Effets physiologiques des saisons
Cette saison, à laquelle on donne le nom d'hivernage, est à-la -fois pour l’Archipel le printemps et l’été de la nature \ les arbres se couronnent presquê en même temps de fleurs et de fruits; la sève circule avec énergie et rapidité; des productions végétales s’emparent de toutes les surfaces ; des mousses , des lichens , des saxatiles couvrent les murs , descendent en festons sur leurs parfois *, et se dressent à leurs sommets. Des bignonées , des capraires , dès zinnia , des hyptis se groupent sur le faîte des édificeà (i' ; de hautes herbes qu’abreuve sans cesse rhumidité de l’atmosphère, enchâssent de toutes parts les pavés basaltiques des cités ; de grandes urticées , des stramoines , des euphorbes purpuresceus s’élèvent le long des rues non- fréquentées (2), des plantes buissonheusès , telles que l’argémone mexicaine et plusieurs sofanées (3; , envahissent les places publiques ; les foi ti-
(1) Le poirier, hignonia pentaphylla ^ 'lu, — ^ Le capraire biflore , ou thé de la Martinique, capraria bi^ Jlora , L. — Le zinnia multiflora.
Uhyptis capitata. H, verticillata , etc.
(2) ZIrtica corytnbosa. TJ. mgosa , L.
Datura stramonium. D. fera X.
Eiiphorbia liirta. E, niyrtifolia. E. graminea.
(3) Le chardon. Argemone meæicana .
Solanum mammbsum. S, jarnaiense, S. racethpsmîi. Fersoon. *
lîcations, et tous les terrains que les travaux des hommes cessent de défendre un instant contre l’exubérance de la végétation ; enfin , des agarics gigantesques croissent dans l’intérieur des appartemens habités ; et des byssus paraissent spontanément sur toutes les eaux dont le sol est inondé par des pluies diluviales.
C’est alors que des légions de crustacées voraces (i) descendent des montagnes , ou sortent des repaires que la génération précédente a creusés pour eux dans les rivages arénacés; la vipère fer-deJance se revêt d'une peau nouvelle (a), les oiseaux sédentaires appendent aux uiétastômes des forêts et aux feuilles gigantesques des heliconia (3) , ces nids^ dont la structure fait l’étonnement et l’admiration du voyageur (4)- Les oiseaux entomophages des bords de l’Orénoque , privés d’alimens par les inondations immenses de ce fleuve , se confient alors aux tempêtes du sud pour traverser les bras de mer qui séparefsft les Antilles (5). De toutes parts Finfluence de la saison fait éclore des
(1) Le tourlouroux. Cancer ruricola , L. — Les crabes blancs , violets , les serriques , etc.
(2) J^ipera lanceolata ^ Lacépède. — Trigonocepha^ lus lanceolatus ^ Moreau de donnés.
(3) Le grand balisier des bois. Heliconia hihai*
(4) Les nids du certhia Jlaveola , àutrocîiilus pegasus , T» cristatus , T, violaceus , T', auratus ; et ceux du carouge y oriolus bonana et O. nidipendulus ^ L.
(5) Ces oiseaux appartiennent principalement aux genres anas ^ ardea ^ scolopax j tringa Qï fulica*
êtres nouveaux; des nuées d’insectes s’élèvent sans cesse des eaux stagnantes , ou s’échappent do sein de la terre ; des Lampyres (i) font briller ^ dans l’obscurité de la nuit J la vive lumière qu’ils produisent ; des Cliquets (a) font retentir les bois du bruissement de leurs élytres ; d’innombrables troupes de sauterelles , qui semblent apportées par les vents ^ apparaissent tout-à-coup dans les savanes qu’elles dépouillent de toüte verdure ; enfin , des fourmis d’espèces multipliées, mais presque également redoutables, se dirigent en colonnes longues et serrées vers les objets que leur découvre un instinct , ou plutôt une sagacité qui ne peut être trompée par tous les soins des hommes.
A tant de signes manifestes de l’excès de la chaleur et de rhumidité du climat , on reconnaît la constitution atmosphérique la moins favorable à l’homme. En effet , à la Martinique , et généralement dans tout l’Archipel , le degré d'intensité de ces deux grands agens physiques étant connu , on peut , sur un nombre d’hommes donné , déterminer la proportion des individus malades ; et , en remontant aux causes par leurs effets , on peut déterminer , d’une manière précise, la constitution atmosphérique, par la fréquence et la nature des maladiés.
