II. k
lxxiv INTRODUCTION.
On a vu que la Loire offroit les mêmes avantages à l'Anjou, a la Ton ru in»-, à l'Orléanais, au Nivernais et à l'Auvergne >. La Seine servoit au commerce entre Rouen et Paris* , et, dans son cours supérieur, ouvroit l'entrée de la Champagne et de la Bourgogne; la Somme assuroit le commerce intérieur de la Picardie. Les restes des voies romaines, et quelques routes que les commerçans s'étoient frayées ou que l'autorité publique avoit construites, achcvoient ce système de communications , tant dans l'intérieur de la France qu'avec les contrées voisines, telles que le Brabant , la Flandre et l'Allemagne.
Les foires dont la création étoit de la plus haute antiquité 3 , et, plus qu'aucune autre, celles de Champagne, et oient le point central des commerçans de l'intérieur. Ceux du raidi s'y rendoient en si grand nombre , qu'ils élisoient un chef pour les diriger dans leur voyage et pour défendre leurs intérêts 4 . Ces foires n'étoient pas moins fréquentées dès le xi. e siècle par les commerçans étrangers 5 , tels que ceux du Hainaut 6 , de la Flandre, de la Lorraine, de l'Allemagne occidentale et méridionale, et même de beaucoup d'états du Nord plus éloignés 7 , et par ceux de l'Italie et de l'Espagne 8 .
Un nombre considérable d'officiers publics constatoient les négociations ou s'entremettoient pour les conclure; des juges spéciaux statuoient sommairement et sans frais sur les contestations 9 . Il paroît même que les étrangers y jouissoient du privilège d'y établir des consuls 10 .
Les conventions de change, ou les dettes contractées dans ces foires, étoient soumises à des règles différentes de celles du droit civil : ainsi aucun répit ne pouvoit être accordé au débiteur. Quoique le taux de l'intérêt de l'argent prêté ou payable hors des foires ne fût que de quatre pour cent par an, on pouvoit exiger deux et demi pour cent pour l'intervalle d'une foire à une autre, par forme de peine; ce qui ressemble beaucoup à ce que
1 Le plus ancien règlement relatif aux marchands frc'quentant la Loire , conserve dans le Recueil du Louvre, U XII, pag. 908, est de 1403; mais il est impossible qu'il n'en ait pas existe" d'antérieurs qui ont e'te perdus. — » Ordonnance de 1 807 et autres , Recueil du Louvre, t. II, pag. 419; t. IV, pag. 87 et 598. — 3 Sidonius Apoll. lib. VI, epist. iv, ad Lup. episc. Trecass — « Ordonnance de 131 5 , Recueil du Louvre, 1. 1.", pag. 585. — 5 Ckronol. S. Mariani, fol. 99. — 6 Murât. Anliq. liai, me dit œvi, t. II, col. 886. — 7 Documens de 1993, 1 994 et 1 997, ap. Lappenberg , Urkundlichc Gesckickte der deuUchen Hanse , t. II , pag. 1 68 , 175 et 187. — ■ Pegolotti, ap. Pagnini, t. III, pag. 937 et suiv. — » Ordonnance de 1309 , Recueil du Louvre, 1. 1.", pag. 360 et 366.— 10 Ordonnance de 1311 , ibid. pag. 586.
INTRODUCTION. fxxv
nous nommons aujourd'hui le rechange. Aussi étoit-il défendu de dater des foires de Champagne, pour en avoir les privilèges, des obligations contractées dans d'autres lieux
Le résultat de cette grande affluence de commerçans de tous les pays aux foires de Champagne avoit été de rendre les mesures usitées à Troyes d'un usage universel en Europe 9 , comme on a vu, page Ixxj, que la monnoie.de France connue sous le nom de tournois y étoit généralement adoptée 3 .
Ce commerce intérieur n'avoit pas néanmoins pour la France tous les avantages que sembleroit annoncer son étendue, parce qu'il étoit presque entièrement entre les mains des étrangers. On a vu que la France fut un des pays de FEurope où les Italiens s'établirent le plus promptement 4 j et même, avant d'y avoir fait des établissemens fixes, ils en fréquentoient depuis long-temps les foires.
