Gr, TERRAINS ARGILO-SABLEUX
1» Sable quarzbux; 2. Abgile plastique» Malgré lenr contact presque immédiat, il n'est pas reconnu avec toute certitude que Targile plastique et son sable appartiennent à la méane for* mation que le lignite soissonnois, ni même que Tun etTautre pe doivent être plus nettement séparés du calcaire grossier que ne le présente le tableau que je développe.
Cet avertissement s'oppose à ce qu'il résulte aucune erreur réelle de leur rapprochement provisoire*
étoiea^ des Ugnitct appartenant aux terrains tertiaires. Cette opiaioa paroît aroir ^té plutôt confirmée qu'ébranlée par les observateurs qui, depuis sa publication, ont cKercLé à l'examiner et à en vérifier les foudémens ; mais si j'ai réussi à assigner la place de ces lignites dana une des grandes classes des terrains de sédiment, je ne suis psit également sûr d'avoir déterminé avec exactitude leur position gpéciale daas Vmm des groupes de cette classe. J'ai présuiné, d'apvès quelques ci rccnu tances, que les lignites de Provence étoient inférieurs an terrain tritoaicB; néanmoiBs je çroia qi^e cette présomption demande à être constatée ou déiruijte par de nofiTeUes observations dirigées vers ce but. Il en est de méine des autres exemples rapportés à ce groupe. Il est possible, comme le pense M. Roué, que la plupart des lignites exploités, qui sont loua lacustres, appartiennent plutôt au terrain palsothérien ou infrapro> téique qu'au groupe marno-charbonneux , inférieur au terrain trilonien.
T£Rll* YZéM. thaï. AHGILÔ-SABt. l8l
Uargile plastique , telle que je Tai définie ailleurs* , occupe constamment, du moins je n'ai pas d'exemples du coiw traire , la partie la plus inférieure des terrains de sédiment supérieurs. Elle est ou immédiatement posée sur la craie , et , dans ce cas, sa liaison avec le terrain de sédiment supérieur est évidente, ou bien, celle-ci n'existant pas, elle est placée sur des terrains inférieurs à la craie, et alors il n'est pas sûr qu'elle appartienne à ce prei^ier ordre des terrains de sédiment.
Ces deux roches réunies , formant le sous-groupe que nous examinons , présentent les caractères suivans :
Leur mode de formation est en grande partie sédîmenteux ; jnais c'est un sédiment fin et tellement pur, pour ce qui concerne Targile plastique, qu'on peut soupçonner que l'action chimique qui va se manifester d'une manière évidente par d'autres phénomènes , a eu de l'influence sur ces 'dépôts* Néanmoins le sable quarzeux qui l'accompagne , et qui dans beaucoup de cas e%t grossier, indique un dépôt mécanique.
La stratification est peu distincte et même très-incertaine dans la plupart des lieux où on peut observer clairement les argiles plastiques. Ce sont plutôt des iimas couchés sur des
1 Detcr. géologique des environs de Paris, ëdition de 18229 pag. 18; «t Classification xninëralogique des roches, Paris, 1827^ pag. 60.
Quand on emploie ce nom dans les descriptions géologiques, il n)e faut pas lui donner une autre acception que celle qu'il doit exprimer, sans cela les noms ne servent plus k rien. L'argile plastique n'est ni effervescente, ni fusible; elle a une composition chimique remarquable par son identité. Elle ne contient pas un centième de chaux. Il ne peut doi^c 7 avoir des ai|;iles plastiques calcarifères, marneuses , effervescentes , t\ic.f car ces mélanges n'appartiennent plus à l'espèce que j'ai définie et désignée tous ce nom; et, en rendant ainsi la définition et les caractères vagues, on trouvera de ces prétendues argiles plastiques dans tous les terrains, tandis que les vraies argiles de ce nom paroissent .restreintes i des formations très-peu nombreuses.
ïBz TB&&. YZÉK. .THAL. ABGILO-SABL*
surfaces de roches et dans les bassins que peuvent présenter ces surfaces. L'inégalité d*épaisseur d'un même gite d'argilç dans ses diverses parties indique cette disposition*
Le sable quarzeux recouvre ces dépôts ou alterne quelquefois avec eux.