L’hivernage amène presque toujours avec lui un effrayant cortège d’épidéndes meurtrières. Les nègres et les gens de coideiir sont atteints par des fièvrés
(1) Lampyris marginata.
(2) Acridium.
( lo )
muqueuses et gastriques; ceux des Europeèns, qiif sont affaiblis et comme étiolés par la longue action du climat, périssent alors par des fièrres hectiques et des dysenteries; ceux qui, au contraire j n'ont poiiiî encore éprouvé cette action, sont soumis aux chances funestes que donnent les lièvres adynamiques et ataxiques , dont les dangers ne sont cépendant encore que peu de chose, quand on les compare à ceux de la fièvre jaune.
A cette époque, les maladies cutanées, telles que la variole , la rougeole , les érysipèles , les dartres, prennent des caractères plus graves- et une marché plus rapide. Des phlegmons de differenlés 'espèces se montrent sur les diverses parties du corps ; lé tétanos et des degénerations putrides suivent ou accompagnent les lésions des organes; ih n’est pas jusqu’aujt affections scorbutiques et aux virus cancéreux ét scrophuleux , qui ne semblent alors, ainsi qufe l’éléphantiasis , piendre une activité plus pernicieuse, ,
La saison sèche suspend ou arrête la plus grande partie de ces calamités. Quand le soleil se rapproche du tropique du capricorne , Ig température devient moins ardente , l’atmosphère est moins humide et plus pure, le tonnerre gronde moins souvent, le colon cesse de craindre l’ouragan destructeur, et l’Européen les contagions américaines ; la verdure bleuâtre dont se teint dans la perspective le massif des forêts, prend une couleur plus sévère, l’océan de vapeurs qui, pendant tout l’hivernage , environne la haute région des montagnes , se dissipe et laisse apercevoir enfin les
orlés crénelés de leurs anciens cratères. Les vents allsés ne tardent pas à reprendre Fempue de Fàir, et bientôt les maladies de la saison humide disparaissent avec les principes délétères qui les avaient causées. Biais alors, il est vrai, quelques autres affections pathologiques sont produites par les oppositions fortement contrastées que présente la constitution atmosphérique. L’abaissement de la température a les mêmes effets que la saison froide de nos contrées : aux phlegmasies cutanées succèdent les phlegmasies muqueuses 5 l’angine gutturale et le catarrhe pulmonaire deviennent fréquemment épidémiques paîmi les Créoles et ies^ Européens acclimatés ; les rhumatis-.. mes, les pleurésies, la coqueluche et 1 asthme con?r vulsif , ont pour époque commune de leur invasion* cette saison de l’année.
Il est à regretter qu’on n’ait point encore publié sur les Antilles d’observations météorologiques exactes et suivies , qu’on puisse appliquer à Fagricul- * ture , à la navigation , et sur-tgut à Fhygiène et à la . nosologie. On ne peut douter que Fart de guérir , si peu avancé dans ces contrées lointaines, n’eût trouvé t des résultats^ précieux dans la cpmparaisoa a aisonpéç de la cons,titution atmosphérique et des effets patholo-*.. giques qu’elle produit. J’ai tenté, en 1814 et en 16 15, d’exécuter ce projet mais je nai pu ajouter que
(O Voyez Observations Météorologiques faites au Fort- Royal de la Martinique , par Alex, Moreau de Jonnes p Bulletin de la Société Méd. d’Emulation , N ïil , mais
quelques mois d observations à celles que favais de'Jâ faites en i8o6 , 1807 et 1808. Quoique celles-ci montent à plus de trois mille , je ne considère point 1 esquisse que je vais tracer comme assez parfaite pour offrir tout ce qu on peut desirer sur ce sujet important ; ce sont seulement quelques données positives qui y en attendant miei^x , serviront à apprécier la puissance du climat de TArchipel sur les trois règnes de la nature.
