du droit héréditaire à la diète de 1 687 , de la suppression de la clause du 3 1 .* article du décret du roi André H , de la réception des jésuites dans le royaume, du bannissement de Tœkœli et de ses adhérens. Il ne falloit qu'un chef aux mécontens pour allumer une nouvelle guerre civile* Ce chef se trouva dans l a personne du fameux prince Ragoczi, qui parut sur la scène au commencement du dix-huitième siècle , et pendant qu'une grande partie de l'Europe se trou voit enveloppée dans la guerre pour la succession d Espagne. * Frrmçnis François Ragoczi , petit-fils de George H Ragoczi >
d^i 6 M/coiurn8 avon * cîte prince de Transilvanie , occupoit un rang ' éminent dans les Etats d'Hongrie, tant par l'éclat de sa naissance que par les vastes possessions qui faisoient le patrimoine de sa famille. La cour de Vienne , qui se défiolt de lui, à cause de sa proche parenté avec Tœkœli , le tenoit dans une sorte de captivité dès sa première jeunesse II ne fut élargi et mis en possession de ses biens qu'en i6j4, où il épousa une princesse de Hesse-Rhcinfels. Depuis ce temps , il vécut tranquillement dans ses terres , tenant sa cour à Sarosch , dans le comté de ce nom. Soupçonné d'avoir tramé une 1701. conspiration avec les mécontens, il fut arrêté par ordre de la cour de Vienne , et transféré à Neustadt en Autriche d'où il s'évada et se retira en Pologne. Condamné comme criminel de lèse-majesté, et déclaré déchu de ses biens, il prit le parti de soulever la Hongrie contre l'empereur t en se donnant pour chef aux mécontens. La France qui venoit d'entrer en guerre avec l'Autriche , encouragea le prince à cette entreprise qu elle regardoit comme un événement favorable pour faire diversion à soi) ennemi. Arrivé en Hongrie, 1703. Ragoczi publia un manifeste, dans lequel il détailla les motifs de sa conduite , et exhorta les Hongrois à se joindre à lui pour venger la liberté de leurs ancêtres , opprimée par la maison d'Autriche. Il trouva bientôt
une foule de partisans, et devint maître de la plus grande, partie du royaume. Les Transilvains le choisirent pour leur prince ; et les Etats d'Hongrie , con- i;o4. fédérés pour le rétablissement de leurs Lys et de leurs immunités, le déclarèrent leur duc et chef, en lui ad- 1703. joignant un sénat de vingt-cinq personnes. Louis XIV lui envoya le marquis Desallcurs , pour le féliciter sur son élévation, et le tzar. Pierre-le-Grand lui offrit le 17°?trône de Pologne , pour l'opposer ù Stanislas , protégé de Charles XII.
La maison d'Autriche, occupée par la succession AccommoaVd'Espagne se vit long-temps dans l'impuissance de réduire les Hongrois mécontens. Les tentatives réitérées qu'elle fit pour en venir à un accommodement avec eux ayant été infructueuses , la guerre fut continuée jusqu'en 171 1 , où les Autrichiens, ayant eu la supériorité , forcèrent le prince Ragoczi à évacuer la. Hongrie et à se retirer sur la frontière de la Pologne *• On rédigea alors des articles de pacification. L'empereur promit une amnistie et la restitution générale des biens en faveur de tous ceux qui avoient été impliqués dans les troubles 11 prit l'engagement de garder inviolable^ ment les droits , libertés et immunités du royaume d'Hongrie et de la principauté de Transilvanie , de ne donner qu'à des Hongrois les charges civiles et militaires, de maintenir les constitutions reçues dans le* royaume touchant la religion ; et , quant aux autres griefs, tant politiques qPecclésiastîques , il consentit à ce qu'ils fussent traités et discutés dans la prochaine diète. Ces articles furent approuvés et signés par la majeure partie des mécontens, qui prêtèrent ensuite à l'empereur un nouveau serment de fidélité. 11 n'y eut que le prince Ragoczi 2 et les principaux membres (le son conseil , qui , ayant refusé d'adhérer à ces articles , restèrent proscrits et leurs biens confisqués.
1 Voyez Hist. des révolutions d'Hongrie; et 1rs Mémoires du prince François Ragoczi , retlige's par liri-môme. Voyez aussi Hist. du prince Ragoczi , ou la g uemi'dts mécontens .
1 Ce prim.e se relira de Ja Pologne en France, et pase* delà à Crnstanlinople, «ù il termina ses jours en 1735.
84 v PÉRIODE VII,
Kmftir« une ; L'empire turc, autrefois si redoutable, déchoit Je
>a tca eoce. eQ j a j e ^ g^jjjg^ . ses ressorts
s'affaiblissent, et il n'est plus signalé que par des revers. La mollesse et la stupidité des sultans ; le mépris» * des arts cultives par les Européens , les vices enfin d'une constitution purement militaire et despotique » minent insensiblement ses forces , et lui font perdre Fécîat d'une puissance . conquérante et dominatrice. On y voit une milice effrénée et indisciplinée , celle des janissaires , usurper sur le trône et sur la vie des» princes les mômes droits que les gardes prétoriennes s'étoient arrogés dans l'ancien empire romain. Guerre "La dernière conquête de quelque importance que 4e Candie. fi ren t j es Turcs , fut celle de l'île de Candie dont ils dépouillèrent la république de Venise. La guerre qui leur procura cette conquête, dura pendant vingt-quatre i645. ans ; elle avoit commencé sous le sultan Ibrahim , et fut continuée sous Mahomet IV , son successeur. Les Vénitiens défendirent l'île avec un courage et une intrépidité rare ; ils détruisirent plusieurs flottes turques r et tinrent, en différentes occasions, la sortie des Dardanelles fermée aux armemens . ottomans. Enfin le *^7- fameux vizir Achmet Kiouprili entreprit le siège de la ville de Candie , à la tête d'une armée formidable. Ce siège fut des plus sanglans. Les Turcs y perdirent audelà de cent mille hommes , et ce ne fut qu'au bout de deux années et quatre mois de siège que la place leur fut . b «cpt. 1 669. rendue, par une capitulation, <yii régla en même temps les conditions de paix entre les Turcs et les Vénitiens. Ces derniers, en rendant la ville de Candie, conservèrent , dans l'île et dans les Ilots adjacens , trois places ; savoir: Suda, Spinalonga et Garabuse. Ils gardèrent aussi Clissa et autres places de la Dalmatie et de l'Albanie, dont ils s'étoient emparés pendant la guerre *• Le règne de Mahomet n'offre d'ailleurs ou'un tissu de 168a. guerres , dont celle de Hongrie fut des plus funestes h
> Du mont , Corps dipl. , t. VII , port. I , p. 1 19. Baptiste Nahi , Hist. de la république de fenisn j Ricaut, Hit t. de V empire ottoman, t. IV, p. au.
l'empire ottoman. Une ligue puissante , formée entre l'Autriche , la Pologne , la Russie et la république de Venise, accabla les Turcs. Os essuyèrent de grands revers dans cette guerre . ainsi que nous venons de le voir. Imputant ces malheurs à la mollesse de leur sultan , ils le déposèrent. Mustapha II , troisième suc- 1687. cesseur de Mahomet IV , termina cette guerre funeste par la paix de Carlowitz. Les Turcs y perdirent toutes 26 jaorier 1*99. leurs possessions en Hongrie , à l'exception de Temeswar et de Belgrade. Ils rendirent à la Pologne la forteresse de Kaminiec avec la Pe^delie et la partie de l'Ukraine en-deçà du Dniéper qui leur avoit été cédée par les traités antérieurs. Les Vénitiens obtinrent , par leur traité avec la Porte , la cession de toute la Morée , dont ils avoient fait la conquête pendant la guerre; celle des îles de Sainte-Maure et de Lcucade , de même . uuc les forteresses de Dalmatie , Chnin , Sing, Ciclut, Cabclla , Gastelnovo , Risano. Enfin la Porte renonça au tribut que la république de Venise lui payoit auparavant pour l'île de Zante , et la république de Raguse fut maintenue dans sou indépendance à 1 égard de celle de Venise 1 .
