‹ Tableau des terrains qui composent l'écorce du globeChapitre 32 sur 126 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

PÉRIODE JOYIENNE ou ACTUELLE. '

On vient de voir qu*on peut séparer tous les terrains , les roches et les phénomènes géognostiques dont se compose Thîstoire naturelle du globe terrestre eu deux grandes périodes, dont il est peut-êl^e difficile d'établir les limites précises dans tous les lieux et dans toutes les circonstances ; mais dont on peut cependant fonder la distinction sur des bases beaucoup plus naturelles et par conséquent beaucoup plus solides que celles qui seroient prises dans une distinction arbitraire.

r^ous avons désigné ces deux grandes périodes par les noms de postdiluvienne ou Jovienne, et d'antédiluvienne ou Satoi.-

NIENNE. *

1 Terrains postdiluviens , phénomènes contemporains des' temps historiques, etc.

2 Ces dénominations mythologiques, d'accord avec celles de vulca« nienne, piutoaienne^ neptunienne, que les géologues ont déjà adoptées, ont pour but de représenter par des expressions Tagues et presque insignifiantes, indépendantes de toute hypothèse et même de toute théorie, de représenter, dis-]e, des circonstances, caractères ou définitions qu'il faudvoit exprimer longuement pour qu'elles fussent claires etvraiesy et qui sont susceptibles d'être modifiées à mesure que des faits nouveaux Tiennent en imposer la nécessité. C'est une des applications du système de nomenclature dont j'ai déj4 exposé les motifs et les principes dans plusieurs occasions. On Toit, par exemple, que les expressions postdiluvienne et antédiluvienne semblent exprimer d'une manière beaucoup trop systématique des différences et des caractères qui , dans leur développement, sont susceptibles de beaucoup d'objections , et par conséquent de beaucoup de discussions, lorsqu'on veut prendre ces expressions à la lettre*, cependant nous n'avons pas osé employer sans ces syuo« nymes les noms que nous proposons.

^S pémODE JOVIENNE.

Nous plaçons dans la période jovienne ou postdiluvîennç tous les terrains , roches ou phénomènes appartenant à Thistoire physique de la terre, qui sont postérieurs aux dernières et grandes révolutions que l'écorce du globe a éprouvées , à celles qui ont mis les continens et les mers dans Tétai où ils sont depuis que les hommes ont pu apprendre à les connoltre et à transmettre cette connoissance par la tradition on par l'histoire écrite.

La période antédiluvienne ot^ saturnienne s'est donc terminée à l'époque où les continens ont pris leur structure intérieure , leur forme et leur hauteur actuelle , et la période jovienne ou postdiluvienne a commencé dès cette époque.

Celle-ci est déterminée par la connoissance que l'histoire, la tradition ou les monumeùs nous donnent de l'état de la terre depuis la naissance du. genre humain. Tous les terrains qoi renferment des indices d'e la présence de l'homme , soit dans les restes ou débris de son espèce , soit dans les vestiges de ses arts ou de son industrie, appartiennent à cette période £t la caractérisent d'une manière positive.

Tous les phénomènes chimiques et géologiques qui ont eu lieu à la surface du globe depuis la création de l'espèce hu^ maine, appartiennent également à cette période. On a ^ pour les y placer, deux moyens : premièrement , les témoignages historiques, lorsqu'ils peuvent être invoqués ; secondement, les connexions évidentes de ces phénomènes avec des rester de l'espèce humaine on avec des débris des objets de son industrie.

