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acte par lequel, renonçant à la domination ottomane

cette nation se mit sous la protection de la Russie.

Quelque éclàtans que fussent ces succès , ils ne lais- Situation sèrent ças d'épuiser la Russie. Obligée de recruter à chaque instant ses armées, que les combats, les fatigues et la contagion ne cessoient d'affoiblir, cette puissance sentoit le besoin de la paix. La peste , cette terrible alliée des Ottomans , passa des armées dans l'intérieur de l'Empire, et pénétra jusqu'à Moscou où elle enleva près de cent mille bommes dans le cours de l'année 1771. Mais ce qui ajoutoit encore aux embarras de Catherine II, c'est que la cour de Vienne qui , conjointement avec celle de Berlin , s'étoit chargée de la médiation entre la Russie et la Porte, rejetoit hautement les conditions de paix proposées par l'impératrice 5 qu'elle s'élevoit, surtout , avec force , contre l'indépendance de la Moldavie et de la Walachie , de mérrié'que contre celle des Tatars, exigées par cette princesse , et qu'elle s'opposoit môme à ce que le théâtre de la guerre rat transféré, par les Russes, sur la rive droite du Danube. Cette cour alla encore plus foin; elle fit mine de vouloir feire cause commune avec les Turcs , pour forcer l'impératrice à restituer toutes ses conquêtes, et à remettre les choses , entre les Russes et les Turcs , sur le pied du traité de Belgrade de 1759. Une convention fut négociée en ce sens avec la Porte , et signée à Constantinople 1 . Cette conventionné fut cependant point 6 juillet 177K ratifiée, les dispositions de la cour de Vienne ayant changé à l'occasion du fameux démembrement de lit Pologne , concerté entre elle et les éours de Berlin et de Saint-Pétersbourg. L'impératrice de Russie consen-

1 Celle convention se trouve dans Wenck, Codex Juris gentium, t.lll, p. 820 , et dans les Mémoires et Actes authentiques relatifs aux négociations qui ont précédé le partage de la Pologne , p. 147. Le roi de Prusse eu donne aussi le précis dans ses Œuvres posthumes, t. V,p. 123.

l66 PÉRIODE VIII.

tit alors à rendre aux Turcs les provinces de Moldavie et de Walachie, à l'époque delà paix; et la cour de Vienne prit de nouveau l'engagement d'interposer , avec celle de Berlin , ses bons offices pour ménager la paix entre la Russie et la Porte.

Congrès Ces incidens furent cause que Tannée 1772 se passa de F okcham ^et toule entière en négociations. Une suspension d'armes e pue ar . ^ C p nc i ue en t re ] es deux puissances belligérantes. On ouvrit un congrès à Fokcnani, en Moldavie, sous la médiation des cours de Berlin et de Saint Pétersbourg, Ce congrès fut suivi d'un autre qui se tint à Boucharest en Walachie. L'un et l'autre congrès furent ïnfruc-?

Ils ja rejetèrent comme contraire à leurs principes de religion , et comme tendant a établir une concurrence de deux Califes 1 . On parvint cependant à déterminer la nature de la dépendance religieuse dans laquelle les Khans de la Crimée dévoient rester à l'égard de la Porte; mais il ne fut jamais possible de s'entendre , ni sur la cession des ports de Jénikalé et de Kertsch , ni sur la liberté illimitée de navigation, que les Russes exigeoient dans toutes les mers de la Porte. Les conférences ayant donc été rompues itérativement , les , 77 3 t hostilités recommencèrent. Les Busses essayèrent, à deux reprises , de s'établir sur la rive droite du Danube, sans pouvoir y réussir; ils perdirent même beaucoup de monde dans les différeus combats qu'ils livrèrent . aux Turcs. >>u'tUÙ^ Campant Enfin , la dernière campagne, celle de 1774, fut dédc 1774. cisive. Abdoul-Hamid qui venoit de remplacer son frère Mustapha Iîl sur le trône de Conslantinople ,

1 Les empereurs turcs exercent les droits sacerdotaux du califat depuis la cession que le dernier calife Abasside 3 Mohammed XH , m lit au sultan Selim I, conquérant de l'Egypte, où les califes Abassides avoient établi leur résidence après rentière destruction du califat de Bagdad par les Mongols. Voyez D'Oiisson, Tableau général de l'empire ottoman, 1. 1 , p. 76.

désirant de relever la gloire des armes ottomanes , fit des efforts extraordinaires pour celte campagne. Ses* troupes, portées à trois cent mille combattans,surpassoient de beaucoup en nombre celles des Russes; mais elles ne les égaloieut pas quant à la discipline et à la tactique militaire. Ce fut sur la fin de juin , que le maréchal Roumanzow passa le Danube, sans que la grande armée ottomane y mit obstacle. Ce général profita de la faute du grana-vizir qui avoit établi son camp aux environs de Szumla , à de très-grandes distances de ses corps détachés, pour lui couper la communication avec ces corps et môme avec ses magasins. Un corps de vingt-huit mille Turcs, qui amenoit un convoi de quatre à cinq mille chariots à l'armée, ayant été battu par le général Kamenskoy , et les chariots brûlés , cet événement jeta la terreur dans le Camp du grand- vizir , qui , voyant alors son armée prête à se débander , transigea avec le maréchal Roumanzow aux conditions que ce général jugea à propos de lui prescrire,

La paix fut signée au camp russe de Koutsçhouc.- K f j • Kaynardgi, à cjuatre Keucs de Silistrie, dans la Bulga- ^^3" '1774. rie. Par ce traité, les Tatars de la Crimée, du Boudjiac etduKouban, furent déclarés entièrement indépendans de la Porte , pour être gouvernés dorénavant par leur propre souverain de la famille des Guéraï. La Russie obtint la navigation libre et illimitée pour ses vaisseaux marchands dans toutes les mers de la Porte. Elle rendit aux Turcs la Bessarabie, la Moldavie et la Walachie, de même que les îles de PArchipel , dont elle se tr<*uvoit encore saisie; mais elle se réserva , outre la ville et le territoire d'Azow, les deux Kabarda y les forteresses de Jénikalé et de Kertseh dans la Crimée , le château de Kinburn, situé à l'embouchure du Dnieper, vis-à-vis d'Oczakow, avec la langue de terre qui forme le désert entre le Bog et le Dniéper 1 . Ce futsur ce dernier terrain «

» Ce traité* fut imprimé à l'imprimerie du sénat à Moscou, eu 1776. L'édition tic M. de Martens , t. t, p. 507 , est fautive. Il en donna une autre plus correcte au 4.< tome de son Recueil, p. 607. Voyn, sur cette paix et sur la guerre qui la précéda , YWhtoiredes traités de paix, refondue , vol. XIV.

•que l'impératrice fit construire une nouvelle ville, appelée Kerson, pour servir d'entrepôt au commerce

igoct. 1778. russe du Levant. Les fondemens en furent jetés par le général Hahnibal, sur la rive occidentale duDniéper, à quinze werstes *u-dessous de l'embouchure de l'Ingulez dans ce fleuve.

L» lîukowine La maison d'Autriche tira aussi un parti avantageux

de cette guerre, en occupant la Bukowine qu'elle se fit 1?74 remettre par la Russie qui en avoit fait la conquête sur

à 1* Au triche.

les Turcs. Ce démembrement de la Moldavie, composé des districts de Suczawa et de Tchernowitz , étoit revendiqué par la cour de Vienne, comme un ancien domaine de la Transilvanie , usurpé par les princes de Moldavie. La Porte, qui étoit redevable à l'Autriche de la restitution de cette dernière province , n'eut d'autre parti à prendre que de lui abandonner les dis- 7 mai 1775. tricts réclamés , par une convention particulière.

Le prince Ghikas de Moldavie ayant élevé sa voix contre cette cession, fut mis à mort par ordre de la Porte, et la cession de la Bukowine confirmée à F Au- 1776 et 1777. triche par des conventions postérieures, qui réglèrent

en même temps les limites entre les deux états. Réflexions La paix de Kaynardgi , glorieuse pour la Russie, fut •or cette i»U. très-funeste à la Porte-ottomane , qu'elle jeta dans une extrême désolation. L'indépendance des Tatars, établie par cette paix, faisoit perdre aux Turcs un de leurs principaux boulevards contre la Russie, et ils frémissoient en voyant les Russes s'établir sur la mer Noire , et exercer une navigation illimitée dans toutes les mers de la Turquie. Dès-lors ils dévoient craindre pour la sûreté de leur capitale qui pouvoit être insultée, impunément , et ses approvisionnemens troublés à la moindre brouillerie qui viendroit à s'élever entre les deux empires.

