‹ Tableau du climat des AntillesChapitre 4 sur 9 · De V humidité atmosphérique · texte numérisé non relu

De V humidité atmosphérique

Quelque ardente que paraisse à l’Européen la température des Antilles , elle Test beaucoup moins que celle des contrées de l’Afrique situées sous le même parallèle. Si on ajoute foi à l’exactitude des observa-/ tiens météorologiques de Golhery , faites en 1787 à Saint-Louis ’du Sénégal et au fort James de la Gambie , qui gisent , l’un par le 3 3^ 53’ de latitude boréale , et l’autre par le 1 3° , les limites de la chaleur sont dans ces deux établissemens le 18*^ et le 33® 7 de Jd. — 73® et 107° de F. ; ce qui comparé avec l’échelle de la température à la Martinique , où le mercury

du thermomètre ne s’abaisse point au-dessous du i6^^de JR. — 69® de F,, et ne s’élève point audessus du — 96^, donne une différence d’un degré ^ pour le terme le plus bas de la chaleur, et: de 5° t pour le terme le plus élevé.

Cette différence de 6^ \ , toute considérable qu’elle est , ne se rapporte point à celle qu’a supposée l’auteur des Recherches Philosophiques sur les Américains , et qu’il évalue dans cet ouvrage, égale à l’effet produit par une différence de latitude de

L’abaissement de la température de l’hémisphère occidental , quelle qu’en soit rigoureusement la quantité, résulte évidemment, aux Antilles, de l’excès de Thumidité atmosphérique. Cette humidité a pour causes :

i.° La situation hydrographique de ces îles au milieu d’une vaste mer, dont l’évaporation est journellement de plqs de 33 millions de tonnes d’eau par degré carré ;

.2.^ La proximité à laquelle sont les unes des autres les soixante îles de l’Archipel , qui forment une chaîne dans un espace de 200 lieues , et coupent à angle droit la ligne de direction des vents dominans;

3.” L’étendue du massif minéralogique de ces îles , qui est assez considérable pour leur permettre d’exercer sur l’atmosphère une influence que ne peuvent avoir les terres insulaires très-circonscrites et entièrement isolées, comme Sainte-Hélène, l’Ascension et l’île de Pâques ;

4*® Les variations que de l'randes causes astrono-

miques^ et géologiques font éprouver annuellement aux vents dans leur direction , et d’où il résulte que des courans opposés et d’une intensité de chaleur différente venant à se rencontrer fréquemment , surtout pendant l’hivernage^ la tendance du calorique à se mettre en équilibre produit un dégagement qui laisse les vapeurs se condenser en nuages épais et pluvieux ;

5.® L’élévation des montagnes de ces îles , dont les sommets se projettent de 3 à toises au-dessus de la région des nuages , qui pendant la saison humide commence sous le 14*^ parallèle, à moins de 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer ;

G."' La structure conoïde ou pyramidale de ces montagnes , qui semble augmenter leur action sur les nuées électriques ;

Et enfin , les bois qui les couvrent , depuis leur base jusqu’à leur cime aiguë , et qui , absorbant le calorique sans le réfléchir , comme les sables et les rochers du rivage , et les terrains dépouillés de là région des cultures , ont pour propriété de condenser les vapeurs atmosphériques par l’effet d’un abaisseiï)ent local de la température.

Il est difficile de déterminer d’une manière positive quelle est la quantité des vapeurs en solutipn dans la couche inférieure de l’air. Cependant , j’ai expérimenté, au moyen de l’hygromètre de JLambert , dont le premier terme exprime l’humidité radicale , et le dernier une sécheresse absolue*, qu’au Fort -Royal, très - souvent dans l’hivernage de 1808 la saturation

de l’atmosphère était telle , que pendant cinq à six jours cet instrument demeurait stationnaire au premier degré. L’eau , dont il indiquait alors la présence dans l’air ambiant , était égale en quantité à celle qui s’échappe sous la forme de vapeurs^ d’un vase où, après avoir été soumise à l’ébullition , elle commence à atteindre, dans son refroidissement, le 29® Réaumu^ rien , qu’on peut considérer comme le médium de la chaleur solaire à la Martinique.

