‹ Tableau des révolutions de l'EuropeChapitre 7 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

i46 période vin.

L'île de Cuba, avec la Havane, est rendue att foi d'Espagne , qui cède à l'Angleterre la Floride avec le fort Saint -Augustin et la baie de Pensacola *.

Le roi de Portugal est rétabli dans l'état où il étoit avant la guerre. La colonie du Saint-Sacrement en Amérique , dont les Espagnols s'étoient emparés pendant la guerre , lui est rendue 2 .

Grandeur La paix de Paris , dont nous venons de parler , est Je l'Angleterre, l'époque où l'Angleterre se trouva au faîte de la grandeur. Sa navigation et son commerce éiendus dans toutes les parties du globe , étoient soutenus par des forces navales d'autant plus imposantes qu'elles n'étoient plus balancées par la marine françoise , que la guerre précédente avoit détruite. Des territoires immenses que cette paix lui abandonnoit , tant en Amérique qu'en Afrique , ouvroient de nouvelles sources à son industrie ; et , ce qui mérite surtout d'être remarqué , elle acquit encore , dans le même temps , de vastes et importantes possessions dans les Indes orientales. [Toutefois son influence sur la politique du continent européen diminua plutôt qu'elle n'augmenta depuis la paix de Paris jusqu'à la fin de cette période. Frédéric II , son allié , ayant été abandonné par le cabinet

de Londres, se tourna vers la Russie , et s'allia inti-

1 La France , pour dédommager l'Espagne de ln perte de la Floride, lui céda la colonie de la Nouvelle-Orléans avec la Louisiane, en vertu d'une convention secrète, qoi fut arrêtée entre les deux cours le 3 novembre 1762, le jour même de la signature du traité des préliminaires de Fontainebleau , qui abandonnoit la Floride à l'Angleterre.

8 De nouveaux différends s'étant élevés entre l'Espagne et le Portugal au Brésil, et y ayant occasioné des hostilités, un traité de préliminaires, arrêté à Saint-lldefonse le i« octobre 1777, et converti en traité de paix définitif le 24 mars 1778, accommoda ces différends , et régla définitivement les limites entre les deux nation» en Amérique. En vertu de ces traités , la colonie du Saint - Sacrement , de même que l'île de Saint-Gabriel et toute la rive septeutrtonale de la rivière de la Plata , furent cédées à l'Espagne , qui céda à son tour au Portugal l'embouchure du grand fleuve de Saint- Pierre , avec les deux bords de ce fleuve et l'entrée du marais de Patos , et lui fit , en outre, la restitution de l'île de Sainte-Catherine. Voyez M a rte n s , t. I , p. 634 , et le Voyage du duc 00 Chatelet en Portugal , au t. II , p. i56.

— 1789. il?

mément avec cette puissance. D'un autre côté l'Autriche étoit devenue étrangère à la Grande-Bretagne pries traités de 1766 et 17 58. Ainsi la Hollande et le Portugal furent les seuls états avec lesquels le cabinet angîois conserva des liaisons étroites. ]

L'empire du Grand-Mogol aux Indes étoit tombé ^^ndê»"* en décadence au commencement du dix -huitième siècle. Les vice-rois , appelés soubabs , et les nababs ou gouverneurs particuliers de l'empire , devenus indépendans, s'arrogeoient des droits royaux dans les terres de leur dépendance ; et l'empereur raogol , réduit à peu près à la ville de Delhi , sa capitale, ne conservoit plus qu'une ombre de souveraineté par des diplômes d'investiture qu'il accordoit aux princes usurpateurs , et par des mon noies qui se frappoient en son nom. Toutes les fois que des différends survenoient entre ces princes , on les voyoit recourir aux nations européennes , qui avoientdes établissemens aux Indes . et qui , de l'agrément du Grand-Mogol , y avoient construit des forts , où ils entretenoient des troupes pour la protection de leur commerce. Il suffisoit que les François embrassassent le parti de quelque nabab , pour engager les Anglois à épouser la querelle de son adversaire ; et les deux nations , dans le temps même qu elles cuit i voient eutre elles la paix en Europe , se faisoient souvent la guerre aux Indes par les secours qu'elles fournissoient aux princes indiens , leurs alliés respectifs. Le succès fut long-temps balancé de part et d autre, et ce ne fut que pendant la guerre de ij55. et au moyen des victoires et des conquêtes du fameux lord Clive , que l'Angleterre prit un ascendant décisif sur les François dans cette partie du monde.

