Gr. TERRAINS ÉPILYMNIQUES
II est difficile d'établir la limite précise qui sépare la partie saturnienne de ce terrain souvent composée dé calcaire concrétionné, delà partie jovienne du terrain de même nature et de même texture. Cette distinction est même absolument impossible dans quelques circonstances; c'est le cas de tous les corps et de tous les phénomènes naturels. Il y a partout des transitions insensibles, qui, par cela même qu'elles sont générales, ne peuvent être apportées en objection contre au* eu ne division.
Le terrain lacustre supérieur est le plus nouveau des terrains yzémiens ; il n'est recouvert que par des terrains alluviens ou clysmiens, et jamais par aucun terrain marin de sédinient*'
1 Terrains lacustres supérieurs; XJpper fresh JVaterformation; Tertiare Sussyvasser-Bildung , BouÉ ; Jùngsie Susswasser-Kaikbildung , KzrERSTEin. Ce géologue la place parmi les terrains d*alluvion; nous ne pouvons admettre cette manière de voir.
2 M.Jules Desnoyers me semble avoir reconuu qu'un terrain cljsmien marin, qui comprend le crag des géologues anglois, qui offre une accu> mulation immense de coquilles marines, presque toujours usées par le transport^ accompagnées de débris de grands mammifères, portant quel' quefois Tempreinte de leur séjour dans la mer, avoit recouvert tout les terrair^s tbalassiques, même Tcpiljmniquc; il Ta principalement étudié dans les parties du bassin de la Loire qui appartiennent & la Tourainé et à l'Anjou. (Tojez ce qui en a été dit plus baut au 4' groupe des terrains clysmiens sous le norà de falun coquillier.)
Cette curieuse observation ne me paroit pas infirmer le principe établi, qu'aucun terrain marin de sédiment n'avoit encore été reconnu audessus du terrain épilymnique, du moins dans le bassin de Paris et dans toOH ceux qui montrent ce terrain lacustre avec la même évidence.
VBIB. Y&éM. thaï* ^TllYUtHUVWf^ l9i
Il fe confbnd donc quelquefois dans ses limites ou pajrtioA supérieures avec les terrains alluviens limoneux.
Dans les pays oà il y a entre ce terrain la^custre et celui que nous appelons moyen » ou palerothérien» un terrain m^na (quelle qu'en soit l'origine ou la cause), lesUmitqfr inférieureft du terrain épilymnique sont faciles a d^rwipcr. Tout ter« rain lacustre supérieur à ce dépôt marin ou seulement an gypse à osseaieB* appartient à cette fevoiation. Mais dans les lieux beaucoup plus nombreux , oii ee dépôt de sépasation n'existe pas, le terrain épilymnique passe au terrain pal90« thérîen et se confond aisément avec lui. On n'a d'autre eth ractère pour l'en distinguer, que celui qui se tire de la Mturt des débris organiques et de celle des roches; encore ec der^ nier cai^ctére est-il trè&-peu tranché.
he terrain épilymnique montre deux natures de roches , qui sont souvent mêlées , maid que nous considérerons sépa^ rément ; ce sont des calcaires marneux avec des marnes argiw leusesou calcaires, et des roches siliceuses.
1. Calcaikb TRATERTm, OU calcaire concrétionaé, à grain fin, presque compacte, blanc ou jaunâtre; c'est le travertin ancien ;
Calcaibe coNcatooNNé, laminaire ou lamellaire (stalactites et stalagmites).
Ce sont, parmi les calcaires de ces variétés , ceux qui indiquent par leur position qu'ils ont été formés avant l'époque jovienne ou actuelle.
• Il y en a peu d'exemples authentiques.
Les travertins et concrétions de Colle prés Sienne, par leur position vers le sommet d'une colline beaucoup trop élevée pour être jamais inondée par la crue des eaux actuelles, et qui ne présente aucune source incrustante supérieure, peuvent être regardés comme un exemple de ces calcaires*
Les calcaires lacustres supérieurs au sable et par cgnséquent an gypse des basiins de Paris doivent y être également rapportés.