Ces expériences étaient faites sur la côte occidentale de file , quelques pieds seulement au-dessus de l’Océan , dans un lieu ouvert et aéré , qui n’était soumis à aucune influence locale, il est hors de doute qu’on aurait des résultats semblables, mais presque permariens dans les diverses parties des Antilles , dont le sol d’alluvion est encore à moitié inondé. Pendant toute l’année , ces terres nouvelles sont couvertes le soir et le matin d’un brouillard épais et délétère , que les premiers colons nommèrent , à cause de ses effets , le drap mortuaire des Savanes.

Dans les parties calcaires et volcaniques de l’Archipel , l’humidité est moins grande et son influence moins pernicieuse ; cependant , elle est telle encore que le meme instrument étant 'exposé nuit et jour à l’air libre , mais à l’abri de l’eau des pluies, n’a Jamais donné , au Fort-Royal , dans le cours de deux années entières , qu’une indication au-dessous du 69^.

A la Guadeloupe , l’hygromètre de Saussure a offert des résultats analogues. Dans le cours de cinq ans, il adonné, pour termes extrêmes et opposés , le 97” et

le J ce qui fixe le 86.^ pour le terme moyen de riiumidité dans cette Ile.

C’est à l’immense évaporation de l’Atlantique équatoriale dont les produits sont poussés par les brises vers les montagnes hautes et boiseuses du centre des Antilles qu’il faut attribuer cette humidité extraordinaire. On sait que l’eau contenant une quantité de sel marin égale à celle de l’eau de mer , et exposée à un degré de chaleur pareil à celui de nos étés , ce qui est à-peuprès la température moyenne de l’Archipel , perd par l’évaporation la 6o.® partie d’un pouce en deux heures • ainsi 1 Océan perd entre les tropiques une superficie d’un 10.^ de pouce en douze heures; et quoiqu’il paraisse par les expériences de Halley et de Richeman^ que plus l’eau est profonde ^ plus est grande la quantité de vapeurs, il résulte de ces calculs approximatifs qu’une surface carrée de dix pouces perd au moins tous les jours un pouce cubique d’eau , et qu’un degré carré en perd plus de trente» trois millions de tonnes.

On peut imaginer; d’après ces données générales et d’après diverses expériences qui semblent prouver que chaque pouce cube d’eau produit un pied cube de vapeurs , combien l’application de la chaleur solaire à la surface de l’Atlantique équatoriale rend son évaporation conddérable , et combien l’humidité dont elle sature l’air doit être grande dans les îles de l’Archipel américain. Pendant tout l’hivernage , et même long-temps après , l’acmosphère est sans cesse chargée des vapeurs qu’elle produit , et qui sont toujours prêtes à se réunir. On les voit apparaître sous la forme d’un brouillard

léger et blanchâtre , qui donne sa teinte uniforme à tous les objets , borne l’espace à des distances rapprochées, ternit la perspective aérienne , et efface sur-tout cette bande azurée qui orne f horison lointain de l’Océan sous là zone tempérée ; la condensation de ce brouillard ^ dans la moyenne région de l’air, donne naissance à des nuages teints d’une couleur unique , par la pénétration uniforme de la vive lumière du soleil au zénith. Leur gris monotone est également la nuance des eaux de la mer entre les tropiques, et il n’y a pour ainsi dire point d’autres variations que celles du degré d’intensité. Le bleu indigo qu’on croit être la couleur de l’Océan , ne s’offre presque jamais à la vue dans l’Atlantique équatoriale , ou du moins sous des nuances aussi prononcées que dans les mers qui environnent l’Europe. La perpendicularité des rayons du soleil produisant , selon toute vraisemblance , une plus grande pénétration de la lumière , il en résulte un mélange de blanc plus ou moins abondant , suivant que cette pénétration est plus ou moins favorisée par les circonstances. C’est sans doute à cette cause qu’appartient la couleur pâle et blanchâtre de la mer , au milieu de laquelle s’élève l’Archipel ; et c’est à l’affaiblissement de l’azur des flots qu’il faut attribuer le défaut de ces nuances d’un beau verd qu’on remarque près du rivage de l'Océan boréal. Cependant la profondeur des eaux au pied des côtes , la couleur rembrunie des rochers basaltiques, et l’afcsen;:e de ces fucus qu’on voit pulluler sur le littoral des mers européennes , concourent peut-être à emp.êcher aux Antilles qu’aucune nuance de jaune ne fasse naître,

par son mélange avec la couleur bleue des flots, ce verd glauque dont ils se teignent ordinairement près des rivages.