L'Angleterre avoit fait, avant de passer sous la domination de fn c ^" e ", Guillaume le Conquérant, quelques pas vers la civilisation. S'il ™ Éc g 0 «T r faut en croire un écrivain du vm. e siècle, Londres, la princi- cl IrUndepale de ses villes , étoit alors fréquentée par des commerçans étrangers 5 . On lit même, dans d'autres écrivains, qu'au temps d'Alfred les navigateurs anglo-saxons fréquentoient le port d'Alexandrie etavoientdes relations avec l'Inde 6 ; mais il est difficile d'ajouter foi à ces assertions. H en est de même, je le présume, de ce qu'on dit des exportations de laine pour la Flandre, qu'on prétend avoir existé dès le temps de Charlemagne 7 . Ce n'est réellement que vers la fin du xu. e siècle et pendant le xm. e qu'on voit l'industrie anglaise prendre quelques développemens et fournir aux habitans des moyens d'échange. Les principaux objets étoient le fer, l'étain 8 , le plomb 9 , dont tous les édifices considérables de l'Europe étoient couverts à
1 Ordonnance de 1311, Recueil du Louvre, pag. 484. — * Rymer , t. I.", part, i, pag. 37. Grosley, Mém. sur fhist. de Troues, pag. 489. — 3 Stat. abb. Cassin. ann. 1 986, ap. Carpentier, voc. Tornensis. Carta Jacobi, ann. 1309, ap. Du Cangc, toc. Torneiuis. Chron. As tiens. un. 1300, ap. Murât, /terum liai. Script, t. XJ, col. 199.— 4 Gregor. VII, Eoist. ad Philippum regem Galliee, lib. il, epist. v et xvm. — * Beda, Hist. eecl. gent. Angl. iib. il, cap. m. — a Asser, Vita Alfredi , pag. 50. Rapin Thoiras, Hist. d'Angleterre, t. I.", pag. 318. — 7 Hist. des Provinces-unies, t. I.", pag. 31. r >. — 8 Haliain, View of the state of Europe éuring the middle tige, chap. THI, part, m, t. III, pag. 36. — • Torfseu», Rerutn Orcad. hist. \ib. i, cap. xxxvii. Martene , Ampliss. Collect. t. V, pag. 13 et 856. Histoire littéraire de France, t. IX, pag. 991.
| xx vj INTRODUCTION.
cette époque, et surtout la laine, qui étoit presque la seule tière des vêtemens.
On trouve, dans ïes écrivains du xn. c siècle, au nombre de villes qui se livraient au commerce maritime, outre Londres, dont j'ai déjà parié, Lincoln, Donnewick, Linn, Berwick, Norwich 1 et Bristol, dont les relations avoient lieu particulièrement avec f Islande et la Norvège *.
Divers documens attestent l'importance que les souverains de ce dernier pays et de l'Angleterre mettoient aux relations de leurs états, et la précaution, justifiée par la piraterie générale dans les mers du Nord , qu'ils prenoient de n'admettre aucun commerçant, s'il n Y toit muni d'un passe-port de son souverain 3 .
La position du pays de Galles a pu conduire ses habitans dans les mers qui avoisinent le Groenland ; mais il n'y a rien de certain sur la découverte de l'Amérique septentrionale qu'on prétend avoir été faite en 1 170 par des navigateurs de ce pays 4 .
Toutefois le commerce maritime de l'Angleterre étoit foible pendant le cours de ce xii. e siècle; il ne prit de développemens que pendant le suivant, époque à laquelle se formèrent des compagnies d'Anglais pour aller trafiquer en Flandre & . Jusque-là c'étoient presque toujours des navires étrangers qui leur apportoient ies objets de première nécessité ou de luxe °. Les Flamands surtout y introduisoient les produits de leurs manufactures , et en exportaient les matières premières qu'ils mettoient en œuvre. Ce débit étoit si considérable, qu'au dire de Mathieu de Westminster toutes les étoffes de laine qui servoient en Angleterre à l'habillement, provenoient des fabriques de Flandre
Des villes situées sur les bords du Rhin 8 , celles de la Baltique dont les commerçans furent désignés d'abord sous le nom de Gothlatidais , puis sous celui de Teutoniques , y jouissoient d'assez grands privilèges au xii. e siècle. Un acte de 1 176 est le plus ancien 0 dans lequel il m'ait été possible d'en trouver la preuve
1 Will. Malmcsbur. De gestis pontif. pag. 133 et 165. Will. Neubrig. lib. Il, cap. xxx; et lib. iv, cap. vu. Rymer, t. I.", part, m, pag. 117. Macpherson , ad ann. 1171. — * Will. Malmcsbur. Gesta pontif. pag. ICI. — s Rymer, t. I.", pag. 74 et 75. — * Will. Malmcsbur. Gesta pontif. pag. 13C— » Sartorius, Geschickte des Hanseatischen Blindes, t I. cr , pag. 895. Macpherson , nd ann. 1 818. Rymer, t. I er , part, u , pag. 15». — 6 Haerbelin , Analccta medii tevi, n. 4. — 7 Matih. de Wcstoiinst. pag. 396. — 8 Privil. de 1154, 1 189 et »uiv., ap. Lappenberg, Urktmdlicke Geschiehte det deutichen Hanse, t. II, pag. 3, 10 et suiv. — » Dreyer, De inhumano jure naufragii, & c . pag. 864.
