II
tl't PÉRIODE VII I.
Azow et de réparer l'échec que Pierre- le- Grand avoit essuyé dans sa malheureuse campagne du Pruth, crut devoir profiter de la guerre qui subsistait entre les Tuics et les Persans , pour former une alliance avec Thamas Kouli Khan, tameux conquérant de l'Orient, qui venoit de renverser l'ancienne dynastie des sofis de Perse. Les incursions que les Tatars de la Crimée a voient faites, en différens temps, dans les provinces russes , sans que la Porte se fût mise en devoir de les réprimer > servirent de motif à l'impératrice pour or- 1735. / donner une expédition contre les Tatars, et pour déclarer, bientôt après, la guerre à la Porte. Ce fut pendant le cours de la campagne de i?36 , que le comte de Lacy se rendit maître d* Azow , et que le maréchal Mùnnich # après avoir forcé les lignes de Pérécop, pénétra dans Pintérieur de la Crimée ; mais ce général ayant , dans cette expédition , perdu beaucoup de inonde par la faim et par les maladies , il ne lui fut pas possible de se maintenir dans la péninsule. L'empereur L'empereur se présenta d'abord comme médiateur
y prend part. enlre les
puissances belligérantes. On ouvrit à Niemi- 1737. row > en Pologne , des conférences qui furent infructueuses. Les Russes , qui venoient cle prendre Oczacow, enhardis par leurs succès, désiroient la continuation de la guerre; et l'empereur, sans avoir égard aù mauvais état de ses forces militaires et à la perte
ai ami 1736. qu'il venoit de faire du célèbre prince Eugène , comptoit partager les conquêtes des Russes. Il quitta donc le rôle de médiateur , pour agir offensivement contre les Turcs ; mais il eut bientôt lieu de se repentir de sa démarche. Animés par le fameux comte de Bonne val, les Turcs remportèrent des avantages considérables sur les Autrichiens ; ils les délogèrent y pendant les campagnes de 1737 et 1758 , de la Walachie et de la Servie , reprirent Orsowa , et vinrent , en 1769 , mettre le siège devant la ville de Belgrade.
La cour de Vienne consternée eut recours à la mé-
de Belgrade. dial ; on iç M# j e Villeneuve, ambassadeur de France
à Constantinople, pour traiter de sa paix avec la Porte;
le comte de Neipperg , envoyé par l'empereur au camp môme des Turcs devant Belgrade, y signa, avec un 18 sept. t;3(j. peu trop de prëcipitation , la paix sous des conditions très-désavantageuses à PAutriche;et l'impératrice Anne, qui avoit conféré ses pleins pouvoirs à l'ambassadeur françois , consentit aussi à un traité peu favorable à la Russie 1 , malgré la victoire brillante que' le maréchal Mùnuich remporta, sur les Turcs, aux environs de 28 *<> u ' 17591 Choczim , laquelle fut suivie de la prise de cette place et de la conquête de la Moldavie par les Russes. * L'empereur céda , par cette paix, à la Porte, Bel- . Clame»
1 A , r\ r i r c • ^1 \kt 1 i « de < e traite*
grade, oabacz, Ursowa, avec la bervie et Ja Walaclne autrichienne. Le Danube , la Save et l'Un n a furent établis de nouveau pour limites entre les deux empires, et ^Autriche ne conserva , des cessions qui lui avoient été faites par la paix de Passarowitz , que le seul bannat de Temeswar. On accorda cependant aux marchands autrichiens l'entrée et la sortie libre des royaumes et provinces de l'empire ottoman, tant par terre que par mer , sur leurs «propres vaisseaux , avec pavillon et lettres-patentes de l'empereur > à condition qu'ils paieroientles droits accoutumés.
La Russie rendit toutes ses conquêtes , entre autres Choczim et la Moldavie. On régla, par différentes conventions particulières , les limites entre les deux empires. La forteresse d'Âzow fut démolie , et il fut convenu que la Russie ne pourroit construire de nouvelle forteresse qu'à trente werstes au-delà de cette place , et la Porte , à trente vrerstes en-deçà du côté du Kuban. Il fut même interdit à la Russie d'avoir et de construire des flottes ou d'autres navires , ni sur la mer de Zabacbe ni sur la mer Noire. Les Cosaques Zaporogues restèrent sous la domination de la Russie , qui obtint aussi de la Porte la reconnoissance du titre impérial
1 Le traite de paix entiela Russie et la Porte fut signé au camp de Rcl^rade le 18 septembre 1769, il fut ratifié par l'impératrice à Saint- Pétersbourg le 16 octobre suivant.
* Wehck , t. T , p. 3 16 et suiv# j Hist. de la paix de Belgrade \£*ï
Succession J' Autriche.
La paix entre la Russie et la Porte fut déclarée perpétuelle ; mais on limita à vingt-sept ans celle entre l'Autriche et la Porte. Cette dernière fut renouvelée sous l'impératrice Marie-Thérèse , et rendue pareillement perpétuelle , par une convention que cette princesse conclut avec la Porte le 25 mai 1 7*7.
La succession de l'empereur Charles VI, dernier mâle de la maison de Habsbourg - Autriche , mort le 20 octobre iy4o , éleva une nouvelle guerre générale en Europe. Ce prince avoit publié, dès l'année 1713 , un règlement de succession 1 connu sous le nom de pragmatique sanction , qui portoit qu'au défaut des mâles de sa lignée , ses filles lui succéderaient préférablement à celles de l'empereur Joseph I, son frère , et que la succession des filles se régleroit conformément à l'ordre de primogéniture , de manière que sa fille aînée fût préférée à la cadette , et qu'elle héritât seule de tous ses états. Il eut grand soin de faire approuver ce règlement par les différens états des pays héréditaires d'Autriche , de même que par les filles de l'empereur Joseph I , son frère , et par les époux de ces princesses , les électeurs de Saxe et de Bavière 2 . Il obtint aussi , peu à peu , la garantie de toutes les principales puissances de l'Europe. Mais si la politique extérieure de ce prince fut très-aetive pour assurer les droits de Marie-Thérèse, sa fille aînée , il négligea les mesures qui auroient dû fixer préférablement son attention. Le mauvais-état où il laissa, à sa mort, ses finances et son armée , encouragea une foule de prétendans à se mettre sur les rangs pour disputer la succession à cette princesse.
LàugtBR; l'ouvrage de M. le comte de Neipperg, peitt-fits du négociateur sur cette même négociation, écrit eu allemand; et JJist, des traités de paix , refondue par Schœll , tom. XIV, pag. 365. Quant à l'histoire de la guerre qui précéda les traités de Belgrade , on peut consulter , outre les Mémoires du général Manstein , les Mémoires secrets de la guerre de Hongrie , par le comte du Schmettau , et YJIist. de la guerre des Russes et des Impériaux contre les Turcs, par M. de Keralio. ■
» Voyez les Recès de l'Empire 1 1. J V* , p. 587.
* Voyez Déduction bavaroise, imprimée à Munich en 1741 ; et Rousset, Actes et Mémoires , t, XIV et XV.
Le principal de ces prétendans fut l'électeur de P«étendansà Bavière , qui , comme descendant d'Anne d* Autriche , çolle • ucce •• IO,, • fille de l'empereur Ferdinand I, faisoit valoir les droits de la première fille contre la dernière, en s 'appuyant du contrat de mariage de cette princesse avec Albert Y x duc de Bavière, ainsi que du testament de l'empereur Ferdinand I er .
L'électeur de Saxe , roi de Pologne , quoiqu'il eût approuvé la pragmatique sanction autrichienne , ré-? clama la succession en qualité d'époux de l'aînée des princesses Joséphines , et en vertu d'une convention passée entre les deux frères Joseph I et Charles VI , l 7 a5 » qui portoit que les filles de Joseph seroient , dans tous les cas possibles , préférées aux filles de Charles ».
Le roi d'Espagne Philippe V prétendit aux royaumes de Bohême et de Hongrie. Il dérivoit ses droits d'un pacte conclu entre Philippe III , roi d'Espagne, et Fer- 1 6 1 7ainand d'Autriche *, qui fut depuis empereur sous le nom de Ferdinand II, d'après lequel ces royaumes dévoient passer aux descendons de Philippe III , au cas que la postérité mâle de Ferdinand vînt 4 manquer 2 . One guerre s'étoit élevée entre l'Espagne et l'Angleterre au sujet du commerce clandestin que faisoient les Anglois dans l'Amérique espagnole , à la faveur du contrat de PAssiento 3 . Philippe V crut devoir profiter des différends relatifs à la succession d'Autriche, soit pour attirer la France dans son alliance contre l'Angleterre , soit pour ménager à l'infant don Philippe, son fils , un établissement en Italie , aux dépens de la fille de Fempereur Charles VI.
Frédéric II , roi de Prusse, qui venoit de succéder à son père Frédéric-Guillaume I , jugea le moment
1 Rousset, t. XVI, p. 447.
* Ibid. t. XV, 6.
3 Une convention, conclue, le i4 janvier 1759, entre les deux cours au Pardo, devoit servir à terminer tous les différends; mais cette convention ayant déplu aux Anglois, «le nouvelles voies de Tait, exercées de leur part, rallumèrent, cette même année, la .guerre. Voyez la Convention du Pardo dans le recueil de Wenck , 1.1, p. 293.