1 Les traités entre la Porte et les républiques de Pologne et de Venise se trotiveut dans Du mont, Corps dipl. , t. VII , part. II, )wg. 45i et 454. Voyez aussi VHist. des traités, de paix , refoivdue, tom. XI V<
Depuis la pair dUlrecht jusqu'à la révolution
Françoise.
rlr^itTblir'C ^ ES lxîIlcs ^ cllres et les arts avoient fait des pro- ' ' grès rapides au milieu des guerres, dont la période précédente a été troublée 5 ce fut surtout en France que les lettres semblèrent avoir atteint le degré de perfection où \ç génie borné de l'homme puisse parvenir. Le siècle de Louis XIV renouvela et surpassa , sous quelques rapports , les chefs-d'œuvres que la Grèce avoit produits sous Périclès , Rome sous Auguste , et l'Italie sous les Médicis. C'est l'époque de la littérature classique françoise. La grandeur qui régnoit à la cour de ce monarque , et la gloire que ses vastes entreprises avoient fait rejaillir sur la nation , inspirèrent les écrivains et échauffèrent leur imagination 5 le goût s'épura dans l'imitation des modèles laissés par l'antiquité , et préserva les écrivains françois de ces écarts que quelques autres nations ont pris pour le caractère du génie. La langue, ramenée par l'Académie , à des règles sûres, dont la première et la plus fondamentale condamne tout ce qui ne réunit pas la clarté à l'élégance , devint l'idiome général par lequel communiquent entre elles les différentes nations civilisées du globe ; et cette conquête , faite sur l'esprit des autres peuples , est plus glorieuse , et a été plus uliUNi la France, que ne l'auroit été la domination universelle que Louis XIV est accusé d'avoir ambitionnée,
Dans la. période 011 nous entrons, les hommes de génie et de talent, sans négliger les * belles-letî res , se vouèrent préférable m ej^ aux sciences et à l'érudition dont l'étude se répandit dans toutes les classes de la société. Diverses parties des mathématiques et des sciences naturelles prirent des formes entièrement nouvelles ; la connoissance des antiquités classiques qui jusqu'alors avoit eu pour principal objet la formation du goût, devint une branche d'érudition , et donna lieu à des recherches savantes et multipliées; la géométrie, l'astronomie , les arts mécaniques, la navigation furent perfectionnées à l'envi dans les différentes académies européennes ; la physique apprit à deviner plusieurs lois et forces de la nature dont les anciens ne s'étoient pas cloutés ; la chimie sortit des rangs d'un art obscur pour revêtir le costume d'une science; l'histoire natu* relie , enrichie par les découvertes des sa vans voyageurs , se clépouilla»jdes fables dont elle avoit fait parade jusqu'alors. L'histoire , soutenue par la géographie et la chronologie , ses appuis , devint une branche de U philosophie.
Ces progrès des counoissanecs humaines ont fait nommer cette époque le siècle des lumières. On pourroit lui accorder ce titre si en même temps de prétendus philosophes, que le dix-huitième a vu pulluler, sous prétexte de porter ces lumières dans toutes les classes du peuple, n'av oient perverti l'esprit public par la prédication des doctrines qui sont devenues, pour l'Europe , la source de trente années de calamités. Ces raisonneurs superficiels tendoient à anéantir la religion, base de toute morale, et à accréditer parmi des disciples pervertis par l'athéisme , des systèmes pernicieux sur l'origine des états et la souveraineté légitime, ainsi que sur les droits des peuples.
L'esprit d'irréligion est né en Angleterre, dans le dix-septième siècle. 'Ihomas Hobbes, en enseignant le matérialisme, avoit «té un des coryphées de l'athéisme qu'au commencement du dix-huitième siècle , Henri S, John, vicomte de BoUngbrokc , Antoine stskliy
83 PERIODE Vlll.
^1715. f ii*<j. comte de Slwfîçhuty , Antoine ColUns , Mathieu + 1735. Tindatl et autres, enseignèrent dans leurs ouvrages X mais le caractère réfléchi de^la nation angloise et le talent des défenseurs des vérités religieuses , neutralisèrent ce poison, et la foi, triomphant de ces atteintes, poussa de plus profondes racines en Angleterre.
L'incrédulité trouva des prédicateurs plus habiles et des auditeurs plus dociles en France. Françoisf 1778. f i 7 83. Marie Arouet de P oL taire , Jean le I$.ond d 'Aletnf 1784. f »77*' fort 9 Denis Diderot , Claude-Adrien Helvélius , homme d'ailleurs très-estimable , mais dont les belles qualités étoient déparées par une vanité qui le rendit avide de toutes sortes de succès; enfin , uu étranger f 1789. établi à Paris , Paul Thierry baron de Holbach % osèrent conspirer contre la religion chrétienne, et résolurent de briser le joug de toute autorité en matière de foi. Ils prêchèrent l'incrédulité, tantôt sous la forme du déisme , tantôt sous celle de l'athéisme* souvent dans des écrits brillans , et se permirent tous les moyens qui, à leurs yeux , pouvoient faire réussir leur plan infâme. Réclamant une tolérance universelle pour toutes les opinions religieuses , ils persécutèrent ceux qui résistèrent atix torrens des opinions nouvelles, et surtout les ministres du culte catholique. La liberté illimitée de la presse , qui étoir. un de leurs dogmes favoris , dut leur servir à infecter de leurs maximes toutes les classes de la société et tous les âges, pendant que par des invectives, des calomnies et des cabales , ils fermoient la bouche à ceux qui vouloient combattre leurs théories. Un grand ouvrage, entrepris par d'Alembert et Diderot , assistés de plusieurs autrçs écrivains francois , et annoncé comme devant être le dépôt de toutes les connoissances humaines, Y Encyclopédie devint l'arsenal où les ennemis du christianisme forgèrent leurs armes , et où la jeunesse puisa une instruction trompeuse.
Il faut le dire , pour PhonneuY des autres nations , à l'exception de quelques grands , et même de quelques souverains qui s'avcugloient sur les conséquences
de ce système . peu de personnes eu Allemagne , eH Hollande , en Suisse et dans les pays du Nord , ou * l'instruction étoit plus solide , se laissèrent entraîner par ces erreurs et ces impiétés. Le Portugal , l'Espagne et l'Italie en prirent à peine connoissance ; mais eu France, elles corrompirent plusieurs générations successives , et les préparèrent à recevoir une nouvelle doctrine politique qui , attaquant Tordre social dans ses bases , finit par bouleverser d'abord ce pays , et ensuite la plus grande partie du globe.
La racine du mal politique, comme celle du déisme et de l'athéisme, doit être cherchée en Angleterre. Les querelles entre les révolutionnaires du dix-septième siècle et la dynastie des Stuarts f qui entachèrent la nation d'un crime jusqu'alors inouï , avoient donné naissance à un nouveau droit public , si Ton peut nommer ainsi un système subversif de toute subordination. Il est remarquable que le premier auteur de l'hypothèse d'un contrat social primitif, par lequel tout pouvoir légitime auroit été délégué , et par conséquent de la souveraineté du peuple , fut un partisan de la puissance monarchique. Thomas Hobbes, qui , conséquent dans l'application de ses principes, bâtit sur ce fondement l'édifice d'un despotisme absolu, Jacques Harrington , auteur de VÔceana , et sur- f 1677. tout Algernon Sidney , s'emparèrent de cette idée et \ i683. en tirèrent des résultats tout-à-fait opposés au système de son auteur, tant il est vrai que l'erreur est un glaive à (fbuble tranchant. Jean Locke alla plus loin ; au mé- f 170*. pris de l'histoire , il admit çomme un fait, l'existence d'un contrat social comme origine des états , et soutint mie les monarchies n'étoient que des républiques dégénérées.
D'Angleterre , ces doctrines passèrent en France , où elles furent avidement reçues , non-seulement par les ennemis de la religion , mais aussi par une foule d'écrivains qui , sans appartenir à ce parti , se laissèrent entramer par l'éclat d'une fausse philosophie et par le désir de briller. Les esprits y avoient été pré-
parés par une autre invention du dix-huitième siècle qui, erronée dans ses principes, n'avoit qu'un but très-louable , mais qui contribua au renversement des bonnes théories, parce qu'elle devint l'apanage d'uuc secte qui se laissa* entraîner par l'enthousiasme. Cette secte est celle des Economistes, et cette invention est celle du système physiocratique qui , estimant la fortune publique d'après la seule masse des productions de la nature, tendoit à réduire tous les impôts à un 'seul , l'impôt territorial , et à introduire pour cela une parfaite égalité des propriétaires. Son inventeur fut un
T '77*- médecin de Paris, François Quesnay, qui imagina cette théorie ; Ficlor de Riquelli marquis de Mirabeau en fut le plus zélé propagateur.
Le premier ouvrage français , sur le nouveau droit public, parut en sous le titre d' Esprit des
t *7^>« Ltoia. Çharles de Secondât, baron de Montesquieu, son auteur , y prôna le système représentatif et la doctrine de la division des pouvoirs, qui dès-lors devinrent deux articles de foi de la nouvelle philosophie, qu'il ne fut plus permis de contester. \J Esprit des Lois y ouvrage écrit avec élégance et plein d'esprit, souvent profond, quelquefois superficiel , reufermeà côté d'idées lumineuses et de traits sublimes , nombre de sophismes , de subtilités et d'erreurs. La manière énigmatique dont l'auteur s'énonce quelquefois , est cause qu'on lui a fait soutenir des thèses qui probablement n' entroient pas dans son système.