Surajah-Dowlah , soubab du Bengale, excité, à ce qu'on croit , par les François , s'étoit emparé de Cal- i7 5 6« cutta , principal établissement des Anglois sur le Gange. Le traitement cruel qu'il fît éprouver à la garnison angloise, qu'il a voit fait prisonnière de guerre, excita le ressentiment de cette nation. Pour s'en venger, le colonel Clive , soutenu par l'amiral Watson , reprit Janvier 1757.

i48 période viiî.

Calcutta; et, après avoir enlevé aux François Chah- 23 mars 1757. dcrnagor , leur principale forteresse et établissement sur le Gange , il vainquit le soubab dans différentes actions , le fit destituer et remplacer par Jaffier-Aly- Khan , premier ministre et général du prince déposé , lequel se mit à la dévotion de l'Angleterre *.

C'est ici l'époque de la fondation de Pempire britannique aux Indes. Il arriva , peu de temps après , que Vempereur mogol , Schah-Allum, chasse de sa capitale par les Patans , peuple indien , réclama la protection des Anglois, qui profitèrent de cette occasion , ainsi que de la mort du soubab Jaffier , survenue dans 12 août 1765. I e même temps , pour se faire adjuger, par traité et au moyen d'un diplôme impérial , la souveraineté de tout le 13engale. Munis de ce titre , qui légitimoit leur pouvoir aux yeux des peuples , ils s'emparèrent des revenus publics des royaumes de Bengale , de Bahar et d'Orixa , moyennant une redevance annuelle qu'ils promirent de payer à l'empereur mogol et des pensions qu'ils assignèrent à des fantômes de soubabs , dont ils disposoient à leur gré. Cette domination des Anglois aux Indes s'agrandit encore , depuis , par de nouvelles conquêtes , dont la plus importante fut celle du puissant état de Mysore , qu'ils bouleversèrent de fond en comble, à la suite de plusieurs guerres qu'ils firent aux sultans Hyder-Aly et Tinpo-Saïb, son successeur 2 . Règne [La mort de Ferdinand VI , roi d'Espagne , fut un

«le Charles III événement important. Son frère, don Carlos, roi des ta i^ gnC ' Deux-Siciles , et fils aîné du second lit de Philippe V avec cette infante de Parme , qui avoit troublé l'Eu-

» Targe, Histoire d? Angle terre , t. II, p. 23a.

9 Ce dernier prince périt mu siège de la ville de Seringa palmi m r sa capitale , dont les Anglois se rendirent maîtres le 4 mai 1799. La direction des affaires de l'Iude appartient à la compagnie angloise des Indes 01 tentâtes , qui en jouit sous la haute souveraineté de la Grande - Rrelagne. Four maintenir sa domination aux Indes, ta compagnie entretient une marine et une armée de terre considérable , composée en partie d'Européens et en partie de natifs. Elle emploie une partie de son revenu net à faire ses achats dans les ports de l'Orient , et à payer à la couronne une certaine somme pour la protection qu'elle lui accorde.

rope pour procurer des établissemens à ses 61s , lui succéda sous le nom de Charles III. Sous ce prince la philosophie du dix-huitième siècle pénétra en Espagne ; mais elle y prit un caractère d'énergie et de conséquence qui lui manquoit en France. La destruction des Jésuites fut son ouvrage; elle fut accompagnée d'actes que réprouvent la justice et l'humanité. Les ministres et conseils de ce monarque , les comtes d' Aranda , de Florida Blanca et de Campomauès, introduisirent , dans l'administration intérieure de l'Es* pagne , dans ses finances , dans ses armées de terre et de mer, un ordre que depuis long-temps on n'y connoissoit plus. L'agriculture , le commerce et l'industrie commeuçoient à se relever de leur décadence , lorsque la guérie d'Amérique leur porta de nouveau un coup iuneste].

. Avant de quitter Napîes , où il régnoit depuis 1 , Pragmatique dç.

J • i 1 a J>E* J Deux-biciles.

pour prendre possession du trône d Espagne , non Carlos , qui, comme roi des Deux-Siciles, s'appeloit Charles VII, publia une loi fondamentale et pragma- 6 oct.i75(> tique , portant que^our se conformer à l'esprit des traités antérieurs , qui n'admettoit point la réunion de ses états d'Italie a la monarchie espagnole, il transférait le royaume des Deux-Siciles à son troisième fils, don Ferdinand; son fils aîné, don Philippe, étant incapable de régner 1 et le deuxième , don Carlos , destiné au trône d'Espagne. Il confia à une régence , l'administration pendant le bas âge du jeune prince, dont il fixa la majorité à l'âge de seize ans accomplis. 11 régla aussi, par cette pragmatique, Tordre de succession qui devoit avoir lieu au royaume des Deux-Siciles. Cet ordre étoit le même que celui que le roi Philippe V avoit établi pour l'Espagne, dans les cortès assemblées en 1 7 15. Aux descendans mâles et femelles de sa lignée, Charles substitua ses frères , les infans don Philippe , duc de Parme , et don Louis 2 , en ajoutant que , dans