Révolution Les grands revers que les Turcs éprouvèrent dans la de Pologne. g Uerre dont nous venons de prier, eurent une influence immédiate sur le sort de la Pologne, dont ils entraînèrent le démembrement.

Projet ç et ^vâaement, que le roi Jean-Casimir avoit déjà

de partage. 71 1

prédit clans le dix- septième siècle 1 , fut amené par la médiation dont les cours de Vienne et de Berlin s'étoient chargées pour le rétablissement de la paix entre la Russie et la Porte. Les conditions de cette paix , dictées par l'impératrice Catherine II, ayant fortement déplu à la cour de Vienne , et cette cour ayant même montré des intentions hostiles contre la Russie en faisant marcher des troupes dans la Hongrie et en prenant possession d'une partie de la Pologne 3 , qu'elle revendiquoit comme un ancien domaine du royaume de Hongrie, L'impératrice de Russie en prit occasion de faire observer au prince Henri de Prusse , oui s'arrétoit alors à sa cour 3, que si l'Autriche vouloit démembrer la Pologne, les autres voisins de ce royaume pourroient bien en faire autant. Cette ouverture , communiquée par le prince Henri au roi son frère , fut un trait de lumière pour ce monarque. H y entrevoyoit un moyen propre à dédommager la Russie , à coBtenter l'Autricne et a arrondir ses propres états , en établissant une communication entre ie royaume de Prasse et ses états de Brandebourg. Ces considérations l'engagèrent à entamer une négociation avec les cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg. 11 fit entendre à la première que si la guerre éclatoit entre l'Autriche et la Russie , il ne pourroit se dispenser d'y prendre part comme allié de cette dernière puissance d représenta à l'impératrice de Russie que si elle consentoit à restituer la Moldavie et la Walachte aux Turcs , pour prendre son indemnité dans la Pologne , elle éviteroit une nouvelle guerre et facrliteroit son accommodement avec la Porte. C'est ainsi que ce prince réussit, à la

1 Avant îa paix d'Oliva, déjà un traité de partage de la Pologne , entre la Russie , l'Autriche et la Prusse avoit été projeté. Jeau- Casimir pou voit avoir connoissance de ce projet. Voyefc Ilist, des traités de paix > refondue, t. XII, p. 2995 t. XIV, p. 7.

4 C'étoient les treize ville» du comté de Zips que le roi Sigismond d'Hongrie avoit hypothéquées à la Pologne en 1712.

3 Ce prince émît arrivé à Saint-Pétersbourg le g dec. 1770.

* L'alliance entre la Russie et la Prusse ( , dout il est ici question, fut conclue le 11 avril 1764. Wehck, Codex , t. JJ, p. 48i.

suite d'une négociation assez longue et difficile « , à faire agréer aux deux cours impériales un projet qui devoit donner à l'Europe l'exemple d'un démembrement fondé sur de simples convenances. On arrêta une convention préliminaire, par laquelle on prit l'égalité des portions respectives des trois cours pour base du partage à faire 2 . On négocia ensuite , à Saint-Pétersbourg, pour régler le lot de la cour de Vienne ; le roi de Prusse et l'impératrice de Russie s'étant déjà accordés antérieurement 3 sur les portions auxquelles ils croyoient pouvoir prétendre 4 *

« Qn voit , i»nr les ouverture! cjue l'impératrice de Rustie fit faire au roi de Pologne, daus les années 1771 et 1775 , qu'elle avoit de la répugnance .à se prêter au partage de la Pologne qui, en effet, fcemblatt être en opposition avec les vrais intérêts de la Russie. Vovet, M. db Komàrze-wski , Coup à* œil rapide sur, les causes réelles de la décadence de la Pologne. Paris 1807 , pag. 168 ci i85.

s L'acte délivré y à ce sujet , par Ja cour de Vienne , et daté du 19 février 1772, se trouve dans Mémoires et actes authentiques, p. 2l5.

»3 Cette convention entre le roi de Prusse et l'impératrice de Russie fut signée à Saint-Pétersbourg le 17 février 1772. (Œuvres posthumes au roi de Prusse, t. V , p. 74.

4 L'exposé que nous venons de faire des circonstances qui amenèrent le premier partage de la Pologne, est puisé dans les ouvrages suivaus : Mémoires et actes authentiques relatifs aux négociations qui ont précédé le partage de la Pologne , tirés du portefeuille (Tun ancien ministre du dix- huitième siècle ( M. le C. de Gœrtz) 18 10. Œuvres posthumes du roi de Prusse, tom. V. Fie privée, politique et militaire du prince Henri de Prusse, publiée a Taris en 1809. (Ouvrage d'un écrivain bien instruit ). Lettres particulières du baron de Viomênil sur les affaires de Pologne eu 1771 et 1772. Paris 1808. [ Oohm Denkwùrdigkeiten meiner Zeit , Lemgo, x8i4 , 3 vol. in-8°. Comte Ferravd , Histoire des trois démembremens de la Pologne, Paris 1820, 3 vol. in-8°. Cet estimable auteur est d'accord , dans les points essentiels , avec ce récit. Il est à regretter que se bornant à rédiger les matériaux laissés par Rulhière , il n'ait pas pris connoissance des ouvrages qui ont paru dans l'intervalle ; U y auroit trouvé de quoi confirmer ses jugemens , mais en môme temps le moyeu de répandre plus de clarté sur quelques points où les papiers de Rulbicre étoieut eu défaut. Les Mémoires pour servir à l histoire des événemens de la fin du dix-huitième siècle , par feu Vabbé Georgel , Paris 1817 , 2 vol. iu-8° , t enferment aussi plusieurs faits iulcressans relativement au premier partage de la Pologne. L'auteur de l'édition refondue de V Histoire des traités de paix , par M. Koch, Paris

3713 — 1789- 171 Enfin, des conventions formelles furent signées à Conventions Saint-Pétersbourg , entre les ministres des trois cours*. Les limites des pays et districts de la Pologne qui de- pîemicr^rugc. voient tomber en partage à cbacuue des trois puissances, 5 août 177a. y furent arrêtées définitivement et garanties entre elles. Ou convint de remettre au mois de septembre suivant la prise de possession des lieux et districts désignés , et à agir de concert pour ménager un arrangement définitif avec la republique de Pologne. L'impératrice de Russie s'engagea, par la même convention» à rendre • aux Turcs la Moldavie et la Walachie , afin de faciliter le rétablissement de la paix entre elle et la Porte. Ce . fut eu conformité de cette convention * que les déclarations et lettres-patentes des trois cours 2 furent présentées à Varsovie au mois de septembre 1772, et que ces cours , en prenant possession des pays et districts qui leur étoient assignés , publièrent des mémoires 3 pour établir la légitimité de leurs droits sur les pays

1817, i5 vol. in-8 p , a réfute, vol. XIV, p. a4, l'assertion du superficiel Wraxall et^de l'exact William Coxe, d'après laquelle ce seioit Frédéric II qui auroit eu la première idée de ce partage. C'est ici le cas de dire : Suum cuique ].

1 L'auteur de cet ouvrage publia ces conventions , pour la première foi», au tome II, pag. 3u et 3x6 de son Recueil des traités, imprimé à Bâle en 1802. Elles ont été réimprimées depuis avec les Lettres du baron de Vioménil, publiées k Paris en 1808 , a h page i3"j de ces lettres; mais c'est a tort que l'éditeur de ce dernier ouvrage se flatte d'avoir fourni la première édition desdites conventions.

* Ces déclarations se trouvent dans l'Histoire des révolutions de la Pologne, t. II, p. 486.