Ainsi la période jovienne est définie par deux caractères : ].** tout ce qui est évidemment postérieur à la structure et à la forme actuelle des continens, c'est-à-dire ce qui a pu se passer à la surface de la terre, sans qu'on soit obligé d'admettre, pour l'expliquer, des causes puissantes qu'on ne voit régner nulle part depuis les temps historiques, ou sans qu'il ait dû en résulter des changemens qui n'auroient pu se faire

PlâRIODE JOVIENNE» 2g

dans un lieu sans une grande influence sur tout le reste du globe, et sans avoir laissé des traces de leur présence dans l'histoire ou dans les mouumens huihains; 2.° tout ce qui est eontemporaiu de Fespèce humaine et dont la contemporanéitë est prouvée, soit par des documens historiques, soit par la connexion intime des phénomènes avec des indices certains de la présence de Fespèce humaine*

" Tous les phénomènes géologiques qui jusqu'à présent ne peuvent être conçus sans le secours de forces que nous ne Toyons plus agir nulle part dans la nature terrestre , et sans des changemens qui auroient dû avoir une influence générale sur tonte la terre, doivent sagement être placés dans la période saturnienne ou antédiluvienne, jusqu'à ce que de» connoissances historiques ou physiques nouvelles nous aient appris qu'ils sont postérieurs à l'époque jovienne. . Procéder autrement, ce seroit devancer les théories par des hjrpo thèses.

' Mais nous devons appliquer ici ce que nous avons dit plus haut sur la coïncidence des époques géognostiques et des époques chronologiques.

' Quoiqu'il soit assez présuraable que la période jovienne ait commencé à peu près au même moment * sur toute la sur« face delà terre, il est cependant possible qu'il y ait eu à cet égard de grandes différences sur les diverses parties du globe; que la tranquillité géognostiqne se soit établie, par exemple , beaucoup plus tôt en Asie qu'en Amérique, et que

• 1 11 ne faut pas. prendre ici le mot moment dan» Tacception restreinte qu'on lui donne ordinairement; il faut, au contraire, lui donner l'amplitude que demandent tous Irs grands phénomènes de la nature: aiofi, lorsqu'une tempête, un orage, une éruption volcaniqne flnit^ quoiqu'on puisse dire que le phénomène général a fini vers telle épo* que du mois ou tel moment de la journée , on «ait fort b^en que lesphénomènes partiaux n'ont pas tons fini au même instant.

3o . viKlODZ JOVIBNNS»

ce continent ait été par conséquent déjà cultivable et ha* bitable, tandis que la tourmente géologique agitoit encore « et pendant plusieurs siècles , des parties de l'Amérique ; quMl sy produisoit encore des montagnes, des filons, etc. j qu'il sVlevoit peut -être encore des parties immenses de ce continent du fond des mers ; car , excepté le niveau de rOcéan , qui n*a pu changer dans un lieu sans changer partout, rien ne force d'admettre que la formation des terrains sous-marins, des élévations de continent, des sublimations , des filons métalliques, etc., ait dû cesser en même temps sur toute la surface du globe. Il seroit dans Tétat actuel de nos connoissances aussi hypothétique d'admettre cette uniformité de phénomènes que de la nier.

Mais cette incertitude d'époques chronologiques ne change rien à la distinction des époques et périodes géognostiquea jovienne et saturnienne : elles resteront tout aussi distinctes , tout aussi bien caractérisées en Amérique qu'en Asie, lors même qu'il seroit prouvé quelles auroient commencé à plusieurs siècles de distance Tune de Fautre dans les deux continens.

Ce qu'il y a d'aussi sûr , d'aussi bien prouvé qu'une vérité de ce genre puisse l'être , c'est que depuis les temps historiques les plus reculés on n'a aucun exemple authentique de grands phénomènes géologiques, tel qu'un abaissement de la mer, une formation de couches sous-marines, étendue et puissante ; qu'on ne peut citer aucune formation d'une éteo* due seulement de quelques myriamètres de terrains de granité, de calcaire saccaroïde , même de porphyre, de gypse, etc. ; aucune couche sous-marine ou sous-lacustre de calcaire compacte, renfermant des débris organiques réellement pétrifiés, c'est-à-dire dont la nature chimique, dont même la texture cristalline ait changé , aucune formation de veine ou filon métallique, etc.