4* ^ Température atmosphérique,
A la Martinique , sous le T/^ parallèle boréal y et au centre de 1 Archipel des Antilles , la température que ce thermomètre indique , quand il est exposé à Fombre et à Fair libre , quelques pieds seulement au-dessus du niveau de la mer^ a pour maximum le Réau^ Ttiurien, de F arenheit ; elle at pour minimum
le 16® i?. — 69® de F . ; ce qui donne seulement une différence de 12 degrés de la prerrdère de ces échelles , et de 16 de la seconde.
Ën prenant le milieu de ces hauteurs thermomètriques ^ il semblerait que la température moyenne de l’Archipel ne s’élève qu’au 22° de R. — 82^ de F. ; mais y en additionnant, comme le font les physiciens, la totalité des observations de l’année, et en divisant, par le nombre de ces observations , la somme quelles donnent, on trouve que la température est réellement plus haute , et qu’elle a pour terme moyén , à 1 ombre , le 2/j^ R, — 86® ü de F. : résultat qui est plus proche de la vérité que le précédent.
I^a chaleur atmosphérique varie à Fombre ainsi qu’au
soleil , selon rexposition des lieux , les formes géologiques du sol et la nature des surfaces. La température est plus basse d’environ un degré Réaumurien sur la côte orientale qui reçoit l’action immédiate des vents alisés ; elle est , au contraire , plus haute d’un degré dans les vallons resserrés de la côte sous le vent ; elle s’abaisse dans les lieux boiseux; elle s’élève dans l'atmosphère des terrains tuffacés, ponceux et calcaires , sur-tout lorsque leur coupe est verticale , car étant dépouillées de verdure , la structure et la couleur des surfaces concentrent et réfléchissent la chaleur so^ iaire.
L’élévation du sol au-dessus du niveau de l’Atlantique produit un abaissement gradatif de la température. A la hauteur de ij35o pieds, j’ai fréquemment trouvé une différence de 5 degrés Réaumuriens ^ entre la chaleur du Fort -Royal de la Martinique et celle de la Savane-des-Pères , au pied des grands pitons volcaniques du Carbet. Suivant l’observation du docteur Rugnec , au morne-fortuné de Sainte - Lucie, à 1,000 pieds au-dessus de la ville de Castries , qui est située presque au niveau de la mer , l’échelle de la température est entre le i5.® et le 26.® degrés Réaumuriens , dans toute l’étendue de l’année.
Suivant ma propre observation , au mois de février 1806 , à deux heures après midi , la température n'excédait pas le 14^-4 de R. — 64"^ de i^. ^ à environ 5,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, au sommet du plus méridional des pitons du Carbet à la Martinique. L’année suivante, au mois d’avril, à onze
heures et demie du matin, maïs par un temps moins beau, le thermomètre n’indiqua, au même lieu, que le i3° /{. — 6i^ de F.
En 1807, au mois d’avrîl, à deux heures après midi , il se fixa au de — de F. \ à
4,5oo pieds au-dessus du niveau de la mer , au souimet du volcan éteint de la Montagne pelée dans la même île
Suivant l’obséiYation de JS appel la Chenal e , au mois de février 1798, à midi,‘cè therinomètre indiqua le 16^’ I de — 69® de F,, sur le plateau de la souffrière de la Guadeloupe , à 800 toises au-dessus de la mer.
On peut, d’après ces données, considérer le i5^ Réaumurien comme le terme le plus élevé de la température des mois dé février et d’avril , sur les hautes montagnes de la Martinique et de la Guadeloupe, à environ 5,ooo pieds au-dessus de l’Atlantique équatoriale.
Les mêmés modiEcàtions sé rétrouvëht dans la température qüe produit l’action médiate des rayons du soleil. Dans son maximurn , èlle fait monter fréquemment le mercure du thermomètre au Sÿ® iî. — 116® de F. , et même Jusqu’au 44^^— Mais, dans cette dernière indication , on peut supposer souvent , avec raison, que la chaleur est augmentée par l’influence de circonstances^ locales.
Les observations du docteur Clarke , faites au Ro- Sôau de la Dominique , ne diffèrent que très-peu des thienriesi U en résulte que dans cette ville, pendant
les mois de juin, Jujllet , août et sepftemlbre , la température est au soleil de 120° de jP. , et que ses deux termes extrêmes sont à l’ombre le 79.® et le 92.® de la même échelle (i).
