Par le relâchement des ligamens articulaires
(i) Culex annulatus ^ C, pulicaris ^ etc.
qui reculant les limites ordinaires du degré de flexion et d’extension , produit dans les extrémités du corps une mobilité extrême, qui présente non-seulement l’image de la débilité, mais encore même celle de la dislocation ;
4. ^ Par le danger que produit, pour la santé ou même pour la vie , tout effort violent ou prolongé du système moteur;
5. ^ Par la prostration générale des forces et le besoin d'être alité qui accompagne l’invasion de toute espèce de maladie ;
6. ° Et enfin, par l’amour invincible du repos qui , aux Antilles, ést bien moins une disposition morale qu’une nécessité impérieuse résultant de l’affaiblissement de la force musculaire (i).
Le système nerveux ne peut par sa nature présenter à l’observation une série de phénomènes au ssr manifestes ; cependant il en est plusieurs qui attestent l’influence à laquelle il est soumis. Telle est dans les races africaines cette sorte d’irritabilité qui , remplaçant la sensibilité nerveuse , semble bien moins appartenir aux ébranlemens de l’organe cérébral qu’à ces mouvemens spasmodiques propres à la constitution
(1) Voyez les preuves à l’appui de ces assertions , dans le mémoire d’admission de l’auteur ^ à la Société de la Faculté de Médecine de Paris , imprimé dans les Bulletins de cet illustre Corps, sous le titre (V Observations sur r injliience qiî* exerce le climat des Antilles sur le système moteur ^ septembre 1816.
éminemment lymphatique des femmes et des en fans , et dont on trouve des exemples dans les dernieres classes zoologiques. Tel est encore, sur-tout dans ces mêmes races, ce son.meil profond et cette stupeur prolongée qui le suit, et qui offre le plus haut degre d’affaissement des forces vitales. Sans doute , en ur rope, l’homme du peuple qui vit d'un travail pénible dort profondément , mais non comme celui des Antilles, que souvent le bruit rie peut réveiller, et que la douleur tire à peine de cette étrange léthargie. Dans un bivouac avancé et composé de soldats appartenant à ces deux races si différentes, on peut faire, surtout à l’heure du péril, cette observation remar-
quable. »
Parmi les autres phénomènes que le système nerveux présente dans l’examen des individus d’origine africaine, on remarque avec étonnement l’obscurité des sensations de la douleur physique et morale. Transporté dans l’Archipel, le nègre semble avoir hérité de l’insensibilité que les anciens aborigènes de l’Amérique montraient dans les supplices. Cest le physiologiste et non le philosophe qui peut expliquer cette singulière transmission , et cette influence dont le pouvoir tend à rompre les liens de la société, puisque , après une action atroce , il n’y a, pour le coupable , ni expiation ni remords , et que le juste châtiment qu’on lui inflige est moins un exemple effrayant qu’une leçon funeste (i).
(i) On doit se rappeler encore à la Martinique ^ si
Il est vrai que par une sorte de compensation les mêmes causes physiques s’opposent à la multiplication des crimes qui, tels que le vol, le suicide, le meurtre, ont lieu fréquemment dans les contrées de l’Europe , dont la civilisation est bien plus parfaite et les lois bien plus vigilantes. Ce qu’on raconte des nègres, qui avalent leur langue , ou qui se pendent pour retourner dans leur pays , ne mérite pas plus de foi que cette foule d’histoires controuvées , recueillies et répétéçs
d’autres crimes semblables n’ont pas fait oublier celui-ci , qu’en 1 807 , un nègre comblé des bienfaits de son maître , Tint déclarer volontairement ,;sans être même soupçonné , que c’était lui qui l’avait empoisonné , ainsi que sa maîtresse et son jeune enfant , tous morts dans l’espace de quinze jours , avec les symptômes de la dysenterie. Traduit devant un tribunal , il répéta cette déclaration , et raconta avec la plus grande présence d’esprit et un sangfroid inaltérable , le moindre détail de tout ce qu’il avait fait pour assurer la consommation de ces crimes, il/iii qu’on ne doutât point de son récit , il ajouta qu’une grande quantité de negres , qui tous étaient péris avec les symptômes de la même maladie , et qui la plupart étaient ses amis et ses parens , n’avaient succombé qqe par l’effet (lu poison qu’il leur avait donné ; et il retraça aussitôt les diverses circonstanbes de leur mort , avec une imperturbabilité qui fit frémir ses juges et l’auditoire. Etant enfin parvenu à prouver les crimes dont il s’açcusait , il fut condamne au bûcher , et il y porta la même indifférence avec laquelle il avait retrace ses crimes et provoqué son supplice.