INTRODUCTION. Ixxvij
relativement à ces derniers; mais il paroît supposer un état de choses déjà existant. L'abus de ces privilèges, souvent renouvelés dans la première moitié du xni. e siècle 1 , et le tort qu'ils faisoient à l'industrie naissante de quelques manufactures de draps qu'on avoit essayé d'établir en Angleterre a , décidoient quelquefois les souverains à prohiber l'exportation de la laine et l'importation du drap, dans le double but de conserver ia matière première propre à alimenter l'industrie , et de s'opposer à la concurrence des fabrications étrangères 3 .
Mais presque toujours, après une mesure de rigueur passagère, ces commerçans, qui se rendoient nécessaires aux souverains par les droits considérables qu'ils payoient, et même agréables au peuple en fournissant les objets fabriqués à meilleur marché que les manufactures naissantes du pays, recouvroient leurs privilèges K D'ailleurs ils apportoient des marchandises asiatiques et beaucoup d'objets dont le besoin se faisoit sentir et que les navigateurs anglais n'étoient point en état d'aller chercher
Les vins de France formoient un des objets les plus considérables d'importation en Angleterre (; . Mais comme les hostilités sans cesse renaissantes «Mitre les deux royaumes , et qui même avoient lieu souvent dans l'intervalle des trêves 7 , interrom- I .oient ce commerce ou le rendoient dangereux, ia Flandre en devint l'intermédiaire «.
Les Italiens, qui, dans presque toute l'Europe , furent les premiers à aller fonder l'industrie de banque, étoient établis en Angleterre au XIII/ siècle 9 ; ils venoient aussi y acheter les laines dont leurs manufactures de draps dévoient avoir besoin *°.
A mesure que le commerce maritime de l'Angleterre prenoit de l'accroissement, il étoit plus exposé aux entreprises des pirates. Un document de la douzième année d'Edouard III, sur lequel j'ai eu occasion de m'expliquer, pour un tout autre objet, tome I. cr , page 289, semble annoncer qu'Edouard L" avoit déjà pris quelques mesures pour la sûreté de la navigation. C'est peut-être à des mesures du même genre que se rattache une
1 Haerbelin, AnaUcta medii avi, pag. 3, 7 et 9. — * Will. Malmesbur. Gesta reg. Angl. fol. 89. Gir. Cainbr. pag. 848. — 3 Macpherson, nnn. 1961. — 4 Macpherson, ann. 1904, 1980, 1989, 1999, 1995, 1997. — 6 Will. Malmcsb. Gesta pontif. pag. 161. — • Rymer, 1. 1.", part. tU, pag. 199, 198 et 141.— ' Rvrner, t. l. n , part. I, pag. 109 et 196. — 8 Mcycr, AnnaUs Flandrlex, pag. 84. — 9 Rymer, t. V*, part i, pag. 68. Matth. Paris, -pag. 1148 et 1 149.— «o Voir un de ces traites d'achats dans Pagnini, Délia décima, t. H, pag. 394.
lxxviij INTRODUCTION.
loi de Jean I. er , donnée à Hastings la seconde année de son règne, qui ordonne d'arrêter et de traiter en ennemis les navires qui ne vouloient pas baisser leur pavilion à la réquisition de l'amiral, document qui, comme on sait, a été la base principale des argumens de Selden pour prétendre que l'Angleterre étoit souveraine de la mer l .
L'Angleterre eut, à l'époque dont je m'occupe , des relations commerciales avec les provinces de l'Espagne qui bordent f Océan , et avec le Portugal. La domination qu'elle exerça longtemps dans la Guienne dut lui en fournir de fréquentes occasions;mais quoique certainement la flotte de Richard I. "destinée pour la croisade ait passé le détroit de Gibraltar, rien ne constate qu'alors les commercans fréquentassent la mer Méditerranée 8 . Benjamin de Tudèle assure qu'à l'époque de son voyage, c'està-dire, au xii. e siècle, on rencontrait des Anglais à Alexandrie 3 . Ce fait, fut-il vrai, ne seroitpas la preuve qu'alors les navires de ce pays se rendissent en Egypte par le détroit de Gibraltar, parce que des Anglais fréquentant les villes maritimes du midi de la France 4 auroient pu passer en Egypte par les navires expédiés de la Provence ou du Languedoc. Une ancienne chronique atteste, H est vrai, qu'en 1161 le roi sarrasin de Murcie envoya des présens au roi d'Angleterre et en reçut de ce dernier 5 ; mais on ne voit pas qu'il existât encore de liaisons commerciales entre les deux états. Au surplus, il n'est pas douteux qu'au xni. e siècle les navigateurs anglais se rendoient dans la Méditerranée et trafiquoient dans l'île de Chypre «.
L'Ecosse ne fut pas aussi étrangère au commerce maritime; il est meme probable que les plus anciennes relations des îles britanniques avec la Norvège furent celles qui avoient lieu par ce pays. Un inventaire, fait en 1282, des titres enlevésen Ecosse par Edouard I. <r , contient i'énonciation d'actes anciens, les uns relatifs à la supériorité des rois d'Ecosse sur les Orcades, les autres constatant des conventions au sujet des naufrages des navires écossais dans la Norvège 7 .