1 Don Philippe ne mourut qu'en 1777.

a Père de la princesse de la Paix et du cardinal de Bourbon moi t en i8a3. Voyez Tab. Gén. XXX.

l5o PÉRIODE VIII.

aucun cas , le royaume des Deux-Siciles ne pourroit être réuni à la monarchie espagnole *. Ce règlement du nouveau roi d'Espagne s'accordoit parfaitement avec les dispositions de l'article 7 du traité de paix de Vienne , de 1 7 58, qui assuroit le royaume des Deux-Siciles à ce prince et à ses descendans mâles et femelles , et, à leur défaut , à ses frères puînés du second lit de Philippe V , et à leurs descendans des deux sexes. Conventions sur Le roi de Sardaigne continuoit cependant à faire

U Plaisanti», y a joû. son droit de réversion sur la partie du Plaisantin jusqu'à la Nura , que l'article 4 du traité des préliminaires d'Aix-la-Chapelle lui avoit assuré pour le cas où don Carlos passeroit du royaume des Deux-Siciles à la couronne d'Espagne. La cour de France, voulant conserver cette possession à l'infant don Philippe , et empêcher que la tranquillité de l'Italie ne fut troublée par les prétentions du roi de Sardaigne , prit l'engagement envers ce prince de lui procurer un équivalent dont il auroit lieu d'être satisfait. Cet équivalent rat

10 juin 1765. réglé par une convention, conclue à Paris, entre la France , l'Espagne et le roi de Sardaigne. Ce dernier consentit à restreindre son droit de réversion aux deux cas spécifiés dans l'article 7 du traité définitif d'Aixla-Chapelle; savoir : i.° celui où les descendans mâles de don Philippe viendroient à manquer ; 2. 0 celui où ce prince ou l'un de ses descendans seroient appelés, soit au trône d'Espagne , soit à celui des Deux-Siciles ; et , en attendant que l'un ou l'autre de ces deux cas de réversion arrive , les couronnes de France et d'Espagne s'engagent à faire jouir le roi de Sardaigne de la même quantité de revenu annuel que lui rapporteroit , déduction faite des frais d'administration , la partie du Plaisantin jusqu'à la Nura , s'il en avoit la possession actuelle. A cet effet la France se chargea,

Î>ar une convention particulière qui fut signée à Paris e même jour que la précédente, de payer, en douze termes , au roi de Sardaigne la somme de huit miilipus

* Wenck, t. III, p. 212,

deux cent mille livres , pour être placée sur l 'hôtel-deville de Turin , à charge de réversion à la France si l'un ou l'autre des cas déterminés venoit à arriver ».

Laccroissemeut subit de la Russie , depuis Pierre- Prépond&anc* le-Grand , a voit changé le système politique du Nord. ^^^rd Cette puissance y teooit le premier rang ; elle dictoit a " la loi à la Pologne et à la Suède , ses anciennes rivales , disposoit du trône de Pologne à chaque changement de règne , et décidoit de même du sort de la Courlande.

Ce duché , après avoir été long-temps possédé par Révolutions la maison de Ketder qui en jouissoit àtita de fief d€hCou,kMde ' de la couronne de Pologne , étoit devenu vacant à la 4 mai 1737. mort du duc Ferdinand , dernier mâle de cette maison. Ànne , impératrice de Russie, n'étant encore que duchesse de Courlande , avoit un favori , Ernest-Jean Biren, homme de fortune, dont le grand-père avoit e'té simple palefrenier de Jacques III, |)uc de Courlande 3 . Parvenue au trône de Russie , cette princesse éleva Biren au rang de comte , à la dignité de grandechambellan et de premier ministre. L'orgueilleux favori prit le nom et les armes de la maison de Biron en France, et engagea l'impératrice à lui procurer le duché de Courlande à la mort du dernier duc. Il réussit en effet à se faire élire par les Etats du pays, à *3 juin 17 3 7 . l'aide d'un corps de troupes russes , que l'impératrice fit marcher à Mi tau pour protéger son élection. Investi du duché , par la république de Pologne , pour lui et ses descendans mâles , il ne jouit que fort peu de temps de cette nouvelle dignité. Il en fut dépouillé après la mort de l'impératrice , et relégué en Sibérie 1740. par la grande-duchesse Anne , mère du jeune empereur Iwan. Cette princesse fit faire une nouvelle 17*1 . élection par la noblesse de Courlande» Le duché fut

1 Marte» s , t. I, p. 80 ; t. III, p. 219. Wexcx, t. III , p. 445 el 45o. La cooventiou particulière qui fut siguée, sur le même objet, à Versailles le jo juin 1763, entre la France et l'Espagne, se trouve dans mon Recueil, t. II , p. i64.