Il8 PJ&RIODB VIII.
favorable pour donner de la considération à sa monarchie , en profitant de l'armée et des trésors que son père lui avoit laissés. Dans ce but il fit revivre certaines prétentions de sa maison sur plusieurs duebés et principautés de Silésie , dont il soutenoit que ses ancêtres avoient été injustement dépouillés par 1' Autriche >. Enfin le roi de Sardaigne se prévalut du contrat de mariage de son trisaïeul, Charles Emmanuel , duc de Savoie , avec une fille de Philippe II, roi d'Espagne, pour réclamer la totalité du duché de Milan 2 . Lu i Fi-ancç »l!itf'c La cour de France voulant profiter de ces circonsa a Vi lc ' tances pour abaisser l'Autriche , son ancienne rivale, entama une négociation avec l'électeur de Bavière , et prit l'engagement envers ce prince de lui procurer la couronne impériale avec une partie des domaines dont elle dépouilleroit l'Autriche. Il fut conclu entre la 1741. France , l'Espagne et l'électeur de Bavière , une alliance offensive à laquelle accédèrent les rois de Prusse , de Pologne, de Sardaigne et des Deux-Siciles ; et, pour empêcher que la Bussie ne donnât des secours à Marie- Thérèse , on disposa la Suède à déclarer la guerre à cette puissance. La cour de Vienne s'étant plainte de ces résolutions du cabinet de Versailles, diamétralement opposées aux conditions du dernier traijf? de paix de Vienne , le cardinal de Fleury , que la cabale de MM. de Belle-Isle avoit entraîné dans cette guerre, allégua, pour sa justification, que la garantie delà pragmatique sanction, dont la France s'étoit chargée par ce traité , présupposoit la clause : Sine prœjudicio tertii , c'est-à-dire que la France n'avoit pas entendu porter préjudice, par sa garantie , aux justes prétentions de l'électeur de Bavière.
Guerre Le pj us actif des ennemis de Marie-Thérèse fut le «le &ucce&6jou. ro « ^ G Prusse , qui entra dans la Silésie dès le mois de décembre 1740. Pendant qu'il étoit occupé à en faire la conquête , l'électeur de Bavière , soutenu d'une armée auxiliaire françoise, s'empara de la Haule-Aur
» Rchjssf.t, l. XV, f. 168.
, - Idem, t. XV! , p. 55o.
1713 — 1789. Jti.9 triche ; mais , au lieu de marcher directement sur Vienne , il se détourna vers la Bohême dont il entreprit la conquête. La diète électorale, assemblée, sur ces entrefaites , à Francfort , déféra la dignité impé^ *4 janvier 1742». riale à ce prince qui prit, à son avènement, le nom de Charles VIL
Rien ne semblait alors s'opposer au déniembremeitf de la monarchie autrichienne , tel qu'il éloit projeté par les puissances alliées. L'électeur de Bavière devoit avoir la Bohême, la Haute-Autriche, le Tirol et les pays antérieurs d'Autriche; 1 électeur dè Saxe la Moravie avec la Haute-Silésie , et le roi de Prusse le reste de la Silésie. Quant à la Lombardie autrichienne, elle étoit destinée à don Philippe, infant d'Espagne. On nclaissoit à la reine que le royaume d'Hongrie avec la Basse-Autriche , les duchés de Carinthie , de Stirie , de Carniole et les provinces Bclgiques.
Dans un danger si imminent, cette prineesse montra un courage au-dessus de son âge et de son sexe» Secondée par des subsides d'argent que les Anglois et les Hollandois lui fournirent , et par les géuéreux efforts que la nation hongroise fit en sa laveur, elle réussit à conjurer l'orage , à repousser vigoureusement l'ennemi, et à dissoudre la grande ligue qui s'étoit élevée contre elle. *.
Le roi de Prusse , à la suite de deux victoires , rcm-Taix de Breilau
rrtées à Molwitz et à Czaslau * , étoit parvenu à faire el de Berliu conquête de la Silésie , de la Moravie et d'une prtie de la Bohême. Il importait à la reine de se débarrasser d'un ennemi redoutable. Le roi de la Grande-Bretagne ayant interposé sa médiation , des préliminaires 11 juin 174a. furent signés à Breslau , et la paix définitive fut arrêtée ii Berlin. La reine céda , parce traité , au roi de Prusse 28 juillet 174a. la Silésie et le comté de Glatz , à l'exception de la principauté de Teschen et d'une partie des principautés de Troppau , de Jaegerndorf et de Neisse 2 . L'exemple
La bataille de Molwitz eut lieu le 10 avril 17 il , et celle de Czaslau le 17 mai 1742.
1 Wesck , Cod.juris gentium , ». 1 , p. 734. v
l'jo praooDE vin.
du roi de Finisse fut suivi de près par le roi de Pologne, électeur de Saxe. Ce prince , alarmé de l'accroissement subit de la puissance prussienne, non- seulement accéda au traité de paix de Berlin , mais prit même le parti de former une alliance avec la reine contre le roi de Prusse.
Traite dcTurio. ^ r0 * de Sardaigne, qui craignoit la prépondérance des Bourbons en Italie, abandonna pareillement la grande alliance, et se lia d'intérêts avec la reine, par
i er fivricri742. une convention qui fut signée à Turin l . Les François et les Espagnols ayant alors tourné leurs armes contre ce prince, et le roi des Deux-Siciles ayant réuni ses troupes à celles des Espagnols , une escadre angloise se présenta devant Naples , menaça la ville de born*bardement , et força le roi à rappeîer ses troupes de la Lombardie , et à embrasser la neutralité.
Armée Ce service ne fut pas le seul que George II crut de-
pragmatique. yo j r ren( J re £ ] a remtJ . En sa qualité de garant de la
1745. pragmatique sanclion , il amena à son secours une armée composée d'Anglois, d'Hanovriens et de Hessois. Cette armée , connue sous le nom de pragmatique t 27 juiu 1743. combattit avec avantage les François à Dettingen ;
elle fut renforcée depuis par un corps de troupes que les Etats-Généraux envoyèrent pour satisfaire aux engagemens que* conjointement avec l'Angleterre, ils avoient contractés envers la cour de Vienne.
Traita Enfin ce prince, pour attacher plus étroitement le
de Worm«. r0 * j e Sardaîgoe aux intérêts de l'Autriche , ménagea i3fept. 1743. le traité de Worms 2 , par lequel la reine céda au roi de Sardaigne le Pavesan, entre le Pô et le Tessin, une partie du duché de Plaisance et du pays d'Anghiera , avec les droits qu'elle prétendoit avoir sur le marquisat de Final. Le roi, de son côté, abandonna ses prétention^ sur le Milanois , et prit l'engagement d'entretenir une armée de quarante cinq-mille hommes pour le service
» Roosset, t XVIII, p. 85.
» Rousset, t. XVIJI , p. 91 , Wenck, Cod. jur. gent. } lom. I,
i;i5 — 1789. iai
Je 1 a reine , moyennant des subsides que l'Angleterre promit de lui payer.
On vit alors changer la face des affaires. La reine reconquit l'Autriche et la Bohême ; elle fit sortir les François de la Bavière t et les repoussa même au-delà du Rhin. L'empereur Charles VII fut forcé de transporter sa résidence de Munich à Francfort sur le Mein.
Déterminée par ces événemens, la France qui n'a- T a ™j?J^™ voit agi jusqu'alors que comme alliée de l'électeur de Bavière, résolut de déclarer formellement la guerre à i5 mars 1744. la reine et au roi de la Grande-Bretagne. Le roi des Deux-Siciles rompit la neutralité , et joignit de nou- 26 avril 1744. veau ses troupes à l'armée espagnole , destinée à agir en Italie contre la reine et son allié , le roi de Sardaigne. La guerre prit une nouvelle vigueur. Louis XV attaqua en personne les Pays-Bas autrichiens, et négocia à Francfort , un traité d'union entre l'empereur et quel- 22 mai 1744. mies principaux états d'Empire, tels que le roi de Prusse, comme électeur de Brandebourg, l'électeur Palatin et le roi de Suède, comme landgrave de Hesse. Ce traité portoit que les princes unis joindroient leurs forces pour contraindre la reine à reconnoître l'empereur Charles VU, et pour rétablir ce prince dans ses pays héréditaires ».
Ce fut à la suite de ce traité que le roi de Prusse Le roi de Prusse recommença la euerre, et qu'il fit une invasion dans recommencc,a
1 t» -i * ^ cuerre.
la Bohême. Le prince Charles de Lorraine, qui avoit aoûi 1744. envahi T Alsace à la tête d'une armée autrichienne, fut forcé de repasser le Rhin pour marcher au secours de ce royaume. Les François rentrèrent en Allemagne : et, pendant que Louis XV assiégeoit Fribourg enBrisgau, le général Seckendorf , qui commandoit l'armée impé-
1 Wekck, t. If, p. i63. L'acte d'accession de la France est «lu 6 j«»io 1744 Voyez mon Recueil des traités, t. I , p. 3g. Cette puissance ncrrfda pareillement au traite' que l'empereur Charles VII conclut, le 24 juillet suivant, avec le roi de Prusse, et par lequel ce dernier se chargea de la conquête de la Bohême , moyennant la rp *«ion que lui faisoil l'empereur de quelques cercles de ce royaume , n de wr droits sur le ivstc de la Sile'sic autrichienne. Voyez mon Recueil des traités, t. J , p. 4of> et tuiv.
123 PJÊRIODE VIII.
riale, reconquit la Bavière; Charles VII, rétabli dans ses états, retourna à Munich.