Quatre années plus tard, Jean-Jacques Rous&éhu, de Genève, lit paroître son Contrat Social, composition éloquente mais foiblé de raisonnement ; l'auteur vouloit prouver que par un contrat primitif le peuple s'est réservé le droit de manifester sa volonté sur tout ce qui tient au gouvernement : système monstrueux qui , à la place de la liberté qu'il a pour objet , tend à établir le despotisme le plus révoltaut , en donnant tout pouvoir à la majorité, c'est-à-dire à la partie la moins éclairée et la plus passionnée de la nation. C'est à la suite de ces publications qu'une foule
d'écrivains s'efforcèrent d'accréditer et d'inculquer à la jeunesse la doctrine de la souveraineté du peuple , source d'où émanerait tout pouvoir légitime. Cette doctrine admet un fait que ses partisans conviennent cependant n'avoir jamais existé, savoir un acte par lequel le peuple aurait délégué l'exercice d'une partie eu de la totalité de ses pouvoirs 5 elle légitime le* despotisme partout ou clic le trouve établi de fait ; elle conduit ii l'anarchie , parce que tout pouvoir délégué peut èlre retiré et que le peuple souverain n'a pu dépouiller les générations suivantes de leurs droits naturels et imprescriptibles,
La doctrine nouvelle fut accueillie dans des pays qui avoient su se prémunir contre le poison de l'irréligion. Elle trouva surtout des partisans en Allemagne , où elle parut à beaucoup de personnes le complément de la réforme 4u seizième siècle , qu'on regardoit comme l'époque de la liberté religieuse. Les journaux littéraires de ce pays la répandirent sous toutes les formes ; elle devint dominante dans les maisons d'éducation et dans les universités ; plusieurs souverains , flattés des éloges que leur prodiguoient les philosophes , lui rendirent nommage. Le moment arriva où ses adhérons crurent les esprits assez préparés pour commencer à mettre le nouveau système en pratique. Un professeur d'Ingolstadt en Bavière, Adam TVeUhaupt^ fonda un ordre secret , dit des Illuminés , lequel, enté sur le rit de la société des francs-macons et sur la discipline usilée dans l'institution des Jésuites , professa en appareuce l'amour de la vérité et de la vertu , la haine des préjugés et du despotisme 1 , mais' initia ses adeptes
1 11 sera probablement superflu de dire que les illumines n'ont rien de commun avec les visionnaires dont parle Mirabeau dauc son ouvrage sur la monarchie prussienne. Trouvant oelle-ci en Allemagne , el entendant parler en même temps des illuminés qu'on venoîide découvrira celte époque, il confondit les deux sectes, et nomma illuminés une classe de fanatiques qui professoient d'autres n rem s, mais dont la croyance s'écartoit absolument de celle des illuminés. I/errcur de Mirabeau s'est perpétuée dans beaucoup da huis franco is.
9* PERIODE vin.
dans le projet , et leur enseigna les moyens de secouer tonte autorite religieuse et civile, de renverser toute domination établie, de rendre aux hommes cette liberté et cette égalité dont ils avoient joui , disoit-011 , dans l'état de nature et dont les institutions civiles les a voienf dépouillés.
1 7 8 ^« • Cet ordre fut découvert et dissous, mais en Bavière seulement 5 car il se perpétua dans plusieurs contrées de l'Allemagne , et existe probablement encore sous d'autres formes.
C'est ainsi que l'esprit public se corrompit dans le dix-huitième siècle; l'obéissance et l'amour de leurs rois cessèrent d'être aux yeux des peuples un litre de gloire ; le désir vague d'un changement s'empara de tous les cœurs, l'erreur de toutes les têtes; ils engendrèrent cette révolution sanglante dont l'histoire sera l'objet de notre neuvième période.
S^S™ ?™ s h huitième, où nous entrons, le système
politique de
politique de l'Europe éprouva quelques changement l'Europe, notables.
L'équilibre entre les états , ébranlé par l'ambition de Louis XIV, avoit été affermi par la paix d'CJtrecht; il se maintint pendant les quatre-vingts anuées suivantes sans de grandes altérations. Cependant , dans les transactions politiques qui eurent lieu à cette époque , l'Angleterre joua un rôle prépondérant auquel elle s'étoit préparée depuis qu'elle avoit cessu d'être le théâtre des discordes civiles. La gloire qu'elle avoit acquise par le succès de ses armes , dans la guerre d'Espagne , les avantages considérables que les traités d'Utrecht lui avoient procurés, tant en Europe qu'en Américrue , augmentèrent sa considération politique et lui donnèrent une influence dans les affaires générales , dont elle n'avoit pas joui auparavant. La nation angloise porta son commerce et sa marine à un- degré d'étendue et de puissance qui de voit alarmer les états maritimes et commerçons et leur faire sentir que si le soin de leur commerce et de leur indépendance les attachoit à un système de balance
îyiD — 1729. o,3
continentale, il importait également à leur prospérité de mettre des bornes à la toute -puissance maritime de l'Angleterre. Il en résulta d abord un nouveau genre de rivalité entre la France et l'Angleterre ; rivalité dont les effets se manifestèrent surtout depuis le milieu du dix-huitième siècle 9 et oui donna lieu à une alliance intime des branches de la maison de Bourbon . tMus tard, et par suite des principes sur le commerce des neutres proclamés par les Anglois, les puissances du Nord se confédérèrent contre la domination qu'on, accusoit ce peuple de vouloir s'arroger sur mer. Dans la neuvième période, nous verrons môme un instant tout le continent subjugué se tourner contre la nation qui seule avoit su conserver son commerce et son indépendance. La prépondérance de l'Angleterre est le premier changement qu'éprouva le système politique de l'Europe dans le dix-huitième siècle. • *
Le second eut lieu dans le Nord. Jusqu'alors les contrées septentrionales de l'Europe n'a voient eu que momentanément des rapports politiques avec le Sud. La Russie , séparée par les possessions suédoises , des côtes de la mer Baltique , appartenoit bien plutôt a l'Asie qu'à notre partie du monde. La Pologne, déchue de son ancienne puissance , étoit tombée dans l'anarchie et l'épuisement ; le Danemarck et la Suède , se disputant l'empire de la Baltique , n'avoient sur la politique du Sud d'autre influence que celle que les «raalités personnelles de quelques-uns de ses princes «voient donnée à la Suède. La grande guerre du Nord, qui éclata au commencement du dix-huitième • siècle, et les conquêtes par lesquelles Pierre-le-Grand étendit les bornes de son empire jusqu'au golfe de Finlande, et réduisit la Suède à un état de langueur dont elle ne s'est pas relevée , mirent la Russie dans le cas , non-seulement de jouer un rôle prédominant dans le Nord , mais aussi d'entrer d'une manière imposante dans le système de l'Europe.
Il s'éleva en même temps une nouvelle puissance
intermédiaire entre le Nord et le Sud, par la fondation de la monarchie prussienne; mais cet état resta dans les bornes' de la médiocrité jusque vers le milieu du dix-huitième siècle : alors seulement le génie de Frédéric II 1 éleva à un point de grandeur qui lui permit de lutter avec avantage contre les forces supérieures de ses voisins, sans pouvoir compromettre^ indépendance des autres états. Toutefois , la grandeur naissante de la Prusse fut la cause d'une rivalité entre cette puissance et l'Autriche qui, pendant soixantedix ans , influa sur la politique européenne. Elle produisit le phénomène d'une alliance intime entre dçux anciennes rivales 3 les maisons d'Autriche et de Bourbon, et en divisant l'Allemagne en deux systèmes opposés , prépara la dissolution de l'empire germanique* Tel fut le troisième changement qu'éprouva le système politique de l'Europe, dans \e cours du dixhuitième siècle.
Le quatrième fut moins sensible que les trois autres ; ses Conséquences funestes ne se montrèrent que dans la neuvième période. Pour la première fois depuis trois siècles , des souverains européens osèrent rompre des traités et violer des engagemens , faire la guerre et entreprendre des conquêtes sans alléguer d'autres motifs que des raisons de convenance et le besoin de s'agrandir. Ainsi la base du système d'équilibre, l'iuviolabilité des possessions bien acquises fut sapée et la ruine de ce syslème préparée. Les événemens de la guerre , pour la succession d'Autriche , fournirent les jpremiers exemples de ce mépris des traités; ils se renouvelèrent d'une manière effrayante à l'occasion du
Î>artage de la Pologne, et par les tentatives que fit 'empereur Joseph de s'emparer de la Bavière. L'acte d'iniquité, commis contre la Pologne, a été souvent cité dans la période de la révolution françoisc, pour justifier toutes les violences et toutes les usurpations; il en est résulté une longue suite de calamités.