Les produits de la peche 8 et de l'agriculture étoient la matière
1 Selden, Mare clautum, iib. n , cap. xxyi. — 1 Hallam, View of the ttate of Europe during the middle aget , chap. ix, part, n, t. III, pag. 387 et 396. — * Benjamin de Tudèle, pag. 836. — * Idem, pag. 7. — * Duchesne, Getta Norman, pag. 998. — 6 Pegolotti, ap. Pagnini, Délia décima, t. III, pag. 47 et 48 — 7 Rymer, t. L", part n, pag. » 10. — • Torfeus, Bervm Orcad. hitt. Iib. I, cap. xxxn.
INTRODUCTION. Ixxil
la plus considérable des échanges entre l'Angleterre et f Ecosse 5 car ce commerce a été, dans tous les pays maritimes, antérieur à celui des objets manufacturés et des marchandises de luxe.
On voit néanmoins des traces d'industrie et de commerce étranger dans l'Ecosse dès le xn. c siècle Les lois des bourgs, attribuées à David L er , mort en Uô3, contiennent quelques règles sur cette matière 8 j notamment elles protègent le marchand absent lorsque des actions sont intentées contre lui pendant son voyage 3 . Ces lois et celles de plusieurs successeurs de ce roi attestent que les étrangers venoient par mer faire le commerce en Ecosse 4 ; les chroniques portent à croire qu'au commencement du xii. e siècle ces étrangers y apportoient des marchandises asiatiques s .
Il existe peu de notions sur le commerce de l'Irlande. On sait seulement qu'au xii. c siècle on y fabriquoit quelques étoffes de laine grossière pour les besoins des habitans 6 , et que dans le siècle suivant on en faisoit quelques importations en Angleterre 7 .
A l'époque dont je m'occupe en ce moment, une portion assez commerce considérable du territoire actuel de la France, du côté du nord, bjuanét faisoit partie du comté de Flandre. Les pays connus alors sous et Fri,e ce nom, et le Hainaut, qu'il n'est pas possible d'en séparer, se livroient à une industrie évidemment supérieure à celle des contrées voisines. La fertilité du sol 8 , la facilité des communications par la navigation intérieure, les encouragemens des souverains, concoururent puissamment à former et à étendre les relations commerciales qui en étoient la conséquence. Les invasions des Normands et le régime féodal durent en arrêter les développemens. Les croisades, et la révolution qu'elles amenèrent dans l'Europe , leur donnèrent un nouvel essor. Les croisés belges , de retour de leurs expéditions , firent connoître dans leur patrie les arts , le goût, le luxe de l'Italie , de la Grèce et du Levant , et c'est de cette époque mémorable que date la grande prospérité de la Flandre.
La branche la plus considérable d'industrie flamande consis-
' Vita S. Margaritœ rtg. Scot. ap. Boliand. Jun. t. II , pag. 330.— » Leget Burg. cap. xxtï. — * li. cap. uvitl. — 4 id. cap. XVUI. Statula Willelmi, cap. xxxvil. — 5 Macphcrson , ad ann. UJl. — « Girmld. Cambrent. Topographia Hibernia, dis t. 3, cap. x. — 7 Madox , HUt. oftht txchequer, cap. XIT, I 9. — » Brito, Philipput. Ub. u, ver*. 34 et «ryy .
lxxx INTRODUCTION.
toit dans la fabrication et la teinture des étoffes de laine , exportées en Angleterre, ainsi qu'on Ta vu plus haut, dans le nord de la France 1 , dans la Saxe , et dans tous les pays voisins de la Baltique 9 . On y fabriquoit aussi des toiles : mais le commerce en étoit beaucoup moins considérable, parce que le peuple faisoit peu d'usage du linge, réservé seulement pour les riches et pour le service des autels.
Cette industrie fut une source de prospérité pour plusieurs villes, dont quelques-unes ont conservé dans les siècles suivans une grande célébrité. Les richesses des habitans de Gand 3 , où s'étoient établis une infinité de commerçans étrangers 4 , étoient telles, que dans Tannée 1 156 ils fournirent à leur souverain les fonds nécessaires pour racheter son comté qu'il avoit engagé 5 .
Liège faisoit un grand commerce de quincaillerie, de cuirs, de fils, de poissons, de draps, de vins du Rhin et de France 6 .
On peut croire que ces vilies, ainsi queTournay, étoient, au xii. 1 siècle, les plus connues des étrangers, puisqu'elles sont nommées dans la Géogwphiè du schériff Edrissi, qui, ayant composé son ouvrage en Sicile, a pu s'éclairer par des renseignemens obtenus dans ce pays.
Mais d'autres documens nous apprennent que Bruges faisoit un commerce aussi florissant que celui de Gand et l'égaloit presque en richesses 7« Ils mettent au même rang, surtout sous îe rapport de l'industrie, Poperingue, Diest, Ypres, Courtrai, Dnrstade, Douai, Lille, Anvers, Saint-Omer, Cambrai, Louvain, Valenciennes 8 .