Paix de Fuetsen. Un événement imprévu, arrivé sur ces entrefaites, entraîna un nouveau changement dans l'état des affaires.
30 janvier 1745. L'empereur, à peine âgé de quarante-sept ans , mourut, et Maximilien-Joseph , son fils , n'eut rien de plus pressé que de faire son accommodement avec la reine. Par le traité de paix particulier qu'il conclut avec elle à 22 avril 1745. Fuessen ,il renonça aux prétentions que son père avoit fait valoir sur la succession de l'empereur Charles VI; - il signa de nouveau la pragmatique sanction , content d'être maintenu dans la possession de ses états paternels 1 .
Les François firent de vains efforts pour empêcher l'élection au trône impérial du grand-duc de Toscane, que Marie-Thérèse, son épouse, s'étoit associé au gouvernement de ses états héréditaires. Ce prince fut i3aept. 1745. élu à Francfort, sous la protection de l'armée autrichienne réunie à l'armée pragmatique.
Traite* |J ne alliance avoit été signée à Varsovie 2 , entre Ma-
SjanvfcTiyS. rie-Thérèse, Auguste III , roi de Pologne, comme " électeur de Saxe, l'Angleterre et la Hollande; le roiélecteur s'étoit engagé à faire marcher au secours de la reine une armée de trente mille hommes, au moyen des subsides que l'Angleterre et la Hollande promirent de lui payer. Cette armée r réunie à l'armée autri- ' chienne, s'étant avancée dans la Silésie, y essuya,
4 juin 1745. auprès de Hohenfriedberg , une entière défaite. Le roi de Prusse, vainqueur, rentra dans la Bohême, et y 5o *ept. 17 *5. défit une seconde fois les alliés auprès de Sorr, dans le cercle de Kœniggrœlz. Il attaqua alors la Saxe, afin de forcer la reine à la paix, en accablant l'électeur, son i5 dec. 1745. allié. La victoire qu il remporta sur les Saxons à Kesselsdorf, le rendit maître de Dresde et de tout l'électoral qu'il mit à contribution.
Paix de Dresde. Ces succès accélérèrent la paix entre le roi de Prusse,
' Wenck , t. II , p. 180.
* Wemck j t. II , p. 171.
i^i5 — 1789» 1^3 la reine et l'électeur de Saxe. Elle fut signée à Dresde , 25 déc 174b. sous la médiation du roi de la Grande-Bretagne. Le roi de Prusse rendit à l'électeur tous ses états , moyennant un million d'écus d'Empire, dont l'électeur lui assura le paiement. La reine renonça de nouveau à la Silésie et au comté de Glatz ; et le roi , en sa qualité d'électeur de Brandebourg , adhéra à l'élection de François I au trône de l'Empire. Le roi d'Angleterre se constitua garant de la cession de la Silésie et du comté de Glatz envers le roi de Prusse , et promit d'engager les Hollandois et les Etats d'Empire à se charger de la môme garantie 1 ,
Les traités de Fuessen et de Dresde rendirent la Continuation tranquillité à l'Empire , mais la guerre fut continuée dc la fi uerre dans lès-Pays-Bas, en Italie et dans les deux Indes. Les François se signalèrent dans les Pays-Bas, sous la conduite du maréchal de Saxe, Les victoires qu'ils remportèrent sur les alliés à Fontenoy et a Raucoux, u nnû 17^ sous la conduite du maréchal de Saxe, leur valurent llocUl 7* 6 « la conquête des Pays-Bas autrichiens, à l'exception des villes et forteresses de Luxembourg , de Limbourg et de Gueldre.
Charles-Edouard, fils du prétendant d'Angleterre, Expédition encouragé et "secondé par la cour cfe France, fit une Ju p |yteutlant « descente en Ecosse. A l'aide des nombreux partisans août 1745. qu'il trouva dans ce royaume , il réussît à faire proclamer son père à Perth et à Edimbourg, et prit lui- x mênfW la qualité de prince de Galles et de régent des trois royaumes. Une victoire qu'il gagna près de Preston-Puns sur les troupes du roi d'Angleterre , acheva de le rendre maître de l'Ecosse. Il fit ensuite une invasion en Angleterre, pritCarlile, pénétra jusqu'à Derby, et jeta la consternation dans Londres. George II fut forcé de rappeler des Pays-Bas le duc de Cumberland , son fils , avec des troupes. Ce prince repoussa le prétendant , reprit Carlile, et rendit la tranquillité à l'E-
' Voyez ce traite dans VVenck , t. II, p. 191 , Kj4et2o7$ et dans Roussit, t. XIX, p. 4i5 et 43o.
l'A PERIODE vin.
27 avril 1746. cosse par la défaite des insurgés , auprès de Culloden , dans l'Ecosse septentrionale. Charles-Edouard fut alors réduit à se cacher dans les montagnes jusqu'au mois d'octobre suivant, où il trouva moyen de s'embarquer et de repasser eu France.
Campagne La campagne d'Italie de l'année 1745 fut glorieuse d Julie. p 0UP J es François et leurs alliés, les Espagnols. La république de Gênes, offensée de la clause du traité de Worms, qui lui enlevoit le marquisat de Final 1 , embrassa le parti des deux couronnes , et facilita la jonction de l'armée françoise des Alpes à celle de Lombardie. Une suite de cette jonction fut la conquête du Piémont, de même que celle de la Lombardie autrichienne , à la réserve des villes de Turin et de Manlouc, dont les alliés formèrent le blocus.
Cependant le sort des armes changea de nouveau en Italie, dès l'ouverture de la campagne suivante. La reine Marie-Thérèse , débarrassée de la guerre. avec la Prusse, envoya dans la Lombardie des renforts considérables qui assurèrent à ses armées la supériorité sur celles des alliés. Les François et les Espagnols, dé-
1 Ce marquisat, ancien domaine de la maison de Caretto , passa , sur ta fin du seizième sièele , entre les mains des Espagnols , qui l'incorporèrent au duché de Milan. Les Impériaux en prirent possession , après l'évacuation de l'Italie par les François , en 1707. L'empereur Charles VI vendit, en 1710, ce marquisat à la république de Gênes pour un million deux cent mille piastres. Voyez Lunig, Cod. Ital. dipl. , t. I , p. 2573. La république paya Je prix stipulé , et lut investie du marquisat comme d'un fief iele#m de l'Lmpire. L'article 4 du traité de la quadrupfe-alliance de 1718, et l'article 5 du traité de Vienne de 1726, lui en confirmèrent la possession. Cependant la reine Marie-Thérèse ne balauça pas de céder au roi de Sardaiguc , par l'article 10 du traité de Worms de 1743 , tous les dioits qu'elle pouvoit avoir à ce marquisat, sur l'unique fondement qu'il impor^oit à la liberté et à la sûreté de l'Italie de ménager à ce prince une communication immédiate par nier avec les puissances maritimes. La république protesta contre cette cession qui lésoit ses droits, et soutint hautement que la reine n'avoitaucuu titre à ce marquisat. Elle entra dans l'alliance des rois de France, d'Espagne et de Naples , par un traité qui fut sigué à Aranjuez le i<>r mai 1745, et qui stipula de grands avantages en faveur delà république. Voyez les actes y relatifs daus mon Recueil des traités t. J , p. 4o5 et Buiv.
17 i3 — 1789- î2j pouillés successivement de toutes leurs conquêtes , essuyèrent à Plaisance, une grande défaite qui les obligea iG juin 1746. de battre en retraite. Pour comble de disgrâce , le nouveau roi d'Espagne • Ferdinand VI , qui venoit de succéder à son père Philippe V , mécontent de la cour de France et peu favorablement disposé" pour l'inf mt don Philippe, son frère, rappela ses troupes de l'Italie, fl ne resta alors d'autre parti à prendre aux François que de suivre les Espagnols dans leur retraite. L'Italie fut abandonnée aux Autrichiens , et les troupes françaises rentrèrent dans la Provence. Tout l'état de ôènes tomba , avec sa capitale , au pouvoir des Autrichiens et de leurs alliés. Le roi de Sardaigne prit , pour lui , possession de Final, de Savone et de la partie occidentale du territoire de la république. Les Autrichiens, réunis aux Piémontois, firent même une invasion dans la Provence, et entreprirent le siège cVAntibes.
Un événement extraordinaire opéra une utile diver- j e ç^' 00 sion en faveur de la France, et força les Autrichiens et les Piémontois à repasser les Alpes. Les Génois , maltraités par les Autrichiens , qui les aecabloient de contributions et qui vivoient à discrétion à Gênes , se soulevèrent tout- à -coup contre leurs nouveaux maîtres. Les insurgés , ayant à leur tête un prince Doria , réus- déc 1746. sirent à les expulser de leur ville. Le général Botta , qui commandoità Gênes, fut forcé d'abandonner ses magasins et ses équipages, pour sortir au plus vite du territoire de la république. Le siège d'Antibes fut levé, les alliés repassèrent les Alpes et formèrent le blocus de Gênes; mais les François, ayant envoyé par merde puissans secours dans cette ville, et fait, dans le même temps , une attaque vigoureuse du côté du Piémont , dégagèrent Gênes , et obligèrent les ennemis à faire leur retraite.