par les premiers voyageurs de F Archipel. Dans une population de plus de cent vingt mille habitans , pas un seul exemple certain de suicide n’est Tenu à ma connaissance dans un espace de dix ans. En deux occasions , où Ton prétendait que des hommes de race africaine s’étaient donné la mort en avalant leur langue , je me suis assuré , par une inspection attentive de leur cadavre , que cette assertion était totalement dénuée de fondement ; et je doute même de la possibilité de ce genre de suicide. Dans l’un de xes deux cas , Je puis affirmer que la mort était survenue par la suffocation qu’avait produite une angine laryngée ou trachéale ; dans l’autre cas , je reconnus une phlegmasie gutturale , mais je manquais de connaissances assez exactes et assez positives pour en déterminer l’espèce.
En remarquant combien l’homicide est rare dans l’Archipel par tout autre moyen que par le poison, on acquiert une nouvelle preuve de l’influence qu’exerce la température sur les dispositions morales des hommes. L’union du chaud et de l’humidifé détruit les passions énergiques et violentes , tandis que sous la zone tempérée le retour annuel du froid produisant un effet contraire , devient l’époque et la cause prédisposante d’actions criminelles. On sait que dans les lies Britanniques , le vent du iiord-est , qui est extraordinairement froid , a été surnommé le vent des pendus , parce que c’est alors que se commettent les plus nombreux suicides.
11 n’est pas jusqu’au choix des moyens que la per-
versité emploie , aux Antilles , pour consommer le crime , qui ne tende à prouver l’influence asthénique du climat. On conçoit que l’empoisonneur n’a besoin, pour mériter ce nom affreux, d’aucune des qualités nécessaires à celui qui commet un vol ou un meurtre; pour réussir, il lui suffit de quelque adresse et du suc de quelques plantes; aucune énergie , aucun courage , nulle intrépidité n’accompagnent ce crime.
On ne peut se refuser à imaginer que le système sanguin ne soit également soumis à des modifications , quand on considère quelle prostration des forces vitales suit immédiatement aux Antilles la moindre effusion du sang ; on est sur-tout tenté de le croire , en se rappelant que dans la fièvre jaune les hémorrhagies sont l’un des symptômes principaux de cette crise funeste qu’éprouvent ceux dont la constitution n’est pas encore en harmonie avec le climat. Cependant pour faire sortir cette opinion de la classe des hypothèses , il ne peut y avoir de fructueux que l’expérience et l’observation ; et ce n’est point à celui qui , comme moi , est étranger à la science d’Hippocrate , qu’il peut appartenir d’entreprendre sur, ce sujet des recherches non moins difficiles qu’intéressantes. Aussi bornerai- je à un fait historique , ce qui se rapporte aux modifications que le climat de l’Archipel paraît faire éprouver au système sanguin. Dans les premiers temps de la colonisation de la Martinique et de la Guadeloupe , l’effusion du sang par tous les pores de la peau était Tundes symptômes communs de la fièvre Jaune ; maintenant il n’en est
plus ainsi. On ne cite , depuis quinze ans , dans la première de ces deux îles , que quelques cas isolés d’hémorrhagies générales , et encore ces faits auraient-ils besoin d’être constatés. Dans la plupart des irruptions de l’épidémie , telles que celle dont les ravages duraient encore à la fin de novembre dernier , les hémorrhagies sont partielles , et elles ont lieu par le nez ou par l’afius. Dans l’irruption de 1806^ j’ai eu de fréquentes occasions d’observer que celles par la première de ces voies annonçaient une crise salutaire, mais que les autres étaient suivies de la mort ; plusieurs faits semblables , qui viennent d’avoir lieu dans l'invasion de la fin de 1816 , appuient cette observation.
Comme tous les autres organes , les viscères éprouvent dans leurs fonctions de nombreuses irrégularités pathologiques. Les affections , dont la matrice est le siège , sont si communes et si violentes , qu’elles ont accrédité parmi les femmes de couleur , l’étrange croyance que cet organe est un véritable animal qui a ses caprices , ses goûts et ses appétits , et qui se livre , disent-elles , dans leur corps à des mouvemens divers , d’où naissent les maux dont elles sont affligées.