L'argile plastique ne paroit renfermer, au milieu même 4ç -sa masse, aucun débris organique ; et la régie que nous avons cru reconnoitre et que nous avons énoncée il y a long-temps , a été plutôt confirmée qu'infirmée par les observations qui ont fié faites depuis. Les débris organiques qu'on a attribués i l'argile plastique , appartiennent ordinairement aux argilef £gulines, qui forment aurdessus d'elle un dépôt supérieur, distinct en tout, et indépendant des argilps plastiques pfcr prement dites.
Mais cette argile enveloppe souvent et des cristaux de gjpse , 9oU isolés, soit groupés, et des nodules de pyrites affectant différentes fprmes. Ce sont les seuls mipérais qu'on puisse lui attribuer avec certitude.
Enfin , il paroi t que l'argile plastique , considérée comme espace mipérale , se présente dans une nutre situation minéralogique, et que plusieurs dépôts de cette argile, que j'ar vois cru pouvoir placer dans les terrains yzéniiens supérieurs à la craie , sont au contraire situés au-dessous de cette roche.
Cette nouvelle vue réduit ainsi qu'il suit les exemples qu^on peut citer avec quelque certitude d'argile plastique supérieure à la craie.
Exemples du groupe ^bg^lo-sabu^ux.
Dans le bassin de Paris :
Les environs du village d'Abondant , sur les lisières de Ii| forêt de Qreuiç. -^ A Condé , prés Houdan. — A Gentîlly, Arcueil, Vauvres,Issy,'Meudon, au sud de Paris; à Auteuil, k l'ouest. — A Noyer, sur la route de Gisors à Roueii. — A &f oret| prés Fontainebleau. -r- Dans le^ eiivirpns de Monterean,
TEEB. Yzàvt* thaï. CLASTIQCE3* l85
Dans les lieux suivaDs, la position de Targi le plastique audessus de la. craie est moins évidente.
A Andennes et dans d'autres lieux des environs de Namur. — Aux environs de Cologne.
Dans le bassin de Londres.
£n Allemagne, Grossalmerode en Hesse, d'où se tire l'argile plastique employée à la fabrication des creusets célèbres de ce pays.
Il paroit bien prouvé maintenant, parles observations de BdM. Passy, Jules Desnoyers, etc., que Targîle plastique de Saveignies, à l'ouest et au nord-ouest de Beauvais, et celle de Forges en Normandie, appartiennent à une formation plus profonde et qui est inférieure à la craie.
7/ Gr. TEKRAINS CLASTIQUES.
Ce petit groupe est peut-être très-répandu sur la terre; mais les roches, ou plutôt la roche presque unique qui le compose , ressemble tant aux roches élastiques ou de transport des autres terrains , il présente lui-même , dans ses rapports de position, dans les débris minéraux et organiques qu'il •renferme rarement, si peu de caractères distinctifs, qu'on est obligé d'en restreindre considérablement l'histoire ^ faute de trouver des moyens de l'étendre avec quelque certitude h plusieurs pays, et par conséquent d'en offrir plusieurs exemples. Je l'aurois même passé entièrement sous silence, si je n'avoîs trouvé, dans les poudingues siliceux des bords du Loing, entre Nemours et Châteaulaudon , iv^ exemple de cette roche , qui me paroît avoir une ppsition bien déterminée et différente de celle du gompholite (Nagelflue) de la Suisse, etc* Mais auquel de ces groupes plastiques faut -il rapporter une multitude de terrains également copiposés de cailloux roulés, plus siliceux que calpaires, qu'on rencontre dans des pays dont le sol appartient aux terrains crétacés ou à ceux qui le suivent ou le pi:écèdent presque immédia-^
l64 CONSIDÉRATIONS THEORIQUES
tement ? C'est à quoi il m'est impossible de répondre ayee certitude dans Tétat actuel de la géognosie, et ce qu'il ae m'est pas permis de discuter avec les. développemens nëcesjsaires dans ce tableau.
Je me contenterai donc de dire que je placerai dans le groupt élastique des terrains thalassiques tritoniens les terrains composés de débris arrondis qui , par leur position supérieure aux terrains crétacés, ne peuvent être placés dans' les terrains élastiques des terrains pélagiques, et, par leur position inférieure aux terrains thalassiques palœothériens, ne peuvent être réunis avec les gompholites du groupe protéique.
Tels sont : les poudingues inférieurs au calcaire grossier de la Morlaye , département de l'Oise ; ceux des environs de Nemours, de Moret, évidemment placés entre la craie et le calcaire lacustre palœothérien.
Considérations théoriques sur les terrains
thalassiques.