Aux manufactures de draps et de toiles, qui faisoient la principale richesse des villes de Flandre, se joignoient d'autres branches de commerce; les armuriers de Bruxelles, de Malines et de Liège étoient très-renommés.
L'exportation des produits manufacturés de la Flandre, la nécessité de se procurer les matières premières , qu'on savoit y
1 Ordonnance de 1 397, Rrcucil du Louvre, t. 1.", pag. 330. — * Lambcc. Origin. Hatnburg. lib. H, cap. xxxvn. Leibnitz, Script, rerum Brunsw. t. I.", pag. 767. Brito , Philippid. lib. Il, r. 103.— » Id. ibid. lib. H, v. 88.— * Mcyer, Annales Flandrici , pag. 46. — » ld. ibid. pag. 43. — 0 Chapcauvillius , Getta pontif. Leodens. t. I.", pag. 54, 100 et 113. Martene, Amptiuima Collecfio , t. V, pag. 91, et Thésaurus anecdotorum , t. III, pag. 530. Brito, Phtlippid. lib. II, v. 108. — 7 Brito, Philippid. lib. rx, v. 380. — ■ Mcyer, Ann. Ftandr. pag. 104. Le Carpenticr, Hist. de Cambra» et du Cambretis, t. I.", pag. 391. Divacus, Rerum Brabantic. pag. 16 et 17. La m bec. Origin. Hamb lib. II, cap. xxxv. Pegolotti, ap. Pagnini , t. III, pag. 941 et «uiT., 156 et «uiv., 983 et suiv. Hitt. de Lille, pag. 137.
INTRODUCTION. Ixxxj
mettre en œuvre avec une grande habileté , créèrent nécessairement des rapports multipliés entre ce pays, l'Allemagne, les états du Nord 1 , et surtout l'Angleterre. Aussi l'affection des Flamands pour les Anglais étoit^eïle plus grande que pour les Français ; ils employoient tous leurs moyens pour maintenir la bonne harmonie entre leurs souverains et ceux d'Angleterre.
Les développemens du commerce maritime en furent les conséquences. La ville la plus célèbre pour sa navigation, à l'époque dont je m'occupe, étoit Damme 8 , au moyen de sa position avantageuse pour communiquer avec l'Ecluse, qui lui servoit de port 3 , et avec Gand et Bruges 4 , dont elle étoit l'entrepôt. C'étoit là principalement que se faisoit le commerce des vins de France 5 . •■ 1 .
Ostende étoit aussi, dans son état ancien, caria Ville qui existait alors a été détruite en 1334 , un port très-fréquenté^ 6 .
Le voisinage, et les avantages respectifs d'un commerce suivi avoient à plus forte raison lié-la Flandre avec la Zélande, la Hollande et la Frise V ■:« :-.îil *k< . . .
Zirickzée, Middelbourg- et' WestcapeHè» étoient probable^ ment alors les plus importantes villes de Zélande. Les chroniques s'accordent à parler de la beauté du port decette dernière, que l'envahissement des eaux de la mer a entièrement détruit
Des documens du xui. c siècle attestent que les Zélandais faisoient la pêche du hareng au banc d'Yarmouth sur les côtes d'Angleterre «o, et rapportaient de ce pays des laines destinées aux manufactures de Flandre i '.ri"
Les premiers essais du commerce maritime dans la Hollande, alors assez habituellement confondue avec la Frise, eurent pour objet, comme celui de la Zélande , le transport des laines d'Angleterre, qui arrivoient à Dfrrdrecht 1S . Le port d'Enchuysen étoit. très*-fréquenté 13 . Rien ne fait encore connoître l'importance d'Amsterdam 14 , qui dans la suite est devenue si
« Meyer, Annales Flandrici, pag. 5«. — » Meyer, ubi suprà, pag. 68, 67 et 78. Brito, Philippid. lib. Il, v. 105 et seaq. — 3 Me ver, ubi suprà, pag. 48 et 06. Mellis Stooke, Chrome, rhyth. ad ann. 1896. — 4 Meyer, ubi suprà, pag. 59 et 76. — 5 Brito, ubi suprà, lib. ix, veri. 380. Voir 1. 1.", pag. 354 et saiv. — » « Déliées des Pays-Bas, t;< III , png. 15. — 7 Meyer , ubi suprà, pag. 46 et 78. — 8 Werdenhugen, De rebuapublicis Hanseaticis , part, iv, cap. m. — *Boxhorn, Add. ad Reygersbcrg Chron. van Zeeland. t. II, pag. il 6. Van Lcuwen , Batavia illustrata, pag. 137. — 10 Rymer, t. I.", part, m, pag. 149. — 14 Rymer, t. I.« r , part, iv, pag. 89. — Boxhorn , Apologia pro navigatione Hollandorum, 4tc. — ,J Werdenhagen , ubi suprà, part, iv, cap. iv.~ •* Werdcnhagen , ubi suprà, part. îv, cap. xvu.