5 La cour de Vienne fit impiimer un écrit sons ce litre : Jurium Hungariœ in Rùssiam minorent et Podoliam, Bohemiœyue in Osivicensem et Zatoriensem dur.atus prœvia explication Vindob. 1773. La Russie publia : Exposé de la conduite de la cour impériale de Russie vis-à-vis de la sérénissime république de Pologne, ovecXa déduction des titres sur lesquels elle fonde sa prise di possession, etc. Fétersbourg , 1773. Enfin la cour de Berlin publia le mémoire suivant : Exposé des droits de Sa Majesté le roi de Prusse sur le duché de Pomérelie et sur plusieurs autres districts du royaume de Pologne, etc. Berlin, 1772. Ces diflérens écrits ont été réfutés par un gentilhomme polonols dans un ouvrage intitulé : Les droits des trois puissances alliées sur plusieurs provinces de la république de Pologne.

172 PilUODB VI1Î.

qu'elles revendiquoient. Le roi et le ministère de Pologne réclamèrent en vain l'assistance et la protection des puissances garantes des traités 1 ; il ne leur resta -d'autre parti à prendre que de condescendre à tout ce que les trois cours en exigeoient. Une diète, indiquée à Varsovie , nomma une délégation , tirée du sénat et de Pordre équestre , et chargée de transiger avec les plénipotentiaires des puissances coparta géantes sur les

Srojets des différons traités par lesquels les provinces éjà Occupées dévoient leur être formellement cédées par la république. Ces projets furent signés séparément 18 iept. 1773, à Varsovie, et ratifiés depuis par la diète de Pologne 2 . Portion» L a maison d'Autriche, par son traité avec la répu-

^irois C cou» dt, ^4î ie » ^ fi* adjuger, outre les treize villes du comté <ie Zips que le roi Sigismond de Hongrie a voit hypothéquées à la Pologne, en i4i 2, la moitié environ dupalalînat de Cracovie, une partie de celui de Sandomir, ie palatin at de la Russie- Rouge,la plus grande partie de celui de Belz , la Pocutie , et une partie de la Podolie. Les villes du comté de Zips furent incorporées de nouveau à la Hongrie dont elles avoient été démembrées , et tout le reste fut érigé en un état particulier , sous la dénomination de royaume de Galicie et de Lodomérie. Un avantage bien essentiel du partage de l'Autriche étoient les riches salines deWieliczka , de Bochnia et de Sambor, qui fournissoient le sel à la plus grande partie cb la Pologne 3 .

La Russie obtint, pour sa part, la Livonie polonoisc, la plus grande partie du palatinat de Witepsk, la partie principale de celui de Polotsk, tout le palatinat de Mscislaw et les deux extrémités du palatinat de Minsk *.

» Voyez Histoire des révolutions de la Pologne, t. II, p. et 5oo.

s y oyez ces traités , avec les sept actes séparés qui en font partie dans le Recueil des constitutions publiées dans la diète extraordinaire de Varsovie de 1773 et 177.^.

^ 5 On évalua le partage de l'Autriche à environ i3oo milles carre»

(l'Allemagne et à uuc population de 700,000 âmes.

* Ces pays étoient évalués à 4 167 railles carias et à une ponulation de trois raillions bo,ooo LabiUns.

L'impératrice en forma deux grands gouvernement , celui de Polotsk et celui de Mohilow.

Le roi de Prusse eut les districts de la Grande- Pologne , situés en-deçà de la Netze , ainsi que toute la Prusse polonoise , à l'exception des villes deDantzic et de Thorn , qui furent réservées à la Pologne ». Cette république renonça aussi, par son traité avec le roi de Prusse , aux droits de domaine direct et de réversion que les traités de Welau et de Bydgost de \S5>7 a voient assurés à la Pologne sur la Prusse électorale ainsi que sur les districts de Lauenbourg , de Butow et de Draheim. La part du roi de Prusse étoit d'autant plus importante ^ sous le rapport de la politique, qu'elle combinoit le royaume de Prusse avec les états allemands de ce prince , et qu'en le rendant maître des bouches de la Vistule , elle mettoit dans sa dépendance le commerce de la Pologne, et nommément celui des grains , si précieux à l'Europe» '

En démembrant ainsi la Pologne, les cours copartageantes renoncèrent , de la manière la plus formelle , à toute prétention ultérieure sur la république. vV.Enfin , pour consolider leur ouvrage , les trois cours ?°"* l ^ U j °J 1 passèrent, à Varsovie, un acte, par lequel elles sanc- ^Po"™,? * ïionnèrent le libemm *velo et l'unanimité usités précé- garantie, demment dans les matières d'état à la diète; la cou- »5marii755. ronne fut déclarée à perpétuité élective, et Ton prononça l'exclusion des princes étrangers. L'autorité du roi, déjà très fbiblc, fut encore limitée davantage par rétablissement d'un conseil permanent, et il fut statué qu'on ne pourroit plus rien changer à cette constitution , dont les trois puissances copartageantes se rendirent garantes.

[ Le partage de la Pologne doit être regardé comme Jugement le précurseur du renversement total du système poli- £ r Jp2JJ2J

1 La portion du roi de Prusse comprenoit 106 1 milles carrés et nue population d'un million i5o,ooo âmes. Elle renfermok 262 tilîrs et 8274 villages , tandis que celle de la Russie avoit 3go villes et 5385 villages, y oyez le tableau annexé au 3. 6 tome , 4." cahier du Nouveau magasin de Gœttingue.

tique qui , depuis trois siècles , avait prévalu en Europe. Tant d'alliances avoient été Formées , tant dd guerres entreprises pour préserver les étals foibles contre l'ambition des grands; ici trois puissances du premier rang se confédérèrent pour dépouiller un état qui ne leur avoit donné aucun ombrage. Ainsi , les* barrières entre le droit et le pouvoir arbitraire furent renversées , et désormais le sort des états inférieurs n'étoit plus assuré. Le système de l'équilibre politique devint la risée des novateurs, et les hommes bien intentionnés commencèrent à le regarder comme uné chimère. Si le principal blâme de cette action tomba sur les cours de Saint-Pétersbourg, de Berlin et de Vienne , celles de Londres et de Paris y participèrent en laissant consommer cette spoliation, sans la marque même de leur réprobation. ]

Révolutions Le régime aristocratique avoit prévalu en Suède ;

de Suède : ré- d e p U î 8 l es changemens que la révolution de 1720 avoit 6 m \i a que.° C introduits dans la forme de son gouvernement. Le

Frincipal pouvoir résidoit dans le corps du sénat , et autorité royale se trouvoit réduite à rien. Les mêmes factions dont nous avons parlé plus haut, les Chapeaux et les Bonnets , continuoient à agiter l'état et à se déchirer mutuellement. Celle des Chapeaux étoit dans l'opinion que , pour relever la gloire de la Suède et

I>our recouvrer les provinces de Livonie et de Finande , il falloit cultiver l'amitié de la France et de la Porte , afin de se ménager leur appui en cas de rupture avec la Russie : celle des Bonnets , au contraire , soutenoit que la Suède , affoihlie par les guerres pré* cédentes,ne devoitrien entreprendre cou tre la Russie. En préférant le système pacifique , elle ne cherchoit qu'à entretenir la paix et la bonne intelligence , indifféremment avec toutes les puissances. Ces factions , fomentées par l'or des étrangers , acquirent une nouvelle importance à Poccrsion de la guerre qui s'étoit »^G8. élevée entre la Russie et la Porte. Ce fut pendant la diète de 1769 que celle des Chapeaux trouva moyen de s'emparer du gouvernement , en dépouillant les

membres du parti opposé des principaux emplois. Il y avoil alors lieu de croire que la France , par suite de ses liaisons avec la Porte, ne négligerait rien pour soulever la Suède contre la Russie , et crue tel étoit l'objet de la mission de M. de Vergennes , qui de la cour ottomane passa à celle de Stockholm. La Russie de voit 1 77 1 • donc mettre tout en œuvre pour relever le crédit et l'influence des Bonnets , afin de maintenir la paix avec la Suède. Elle fat aidée dans ses efforts par la cour de Londres, qui, outre qu'elle se plaisoit à seconder les intérêts de la Russie, ne demandoit pas mieux que de traverser la France dans la marche de sa politique. La mort du roi Adolphe-Frédéric, arrivée sur ces Avènement

. r 4. r % \ *,. . ■• de Gustave J 1 1 •

entrefaites, ouvrit un nouveau champ a 1 intrigue dans 12 février 1771. la diète qui fut indiquée à l'occasion de l'avènement de Gustave III , son fils et successeur. Ce jeune prince* s'entremit d'abord entre les deux partis pour tâcher de les concilier ; mais il y réussit si peu que les animoshes ne firent qu'augmenter , et que les Bonnets , soutenus par la Russie et l'Angleterre , parvinrent à faire arrêter l'expulsion totale des Chapeaux , tant du sénat que des autres places et dignités du royaume. La licence devînt dès-lors extrême 5 et, quelque restreint

3ue fut déjà le pouvoir royal , d'après l'assurance onnée par le roi Adolphe -Frédéric , on exigea de nouvelles restrictions dans celle qu'on fit signer à son successeur 1 . Des traités , projetés avec la Russie et avec l'Angleterre , dévoient être le résultat du système suivi par la faction qui venoit de s'emparer de tous les . principaux pouvoirs.