Le commerce continua, dans le dix-huitième siècle, a èïre un Jes principaux mobiles de la politique des
cabinets ; le système mercantile fut perfectionné et devinl la base de l'administration de la plupart des états. Le commerce dut son accroissement à la consommation , devenue plus générale des denrées que fournissent au luxe européen les autres parties du monde. Les puissances maritimes donnèrent toute leur attention et prodiguèrent leurs soins à leurs co^ lonies , dont ils augmentèrent le nombre par des établissemens nouveaux , et la prospérité par des règlemens. A l'exemple de Louis XIV , la plupart des états conservèrent sur pied des armées nombreuses 5 cet usage fut poussé jusqu'à l'excès depuis 1 y4o. Il augmenta l'influence de l'Angleterre sur les afFaires du continent, parce que dispensée elL-mêmf par sa position , d'augmenter son armée dans la proportion de cilles des autres états , elle put leur fournir des subsides dont , à l'exception de la France , de l'Espagne et des Provinees-Unics , aucune puissance entrant en guerre ne put plus se passer. Ce fut aussi depuis 1740 ou depuis les guerres de Frédéric II , que la tactique et l'art militaire en général parvinrent à un point de perfection auquel 'on pensoit qu'il ne pouvoit rien être ajouté. Enun , le système financier de plusieurs états éprouva une révolution lorsqu'on imagina de constituer les dettes des états, c'est-à-dire de fonder des rentes pour en servir les intérêts sans rembourser les capitaux , et surtout depuis que Pitt inventa les fonds d'amortissement par le moyen de rentes accu-
mulées.V£;, efforts
Situation politique «le
Les efforts extraordinaires que les puissances de l'Europe avoient faits , dans la septième période , pour r i'Eoroj*" assurer l'équilibre continental contre les desseins am- ijio. biticux de la Frauce et de la Suède , amenèrent un long état de calme, dont ces puissances dévoient profiter' pour encourager l'iudustrie , les arts et le commerce , afin de réparer les maux que des guerres longues et désastreuses leur avoient causés. Les cabinets furent donc attentifs à maintenir les dispositions des traités d'Ulrccht et de Stockholm , et à écarter „
par la voie des négociations , tout ce qui pouvoît exciter une nouvelle guerre générale.
La bonne intelligence qui subsista entre la France et la Grande-Bretagne sous le règne de Georges I , et au commencement de celui de Georges II , son successeur , en un mot sous le miuistère de Robert Walpole, fut l'effet des intérêts momentanés qui fixoient l'alten- Wotï des deux cours , dont Tune craignoit le prétendant, et l'autre étoit alarmée des projets ambitieux de celle de Madrid.
!?é*i^Frince ^ e duc d'Orléans, régent en France pendant la îni- •t de l'Espagne, nori té de Louis XV, ne chercboit qu'à maintenir la paix et l'ordre politique que les derniers traités av oient introduits, 4ans l'intention où il étoit de remédier au désordre des finances que Louis XIV avoit laissées dans un état déplorable Le roi d'Espagne , au contraire, qui désiroit de faire revivre ses droits à la couronne de France qu'il avoit abandonnés , accueillit les projets téméraires du cardinal Albéroni, son premier ministre 2 , tendant à renouveler la guerre , à reconquérir les pays que la paix d'Utrecbt avoit .démembrés de la monarchie espagnole, a dépouiller le duc d'Orléans de la régence pour en revêtir le roi d'Espagne, et à rétablir le prétendant, fils de Jacques II , sur le trône de la Grande-Bretagne.
1 Parmi les moyens dont le régent fit usage pour amortir les dettes de l'état qui se monloîent à trois milliards , on remarque le fameux système de l'écossois L«w et l'établissement d'une banque qui , après avoir eu le plus grand succès , échoua complètement , et causa la ruine d'une foule de familles. Voyez les Mémoires de la régence âu duc <TOrléans\ et Stewarts , Recherches des principes de l'économie politique.
* Albéroni, homme d'un génie vaste et entreprenant , n 'étoit d'abord que «impie curé d'un village près de Pai nie. 11 s'insinua auprès du duc de Vendôme t pendant que ce prince rommaudoit l'armée françoise en Italie. Le duc l'emmena avec lui eu Espagne , où il le recommanda à, la princesse des Ursins qui étoit alors tmitcpuissante à la cour de Philippe V. On prétend que ce fut Albéroni qui suggéra l'idée du second mariage que Philippe contracta , en i?i4 ( avec la princesse de Panne, et qui fut suivi de la chute d« la princesse des Ursius et de l'élévation d'Albéroni au rang de cardinal et de premier ministre. (Voir les Mémoires de Saint-Simon , nouv. édition , 6 vol. io-8. Paris, 1818.)
1710 — 1789. 97 Lés traités cTUtrecht , quoiqu'ils eussent pacifié une Imperfection grande part ie de l'Eurone, n'en étoient pas moins défec- ji u^f, t * tueux en ce qu'ils n'a voient pas mis d'accord l'empereur et le roi d'Espagne , les deux principaux prétendans à la succession espagnole. L'empereur Charles VI ne reconnoissoit pas encore Philippe V en sa qualité de roi d'Espagne, et Philippe refusoit , à son tour , d'acquiescer aux dé membre mens de la monarchie espagnole , que les traités d'Otrecht avoient ordonnés en faveur de l'empereur.
Pour déjouer les projets et les menées sourdes 1 duTriple-alliane«« ministre espagnol , le duc d'Orléans crut devoir rechercher l'alliance de l'Angleterre , comme étant la puissance plus particulièrement intéressée au maintien des traités d'Utrecht dont «lie avoit dicté les points fondamentaux. Cette alliance , dans laquelle entrèrent aussi * les Etats-Généraux des Provinces-Unies , fut conclue à La Haye. Les dispositions des traités d'Utrecht, celles 4 janvier 1717. surtout qui se rapportent à la succession des deux couronnes , y furent renouvelées; «t le régent, pour complaire au roi d'Angleterre , consentit à faire sortir de France le prétendant, et à admettre à Dunkerque des commissaires britanniques chargés d'en surveiller le porta.
Le cardinal Albéroni , sans être déconcerté par la Renouvellement triple-alliance, persista dans son dessein de recom- <*e la guerre, mencer la guerre. Il n'eut pas plutôt réparé les forces «le PEsnagne et préparé un armement, qu'il fit attaquer la Sardaigne dont il dépouilla l'empereur. Cette con- 1 7 I 7« quête fut suivie de celle de la Sicile que les Espagnols niai 1718. enlevèrent au duc de Savoie.
La France et l'Angleterre , indignées de l'infraction Quadruple-
. % alliance.
1 On «e rappellera ici l'intrigue qu'ourdit le cardinal, de concert avec le Won deGcerlz, ministre de Charles XII, pour détrôner George I , roi delà Grande— Bretagne , comme aussi la conjuration qu'il trama en France contre le régent. Voyez Histoire de France pendant le dix-huitième siècle , par M. Lac retelle le jeune , 1. 1, p. 195 , 226 et aiiiv.
« Voyez Histoire des traités de paix , . refendue , tom. II , j*>g. 179.
d'un traité qu'elles regardoient comme leur ouvrage , signèrent alors à Londres avec l'empereur la fameuse
2 août 1718. auadruple-alliance 1 , qui renfermoit le projet d'un traité de paix à faire entre Pempereur , le roi d'Espagne et le duc de Savoie. Les puissances liguées y prenoient l'engagement de faire agréence projet aux parties intéressées, et, en cas de refus de leur part, de les y contraindre par la voie des armes. L'empereur devoit renoncer à ses droits à la monarchie espagnole , et reconnoître Philippe V comme légitime roi d'Espagne, moyennant la renonciation que feroit ce prince aux provinces d'Italie et des Pays-Bas,, que les traités d'Utrecht et de la quadruple-alliance adjugeoientà l'empereur. Le duc de Savoie , en cédant la Sicile au monarque autrichien, recevoit en» échange la Sardaigne . dont le roi d'Espagne devoit se dessaisir. Le droit de réversion a la couronne d'Espagne, que la paix d'Utrecht avoit établi à l'égard de la Sicile , fut transféré à la Sardaigne. Ce traité accordoit d'ailleurs à don Carlos, fils aîné du secondait de Philippe V, l'expectative et l'investiture éventuelle des duchés de Parme et de Plaisance, ainsi que du grand-duché de Toscane, à la charge de les tenir, à titre de fiefs mâles , de l'empereur et de l'Empire, après le décès des derniers rejetons mâles des maisons de Farnèse et de Médicis qui en jouissoient alors ; et , afin de mieux assurer cette double succession à l'infant, on convint d'introduire, dans les deux duchés , un corps de six mille Suisses , pour être répartis dans les places de Livourne , de Porto-Ferrajo, de Parme et de Plaisance. Les puissances contractantes et médiatrices prirent sur elles de pourvoir au paiement de ces troupes 2 .