* Mémoires de Mànstein , p. 53.

l5'2 PERIODE VIII.

alors conféré à Louis-Ernest, prince de Brunswick it, qui dcvoit épouser la princesse Elisabeth, fille de Pierre-le-Grand ; mais le détrônement du jeune Iwan, arrivé immédiatement après, fut cause que le prince de Brunswick ne parvînt pas à la possession du duché L'impératrice Elisabeth, ayant fait connoître depuis à la république de Pologne que le duc Ernest-Jean de Biren ne sortiroit jamais de son exil, le roi Auguste III

jGdov. 1708. de Pologne déclara le duché de Courlande vacant ; il fit élire, par les Etats du pays , le prince Charles, son

Sjamiei 1759 fils , qu'il investit solennellement du duché 3, Un nouveau changement arriva à la mort de l'impératrice Elisabeth, en 1762, Pierre III, parvenu au trône de Russie , rappela le duc Ernest- Jean de son exil. L'impératrice Catherine II qui succéda , encore cette même 17G3. année, à son époux, ne s'en tint pas là; elle exigea Je rétablissement du vieux Biren dans le duché de Courlande , ej obligea le prince Charles de Saxe de le

i4 nov. 176g. lui abandonner. Le duc Ernest résigna ensuite le duché à son fils Pierre, qui, après un règne de vingt-cinq ans, en donna la démission entre les mains de l'impé-

28111.1181795. rat rire, et les Etats de Courlande et de Sémigalle se soumirent formellement à la Russie 4.

Différends Le détrôncmcnt de Pierre III, que nous venons de rntie l a Russie ra pp e ] er f u t un événement très-favorable au royaume de Danemarck, qu il délivra dune guerre ruineuse, dont il étoit menacé de la part de ce prince. Pierre III étoit le chef de la maison de Holstein-Gottorp que les rois de Danemarck avoient dépouillée de ses possessions du Sleswick 5 , en profitant des désastres de la Suède , qui , pendant son état de grandeur , avoit protégé cette maison contre les rois de Danemarck.

1 Ce toit le frère cadet d'Antoine- Ulrie , époux de la grande- duchesse Anne et père de l'empereur Iwan. Vo>ez Tab. Gên. CXXXI.

* Makstein , Mémoires , p. a54 et 3;6.

, ■ Cod. dipl. Poloniœ , t. V, p. 5i2. Gadebusch, Lieflœndische

Jahrbûcher , au t. IV, Abschnitt , p. 601.

■*■ C -astera , Vie de V impératrice Catherine II , t. II, p. 44o.

5 Cet éve'nement arriva eu 1714, pendant la grande guene des puissances du Notd alliées contre la buède cl le roi Charles XII.

1713 — 1789- i53 Les ducs de Holstein-Gottorp ne cessèrent de réclamer contre cette usurpation , et les rois de Danemarck n'avoient à leur opposer que le droit de conquête et des actes de garantie , que les rois de France et d'Angleterre , en leur qualité de médiateurs du traité de paix de Stockholm , avoient délivrés au Danemarck touchant le Sleswick *.

Pierre III fut à peine monté sur le trône de Russie , 5 janvier 1762, m qu'il s'occupa des moyens de recouvrer l'ancien domaine de sa maison 2 et de venger les torts que les ducs de Holstein-Gottorp , ses aïeux , avoient reçus des rois de Danemarck. Décidé à faire la guerre à cette puissance , il mit dans ses intérêts le roi de Prusse , et fit marcher une armée russe de soixante mille hommes vers les frontières du Danemarck. Six mille Prussiens dévoient joindre cette armée , qui étoit soutenue d'une flotte russe envoyée sur les côtes de la Poméranie. Le roi de Danemarck fit des efforts extraordinaires pour repousser Fattaque dont il se voyoit menacé. 11 mit sur pied une armée de soixante et dix mille hommes, et en confia le commandement à M. de Saint-Germain , officier - général françois distingué. L'armée danoise s'avança dans le Mecklenbourg et établit son quartier-général dans le village de ce nom , à une lieue de Wismar. La flotte danoise , composée , de vingt vaisseaux de ligne et de onze frégates , parut, dans le même temps , à la hauteur de Rostock. Le feu de la guerre alloit éclater dans le Nord , et Pierre III étoit sur le point de joindre en personne son armée du Mecklenbourg , lorsqu'il fut détrôné après un règne 9 i u » ,lel n^' 1 » fort court de six mois. L'impératrice Catherine H , qui lui succéda, ne jugea pas à* propos d'épouser la que-