Je n'ai point le projet de proposer d'hypothèses pour rer monter aux phénomènes généraux qui ont pu donner naissance à l'ensemble de ces terrains, ni même aux causes spéciales qui pnt pu les former et les modifier suivant les lieux : je chercherai, en rassemblant sous un point de vue plus rtê" êcvré et en comparant entre eux les faits principaux qui composent l'histoire des terrains thalassiques, à montrer que si l'hypothèse de la retraite et du retour de la mer indiqués par
l'alternance des terrains lacustres et des terrains marins , est sujette à quelques difficultés , les autres hypothèses qu'on à proposées pour expliquer ces faits et leurs: liaisons , peuvent encore moins y satisfaire.
Récapitulons d'abord les observations y en choisissant les |nieux connues et les plus frappantes.
Là cque, limite inférieure ou base du terrain thalassique ,
StTK LES TERRAINS TB AL AS8XQ tJBS. l85
est bien définie. Il n^ a dans nos contrées aucune transition entre ces deux classes de terrains.
Au-dessus de la craie se trouve généralement , et sur des étendues considérables de pays , depuis la partie occidentale de la France jusque vers l'extrémité orientale de TEurope , un dépôt de calcaire à texture généralement grossière , pétri de corps marins, coquilles, zoophy tes, poissons, offrant par conséquent des preuves irrécusables que ce dépôt a eu lieu sous une eau marine, et à peu prés à la même époque dans ces différens lieux , puisque les corps organisés dont ils renfer" ment les débris ont tous un aspect frappant de contemporanéité*
Dans les terrains que nous avons désignés par le nom de irilonienSf et qui renferment le calcaire qu'on nomme grossier, se voient bien çà et là quelques débris de corps organisés lacustres ou terrestres, mais ils ne font pas la cent-millième partie des autres ; ils ne se trouvent que dans quelques localités , comme on doit trouver dans les sables et limons de l'embouchure des fleuves des productions terrestres et fluviatiles, charriées par les cours d'eau et tnélées avec les productions marines. Ils y sont en général disséminés et se présentent dans les terrains marins de la période thalassique comme pour nous apprendre qu'il existoit a cette époque des ferres découvertes et des cours d'eau qui les parcouroient.
La craie, ou le' terrain inférieur au calcaire grossier , n'est pas toujours immédiatement recouverte par cette roche. Il y a quelquefois entre ces deux calcaires des dépôts inégaux d'un terrain composé d'argile pure et de bois bitumineux , accompagné de corps organisés terrestres ou fluviatiles , par conséquent un dépôt d'une tout autre nature et d'une tout autre origine. Ces dépôts , en lits plus ou moins épais , ne se trouvent pas seulement entre ces deux terrains , mais ils se rencontrent aussi jusque vers le milieu du calcaire grossier, et sont mêlés avec des coquilles marines de ce calcaire. Ne peut-on
^B$ CONfllP^AATIOKa THÉORIQUES
pas regarder la présence de ces foibles dépôts étrangers comme un accident, comme Tintroduction sous un plus grand volume, parce qu'elle s'étoit faite daps des lieux propres à les rassembler , de ces débris animaux et végétaux , charriés fïït les cours d'eau dans la mer , et accumulés dans certainipoiots par des circonstances locales. Ce «croient des terrains d'eau douce analogues à ceux de la seconde classe , dont Œnipgeif est le type , qui, au lieu de s'être déposés, comme ceux-ci, dans des lacs ou amas d'eau douce , se seroient déposée daof la mer même. Leur texture sédimenteuse , leur structure souvent schîstoïde , leur mélange et même FaUernance de leurs lits avec des productions marines, en sont des indices et même des preuves frappantes ^ et, en admettant pour ces roches lacustres sous-marines l'opinion de M. C. Prévost, en les distinguant ainsi des véritables roches lacustres, nous rendons les caractères de ces dernières plus précis et plus puissans*
Au-dessus de ces calcaires grossiers ou des roches marines qui les accompagnent ou les remplacent, et qui constituent ce que j'ai nommé le groupe tritonien^ se présente dans beaucoup de lieux, mais surtout dans le bassin de Paris, d'une manière claire, puissante, développée, un terrain de pins de cinquante mètres de puissance dans quelques points, qui n'a aucun des caractères d'un terrain de sédiment grossier; qui est en partie calcaire , en partie siliceux ; qui n'est stratifié qu'en grand ; qui a une homogénéité , une compacité interrompue par des tubulures sinueuses et presque verticales, et qui est pétri, dans plusieurs de ses parties, et suivant les localités, d'une multitude de coquilles et même de produits végétaux d'eau douce, sans mélange d'aucun eorpi mdrin. Les coquilles , malgré la ténuité de leur têt, y lont souvent parfaitement entières , et tout semble indiquer qu'elles ont vécu sur le lieu où elles sont pétriûées.