Son exécution. Le duc de Savoie ne tarda pas à souscrire aux con-
» On lui donna le nom de quadruple-alliance , parce qu'on y stipula, en même temps, pour les Hollandois qu'on présument disposés à y entrer, et qui n'y entrèrent, en effet, que le 16 février
« Dumont, Corps dipl. , t. VIII, part. I, p. 53i , eiVHist. des traités de paix, refondue , t. Il , p. i84.
ditions de la quadruple-alliance; mais il n'en fut pas 10 nor. 1718;
de même du roi d'Espagne. Ce prince , ayant persisté
dans son refus , la France et l'Angleterre lui déclarèrent
la guerre* Les François firent une invasion dans les 1719.
provinces de Guipuscoa et de Catalogne; les Ànglois
envahirent la Galice, et s'emparèrent du nort de Vigo.
ï)es mesures si vigoureuses ébranlèrent la fermeté du
roi d'Espagne; il signa la quadruple-alliance * et éloigna 26 janvier îpo*
de sa cour le cardinal Albéroni, l'auteur des mesures
dont les puissances alliées avoient à se plaindre. Les
troupes espagnoles ayant depuis évacué la Sicile et la
SaftTaigne , l'empereur prit possession de la Sicile , et
Victor- Amédée II , duc de Savoie , de la Sardaigne 1 *
La guerre sembloit alors terminée ; cependant la paix Congrès n'étoit pas faite , et il restoit encore bien des difficultés dc Cambrai* à aplanir entre l'empereur, le roi d'Espagne et le duc de Savoie. Pour y parvenir et pour arrêter une paix définitive entre ces trois puissances, on indiqua un congrès à Cambrai. Ce congrès devoit s'ouvrir en 1721 sous la médiation de la France et de l'Angleterre ; mais des contestations qui s'élevèrent sur plusieurs des articles préliminaires, en retardèrent l'ouverture formelle
Sendant plusieurs années consécutives 2 < Il s'agissoit 'effectuer, avant tout, l'échange des actes de renonciation réciproque de l'empereur et du roi d'Espagne, stipulée par le traité de la quadruple-alliance. L empereur, qui avoit de la répugnance à abandonner ses prétentions à la monarchie espagnole, éleva des difficultés sur la forme de ces renonciations. Il exigeoit crue celle de Philippe V sur les provinces d'Italie et des Pays-Bas fût confirmée par les cortès d'Espagne.
Tenus et Impuissance de son état , Victor-Amedee II prit , en 1700, le parti d'arçttquer la couronne en faveur de Charles-Emmanuel III, son fils; mais s'ëtant repenti depuis de sa démarche, et ayant fait des tentatives pour remonter sur le trône , il fut arrêté par ordre de ce fils, et confiné au château de Moncalier où il termina ses jonrs en 1732, âgé de soixante-six ans. Voyez Mémoire historique de l'abbé Roman, p. a5g.
« Voyez Mémoires du congrès de Cambrai.
tOO PÉRIODE VIII*
Philippe demandoit, à son tour, que la renonciation Je l'empereur à la monarchie espagnole fût ratifiée par les Etats de l'Empire. La France et l'Angleterre, pour écarter cette difficulté, arrêtèrent , par une convention 27 sept. 1721* particulière signée a Paris, que les renonciations des deux princes, quelque défectueuses qu'elles fussent» seroicnt censées valides, sous la garantie des deux puissances médiatrices.
Différend sut- A peine cette difficulté fut-elle écartée, qu'il s'en la compagnie présenta une autre beaucoup plus embarrassante : elle J'Onende. re i at i ve 4 j a com pagnie d'Ûsiende que l'empereur
venoit de créer , et à laquelle , par un octroi signé à Vienne le 19 décembre 1722 , il accordoit pour trente ans le privilège exclusif de négocier aux Indes orientales et occidentales , et sur les côtes de l'Afrique 1 . Cet établissement indisposa' contre l'empereur les* puissances maritimes, et particulièrement les Hollandois, qui le regardoient comme préjudiciable à leur commerce aux Indes. Ils soutenoient que , selon les termes du traité de Munster de i648 , confirmé par l'article 26 du traité de la barrière de 17 15 , le commerce des Espagnols dans les Indes orientales devoit rester comme 3 étoit à cette époque 2 .
Investitures Rien d'ailleurs, dans ces discussions préliminaires, lu ie. n'éprouva plus de contradictions que les lettres d'expectative et d'investiture éventuelle du grand-duché de Toscane et des duchés de Parme et de Plaisance, que l'empereur s'étoit engagé par la quadruple-alliance , à délivrer à don Carlos, infant d'Espagne. Le duc de Parme , le pape et le grand-duc de Toscane y formèrent opposition. Antoine , dernier duc de Parme et de Plaisance de la maison de Farnèse, demandoit que l'empereur et l'Empire n'exerçassent pojnt, de son vivant, sur le duché de Partne, les droits de doma(^ direct, que le traité de la quadruple-alliance établîssoit à leur égard. Le pape protestoit aussi hautement contre la
« Domokt, Corps dipl. , t. VIII, part. II , p. 4i« ••» Rousset, Actes et mémoires, t. II et III.
— 1789. toi
clause du traité qui le privoit de ses droits de supériorité sur Parme et Plaisance , dont il jouissoit depuis
Sjuelques siècles. Qusnt au grand-duc de Toscane, ean-Gaston , dernier prince de la maison de Me'dicis » , il soutenoit que, son daché ne relevant que de Dieu seul, il ne pouvoit point admettre qu'il fut déclaré fief d'Empire, ni reconnottre pour héritiers de ses états H n faut d'Espagne, au préjudice des droits de sa soeur, veuve de l'électeur palatin.
L'empereur Charles VI, sans s'arrêter à ces oppositions, porta l'affaire des investitures à la diète de Rdtisbonne ; et , après en avoir obtenu le consentement, il fit expédier, en faveur de don- Carlos et de ses héritiers mâles, les lettres d'expectative et d'investiture w éventuelle ordonnées par la quadruple-alliance. Ces lettres ayant été présentées au congrès , le roi d'Espagne refusa de les recevoir, en alléguant les protestations du pape et celles du grand-duc de Toscane. 11 ne s'y prêta que moyennant un acte de garantie que lui délivrèrent les puissances médiatrices 2 .
Toutes ces difficultés ayant été aplanies et les pré* liminaires terminés, on en vint enfin à des conférences «twI 172**. réglées à Cambrai , pour la conclusion de la paix définitive entre l'empereur, le roi d'Espagne et le duc de Savoie.
On croyoit déjà toucher au moment de la conclusion , lorsque des différends survenus entre les ministres de l'empereur et ceux des puissances médiatrices , occasionèrent de nouveaux retards.
Sur ces entrefaites le duc de Bourbon , qui venoit de Rupture remplacer , dans le ministère 3 le duc d'Orléans , ren- ^IP* < voya en Espagne l'infante Marie , ,fille de Philippe V , c m Hai " qu'on élevoit à la cour de France comme future épouse 5 avril 1725.
1 Jean-Gaston, en succédant , en 1723, à «m père Co'smelïf, «toit âgé de cinquante-deux ans, et ue vivoit point avec sou épouse qui étoit une princesse de Saxe-Lauenbourg. »
* Du mont , Corps dipLy t. VIII, part. H, p. i52.
3 Le ministère du duc de Bourbon dura depuis 1725 jusqu'en ^726, où le cardinal de Fleuiy entra dans le ministère et y resta jus~ S/à ta mort, eu
de Louis XV. Cet événement occasîona la rupture du congrès. Philippe V , cruellement offensé , rappela aussitôt ses ministres de Cambrai. Le baron de T\ipperda 1 , qu'il avoit envoyé à la cour impériale , termina , par ses ordres , et au' mépris de la médiation françoise , les différends qui subsistoient encore entre les deux cours. 11 en résulta un traité de paix particulier entre l'empereur et le roi d'Espagne , lequel fut 3o avril 1725. signé à Vienne.
Paix de Vienne Ce traité renouvela la renonciation de Philippe V de 1726. aux p rov i nces d'Italie et des Pays-Bas , ainsi que celle de l'empereur à PEspagne et aux Indes. L'investiture éventuelle*des duchés de Parme et de Plaisance et celle du grand-duché de Toscane furent également confirmées. La seule disposition nouvelle qtfe présentoit ce traité , étoit la garantie dont se chargeoit le roi d'Espagne de la fameuse pragmatique sanction de l'empereur Charles VI , par laquelle ce prince assuroit à Sa fille la succession de tous ses états. Ce fut principalement par cette garantie que Philippe V parvint à se concilier la cour de Vienne a .
