‹ Tableau des terrains qui composent l'écorce du globeChapitre 43 sur 126 · BlOCS ËRILATIQUES · texte numérisé non relu

BlOCS ËRILATIQUES

On désigne sous ce nom les blocs énormes de roches dont la dimension est péponaire dans les plus foîbles et polymétrique dans les plus forts , et qui sont répandus , en plus ou moins grande quantité, sur des plaines, sur des pentes et même sur des crêtes de montagnes dont le sol est d'une nature tout- à- fait différente de celle de ces blocs.

C'est un des phénomènes les plus frappans, les plus généraux et les plus inexplicables de la géologie; les naturalistes ont cherché avec ardeur et à déterminer le lieu originaire de ces blocs, et à découvrir quelle cause a pu les transporter ainsi au loin.

Les blocs erratiques dififérent des galets par leur grosseur toujours incomparablement plus forte, ce qui suppose une cause de transmission bien plus puissante et probablement très-différente ; par leur espacement , car rarement ils se touchent. Ils sont, comme leur nom l'indique, épars- sur les chainps , mais rarement isolés ; ils sont au contraire très-souvent réunis par groupes et comme accumulés dans certains points. Cette disposition est très- claire aux environs de Genève ' ; elle se voit aussi dans les plaines de la Westphalie , dans la Séelande , dans la Suède, etc. : tantôt ils sont placés sur un sol dur, qui ne montre point d'autres roches de transport que ces blocs (les pentes des montagnes et les plateaux dans les Alpes et dans le Jura) ; tantôt ils sont comme enfouis dans un sable fin et qui n'a rien de commun avec leur nature et leur origine (les plaines de la Westphalie). Ils ont souvent^ il est vrai, les angles et les arêtes émoussés et comme arrondis; mais ils ne sont pas roulés et présentent dans beaucoup

1 J. A' Delug neveu, Mémoire sur le phénomène des grandes pierres primiiiçes alpines y distribuées par groupes dans le lac de Genève y etc.; Mémoires de la Soc de phys. de Genève, lu en 1826^ publié en 1827, Tol. 3, 2." part.

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d*autres cas des arêtes et des angles vifs dont Taspect éloigne toute idée de roulis ( au Saléve , etc. , d'après Pictet , Deluc neveu, etc.). Les rochçs hétérogènes ou homogènes, auxquelles on peut les rapporter, appartiennent presque toutes aux terrains agalysiens (primitifs) ou aux terrains hémilysiens (de transition). Ce sont donc en général des granités, des protogynes, des syénites, des euphotides, des amphibolites , des diorites,de8stéa8chistes, desbasanites, destrappites, desquarzites, des grès, des dolomies, des calcaires saccaroides et compactes, des marbres, des lucullites, des aphanites, etc.

Ce qu*il y a d'assez constant et en même temps d'assez remarquable, c'est que ces roches anciennes sont posées sur des terrains qu'on considère comme beaucoup plus nouveaux que ceux auxquels elles appartiennent. Cette circonstance place nécessairement à une époque postérieure à la formation de ces terrains nouveaux ^ la cause violente qui les a transportées.

Une autre circonstance non moins remarquable est leur ])osition souvent très-éloignée de toute chaîne de montagnes ou de collines, de tout terrain composé des roches d'où ces blocs pourroient tirer leur origine, et dont ils sont séparés ou par des plaines immenses ou par des vallées considérables, ou bien, enfin, par des bras de mer larges et profonds.

On a reconnu ce phénomène dans un grand nombre de lieux, dans le nouveau comme dans l'ancien continent, et s'il paroit plus fréquent en Europe, et surtout dans l'Europe boréale , cela résulte en grande partie de ce qu'on a eu plus d'occasion de l'y observer et de l'y étudier.

Ces observations et ces études n'ont encore conduit a aucune solution claire et par conséquent à aucune explication certaine de ce grand problème géologique.

Les exemples que nous allons citer vont faire connoltre les observations et les faits d'où ont été tirées les généralités que nous venons d'exposer , et la théorie qui en résultera.

