‹ Tableau des terrains qui composent l'écorce du globeChapitre 44 sur 126 · Gravier coquillier · texte numérisé non relu

Gravier coquillier

Je désigne sous ce nom un terrain fort remarquable, qui n'a cependant pas attiré l'attention des géognostes autant qu'il en est digne ^ car à peine en est-il fait mention dans les ouvrages généraux de géognosie même les plus détaillés.

Ce sont ces amas de débris de coquilles, de sable et même de coquilles entières , qui sont à peine altérées dans leur soli-

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dite, leur texture et même leur couleur, et qui, appartenant k des espèces évidemment semblables en tout aux coquilles qui vivent dans la mer actuelle, se trouvent cependant à une élévation supérieure à celle des plus hautes marées , aidées dans leur ascension des vents les plus violens.

Si de tels amas ne sVtoient montrés que sur un ou deux points de la surface du globe, on pourroit en attribuer la cause à des circonstances locales ou à quelques phénonténes particuliers.

Mais les géologues, après avoir remarqué ces amas dans quelques parties de TEurope, doivent être frappés de les. retrouver, dans une multitude de lieux, accompagnés de cir* constances de position et de hauteur , qui sont dans tous ces lieux à peu près les mêmes.

Cest sur les côtes de la Charente inférieure et dé la Vendée , dans le lieu nommé la butte de Saint-Michel, près de Saint-Michel en Lhermes , que ce phénomène a été signalé , em 18149 pour là première fois, et avec toutes ses. circonstances ^ par M* Fleuriau de Bellevue.

M. de Buch avoit à la vérité indiqué des amas sembla? Mes, tant en Norwége, qu'à Uddevalla en Suède, sur les limites de la Norwége ; mais cette indication avoit passé presque inaperçue ^ jusqu'au moment où la description des amas de Saint-Michel,, publiée par M.. Fleuriau de Bellevue,, me frappa par la ressemblance qu'elle établissoit entre elle et eelie de Norwége, et m'engagea dès-lors à la faire remarquer, dans Fextrait que je donnai du Mémoire dé M. deBel^ levue dans le Bulletin des sciences de la société philomatique (1814, p. 78), et même à lui comparer plusieurs observations de phénomènes semblables faites sur les c6tes de Ift: Méditerranée 9 en A^ie^ etc.

Les collines de Saint-Michel, qui sont couronnées .pa^,,çet. amas de coquilles, sont au nombre de trois: elles sont situées à six kilomètres des bords de la mer; elles ont une longueur

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d'environ neuf cents mètres, et leur sommet est élevé de quinze mètres au-dessus du niveau des plus hautes marées.

Ces collines sont entièrement composées de coquilles marines ayant encore leur texture solide et leurs couleurs propres. Elles appartiennent toutes aux espèces qui vivent actuellement dans la mer qui baigne ces côtes. Ce sont principalement Vostrea eduLis ^ Vanomia ephippium, le pecten sanguineus , le modiola barbata , le murex imbricatus , le buccinum reticulatum , et un turbo qui ne paroit pas avoir été décrit et qui est nommé sur les lieux guignelte de Sart.

Ces coquilles ont la plupart encore leurs deux valves réunies; elles sont disposées entre elles comme leurs espèces analogues le spnt dans la mer, et même agglutinées, comme on Ta observé dans les bancs d'huîtres. '

Ce fait et ce terrain ne sont cependant pas uniques, et

1 J'ezprimois dans ce même extrait, page 79,ropiiiion suivante, qui Ta être confirmée par l'obserration que j'ai faite à Uddevalla.

« L'intégrité de ces coquilles, l'ordre dans lequel elles sont dispo- « sées, ne permettent guère de supposer qu'elles aient pu être longm temps battues par les vagues dans une retraite successive et lente des «f eaux de la mer, ni qu'elles aient pu être accumulées ainsi à i5 mètres «f au-dessus des plus hautes marées connues par des mouvemens extra- « ordinaires de la mer, qui auroient eu lieu dans ces parages.

« La disposition régulière des couches du terrain environnant , qoi «f sont horizontales et entières, c'est-à-dire sans aucune indication de « boule vers^tnent ni même de fracture, ne permet guère d'admettre « que ce terrain, en se soulevant par des causes intérieures, ait fait « sortir ces bancs ou collines d'huitres du fond de la mer.