Il serait trop long d’énumérer ici les maladies qui attaquent les viscères abdominaux ; on dira seulement que les dysenteries qui produisent tant de ravages , ont leur cause première dans la débilité d’action de ces systèmes d’organes ; et c’est trèsvraisemblablement à leurs altérations morbifiques qu’il faut attribuer le goût bizarre qu’ont , pour manger de la terre , les individus de toutes les castes de l’Archi-
pel , appartenant à TAfrique par leur origine (i)
Les organes intérieurs ne sont pas seuls livrés à .ces anomalies climatériques ; l’action d’une température brûlante faisant éprouver à la peau une excitation continuelle ^ la rend le siège de phénomènes nombreux. Le flux de la transpiration l’humecte sans cesse ; il imbibe tous les vétemens et les charge d’une quantité visible et remarquable de phosphate terreux. Dans les originaires d’Afrique son odeur est forte , tenace , nauséeuse et ammoniacale ; il est digne d’observation que ses effluves conservent encore une partie de ces caractères , lors même que le croisement des races a fait disparaître les autres différences physiologiques.
L’équilibre qui doit exister entre les secrétions étant rompu par l’exubérance de la sueur, rurine est trèspeu abondante , malgré la grande quantité de boissons par laquelle on cherche à appaiser l’altération que produit la chaleur. La déviation quelle éprouve dans
(i) Voyez sur ce sujet un mémoire de l’auteur , intitulé : Observations sur les Géophages des Antilles. Les savans éditeurs des Annales de Chimie , de la Bibliothèque Universelle et de la Bibliothèque Médicale , ont bien voulu donner une analyse de cet opuscule, et le juger avec la bienveillance la plus encourageante. Il est inséré dans le Bulletin de la Société Médicale d’Emulation ( du mois de mai 1816)5 et il vient d’être réimprimé I dans le Journal de physique du professeur Vamettrie ^ et dans les Annales maritimes et coloniales.
Iras Européens habitués dès l’enfance à un autre mode de secrétion , peut-être aussi l’inertie relative des voies urinaires , contribuent à déterminer dans celles-ci des affections graves, lorsque le retour dans nos climats produit un changement nouveau.
La peau , débilitée dans sa force de contractilité , par la constitution chaude et humide de l’Archipel , partage non-seulement avec le système pulmonaire le pouvoir funeste de propager les contagions, mais elle-même en est souvent le siège ; elle est fréquemment altérée par des desquammations et par ces signes que le vulgaire attribue à 1 imagination d^s mères pendant la grossesse ; elle est attaquée par des affections psorîques et tlartreuses , ér par des phlegmasies locales ; enfin des exanthèmes sont les symptômes principaux et essentiels de toutes les maladies graves des Antilles. Tels sont le pian , dans la syphilis et dans la fièvre jaune , l’éruption miliaire , les pétéchies et les bubons.
Le système lymphatique est le réceptacle de vices non moins dangereux ; outre le scrophule , l’éléphantiasis se montre dans tout l’Archipel , et quoique cette affreuse maladie paraisse plus particulièrement endémique des ries calcaires , elle est néanmoins répandue dans toutes les Antilles.
Si l’on considère même , dans l’état de santé , certains organes que leurs fonctions rattachent au système générateur, ils présentent au voyageur l’observation du dernier terme de la dégradation, dont le temps joint à 1 effet du climat puisse frapper quelques parties du corps humain. .Les femmes africaines que leur
constitution éminemment lymphatique livre plus spécialement au ppuvoir de ces agens , en éprouvent tellement FinFiuence , que ce n'est presque pas une exagération de dire d’elles, comme Juvénal le disait des Ethiopien lïe s de Méroë : on voit le sein des ni ères plus grand que le corps des ënfans. Ce dépérissement qui est à-la fois prématuré et inimaginable à rEuropéen , ne peut s’expliquer que par la haute intensité de Faction du climat, jointe à quelque cause accidentelle , telles que le défaut de vêtemens serrés , etc.
C’est sans doute la laideur hideuse de* ces objets, dans leur décrépitude , et Feffet du temps si rapidement destructeur de' la jeunesse et de là beauté , qui font confondre , dans le langage des Antilles , Fexpres^ion par laquelle on peint la difformité et celle qui rappelle la vieillesse. On ne dit point dans FArchipel : un vilain nègre , un chien hideux ; on dit communément : un vieux nègre et un vieux chien.