Dans cet état de choses, le jeune roi crut devoir Ce prince tenter un changement dans la forme du gouvernement. c "'JXiTÎlu* Sa douceur , son éloquence ? ses manières aisées et gouvernement, populaires , lui avoient gagné nombre de partisans. Il possédoit , dans un degré éminent , l'art de feindre ; et, pendant qu'il disposoit tout pour faire une révo-

1 Le* articles principaux de cette dernière assurance sont rapportés par Williams, Histoire des gouvernemens du Nord, t. II, p. a48.

lution , et qu'il en concertoit en seeret les mesures avec l'ambassadeur de France , il n'eut rien tant à cœur que de convaincre tout le monde de son attachement sincère à la constitution établie. On prétend qu'il envoya des émissaires par tout le royaume pour soulever le peuple contre les gouvernans, et quafin d'avoir un prétexte de faire marcher des troupes, il engagea la capitaine Hellichius, commandant de Christianstadt en Bleckingie , à lever l'étendard de la révolte contre les Etats , dont les séances se continuoient toujours à Stockholm.

Insurrection C e t officier, connu depuis sous le nom de Gmau ^^T l iofiiœU * , en se portant à cette démarche, publia i* août 1772. une sorte de manifeste , dans lequel il reprochoit aux Etats leur mauvaise conduite, qu'il démontroit être diamétralement opposée aux lois existantes et à l'intérêt public. Le prince Charles , frère du roi , qui se trouvoit dans le même temps à Landscrona en Scanie, instruit de l'entreprise du commandant de Christianstadt, rassembla aussitôt les troupes provinciales, et les mena devant cette place , dans l'intention , à ce qu'il disoit , d'étouffer la révolte dans sa naissance. La nouvelle de ce soulèvement répandit la consternation dans la capitale. Les Etats qui se méfioient du roi, prirent des mesures pour prévenir les desseins ambitieux qu'ils lui supposoient. Le commandant Hellichius fut déclaré , par le sénat , rebelle et coupable de haute trahison. On avertit le roi de ne point quitter Stockholm , dont le commandement fut confié au sénateur comte de Kalling, avec les pouvoirs les plus étendus. Enfin , le régiment d'Upland , dont les officiers étoient à la dévotion du sénat , fut mandé , dans l'intention , à ce qu'on croit , de faire arrêter le roi. Ce prince vit alors qu'il n'y avoit plus à différer, et qu'il falloit achever l'exécution du plan qu'il s'étoit proposé.

Révolution (je fut dans la matinée du 10 août qu'il se présenta

de Stockholm. * ^ V

« C'est-à-dire: bouclier de Gustave.

i;i5 — 17^9- 177 aux compagnies qui montaient 1" garde au palais , et qu'en ayaut convoqué les officiers, il leur exposa le malheureux état du royaume comme étant la suite des dissensions qui partageoient la diète depuis plus de quatorze mois qu'elle étoit assemblée. Il leur démontra la nécessité d'abolir cette orgueilleuse aristocratie qui perdoit l'état, et de rétablir la constitution telle qu'elle étoit avant 1680, en manifestant toutefois son aversion pour le pouvoir absolu et despotique. Assuré des gardes qui s'empressèrent de lui prêter le serment de fidélité , il commanda un détachement pour investir la chambre du conseil, où les sénateurs se trouvoient réunis, et fit mettre aux arrêts les principaux chefs du parti dominant. Les régimens des gardes et de l'artillerie ayant aussi reconnu son autorité , leur exemple fut suivi de tous les collèges tant civils que militaires; l'arrêt contre le commandant Hellichius fut révoqué, et le régiment d'Upland reçut Tordre de rétrograder. Ces mesures et quelques autres s'exécutèrent avec tant d'intelligence et de ponctualité , que l'ordre public n'en fut point troublé, et que, sans verser une seule goutte de sang, la révolution parut consommée sur les cinq heures du soir de la journée du 19. Le lendemain , le magistrat de la ville prêta le serment au roi, et l'assemblée des Etats fut indiquée pour le 21 .

Ce jour-là, le roi fit investir le palais par des troupes, et braquer des canons dans la cour qui faisoit lace à la salle des Etats. Assis sur son trône et environné de ses gardes , ce prince fit l'ouverture de l'assemblée par un discours énergique qu'il adressa aux Etats, et dans lequel il peignit, avec des couleurs vives, l'état déplorable du royaume et le devoir indispensable d'y apporter un prompt remède 1 . La nouvelle forme de gouvernement qu'il avoit préparée , fut lue par ses ordres , et adoptée sans réclamation par le concours des quatre ordres du royaume. Le roi tira ensuite un

* Ce discours se trouve à la suite de la Lettre à M* Visco iti sur la révolution arrivée en Suède le 19 août 1772, par M. l'abbé Michele6si , p. 116.

Ct natilution.

178 PÉRIODE VHÎ.

livre Je cantiques Je sa poche, ct, en ôtant sa couronne , entonna le Te Deum que toute rassemblée chanta avec lui. La chose se passa dans l'intérieur des 'provinces avec aussi peu de tumulte et d'opposition , que dans la capitale et dans les villes principales. Les princes , frères du roi, reçurent, en son nom , le serment de fidélité* delà part des habita ns et des troupes 1 . PiVcis Je rnic En vertu de cette nouvelle forme de gouvernement 2 , toutes les lois fondamentales antérieures, introduites depuis 1680, sont abolies et annullées. La succession au trône est restreinte aux mâles; l'ordre linéal avec le droit de primogéniture et de représentation , arrêté par la convention de 1745 ct par le décret de la diète de 170*0, est confirmé 3 . Le roi seul gouvernera le royaume selon les lois,et le sénat lui tiendra lieu Je conseil. Tous les sénateurs seront nommés par le roi, elles affaires ne se traiteront plus au sénat à la pluralité des suffrages. Les sénateurs donneront simplement leur avis; la décision appartiendra au roi. Les affaires de justice cependant en sont exccptées.Le commandement en cheï de toutes les forces du royaume , tant de terre que de mer, de même que la direction suprême des finances, sont attribués au roi. 11 nomme , sur le rapport du sénat , à tous les hauts offices, tant militaires que civils et ecclésiastiques ; il a le droit de faire grâce, et convoque aussi seul les Etats qui ne peuvent s'assembler de leur propre chef, que dans le cas de la vacance du trône par l'extinction totale des mâles de la famille royale. La durée des diètes est fixée à trois mois , et le

» Voyei) sur cette révolution, outre l'abbé Michelessi , le précis que BuscmKG en a donné dan* son Magasin, t. XII, p. 1 19; l'Histoire delà dernière révolution de Suède , traduit de l'anglois p tfe Sheridak , 8. Londres 1783; et les Mémoires historiques et inédits sur les révolutions arrivées en Danemarr.i et en Suède, pendant les années 177", 1771 et 1772, par feu l'abbé- Roman, témoin oculaire , publié» à Paris en 18P7.

a L'acte de cette nouvelle constitution se trouve à la suite de la Lettre , publiée par Vabbê Michelessi, et dans Williams, Histoire des ^ouvernemens du nord, t. Il, p. 255.

s Voyez Bigentlivhe Staatsverjassung des Reiçhes Schweden,

1713 — 1789. 1*9 roi a la (acuité de les dissoudre à celte époque» Ce prince ne peut faire aucune nouvelle loi, ni interpréter les anciennes , ni imposer aide ou subside , ni déclarer la guerre sans l'aveu et le consentement des Etats. Il lui est permis néanmoins d'établir une impositiou extraordinaire dans le cas où le royaume seroit attaqué à main armée. Mais , dès que la guerre sera terminée * les Etats seront assemblés, et les nouveaux impôts cesseront. Les négociations de paix , de trêves et d al-» lianecs, soit offensives, soit défensives, sont réservées au roi , qui en référera au sénat. Si , dans ces sortes de cas, l'avis unanime des sénateurs est opposé à celui du roi , il est du devoir du prince d'acquiescer au sen-* liment du sénat. Tout citoyen suédois ne pourra être jugé que par son juge naturel. Le roi n'attentera ni à la vie , ni à l'honneur, ni à la liberté , ni à la fortune du citoyen, autrement que par des formes légaleSi Toute commission ou tribunal extraordinaire demeu-* rera supprimée, comme tendant à établir le pouvoir absolu de la tyrannie.