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C'est au pied occidental des Alpes , principalement sur les pentes orientales du Jura qui regardent cette grande chaîne et qui en sont séparées par la large et longue vallée de TAar, qu'ont été faites les premières et les plus curieuses observations sur le volume , Tabondance et la position de ces blocs erratiques. Cest là qu'on a vu, sur les créles calcaires du Jura, k plus de cinq cents mètres d'élévation au-dessus de la vallée, dans les petits valions qui séparent ces crêtes et qui sont comme encaissés dans de hautes murailles de rochers (ce qu'on observe très-bien dans les vais de Travers et de Saint- Imier) des amas considérables de blocs énormes, ayant quelquefois douze mètres de longueur et sept d'épaisseur, de granités et de plusieurs autres roches que nous avons nommées. Ils sont toujours à la surface du sol, tout au plus sous la terre végétale ou dans le sable de transport qui le recouvre; mais jamais dans aucune roche , pas même dans cet agrégat de cailloux roulés qu'on nomme gompholite (Nagelflue). Les blocs de chaque canton sont assez semblables entre eux et diffèrent de ceux des autres cantons; il n'y a que dans la grande vallée de l'Aar qu'ils se confondent.

C'est en examinant avec soin la nature dominante des roches de chaque groupe des Alpes, en remontant toutes ces vallées, recherchant avec attention le corps principal d'où ces blocs étoient partis , au moyen des traînards qu'ils avoient laissés sur leur route , que Escher et M. de Buch sont parvenus à reconnoitre que leur source , ou du moins celle de la plupart d'entre eux , étoit dans les hautes montagnes situées à l'origine des vallées qui débouchoient dans les bassins dont ces blocs couvroient les pentes ou le milieu. Ils ont vu que leur nature s'accordoit avec celle des roches fondamentales de ces montagnes : ainsi les blocs du bassin du Rhin sont semblables aux roches des Grisons; ceux de la vallée du lac de Zurich et de la Limmat sont des débris des roches des montagnes de Claris; ceux du bassin de la Reuss viennent des roches des

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sources de cette rivière ; enfin, les blocs des bassins de FAar et du Jura viennent des hautes montagnes du canton de Berne, etc.

Les blocs sont généralement plus nombreux sur les collines et sur les pentes qui sont opposées à l'embouchure de la grande vallée principale ; et dans le Jura, c*est dans les endroits situés vis-à-vis Taxe et Tembouchure de ces vallées que les blocs sont placés le plus haut, jusqu'à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Mais, entre les points élevés d'où ces blocs sont partis et leur position actuelle, non-seulement ils ont eu une grande distance à franchir, mais encore il a fallu qu'ils traversassent la vallée de l'Aar ou au moins son espace, et qu'ils remontassent par-dessu^ les crêtes orientales du Jura, ou pour s'y placer, ou pour retomber dans les petits vallons qui les sépa* renl. Escher fait cependant remarquer, qu'on ne les trouve jamais dans ces petits vallons inférieurs, si ce n'est dans les endroits où la chaîne du Jura semble avoir été rompue , et lorsque cette rupture se présente au débouché des vallées des Alpes.

C'est déjà beaucoup de savoir d'où viennent ces blocs et de le savoir avec toute la certitude désirable; mais on a voula savoir aussi comment ils avoient été portés si loin de leur origine, malgré les yallées et les collines qui séparent le lieu de leur arrivée de celui de leur départ. On a proposé un grand nombre d'hypothèses , que notre plan ne nous permet ni de présenter avec le développement nécessaire, ni de discutef* Les plus remarquables sont : i."* celle de Deluc, qui pensoit que ces blocs avoient été lancés dans les airs par la même force qui avoit soulevé les Alpes, et qu'ils étoîent retombés à une plus ou moins grande distance, suivant la puissance de cette force et sa direction; 2.' celle de MM. deBuch, Escher, etc., qui admettent une débâcle immense, entraînant ces blocs jusqu'au pied du Jura , et leur faisant remonter la pente