On ne connoit aucun phénomène de ce genre d'une éten-

riaiODE joviBKirE. ii

due proportionnelle à Fécorce du globe , ni même comparable aux plus petits phénomènes du même genre de la période saturnienne. Tout ce que Ton cite d'analogue s'est montré sur une si petite échelle , qu'on ne peut réellement en com* parer les causes et les résultats avec les mêmes phénomènes de cette p/friode. Plusieurs de ces citations sont apogryphes; celles qui sont relatives à dcn faits bien constatés montrent dans ces faits on des différences de circonstances et d'origine , ou une exsgnité qui les rend incomparables avec ceux qu'on nous présente comme leur étant analogues dans l'ancien monde* N«tts concluons de ces considérations que depuis les temps kisforiques les plus reculés , Fécorce du globe , dans toute son étendue, dans toutes les parties qiii ont pu être soumises à Tobservation immédiate ou médiate des hommes, est, malgré les volcans, les sources d'eaux minérales incrustantes, quel* qoes concrétions sablonneuses et calcaires, etc. , dans un état de repos et de tranquillité entièrement différent de l'état ' de fermerUation ■ chimique qui a produit dans la période saturnienne les couches de calcaire, de schiste, de gneiss, de bouille, les pétrifications siliceuses, pyriteuses, etc.; qui a soulevé les Pyrénées , les Alpes , etc. ; qui a produit les filons d'Europe et d'Amérique , et les a remplis de barytine', de fluor, de quars, de sulfure d'argent, de cuivre, de plomb, de zinc, etc.

C'est cet état de repos qui constitue l'époque jovienne et qni s'est continué pendant cette période.

Ce repos n'est pas absolu ; mais les phénomènes géologiques qui se font encore voir sont si foibles en comparaison de ceux que nous venons d'indiquer, qu'ils n'ont jamais qu'une in-

1 J'entenrds par ce mot Tëtat de mouTenieBt violent et rapide où dévoient être des élëmens cliimiques abondans , qui se trouvoient en présence et qui dévoient faire contribuer à ce mouvement les parties de l'écorcc du globe déjà formées et solidifiées.

Sa PÉRIODE JOVIENNE*

fluence locale très-circonscrite. Quelques-uns peuvent nous rappeler les grands phénomènes de la période précédente et niéme'nous faire entrevoir leurs causes. Or, ce sont précisément ces phénomènes , ainsi que les roches et terrains qui en -sont le résultat , que nous allons décrire comme appartenant à cette période et en constituant Thistoire géologique.

La périodp jovienne présente, comme la saturnienne, deux ordres de phénomènes géologiques très-différens , mais dont l'importance est- inverse dans ces deux périodes.

Les uns ont donné naissance à des terrains produits par voie mécanique, et principalement par Faction des eaux actuelles. Cest pour ainsi dire la suite en petit du même phénomène qui a agi si puissamment pendant et vers la fin de la période saturnienne. Cette action a formé et forme encore les terrains qu'on appelle d^alluvîon ou de transport y et que je désignerai avec les géognostes anglois , qui les ont si bien distingués ' , par le nom généralement admis de ter' raiiu alla viens.

Les autres, beaucoup plus restreints dans cette période que dans la précédente, résultant d'une véritable action chimique , ont produit ou amené à la surface de la terre, ou dans quelques parties internes de son écorce , dififérens corps entièrement dus à cette action. Ce sont en général des phénomènes aussi limités dans cette période qu'ils ont eu de pui^ sance dans la précédente. Il faut même se méfier de l'origine encore très-incertaine de plusieurs substances minérales qu'on attribue à la période actuelle.

Les minéraux, roches et terrains de la période jovienne,

1 Voyez les distinctions si claires et fondées sur des r;>isonncoaent aussi justes que sages, que MM. Buckiand, Phillips, Gonjbeare, Sedgivich, etc., ont établies entre les terrains alluviens et les terrains d'un« formation antérieure.

n'offrant souvent aucune chronologie certaine, surtout dans la formation de la seconde série de corps, ne peuvent être présentés dans un ordre qui résulterbit de la chronologie des formations. Celui que nous suivrons dans le tableau des pro-f duits de cette seconde section sera donc purement minéralogique.