La révolution de Stockholm , dont nous venons de IU'voIui'kjh parler , n'a. rien de commun avec celle qui arriva cette f * c Co p enua ë ue ' même année à Copenhague , et qui , sans toucher en aucune manière à la constitution du royaume , ne fit que transporter les rênes du gouvernement des mains ue la reine régnante, en celles de la reine douairière

Il existoit dans un coin de l'Europe une» association République guerrière d un genre tout-à-fait particulier , celle des ^^^"I! Cosaques Zaporogues, appelés ainsi parce qu'ils de- ' ,, P 0,0 &" 0 ** meuroient vers les cataractes du Dniéper ou Borysthène, où ils servoient de milice frontière, d'abord aux Polonois et ensuite aux Russes. Le siège principal de ces Cosaques se nommoit Setscha 3 . C'étoit un

1 Celte dernière révolution coûta la rie au comte Struenfiée, nùuisire principal , ainsi qu'au comte de Brahdt. Des détails tn- U'ressans sur cette révolution de Copenhague se trouvent dans tes Mémoires historiques et inédits de feu TaMié LIomax , cités cidessus.

* Setscha vent dire retranchement en langue russe. i

l8o PÉRIODE VIIT. '

amas considérable de maisons éparses et mal construites, où Ton voyoit un petit fort occupé par une garnison russe. La position de la Setscha n'a pas toujours été la même; elle fut établie en dernier lieu sur la rive occidentale du Borysthène , auprès de la rivière de Podpolnaja, vis-à-vis Kamennoi-Saton , ancienne forteresse des Russes ; et c'est ce qu'on appeloit la nouvelle Setscha * . Ces Cosaques , connus en Pologne sous le nom de Haydamaques , et redoutables par leurs courses et leurs rapines , se gouvernoient en forme de république. Leur Setscba se divisoit en trentehuit kurènes ou quartiers. Chaque Cosaque Zaporogue appartenoit à une de ces kurènes ; il y demeuroit quand il s'arrêtoit dans la Setscha et étoit obligé d'en suivre les lois. Tous ceux qui étoient de la môme kurène , fbrmoient comme une seule et môme famille. Semblables aux anciens Spartiates , ils se nourrissoient des mêmes al i mens , et mangeoient à la même table. Ou nommoit ataman le préposé de chaque kurène particulière , et hosehewoi-ataman le chef de toutes les kurènes. Tous les chefs , indistinctement , étoient élus d'un commun accord ; l'ataman , par sa kurène $ le koschewoi , par toutes les kurènes réunies ; ils étoient déposés de môme dès qu'ils cessoient de plaire. Les assemblées de la Setscha étoient ou ordinaires ou extraordinaires. Dans celle qui se tenoit régulièrement tous les ans , le premier janvier , on faisoit la répartition des champs, des rivières et des lacs entre les kurènes. Elle se faisoit au sort afin d'éviter les disputes, et on la renouveloit tous les ans , pour que la chance devint successivement favorable à toutes les kurènes. On élisoit en môme temps à cette assemblée de nouveaux chefs , si l'on étoit mécontent des anciens. Quant aux assemblées extraordinaires, elles a voient lieu quand il s'agissoit d'entrer en campagne , de faire quelque excursion, et généralement dans toutes les occasions où l'intérêt commun de la Setscha sembloit

» Notva setscha.

iyi3 — 1789. i3i

l'exiger. Il y avoit un juge et d'autres officiers dans la beUcha. Le juge ne prouonçoit que dans des affaires de moindre importance ; celles qui parbissoient plus graves , exigeoient l'intervention de tous les chefs. Ou ne soufFroit aucune femme dans la Setscha $ ceux qui vouloient se marier étoient obligés de passer ailleurs. P^ijr compléter leur nombre , les Zaporogues recevoient des déserteurs et des gens de toutes les nations ; ils avoient grand soin surtout de recruter leurs corps de jeunes garçons qu'ils enlevoient dans leurs courses pour les élever dans leurs coutumes et dans leur manière de vivre.

La trêve d'Andrussow, entre la Russie et la Pologne^ s «« révolution* avoit laissé ces Cosaques sous la protection commune 1 des deux états. Ils se donnèrent à la Russie , et furent lw 7&* maintenus sous la domination de cette puissance par la paix de Moscou. Impliqués depuis dans la révolte 1686. de Mazeppa , ils se mirent , après la bataille de Pultawa, sous la protection des Tatars de la Crimée , et transférèrent leur Setscha sur le bord oriental du Dniéper, plus près de son embouchure. JVJécontens des Tatars qui réprimoient leurs courses , et qui fàisoient souvent des exactions dans la Setscha, ils prirent le parti de 1733. rentrer sous la domination de la Russie. L'impératrice Anne leur confirma leurs privilèges , et leur fournit de l'argent pour les aider à reconstruire leur Setscha sur la rive occidentale du Dniéper.

Comme ils ne cessoient cependant pas d'exercer le s * dettruction. brigandage sur les frontières, ne ménageant ni amis ni alliés, l'impératrice Catherine II résolut n'anéantir tout-à-fait cette association bizarre. Outre les pillages, on reprochoit aux Zaporogues l'usurpation successive de plusieurs contrées entre le Dniéper et le Bog, ainsi que celle de différens districts qui, de tout temps, avoient appartenu aux Cosaques du Don. Ce qui aigrit surtout l'impératrice contre eux, c'est qu'attachés avec opiniâtreté à leur constitution vicieuse , ils s'opposoient à tout projet de réforme qui avoit pour objet de les faire vivre en société régulière et dans les liens du ma-

j8*2 PÉRIODE VIH.

riage, ou de les engager à se faireenrégimcntcr à l'imitation des autres Cosaques. Ils s'étoient aussi refusas à Fenvoi des députés qmi Catherine a voit mandés de toutes les parties de l'empire à Moscou , pour la formation d'un nouveau code de lois; et l'on craigrioit même qu'ils ne tentassent quelque révolte à l'occasion des changemens que l'impératrice se proposoit de faire dans l'administration des gouvernemens de son empire. Ces considérations, et d'autres encore, portèrent cette princesse à 1776. faire marcher un corps de troupes contre la Setscha.

Attaqués à l'improviste et cernés de toute part , les Zaporogues se virent dans l'impuissance de faire aucune résisance. Leur Setscha fut détruite, et tout le corps des Zaporogues dispersé. On renvoya dans leurs villes natales et dans leur patrie respective ceux qui ne voulurent pas embrasser un autre genre de vie dans le pays où ils se trouvoient ».