« Enfin, ces collines sont comme isolées au milieu d'autres collines « qui n'ont avec elles aucune analogie de structure, et qui ne renfer- «t ment aucun débris de corps organisés appartenant aux mers ac* « ia'iWiê.

m C'est donc un terrain d'une origine tout-à-fait particulière, et tout- « à-fait nouvelle, en comparaison de tous ceux que nous connoistons. *

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ils paroîssent avoir les plus grands rapports avec ceux qui ont été observés dans quelques autres lieux.

M. Risso a fait connoître' , dans la presqu'île de Saint-Hospice près Nice, une formation qui ressemble beaucoup à celle des côtes de la Vendée: il a observé à dix-sept mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée , un terrain composé d*un sable calcaire renfermant une très- grande quantité de coquilles à peine altérées et presque toutes parfaitement semblables à celles qui vivent actuellement dans cette mer.

M. Olivier' a vu près de Maïta, dans la presqu'île comprise entre THellespont et le golfe de Saros , un grès tendre qui dans Tanse de Sestos porte, à plus de sept mètres au-dessus du niveau de la. mer , un banc assez épais de coquilles marines, dont les espèces analogues vivent dans la Méditerranée. M. Olivier nommé parmi ces coquilles Vostrea edulis , les venus chione et cancellata, le solen vagina^ le huccinum reticulatum^ le cerithium vulgare, etc. On voit encore sur la côte d'Asie, au-delà de la colline d'Abydos et dans la plaine, les mêmes coquilles que celles du banc de Sestos.

Brocchi cite, auprès de Catane en Sicile, des roches calcaires qui , placées sur des laves descendues de l'Etna et situées maintenant à environ dix mètres au-dessus du niveau de la mer, sont percées par le modiola lithophaga^ et couvertes de serpules et d'autres coquilles dont les analogues vivent sur les côtes de Sicile.

On connoît quelques faits semblables dans les îles britanniques. M. Adanson a remarqué sur les bords du lac Lomond y en Ecosse, à sept mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une argile brune qui est recouverte de gravier, un grand nombre de coquilles marines des côtes écossaises. Il cite les

1 Nouveau Bull, des scienc, tom. 3, i8i3,p.339. s Tojage en Turquie, tome 2, page 41.

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suivantes : nerita glaucina , cardium edule , venus striatula^ pecten obsoletus^ balanus comwunis ^ ecuinus esculentus ^ etc.

M. Boue ludique sur les bords du Forlh en Ecosse des coquilles marines analogues à celles qui vivejit earore dans ces mêmes parages: parmi lesquelles sont ïoitrfa rdulis , le m^ tilus eduliSf le cardium edule* , le turbo liHoreus ^ le donax trun^ catulusy le pateLla vulgaris^ toutes coquilles trè»- communes et dont la détermination ne peut élre douteuse.

Le capitaine Laskey a fait la même observation à peu prés dans les mêmes lieux, mais sur la rive gauche de la Clyde. Ces coquilles sont toutes à un niveau qui sVtend depuis douze jusqu'à quatre mètres environ au-dessus des plus hautes mers*

La Norwége et la Suéde ont présenté les exemples les plus remarquables de ces délaissemens de la mer à une hauteur infiniment supérieure à celles des plus hautes et des plus violentes marées. On les observe sur les côtes et sur les parties peu éloignées de la mer ; premièrement sur les bords du Figa-elv , dans la partie boréale de la Norwége : les coquilles sont situées, suivant StrOm, à plus de cent cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer ; elles sont généralement brisées; et ensuite à Luroë, Tromsoë, etc., plus vers le sud .* dans ce dernier lieu elles ne sont élevées que de quatre à sept mètres au-dessus de la mer; puis enfin dans les environs de Drontheim.

Le second gUe remarquable est eu Suéde, sur la côte occidentale, dans la province de Gotheborg, prés de la petite ville d'Uddevalla.

Des coquilles marines, ne paroissant avoir éprouvé d'autre altération que celle qui' résulte d'une longue exposition à

1 On sait que ce cardium^ dësignë vulgairement soua le nom de p^ toncle , peut vivre dans des eaux saumàtres, et peut-être même dans des eaux complètement douces ; mais les coquilles essentiellement marinec qui lui sont associées ici , doivent faire regarder ces dépâts comme des délaissemens de la mer.

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l'air et aux météores atmosphériques, sont accumulées dans une petite baie bordée de rochers de gneiss : elles y sont réunies en monceaux tellement considérables , que dans ce lieu et dans quelques points des environs qui lui ressemblent, on vient, depuis un temps immémorial, chercher ces coquilles dans des petits tombereaux pour en sabler les routes.