î36 TSAR, rtàv* THAL. ^ PIL YM NI Q UES,
Le CAiCAïaE marneux , la Marne calcaire et la Marne argileuse dififèrent peu j cependant le premier ne renferme presque point d'argile, mais il se désagrège facilement à Tair* Le second est encore plus désagrégeable et renferme de l'argîlc; dans le troisième il y a plus d'argile que de calcaire: e'est la roche argileuse qui accompagne ordinairement les ailex meulîèrea.
Le calcaire travertin et le calcaire marneux lacustre se font reconnoitre par une circonstance qui ne manque presque jamais, quelque compactes qu'ils soient; on y remarque des cavités tubulaires très-déliées, quelquefois sinueuses, interrompues, qui sont assez généralement perpendiculaires aux surfaces de stratification , et à peu près parallèles entre elles $ elles ressemblent aux canaux que laisseroient, dans une mat tière visqueuse, des bulles de gaz qui les traverseroient. Ces cavités sont quelquefois couvertes d'un enduit verdàtre, ou remplies de marne friable.
Les autres roches de cette formation sont ou entièrement siliceuses ou très-chargées de silice; ce sont:
2. Le Calcaire siliceux, mélange des deux, peu abondant et mal caractérisé dans le terrain supérieur;
Le Silex MEUuàRE, roche dominante et caractéristique de ce terrain dans le bassin de Paris.
Il est en bancs irréguliers, interrompus, brisés, engagés dans de la marne argileuse et dans du sable marneux. On peut en reconnoitre deux modifications, dont la position est constamment la même : l'une , compacte et supérieure, montre les tubulures sinueuses que nous avons déjà signalées dans le calcaire marneux, et renferme de nombreux débris et moules de coquilles lacustres. Les moules de ces coquilles et même leur test sont siliceux ; leurs cavités sont quelquefois tapissées de petits cristaux de quarz, ce qui indique dissolution complète de la matière siliceuse.
L'autre, poreuse et infétieure, est plus rougeàtre que la
TBRR. TZéM. TBAL. ^F ILY M NI QU ES* l^J
première et généralement dépourvue de débris organiques.
M. Constant Prévost a très-bien établi que la meulière compacte à coquilles devoit s'être formée plus particulièrement sur le bord des espèces de bassins au fond desquels toute la masse de meulière s'est déposée, et que la meulière poreuse avoit occupé le fond de ce bassin à une profondeur et dans des circonstances qui n'avoient pu permettre à des êtres organisés, ou de vivre, ou d'être conservés. Toutes deux ont été formées par bancs continus , mais interrompus , ou par masses , soit ovulaîres soit lenticulaires , placées à peu près sur le même plan et disposées avec une sorte de régularité. Les fragmens qui se présentent maintenant, et le désordre qui semble régner dans ce dépôt, sont une suite de fractures et d'affaissement postérieurs à leur formation, et dû au peu de solidité de la marne qui les renferme et au tassement de la masse de sable qui les supporte.
Silex i^romaque et résinite. Les premiers diffèrent assez de ceux de la craie, pour qu'un observateur- habitué à les voir sache les distinguer, mais pas assez pour que ces différences puissent être facilement exprimées. Les seconds sont rares et en général moins bien caractérisés que dans le terrain inférieur. '
Telles sont les roches qui composent le terrain lacustre supérieur ou épilymnique ; mais ce terrain est encore mieux caractérisé par les débris organiques qu'il renferme , tant dans ses roches calcaires que dans ses roches siliceuses. (Voyez le tableau n.^ 4. )
Les mammifères et autres animaux vertébrés de l'ancien monde, dont les débris se trouvent dans les parties limoneuses et élastiques des terrains clysmiens , peuvent aussi se rencontrer dans les roches calcaires et marneuses des terrains épily m niques.
Ils sy trouvent associés avec les coquilles lacustres et ter-
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restres,qui, se rencontrant bien plus abondamment dans ces terrains et qui même s'y rencontrant plus souvent seules, peuvent servir plus efficacement à les caractériser.