En considérant la température , tant à lombre qu au soleil, entre ses deux limites, et telle que réprouvent* les hommes , les animaux et les plantes dans l’étendue de l’année , on trouve qu’elle parcourt une échelle de 24^ Rèaumuriens» Si Ton additionne la totalité des observations annuelles, et si on divise par leur nombre la somme qui en résulte , on trouve également que c’est entre le 28.® et \q Réaumuriens
qu’il faut fixer le terme moyen de la température , considérée en général entre ses points extrêmes.
Il est évident, par ces observations, que si Ton calculait la chaleur du climat des Antilles d’après leur éloignement de la ligne équatoriale, on n’obtiendrait qu’un résultat erroné. La température de l’Archipel est moins haute que celle de Tltalie pendant l’été , et elle est beaucoup plus variable dans sa durée jour^ Ualière. A Rome , le mercure s’élève assez souvent au-delà du 3o® Réaumurien, et il demeure stationnaire à cette hauteur pendant huit à dix jouis. 11 n’en est point ainsi aux Antilles : pendant la présence du soleil sur l’hprizon , la chaleur diminue instantanément par l’action rapide de la brise , l’interposition de nuages denses et rembrunis , la chute de pluiës subites et
diluviales, la projection de l’ombre des hautes mon- , , ■ ^
{i) A tréatise on tfie y elloyy fev^r, '
tagnes , et par d'ar.tres circonstances analogues. Pen-* dant la nuitj la condensation des nu|iges autour des Pitons, leur abaissement dans la région moyenne de Pair, la transpiration des forêts, les inondations des vallées par le débordement des torrens des monta- •gnes, concourent à produire le même effet : il résulte sur-tout de la longueur de l’absence du^ soleil. Tel est le gisement de la Martinique , par exemple, que les jours les plus longs sont seulement de ip. h. 56', et ' les plus courts de 1 1 h. 14' ; ce qui ne fait qu’une différence d’une heure 42 min. entre la longueur des jours du mois de juin et ceux .du mois de décembre. On sait que d’ailleurs sous le 14»® parallèle le crépuscule n’ajoute que peu d’instans au jour, .et qu’il fait nuit presqu’aussitôt que le disque * du soleil est au-dessous de l’horizon. La différence de méridien entre la Martinique et Paris en produit une de temps, entre ces deux points du globe , égale à 4 b- i3' 44" 7 d’où il suit que quand pour la jnétropole le soleil atteint sa plus grande hauteur, il n’est pas encore assez élevé au Fort-Royal pour produire, par la rai éfaction de l’atmosphère ,1e commencement de la brise du matin.
Si la température la plus haute des Antilles n'excède pas celle qu’on éprouve en été dans les parties méridionales de l’Europe , il n’y a pourtant aucune comparaison entre le froid qu’on y ressent , et la température la plus basse de l’Archipel. Au niveau de la mer, le thermomètre exposé au point du jour à l’air libre ne descend pas communément, pendant décembre et janvier, au-dessous du 1 8^ K. — 72^' ^ de Cet abaissement
est un peu plus considérable dans les îles situées au nord de la Martinique ; il est de quelque chose en moins dans celles situées au sud. Tandis que cette température fait éprouver une forte sensation de chaleur dans les provinces méridionales de l’Angleterre et dans celles du nord de la France , elle produit aux Antilles , sur les créoles et sur les européens acclimatés , l’impression d’un froid relatif ^ vif et piquant.
Cette différence entre l’indication thermométrique et l’effet de la température sur les organes , ne peut pas être déterminée avec précision , parce qu elle varie singulièrement , en r^aison de la constitution des individus, des habitudes de la vie et du degré d’acclimatement. Néanmoins après neuf ans de séjour et d’observations dans l’Archipel , je crois pouvoir donner les termes suivans , comme exprimant approximativement les rapports de la sensation que le corps humain, éprouve par les variations de la chaleur tropicale.