L*amas principal de Fanse d^Uddevalla s'élève au milieu des rochers de gneiss jusqu'à environ. soixante-dix métrés audessus du niveau de la mer.

Toutes ces coquilles soni semblables à celles de la mer actuelle : elles sont presque entièrement exemptes de mélange terreux; et quoiqu'il y en ait beaucoup de brisées, comme cela se voit sur tous les rivages , il y en a cependant un bien plus grand nombre d'entières.

£n voyant ces amas de coquilles qui paroissent si récentes, qui ne semblent avoir éprouvé aucun transport violent , qui semblent enfin avoir vécu, sinon sur les lieux mêmes, au moins dans la mer qui entouroit les places où les mouvemens de l'eau les ont accumulées, j'ai présumé que je pourrois reconnoitre encore, sur ces rochers de gneiss, des traces du séjour de la mer et y trouver quelques corps marins adhérens. Je pensai que ce ne seroit pas sur les parties saillantes de ces rochers, exposés depuis trente ou quarante siècles aux influen^'^': atmosphériques, et à l'action des hommes et des animaux, que je pouvois espérer trouver ces indices du séjour de la mer, mais que je devois aller les chercher sous leurs avances et dans les cavités qui avoient pu abriter de toute action destructive ces anciens et précieux restes du dernier âge de la période saturnienne. C'est donc sous ces rochers de gneiss que je cherchai , et je ne tardai pas à trouver , au sommet même du coteau , par conséquent un peu au-dessus de l'amas «oquillier, plusieurs balanes encore adhérens à la roche. La dureté de ces roches et leur forme arrondie ne me. permirent d'en détacher quelques-uns qu'avec beaucoup de

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peine. Cependant je parvins à obtenir un fragment de ce gneiss avec la base d'un balane encore adhérente. M. Berzelius, M. Wôhler, mon fîls, furent témoins du fait. Quoique ces restes indicateurs de la présence de la mer et de son séjour à cette hauteur fussent assez rares, ils ne se bornoient pas à un seul individu , nous pûmes observer près d'une douzaine de ces balanes. '

Ainsi, non-seulement la mer a recouvert ces rochers et y a déposé les coquilles qui y sont accumulées, mais encore «lie y a séjouriié assez long-temps pour que des balanes aient pu y prendre tout leur développement.

Avant de tirer de ce fait les conséquences assez curieuses qui peuvent s'en déduire, je continuerai à réunir les faits analogues qui ont été observés dans d'autres contrées.

Des coquilles marines, et par conséquent étrangères au Volga, que dès les teinps les plus anciens on avoit remarquéjes répandues à la surface du sol dans les vallées, les plaines et les steppes qui avoisinent ce fleuve et la mer Caspienne, avoient fait présumer , même du temps de Strabon et de Pline, que la mer Caspienne avoit plus d'étendue, et Pallas, qui avoit remarqué ces corps marins dans les steppes du Jaïck, pensoit qu'ils pou voient être des délaissemens de la mer du JDïord. Ce fait, qui pourroit répandre un très-grand jour sur la question du dernier abaissement général des mers, demande à être rendu plus pjrécis par de nouvelles observations.

L'Afrique est trop peu connue pour qu^on ait encore pu y retrouver avec certitude des délaissemens marins du genre de ceux qui nous occupent et qui se confondent si facilement avec les terrains tertiaires. Cependant, d'après une communication qui m'a été faite par M. Hertzog, il y auroit près

1 On trourera le développement de ce fait et les conséquences qM je crois qu'on peut en tirer, dans un mémoire que je publierai in* cessamment sur ce sujet intéressant

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de False-Bay , au cap de Bonne-Espérance, un banc de sable rempli de coquilles marines à peine altérées, à environ soixantesix mètres au-dessus du niveau de la mer, entre la montagne de la Table et le cap qui forme le côté occidental de False- Bay.

On peut reconnoître des délaissemens à peu près sembla- Mes dans quelques, parties de l'Amérique : à la Guadeloupe les mornes de coquilles remplies de calcaire spathique, qu'on trouve si abondamment dans la partie de cette île qu'on appelle la Basse-Terre , peuvent également être rapportés à ce phénomène. On y trouve une grande quantité de moules de coquilles marines, cônes, cyprées , modioles, bucardes, etc., composés de calcaire en partie concrétionné , en partie spathique. Ici les coquilles ont été altérées; mais leur position à une élévation supérieure à celle des plus hautes iners, et leur ressemblance complète avec celle de la mer des Antilles, permettent de rapporter ces amas aux phénomènes du délaissement de la mer actuelle.