En 1747, les François, déjà maîtres des Pays-Bas Conquête autrichiens , attaquèrent la Flandre hollaiuloise , et eu *h J^"^ 1 '" firent la conquête. On reprochoit aux Hollamlois de 0 an 1 • n'avoir cessé de donner des secours à Marie-Thérèse ,
d'avoir violé le territoire françois et accordé retraite sur le leur aux troupes ennemies , après la bataille de Fontenoy.
ftévoiuiîon Cette invasion répandit la terreur dans la province la HolIande^ c | e Zélancle 9 qui se voyoit ainsi privée de sa barrière, et exposée aux insultes des François. Les partisans du prince d'Orange profitèrent de la circonstance pour rétablir le stadhoudérat. Cette dignité, de même que celles de capitaine et d'amiral-géuéral de la république, étoient demeurées vacantes depuis la mort de Guillaume III. Guillaume IV, prince de Nassau Dietz % quoiqu'il fût l'héritier testamentaire de ce prince , ne conserva cjue le stadhoudérat de Frise. Il y joignit en-
X718 et 1722. suite celui des provinces de Groningue et de Gueldre;
mais les efforts cni'il fit pour rentrer dans les autres charges et dignités des anciens princes d'Orange furent infructueux. Les quatre provinces d'Hollande , de Zélande , d'Utrecht et d'Oberyssel , persistèrent dans leur gouvernement libre , et refusèrent même au prince la charge de général d'infanterie qu'il avoit demandée. En attaquant la Flandre hollandoisc , la France seconda l'élévation du prince. Un cri général s'éleva en sa faveur dans les provinces qui étoient sans stadhouder. Le peuple des différentes villes et provinces se souleva successivement, et força les magistrats à proclamer Guillaume IV en qualité de stadhouder et de capitainegénéral. Cette révolution se passa sans troubles et sans obstacle de la part de ceux qui avoient intérêt à s'y opposer, mais que la crainte força de condescendre à la volonté du peuple. On alla jusqu'à déclarer le stadhoudérat, ainsi que les charges de capitaine et d'amiral- ' général de l'union , héréditaires pour tous les descendans milles et femelles du prince y ce qui n'avoit jamais eu lieu depuis la fondation de la république. Progrès Le changement arrivé dans le stadhoudérat n'em-
« frraiicois. pêpha cependant pas les François de faire de nouveaux progrès. Ils n'eurent pas plus tôt achevé la conquête de la Flandre hollandoise, qu'ils attaquèrent la ville de Mastricht. Le duc de Cumberland s'étant approché
i7i3 — 178g. 127 avec l'armée des alliés pour couvrir cette place , il y eut, auprès de Lawfeld, une sanglante bataille que 3 juillet 1747. gagnèrent encore les François, commandés par le maréchal de Saxe. La forteresse de Berg-op-Zoom , qu'on avoit jugée imprenable par sa situation et par les marais qui l'environnent } fut emportée d'assaut par le comte de Lœwendal , après deux mois de tranchée ouverte.
Quelque brillans que fussent les succès des Fran- Arrivée cois sur le continent , ils échouèrent dans presque dcs RuiftCi » toutes leurs entreprises maritimes. Les Angloîs leur enlevèrent Louisbourg et le cap Breton , en Amérique, et achevèrent de détruire la marine françoise qui avoit été négligée sous le ministère du cardinal de rleury. Toutes les puissances belligérantes sentant enfin le besoin de la paix , deux événemens contribuèrent à Pacccélérer. L'impératrice de Russie, en conséquence des engagemens qu'elle avoit pris avec les cours deVienne et de Londres, par des traités 1 conclus en i;46 et 1 1 , envoya le prince de Repnin sur 17^8. le Rhin, à la tête d'une armée de trente mille nommes. Dans le mêm3 temps, le maréchal de Saxe entreprit le siège de Mastricht en présence d'une armée ennemie forte de quatre-vingt mille hommes. Cette ville prise , toute la Hollande auroit été ouverte aux François , et la république menacée des plus grands désastres.
Les préliminaires de la paix furent donc signés à Paîxd'AW- Aix-la-Chapelle , et suivis de la paix définitive ^n/Ts oct. Tous les traités antérieurs , depuis celui de West- 17'w. phalie , y furent x-enouvelés. On se rendit de part et d'autre toutes les conquêtes, faites pendant la guerre tant en Europe qu'aux Indes orientales et occidentales, et, en considération des restitutions importantes que faisoit la France sur le continent , ou céda à don Philippe , frère de don Carlos et gendre de Louis XV , les
1 RotJssET , t. XIV , p. 46o. Wenck , t. II , p. «44. * Voyez les Acta pacis Aquisgranensis dans Wenck , tom. II , P*g.3io.
13cJ PÉRIODE VIII.
duchés de Parme , de Plaisance et de Guastalja ,. pour être possédés par lui et ses descendans maies', nés de légitime mariage. Le traité des préliminaires porloit une double cause de réversion des duchés de Parme et de Guastalla en faveur de la reine , et du duché de Plaisance en faveur du roi de Sardaigne ; savoir , i.° pour le cas où les descendans mâles de don Philippe viendroient à manquer ; 2° si don Carlos , roi des Deux-Siciles, étoit appelé à la couronne d'Espagne, On supposoit que , daus ce dernier cas , le royaume des Deux-Siciles passeroit à don Philippe, frère cadet de ce prince. Mais on ne se rappeloit pas que la paix de Vienne de 17 38 avoit assuré ce dernier royaume à don Carlos et à tous ses descendans mâles et femelles , et que par conséquent rien n'empêchoil ce prince de transférer , le cas échéant , les Deux- Siciles sur l'un de ses fds puînés, en supposant même qu'il ne lui fût pas permis de réunir ce royaume à la monarchie espagnole. Les plénipotentiaires s'élant aperçus de % la méprise, après la conclusion du traité préliminaire, eurent soin de la rectifier parle traité définitif, en y énonçant ainsi la seconde clause de réversion : Si don Philippe ou un de ses descendans étoit appelé , soit au trône a" Espagne , soit à celui des Deux-Siciles, L'impératrice-reine se prêta à ce changement , mais le roi de Sardaigne n'eut pas la même complaisance. Il fallut à son égard renttre le traité définitif entièrement conforme au traité préliminaire. C'est ce qui empêcha l'accession du roi des Deux-Siciles au traité d'Aix-la-Chapelle. On confirma d'ailleurs au roi de Sardaigne , par ce traité, la possession des difrérens districts du Milanois, que le traité do Worms lui avoit adjugés. On n'y comprit cependant pas la partie du Plaisantin , qui venoit d'être cédée à don Philippe , ni le marquisat de Final, dans lequel les Génois furent maintenus. Celte république , et le duc de Modène qui avoit aussi été l'allié cle la France dans celte guerre , furent rétablis dans l'état où ils étoient avant la guerre. La Silésie fut garantie au
roi de Prusse par toutes les puissances contractantes. Quant à l'Angleterre, outre la garantie de la succession britannique que le traité d'Aix-la Chapelle renouvela en faveur de la maison d'Hanovre, elle obtint de nouveau l'expulsion du prétendant du territoire de France; et cette puissance, victorieuse sur le conti- ' nent, consentit même à faire revivre la clause humiliante du traité d'Utrecht, qui ordonnent la démolition du port de Dunkerque. La seule modification qu'on fit à cette clause , fut que les fortifications de la place, du côté delà terre, pourroient être conservées. Enfin, par Fart. 1 6 du traité d'Aix-la-Chapelle , le contrat dePAssiento,sur la traite des nègres S accordé à l'Angleterre , par le traité d'Utrecht , fut renouvelé en faveur de la compagnie angloisc de l'Assiento pour les quatre ans que la jouissance en avoit été interrompue pendant la guerre.
Cette paix n'apporta pas de changement considéra- Jugement Me à l'état politique de l'Europe; mais en maintenant, 8wr ccllc P* 1 *' en faveur du roi de Prusse , la conquête de la Silésie . elle éleva , au sein de l'Empire , une puissance rivale de l'Autriche. L'unité du corps germanique fût ainsi rompue , et ce corps se partagea entre les deux puissances prépondérantes , l'Autriche et la Prusse. Aussi le système d'arrondissement et de convenance, mis en pratique par Frédéric-le-Grand pour dépouiller l'Autriche de la Silésie , prit depuis faveur ; il servit à miner , avec le temps , le système d'équilibre que des
1 Ce commerce que les Anglois exerçoient dans l'Amérique espagnole /en vertu du contrat de l'Assiento, avant facilité la contrebande \ il fut convenu par une convention postérieure signée , en 1760 , à Madrid, entre les deux cours, que l'Angleterre renoncerait entièrement à ce contrat , moyennant une somme de cent mille livres sterling , que l'Espagne promit de payer à la compagnie angloise qui exeiçoit ce commerce. Voyez ce traité dans Wejjck t t. II) p- 464. Les Espagnols cherchèrent depuis à pourvoir par eux mêmes leurs colonies de nègres , et ce fut dans cette vue et pour se faciliter ce commerce, que la cour d'Espagne se fit céder, en 1778, par le Portugal , les îles d'Annobon et de Fernando Po sur la côte de la Guinée eu Afrique. V oyez Martens , Recueil des traités; 1. 1 , p. 718.
traites, antérieurs avoient introduit , et à amener âe nouvelles révolutions en Europe.
Révolutions Le différend sur la succession d'Autriche étendit
cfdc b R Suède aUSS * SOïl * nUlience sur * e n0ra ^ l'EurODC,
c c a ue e. ^.^ g ue rre entre la Russie et la Suède.