1 Ou mon t , t. VIII, part. I, p. 32 et 35.

1 Ce prince s'étoit constamment refusé à accommoder ses difTé-> rends avec le Danemarck , du yivant de l'impératrice Elisabeth. Le comte de Lyuar, chargé de cette négociation à la cour de Saint-Pétersbourg, daus les années 1750 et 1761 , y échoua, quoiqu'il fut vivement secondé par le grand-chancelier ae Russie et par les propres ministres' du grand-duc. Voyez des Grajèn zu LvNAR hinter* lassene Staatsschriften, 1. 1.

l54 PERIODE VIII.

relie de son époux et prédécesseur. Elle rappela aussitôt l'armée russe du Mecklenbourg; et , désirant d'établir sur une base solide , la tranquillité du Nord et de raffermir la bonne intelligence entre les deux branches principales de la maison de Holstein , elle convint , a« février 1766. avec le roi de Danemarck , par un traité d'alliance, de terminer tous les différends par un arrangement provisionnel , oui n'auroit son effet qu'à la majorité du grand-duc Paul , fils de Pierre III.

Conventions Cet arrangement fut signé entre les deux cours , à CU piiU«ance» UX Copenhague. L'impératrice y renonça , au nom de son aa avril 1767. fils , à la portion ducale de Sleswick , occupée par le roi de Danemarck. Elle céda de plus à ce souverain la portion du Holstein , possédée par la branche de Gottorp , en échangé des comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst. H fut convenu que ces comtés seroient érigés en duchés , et que l'ancien suffrage de Holstein- Gottorp à la diète de l'Empire y seroit transféré. Ce traité provisionnel fut ratifie à ïa majorité du grandtliyc, et la tradition des pays échangés effectuée en 1 773. Ce prince déclara , en môme temps, qu'il destinoit les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst à servir d'établissement à la branche cadette de sa maison, celle d'Eutin , à laquelle les puissances contractantes assurèrent aussi à perpétuité la possession de l'évêché de Lubeck. L'évêque de Lubeck , chef de la branche cadette de Gottorp, fut mis, cette même année , en possession des comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst ; et , l'empereur Josoph II érigea ces comtés en duché et fief masculin de l'Empire , sous la dénomi- 177 4. nation de duché de Holstein-Oldenbourg ». Révolutions C'est ici qu'il convient de rappeler les révolutions de l'Ile dcCorsc. de l'île de Corse , qui , après une longue suite de troubles et de convulsions , passa , de la domination de la république de Gènes, sous celle de la France. L'oppression que souffroient les Corses sous le gouverne-

* Martens, t. f , p. 180 et 3i5; Wenck. , t. III, p. 5q2; et V Histoire des traités de paix , retondue, t. XIII. Von Halem Heine hiitorische Schrifften, p. 72.

ment des Génois qui les traitaient avec une dureté excessive , leur avoit rendu ce joug odieux et insupportable. Ils se soulevèrent à plusieurs reprises contre ces républicains ; mais, mal unis entre eux, ils échouèrent dans les différentes tentatives qu'ils firent pour assurer leur liberté et leur indépendance.

Un des derniers soulèvemens des Corses fut celui Insurrection de* de 1729. Ils se donnèrent alors pour chef André Ceccaldi , de la première noblesse de l'île , et Luigi Giafferi , homme courageux et enthousiasmé pour la liberté. Les Génois, après de vains efforts pour soumettre les insurgés , se virent dans la nécessité de recourir à des protections étrangères. 11 s'adressèrent à 173* • l'empereur Charles VI , qui leur envoya , successivement , plusieurs corps de troupes , commandés par le général Wachtendonck et par le prince Frédéric-Louis deWurtemberg. Les Corses, trop foibles pour résister à des forces si supérieures , prirent le parti de mettre bas les armes. Mais la guerre pour la succession de la Pologne ayant obligé l'empereur de retirer ses troupes de l'île , ces insulaires se soulevèrent de nouveau. Une assemblée , 7 34 générale qu'ils convoquèrent à cette époque , déclara la Corse république libre et indépendante. Giafferi fut réélu général, et on lui donna pour collègue Hiacynthe Paoli , père du fameux général de ce nom. Ainsi les Génois, après avoir beaucoup dépensé en troupes auxiliaires, eurent la mortification de se retrouver encore au même point où ils étoient avant le secours impérial. Ils prirent depuis à leur solde des troupes suisses et grisonnes ; ils allèrent jusqu'à armer des proscrits et des vagabonds , pour les opposer aux Corses.