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au moyen de Pimpulsion qu'ils avoient reçue, comme on voit la boule d'un joueur remonter un tertre de gazon ; S.*" d'autres ont pensé que ces blocs, presque tous de roches de transition, ëtoient les restes d'un manteau de ces roches, plus nouvelles que le calcaire du Jura et par conséquent beaucoup plus nouvelles qu'on ne l'admet communément, qui avoit été détruit en ne laissant que ces témoins de son existence dans ces lieux ; 4.^ Dolomieu supposoit que les sommets des Alpes étoient autrefois continus avec ceux du Jura par un plan incliné qui a été entamé par la même révolution qui a fait rouler ces blocs des sommets des Alpes sur les plateaux et dans les vallons du Jura; ^."^ Venturi a cherché à expliquer leur transport des sommets des Alpes dans les vallées du Pô, en les faisant arriver sur des espèces de radeaux de glace; 6.^ d'autres ont soulevé le Jura, autrefois au niveau du pied de Alpes, et ont soulevé avec lui les blocs qui avoient roulé sur cette plaine calcaire ; j." enfîn , M. de Buch, développant sa première théorie et l'étendant même aux phénomènes spéciaux, pense que la dispersion des blocs est une suite du phénomène du soulèvement des Alpes, postérieur à la formation des terrains tertiaires ou l'une des dernières catastrophes, si ce n'est la dernière de la période saturnienne. Cette opinion vient puissamment à l'appui de celle que j'ai émise sur l'époque des terrains plusiaques et des brèches ferrugineuses.

Nous le répétons, on ne peut, dans ce tableau général des terrains, discuter ces hypothèses. Les difficultés que la plupart d'entre elles laissent inexplicables, seront facilement saisies et le seront d'autant plus aisément que, le phénomène étant général , il est présumable que la cause l'étoit aussi. Or, on va voir dans d'autres pays des faits et des circonstances qui ne sont compatibles avec aucune de ces théories.

Les plaines sablonneuses de la West^lhalie , du Hanovre , du Holstein, delà Séelande, dix Mecklenbourg, du Brande-

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bourg ; les rivages et les plaines de la Poméranie , de la Prusse et d'une partie de la Pologne , très-avancées dans les terres, entre Varsovie et Grodno , et par conséquent toutes les terres basses généralement planes et sablonneuses qui bordent la mer Baltique et même la mer d'Allemagne , depuis TEms et le Weser jusqu'à la Dwina et même à la Neva ( on en cite aux environs de Saint-Pétersbourg. Strangways), sont couvertes de ces blocs de distance en distance ; car ils n'y sont pas également répandus , ils sont rassemblés dans certains espaces, et forment au milieu de ces vastes étendues de sables et de bruyères des groupes bien distincts , dont la forme générale est celle d'une ellipse irrégulière , qui auroit son grand axe dirigé à peu près du nord au sud , ou vers la mer BaU tique. Le docteur Bruckner fait mention d'une ^rafn^e de blocs, ' située sur les limites nord du Mecklenbourg-Strélitz, et qui court de Fouest-nord-ouest à l'est-sud-est. Enfin, ils sont, dit M. Schultz , plus abondans sur les hauteurs que dans les vallées* Les plus gros sont les plus superficiels et les plus voisins du sommet des collines. Deluc avait fait à peu près la même observation sur les côtes du Mecklenbourg.