17 ociob. 17 in. L'impératrice Anne Iwanowna, peu avant sa
avoit désigné pour son successeur au trône de Russie le jeune Iwan, fils de la pf incesse Anne Mecklenbourg, sa nièce, et du prince Antoine-Ulric de Brunswick *. Elle déféra la régence , pendant la minorité du jeune prince, à Biren, son favori, qu'elle avoit élevé aux * premières dignités de l'état et nommé duc de Cour-
lande. La mère du jeune empereur y indignée de voir le maniement des affaires entre les mains du favori, mit dans ses intérêts le feld- maréchal Miïnnich, àl'aide duquel elle fit arrêter et conduire en Sibérie le duc de Courlande 5 elle-même fut proclamée grandeduchesse et régente.
Le ministère de cette princesse étoit partagé d'opinion au sujet de la guerre pour la succession d ? Au-> triche. Les uns soutenoieut le parti du roi de Prusse avec lequel la Russie venoit de renouveler ses traites d'alliance 2 , tandis que les autres ministres étoient portés pour l'Autriche , l'ancienne alliée de la Russie. Ce dernier parti ayant prévalu , la France , pour • empêcher la Russie de secourir Marie-Thérèse , pensa
à lui donner de l'occupation dans le Nord. U ne lui fut pas difficile de soulever contre elle la Suède , ou la faction des Chapeaux , alors dominante , lui étoit entièrement dévouée. Cette faction , opposée à celle des Bonnets 3 , renouvela son traité de subside avec la France , êt conclut même avec la Porte un traité d'ai-
1 Ce jeune prince naquit la 20 août i74o, et l'impératrice, sa crand'tante , mourut le 17 octobre suivant. Il n'étoit donc â^é qoe de sept semaines environ , lorsqu'il fut proclamé empereur sous lo nom d'Ivvan VI.
gra
Dl
a Wekck , t. I , p. 5jo,, 5 Sur ces deux faction» qui prirent naissance pendant la longue dic te de 1738, voye^ le comte de Lyjîah dans ses Staats&chrifîen, t. I , p. 6o5. *
17*3 — ir^9* i 5 i
liance défensive perpétuelle contre la Russie l . Animée 22 dfo lyty par la jeune noblesse qui ne respiroif que la guerre , elle se flattoit que le temps étoit venu où la Suède pourroit réparer les pertes que les folles entreprises de Charles Xll lui avoient fait éprouver.
Une diète extraordinaire, convoquée à Stockholm, Guerres entre déclara la guerre à la Russie. On allégua , entre autres ** ^72?* motifs , l'exclusion du trône de Russie de la princesse ' Elisabeth, fille de Pierre-le- Grand ; celle du duc de Holsteiu - Gottorp 2 ; l'assassinat du major suédois Sinclair, qui , porteur de dépêches de Constantinoplc pour la cour de Suède , avoit été tué , à ce que disoient les Suédois*, par des émissaires russes , lorsqu'il passoitpar la Silésiepour se rendre à Stockholm. Cette déclaration de guerre eut lieu avant qu'on eût pris en Suède aucune des mesures que la prudence auroit dû dicter. Cette puissance n 'avoit ni armée en état d'agir, ni magasin formé dans la Finlande, et le général en chef, le comte de Lœwcnhaupt n'étoit recommandable que par son dévouement au parti dominant. On se flattoit eu Suède que les Turcs recommenceraient la guerre avec la Russie , et qu'on trouveroit aussi des ressources dans l'alliance et dans les secours de la France. Une première action qui eut lieu auprès de Wilmanstraud , sur le lac Saïma , fut tout-à-fait à 3 **P l - l 7 4 <» l'avantage d«s Russes. Un grand nombre de Suédois y furent ou tués ou faits prisonniers, et la ville de Wil~ manstrand emportée ïepee à la main.
Une révolution , arrivée sur ces entrefaites à Révolution de Saint-Pétersbourg, sembloit devoir opérer un chan- Su " pele,8boul *>* gement favorable au gouvernement suédois* La princesse Elisabeth , fille de Pierre-le -Grand , secondée par le marquis de la Chétardie , ministre de France , et par une compagnie de la garde Préobrasinsky r quelle avoit su mettre dans ses intérêts, se saisit 5<k : c. i;4i.
1 Wskck , 1. 1, p. 5o4.
» Ce duc, nommé Charlcs-Piene-Ulric, depuis* Pierre III , etùit* fils deCîiarles-Frederic , duc de Holstein-Goltorp%t d'Anne Perrof*ua, soeur aînée de la princesse et Elisabeth. Voyez Tab. GeTz.LVIII.
l5? PÉRIODE VIII.
de la 1 régente Anne y de sou époux le prince de Brunswick et du jeune empereur Iwan , les envoya en exil, et se fît proclamer impératrice. Les Suédois qui se flattaient d'avoir contribué, par leur diversion , à placer cette princesse sur le trône , entrèrent aussitôt en négociation avec elle. Mais, comme ils portèrent leurs prétentions trop haut, les conférences furent rompues et la guerre continuée.
Campagne - La campagne de ij^k'i eut encore une issue mal- Je 1 742. heureuse pour la Suède. L'armée suédoise en Finlande, quoiqu'elle égalât à peu près en forces celle des Russes, n'osa pas tenir la campagne $ elle abandonna successivement tous ses meilleurs postes pour se retirer vers Helsingfors, en deçà de la rivière de Kyméné. Enfermée dans cette position et assiégée par terre jet par mer , elle fut réduite à capituler : les troupes suédoises retournèrent en Suède , les régimens nnlandois mirent ' bas les armes, et toute la Finlande fut livrée aux Russes 2 .
D iele Les Etats de Suède s'étant assemblés dans, ces cir-
Stockholm. constances , et désirant de se rapprocher de la Russie , déférèrent la succession au trône de Suède à Charles- Pierre-Ulric > duc de Holstein-Gottorp et neveu de l'impératrice Elisabeth. Mais ce prince refusa les offres de la diète ; il venoit d'être déclaré grand-duc et héritier présomptif de l'empire de Russie, et avoit embrassé la religion grecque ^rOette nouvelle consterna la diète: elle mit alors sur les rangs, comme candidats au trône^ le prince royal de Danemarck , le duc de Deux-Ponts, et le prince-évêque de Lubeck, oncle du nouveau grand-duc de Russie. Un parti considérable penchoit pour le prince de Danemarck , et ce parti n'étoit pas
» Mémoires de Mahstbin ,' p. 4io et suiv. ; et Magasin de Busching, t. I , p. 34 et suiv.
* Mémoires de M. le comte de Hordt, 1. 1, ch. 7.
3 Ce prince prit, à cette occasion, le nom de Pierre FédorowiUch; il épousa 9 en ïytô, la princesse Sophie-Auguste d'Anhalt-Zerbst , qui embrassa aussi la religion grecque et prit le nom de Catherine Alexiewna. •
(iloigné de renouveler l'ancienne union des trois royaumes du nord en faveur de ce prince. C'est pour empêcher une élection préjudiciable aux iotérèts de la Russie , que l'impératrice Elisabeth se relâcha de la rigueur de ses premières propositions de paix , et qu'elle offrit aux Suédois la restitution d'une grande wrtie de ses conquêtes, à condition qu'ils déféreroient la succession de leur trône au prince Adolphe-Frédéric de Holstein-Gottorp , évêque de Lubeck *. Cette condition ayant été admise , fe prince de Gottorp fut élu, tant pour lui que pour tous ses descendans mâles, 3 juillet 1745. et la paix définitive entre la Russie et la Suède fut % signée à Abo en Finlande a . 18 * oût I 79 3 *
La Suède , en renonçant, par ce traité, à l'alliance Paix d* Abo. delà Porte, renouvela toutes les cessions faites à la * Russie par la paix de Nystad : elle céda en outre à cette couronne la province de Kymenegard dans la Finlande , avec les villes et les forteresses de Friedrichshàmm et de Wilmanstrand , de même que la paroisse de Pvttis , située à l'orient du dernier bras du Kjméné * et les ports , places et districts qui sont à l'embouchure de ce fleuve. Les îles situées au sud et à l'ouest du Kyméné , furent pareillement comprises dans la cession , ainsi que la ville et forteresse de Nyslot avec son territoire. Tout le reste de la Finlande hit restitué à la Suède, avec les autres conquêtes que la Russie avoit faites pendant là guerre. D fut permis aux Suédois de faire acheter annuellement , dans, les ports russes de la Baltique et du golfe de Finlande , pour cinquante mille roubles de grains , sans payer aucun droit à la sortie.
Vers le milieu du dix-huitième siècle , le Portugal Bévolutions
de Portugal.
1 Ce prince , qui étoit le cousin-germain du duc de Holstein-Gottorp, héritier présomptif de l'empire de Russie, monta au trône de Suéde à la mort du roi Frédéric, son prédécesseur , arrivée le 5 «•vril 1751.