Lorsque le thermomètre est au 20° R, — jrjo le froid relatif commence à être remarquable 5 au 19^ — 75^ ^ il devient très-vif et on est transi , même dans l’intérieur des maisons , sur-tout s’il fait du vent. Dans les années les plus froides, comme celle de 1808,
pendant laquelle le mercure descendit au 1 6® 69"^ ,
le matin , au point du jour , les créoles sont soumis aux effets qu’on éprouve, en France, lorsque le thermomètre est au-dessous de zéro ; et lorsqu’on 1806 cet instrument étant exposé à l’air libre au sommet des
Pitons du Carbet, demeura stationnaire au 14^
j ai vu produire , par la différence de 9® ^ entre cette
température et celle du pied de ces montagnes , les mêmes phénomènes qui résultent , en Europe , de l’action d’un froid excessif sur l’économie animale.
Lorsqu’au contraire le mercure est entre le a3.® et le 24 .® degrés B-éaumuriens — 84° et 86^ j de F. la chaleur est douce et agréable , la transpiration modérée et les digestions faciles. L’exercice du corps et celui de la pensée peuvent être supportés par le créole et par l’européen acclimaté. Au-dessus du 34° — 86.® 7, la chaleur estforte et commence à devenir pénible. Au 27°
g3<> ^ elle est étouffante à moins d’une brise salutaire.
Au 28®-95"le mal-aise que produit l’élévation de la température a tous les symptômes d’une maladie véritable ; et lorsqu’au soleil on est exposé quelque temps à une chaleur de 44® — i3i° , c’est-à-dire excédant de 12® à i4°- celle du sang , le corps humain est prêt à recevoir, par l’effet d’un passage rapide à une température plus basse , tout ce que l’Archipel a de maux redoutables.
L’heure à laquelle le mercure du thermomètre est au minimum de sa hauteur, est ordinairement au point du jour. On le trouve alors, selon les saisons, entre le 18.® et le 32.® degrés — 72® et 82® 11 éprouve en-
suite une progression d’élévation à mesure que le soleil s’avance vers le méridien. Entre deux et trois heures , la chaleur est à son plus haut terme ; elle décroît enfin lentement , et devient , dans la soirée , aussi douce et aussi agréable quelle avait été brûlante et pénible , -__quand le soleil était au zénith.
La température d’une année comparée à celle d une autre , varie beaucoup moins que dans notre Ciimat.
Cependant il existe des différences notables ^ telles que celles qu’offrirent, en 1808, les mois de décembre et de janvier ; le mercure descendit alors communément , au point du jour, à près de 4® au-dessous du minimum ordinaire de sa hauteur pendant la saison sèche.
Les variations annuelles de la température sont moins grandes dans son terme le plus élevé -; j’ai toujours vu la chaleur de l’hivernage faire monter 1^ thermomètre au 28^ RéaUmurien ; et pendant plusieurs années d’observations , je n’ai trouvé de différence que dans la durée de cette température , et non comme en Europe dans son degré d’intensité.
5.® Des Effets produits sur les corps organisés ^ par le froid relatif de V atmosphère des Antilles.
C est pendant les mois de décembre, janvier , février et mars que la chaleur est à son terme le plus bas ; elle varie alors du 17.® au ig.® degré de Réaumur dans son minimum , et du 22° au 24.° dans son maximum. Ce froid relatif ne dépouille point les bois de leur feuillage ; mais il rend leur verdure plus sombre , et dans un grand nombre d’espèces (i), il la change par l’intermédiaire de la couleur jaune en des teintes rouges tres-vives et très-brillantes. Cependant l’abaissement extrême de la température ne peut même empêcher de fleurir les plantes du littoral de toutes les eaux ; on trouve alors en fleurs, près des rivages marécageux ,
(1) Ces espèces appartiennent aux genres croton , cy^ tharexylum , calophyllum , etc.
le palétuvier et Tolivier des bords de mer (r). Dans les vallées et le long des ruisseaux , on voit également le pancratium littoiale ^ le hoerhavia hirsuta ^ le jus^ sieua suffruùcosa , l’argemone , la poinciilade et plusieurs convolvulacées (2). Néanmoins ce sont les Eupatoires (3^ qui semblent annoncer le retour du soleil, en se couvrant, dès les premiers instans de son influence, d’une multitude de fleurs qui blanchissent leurs épais fourrés , et répandent dans l’air une odeur forte , aromatique et comme médicinale. Dans la région des bois ce sont les fleurs azurées du petrea volubilis, qui signalent les premiers effets d’une température plus élevée.