Au milieu de ce terrain puissant se trouvent , dans le bassin d^ Paris principalement, et peut-être dans quelques autres,
8r& LES TEHRAINS THALASSIQUES. 1 87
maïs d'une manière moins distincte, des bancs de g^P*^ ^ ^^^* lure cristalline, trés-régulièreinent strati6és, alternant avec des bancs de marne , renfermant quelques coquilles terrestres ou dVau douce, des poissons lacustres ou fluviatiles, quelques végétaux terrestres et les débris d'une multitude de mammifères terrestre^ et de reptiles d'eau douce dont on n'a pas sCncore . trouvé de vestiges dans le calcaire marin inférieur; vccs- bancs gypseux ne renferment dans leur masse aucun débris organique marin.
Dans d'autres lieux, ce sont des lits puissans de charbons fossiles , accompagnés de bois pétrifié , de coquilles et de poissons lacustres , d'ossemens pétrifiés de mammifères terrestres hOu riverains, de reptiles lacustres sans vestiges de corps marins*
Tout porte donc à croire que ces marnes lymniques, si riches en productions d'eau douce , si complètement dénuées de corps marins, les bancs de gypse ou les lits de charbon fossile qu'elles renferment, ont été déposées dans des eaux douces par voie de sédiment ou de précipité chimique. Pour admettre la continuation de la présence de la mer là où elle ne montre aucune trace de sa présence et où tout indique au contraire un liquide analogue à celui de nos lacs d'eau douce, il faut se jeter dans des hypothèses d'une telle complication, que les preuves les plus irréfragables seroient né- «essaires pour nous les faire admettre.
Au-dessus de cette masse marno-gypseuse , ofirant tons les caractères d'une formation d'eau douce , se présente , ou tout à coup ou par nuances insensibles, un terrain d'une assez foible épaisseur dans le bassin de Paris, mais d'une puissance et d'une étendu^ immenses dans le midi de la France, dans la Suisse subalpine , dans l'Italie subapennine , et qui ressemble tellement, dans certains lieux, au calcaire grossier inférieur, qu'il a fallu des observations nombreuses, précises et minutieuses, pour l'en distinguer. Ce terrain, comme TinféfieuT y est principalement marin , c'est-à-dire qi|*il renferme
i88 CONllDI^RATIONa Tfitl&OaiQÛES
en majorité immense des coquilles marines et d'autres corps marins; mais ces coquilles offrent des espèces souvent différentes de celles qui remplissent le calcaire grossier inférieur : on j a observé des b$ de mammifères marins, lamentîna^lNileines, etc., qu'on ne peut encore admettre avec certitude dans les terrains inférieurs. On y voit néanmoins quelques débris de corps terrestres et lacustres; on j voitauMii et principalement dans les parties inférieures , des lits de bois fossiles bitumineux ou lignites , accompagnés de coquilles lacustres y mêlées quelquefois de coquilles marines dans lenr surface de contact avec le terrain marin.
Quand le terrain lacustre que nous avons nommé folœûM' rien touche immédiatement aux deux terrains marins dont Vmt le porte et Tautre le surmonte , les assises de limitation ou de passage des deux terrains présentent quelquefois, mais rareshent et d'une manière toujours trés-restreinte (au pied nordouest de Montmartre), le mélange des débris organiques qui se montrent ensuite sans mélange dans le milieu des masses de ces deux terrains.