* Voyez ce traité dans Wenck, tom. Il, pag. 56 , et dans Kousset, Actes et Mémoires , tom. XVIII , pag. 36 j Mémoires *k Manstein.
a 34 période
devint le théâtre de plusieurs événemens mémorables gui fixèrent l'attention générale* AHmioUtration Jean V , qui gouverna ce royaume depuis 1706 deCaxvalho. j US( j U > en l? 5 0 ? ^ to j£ tombé, sur la fin de ses jours,
dans un état de foiblesse qui lui a*roit fait abandonner les renés de l'état au récollet dom Gaspard , son confesseur, sous Je ministère duquel de nombreux vbus s'étoient introduits dans le gouvernement. Joseph I , 3i juillet 1750. fils et successeur de Jean V, eu montant sur le trône, entreprit la réforme de ces abus. Guid^ par les conseils d'un ministre actif, Séhssiien de Carvalho , nommé ensuite comte d'Oeyras fit marquis de Pontbal , il donna successivement ses soins à toutes les branchés de l'administration publique : les sciences et les arts furent protégés 5 il ranima l'agriculture , les manufactures et le commerce , rétablit l'ordre dans les finances , et ne négligea rie» pour tirer le militaire et la marine portugaise de l'état de langueur où ils se trouvoient. Ces innovations ne pouvoient se foire sans susciter des mécontens dans les différens ordres de l'état. Le ministre en augmenta le nombre par son inflexible sévérité et par le despotisme qu'il déploya dans l'exercice de ses fonctions ministérielles , et par ' la haine qu'il montra pour la religion et ses ministres ainsi que pouHa noblesse. Des compagnies qu'il créa pour le commerce exclusif des Indes , de l'Afrique et de la Chine , indisposèrent contre lui le corps des négocians du royaume ; il irrita la haute noblesse parle mépris qu'il lui témoignait , et par la réunion au domaine de la couronne d'immenses portions de terre en Afrique et en Amérique , que les nobles tenoient de la munificence des anciens rois. Les ennemis les plus puissans et les plus dangereux du ministre furent les Jésuites , qu'il osa attaquer de front , et dont il fit môme ordonner l'expulsion des états K du Portugal. Cet événement, remarquable par ses suites, exjge que nous lui donnions quelque développement.
République £) u vivant de Jean V, il avoit été signé, entre k s
du Paraguay.
ceurs de Madrid et de Lisbonne 1 , un traité en vertu t 3 jauvicr 1750. duquel la colonie portugaise du Saint Sacrement et le bord septentrional delà rivière de la Plata en Amérique, ftrrent cédés à l'Espagne , en échange d'une portion du Paraguay , ou de la terre -les Missions , située sur le fcord oriental de l'Urugay, Il s'agissoit de mettre cé traité à exécution. Des commissaires nommés à cet efôH ayant commencé leur travail , leshabitans des pays cédés -de part et d'autre s'opposèrent à l'échange, qui trouva aussi des contradicteurs dans les deux cours. On soupçonna les Jésuites d'être les auteurs et les instigateurs de cette cabale. Ces pères a voient créé, dans les pays qui dévoient passer au Portugal , une république d'indigènes qu'ils gouvernoient en maîtres absolus , et dont ils craignoientla subversion si l'échange en question venait» à avoir lieu. Ils ne négligèrent donc rien pour traverser le projet des deux cours , et allèrent même, à ce qu'on a prétendu, jusqu'à soulever leshabitans des pays à échanger. lien résulta, pour les deux couronnes, une guerre longue et dispendieuse, qui fit verser beaucoup de sang , et qui coûta au Portugal seul une vingtaine environ de millions de cru- Rades.
; Au milieu de ces événemens, il survint un terrible Trcmblcmeut tremblement de terre qui renversa, en un clin d'oeil, , «Je terre
1 i i .«-ii »ii 1 t • 1 de Lisbonne.
la plus grande partie de la ville de Lisbonne, et nt lWn0Vi ^55. périr vingt à trente mille de ses habitans. Le feu acheva *de consumer ce qui avoit échappé au tremblement de terre ; et la mer sortant de son lit , le froid et la faim ajoutèrent aux horreurs du fléau qui s'étendit même sur une grande partie du royaume 2 . On reprocha aux Jésuites d'avoir, à l'occasion de ce fâcheux événement, annoncé de nouveaux désastres qui dévoient accabler
1 Ce traité fut résilié par une convention postérieure, arrêtée entre les deux cours le 12 février 1761. Voyez ces traités daus mon Recueil, t. I, p. 45i, et t. II, p. 162.
* Relation historique du tremblement de terre survenu à Lisbonne , dans l'ouvrage intitulé : L'administration de Sébastien • Joseph de Carvallio et M eh , comte d'Oeyras , marquis dr l'om Iml , au t. II , p. 75.
l36 PÉRIODE VIII.
le Portugal , en punition des péchés dont le peuple s'étoit rendu coupable. Ces prédictions, jointes aux troubles du Brésil qui continuoient toujours, servirent de prétexte pour priver les Jésuites des fonctions de confesseurs de la cour , leur fermer l'entrée du palais , et leur faire même interdire la confession partout le royaume.
L'attentat commis , immédiatement après , contre la «lu roi. personne du roi , fournit un autre prétexte au ministre pour sévir contre ces religieux. Le roi allant la nuit à 3icj>i. 1758. Belem, fut assailli par des assassins qui, le prenant pour un autre, lui tirèrent plusieurs coups de fusil dont il fut grièvement blessé. On accusa quelquesuns des premiers seigneurs du royaume, entre autres le duc d'Aveiro , le marquis et la marquise de Tavora , le comte d'Atougia j etc. , d'être les chefs d'un janvier 1759. complot régicide, ils furent jugés et exécutés comme tels 1 : [ leur innocence a été pleinement reconnue depuis.] ' Proscription Les Jésuites furent aussi impliqués dans cette procédeuJétimet. < j ure et ^écl' A rés publiquement complices de Passassinat du roi 3 . On les poursuivit comme traîtres et comme perturbateurs du repos public 3 ; on confisqua leurs biens , et tous les individus de Tordre , embarqués à la foi* dans plusieurs ports du Portugal, sans aucun ménagement pour l'âge et les infirmités , furent transportés à Civita- Vecchia , dans les états du pape* Le ministre portugais craignant que ces religieux , s'ils* étoient conservés dans les autres états de l'Europe , ne trouvassent moyen, tôt ou tard, de rentrer dans le Portugal; [ou plutôt animé contre cet ordre de ce fanatisme philosophique qui étoit dans l'esprit du siècle ,]
1 Voyez Administration du marquis de Pombat, t. II ^ Pièces justificatives , p. a65.
*• Ibid. t. 11 , p. 60 j Pièces justificatives , p. 208 , et tom. III , p. î65.
3 Ibid. , tom. III , pg. a35 — 3og. Voyez aussi Recueil des décrets apostoliques et des ordonnances du roi de Portugal, 1. 11 , jwg. 1*7. L'cdit de proscription de» Jésuites est du 5 septembre
6 août 1762.
lJTiS — 1789, 1S7
mit tout en œuvre pour obtenir l'entière suppression de la société. U y réussit au moyen des négociations qu'il entama avec plusieurs cours catholiques. En France v la société fut dissoute en vertu d'arrêts. rendus successivement par les cours de parlemens» Celui de Paris en donna l'exemple. Louis XV ordonna, par une déclaration , que la société n'auroit plus lieu dans 17 * le royaume. La cour de Madrid , où elle avoit deux puissans ennemis dans le ministère, les comtes d'Aranda et de Gampomanès , enjoignit par une pragmatique à tous les Jésuites de sortir des terres de la domi- *7&7* nation espagnole , et prononça en même temps la confiscation de leurs biens. Ils furent chassés du royaume de Naples. [Clément XIII , auprès duquel les Bourbous , excités par les philosophes , sollicitèrent la suppression de l'ordre , résista à toutes les instances « quoique Avignon etBénévent fussent séquestrés pour Yy forcer.] Enfin cet ordre fut entièrement supprimé par un bref du pape Clément XIV » . 21 juillet i 77 3.
La paix d'Aix la- Chapelle n'avoit rétabli que foible- D f a ^ e r "^ ce e ° t ir€ nient la bonne intelligence entre la France et l'Angle- i-An^eterre. terre. Une rivalité ombrageuse divisoit les deux nations; elle servit à entretenir et à multiplier entre elles les sujets de discorde. L'activité, d'ailleurs, qu'on mettoit
1 A la mort du roi Joseph I , arrivée en 1777 , et lors de Pavéuement de la reiue Marie , sa fille, les grauds du Portugal se ▼eu* gèrent des humiliatious que le marquis de Porobal leur avoit fait éprouver. Ce ministre fut obligé de donner sa démission ; et tout» les seigneurs qu'il avoit fait enfermer furent mis en liberté. On ordonna la révision du procès du duc d'Aveiro et de ses complices. Une sentence, rendue le 3 avril 1781 , déclara innocentes toutes les Personnes, tant mortes qoe vivantes, qui avoient été détenues dans les cachou. Plusieurs autres actes du ministère de Carvalho lurent révoqués. Les ex-Jésuites cependant échouèrent dans les tentatives Qu'ils firent, pour faire réformer l'arrêt de leur proscription. Les ouvrages qui ont paru sur l'administration du marquis de Pombal , • *e ressentent, pour la plupart, de l'esprit de partialité qui les a dictés. Le jugement le plus équitable sur ce ministre se trouve dans !<■» Lettres écrites de Portugal, qui ont paru à Paris, en 1780, et qu'on a réimprimées à la suite du Voyage à Lisbonne , publié à Paris, en 1798. Vojez aussi le Voyage du duc Du Chat^let en Portugal, publié par M. Bourgoing, au l. Il , p. l'io et suiv.
i38 période vin.
en France à relever la marine que la dernière guerre avoit détruite , fixoit l'attention de la Grande-Bretagne, qui , aspirant à l'empire absolu des mers , sentoit que la France seule pouvoit mettre un frein à ses projets ambitieux.