Ces blocs , quelquefois très-volumineux , sont plus ou moins engagés dans le sable: quelques-uns sont même entièrement enfouis dans le sable qui est au-dessous des tourbes, ainsi qu'on l'observe dans l'Ostfrise , aux envir&ns de Groningne* Comme les pierres sont rares dans ces cantons et qu'on ne trouve pas , sur de grands espaces , d'autres pierres de construction , on va les chercher à la sonde. Ce sont en général des granités, des syénites et les autres roches de cristallisation que nous avons nommées ^ on y rencontre^ suivant les lieux, des grès, des porphyres, qui se présentent en galets roulés sur les dunes des bords de la mer; on y trouve ausài, et surtout du côté de KOnigsberg et de Reval, des blocs de ealcaire compacte , qu'on rech^erche avec empressement, qu*on extrait et qu'on exploite pour en faire de la chaux. Ces ealeaires,-

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comttie je Tai déjà fait remarquer ailleurs % renferment des débris organiques dWtbocératites, de trilobites, etc., qui caractérisent non -seulement les terrains de transition, mais ceux de Suède et de Norwége en particulier.

Ces roches granitoïdes , qu'on avoit d'abord attribuées an Han, comme étant le groupe de montagnes primitives le plus voisin de ces plaines » ont au contraire la plus grande ressem» blance avec celles de la Suède, et contiennent les mêmes espèces minérales qu'elles , notamment la Wernerite. £lle« présentent les méines rpches , telles. que le porphyre d'Elfdalen, les calcaires de transition des tles de Gothland et d*Œland et même les silex de la craie des iles danoises (Hausmann)*. Il paroit donc certain, comme le pense Tillustre géologue que je viens de citer, que ces blocs viennent de la presqu'île Scandinave , et qu'ils ont été transportés dans une direction du nord -est au sud -ouest. La mer Baltique, ce large et profond vallon , qui les sépare de leur origine , est pour eux ce que la vallée de TAar est pour les blocs du Jura. Quand on aura trouvé la cause qui a fait franchir cette vallée par les blocs venant des Alpes , on pourra probablement Tenrployer pour expliquer le transport des roches de la Scandinavie en Poméranie , etc. , malgré la vallée de la mer Baltique.

Céê lieux ne sont pas les seuls qui soiient couverts de blocs erratiques ; mais ce sont les plus remarquables à cause de l'espèce de barrière qui les sépare de leur terrain originaire.

La plupart des collines de terrains de sédiment moyens et

1 Histoire naturelle des crustacés fossiles, un vol. in-4.**, Paris, 1822, p. 60.

a Mémoire sur l'origine des pierres éparses dans les contrées sablonneuses de rAllemagne septentrionale. (Gœtting., GeUhrU ^ngeig.j Stûçk i5i und iS2i Traduction et notes, par M/ J. A. Pilv^; BiJbUotk. nnÎTerselle de Genève, 1828.)

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même supérieurs qui s'élèvent au pied des Alpes, soit du côté de la France , soit du côté de Tltalie , présentent vers leur sommet de ces blocs volumineux, engagés souvent dans le sable granitique et les galets qui les recouvrent; c'est ce que Ton observe sur la colline de Supergue , près Turin ; c'est ce que Ton voit sur les plateaux calcaires de la vallée de Gresivaudan , dans le département de Flsère, qui sont couverts dans quelques endroits , suivant Tobservation de M. Héricart de Thury , de blocs de granité et de marbre de transition dont on ne cdnnoit pas l'origine. Dans ces deux cas des vallées séparent, comme dans les exemples précédent, le lieu élevé où sont les blocs de celui d*où ils viennent»

Nous avons dit que le sol sableux du Holstein et delà Séelande étoit, dans un grand nombre de points, couvert de blocs erratiques d'un volume considérable. Quand on traverse le Sund pour entrer en Suède par la Scanie , on ne perd pas de vue un instant la traînée de ces blocs. Le soi de la Scanie en est couvert comme celui de la Séelande, et cet amas de débris de montagnes , expressions employées par presque tous les voyageurs qui en ont été frappés en parcourant la Suède, se continuent bien au-del^ de la Scanie et couvrent plusieurs partie» des provinces suédoises. Ils sont si abondant, principalement en Smoland , qu'ils sont accumulés les unt sur les autres et s'y élèvent en collines d'une forme particulière, auxquelles les géographes suédois ont donné le nom de &Um*

Ces collines, très - remarquables , et qu'on rencontre plut particulièrement dans les provinces de Scanie, de Smoland, de Sudermanie et d'Uplaude , ont une forme longue et étroite. Elles sont un peu plus larges et un peu plus élevées à une de leurs extrémités qu'à l'autre, et sont compotéetde

1 Yojez, pour plut de détails sur ces terrains clysmieBs en Suéde, la notice que j'ai \ ubliëe dans les Annales des sciences naturellet , 1928, tom« 14, pag. I, pi. I.