Le terrain marin supérieur, que nous appelons prol4%ir« , est en général plus sableux que calcaire, d'une texture plus grossière que compacte ; les coquilles et autres débris marins qu'il enveloppe sont souvent hriBés ou roulés. Il renferme des galets, et il est même quelquefois surmonté de masses énor* mes -de poudingues : il offre enfin tous les caractères d*un terrain de sédiment grossier et de transport. On pourroit même le croire amené par une vaste et rapide invasion des eaux de la mer , si les lits réguliers de coquilles réunies comme psr familles , si les bancs d'huitres adhérant ensemble et en posi^ tion comme dans la mer, si les galets couverts de balanes et d'huttres qu'on y trouve ' , si les roches percées de plib*
1 On ne peut r^pëter ici lei exemples ^a'on a donnés de cef ftttf dans lei détails précédent et dans la Géognosie dn temin de Parif*
SU& LH8 TE&&AINS T H AL ASSI QU BS« iS^
lades, qui s'y présentent comme des rescifs, si enfin les débrn de mammifères terrestres , qu'on y rencontre quelquefois couverts de balanes et de coquilles marines, ne forçoient de reconnoitre qu'une eau marine a séjourné sur ce terrain*
U nous paroit donc bien difficile de ne pas admettre que ce terrain a été déposé au fond de la mer, comme celui qui est inférieur au . terrain lacustre palaeothérien ; mais il a été déposé par une autre mer, c'est-à-dire par une mer qui nourrissoit d'autres espèces d'animaux, dans une période géolo- |[ique où vivoient des mammifères tant marins que terrestres , soit qu'ils aient seulement commencé alors à paroître sur Iç globe , soit qu'ils y fussent devenus assez abondans pour que leurs dépouilles aient pu échapper à }a destruction et se faire remarquer dans les couches de la terre.
Mais cea terrains, si évidemment sous-marins, du moins pour nous , sont maintenant à sec : . la mer qui les couvroit s'est donc encore retirée , soit par l'abaissement de ses eaux , soit par l'exhaussement des terres. Les amas d'eau douce qui se sont formés dans quelques cavités de ee sol, y ont déposé un nouveau et dernier terrain lacustre , présentant avec les ternûns palAothériens des différences de même valeur que celles ^'on ohëerve entre le terrain protéique et le terrain tritonien.
Tels sont les faits généraux que M* Cuvier et moi avons reconnus dans la disposition des différentes roches qui composent le terrain thalassique du bassin de Paris , que j'ai retrouvés i peu près les mêmes dans des terrains de la même période , en France , en Allemagne et en Italie , que tous les géologues qtii ont visité ces lieux ont également reconnus. Je parle de dispositions générales et non de considérations ou d'exceptions de détails, et, pour rendre cette assertion encore plus préoise, \t répéterai que nous avons reconnu et
que la plupart des géologues admettent avec nous * :
1 Tojcssnrtovt l'opinion bien prononcée de MM. Stnder et jHsuimann.
19^ COKSIOé&ATtONS THioaiQUfii
"fées de TËurope. Il doit aiisû $e retrouver dans let partie* des autres continens qui avoient à cette époque le même niveau que l'Europe » et qui n'ont pas été dépouillées de cette croûte si souvent friable et meuble par la catastrophe des terrains clysmiens ou par toute autre cause encore in* connue.
Il s'agit d'expliquer cette double alternative de sol maria et de sol lacustre. Sans chercher à en donner une ezplica^ tion de détail , ni à remonter aux causes premières , nous avons dit qu'elle indiquoit deux fois la présence de la mer sur notre sol et sur tous ceux qui lui ressemblent , et deux fois le délaissement de la mer et la présence d'eaux lacustres. Nous convenons qu'il Cêt difficile de trouver des causes de ces deux invasions des eaux marines et de leur séjours mais de ce qu'on ne peut aller au-delà d'une induction qui parott si naturelle , qui n'admet aucune impossibilité réelle '« est^n en droit de la nier pour la remplacer par une hypothèse qui nous semble bien plus compliquée et su)ette k un bien plus grand nombre de difficultés P
Notre hypothèse est simple; on peut presque Tappeter théorie , car elle se réduit à ces conséquences : deux terrains marins bien caractérisés et deux terrains lacustres son nu)itts caractérisés et bien réguliers indiquent la double altemastive de la présence de la mer et de celle des eaux doueea«
M. C. Prévost a cherché à établir que cette formation de terrains si différens avoit eu lieu dans le même liquide | el qu'à l'exception dtê terrains épilymniques (d'eau douce supé' rieurs) 9 le calcaire grossier, le terrain palaeothérjen , composé de êes deux bancs de marnes pétries de coquilles d'eau ëooee et de son gypse , le tout dénué de corps marins dans sa masse moyenne, et le terrain protéique ou marin supérieur ^ afoienf
I Yoj^ la note pUcée à la fia 4e eet premières considëratîoiit»
sua LES TERRAINS T H AL ASSIQUES. IqS
été déposés dans la même mer, lorsqu'elle couvroit l'Europe a la. hauteur des collines subapennines.'