Plusieurs différends que la paix d'Aix-la-Chapelle avoit laissés indécis , subsistoient entre les deux nations relativement à leurs possessions en Amérique. Les principaux regardoient les limites de l'Acadie , celles du Canada et les îles neutres. L'Acadie , province de l'Amérique septentrionale , connue aujourd'hui sons le nom de Nouvelle-Ecosse , avoit été cédée à l'Angleterre par l'article 12 du traité d'Utrecht, d'après ses anciennes limites. Les François resserroient ces limites dans les bornes mêmes de la péninsule dont est formée la Nouvelle-Ecosse , au lieu que les Angloîs prétendoient les étendre jusqu'au bord méridional du fleuve Saint-Laurent , où les François exercoient la navigation exclusive.
5 Les limites du Canada n'étoient pas mieux définies
que celles de l'Acadie. Les François , dans la vue de se ménager une communication entre le Canada et la Louisiane, avoient fait construire plusieurs forts le long du fleuve Ohio, sur le dos des colonies angloises de l'Amérique. L'Angleterre s'y opposa; elle craignoit que ces établisse mens ne compromissent la sûreté de ses colonies , et particulièrement celle de la Virginie» Les îles neutres, savoir les Caraïbes qui comprenoient Sainte-Lucie , la Dominique, Saint- Vincent et Tabago , étoient restées en contestation et dans l'état de Vuti-possidetis , d'après l'article 9 du traité d 1 Aixla-Chapelle. Cependant les François se permirent des actes de possession, par lesquels ils prétendoient sap- . proprier ces îles, de même que les Caïques et les îles turques.
Guenc mire ces On nomma de part et d'autre des commissaires pour deux puissances, terminer ces différends à l'amiable. Ils ouvrirent à Pans des conférences qui commencèrent à la fin de septembre 17^0, et furent continuées pendant plusieurs années
if 13 — 1789. Ï3 9 consécutives 1 . Mai* comme on n'&oit pas disposé à se rapprocher sincèrement , ces conférences n'aboutirent à ncn. Les Anglois voyant que les François ne cherchoient qu'à gagner du temps pour augmenter leur marine 9 accélérèrent la rupture par des actes d'hostilité exercés en Amérique*
Les premières voies de fait eurent lieu sur les bords de l'Ohio, où les François, pour venger t'assassinât commis sur un de leurs officiers , s'emparèrent du fort juillet 1754. anglois de la Nécessité. Les Anglois, à leur tour, avoient enlevé , à la hauteur d» banc de Terre-Neuve , deux juin 1754. vaisseaux françois qui avoient refusé de saluer le pavillon anglois; ils attaquèrent de même tous les bâtimens nov » 1 7 54 marchands françois qu'ils rencontrèrent, et en prirent successivement jusqu'à trois cents.
Ainsi s'éleva , pour des déserts et des pays incultes de l'Amérique y. une guerre longue et sanglante qui étendit ses ravages dans toutes les parties du globe et qui embrasa surtout uue grande partie de l'Europe.
L'Angleterre , d'après une politique feien entendue , Leurs aHiancea devoit cherchera occuper les François sur le continent, * ul le con,ID€n * afin d'empêcher l'accroissement dfe leurs forces maritimes. Au lieu d'éviter ce piège et de se borner uniquement à des opérations navales , la France fit la faute f de seconder les vues du ministère britannique. En repoussant par mer les hostilités de l'Angleterre, elle » prit en même temps des mesures tendantes à faire une invasion dans l'électoral d'Hanovre. La cour de Lon^ dres voulant se prémunir contre ce danger, commença par s'unir plus étroitement à la Russie 2 : elle demanda 5° se l ,l> ensuite à l'impératrice-reine les secours qu'elle croyoit pouvoir réclamer en vertu des traités antérieurs^; et, sur le refus de cette princesse , qui craignoit de désobliger la France et de se voir attaquée par le roi de Prusse,
1 Voyez Mémoires des commissaires du roi et de S. M. Britan-, nique, en plusieurs volumes ip-'i u .
3 WniCK , 1. III , p. 75.
3 Savoir: le traité At Vienne de 1 73i , celui rte W'onnfi île 17*3, .-ci k iraiué de Vai »ovie de 1745.
l4o PÉRIODE VIII.
16 janvier 1756. elle s'adressa à ce dernier prince , et' conclut avec lui , à Westminster , un traité qui tendoit principalement à empêcher que des troupes étrangères n'entrassent en Empire durant la guerre entre la France et l'Angleterre 1 • À ce traité la France opposa l'alliance qu'elle i*rmaî *7 5 6. conclut avec l'Autriche à Versadles, par laquelle les deux puissances , en se garantissant , de part et d'autre, leurs possessions en Europe, se promirent un secours réciproque de vingt-quatre mille hommes en cas d'attaque. On excepta du caamfiederis les différends qui partageoient alors la France et la Grande-Bretagne 3 .
[L'alliance de 1756 a été diversement jugée par les hommes d'état ; la plupart l'ont condamnée. Son but étoit , de la part de la France , de se prémunir contre toute attaque sur le continent , afin de pouvoir diriger toutes ses forces contre la rivale de sa marine ; mais l'expérience a prouvé que , sans s'assurer ce but , la France fut obligée dès-lors à prendre part à toutes les brouilleries du continent, quelqu'étrangères qu'elles fussent à sa politique. Il étoit aussi contraire à ses intérêts de vouloir délivrer l'Autriche des embarras que lui causoit l'opposition de la Prusse. Si ce projet avoit réussi , la puissance de l'Autriche seroit devenue pré-
rndérante en Allemagne, à un point qui auroit forcé France de tourner contre elle ses armes. ] * Guerre Pendant que les François balançaient encore sur le de aplani. q j eur caUfBa/0Ê ^ Je prendre relativement à
août 1756. l'électorat d'Hanovre , le roi de Prusse fit une invasfon en Saxe. En se portant à cette démarche, il publia un manifeste, tendant à prouver, par les dépêches des trois cours de Vienne , de Dresde et de' Pétersbourg , qu'il subsistoit un concert entre elles pour l'attaquer , et que -la prudence .exigeoit qu'il les prévînt 3 .
1 Jenkinson, Recueil des traités , loin. III, p. 54, et Wekck, t. II! , p. 84.
« Wenck , t. III, p. i4i.
S Voyez le mémoiie du roi dans Herzberg , Recueil de déductions, tom. T , pag. 1. Ce ministre, dans un mémoire qu'il lut à J'acade'niic de Berlin, en 1787, aouliut que le* projet» des trois
II déclara en même temps que son entrée en Saxe n'a-
dépôt jusqu'à la conclusion de la paix.
Cette invasion provoqua une puissante ligue contre Li 8 ne le roi de Prusse. Outrela France et l'impératrice-reine, ""'V™™™'on y vit entrer le corps germanique, la Russie et la Suède. La France , qui s'étoit d'abord bornée à fournir a l'impératrice-reine les secours stipulés par l'alliance, s'engagea, par des traités postérieurs 1 , à faire "î* 1 1 7 5 7 11
1 ah r l r • j r» * et 3o dec. 1758.
marcher, en Allemagne, contre le roi de Prusse et son allié , le roi d'Angleterre, une armée de plus de cent raille hommes , et à payer en outre à cette princesse un subside annuel de douze millions de florins d'Empire 2 .
Les François eurent d abord des succès éclatans dans Evénemens cette guerre*. Ils conquirent l'île de Minorque, et s'em- de \ a 7 g <J£ rrc * parèrent de la liesse et de tous les états de Brunswick 1757. et d'Hanovre; mais bientôt la fortune leur tourna le dos, et ils n'essuyèrent plus que des revers 3 . Les effort extraordinaires que faisoit cette puissance sur le continent, durent naturellement ralentir ses opérations
court ont réellement existé , mais qu'ils n'étoient qu'éventuels et qu'Ut supposoieut la condition que le roi de Prusse donnât lieu à une guerre.
1 foyét le traité du i"mai 1767 dans mon Recueil des traités, tom. 11^ pag. 43; et celui du 3o décembre 1758, dans Weîîck , 1. 111 , p. io5.
• Par le traité du i«' mai 1757 , la France convint aussi avec l'Autriche du partage â'tme grande partie des étals prussiens ■ elle y garantit à l'impératrice-reine la restitution de la Silésie et du comté de G'atz, et stipula, en faveur de don Philippe, gendre de Louis XV, l'échange des Pays-Bas autrichiens contre les duchés de Panne f de Plaisance et de Guastalla. Ce traité a réellement été ratifié eutre les deux cours , ce dont javois douté , en le publiant , pour la première fois, en 1802, dans mon Recueil des traités. Les événemens des deux campagnes de 1757 et 1758 en firent changer les dispositions, par le traité du 3o décembre 1758 qui ne rappela pas même celui de 1757.
5 Les actions principales qui eurent lieu entre les François , les Hanovriens elles alliés de ces derniers , furent celles de Hasicnbeck 1757 j de Crevelt 1768; de Bergen et de Minden 1769 ; de Clostercamp 1760J de Viilioghausen 1761 ; de Grebensteiu 176*.
i4a PÉRIODE VI fi.
maritimcsel facilite* aux Ângtoteles moyens d'envahir les possessions franchises dans les autres parties du monde. Chandernagôr , Poralkhéry T Mahé aux Indes tombèrent successivement au pouvoir de l'Angleterre dans les années 17 67 et 176 1 . EHe t'empara , en 1 758, de tous les établissemens français sur les bords du Sénégal et sur les côtes de l'Afrique. Les îles du cap Breton et de Saint- Jean en Amérique , les forts et lès établissemens de l'Ohio , Québec 1 et tout Je Canada devinrent pareillement sa conquête , depuis 17 56 jusqu'en 1760. Enfin la Guadeloupe, Marie- Galante, ta Dominique , la Martinique , la Grenade , Saint- Vincent, Sainte-Lucie et Tabago furent aussi enlevées à la France.