Alliance £, a p a î x <J e Vienne fut accompagnée d'une alliance de Vienne. défensive €ntre l» empereur et \ e roi d'Espagne. Elle
portoit, entre autres clauses , cpie l'empereur emploie? roit ses bons offices pour obtenir , en faveur du roi d'Espagne , la restitution de Gibraltar et de Me de Minorque. Le roi d'Espagne, de son côté, açcordoit aux
1 Ce fameux aventurier étoit issu d'une famille noble de la province de Groningue. Nommé, en ambassadeur de Hollande à la cour de Madrid, il s'y insinua auprès du roi Philippe V qui l'envoya, en 1724, à la cour de Vienne pour y traiter avec l'empereur Charles VI. De retour de cette coUr , il tut élevé au rang de duc et de premier mjuistre d'Espagne. Disgracié pour ses imprudences et enfermé au château de Ségoyie, il s'en évada en 1728 j et , après avoir parcouru differens payp , il passa k Maroc , où , à ce qu'on prétend , il se fit mahométan, dp même qu'il s'étoit fait catholique a Madrid. Forcé de quitter celle nouvelle retraite, il se rendit a Tetuan où il*mourut en 1737. Voyez les Mémoires dfi l'abbé de Moktgon , t. I et VII.
* Dumont, Corps dipl., tom. VIII, part. II, p. 106; et le» Mémoires de Vabbé de Mohtgon.
Alliance d'Hanovre.
vaisseaux de Pempereur et de ses sujets la libre entrée dans ses ports , et toutes les franchises et prérogatives dont jouissoient dans le commerce les nations les plus étroitement liées à l'Espagne.
Ces clauses alarmèrent l'Angleterre et la Hollande , et l'intimité qui venoit de s'établir entre les cours de Vienne et de Madrid fixa plus particulièrement l'attention du duc de Bourbon, qui , comme auteur du reii/voi de l'infante , craignoit les suites du ressentiment du roi d'Espagne, Pour les prévenir , ce prince négocia avec l'Angleterre et le roi de Prusse une ligue capable de contre-balancer celle de Vienne. Elle fut conclue h 3 «cpt. 1725. Hcrrenhausen , près d'Hanovre , et est connue plus particulièrement sous fe nom d'alliance d'Hanovre.
Toute l'Europe se. partagea entre ces deux alliances. L ' E{ l l °l ,c La Hollande , la Suède et le Danemarck accédèrent à ^"^fj,,^ ** l'alliance d'Hanovre : Catherine I . impératrice de alliances. Russie , et les principaux Etats catholiques de l'Empire se réunirent à celle de Vienne. L'empereur' réussit Bième à détacher le roi de Prusse de l'alliance d'Hanovre , pour l'entraîner dans la siejine. On se croyoit alors à la veille d'une nouvelle guerre générale : les ambassadeurs furent rappelés des différentes cours ; les Anglois envoyèrent de grandes et puissantes flottes en Amérique , dans la Méditerranée et dans la mer Baltique , et les Espagnols commencèrent les hostilités en mettant le siège devant la forteresse de^Gibraltar. Cependant la mort de l'impératrice de Russie causa un 17 mai 1727. changement dans les dispositions des puissances du nord. L'empereur, voyant qu'il nepouvoitplus compter sur l'assistance de la Russie , ne témoigna aucune envie de seconder les entreprises des Espagnols 5 mais ce qui contribua surtout à maintenir la paix , c'est que ni la France ni l'Angleterre ne désiroient la guerre.
Ce fut dans ces circonstances que le pane interposa Préliminaire! sa médiation , et qu'on parvint à signer , a Paris , un c ai l8 " nouveau traité de préliminaires, qui portoit qu'il y 3i ma» 1727. auroit un armistice de sept ans 5 que la compagnie d'Ostendé seroit suspendue pour le même temps, et
104 PÉRIODE VIJI.
quon tiè adroit un nouveau cougrês géuéral à Aix-la- Chapelle >•
Congrès ^ congrès, transfère d'abord à Cambrai, et Je là de Sobsoni. à Soissons < s'ouvrit dans cette dernière ville. On y 1 7 l8 - vit paraître les ambassadeurs de presque toutes les puissances de l'Europe ; et Ton espéroit , avec doutant . plus de raison , une heureuse issue du congrès , que la plupart des difficultés qui avoient embarrassé celui de Cambrai , se trouvoient aplanies par la paix de Vienne , et qu'il ne s'agissoit plus quexle terminer l'affaire de la succession de Parme et de Toscane. Cependant l'empereur ayant exigé qu'on adoptât la pragmatique sanction autrichienne pour base des arrangemens qui dévoient consolider la paix à Soissons, cet incident devint le sujet de nouvelles contestations. Le cardinal de Fleury , qui tenoit alors le rang de premier ministre en France , s'étant opposé , de toutes ses forces , à cette prétention de la cour de Vienne , l'empereur .se rendit, à son tour , difficile sur les objets qui dévoient se négocier à Soissons. C'est ce qui fit naître au cardinal l'idée de se rapprocher de la cour de Madrid , et d'cnîamer avec elle une négociation secrète , dans laquelle il trouva aussi moyen d'entraîner l'Angleterre.
Paix de Se ville. \\ cn résulta un traité de paix , d'union et d'alliance 9 aov. 1729. défensive , qui fut signé à Séville entre la France, l'Espagne et l'Angleterre. Ces puissances se chargèrent de la garantie de la succession de Parme et de Toscane en faveur de l'infant don Carlos; et, pour assurer PefFet de cette garantie , elles arrêtèrent de substituer six mille hommes de troupes espagnoles aux garnisons suisses crue la quadruple-alliance avoit désignées Les Hollandois accédèrent à ce traité > moyennant l'engagement que prirent les puissances contractantes • dé leur procurer une Entière satisfaction à l'égard de la compagnie d'Ostende.
' Dumont , I. VIII , part. Il , |>. I èG.
5» Dumomt, tom. VIII, pan. II , p.«g. i58j et les MJmoires de Wontgos 1. Vil. . *
L'empereur , à rexdusion duquel le traité de Sé ville a voit été consenti , fut au désespoir d'avoir manqué son principal but qui étoit l'adoption de la pragmatique sanction autrichienne. 11 étoit indigné de voir que les alliés de Séville prétendissent lui faire la loi touchant l'abolition de la compagnie d'Oslende , et l'introduction des troupes espagnoles en Italie. Ce prince, résolu de ne pas plier, rompit aussitôt toute relation avec la cour d'Espagne ; il en rappela son ambassadeur , et prit des mesures pour empêcher l'introduction des troupes espagnoles en Italie. Le dernier duc de Parme , Antoine Farnèse, étant, mort, il fit janvier 1731. prendre , par ses troupes , possession de ce duché.
Enfin , pour terminer tous les différens , le roi d'An- Traité devienne gleterre, de concert avec les Etats-Généraux , ouvrit de 1731. une négociation avec l'empereur, dont le résultat fut un traité d'alliance signé à Vienne, entre ce prince , iGmar» 1731. l'Angleterre et la Hollande. En vertu de ce traité , les trois puissances contractantes se garantirent mutuellement leurs états, possessions et droits; l'Angleterre et la Hollande se chargèrent, plus particulièrement, de la garantie de la pragmatique sanction autrichienne, et l'empereur , de son côté , consentit à l'introduction des troupes espagnoles dans les duchés d'Italie ainsi qu à la suppression de la compagnie d'Ostende ; il s'engagea même à ne jamais exercer le commerce des Pays- Bas aux Indes, ni par la compagnie d'Ostende, ni par aucune autre compagnie * .
A la suite de ce traité qui fut approuvé par les Etals d'Empire , l'infant don Carlos prit possession des duchés de Parme et de Plaisance ,t et le grand-duc de Toscane reconnut aussi ce prince pour son successeur. ' Ainsi se terminèrent les longues contestations sur la succession d'Espagne , après avoir agité , pendant trente ans , une grande partie de l'Europe.
Au milieu de ces contestations, il s'étoit élevé une Guerre avec le* guerre entre la Porte et la république-de Venise , dans Tmci.
1 Supplément <feDujto*T, t. II , pan. H, p. 28».
laquelle l'empereur Charles VI fut aussi impliqué. Les Turcs désirolent de reprendre la Morée qu'ils avoient été forcés d'abandonner aux Vénitiens par la paix de Carlowitz. Au lieu d'attaquer cette république pendant que l'empereur , occupé par la guerre de France, étoit hors d'état 'de la secourir , ils attendirent la conclusion des traités d'Utrecht, de Rastadt et de 7 déc. 1714. Bade , pour lui déclarer la guerre. Les prétextes dont la Porte' usa pour colorer cette rupture étoient extrêmement frivoles ; mais elle n'ignoroit pas que les Vénitiens , livrés à la plus parfaite sécurité , depuis la paix de Carlowitz , avoient négligé de relever les fortifications des places ruinées pendant la guerre , et qu'il lui seroit facile d'en entreprendre de nouveau la conquête.