La sensation du froid qu'on éprouve dans cette saison , est moins causée parl’abaissement réel de la température , que par l’action rapide des brises du ,nord. La dessication qu’elles produisent , par une exhalation inaccoutumée , étend également ses effets sur les plantes et sur les animaux ; il n’est pas jusqu’à la terre qui ne l’éprouve et qui ne se gerce profondément. Les fissures que la sécheresse ouvre ainsi chaque année , servent d’issues aux générations d’insectes qui , l’année précédente , j avaient trouvé leur berceau.
Parmi ces générations qui pullulent les premières ,
(1) Le palétuvier , avicenia nitida.
L’olivier des bords de mer , hontia daphuoïdcs,
(2) L’argemone ou chardon , argemone mexicana.
La poinciilade ou rnacata,po//ïc/a/za pulcherrlma , etc.
(3) Eiipatoriurn macrophylliun , E, atripUcif U um , etc.
dans les savanes dont les graminées sont encore brûlées par les vents , on doit rernarquer un acarus purpurescent, connu à la Martinique sous le nom de bête rouge , et à la Guyane sous celui de pou d’agouti. Cet insecte imperceptible et dévorant , est du petit nombre de ceux qui résistent aux effets de la saison sèche ; il en est ainsi de la dangereuse Spigelia (i) qui ^.quelquefois^ est la seule de toutes les herbes des savanes dont les brises carabinées du Nord ne fasse pas disparaître la verdure.
Les eaux des marais étant alors taries par la sécheresse ^ les vases noires et profondes d’où s’élèvent les palétuviers sont presque toujours découvertes à cette époque de Tannée. Les gaz pernicieux qu’elles exhalent , par l’effet de leur contact avec l’atmosphère , produisent des fièvres intermittentes, dont l’opiniâtreté peut à peine être vaincue par la puissance salutaire du quinquina. Ces affections sont toutefois bornées aux rivages d’alluvions des bassins formés par l’intervalle des anciens volcans éteints; elles sont étrangères aux terrains tuffacés , calcaires ou ponceux , sur-tout quand ils sont soumis immédiatement à l’action des vents.
Si Ton en croyait une opinion qui semble avoir pris quelque consistance dans l’Europe savante , l’abaissement de la température des Antilles au-dessous du 24^^ Réaumurien , depuis le solstice d’hiver jusqu’à l’équinoxe du printemps , exclurait toute possibilité de
(1) Le Bnn\ilier , spigelia anthelmia, L.
la production spontanée de la fièvre jaune. En attribuant cette terrible épidémie à ["excès de la chaleur, le médecin JDaindson a cru pouvoir assigner ce terme comme celui où commencent la malignité et la contagion. Mais , malheureusement cette opinion est conjecturale, comme la plus grande partie de ce qui a été écrit jusqu’à ce jour sur cet important sujet, A la Martinique, sur le lieu même où, en 1796, le docleur Davidson fit les observations qui paraissent avoir servi de fonde mens à son assertion , j’ai vu la fièvre jaune éclater spontanément , et prendre un caractère épidémique et contagieux , lorsqu’au mois de janvier 1808 , par un froid extraordinaire, le thermomètre ne variait , dans ses termes les plus distans , que du II» au 16® I-.
Quand cette irruption commença parmi les conscrits arrivés de France vingt jours auparavant , la fièvre jaune n’existait certainement point dans l’île ; et la considération attentive des circonstances ne me permet pas de croire qu’elle y eût été importée. Cependant , et malgré l’état de l’atmosphère , dont la sécheresse et la basse température semblaient devoir s’opposer , suivant l’opinion commune , à l’invasion de lepidémie , telle fut son activité que , dès son début, elle fit périr plusieurs jeunes gens en trente-six heures de maladie; quinze jours après, elle atteignit, dans ses progrès , jusqu’à des militaires qu’on croyait acclimatés par un assez long séjour aux Antilles ; et au mois de mars , lorsque les limites de la chaleur étaient le 18^ et le 2,3^ ^ — 72^ et 86® de F.^ — la mort sur-
vint fréquemment vingt-huit heures après les premiers symptômes. Dans le nombre de ceux que je vis mourir ainsi, se trouva un soldat qui depuis deux ans était aux Antilles , et qui conséquemment devait être beaucoup moins susceptible de contracter 1 épidémie.