On voit à Haïti , au cap Haïtien , une accumulation de sable marin, agrégé en espèce de brecciole friable et rempli ou recouvert de coquilles marines ayant conservé presque toute leur fraîcheur, et on connoîtprès de la ville des Cayes, dans le lieu nommé Morne à coquille, un amas de coquilles marines, qui couvre une étendue de près d'une lieue. ,€les dépôts, supérieurs aux plus hautes marées, paroissent appiartenir encore au Kiéme phénomène. '

Dans l'Amérique méridionale, sur la côte de Valparaiso, on trouve à environ quarante mètres au-dessus du niveau actuel de rOcéan un banc entier de la coquille remarquable qu'on nomme concholepas et qui vit précisément dans ces parages.

Mais ici le phénomène semble avoir montré son origînc^

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1 Je dois ces notions à MM. Mollien et Jlicord.

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dans le soulèvement qui eut lieu en 1822 sur une assez grande partie de la c6te, qui mit à sec et éleva d'un à deux mètres au plus les bancs d'huîtres et de moules qui étoient adhérens aux rochers ainsi soulevés. '

Ce phénomène local , et dont le résultat a été assez foible, â-t-il été la cause du soulèvement à quarante mètres du con- Ci^olepas de la même c6teP C'est une question qui reste encore à résoudre.

M. Lesson a vu à la Conception , sur cette même côte , mais plus au sud, des bancs de coquilles de la mer actuelle non altérées et laissées à un niveau supérieur à celui de cette mer.

La baie d'Amphila , dans la mer Rouge , présente onze tles, couvertes, à environ dix mètres d'élévation , de zoophy tes et d'échinites, semblables à ceux qui vivent actuellement dans cette mer.

A Timor, suivant MM. Quoy et Gayinard , on observe dans l'intérieur de l'Ile , des bancs de coraux , à environ dix mètres au-dessus du niveau de l'Océan.

Enfin , il seroit possible de rattacher à la même classe de faits ces coquilles de la mer actuelle, observées par M. Pérou à environ cinq cents mètres d'élévation au-dessus des plus hautes marées dans la baie des Chiens marins, île de Timor ^ océan Indien*. Ces coquilles ne diffèrent point spécifiquement de celles de la mer qui baigne ces côtes; mais elles ont été altérées par une espèce de gonflement, qui semble résulter d'une sorte de commencement de pétrification en calcaire spathique.

1 M.i» Maria Graham, Lettre à Sir H. Warburton, président de la Soc. gëolog. de Londres. (Bull., Fëruss., i8a4, t. 2, p. 28).

s MM. Quojr et GainMird ont fait remarquer que le récit de Pérou n'est pas fondé sur des obsenrations assez directes et assez précises poi»r fa'oa paisse admettre les évaluationa de hauteur qu'il a donnéee»

TBRB» CLYSM* DETRITIQUES* 9?

TeIssoDt les faits qui établissent que la mer actuelle a bai- ^é des terres qui sont élevées depuis un mètre jusqu'à soixante -dix métrés au moins au-dessus de son niveau, et qu'elle y a séjourné assez long-temps pour que plusieurs générations de ses mollusques sy soient succédé.

On ne peut attribuer la diff'éreuce du niveau qui se trouve entre ces délaissemens et la plus grande élévation de la mer depuis les temps historiques, qu*à deux classes de causes. ; Ou a l'abaissement du niveau de la mer , ou à l'exhaussement du sol ; car nous avons vu que la présence des corps marins à une si grande élévation ne peut être due à aucune marée ou inondation marine extraordinaire ou locale. L'accumulation immense des coquilles dans la baie d'Uddevalla, et la présence des balanes encore adhérens aux rochers de gneiss , forcent d'admettre un séjour plus ou moins prolongé des eaux marines.

Il ne reste donc à considérer que l'abaissement de la mer ou l'exhaussement des c6tes.