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sable et de gravier, soit granitiques, soit simplement quarzeux, et de blocs de roches granitoïdes d*un volume généralement péponaire. Enfin , ce qu'on doit observer , c'est la constante direction du nord - nord-est au sud-sud -ouest, sur une étendue très- considérable et avec un parallélisme fort remarquable. On voit donc que les blocs erratiques de la Westphalie, de la Poméranie, du Holstein, de laSéelande, etc., deviennent plus fréquens, plus nombreux, plus serrés, mais pas plus volumineux, à mesure qu'on s'approche du lieu qui paroit être évidemment celui de leur origine. On diroit que les montagnes granitiques , syénitiques, de calcaire compacte, basses et arrondies, de la partie méridionale de la Suéde, ont été comme démantelées par une cause violente, et qu'elles ont couvert de leurs débris les collines basses des terrains de sédiment qui les avoisinoient. Dans ce cas , le transport des blocs ne présente rien d'extraordinaire ; mais quand on suit ces blocs en Scanie, jusque sur les bords de la mer, et qu'on les retrouve immédiatement en Séelande, de Tautre côté duSund , ayant la même nature , le même aspect , à peu près le même volume , de manière à ne pouvoir douter que ceux-ci ne soient la suite de cette série ou traînée de blocs, on éprouve un grand embarras pour leur faire traverser le détroit du Sund, qui, quoique peu large, l'est encore assez, et est surtout assez profond pour ne pas laisser concevoir comment de pareils blocs ont pu le franchir.

J'ai insisté sur les blocs erratiques des deux pays, au nord et au sud de la mer Baltique , parce qu'on peut suivre là série et comme la marche de ces blocs depuis les lieux où ils sont arrivés et où ils se sont arrêtés , dans le Mecklenbourg , jusqu'aux montagnes de Suède , qui paroissent en être la source. Ainsi , vers les parties les plus méridionales du Mecklenbourg ils sont rares ; ils deviennent ensuite plus nombreux dans la Séelande, et vont toujours en augmentant de nombre jusqu'aux montagnes primitives de la Suède j mais on doit

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remarquer deux faits, c'est que, sUls sont plus nombreux , ils ne sont pas plus volumineux ; au contraire, ils m'ont paru en général plus petits en Scanie et en Ostrogothie que dans le Mecklenbourg et dans la Séelande; et quand on arrive sur les terrains primordiaux de granité et de gneiss , ils dimi- . nuent et disparoissent tout - à - fait , ou du moins on ne trouve plus que les blocs qui se rencontrent dans toutes les vallées des montagnes granitiques et qui résultent des fragmens détachés de ces montagnes, tombés à leur pied ; et encore ces fragmens sont-ils beaucoup moins nombreux en Suéde que dans les Alpes , ce qui tient à la forme plus arrondie des montagnes et à leur moindre élévation.

Mais si on ne trouve presque plus de blocs sur les collines de granité et de gneiss au midi de la Suède, on croit aper* cevoir les traces de la force qui les a emportés. Ces collines granitiques sont creusées sur leurs flancs et sur leur sommet de sillons à peu près horizontaux , arrondis dans leur fdnd et polis, comme si des masses dures et sphéroïdales les eussent formés par leur poids et leur dureté, en glissant dessus.

Ce phénomène , qui se présente dans plusieurs parties de la Suède, est extrêmement sensible dans les environs de Hogdal , sur les confins de la Suède et de la Norwége. Je l'ai remarqué dans mon voyage avec M. Berzelius, qui, comme moi, en a été frappé.'