Une singulière asthénie s’étend sur la plupart des fonctions du système générateur : elle est le principe de cette foule de maux qui affligent les femmes de rArchipêl , de cette multitude d’avortemens qui en sont les causes et les effets , de cette étonnante facilité des accouchemens , et de tous les dangers qui les accompagnent. Suivant le rapport de Garcilasso , avant l’arrivée des Espagnols au Pérou , jamais , dans cette contrée , on n’avait entendu parier de femmes ou d’hommes qui lissent les fonctions d’accoucheurs; il en était ainsi dans læfjrèce , dont le climat ne laissait aux femmes qui assistaient aux enfantemens , que le
soin duquel elles avaient reçu le nom à^Omphalotro-pos ^ c est-à-dire , coupeuses de nombril. Aux Antilles ^ cette opération est également presque la seule qui soit à faire dans Faccouchement des femmes africaines J encore est-elle abandonnée à des mains inhabiles; et soit par des causes qui ne lui sont pas étrargères, soit par Feffet d’autres circonstances inobservées , une foule d’enfans des deux sexes ont des her-i nies ombilicales dont lenorme développement forme une sorte d appendice difforme monsti:ueux du ventre.
Si, comme je Je crois, le type primitif des diffé- . rentes races de Fespèce humaine n'est pas Feffet de Faction des climats , on ne peut cependant se: refuser 4 çroire que leur influence n exerce des modifîcatiom remarquables dans les caractères de chacune de eél races. C’est ainsi que Fampleur des lèvres , qu’on sait appartenir par leur ongine aux nègres et anX; gens. de couleur des Antilles, semble .augmentée p.ar la constitution chaude et humide de l’atmosphère; de ces îies^ qui détruit la force contractiie du tissu cellulaire. Tous; les organes., dont les fibres ont le plus de sirsceptibiiité, éproiivent un relâchement semblable; il s^étend depuis les hommes jusqu’aux grands quaiopèdes^,^^^ lesquels on peut faire aujourd'hui la même observation que fit Pierre tf Angleria , Fun des compagnons de Christophe Colomb , qui , lors de la décotivet-te' de FArchjpel américain , fut frappé de la longueur du scrotum des aborigènes.
Dans l’autre sexe , une expansion analogue (i) rappelle que l’antiquité attribuait , par une opinion commune , cette conformation particulière aux femmes de la Grèce qui, ainsi que les Africaines des Antilles, étaient adonnées à certaine perversion du penchant qu’inspire la nature.
On sait en effet que dans l’espèce humaine et dans la plupart des animaux les affections habituelles de l’ame ou du principe du sentiment , portent l’empreinte des modifications ^ue produit la structure des organes •2). Les memes causes avaient les mêmes effets sur. les femmes indigènes de l’Archipel , qui , lors de sa découverte , s’abandonnaient à cet égarement , si l'on en croit le témoignage di Oviedo , que paraît adopter le père Charlevoix , dans son Histoire de Saint- Domingue ^3).
Lès altérations que le système générateur éprouve dans ses fonctions , sont bien plus remarquables et bien plus importantes que celles qu’on peut observer dans son organisation extérieure. Il paraît qu^il faut leur attribuer l’origine de ces Albinos, de ces êtres bizarres que l’Europe a crus long-temps être une variété de l’espèce humaine , dont ils ne sont qu’une dégénération pathologique. A la Martinique, il ne s’en est offert que quatre à mon obser-
(1) Celle de Vœstrum Veneris,
(2) Barthez.
(3) Tome I , p. 3/.
ration, mais peut-être en existait-il un plus grand nombre. Ils appartenaient à trois familles différentes , demeurant dans des habitations très-distantes , et dont les localités n’avaient rien de semblables • comme les crétins des Alpes , ils étaient tous dans une caducité prématurée , et leur intelligence paraissait très-bornée ; leur vue était faible , leurs yeux rouges, leurs cils rares et leurs cheveux absolument blancs. Leur peau était de la même couleur , quoiqu’ils dussent l’avoir noire ou cuivrée , comme les nègres et les mulâtres qui leur avaient donné le jour ; néanmoins la nuance qu’elle offrait n’avait aucun rapport avec celle de la peau des Européens ; c’était un blanc mat , presque livide , qui ressemblait à la décoloration des cadavres , et dont la vue inipirait une sorte de répugnance. *
Je ne chercherai point quelles sont les causes immédiates de ce phénomène , non plus que de la disproportion qui existe dans le nombre des naissances entre les hommes et les femmes , quelles que soient les races auxquelles ils appartiennent originairement. Je remarquerai seulement que l’influence directe de la constitution chaude et humide de l’atmosphère , atténue la puissance de la reproduction dans tout le règne animal , excepté dans les reptiles et les insectes , et qu’elle agit au plus haut degré sur l’espèce humaine. Buffon, dont les vues profondes ont souvent atteint les secrets de la nature , observant que l’énervation qui. résulte de cette constitution , affaiblit particulièrement le penchant aux plaisirs de l’amour , en conclut que l’altération de cette disposition naturelle à laquelle sont liés tous les senti-
mens expansifs , suffit pour changer Tordre des rapports sociaux , arrêter les progrès de la civilisation et empêcher le développement des facultés individuelles.