Succession [La succession de la Bavière, ouverte par le décès de Bavière. <Je Masimilien- Joseph , dernier électeur de la branche 00 déc. 1777. cadette de la maison de Witlelsbach , fournit à l'empereur Joseph II l'occasion de faire voir que sa politique suivroit les erremens du partage de la Pologne , et qu'elle ne reconnoîtroit d'autres règles que celles de sa convenance , sans respecter les droits d'autrui lorsqu'ils contrarieroient ses intérêts. Le moment lui parut propice pour s'emparer d'une grande partie de la Bavière que sa maison convoitoit depuis long temps. La Russie étoit menacée d'une nouvelle guerre avec la Porte; la France, unie a l'Autriche par des liens de famille aussi bien que par ceux d'une alliance , se préparoit à arracher à l'Angleterre le sceptre de la mer ; celle-ci, de son côté, étoit tourmentée par ses querelles

» Muller , iSammlung russischer Geschichte, t. IV, p. 4u. L'ukase par lequel l'impératrice prononça la dissolution de la Setscha des Zaporogues , se trouve dans l'Histoire de la Petite-Rusaie , par Sciierer, t. I, p. 267. En 1796 on rassembla les restes de ces Zoporofçues et ou les e'tablit comme milice frontière, avec d'autres Cosaques , entre les rivières de Kuban et de Jéi et dans l'île de Taman. On les appelle Cosaques Tschcrnomorstye , ou de .la mer Noire.

avec les colonies d'Amérique. Quant à la Prusse , on ne pensoit pas que Frédéric II preudroit au sort de la maison palatiue un intérêt assez vif pour sortir de son repos et compromettre sa gloire militaire, ]

La succession de la Bavière revenoit de droit à Charles-Théodore , électeur palatin , comme chef de la branche aînée de Wittelsbach. Ce prince avoit pour lui le droit féodal germanique, la bulle d'or, la paix de Westphalie et les pactes de famille , renouvelés plu- . sieurs fois entre les deux branches de cette maison. Toute l'Europe éloit dans la persuasion que, le cas éehéant , les droits de l'électeur palatin seroieul hors de toute atteinte.

Cependant 1 électeur Maxiinilien eut à peine fermj; P» les yeux, que plusieurs prétençlans se mirent sur les clU ' rangs pour disputer la succession à son héritier pvér somntif.

L empereur JosepKlI réclamoit tous les fiefs d'Empire que les empereurs, ses prédécesseurs , avoieut conférés séparément à la branche de Bavière, sans comprendre nommément, dans les investitures, les princes de la branche palatine.

L'impératrice Marie-Thérèse répéloit, outre les fiefs du Haut-Palalinat relevaut de la couronne de Bohême, tous les pays et districts de la Basse et Haute-Bavière et du Ilaut-Palatinat, que la ligne de Bavièrc-Straubingen , éteinte déjà en i4*j5, avoit possédés. Elle s'appuyoit d'une prétendue investiture que l'empereur Sigismond avoit accordée, en 1426, au duc Albert d'Autriche, son gendre 1 .

1 Le même empereur, mieux iiutvuit depuis, adjugea , par sentence r<n<lue à Pmhourg, en l429, toute la successiou de Straubingen aux ducs de Ravine comme he'iiliers légitimes, et le duc Albert d'Autriche renonça , encore cette même année, aux prétentions qu'il y avoit formées, moyennant une somme d'argent que les ducs de Bavière lui payèrent, et quelques autres avantages qu'ils lui firent. Celte transaction , pour la sûreté de laquelle le duc d'Autriche reçut la sainte cène , ayant été produite par le roi de Prusse, uc laissa pas d'embarrasser beaucoup l'imperatrice-iciuc.

étendant à lté succession.

l84 PÉRIODE VIII.

LTéJectrice douairière de Saxe, sœur du dernier électeur 'de Bavière, se crut fondée à réclamer la succession àllodiale, à laquelle elle donnoit une très-grande extension.

Enfin les ducs de Mecklenbourg faisoient valoir une ancienne expectative que leurs ancêtres avoient obtenue des empereurs sur le landgraviat de Leuchtenberg. Convention On ne connoissoit pas encore ces diverses prétendu 3 janvier. t j or)S ^ ] orS q Ue J es troupes autrichiennes , entrant dans la Bavière , immédiatement après la mort du dernier électeur , se mirent en possession de tous les pays et districts réclamés par l'empereur et par l'impératricereine. L'électeur palatin , intimidé par la cour de Vienne, reconnut la légitimité de toutes les prétentions de cette cour par une convention qui fut signée 3 janvier 1778.4 Vienne, mais à laquelle le duc de Deux-Ponts 1 , son successeur et héritier présomptif, refusa de donner les mains 1 . Ce prince fut soutenu /dans son opposition , par le roi de Prusse, qui traita les prétentions autrichiennes de chimériques , et comme étant incompatibles avec la sûreté et la constitution du corps germanique.

Intervention Le roi s'entremit dans cette affaire, en qualité de du roi de Pi U66C. g aran t J e la paix de Westphalie , et comme ami et allié des parties intéressées , qui toutes réclamoient sa protection. Il exigea de la cour de Vienne qu'elle retirât ses troupes de la Bavière , et qu'elle rendît à l'électeur les pays dont elle l'avoit dépouillé. Une négociation s'ouvrit à ce sujet entre les deux cours, et de nombreux „ écrits de controverse furent publiés 2 : mais les propo-

1 Ce fut le roi de Prtuse qui envoya , en tecret , le comle de Gœrtz ver* le duc de Deux-Ponts , pour l'empêcher de donner ton adhésion au traité du 3 janvier 1770. Ce prince avoit déjà expédié à son ministre à la cour de Munich l'ordre de bigner la convention, lorsqu'il en fut détourné par le comte de Gosrlz. Cette négociation tout-à-fait inléi étante a été décrite par ce minime , et publiée , en j8i2, à Francfort sous le titre: Mémoire historique de la négociation, en 1778 , pour la succession de la Bavière, confiée parle roi de r russe , Frédéric- le- Grand , au tonile Eus tache de Gœrtz.

a Vovcz Exposé des motifs qui ont engagé S. M. le roi de

sitions du roi de Prusse n'ayant pas été du gré de la cour de Vienne , les conférences Furent rompues à la fin de juin 1778, et on ne s'occupa plus que des moyens de se faire la guerre.

Ce fut au commencement de juillet que le roi de Guerre Prusse entra dans la Bohême par le comté de Glatz, e * l \^*J™^ et qu'il établit son camp entre Jaromitz et Kœnigsgraetz, en face de celui de l'empereur et du maréchal Daun , dont il n'étoit séparé que par l'Elbe. Une autre armée , composée de Prussiens et de Saxons, èt commandée par le prince Henri de Prusse , pénétra dans la Bohême parla Lusace; elle fut arrêtée dans sa marche par le maréchal Laudon , qui , en prenant une position trèsavantageuse , rompit toutes les mesures du prince de Prusse. Enfin , une troisième armée prussienne se porta dans la Silésie autrichienne , et occupa la plus grande partie de cette province. Jamais on n'avoit vu des armées plus nombreuses et mieux disciplinées, aussi rapprochées les unes des autres , et commandées par des généraux aussi expérimentés, sans qu'il se passât aucune action mémorable. L'empereur et ses généraux eurent le bon esprit de se tenir sur la défensive, et tous les efforts du roi de Prusse, pour engager une action générale, furent infructueux. Ce prince, qui perdoit beaucoup de monde par les maladies et la désertion , fut même forcé d'évacuer la Bohême sur la fin d'octobre , et son exemple fut suivi de près par le prince Henri , son frère 1 .

A l'ouverture de cette première campagne, l'impé- Conférence» ratrice-reine , animée du désir de la paix, envoya le dt B » auuau « baron de Thugut au roi de Prusse , pour lui faire de nouvelles propositions. On établit des conférences au couvent de Braunau, qui n'eurent pas un meilleur «oût 1778. succès que les précédentes, à cause des dispositions

Prusse à s'opposer au démembrement de la Bavière. Déduction de la cour de Vienne; celle* du duc de Deux-l'onts et de J' électeur de iSaxe; «le la maison de Mecklenbourg.