On ne peut sans l’avoir vue peindre la perspective aérienne de la zone torride ; non-seulement les tons sont différens , mais tous ces nuages épars , errans sur le fond appâîi du ciel équatorial, sont étrangers , par leurs formes et par leurs mouvemens , à ce qu’offre ordinairement aux regards la moyenne région de lair au-delà des tropiques. Soumis, dans les Indes occidentales , aux vents alises , dont les courans supérieurs ont une très-grande vélocité , ils se meuvent presque sans cesse avec une rapidité singulière. On les voit s’avancer vers l’occident sous la forme de vastes taches isolées , irrégulières en leur limbe de tout autre côté que de celui d’où vient la brise qui les chasse devant elle sur une ligne droite ; l’indication que donne cette ligne fait connaître avec précision la direction du vent dans les couches les plus élevées de l’atmosphère.

Au lieu de cet aspect , le ciel du midi de l’Europe montre , à moins d un orage , des nuages souvent stationnaires , nuancés vivement et avec une agréable variété ; ils divisent l’horizon en longues zones rubanées , ou s’accumulent en flocons nombreux et uniformes , qui font ressortir par leur blancheur argentée l’azur des airs , dont l’océan réfléchit la couleur brillante. Ce ne sont point ici les teintes douteuses ou maculées du ciel équatorial , ni les nuées épaisses , somÎ3res et menaçantes qui couvrent de leur ombre l’Angleterre septentrionale ; ce sont des Jeux multipliés de la lu-

mière frappant les vapeurs atmosphériques sous une foulé d’angles différens , d’où résultent d’innomblabies variétés. . *

Quoique ces beautés soient étrangères au ciel des Antilles, et quoique la transparence de l’atmosphère de ces îles soit fréquemment altérée par l’évaporation de l’Atlantique et par la transpiration des forets, ce serait une erreur de croire que le voile diaphane dont les objets sont enveloppés , ressemble aux brouillards qui s’élèvent de la terre dans quelques contrées. Ici c’est une brume grossière qui souille les vétemens , obscurcit le ciel , rembrunit l’horizon, dérobe à la vue l’aspect des campagnes , et répand dans l’air une odeur infecte avec l’humidité la plus mal-saine. Là c’est une vapeur légère et comme éthérée , qui ne laisse après elle aucune trace, et qu’on ne peut distinguer à moins que les regards n’embrassent un vaste espace. On la voit alors étendue sur tous les objets lointains , adoucissant les rayons lumineux qui les éclairent, dimihuanC l’effet pittoresque de la diversité de leurs plans, mais respectant la vérité de leurs contours ; et jetant seulement dans Fair une teinte blanchâtre qui atténue i» les nuances de la perspective et semble en reculer les limites ^ alors meme qu’elle les restreint (i).

(i) Ces observations ont été faites' en Amérique, en Angleterre , et dans le cours de six traversées transatlantiques 5 elles ont été écrites sous l’influence produite par la présence des objets, et pour ainsi dire diaprés nsture.

Cette vapeur se condense , dans la région moyenne de l’atmosphère ^ par les v^iriations de la température ; elle forme pendant Thivemage ces nuées d’où s’échappent des pluies subites et diluviales qu’on ne peut comparer sous aucun rapport à celles de l’Europe. L’horizon ne les annonce qu’un moment avant celui où elles commencent à tomber; mais l’aspect qu’il présente alors ne laisse, aucun doute sur leur chute prochaine ; dès que- l’action de la chaleur solaire a élevé une quantité suffisante de vapeurs , ou bien que celles poussées par les vents se sont condensées par un abaissement local de la température j le nuage se forme , il est chassé par la brise , il s’avance vers les hauts sommets des montagnes; tout-à-coup il crève sur les forêts , des torrens (l’eau se précipitent impétueusement à travers l’atmosphère , et cependant , à quelques toises du limbe de la nue orageuse , il n’en tombe pas une goutte. Un instant après le temps redevient beau , le soleil luit avec une nouvelle ardeur ^ et ses rayons élèvent encore , vers les couches supérieures de l’air , l’eau vaporisée qui vient d’en être versée avec tant de rapidité et de violence. Ces ondées qu’aux Antilles on appelle grains y ne sont point comme les pluies fines et tamisées qui fécondent les campagne de la zone tempérée ; ce sont de vastes nappes d’eau qui se divisent à peine en tombant , ce qu’il faut attribuer au défaut de résistance de l’air raréfié par la chaleur du climat. Les gouttes de pluie sont si extraordinairement larges qu’elles font , par leur chûte y le même bruit que la grêle, et que les européens y sont d’abord trompés.