En effet , le grand-vizir ne reconquit pas seulement la Morée pendant le cours de la campagne de 171 5 ; il dépouilla aussi les Vénitiens des places qu'ils tenoient encore dans l'île de Candie % et vint , au commencement de la campagne suivante , mettre le siège devant la ville de Corfou. L'empereur Charles VI , en sa qualité de garant de la paix da Carlowitz, crut alors de-? voir prendre -la défense de la république; il déclara la guerre à la Porte, et son exemple fut suivi par le pape et par le roi d'Espagne , qui joignirent leurs vaisseaux à ceux des Vénitiens. Les Turcs furent vaincus dans plusieurs combats maritimes , et forcés de lever le siège de Corfou, après y, avoir sacrifié beaucoup de monde. Campagnes Les campagnes de Hongrie de 17 1 6 et 1717, furent de Hongrie, très-glorieuses pour les armes de l'empereur. Une vie- 5 août 1716. toire brillante que le prince Eugène remporta sur le grand-vizir auprès de Peterwaradin , hn fàciKta le * moyen d'investirTemeswar.H emporta cette place après un siège de deux mois , et acheva ainsi la conquête de la Hongrie. Ce grand capitaine , pour couronner son 1717. ouvrage , entreprit ensuite le siège de la ville de Belgrade , regardée par les Turcs comme le principal boulevard de leur empire. Le grand- vizir marcha au secours de cet le place, a la têtè d'unearmée formidable. 11 s'établit devant Belgrade , et investit l'armée impé^
1715—1789. 107 riale par un demi-cercle qu'il forma autour d'elle , depuis le Danube jusqu'à la Save. Il ne resta alors d'autre parti à prendre au prince Eugène que de sortir de son camp pour attaquer les Turcs dans leurs retranchemens. Il s'y prit avec tant d'adresse, que, malgré la grande supériorité des Turcs , il les força dans leur 16 août 1717. camp et les mit dans une entière déroute 1 •
Cette victoire fut suivie de la reddition de Belgrade Paix et 4e plusieurs places sur la Save et sur le Danube, e a-sar0Wltt ' Elle fit désirer la paix à la Porte; et comme l'empereur, qui venoit d'être attaqué en Italie par les Espagnols, la désiroit également , ou accepta de part et d'autre la médiatioiyle l'Angleterre et de la Hollande.
Un congrès s'ouvrit à Passarowitz , petite ville de Servie , près de l'embouchure de la Morave dans le Danube. La paix y fut conclue entre les trois puis-* 1 juflltt i7 l8 sances belligérantes , sur la base de Vuti possicletis. L'empereur conserva Temeswar , Orsowa , Belgrade , avec la partie de la Walachie située en-decà de la rivière d Aluta , de même que la Servie , à'après une ligne déterminée par le traité ; et les deux rives de la Save, depuis la Urina jusqu'à l'Unna. Les Vénitiens restèrent dépouillés de la Morée ; mais ils conservèrent plusieurs places de lUerzegowine, de la Dalmatie et de l'Albanie , dont ils s'étoient emparés pendant la guerre. La Porte leur restitua l'île de Cérigo dans l'Archipel
Les succès que l'empereur Charles VI eut dans cette Diète de Prèsguerre , procurèrent de nouveaux avantages à sa mai- 1,01,1 6 1,€ '7 22, son de la part des Etats du royaume d'Hongrie. La diète de 1087, en accordant à l'empereur Léopoldl le droit d'hérédité au royaume d'Hongrie, a voit restreint cette prérogative aux seuls mâles de la maison
1 Histoire du prince Eugène, tom. V, Kv. XIV, pag. 162/ Mernoires du prince Eugène , écrits par lui-même, et publiés à Weimar en 1809 , p. i55 , où ce prince 6e fait le procès à lui-même sur la bataille de Belgrade, et Hayme , Abhandlung ûber die Kriegslunst der Tiirken , p. 385.
* Dumoht, Corps diph, t. VIII, part. I. p. 5o2et5a4. Hi$/« des traités de paix, refondue , vol. XIV.
«l'Autriche; et l'empereur Charles VI avoit reconnu; à son avènement au trône , le droit d'élection des Etats au cas qu'il vînt à mourir sans laisser de postérité mâle. Ce prince, voyant depuis qu'il ne lui restoit que des filles de son mariage avec Elisabeth , princesse de Brunswick , et désirant de leur assurer la succession au royaume d'Hongrie, de même que dans ses autres 1722. états , convoqua une diète à Presbôurg , et y engage» les états de ce royaume à étendre le droit de succession aux femmes dans l'ordre qu'il avoit établi par son règlement , conou sous le nom de pragmatique sanction autrichienne; et publié quelques années auparavant l . Révolution rie Une révolution arriva dans ]ç gouvernement de Suède de 171g. Suède, immédiatement après la mort deCharlesXH, et avant que la grande guerre du Nord ne fut entièrement terminée. Réduite à un véritable état de détresse par la folle ambition et l'inflexible opiniâtreté de ce prince y la Suède voyoit ses plus belles provinces occupées par l'ennemi , son commerce anéanti , ses armées et sefc flottes détruites. On attribuoit principalement ces désastres au pouvoir absolu et à l'abus que le roi Charles XII en avoit fait. Pour remédier à tant de maux, on crut devoir abolir un pouvoir devenu si nuisible à l'état. Charles n'ayant jamais été marié, le trône, selon le droit héréditaire , établi en Suède , passoit au fils laisse par la ducbesse de Holsteîn-Gottorp , sœur aînée de Charles ; mais le sénat de Suède préféra au prince de Gottorp la princesse Ulrique-Eléonore , sœur cadette du feu roi , moyennant la déclaration qu'elle fit de renoncer au pouvoir absolu, et de consentir à ne tenir la couronne que de la libre élection des Etats du royaume. Ces Etats , assemblés à Stockholm au commencement de l'année 17 iy > déclarèrent le trône vacant, et procédèrent ensuite à l'élection de la princesse* Avec son acte d'élection , on lui présenta une nouvelle forme de gouvernement et l'acte connu sous le nom
1 VVf.rbœcz , Corp.jur. Hung. Kemeny , dissertation sur ledroth de succession delà maison d'Autriche au royaume d'Hongrie.
d'assurance royale , qui limitoit de nouveau l'autorité royale. La princesse signa ces actes , et les Etats décla-21 fe'mtr 1719% rèrent traître à la- patrie quiconque tenteroit de rétablir le pouvoir absolu. Le gouvernement fut confié à la reine concurremment avec le sénat , et le pouvoir législatif demeura réservé aux Etats, convoqués régulièrement tous les trois ans. On laissa à la reine le droit de faire des ordonnances ; mais , pour avoir force de lois, elles dévoient être soumises à l'examen des Etats, sans ]e consentement desquels la guerre ne pourroit .pas être résolue. Quant aux délibérations du sénat , il fut arrêté qu'elles se feroient à la pluralité des suffrages; ' que la reine y aùroit deux voix , et de plus une voix Je prépondérance. Ainsi , le pouvoir principal passa entre les mains du sénat, dont les membres reprirent leur ancien titre de sénateurs du royaume , à la place de celui de conseillers du roi , qui leur avoit été attribué lors de la révolution de 1680,
La reine Ulrique-Eléonore céda depuis la couronne H ^"'f e#r |^f ^ au prince Frédéric de Hesse-Cassel , son époux. Les "sUde. 1 * Etats, en se prêtant à l'élection de ce prince , arrêté- 21 mare 1720. rent que la reine , au cas qu'elle vînt à survivre à son époux , rentreroit dans se/ droits et reprendrait la couronne,, sans qu'il fût besoin d'une nouvelle délibération des Etats. Le roi Frédéric, par V assurance royale et la forme du gouvernement qu'il signa, consentit à de 2 mai 1720. nouvelles modifications du pouvoir royal ,surtout en ce qui concerne la nomination aux places. Par ces différentes dispositions et les changemens qui eurent encore lieu dans la suite , le pouvoir des rais de Suède fut insensiblement réduit à fort peu de chose. Il étoit d'autant plus facile d'empiéter sur ce pouvoir, que, par un vice radical de la nouvelle forme de gouvernement, le rai n'avoit aucun moyen constitutionnel pour conserver le peu d'autorité qu'on lui avoit laissé 1 .