11 arriva , sur ces entrefaites , qu'un aventurier , Apparition du Théodore, baron de Neuhof, parut en Corse. Issu roi Th * odoic d'une famille noble du comté de Marck en Westphalie, il s etoit procuré à Tunis des armes et des munitions avec lesquelles il se rendit en Corse , résolu d'y tenter 1? 3G. fortune. Ses manières engageantes , jointes a la promesse qu'il fit d'une puissante assistance étrangère , engagèrent les Corses à lui déférer la dignité royale.

nov. 1736.

Les Génois appellent les François.

l56 PÉRIODE VIII.

Proclamé roi de Corse , il prit les marques extérieures de la royauté ; il se donna des gardes et des officiers d'état, fit battre monnoie à son coin , et créa un ordre de chevalerie sous le nom de la Rédemption. Profitant de l'enthousiasme qu'il avoit inspiré aux Corses , il fit courageusement la guerre aux Génois 9 et forma le blocus de plusieurs de leurs places. Mais l'argent qu'il avoit apporté s'étant épuisé et le peuple commençant à se relroidir à son égard, il prit le parli de s'embar-

Sier pour solliciter des secours au-dehors. U passa en ollande, où il trouva moyen d'engager une société de négocians , par l'appât d'un commerce lucratif avec la Corse , à lui confier de l'artillerie , des munitions et autres provisions , avec lesquelles il retourna dans 1 île.

Ce fut dans ces circonstances que les Génois , menacés de perdre , sans retour , leur souveraineté sur la Corse , entrèrent en négociation avec la cour de Ver* sailles. Cette cour , craignant que l'Angleterre ne profitât des troubles de l'île pour s'en emparer • se concerta avec la cour de Vienne , pour obliger les Corses de rentrer sous la domination génoise. On rédigea , à cet effet , un plan de pacification à Versailles , et le comte de Boissieux fut chargé de le mettre à exécufévrier 1738. tion. Ce général débarqua dans l'Ile , à la tète d'un corps de troupes auxiliaires françoises. L'arrivée du général françois détermina le roi Théodore à abandonner la Corse et à chercher son salut dans la fuite. U se retira à Londres , où il fut enfermé pour dettes ; élargi après une longue captivité , il mourut dans la 1766. misère 1 . Boissieux fit beaucoup de mal aux Corses, mais il échoua dans les efforts qu'il fit pour les soumettre. Son successeur , le marquis de Maillebois , fut plus heureux. U prit des mesures si justes et si vigou- 1759. reuses qu'il força ces insulaires à mettre bas les armes, et à recevoir la loi du vainqueur. Leurs généraux Giafféri et Hyacinthe Paoli se retirèrent à Naples.

» Son cpilaplic se trouve dans Boswel, Etat de la Corse, t. 1, ?♦ 1 4 7*

I7i3 — 1789. 15; La guerre pour la succession d'Autriche ayant obligé Retraite la cour de France de rappeler ses troupes de l'île , les dcs ^"° ç ° 18 ' troubles se renouvelèrent. Gafforio et Matra se chargèrent alors du généralat et de la direction des affaires. Ils eurent un collègue et un concurrent dans la personne du comte de Rivarola, Corse d'origine, qui, soutenu de quejques vaisseaux anglois , eut la gloire de chasser les Génois des places de Bastia et de San- t7 45j Fiorenzo. Les Corses auroient poussé leurs avantages encore plus loin , s'ils a voient su domter leurs haines et leurs animosités privées , pour ne s'occuper que de l'intérêt général ; mais les divisions intestines retardèrent leurs succès et facilitèrent à leurs ennemis le moyen de rentrer dans les places conquises. Rivarola et Matra ayant quitté le commandement , Gafforio en resta seul chargé. C'étoit un homme d'un mérite rare et d'une valeur éprouvée. Il commençoit à policer sa patrie et à donner quelque stabilité au gouvernement de l'île , lorsqu'il fut assassiné par des émissaires ï 7^3* génois , à ce qu'on prétend. Sa mort replongea la Corse dans le désordre et dans l'anarchie , dont il avoit cherché à la tirer.

Enfin parut le célèbre Pascal Paoli , que son vieux Pascal Pao,î ' père envoya de Naples en Corse. Elu chef et général 1 7 55 » par ses compatriotes , il ranima leur courage abattu; et. pendant qu'il faisoit heureusement la guerre aux Génois, il ne négligea rien pour réformer les abus et pour faire fleurir l'agriculture , les lettres et les arts, U ne lui manquoit plus, pour compléter son ouvrage et pour affermir la liberté et l'indépendance de sa patrie , que de faire sortir les Génois des places maritimes de Bastia , de San-Fiorenzo , Calvi , Àlgagliola et Àjaccio, les seules qui restassent encore en leur pouvoir. Il y auroit vraisemblablement réussi , sans la nouvelle intervention de la France qui , par différens traités qu'elle conclut successivement avec les Génois, dans les années 1 7 5 2 , 1 7 55 , 1 7 56 et 1 7 64 , se chargea de là défense de leurs ports et places fortes de l'île.