Cette extension inquiétante fut 1 un des traits remarquables de cette invasion , mais elle en présenta un autre plus caractéristique. Quoique le vomissement noir fût presque invariablement parmi les symptômes , manifestant l’intensité du principe de l’épidémie , je vis rarement , dans les premiers temps de l’irruption , l’effusion d’ictère avoir lieu pendant la vie. Presque toujours ce caractère ne paraissait qu’après la mort. Le même fait pathologique s’est encore offert à mon observation au mois de janvier i8i5, dans les exemples isolés que la fièvre jaune offrit , à la Martinique, parmi les militaires nouvellement arrives. A cette dernière époque , la température était encore au-dessous dn terme assigné par le médecin Davidson ; elle ne s’élevait dans son maximum qu’au 23° R. ; — et elle descendait dans son minimum jusqu’au 17° j.
Si ces faits prouvent , contre 1 opinion commune , qu’une forte chaleur n’est point une condition nécessaire de la production spontanée de la fièvre jaune , on doit convenir cependant qu’elle paraît la favoriser. Les chances du développement épidémique de cette maladie semblent s’augmenter, dans l’Archipel , comme les degrés de la température , dans la proportion de la proximité du soleil ; elles décroissent en raison de son éloignement ; cependant lorsque quelques circons-
tances particulières préviennent et empêchent l’intermittence ordinaire de 1 épidémie pendant la saison froide j il n est pas sans exemple que l’invasion d’une année ne s’étende jusqu’à celle de l’autre. La mémorable irruption de 1802, continua ses ravages jusqu’en i8o3 sans aucune rémission, mais non pas, il est vrai , sans aucune différence dans l’intensité de ses symptômes. Il en fut ainsi de l’irruption de 1808, qui dura jusqu en 1809. C’est comme témoin oculaire que je puis parler de ces deux épidémies ; la première enleva autour de moi tous ceux qui m’étaient chers • et sur ce sujet pénible , mes observations cliniques sont les tristes souvenirs de l’amitié.
6. Z)e l Influence exerce , sur les différens sys^ témes d organes de V Espèce humaine , la constitution chaude et humide de V atmosphère des Antilles,
Du mois de mars jusqu au mois de juin , quand le soleil s avance de l’équinoxe du printemps au solstice d’été , le thermomètre varie du i8.^ au âo.^ degré Eéaumurien dans son minimum , et du a5/ au 26,^ dans son maximum:; mais, depuis la fin de juin jusqu a celle de septembre , la température devient ai dente , et le mercure demeure stationnaire entre le 2.2,^ et le 28.®
De nombreux phénomènes physiologiques résultent alors aux Antilles de l’excès de la chaleur , ou plutôt de la duree de son action, et sur-tout de son union avec I humidité. Dans les décompositions animales
qui sont si rapides et si multipliées , chaque point se meut, et chaque molécule semble douée de la vie; des vers immondes , qui couvrent le sol par leurs longues traînées , cherchent à s’échapper des sentines où ils ont pris naissance. Des myriades de dyptères (i) s’élèvent des eaux croupissantes; ils obscurcissent l’air au coucher du soleil ; et ce que j’ai vu plusieurs fois dans les habitations situées au milieu des palétuviers , ces insectfes qu’attirent les lumières des appartemens se précipitant en foule vers elles , ils les éteignent en y trouvant la mort.
Mais autant la constitution atmosphérique est favorable aux dernières classes zoologiques , autant elle est funeste aux premières ; dans l’espèce humaine , une atonie générale s’étend sympathiquement ou par des effets immédiats sur les divers systèmes d’organes ; elle ne cesse point avec la période de l’année , qui présente le maximum de ses causes ; et c’est d’elle que la physiologie des habitans des Antilles prend ses caractères principaux essentiels.
Dans le système moteur cette atonie se manifeste :
1. ° Par l’infériorité de la puissance musculaire , soit dans l’étendue , soit dans la durée de ses efforts , comparativement au développement de cette faculté dans les habitans de l’Europe ;
2. ® Par les habitudes du corps dans la station ou dans marche ;