Cest probablement de quelques méprises de ce genre que provient la tradition populaire recueillie par Chanvalon. Cet auteur assure que trente ans avant 1 époque à laquelle il écrivait ses observations ( lySt , il y eut un orage accompagné de grêle; mais ce fait ’ qui n’est confirmé par aucun autre exemple, exJtgeait plus d’authenticité pour qu’on pût y ajouter foi. Cest vraisemblablement au mois d’avril 1806 que pour la première fois , on vit à la Martinique, dé l’eau en çtat de congélation ; ce fut un navire américain qui, par suite d’une spéculation également hardie, heureuse et singulière, apporta au Fort-Royal une cargaison de glace, dont il trouva un débit aussi prompt qu avantageux.

. Une observation assidue, pendant les années 1807 et 1808, m’a fait connaître que , dans le cours de là première J il y eut dans la même ville.

, 29 jours de pluies diluviales •

ii5y de pluies ordinaires;

60 de ces pluies partielles nommées grains ;

En tout : 204 jours pluvieux.

En 1 808 , il y eut :

43 jours de pluies diluviales;

' g3 de pluies ordinaires ;

77 de pluies partielles ; « '

Faisant ensemble 2 13 jours pluvieux. *

Enhn, en 1816, il y eut 80 jours de pluie pendant les quatre premiers mois de l’année.

Ak Guadeloupe, suivant l’observation de Hapel-

l^-Chenaie y \\y euti " ^

£n 1797, — Jours de pluie.

i8oo , — 201.

. Ce qui donne 300 jours pour le terme moyen du nombre des jours de pluie de l’année commune, dans, le quartier de Sainte-Rose , situé au nord de la Guadeloupe proprement dite.

En comparant ces observations à celles que j’ai faites, il paraît qu’il pleut plus souvent encore au Fort-Royal de la Martinique ; cependant , et malgré la position topographique de cette ville , sous le vent des montagnes de l’île , il semble, si 1 on ajoute foi a l’exactitude d’un journal météorologique manuscrit, cité par un voyageur célébré (t) , qu à Brest, le nombre des jours pluvieux montant à 34g, excède de beaucoup, ceux qu’on vient de récapituler. Il en est ainsi, dans toute cette partie de l’Angleterre située entre la Manche et le canal de Bristol , dans une atmosphère réellement maritime. Néanmoins, il n’y a aucune comparaison entre la quantité de plu:e qui y tombe annuellement et celle dont sont inondées les campagnes des Antilles; elle est portée , pour l’Archipel américain, à 106 pouces, dans l’ouvrage qu’on vient de citer, mais où Fauteur n’a point indiqué en quel lieu, quand et par qui ce résultat a ete obtenu. On

(1 ) M. de Volney , Voy. aux Etats-Unis , p. 2^9 de la trad. angl.

trouve dans un mémoire imprimé en i8o3 et relatif à lexplmtanon des sucreries, qu’en 1784,1a hauteur de la pluie tombée à Sainte-Marie, bourg situé sur a côte orientale de la Guadeloupe, fut de 48 pouces r r lignes; et qu’en 1785, elleHitde 5x pouces 7 lignes. Le médecin q„i « observations au

Morne-Fortune, environ à 140 toises au-dessus du niveau delà mer, évalué la pluie dé chaque jour à S..„,e-L„c.e a ligne J , ce ,„i „e diffè’ p.’ tea’„. «oup du resuka. M. Motion Za.ay^e

porte a 70 pouces la hauteur de la nluie t. T annuellement dans Vile de la Trinitad • e^t I fi pojes celle appartenant excludvemern à i’hi^rnage^ Les e,pe„ences de HapeUla-Chenaie , faites peu

Ro“l del T'd ^-rg de Sainte-

de la Guadelouppe, donnent un terme moyen

encore plus considérable. Selon cet observateur la

hauteur de la pluie fut dans cette île : ’

^797» tJe 77 pouces II lignes.

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