Jxxxij INTRODUCTION.
célèbre; et même un document de 129 > fait voir que le commerce des Hollandais avec l'Angleterre étoit peu considérable en comparaison de celui des Flamands ».
On peut mettre au rang des causes qui en arrétoient le développement les grandes révolutions que causèrent dans ce pays les envahisseinens de la mer et les catastrophes qui en furent la suite a . Je crois cependant qu'il y a quelque exagération dans l'opinion des auteurs qui ont prétendu que jusqu'à la fin du xv. e siècle les Hollandais ne s'étoient point avancés dans les mers du Nord 3. Il paroît certain qu'ils s'y rendoient pour la pêche dès le commencement du xm. e siècle 4 .
II se faisoit aussi quelque commerce dans la Gueidre, principalement à TicI, où se réunissoient des négocians de Saxe , de Quedliuhourg, de Magdebourg et d'Angleterre *■ . On a vu», t. I. er , page ixxuj, que la navigation de la Frise étoit beaucoup plus ancien ne que celle des pays voisins dont je viens de parler. Les riches m s de Stavern et son luxe avoient passé en proverbe. Les historiens donnent beaucoup de détails sur l'mipm-uiu v d'iiinbdeny et surf les efforts, à la fin couronnés de succès* qu'eraployok l*;ville d'Hambourg pour s'en emparer 6 . La navigation dels Frisons étoit surtout dirigée vers les mers du Nord 7 , où leurs navires se rendoient redoutables aux pirates 8 ; ils» avoient (des étabiissemens à Ripen 9 , à Sleswick 10 , en Norvége> ll «-',|.-, ,!M';7 u.,
Là basse Saxe, limitrophe de la Frise, avoit sur les bords de l'Océan germanique plusieurs villes dont le commerce étoit nécessairement fié , du coté du midi, avec celui de la Frise, de la Hollande, de la Zélande et de la Flandre, et, du côté du nord, avec le Judandet le» pays situés aux bords de la Baltique. Les plus Considérables étaient Brème et Hambourg. . Brème jouissoit, depuis lé x.* siècle, des privilèges des villes libres impériales 1 ^ et; ces avantages lui avoient été confirmés au xi/ siècle par l'empereur Henri II, qui lui accorda le droit
« Rymer, t. I ", part, tu, pag. 181.— * Meyer, Annales Flandrici, pag. 4t6. — » Pontus Heuterus, cite par Boxhorn, Apologia pro navigationc Hollandorum. Voir t. I. er , pag. 394. — * Mathieu Paris, ami. un. — * Werdenhagcn , De rebuspublicis Hanseaticis , part, iv, cap. ui. — 6 Werdenbagen , ubi supra, part, iv, cap. vt. — 7 Boxhorn , ubi suprà. — • Barre, Hist. d" Allemagne, t. L ,r , pag. 645. ~ 9 Adam Brem. cap. ceviu. — 10 Statut. Slesvieense, ann. 1145, $ «9.— 11 Privilège «le 1180, apud Dreyer, De inhumano jure naufragii, &c, pag. 94. — M Lindcnbrok, Script, septentr. pag. 130.
INTRODUCTION. hiXXH)
de tenir deux foires annuelles 1 : Henri V, par un privilège de 1 1 1 1, assura de nouveaux avantages à la navigation de cette ville ».
Hambourg, après avoir servi sous les empereurs Carlovingiens de point de défense dans la Saxe 3 , s'étoit accrue et se livroit déjà au commerce du temps de f empereur Othon III 4 . EHe avoit obtenu des franchises importantes en 1 189 5 . Des actes du xui. e siècle attestent qu'un nombre considérable de navires fréquentoient son port 6 .
II est naturel d'en conclure que Brème et Hambourg étoient du nombre des villes qui avoient obtenu des privilèges en Angleterre dès 1176 ".Elles ne tardèrent pas à reconnoître l'importance d'un commerce suivi avec la Frise et surtout avec la Flandre, en y formant au xm. e siècle des établissemens qui furent l'origine des grands comptoirs anséatiques dans ce pays 8 .
Les premières causes de la navigation des habitans de la Flandre, de la Hollande, de la Frise et de la basse Saxe, vers la mer Méditerranée, se rattachent aux expéditions des croisades 9 . On a vu, page Ixvij, que dès le xn. c siècle ils avoient concouru à la délivrance de Lisbonne. Les commerçans qui y obtinrent des privilèges 10 ne durent pas être long-temps sans apprécier les avantages que pouvoient leur procurer des relations dans la Méditerranée ; mais trop d'obstacles existoient encore pour qu'ils en profitassent. Les dangers de la navigation, qu'une flotte chargée de guerriers peut éviter, étoient presque insurmontables pour des navires isolés et destinés au transport des marchandises. Aussi ne paroît-il pas que pendant le xn. c siècle les commerçans de ces pays aient fréquenté d'autres ports que ceux de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne et du Portugal.