Les débris de végétaux y sont peut-être encore plus, caractéristiques que les dépouilles animales; car les espèces qu'on trouve dans ces terrains ne se sont pas encore montrées dam les terrains lacustres inférieurs. '
Les exemples qu'on peut donner avec certitude de ces terrains, et que nous avons déjà indiqués ailleurs, sont* :
En France. Sur la plupart des plateaux du bassin de Paris, et hors de ce bassin : prés d'Éiu^rnon ; dans les environs d*Étampes, de Saint- Arnoud , deSoissons; n Passy-sur-Eure; à Cinq-Mars-la-Pile , prés de Langeais en Touraîne , les silex meulières y sont translucides et renferment des coquilles lacustres; prés de Montpellier , les coquilles , parmi lesquelles se trouvent un grand nombre d'hélix, diffèrent à peine de celles qui vivent encore; dans le département du Gard) où paroissent se présenter, comme près de Paris , les deux terrains lacustres; TAuvergae et le Cantal, la Haute- Loire, FAI* lier, le Cher, Tlndre, Loir-et-Cher, la Sarthe, le Loiret, le Bastberg dans le Bas-Rhin, etc.
En Suisse. Le vallon du Locle, près Neuchàtel, dans le
1 L'ëaum^ration donnée au tableau n.** 4, résulte du trarail aur Ira Végétaux foasilea, publié par M. Adolpbe Brongniart,Mém. du Mua. d'biat natur. de Paria, vol. 8, pag. 23o, pi. 1 1 et pi. 14; Dei^cript. géolog. det terrain* de Paris 9 par MM. Cuvier et Alexandre Brongniart, édition de 1822, pi. 8, 10 et 1 1.
2 Nous avons cité et décrit un grand nombre de terrains lacostrei dans la Description géologique des terrains de Paris, édit. de 1822, pag. 274 et 295 k 320. Nous avons fait ressortir leurs particularitét, et nous avons discuté les caractères qui peuvent faire attribuer les unes aux terrains lacustres supérieurs, et les autres aux terrains lacnstrct moyens.
TBR'R. YZéM. THAL. iTlVTUfSTQVES, 'ï^^
Jura; le terrain d^ŒnÎBgen , près du lac de Constance : on j trouve des anodonles.
En ANGiereHAE. A File de Wight , où les deux terrains la^ custr^s se présentent assez. distinctement.
En Allemagne. A Ursprung près d^Ulm ; en Thuringe- ; près Vienne en Autriche; en Hongrie, dans un grand nombre de lieux.
En Italie. Aux environs de Sienne, de Rome, etc. : prés de cette dernière viHe il est difficile d'assigner la limite qui se* pare le travertin antédiluvien de celui qui se forme actuellement.
Théorie du terrain lacustre épilymnique.
Ce terrain montre tous les caractères d'un dépôt de carbonate de chaux, de marne et de silice, fait tantôt par sédiment , tantôt par voie de précipitation chimique , dans un liquide aqueux qui ne paroissoit contenir que des dépouilles d'animaux et de végétaux , dont nous voyons les analogues vivre généralement , et la plupart même uniquement ^ dans les eaux douces.
Parmi les exemples , pris sur toutes les parties du globe, que nous avons cités de ce terrain , il n'y en a pas un qui ait présenté un mélange réel de corps marins et de corps organisés terrestres ou lacustres. Il y a donc une réunion de probabilités qui équivaut presque à une certitude, que ces terrains ont été déposés dans des marais ou lacs d'eau douce , dans des circonstances et par des causes semblables à celles qui produisent encore des terrains analogues à ceux-ci dans le lac Baskie en Ecosse , dans les lacs de Hongrie et probablement dans beaucoup dVutres lieux que nous ne connois-> sons pas encore ou que nous n'avons pas pu citer, faute de renseignemens sufSsans.
Les terrains lacustres actuels nous représentent donc, mais
Ho TEER« YZéM. THAL. TROTélQUES. -
sur une échelle beaucoup plus petite, la manière dont lei terrains lacustres anciens ont dû se former. Uétenduedeleun couches, leur régularité dans beaucoup de cas, la présence des parties siliceuses, volumineuses et abondantes, et cepen* dant évidemment déposées par voie de précipitation chimique dans les lieux où on les voit; les- tubulures sinueuses, désignant le passage du gaz, qui, en se dégageant, a laissé précipiter le calcaire et peut-être aussi la silice, sont des circonstances qui indiquent une précipitation tranquille et régulière au fond d'une eau douce; rien, au contraire, ne donne le plus léger indice ni d'une eau marine , ni de Tagitation d'un transport de terrain.
a.* Gr. TERRAINS PROTÉIQUES *