L'action chimique complète est nécessairement accompagnée d'un écartement des molécules des corps, qui leur permet de se mouvoir facilement et qu'on appelle dissolution. Cette dissolution ou écartement des parties peut être opérée ou par un liquide (c'est le phénomène qui porte plus particulièrement le nom de dissolution), ou par la chaleur (c'est ce qui produit la fusion ou la vaporisation). Nous donnerons le nom de terrains l^sietiSy c'est-à-dire dessous, aux minéraux ou roches produits par cette voie, et le nom de terrains pj-rogèneSySLux couches, roches ou minéraux formés ou altérés par l'action désagrégeante du feu. Mais l'action qui a produit ces derniers terrains pendant les temps historiques paroiasant être la continuation des mêmes phéuoménes de la période saturnienne, nous ne séparerons • pas l'histoire des terrains volcaniques saturniens de celle des terrains volcaniques actuels, et nous les placerons toutes deux dans celle des terrains massifs.

S4 riaiOBE ioviinke.

i." CLASSE. TERRAINS ALLUVIEPÎS. »

Ces dépôts sont les plus superficiels de tous les terrains; les parties qui les composent portent ordinairement Fem-preinte évidente d*vn délaissement des eaux, plutôt par dépôt tranquille que par transport violent. Ils se trouvent souvent dans la même position que les terrains dus à une même cause, mais appartenant à la période saturnienne, et il est très-difficile dVtablir la ligne de démarcation qui résulte uniquement de Tépoque de leur formation. Cependant Fobservation prouve, et M. Sedgwîch a très-bien établi ce fait, qu*îl y a dans le plus grand nombre des cas des moyens sûrs pour distinguer ces dépôts des terrains du même genre qui appartiennent à la période saturnienne.

Les terrains alluviens se forment ou plutôt se déposent tous les jours. Ils ont enveloppé et continuent d*envelopper les restes des animaux qui vivent encore à la surface du sol qu'ils contribuent à former ; ils les réunissent quelquefois avec des débris d'animaux qui ne s^ trouvent plus, mais qui y ont véc« depuis la dénudation des continens, et qui n'ont disparu que par le fait ou delà civilisation, ou de quelques circonstances locales. Ces débris de végétaux et d'animaux y sont k peine altérés, mais seulement ou noircis ou calcinés, suivant les influences auxquelles ils ont été soumis. On trouve dans ces terrains des restes de l'espèce humaine, des débris de ses monumens, de ses arts,' de ses ustensiles. C'est dans ces terrains qu'on trouve ces silex, ces jaspes, ces trappites^ ces quarz et plusieurs autres pierres dures taillées en coin, en hache, en armure de flèche ou de lance, instrumetis tranchans faits par les premiers hommes qui ont habité le pays. Ces armes et ces instrumens sont semblables à ceux que font encore les peuples sauvages de l'Amérique et des lies où la civilisation

I Alluçium, BucKL., Sbdgw. — iVevere AUwfial-BUdungttL, Boui.

TEttAIKB ALLDVIBlla. Si

et son industrie ne se sont pas encore développées. Ce sont les premiers indices de la présence de Thomme, ceux qu*oa trouve enfouis en assez grande quantité et à une assez grande profondeur, pour qu'on puisse leur attribuer la plus graâde ancienneté; mais tous les terrains qui lés renf^^ment sont des terrains meubles qu'on n'a encore vu nulle part recouverts de couche^ solides , pas même de calcaire concrétionné, abondant et étendu, quoique cela dût être dans quelques lieux; c'est une circonstance asaez rare pour que je ne puisse en citer aucun exemple.

On peut reeonnoitre dans ces terrains trois sortes de formations ou groupes de roches qui offrent chacun des circonstances qui leur sont propres et que fe vais tâcher de faire ï^essortir. Ces groupes uè paroissent pas avoir d'antériorité taiarquée les uns sur les autres-, par conséquent l'ordre dans lequel je vais les préseliter est absoium^it arbitraire.

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