Mais au xni. c siècle un comte de Flandre monta sur le trône de Constantinople : depuis cette époque , les ports de la Méditerranée et de l'Archipel furent visités par les navigateurs
» Adaiti. Brem. cap. u. — * Lûnig, Reichs-archiv. pars spec. cont. iv, pag. 918 et seqq. Bunau, De jure imperatoris circa maria, S 9t. — 3 Annales Franc, ad ann. 810. — 4 Leibnitz , Scriptores rerum Brunswicarum, t. I.", pag. 518. — * Lûnig, ubi supra, pars spec. cont. iv, pag. 991. — 6 Lambcc, Origines Hamburgenses , lib. u, pag. 66. Traziger, •p. Wesphal. Monumenta inedita &c, t. II, col. 1985.— 7 Rymer, t. I.« r ,part. iv, pag. 78. — » Privilèges de 1943 , 1915, tue, ap. Dreyer, pag. 939 et seqq. — 9 Guill. de Tvr, liv. ni, chap. xiii et xxii; liv. xi.chap. xtv ; liv. xvm, chap. xxiv. — Werdenliagen, De rebuspub/icis Hanseaticis , part. BI, cap. II.
IXXXÎV INTRODUCTION.
flamands et par ceux des pays voisins ». Les marchands italiens apprirent de leur côté le chemin de la Flandre, qui devint pour eux un point intermédiaire entre le nord et le midi de l'Europe *.
commerce Ce qui nous est parvenu de notions sur le commerce maritime dC e!dïïord ne de la Baltique, antérieurement au xn. c siècle, est enveloppé dcrEurope. d'obscurités et mêlé de fables ou du moins d'exagérations. L'état
de ce commerce, à la fin du xn. e siècle et pendant le xm. c , est
mieux connu.
J'ai déjà eu occasion, en traçant le tableau de l'époque précédente, de présenter les renseignemens qu'il m'avoit été possible de recueillir sur l'existence de quelques anciennes villes slaves ou vandales. Mais il est difficile d'ajouter foi à l'assertion de Fischer, qui ^prétend que des Anglais, des Français, des Espagnols, des Écossais, des Belges, des Danois et des Russes, avoient formé une sorte de colonie commerciale à Vineta 3 , l'une de ces villes dont les chroniques placent la destruction en 7 96 4 . Il est bien vrai que, dès la première moitié du xn. c siècle, quelques expéditions maritimes parties des mers du Nord firent voile vers la Terre sainte 5 , et, comme celles des Flamands, des Frisons et des Bas-Saxons, dont j'ai parlé plus haut, prirent part aux croisades. Mais, d'un côté, rien ne prouve que les navigateurs du midi de l'Europe aient à leur tour, à cette même époque, visité les mers du Nord; d'un autre côté, le commerce fut entièrement étranger à ces expéditions.
Une des plus anciennes villes de la Baltique, parmi celles qui sont devenues célèbres dans les xn. c et xm. c siècles , est Lubeck , fondée par les comtes d'Holstein , dans un territoire qu'ils avoient conquis sur les Vandales 6 , et peuplée par des colonies tirées du Brabant, de la Hollande et de la Westphalie 7 .
Les commencemens du commerce de cette ville, comme de la plupart des autres voisines, peuvent être attribués à la pêche. Cette industrie enrichîssoit ceux qui s'y livroient; ils eurent
1 Marin, t. V, lib. m, cap. DU, cite un décret de 187». — * Sartorius, Gesckichie des Hanseatischen Bandes, 1. 1.", pag. 35 1 et *5i. — » Fischer, Gesehiehte de* teuttehen Handels, t. I.", pag. 9§4. — * Helmod. Chron. Slav. lib. i, cap. il. Krantz, Vandalia. lib. Il, cap. xix et xx. — * Torfteus, Or cadet, lib. i, cap. xxxi.— « Helmod. ubi suprà, cap. ux et lxxxtiii. — 7 Meyer, Annale, Flandrici, pag. 47. Werdenhageii , De rebutpubUcit Hanteatieit, part, m, cap. x.
INTRODUCTION. Ixxxv
bientôt le désir de se procurer les objets de luxe. Lubeck eu particulier dut à Henri le Lion son accroissement et sa prospérité Les soins de ce prince y attirèrent les navigateurs de Danemarck, de Suède, de Norvège, de Russie 9 . Un document de 1163 constate que cette ville entretenoit de grandes relations avec Wisby, et que ses commerçans y formoient un corps qui avoit ses juges nationaux 3 . Dans ïe cours du xm. e siècle, elle a voit par ses propres forces soutenu des guerres heureuses contre les rois de Danemarck et de Norvège 4 . On a vu, pages Ixxvj et Ixxxiij, qu'elle avoit porté son commerce dans la Flandre, ie Brabant, l'Angleterre et le nord de la France *.