M. Prévost et les géologues qui admettent son hypothèse , avec diverses variations, ne regardent cependant pas le bassin de Paris comme ayant continué d'être en communication immédiate avec la mer. « Ce bassin, dit cet auteur*, a été un « grand lac salé, traversé par des cours d'eau volumineux ^ ve*
« NANT ALTERNATIVEMENT DE LA MER ET DBS CONTINENS , qui Ottt
« produit les mélanges et enchevêtremens marins et lacus-
« très* Le bassin cesse de communiquer avec l'Océan , et le
« niveau de ses eaux s'abaisse au-^dessous de celui des eaux
« marines ; mais une irruption accidentelle de l'Océan dépose
« les salles et grès marins supérieurs , et la mer se retire défi-
« nitivement. ^
En supposant que cette hypothèse toute locale pût s'appli*
1 11 est difficile de discuter cette explication de M. Prévost, parce qu'elle n'est encore publiée nulle part avec le développement nécessaire. Le mémoire ou la dissertation géologique qu'il vient de publier sous le titre: Les eontinens actuels ont-'Us été à plusieurs reprises submergés par ta mer, et qui est extrait du tome 4 des Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris, ne renferme que la première partie de son travail et ne présente que les observations et les inductions qui peuvent être apportées pour résoudre négativement cette question* Nous ne la connoissons donc que par les courts extraits qu'il en a donnés, par ce que BOUS lui avons entendu dire et par l'avantage que j'ai eu de la discuter arec loi. Biais je n'oserois pas assurer que j'aie bien saisi dans tous ses détails upe bjpotbèse très -compliquée, et qui exige, pour être bien comprise, qu'on ait sous les jeux les développemens donnés par l'auteur et les cartes sur lesquelles il les a tracés.
2 Bull, des sciences par la soc. pbil.; |825, Mai, pag. 74 et 88. — Bnll< , Férussac ; 1826, tom. 7, n.° 1 et n.** i3o. -— Ann. de cliimie et de physique; 1827, tome 35, page 442. Ce dernier extrait me paroissant être l'expression la plus complète de l'opinion de l'auteur, je le prends pour base de la discussion.
194 eONSIDjâsATlONS THéo&IQUES
quer exactement au bassin de Paris , il faudroit admettre aussi que ces phénomènes de ]acs d'eau salée séparés de rOcéan , puis remplis, quoique salés, de marnes entièrement lacustres , puis recouverts par une irruption accidentelle de nouveaux terrains marins, ont eu lieu de la même manière dans les bassins de la Loire, de TAUier et de FHérault, de l'Aar, d'Ulm, de Bavière, de Hongrie, de Lombardie, où se présentent les alternatives de terrains lacustres et de terrains marins.
La discussion de l'application de cette hypothèse , déjà si compliquée pour le bassin de Paris ,• aux bassins que nous venons de nommer, nous entraineroit dans des détails beaucoup trop longs ; d'ailleurs elle ne nous paroit pas nécessaire pour combattre Phypothèse de M. Prévost.
Nous nous contenterons donc de rappeler l'attention sur des faits, des circonstances et des dispositions, qui nous semblent peu conciliables avec l'hypothèse de la formation d'un terrain lacustre sous les eaux de la mer et d'une irruption soudaine de la mer pour former des terrains de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur.
Je laisse de côté ce qui est relatif à l'argile plastique et i ses débris organiques d'eau douce,' cette disposition étant une de celles qui peut le mieux s'expliquer par l'hypothèse de M* Prévost, parce qu'elle présente précisément ces caractères de mélange qui indiquent un dépôt sous-marin , et qui manquent entièrement aux vrais terrains d'eau douce. Mais je demanderai s'il est bien facile de concevoir et bien simple d'admettre que des terrains très - régulièrement stratiGés en grand , comme le terrain palœothérien , composés de plusieurs bancs de roches présentant une texture homogène fine, qui éloigne l'idée d'un sédiment de transport pour rappeler celle d'un précipité chimique, que des roches qui renferment, non pas quelques coquilles lacustres, dispersées çà et là , mais des lits puissans, réguliers, composés presque en-
sua LES TERRAINS T H A LA SS I Q t E S. 1C)5
fièrement et uniquement de ces coquilles ( Saint-Ouen , Fan* tin , etc.) , aient pu être amenés dans une baie d'eau de mer , sans envelopper aucune production marine et en tuant tous les corps marins, dissolvant pour ainsi dire leurs dépouilles , pour ne laisser intactes que les coquilles lacustres, et non pas seulement dans le bassin de Paris , mais dans tous ceux que nous avons nommés.