L'intention des François, en prenant possession de L " p **ancoi»

* 7 1 r rentrent .dans

l'île.

l58 PÉRIODE VIII.

ces places , n'étoit pas d'abord d'agir hostilement contre Paoli et les naturels du pays; ils vouloient simplement garder les places pour un temps limité , en acquittement de la dette que le gouvernement françois avoit contractée envers la république de Gènes. Cette république se flattoit que , débarrassée de la garde des places fortes , elle pourroit reconquérir , avec ses propres forces , tout le reste de l'île. Elle ne fut pas long-temps à s'apercevoir qu elle s'étoit trompée dans J 7 6 7- son attente. Les Corses chassèrent les Génois de l'île de Capraja ; ils rentrèrent môme dans Ajaccio et dans quelques autres postes que les François avoient jugé à propos d'abandonner. Avec cela , des vaisseaux corses, armés en guerre , ne cessoient de faire des courses sur les Génois , et de troubler leur commerce.

Cenion de l'Ile Convaincu alors qu'il lui étoit impossible de subjua la Irance. gn er f\\ e m e t voyant le terme approcher où les troupes françoises dévoient en sortir, le sénat de Gênes prit le parti de faire une cession de ses droits sur la Corse à la couronne de France , par un traité qui fut signé à i5 mai 1768. Versailles. Le roi promit de rétablir la république dans l'île de Capraja; il lui garantit à perpétuité toutes ses possessions de terre-ferme , et s'engagea à lui payer annuellement, pendant dix ans, la somme de deux cent mille livres. La république se réserva le droit de rentrer dans la souveraineté de la Corse, en remboursant au roi les" frais de l'expédition qu'il alloit entreprendre , ainsi que de l'entretien de ses troupes

Cette cession donna lieu à de vives réclamations de la part des Corses , qui se préparèrent à faire une défense vigoureuse. La première campagne tourna à leur avantage ; elle coûta à la France plusieurs milliers d'hommes et une trentaine environ de millions de dépense. Le duc de Choiseul , loin d'être découragé 1769. par ces revers , fit passer des forces plus considérables dans Me ; il substitua au marquis de Chauvelin le comte de Vaux , qui , par les dispositions sages qu'il

» Voyez ce traite' dans Wexck , t. III , p. 71 4.

1713—1789. i?9 fît, se trouva, en moins de deux mois , maître de toute la Corse. Les insulaires n'ayant pas trouvé en Angleterre les secours qu'ils sollicitoient et dont la perspective avoit soutenu leur courage, regardèrent une plus longue résistance comme vaine et téméraire. Les différentes provinces firent successivement leur soumission, et les principaux chefs des Corses se dispersèrent dans les états voisins. Pascal Paoli se réfugia en Angleterre

Le trône de Pologne étant devenu vacant par la dJpoio^n* mort du roi Auguste III, électeur de Saxe* i'impéra- 50a. 1763. trice Catherine II destina cette couronne à Stanislas Poniatowski, noble polonois , qui avoit gagné sa faveur pendant qu'il séjournoit à Saint-Pétersbourg en qualité ae ministre plénipotentiaire de la république de Pologne. Cette princesse , ayant mis dans ses intérêts la cour de Berlin 2 , fit entrer plusieurs corps de troupes dans la Pologne , et réussit ainsi à faire passer l'élection de son protégé, qui fut proclamé à la çliète de 7 sept. 1764. Varsovie.

Ce fut dans les diètes d'élection et de couronnement de Stanislas que l'impératrice intercéda formellement auprès de la république en faveur des dissident polonois et lithuaniens, à l'effet de les faire réintégrer dans les droits politiques et ecclésiastiques dont ils avoient e'té privés par l'intolérance du parti catholique.