Ce sont sur-tout les femmes qui sont soumises à Tinfluence de cette constitution , dont la puissance est augmentée par les mœurs et par les usages ; Toisiveté , une vie sédentaire , le défaut d’exercice , un sommeil excessivement long , des alimens rarement tirés du règne animal , donnent à leur tempérament primitif .le plus haut degré d’intensité ; delà provient cette laxité du tissu cellulaire , qui les livre à toutes les maladies qui ont pour origine les perturbations atmosphériques ; cependant cette espèce de concordance entre leur constitution et celle du climat leur donne, sur les hom- ^les , l’avantage d’une vie moins incertaine ; mais elles l’achètent cruellement par cette foule d’affections graves et douloureuses dont elles sont sans cesse tourmentées. On doit compter au premier rang les irrégu- ' krités du flux menstruel. L’embarras habituel des viscères rend presque toujours critiques les époques de cette secrétion , et il devient souvent l’origine de ces maladies funestes qui, telles que la cachexie , Tulcère , le squirrhe , le cancer de ‘Tiitériis , terminent tôt ou tard les jours de celles dont elles ont empoisonné l’existence.
Le désir de s’affranchir de tant de maux en a produit un de plus , qu’on, doit compter parmi ceux qui ne sont pas les moins dangereux ; c’est cette manie des médicamens qu’on peut placer par ses ravages au nombre des épidémies de TArchipel. Pour résister à la
guerre opiniâtre que le climat fait à l’espèce humaine , on a imaginé une multitude de remèdes, de recettes d’antidotes, de panacées, auxquelles souvent encore on joint la vertu surnaturelle de certains talismans ^ dans la persuasion qu’on ne peut échapper sans des secours magiques aux maladies meurtrières dont on est menacé. ♦
C’est sous un autre ciel que l’homme arrivant lentement à l’apogée de son existence physique et morale , y reste quelque temps stationnaire avant que de descendre vers la vieillesse. Sous la zone torride , la dessication prématurée des fibres , la concentration des forces vitales dans l’épigastre , la rigidité générale des organes par l’exubérance anticipée du phosphate calcaire , annoncent que la caducité marche rapidement sur les pas de la Jeunesse , et cpe le flambeau de la vie , dont la lueur vacille sans cesse , se consume promptement. ■
C’est sans doute , si l’on peut s’exprimer ainsi , cette vélocité de l’existence qui avait fait naître parmi les anciens habitans des Antilles , cette folle idée d’une fontaine dont l’eau rajeunissait ceux assez heureux pour pour pouvoir en boire. Ce éonte caraïbe était répandu dans tout l’Archipel , et les Espagnols y ajoutèrent une telle foi, qu’en i 5 t 2 ce fut pour trouver cette eau merveilleuse que Ponce de 1 éon entreprit le voyage daiu lequel il découvrit la Floride.
U est vrai pourtant que si la j^eunesse est rapide et si la décrépitude devance la vieillesse , la vie , lorsque sa durée se prolonge au-delà d’un certain terme ^ n’est
pas (i’une moindre étendue. Toujours prête à s’éteindre pendant reiiFance , toujours incertaine pendant l’âge de la vigueur, elle semble plus assurée Iprsqu’eile est privée de ce qui la rend un bien. Celui qui a traversé la foule des calamités américaines et qui atteint un âge . avancé peut espérer ou craindre une longue carrière. Le vieillard européen n’éprouve point toutefois cette tardive bénignité du climat ; il faut, pour en être l’objet, avoir vécu sans passions et sans travaux dans toute l’incurie tropicale. C’est alors seulement que la nature étonnée accorde une vie dont la longueur n’est point proportionnée à celle de l’accrbissement du corps. C’est alors que l’existence de chaque individu semblable en tout au climat , qui n’a que deux saisons , n’offre également comme chaque année , sous la zone équatoriale , que deux longdes périodes , l’enfance et la vieillesse.