• Mémoires de la guerre de 1778 dans les Œuvres posthumes du roi de l' russe , t. V , p. 221.

i86 période vin.

peu pacifiques de l'empereur, qui penchoit pour I* continuation de la guerre ». Enfin ce fut la puissante intervention des cours de Versailles et de Saint-Pétersbourg, qui accéléra le retour de la paix. \ Intervention La France • obligée, aux termes de son alliance avec de la France l'A utriche , de fournir des secours à Fimpératrice-reine.

et de la Rusjic. ./ , , ^ „. r

ne pouvoit, dans le cas présent, allier cet engagement avec l'intérêt de sa couronne ni avec les obligations que le traité jde Wcstphalie lui imposoit à l'égard du corps germanique. La guerre d'ailleurs qui venoit d'e- - dater entre clic et l'Angleterre à l'occasion de son alliance avec les Etats-Unis d'Amérique, lui faisoit désirer le rétablissement de la paix continentale, pour éviter tout ce qui pouvoit servir à faire diversion à ses forces maritimes. L'impératrice de Russie crut aussi sa gloire intéressée à ne pas rester spectatrice tranquille d'une lutte qui , si elle se prolongeoit , pouvoit mettre toute l'Europe en combustion. Cette princesse déclara à la cour de Vienne qu'en conséquence des liaisons d'amitié et d'alliance qui subsistoient entre elle et la cour de Berlin, elle se verroit dans le cas de joindre ses troupes à celles du roi de Prusse, si la guerre devoit continuer; mais qu'avant d'en venir à cette extrémité elle interposeroit ses bons offices , conjointement avec la France , pour terminer à l'amiable Je différend ac- , tuel.

Congrès La médiation des deux cours ayant été acceptée par de TckcIicii. les puissances belligérantes, on indiqua à Teschen, dans la Silésie autrichienne , un congres dont l'ouverture eut lieu au mois de mars de l'année 1 779» L'impératrice de Russie , pour donner plus de poids à son jintervention, fit marcher sur la frontière un corps de .. troupes destiné à agir au gré du roi de Prusse , et comme troupes auxiliaires, en cas que la guerre vînt à se renouveler. Le prince Repnin , qui commandoit ce corps, déploya en même temps la qualité d'ambassadeur ex-

> Recueil de Herzberg , loin. 1!, p. 169 et suiv. Mémoires du " roi de Prusse , \u 345—248.

traordinaire au congrès. La France y envoya le baron de Breteuil , son ambassadeur à la cour de Vienne. Tout ayant été préparé d'avance, et les principales difficultés aplanies , on parvint , en moins de deux mois, à signer la paix l . i3 mai 177g.

Ce traité annula la convention du 3 janvier, faite Paix de Tescheu. entre la eour de Vienne et l'électeur palatin; il ordonna la restitution de tout ce que l'Autriche avoit occupé dans la Bavière , à l'exception des lieux et districts si-; tués entre le Danube, l'Inn et la Salza. qui lui furent céaVs pour toutes ses prétentions à la succession de Bavière , auxquelles elle renonça dans la forme la plus authentique. Les fiefs d'Empire, qui avoient été conférés séparément à la branche de Bavière , furent assurés, par ce traité, à l'électeur palatin et à toute la maison palatine, de même que ceux situés dans le Haut-Palatinat et relevant de la couronne de Bohème.

L'électeur palatin s'engagea à payer à l'électeur de Saxe, pour ses droits à la succession aJlodiale , la somme de six millions de florins, argent d'Empire, et limpératrice-reine abandonna au même prince les droits de la couronne de Bohème sur différentes seigneuries enclavées dans la Saxe , et possédées par les comtes de Schoenbourg.

La branche palatine de Birkenfeld , à laquelle, comme issue d'un mariage inégal , on avoit contesté le droit de succession dans les états palatins , fut déclarée habile à succéder dans tous les états et possessions de la maison de Witlelsbach, compris dans, les pactes de famille de cette maison.

Les traités existant entre la cour de Vienne et le roi de Prusse , ceux de Westphalie , de Breslau , de Berlin et de Dresde, furent renouvelés et confirmés; et l'on reconnut formellement à la branche royale de Prusse le droit de réunir à la primogéniture de 1 electorat de Brandebourg les margraviats deBayreuth et d'Anspach, en cas d'extinction de la ligne qui les possédoit alors 5

1 V oyez les Mémoires du roi de Prusse.

iB3 pÉRioms vin.

droit que la maison d'Autriche a voit révoqué en doute pendant le cours des contestations dont nous veuoiis de parler. Quant à la maison de Mecklenbourg , on lui accorda, pour ses prétentions , le privilège de non appellanaO) en vertu duquel on ne pourra phis interjeter appel des tribunaux du pa js aux cours souveraines de l'Empire.

Les deux puissances médiatrices se chargèrent de la garantie du traité l .

Ainsi fut prévenue, dans sa naissance , la guerre pour la succession de Bavière. Elle offre cette singularité frappante, que la maison palatine, principale partie intéressée, n'y prit aucune part; que la Bavière, seul objet de la guerre, n'y fut point enveloppée, et que l'électeur palatin , qui avoit môme refusé l'assistance du roi de Prusse, retira cependant, par la protection de ce prince , le principal avantage de la paix. Confédération La maison d'Autriche ayant échoué , comme nous gei-niauique. venons de le voir , dans ses projets de conquête sur la Bavière, essaya depuis de se procurer ce pays par la voie d'un échange libre contre les Pays-Bas. L'électeur palatin se montra encore facile à condescendre aux vues de la cour Vienne 2 ; mais il n'en fut pas de même du duc de Deux-Ponts. Ce prince s'opposa hautement à l'échange; et le roi de Prusse, qui le soutenoit, s'efforça de démontrer qu'un pareil échange étoît inadmissible, et qu'il se trouvoit en opposition tant avec les traités antérieurs qu'avec les grands intérêts du corps germanique 3. La cour de Vienne abandonna alors , en apparence du moins , ce projet ; mais les ul armes qu'il avoit causées dans tout l'Empire don-

» Voyez le Recueil de Herzberg, t. II , p. 267 j et celui de Martens , t II , p 1.

* Un traité relatif à cet échange fut signé à Munich le i5 jauriet 178Ô ; en vertu de ce traité, les Pays-Bas étoient cédés à l'électeur sous le titre de royaume d'Austrasie ou de Bourgogne , à l'exception du duché de Luxembourg et du coinié de Namur qui dévoient passer à la France. Mémoire du général Grimoard , lu au conseil du roi en 1786 , dans le» Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XCI, par 6oulàvie t t. V, p t 66.

5 Voyez HerzberGj U 11 , p. 356.

aèrent Heu à l'association connue sous le nom de confédération germanique. Elle fut conclue à Berlin , entre *3 juillet 1785. les trois électeurs de Saxe, de Brandebourg et de tëranswick-Lunebourg ; et plusieurs princes et états d'Empire y adhérèrent successivement. Cette association , purement défensive , n'eut pour but que la conservation du système germanique et des possessions et droits de tous les membres de ce corps

La révolution anglo-américaine , dont nous allons ^^J, 1 ^ 00 parler maintenant, doit être mise au nombre des an ^icaî«e. grands événemens qui tiennent à l'histoire générale de l'Europe. Outre la .guerre sanglante qu'elle alluma entre la France et l'Angleterre , et dans laquelle l'Espagne et la Hollande furent aussi impliquées , elle doit être regardée comme le principe des révolutions aue plusieurs états de notre continent ont éprouvées depuis.

Les colonies angloises de l'Amérique septentrionale ne tenoient à la métropole que par un gouvernement purement civil , par l'uniformité de mœurs , et par des habitudes qu'uti long espace de temps avoit consacrées. Elles étoient divisées en provinces , dont chacune avoit sa constitution particulière , plus ou moins analogue à celle de l'Angleterre , mais dont l'union avec la mère-patrie n'étoit qu'imparfaite , parce que les babitans de ces provinces n'étoient pas représentés ;<u parlement national. S'ils l'avoient été, la Grande- Bretagne n'auroit sans doute pas conservé le monopole mie, conformément au système colonial de tous les peuples modernes, elle s'étoit réservé. Ce droit exclusif d'envoyer des marchandises aux Américains, en mettant des entraves à leur industrie, les indisposa contre l'Angleterre , et leur fit naître le désir d'en secouer le joug. Ce penchant devoit croître à mesure que les

* Recueil de Màrtens , t. U, p. 553. Plusieurs écrits de controverse parurent à ce sujet. Ceux qui furent publiés pria cour de Berlin, sont rassemblés dans le Recueil de M. de Herzberg, t. Il , p. 292 etsuiv. Voyez aussi Oohm ûber den deutschen ï ùrstenbund. Berlin, 1785,8. Joh. Mûlleb. Darstttllung des Furstenbunds: Leipzig, 1787, in-8.