1 Voyjcz, sur celte révolution, Eigentliche Staatsverfassunsr des Reiches Schuteden unter seiner gesettmœssisrn Freiheît* Siraliund uod Greifcwalil 1758. Des schtvedischen Jteichs Qrujidçtsetzâ , von Dahnert.
de^Poul°ne La mort d'Auguste II, roi de Pologne, occasion* i«' février 1733. ^ e nouveaux troubles qui, du nord de l'Europe, s'étendirent dans' le midi , et entraînèrent de grands changemens en Italie. Louis XV crut devoir saisir cet événement pour faire remonter sur le trône de Pologne Stanislas Leçzinsky, son beau-père, ancien protégé da roi Charles XII. Le primat et la plus grande partie de la noblesse de Pologne étant portés pour ce prince, son 12 ■ept. 1733. élection eut lieu*
Avènement Anne Iwanowna, fille cadette d'Iwan, frère aîné de de l'impératrice Pierre-le-Grand, duchesse- douairière de Courlande, Anne# venoit de monter sur le trône de Russie , où elle rem- 20 janvier 1730. plaça l'empereur Pierre II Alexiéwitsch , mort à la fleur de son âge sans laisser de postérité. Les grands, en déférant à Anne la couronne , avoient limité son pouvoir par une capitulation qu'ils lui firent signer à Mi tau, mais qu'elle prit le parti d'annuler immédiatement après son arrivée à Moscou L'électeur Cette princesse craignant l'influence de la France de f^J* en Pologne, dans le cas d'une guerre entre la Russie ceai^r et la Porte, accorda sa protection pour le trône de Pologne à Auguste III , électeur de Saxe , fils du feu roi. Une partie de la noblesse polonoise , retirée du champ d'élection et soutenue d'une armée russe , élut 5 octobre 1733. en effet ce prince qu'elle opposa à Stanislas, le protégé de la France.
Les Russes, réunis alors aux troupes saxonnes, s'emparèrent de Varsovie , et forcèrent le roi Stanislas à se retirer à Dantzick. Il fut assiégé par une armée russe sous les ordres du feld-maréchal Mùnnich , et réduit à chercher son salut dans la fuite. Guerre Louis XV , voulant venger l'injure faite à son beaude Pologne. p ere ^ et ne p 0Uvan t p as attaquer la Russie , prit le
parti de déclarer la guerre à l'empereur , sur le fondement que ce prince avoit fait marcher une armée sur la frontière de la Pologne pour protéger l'élection du prince saxdn.
* Mémoires de MavstSiv , p. 34 et suiv. :
iyi5 — 1789» 111
L'Espagne et le roi de Sardaîgne embrassèrent la cause de Stanislas , qui leur sembloit être celle de tous les rois , au lieu que l'empereur se vit abandonné de l'Angleterre et delà Hollande , dont il croyoit pouvoir réclamer les secours en vertu de la garantie que le traité d'alliance de Vienne avoit stipulée en sa faveur. Ces puissances jugèrent convenable à leurs intérêts de garder la neutralité dans cette guerre, sur l'assurance que la France donna aux Etats-Généraux de ne point en porter le théâtre dans les Pays-Bas autrichiens.
Les François commencèrent les hostilités par Poe- Campagne* cupation de la Lorraine , dont le souverain François- du ™ lin * Etienne > fils du duc Léopold, devoit épouser Marie- Thérèse , fille aînée de 1 emnereur Charles VI. Ce fut le comte de Bdle-Isle qui prit possession de ce duché» octobre 1733. Dans le même temps , le maréchal de Berwick passa le Rhin à la tète d'une armée Françoise , et se rendit maître du fort de Kehl. En attaquant ainsi une forteresse de l'Empire , la France facilita à l'empereur les moyens d'entraîner le corps germanique dans sa querelle. En effet , l'Empire déclara la guerre à la France février 17M. et à ses alliés, ce qui engagea les François à occuper plusieurs places sur la Moselle , et à faire la conquête de la forteresse de Philipsbourg , au siège de laquelle le 12 juin 1734. maréchal de Berwick tut tué.
Le théâtre principal de la guerre s'établit en Italie , Campagne» où les campagnes de 1734 et de 1755 furent très-glo- dluhe. rieuses pour les alliés : à la suite de deux victoires qu'ils gagnèrent sur les impériaux, près de Parme et 29 juin 1734. près de Guastalla , ils se rendirent maîtres de toute la 19 sept. 1734. Lombardie autrichienne, à l'exception delà seule place de Mantoue, dont ils. formèrent le blocus. Une armée espagnole, commandée par le duc de Montemar, accompagné de Pinfànt don Carlos , dirigea sa marche sur Naples. Cette capitale ouvrit ses portes au prince mai* 1734. espagnol. La victoire que les Espagnol^ remportèrent, àBitonto, sur les impériaux, décida «du sort du 26 mai 1734. royawne de Naples. L infant , après en avoir fait la conquête, passa dans la Sicile 5 il soumit pareillement
il 2 période: viii.
cette île , et se fit couronner roi des Deux-Siciles. à 5 juillet 1735. Palerme.
Première app«- L 'empereur , accablé de tous ces revers , et Lors ^'j^^^^'dV'Ut de frire face aux puissances liguées contre lui, sollicita vivement le secours de la Russie. L'impératrice Anne, qui voyoit la guerre terminée en Pologue, et le roi Auguste en possession tranquille du trône, fit marcher, en Allemagne, au commencement du printemps de Tannée i?35, un corps auxiliaire de dix mille Russes, sous la conduite du général comte de Lacy 1 . Ce corps , le premier de cette nation qui parut dans ces contrées , joignit, sur le Rhin , l'armée impériale que commandoit le prince Eugène. Ce prince ne réussit cependant pas dans son dessein de transporter le théâtre de la guerre dans la Lorraine".
t V»\x île vienne Ce fut dans ces circonstances que les cours mande 1738. times interposèrent leurs bons offices pour rétablir la paix entre l'empereur et les puissances liguées contre lui. Le cardinal de Fleury s'étant aperçu que cette médiation déplaisoit à la cour impériale , prit lu parti d'entamer avec cette cour une négociation se- 5 octobre 1735. crête, dont le résultat fut le traité des préliminaires.
Il fallut- néanmoins encore bien des négociations pour en venir à la conclusion de la paix définitive , qui 11e fut signée à Vienne que le b" novembre 1738, entre la France, l'empereur et l'Empire l .
ClAu»es ^ • Pour base de ce traité , on admit les traités antétleceiraué. ^eurs de Westphalie, de Nimègue, de Ryswick, d'Utrecht et de la quadruple-alliance. Stanislas y renonça au trône de Pologne , et n'en conserva que le titre sa vie durante. On lui accorda en dédommagement les duchés de Lorraine et de Bar 2 , à condition que ces duchés passeroient, à sa mort, en pleine souveraineté à la France. Le seul comté de Falkenstein , avec ses appartenances et dépendances, fut réservé à François , duc de Lorraine. En échange du
» Mémoires du général de M axsteix , p. 1 10. a Wbxck , Codex juris gentium recentissimi , 1. 1 , p.. 88$ que Y Histoire des traités de paix , refondue ,t.H, p. 246.
duché qu'il abdiquoit , ce prince reçut le grand-duché* de Toscane , dont le dernier possesseur de la maison de Médicis , Jean-Gaston , venoit de mourir sans laisser de postérité ». Le royaume des Deux-Siciles , avec les 8 juillet 1737. ports de Toscane , fut assuré à don Carlos et à ses descendans mâles et femelles , pour passer , à leur défaut, aux frères puînés de ce prince et à leurs descendans. De son côté , don Carlos céda à l'empereur les duchés de Parme et de Plaisance , et renonça aussi aux droits que les traités antérieurs lui avoient accordés sur le grand- duché de Toscane. On rendit à l'empereur tout ce qu'on lui a voit enlevé dans le Milanois et dans le Mantouan , à la réserve du Novarois et du Tortonnois, qu'il fut obligé de céder à Charles-Emma-' nuel III, roi de Sardaigne, avec les quatre terres de San-Fidélé, Torre di Forti, Gravedo et Campo- Maggiore, ainsi que la supériorité territoriale des fiefe appelés vulgairement les Langhes . pour tenir le tout à titre de fiefs impériaux et mâles. Enfin la France se chargea . dans la forme la plus authentique, de la garantie de la pragmatique sanction de l'empereur 2.
Les rois d'Espagne et de Sardaigne notaient pas satisfaits des conditions de ce traité. Le premier auroit voulu conserver le grand-duché de Toscane avec les duchés de Parme et de Plaisance ; et l'autre s'étoit flatté d'obtenir un partage plus étendu dans la Lom hardie. Aussi ces princes tardèrent-ils long- temps à admettre les articles convenus entre la France et la 1 cour de Vienne ; ils n'y consentirent que dans le cours de l'année 1739.
Pendant que les troubles pour la succession de Po* Guerre dr. logne occupoient une grande partie de l'Europe, il «>nir« s éleva entre les Turcs et les Russes une guerre dans laquelle l'Autriche fut aussi impliquée. L'impératrice de Russie , Aime Ivvanowna , désirant de reprendre
1 Ce prince prit possession du duché de Lorraine en 1737 t et le gouverna jusqu'à sa mort, arrivée en 1766 , où ce duché fut réuhi à li France.
5 Art. 10 du traité de Vienne.