Il nous semble qu'il faut se prêter à bien des suppositions, moins gigantesques , il est vrai, que le retour de la mer, mais aussi moins simples et peut-être plus difficiles à conce« voir. D'ailleurs nous ferons remarquer que la difficulté est si grande, que M. Prévost est obligé d'admettre ce retour, mais accidentellement ^ dit-il. Or, la difficulté n'est pas, selon nous, de faire rester la mer, mais de la faire remonter et revenir sur des terrains qu'elle avoit abandonnés. Si elle a pu s'élever un jour à i5o mètres au-dessus de son niveau dans le bassin de Paris, la cause qui l'y a portée a dû la porter également-dans ceux du Languedoc , de la Suisse, de la Lombardie , de la Hongrie, etc.; cette cause, au lieu d'être transitoire, a pu être permanente et l'y faire rester. Or, ce séjour n'est pas une hypothèse; il résulte , selon nous, des faits les plus authen* tiques, que nous avons déjà indiqués; il nous paroit démontré par l'adhérence des huîtres et des balanes aux ossemens de mammifères des terrains tertiaires de Lombardie, aux galets de quarz de la c6te de Gênes, près Saint-Rémo ; par les bancs d'huitres, de panopées, de pernes, qu'on voit si régulièrement placés, les uns près Paris, les autres en Italie; par les trous de pholade, qu'on voit sur les rochers ou rescifs, sur lesquels s'appuient ces terrains, etc.
Mais une difficulté d'un tout autre ordre que semble nous présenter l'hypothèse de la formation des terrains marins et lacustres par simple transport de sédiment mécanique, c'est la présence au milieu de ces terrains de minéraux indissolubles, cristallisés, dont la production ne peut être attribué»
l^C CONSIDéRATIONa THEORIQUES
qu'à une action chimique très -puissante. J'avoue que je ne me fais aucune idée de la formation par transport et par dépôt au fond des eaux de la mer, des nodules sphéroïdaux de sulfate de strontiane qu'on trouve au milieu des ïnarnes du gypse ; des nodules sphéroïdaux de silex dans le gypse* Je ne puis concevoir que la silice pure, qui a formé au milieu des masses non stratifiées du calcaire siliceux de Champigny, de Crecy , etc. , des druses de quarz hyalin , ait été amenée en dissolution par un cours d'eau descendant de l'Auvergne et des Cévennes.
Certainement, si ces minéraux insolubles étoient tenus en suspension mécanique dans ces eaux affluentes, ils ne se seroient. pas réunis en nodules quelquefois cristallins ou en cristaux dans le fond de la mer; et, s'ils y étoient en dissolution, il est peu présumable que cette dissolution , en entrant dans la mer, et par conséquent en s'étendant dans une grande masse d'eau marine, ait laissé précipiter sur-le-champ ces corps insolubles. Alors il faut admettre que ce n'étoit plus de l'eau douce, mais des dissolutions salines, qui formoieat des. cours d'eau, et par conséquent marcher d'hypothèse en hypothèse.
Si c'est à des sources minérales sourdant au fond de la mer (comme il n'y a pas de doute qu'il y en a et qu'il y en avoit autrefois de bien plus puissantes) , qu'on veut attribuer ces calcaires, strontianites et quarz cristallisés, il faut supposer une réunion bien extraordinaire de circonstances pour admettre que ces sources soient sorties précisément dans le lieu où il n'y avoit aucune coquille marine, et précisément dans celui où les fleuves avoient amené des coquilles fluviatiles et terrestres, et d'autres productions non marines.