On appeloit alors dissidens en Pologne les Grecs Affaire non-unis et les protestans , tant Luthériens que Calvi- de * dissidens. nistes. La Pologne, de même quelaLithuanie , reufermoit, depuis les temps les plus reculés, un grand nombre de Grecs qui persistoient dans le schisme, malgré les efforts que ne cessoitde faire le clergé polonois pour les ramener à l'union avec l'église romaine. Le protestantisme s'étoit introduit dans la Pologne et y avoit

1 Vie privée de Louis XV , t. IV, p. 94 et 274.

* Une alliance entre les deux cours fut signée à Saint-Petcrshourg k H avril 1764. La conservation de la constitution vicieuse de la Pologne y fut stipulée par un article secret. Voyez Wenck , Recueil, *• H, p. 48i,

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fait des progrès considérables dans le cours du seizième siècle, et principalement sous le règne du roi Sigismond-Auguste. Les nobles , attachés à ce culte , avoient i563. obteitu , à la diète de Wilna , convoquée par ce prince, le droit de jouir, de même que les Grecs, de toutes les prérogatives de la noblesse et d'être admis, sans distinction, tant aux assemblées delà diète qu'aux charges et dignités de la république. Aussi la liberté du culte et la paix publique leur avoient été garanties , de la manière la plus solennelle , tant par les actes de confédération et les pacta conventa des rois, que par les constitutions du royaume. Les catholiques étant, depuis, devenus les plus forts, leur zèle, animé par le clergé romain et par les Jésuites, les porta à persécuter ceux qu'ils traitoient d'hétérodoxes. On parvmt à restreindre , de différentes manières, la liberté de leur culte, particulièrement dans la diète de 1717, et on finit par les exclure, dans celles de 1733 et 1 756 , des places de nonces , de l'entrée aux tribunaux, et généralement de toutes les charges, en leur conservant seulement la paix, selon les anciennes lois.

Intercession Les dissidens profitèrent de l'influence que l'impe-

*l?wt™* ratrice de Russie s ë toît ^agée dans les affaires de 0 ' Pologne , pour obtenir par sa protection le redressement de leurs griefs. Cette princesse interposa plus particulièrement ses bons offices en faveur des Grecs , fondée sur l'art. 9 de la pix de Moscou 1 , de 1686, entre la Russie et la Pologne, tandis que les cours de Berlin, de Stockholm, de Londres et de Copenhague, en leur qualité de garans de la paix d'Oliva , faisoient valoir l'art. 2 de ce traité 2 pour soutenir la cause des dissidens protestans 3. Loin de déférer à une intercession aussi puissante, la diète de Varsovie de l'année

» Voyez Hist. des traités de paix, refondue, t. XIII.

8 Voyez le môme ouvrage, t. XII , p* 332.

5 Voyez les mémoires et déclarations , publiés par les ministif * de ces diffère nies cours, dans V Histoire des révolutions de Pologne, imprimée à Varsovie en 1775 , t. I , p. 35 1 , 370, 579, 387 , 4*7,

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1766, animée par le clergé et par la cour de Rome, confirma toutes les I013 antérieures dout les cours étrangères demandoient le redressement. Elle se borna à apporter quelques modifications aux règlemens de 1717 , relatifs à l'exercice de ce culte.

Peu satisfaite de ce palliatif, la cour de Saint-Péters- Confédération bourg persista à exiger une entière égalité de droits en dca di4êiclcn8 ' faveur de ses protégés. Encouragés à^la résistance , les dissidens se confédérèrent dans des assemblées , tenues à Sluzk et à Thorn. Des nobles catholiques, mécontens 1767. du gouvernement 1 , allièrent leur cause à celle des dissidens , en formant plusieurs confédérations particulières, qui se réunirent en une confédération générale , dont le prince Radziwil fut maréchal.

Une diète extraordinaire fut alors convoquée à Var- Diète de 1767. sovie. Ses séances , qui commencèrent le 5 octobre 1767 , furent très orageuses. Sans être intimidés par la présence d'une armés russe, Pévêque de Cracovie et ses partisans s'abandonnèrent à toute la fougue de leur zèle, dans les discours qu'ils prononcèrent à la diète. L'impératrice les fit arrêter et conduire dans l'intérieur de la Russie, d'où il ne leur fut permis de revenir qu'au bout de plusieurs années d'exil. On parvint enfin à nommer, dans cette diète, un comité tiré des différens ordres de la république , pour régler , de concert avec les ministres des cours protectrices , tout ce qui avoit rapport à l'affaire des dissidens. Un acte séparé fut rédigé par forme de convention entre la Russie et la i4 février 1768 Pologne 2 .

Les dissidens furent réintégrés , par cet acte , dans tous leurs droits; les constitutions qui avoient

1 Ces nobles Polouois vouloient la déposition du roi et la publication d'un interrègne ; mais lorsqu'ils eu firent la dematide formelle à l'ambassadeur de Russie, celui-ci «'y opposa au nom et de la part de l'impératrice. Voyez Komarzewski , Coup d'oeil rapide sur les causes réelles de la décadence de la i'ologne , pag i45.

* Voyez le Recueil des constitutions de la diète extraordinaire de 1767 et 1768, pag. 35; Martens , t. 1, p. 3y8j et Wenck , t. IU,p. 65i.

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