Le roi de Prusse , quoique accablé par le nombre de ses ennemis et ne trouvant pas de grandes ressources dans son alliance avec l'Angleterre, ne perdit cependant pas courage : il se signala par une foule de victoires qu'il remporta sur les puissances liguées contre lui , pendant les sept campagnes 1 de cette guerre a .
Elle étoit déjà fort avancée , lorsque le duc de Choiseul qui se trouvoit à la tête du ministère en France , voyant la grande supériorité des Anglois par mer, conçut le plan du fameux jpacle de famille, qu'il nei5 août 1761. gocia avec la cour de Madrid , et qui fut signé à Paris.
L'objet de ce traité étoit de cimenter une alMauce et
* Québec, capitale du Canada, fut prise, en 1759, parle* A«gîois , à la suite de la bataille de Saint-Charles où ' périt le général anglois Wolf.
* Voyet , sur ces campagnes, les 3e, 4e et 5* vol. des (BuvreS posthumes du roi de Prusse, de même que l'histoire de ceUi guerre par les généraux Lloyd et Tbmpelhof ; le Tableau des guerres de Frédéric -le-Grand , par le capitaine Mcjllek.; et ArcWeuholtz, Geschichte des stebenjœhrigen Kriegs. Les batailles livrées par le roi de Prusse dans celle guerre, sont les suivantes: celles de Lowositz 1 756 j île Prague, de Kolin , de Ja»gerndorf , de Hosbach , de Breslau , de Lissa 17.^7 j de Zomdoif el de Hochkirclien 1758; de Zullicbau et de Kunnersdorf ou Francfort sur l'Ode r 1759- ; de Liegnitz et de Torgau 1760 ; de Freyberg 1761. Le rot les gagna toutes , à Perception de celles de Kolin , de Jasgerndoif r de Hocbkircben, de Zullicbau et de Kunnersdorf, qu'il perdit coolie les Autrichiens et les Russes.
union perpétuelle de forces entre les différentes branches de la maison de Bourbon, à l'effet de contre-, balancer la puissance maritime de l'Angleterre 1 .
Le roi d'Espagne n'y prenoit point l'engagement ^Ye^P***"* 1 d'entrer dans la guerre qui subsistait entre la France entraînés dam et l'Angleterre 5 mais la manière fiere avec laquelle la la -guerre* cour de Londres exigea la communication de ce traité, donna lieu à une déclaration de guerre entre les deux
terre. Ce prince allégua en vain les traités qui l'util»soient à cette puissance et qui ne lui permettoient pas de prendre parti contre elle. Une déclaration publiée de la part des deux cours alliées portoit que des troupes espagnoles entreroient dans le Portugal pour s'assurer des ports de ce royaume, et qu'on laisserait le choix au roi de les recevoir comme amies ou comme ennemies. C'est ce qui mit ce prince dans la nécessité de se décla- *3 mai 1763. rer pour l'Angleterre. Cette puissance envoya une flotle avec des troupes au secours du Portugal , tandis qu'un corps de troupes françoises se joignit à l'armée espagnole , destinée b agir contre ce royaume. La ville d'AJmeyda fut la seule conquête que les Espagnols firent 176^. sur les Portugais. Les Anglois , au contraire , dépouii- 1 \ Espagnols de la Havane et de file de Cuba Lquc, de même que de l'île de Manille et des ippines dans la mer des Indes. La guerre , devenue ainsi plus générale ,. sembloit devoir prendre une nouvelle vigueur , lorsqu'un événement imprévu changea de nouveau la face des allai res et ramena les esprits à la paix.
Elisabeth, impératrice de Russie , vint à mourir. Pii* <k Saîot- PieiTcUI, de la maison de Holstein-Gottorp, neveu jç\VamSl l de cette princesse, monta sur le trône. Ce prince, 5 janvier 176*!
« Voyez le Pacte de famille , par Dupont de Nemours ; Dohm, Mater ia lien tur Statistik , t. IV, p. 449 Wenck , 1. 111 , p. 27M. M. de Màrtens , Recueil des traités, 1. 1 , p. 1 . I
» La déclaration de guerre de l'Angleterre contre l'Espagne est du 2 janvier, 176a, et celle de l'Espagne du 16.
l44 PÉRIODE VIII.
entraîné par son penchant pour le roi de Prusse , dont il étoit l'admirateur, n'eut rien de plus pressé que de faire la paix avec ce monarque. Une suspension
16 mart 1763. d'armes fut signée entre les années des deux couronnes.
Elle fut suivie d'un traité de paix conclu à Saint- 5 mai 1762. Pétersbourg. La Russie rendit, parce traité, toutes les conquêtes qu'elle avoit faites en Prusse et en Poméranie pendant le cours de la guerre. Pierre III renonça aux alliances contractées antérieurement contre le roi de Prusse. Celui-ci se désista, à son tour , de toute alliance et engagement contraires soit aux intérêts de la Russie , soit a ceux des pays héréditaires de Pierre III en Allemagne 1 . Le nouvel empereur ne se contenta pas de donner cette marque d affection au roi de Prusse 5 il s'engagea à faire marcher à son secours un corps de troupes dans la Silésie ; mais une révolution , arrivée en Russie , amena de nouveaux chan-
9 juillet 1762. gemens. Pierre III fut détrôné après un règne de six mois. L'impératrice Catherine II , son épouse, eu montant sur le trône , conserva la paix avec le roi de Prusse ; mais elle rappela ses troupes de la Silésie , et déclara qu'elle garderoit la neutralité entre le roi et Pimpératrice-reine.
La Suède , qui n avoit essuyé que des échecs dans le cours de cette guerre , suivit la route que la Russie venoit de lui tracer. Elle conclut une suspensiou d'armes avec le roi de Prusse, et bientôt après signa la
22 mai 1762. paix > avec ce prince , à Hambourg.
Paix de Paria Cette double paix fut un acheminement à la paix et de générale dont les préliminaires furent signés à Fontai-
H 3 U ^v *i b0 62* 8 ' neb,eau
entre la France, l'Angleterre , l'Espagne et le nov. 172. pQptugj^ L a paix définitive entre ces mêmes puissances
10 février 1763. se conclut à Paris. Elle fut suivie de celle de Huberts- 1 5. février 1765. bourg, qui réconcilia la Prusse avec l'impératricereine et avec l'électeur de Saxe 3 .
» Mjlrtens, t. III, p. 208. Wenck, t. III, p. 299. (Suvret posthumes du roi de Prusse , t. IV , p. 284.
* Herzberc . Recueil, tom. I , p. 288. Martens , t. 1 , p. 293. Wenck , t. III , p. 307.
5 Martens, 1. 1, p. 17 , 33 pt5t. Wenck , t. III , p. 3i3eteuir. Herzberg, t. I, p. 299.
: L^mpératrîcc-reine rendit , par ce dernier traité , Ckrfiits au roi de Prusse , le comté de Glatz , ainsi que les dc ces lraile ' 6 ' forteresses de Wesel et de Gueldre. L'électeur de Saxe rentra dans ses états dont le roi de Prusse l'avoit dépouillé , et les traités de Breslau , de Berlin et de Dresde furent renouvelés. Ainsi , après sept campagnes aussi dispendieuses que meurtrières , la paix de Hubertsbourg rétablit les choses en Allemagné dans le même état où elles avoient été avant la guerre.
Par le traité de Paris , la* France céda à l'Angleterre le Canada avec Pîle du cap Breton et les îles et côtes du golfe et fleuve Saint-Laurent. Les confins entre les deux nations , dans l'Amérique septentrionale , furent fixés par une ligne tirée au milieu du fleuve Mississipi depuis sa source jusqu'à son embouchure. Tout ce qui est situé sur la rive gauche ou orientale de ce fleuve est abandonné à l'Angleterre, à l'exception de la ville de la Nouvélle-Orléans , qiii est réservée à la France. La liberté de la pêche est accordée aux François sur une partie des côtes de Terre-Neuve et du golfe Saint- Laurent. Les îles de Saint-Pierre et de Miquelon leur sont cédées pour servir d'abri à leurs pêcheurs , sans qifil leur soit pérmisdeles fortifier. Les îles de la Martinique, de la Guadeloupe, Marie- Galante, la Désirade ,*Saintc-Lucie sont rendues à la France ; au lieu que la Grenade, les Grenadines, Saint- Vincent , la Dominique et Tabago sont abandonnées à l'Angleterre. Cette puissance conserve ses conquêtes du Sénégal , et restitue à la France l'île de Gorée sur la côte d'Afrique. La France est rétablie dans les forts et comptoirs qu'elle possédoit, en 1749, aux Indes orientales sur les côtes de Coromandel , d'Orixa , de Malabar et de Bengale, sous la restriction de ne point entretenir de troupes dans le Bengale.
En Europe, la France restitue toutes ses conquêtes d'Allemagne , de même que l'île de Minorque. L'Angleterre lui rend Belle-Ile, sur la côte de Bretagne , qu'elle avoit conquise. Dunkerque est conservé dans l'état quia été déterminé parla paix d'Aix-la-Chapelle.