Je ne chercherai pas à expliquer ces faits , je l'ai déjà dit. Je ne vois aucune hypothèse qui puisse y satisfaire entièrement; mais si les géologues veulent trouver dans la nature actuelle des phénomènes qui représentent en petit les phénomènes
. sua LES TE&AAINS T H A L AS SIQ U ES. I97
gigantesques des temps anciens » c'est dans des fleuves immenses de dissolution aquiforme, sortant des entrailles de la terre et déposant à sa surface , dans, le fond des mares, des lacs et de la mer même , les minéraux qu'ils tenoient en dissolution , enveloppant des débris d'animaux lacustres dans les lacs et des débris d'animaux marins dans la mer, qu'il faut aller les chercher. Les eaux minérales actuelles de Carlsbad,^ de Vichy, de Saint -Nectaire, des Euganéens, de la plaine de Tivoli, des Lagonis de Toscane , du pied des volcans d'Europe, des Cordillères, de Java, des Antilles, du Geyser d'Islande, dessources de Loorgootha dans l'Inde, etc., peuvent donner une esquisse, mais bien foible, bien en miniature^ de ces énormes phénomènes. C'est là qu'arrivent, dissous par leufv propres mélanges et combinaisons, du gypse, du cal«caire, de la silice en quantité souvent considérable, de la magnésie, du sulfate de strontiane, de l'acide borique, etc., corps si peu solubles ou même absolument indissolubles dans nos eaux actuelles.
Mais, encore une fois, commebt concevoir que des roches qui ne renferment rien de marîn , mais qui contiennent des masses , nodules ou cristaux distincts de ces minéraux , liés intimement avec la roche , par conséquent évidemment de même formation qu'elle, aient pu être amenées, depuis le centre de la France jusque dans la mer de Paris , tenues en dissolution dans. des eaux qui n'ont rien précipité sur la route, pour laisser'tout précipiter et cristalliser, lorsque cette dissolution s'est étendue dans l'immensité des eaux marines'?
1 Hypothèse pour hypothèse j je ne toîs pas qu'il toit plus difficile de concoToir des causes de soulèvement et d'éruption de la mer sur les continens, qu'un terrain d'eau douce gypseux, siliceux et charbonneux, comme les terrains lacustres de Paris, de Suisse, d'Italie, de Hongrie, etc., te formant au sein des eaux marines, chassant tontes les productions marines, tant Tirantes que mortes, tant mobiles qu'adhérentes»
198 CONaiDlâaATIONS THEORIQUES
On a voulu aussi considérer ces terrains d'une tout autre manière que les autres, en les désignant comme de^formaHom locales j déposées dans des bassins séparés , et présentant d'énormes différences dans chacun de ces bassins.
J'ai cherché, au commencement de l'histoire des. terrains thalassiques, à préciser ce qu'on devoit en tendre par fonnatîon locale et formation par bassins. Je ne vois pas quelle raison particulière pourr^oit porter à désigner par le premier -nom les terrains thalassiques de préférence à beaucoup d'autres terrains, auxquels on n'a jamais prétendu l'appliquer. Qu'on jette les yeux sur une carte géologique de la surface actuelle de l'Europe (celle de M. Boue, par exemple), on verra les terrains thalassiques y former , en France , en Allemagne-, en Italie, en Hongrie, en Moldavie, etc., de grandes plaques
pour les remplacer par det productions terrestres, lacustres et fltttittiles de toute espèce.
La stabilité du niveau des mers depuis Icf temps les plus recules, admise par les géomètres et ipvo^iuée par M. C* Prévost^ est un fait, une conséquence de l'état de repos du globe et de l'équilibre de ses forces, mais n'est pas pu principe. Jamais les géomètres n'ont pu prétendre qu'il fût impossible qu'il s'élevât, dans le fond de l'Océan, une immense boursouflure, que cette boursouflure ou ces boursouflures, en élc> Tant If niveau des mers, n'en épanchassent les eaux sur les contioens; que ces boursouflures, en t'afl'aissant, se crerant ou s'éoroulaat, n'aient permis aux eaux de rentrer précipitamment dans leur lit, etc., et pniique M. Prérost cherche dans le monde actuel les restes des forces, des nioyens et des phéi|omèi|es du monde ancien, on peut montrer en petit des exemples de ces soulèvemens et de ces afiaissemens ; la côte de Yalparaiso a offert un exemple frappant et récent d'un exhaussement de sol; «i cet exhaussement a eu lieu sur un rivage élevé, k plus forte raison pouvoit-il se présenter autrefois dans le fond des mers, o& la croûte terrestre, peut>étre moins épaisse, devoit offrir une moindM réfistance k des forces alors beaucoup plus puissantes. - Parmi pluiieurt lies volcaniques qui ont disparu en tout ou en par* tie, une def plut remarquablçt est celle qui, en 1719} s'éleva non loii^