I90 PÉRIODE Vllt.

colonies augmentaient en forces , en population etert richesses.

Une considération cependant, bien propre à les retenir , étoit la protection que l'Angleterre leur accordoit contre des voisins puissans , les François du Ganada , les Espagnols de la Floride , et les sauvages de l'Ouest. Les Canadiens , surtout, étoient, pour h Nouvelle -Angleterre, des voisins hardis et entreprenans , qui leur rendement indispensables l'assistance et la protection de la mère-patrie. La fàce des affaires changea à l'époque de la paix de Paris de 1 763: L'Angleterre , en se faisant céder le Canada et la Floride* rompit le nœud principal qui attachoit les colonies à son gouvernement. Délivrés alors de la crainte des François , et n'ayant plus besoin des secours de la métropole pour se garantir de leurs attaques , les Améri^ cains songèrent aux moyens de s'affranchir de la domt 1 nation britannique.

Origine Les troubles éclatèrent , pour la première fois , \ des troubles p occas i on d es tentatives que fit le parlement de la

d Amérique. r> i n • \ J • l * A i

17G5. Orande-rJretagne , pour introduire des taxes en Amérique. La dette nationale de l'Angleterre s'étant accrue considérablement pendant la guerre précédente, le parlement se crut fondé à obliger les colonies de fournir leur quote-part pour la liquidation de cette dette, contractée , en grande partie , pour les intérêts de l'Amérique.

Acte du timbre. Le parlement passa un acle d'après lequel tous les contrats, dans les colonies américaines, dévoient être rédigés sur papier timbré , et la taxe du timbre se régler selon les différens objets qui feroient la matière des contrats. Lorsque cet acte, ayant obtenu force de loi par la sanction du roi , partit en Amérique , il y causa un soulèvement général. Le peuple se porta à toutes sortes d'excès et de violences contre les officiers du roi. Les cours de justice furent fermées, et les colonies commencèrent à former des associations entre elles. Elles contest oient au parlement britannique le droit de les imposer, par le motif qu'elles n'y avoient

pas Je représentans , et crue c'étoit un droit constitutionnel de tout Anglois de ne pouvoir être taxé que par ses représentans. En attaquant ainsi la suprématie el le pouvoir législatif du parlement sur les colonies , elles s'interdirent tout commerce avec la métropole , tout achat de marchandises importées des trois royaumes.

Le parlement eut la foiblesse de révoquer l'acte du , } Acte . timbre , en publiant , cependant un acte aéclaratoire , ec "yjfo" oui portoit « que les colonies étoient de droit subordonnées et dépendantes de la couronne et du parlement de la Grande-Bretagne , en qui résidoient l'autorité et la pleine puissance de faire des lois et des statuts obligatoires pour les colonies , dans tous les cas possibles. » On enjoignoit par cet acte, aux assemblées provinciales de recevoir, dans leurs villes , les troupes britanniques qu'il plairoit à la métropole d'y envoyer, et de leur fournir du bois et de la bière. Loin d'apaiser les troubles, ce nouvel acte ne servit, au contraire u'àles exciter davantage. Les Américains le traitèrent e tyrannique , et comme ne tendant à rien moins qu'à détruire tous les fon démens de la liberté, et à établir une domination absolue et despotique.

Le ministère britannique foiblit encore; il aban- Tm P° l8ulle donna tout projet de taxe à lever dans l'intérieur du pays, pour se borner uniquement à des taxes ou impôts extérieurs. A l'acte du timbre, il en substitua un autre qui établissoit des droits sur le thé , les papiers 1 767. peints , le carton , le plomb , les couleurs et le verre , exportés d'Angleterre aux colonies. Cet acte ne fut pas mieux accueilli que les précédens. L'assemblée de Massachuset , qui s étoit formée à Boston , adressa des lettres circulaires à toutes les colonies , pour les exhorter à agir de concert, afin de soutenir leurs droits contre la métropole. La mesure que quelques colonies seulement avoient d'abord prise, de s'interdire l'usage des objets mîinufacturés dans la Grande-Bretagne , fut rendue commune à tontes les colonies, et les négocians américains contremandèrent généralement les mar-

chandises qu'ils avoient demandées aux royaumes d'Angleterre , d'Ecosse et d'Irlande. L'esprit de révolte s'étendant ainsi de plus en plus , le gouvernement 1 7^9» britannique résolut d'employer des troupes pour rétablir l'ordre et la tranquillité dans les colonies, et pour y feire respecter la suprématie de la Grande-Bretagne. Lord Nonh Ce fut dans ces circonstances que le lord Norlh, le renouvelle. a y an t été mis à la tetc de l'administration , réussit à 1770. calmer les esprits en faisant passer un acte qui supprimoit toutes les taxes et ne laissoit subsister que celle sur le thé. L'intention du ministre, en la conservant, n'étoit pas d'en retirer un grand avantage , mais il espéroit d'accoutumer, par cet impôt léger, les colonies à supporter des taxes. Les Américains le sentoient très-bien ; cependant , comme ils ne tiroient que fort peu de thé de l'Angleterre et que les Hollandois le leur fournissoient par la voie de la contrebande , ils ne firent éclater leur ressentiment qu'en 1773.

Insurrection Le parlement ayant alors accordé à la compagnie de Boston. j es J n( j es orientales la permission de porter en Amérique le thé dont elle avoit de grandes provisions dans ses magasins , les Américains , choqués de voir cette compagnie se rendre l'instrument d'une loi qui leur étoit odieuse , résolurent de s'opposer au débarquement des thés. Trois vaisseaux de la compagnie chargés de cette marchandise étant arrivés à Boston et s'étant préparé à débarquer , le peuple les aborda pendant la nuit du 2 1 décembre, et jeta toutes les caisses à la mer, au nombre de trois cent quarante-deux. Dans d'autres provinces on se contenta de renvoyer les navires chargés de thé.

Actes coeicitifé. A la nouvelle de cet attentat , le ^parlement crut devoir prendre des mesures de rigueur. Trois actes 1774. furent passés successivement: le premier pour interdire le port de Boston , le second pour supprimer la charte et le gouvernement démocratique de Massachuset et y substituer un gouvernement plus monarchique; enfin , le troisième pour autoriser les gouverneurs des colonies à traduire, en Angleterre, les

Américains accusés de rébellion , pour y être jugés a la cour du banc du roi. Le général Gage fut envoyé à Boston avec un corps de troupes et avec plusieurs vaisseaux , afin de soutenir ces mesures coercitives.

En se décidant pour ce parti violent, le parlement britannique se flattoit en vain de réduire , par la force, un continent aussi vaste et aussi éloigné de la métropole que celui de l'Amérique. En supposant même qu'il y eût réussi , l'esprit et la nature au gouvernement anglois ne lui permctteient pas d'en maintenir la conquête par la force. Aussi les colonies , loin d'être intimidées par les actes dont nous venons de parler , épousèrent avec ebaleur la cause de la province que Ton se proposoit de punir.

Un congrès général , composé des représentans v de ^ p^,"^^ toutes les colonies, s'ouvrit à Pbiladelphie. Il déclara injustes, oppressifs et inconstitutionnels les actes du parlement contre la province de Massachuset ; il arrêta de ne plus faire venir de marchandises de la Grande- Bretagne, et de présenter une adresse au roi et une pétition à la Chambre des Communes , pour le redressement des griefs dont les colonies avoient à se plaindre.

Cette dernière démarche n'ayant produit aucun Commencement effet , et le parlement ayant persisté dans ses mesures des no « llhl *' i * de rigueur , les hostilités commencèrent au mois d'avril 1775. Le congrès américain déféra alors le commandement en chef de ses troupes à George Washington 1 , riche planteur de la Virginie , qui s'étoit acquis une réputation militaire en combattant avec succès les François au Canada; et , pour suppléer en même temps au numéraire dont manquoient les colonies, le congrès arrêta l'émission d'un papier-monnoie destiné à faire face aux dépenses indispensables de la guerre.

Une déclaration publiée au mois de juillet 1775 . exposa les motifs qui avoient forcé les Américains de

1 Ràmsat, Vie de George Washington , in-8°. Paris , 1809.

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