Voilà donc les blocs nuls ou très-rares sur les montagnes d'oiî ils paroissent venir, et très -communs sur les terrains nouveaux et meubles , situés à une grande distance de cet montagnes et séparés d'elles par un bras de mer profond et très-large dans plusieurs points.

Ce phénomène ne paroit pas borné aux montagnes des

I M. de Lastejrie l'aToit observé il y a long-temps, et a coMÎgné dernièrement ce fait dans ton Journal des connoissances utuellet^ tom. 5, 1837, pag. 6.

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Alpes de la Scandinavie : il se représente dans plusieurs autres lieux, et d les exemples dans d^autres parties du globe sont moins nombreux et moins bien connus, cela tient à Fétude toute récente de la science à laquelle il se rattache.

La Russie et la Finlande en offrent des accumulations immenses. Dans ce dernier pays ils sont si nombreux , qu^ils obli* gent de faire faire aux routes des circuits multipliés.

Une grande partie des provinces de Norfolk, de Suffolk, les sommets des collines du Derbyshire , qui dominent le Cheshire , Helderness sur là côte orientale de l'Yorkshire , présentent des blocs semblables à ceux de l'Allemagne; mais, parmi ces blocs de TAngleterre, les uns viennent de contrées éloignées et probablement de la Scandinavie , et ils sont en général arrondis ; les autres viennent des montagnes de FAngleterre , et , quoicpie de roches beaucoup plus tendres que les précédens , leurs arêtes et leurs angles sont conservés. M. Sedgwich , auquel on doit la connoissance de ces faits , a aussi remarqué , dans le Westmoreland et le Cumberland , ces sillons à surface polie , dont il a été fait mention plus haut. *

On cite des blocs de granité de 4 à 12 mètres sur les lieux les plus élevés de FIslande , île entièrement volcanique et très-éloignée de tout pays granitique (Povelsen). Si le fait est vrai et exact, c'est un des argumens les plus puissans en feveur de la singulière hypothèse de Deluc.

Ce même phénomène se présente dans les deux Amériques. Dans FAmérique septentrionale les blocs sont disposés dans une direction qui va du nord -est au sud -ouest. (Hayden.)

On cite des blocs de granité sur les montagnes du Potosi, au-dessus de Lima, et cependant on ne connoît de granité en place que dans le Tucuman , à plus de quatre cents lieues de là.

On cite aussi dans Flnde , au pays d'Hyderabad (lat. 17** N.) ,

1 Sedcwigb^ On ihe orig. of alluvial and diluvial formation, Ann. of philosopha; j4pr, and Juljr lôaô.

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des blocs ënomies de granité, amoncelés les uns sur les autres* (Deluc neveu.)

Les généralités ou la théorie qu'on peut déduire des observations recueillies sur les blocs erratiques, est déjà assez remarquable, quoique ce phénomène n'ait été étudié avec suite que depuis une trentaine d'années*

Nous les récapitulerons ici :

1.^ On sait quelles sont les montagnes qui onf fourni les grands et célèbres amas de blocs erratiques des Alpes et des plaines de Poméranie, etc.

2.^ Les roches dont ces blocs proviennent , appartienneni toutes aux terrains primordiaux, tant de cristallisation que de sédiment.

S.** Ces blocs sont souvent situés loin des lieux de leur origine, et ils en sont même séparés par des vallées profondes, très-larges, enfin, par des mers.

4** La position de ces blocs fait connoitre l'époque géologique où a^est passé le grand phénomène qui en a opéré le transport. Cette époque doit être postérieure ou au plus contemporaine à la formation des terrains de sédiment supérieur, puisqu'on n'a jamais vu aucun de ces blocs enveloppé dans les roches de ce terrain, et qu'ils sont supérieurs à l'argile plastique, à la molasse et au gompholite {Nagelflue),

B.^ Il a fallu que la force de transmission fût très-puissante pour transporter au loin des blocs de plus de quinze cents mètres cubes.

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