Cette dernière explication a acquis une assez grande valeur par l'observation dont l'exactitude paroît se confirmer, que quelques parties des c6tes de Suède et de Finlande , dans le golfe de Bothnie, semblent continuer à s'élever, et surtout par le phénomène d'exhaussement dont on a été témoin sur la c^te de Valparaiso , à la suite du tremblement de terre de

Mais comme le phénomène de l'exhaussement ne peut être que local, borné et circonscrit, tandis que celui du délaissement est très -étendu et paroît déjà offrir sur le globe un assez grand nombre d^exemples pour faire admettre qu'il a été général, on trouve dans cette considération une très-puissante objection à la généralisation de Texhaussement et même à son application à des contrées qui ne fournissent aucune preuve historique du phénomène j car il ne faut pas oublier que . nous ne rejetons aucune cause géologique , quelque

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étrangère qu'elle soit aux lois actuelles de la physique du globe , si on rapporte cette cause à Tépoque que lious avons nommée saturnienne, c'est-à-dire à des temps antérieurs à la dernière catastrophe qui a placé la mer dans le lit où on la connoit depuis un temps immémorial.

Or la mer auroit pu être amenée au niveau qu'elle a actuellement, par l'exhaussement des continens : exhaussement qui auroit dû être générai puisqu'on trouve sur tous les continens despreuves de sa présence. Cette hypothèse est assez difficile à concevoir ; car pour exhausser un grand nombre de points d'une croûte solide, il faut admettre la répétition de la même cause dans autant de lieux qu'il y a d'indices de la différence des niveaux , tandis qu'il ne faut qu'un aJBTaissement de la croûte du globe dans un point pour faire baisser toutes les mers au même niveau.

Il paroit donc peu vraisemblable que les délaissemens de la mer actuelle qu'on a décrits ou cités , soient dus à l'exhaussement des parties de la croûte du globe dans tous ces points.

11 est plus probable que les productions marines situées ainsi ont été laissées par la mer , lorsque son niveau s'est abaissé, et que cet abaissement est le dernier des grands phénomènes géologiques qui ont modifié généralement la surface de la terre dans ses rapports de forme et de hauteur avec les mers.

Il n'est pas nécessaire de dire que, si cet abaissement a eu lieu , il a été général pour toutes les mers qui sont en communication directe ; car on sait que la surface d'une même masse de liquide , quelle que soit son étendue et ses circonvolutions, reste toujours au même niveau.

Cette théorie étant adoptée 9 on est obligé de placer l'époque de cet abaissement général dans les temps saturniens; car il est encore aisé de prouver que , si la mer eût été soutenue au niveau que doit faire admettre l'élévation de soixante mètres

TBRE. CLYSM. oiTRITIQUfS. 9^

des dépôts de plusieurs graviers coquilliers, un grand nombre de pays habités, cultivés, civilisés, même depuis les temps historiques les plus reculés , eussent été sous la mer. Or il n*est pas possible de supposer qu^un si grand nombre de lieux répandus sur tout le globe eussent été submergés et en* suite mis à sec depuis que la tradition , les monumens et Thistoire nous ont fait Connoître quelques faits de la géographie physique, sans qu'un si notable événement ait été mentionné nulle part.

Celte ancienne élévation et extension de la mer est donc antérieure à la dernière catastrophe qui a modifié la surface du globe, par conséquent aux temps que nous appelons historiques, et vraisemblablement à la présence de la race humaine à la surface du globe ; car jusqu'à présent on n'a trouvé , avec ce gravier coquillier marin aucun vestige de la présence de rhomme, aucun reste de ses monumens ou de ses arts qui soit assez intimement lié avec ce gravier pour qu'on puisse admettre qu'ils ont été déposés à la même époque que lui.

4* Falun coquillier.

Les amas de coquilles du bassin de la Loire, célèbres depuis long-temps sous le nom defalun de Touraine, paroissent appartenir, d'après des observations de M. J. Desnoye^s, qui ne sont pas encore publiées, à un délaissement de la mer, analogue par ses circonstances et par son époque géologique à celui qui a produit le gravier coquillier. M. Desnoyers y réunit une partie du crag de Norfolk , des graviers et sables rouges des collines subapennines et des autres parties de l'Europe, qui sont, comme elles, composées de graviers rougeâtres, enveloppant des coquilles marines usées par le frottement, et des ossemensde mammifères terrestres sur lesquels adhèrent des corps marins; enfin, il regarde le falun coquillier comme étant encore plus nouveau quç les terrains épilymniques.

^6 TBaa. CLYSM. C£ASTtQnBS«

Je dois me contenter de' mentionner ici cette observation importante, qui établit un nouveau sous-groupe daus les terrains clysmiens : on en verra le développement et les preuves dans le Mémoire que M. Desnojers publie sur ce sujet intéressant.

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