Cet exemple fut suivi dans toute la partie méridionale de la Baltique. H s'y éleva un grand nombre de villes industrieuses qui se mirent en relations avec Lubeck, Brème, Hambourg et les côtes de ia Frise, dont les navigateurs fréquentoient la mer Baltique 6 .
Les mêmes progrès de la civilisation s'étendirent aux côtes de la Poméranie 7 . Les Allemands y formèrent des colonies, foibles d'abord et souvent exposées aux hostilités des indigènes encore barbares.
L'ordre Teutonique, fondé en 1 128 dans ia Palestine pour le service des pèlerins allemands, et bientôt consacré à la défense de la Terre sainte, ayant été obligé de renoncer à sa destination après la fin malheureuse des croisades, fut invité, vers le commencement du xiii.' siècle, par le duc de Masovie, à venir au secours de la Pologne, envahie par les Prussiens 8 . Le courage des chevaliers et les concessions impériales les rendirent bientôt maîtres de presque toute la Prusse et de la Poméranie.
Une partie des anciens habitans fut exterminée; le reste, converti au christianisme, se soumit aux chevaliers, et sur tous les points s'élevèrent des villes peuplées d'Allemands adonnés à ia navigation.
On a vu, t. I. er , page Ixx, que ce pays, quoique habité par des peuples peu civilisés , servoit dans les temps les plus anciens
1 Werdenhagen, De rebuspublieis Hanseatieis, part, m, cap. xn. — * Helmotl. Chron. Slav. lib. I , cap. lxxxv. — • Dre ver , De m hum. jure naufr. hue. , pag. lit. — * Sartorius , Getckichte des Hanseatisehen Bundes , t I.", pag. 139 à 141. — * Werdenhagen , ubi suprà, part, ni, cap. xvt. — • Hclmod. ubi suprà , lib. il , cap. xit. Drejer, ubi suprà , pag. 4 t.
— 7 Werdenhagen, ubi suprà, part, m, cap. xxill. Dreyer, ubi suprà, pag. 118, 188 et 198.
— • Werdenhagen , ubi suprà, part, v, cap. i.
hxxvj INTRODUCTION.
à faire parvenir en Italie, à travers l'Allemagne, l'ambre et quelques autres productions du littoral de la Baltique.
Julin , à l'embouchure de l'Oder, étoit une ville depuis longtemps commerçante, qui fut détruite vers la fin du xii. c siècle par le roi de Dancmarck, au cours de ses guerres avec les ducs de Poméranie *. Stetin n'étoit ni moins ancienne ni moins florissante *. Plus éloignée du coté de l'Orient, Dantzick , dans une position favorable pour l'exportation des blés , succéda au commerce des anciennes villes, que le temps, de nouvelles directions, et bien plus encore les ravages de la guerre, anéantissoient K Elle devint l'intermédiaire des échanges que faisoient les navigateurs de l'Occident contre les productions de la Prusse et de la Pologne. Un grand nombre de privilèges accordés par les souverains de Dantzick aux navires de Lubeck qui fréquentoient ce port, prouvent que le commerce y étoit très-actif 4 , et qu'en 1209 il s'y faisoit une importation considérable de draps fabriqués en Flandre 5 .
Des actes de 1232 et 1233 attestent également l'existence et le commerce des villes de Thorn, de Culm, de Marienwerder et d'Elbing 6 , auxquelles des privilèges furent accordés pour prix des secours qu'elles avoient donnés à l'ordre Teutonique contre les indigènes 7 .
On voit par un traité de 1 243 que les chevaliers firent avec des souverains de Pologne des accords pour procurer à leurs sujets la faculté d'y trafiquer sûrement, en ne payant que des droits modérés 8 . La culture des pays conquis fournîssoit de la poix, du goudron, des bois de construction , du fer, des cordages, de rambré,des fourrures, et, pendant un temps assez considérable encore, des esclaves 9 : mais il ne paroît pas que les indigènes se livrassent au commerce; il étoit tout entier dans les mains des Allemands établis dans les villes maritimes, ou qui n'y séjournoient que le temps nécessaire pour vendre leurs mar-
* Krantz , Vandalia , lib. v, cap. xxxix. Bangert . Origin, Lubecentes, ap. Wcsphal. Monum. ine<L t. I ", coi. l»76. Lanib. Alard, Res Nordalbingenses, ibid. col. 1788. — 1 Werdenhagen, De rebuspublicis Hanteaticis , part. lit, cap. xxni. — s Lanib. Alard, ubi suprà . col. 178. — 4 Werdenhagcn, ubi suprà, part, ni, cap. xxvj. Dreyer, De in hum, jure &c, pag. 185 et *t<iq-, 193 et 198. — a Fischer, Geschichte des te'ulsehen Handels , t. I.", pag. 7C1. — 0 VV erdenhagen , ubi suprà, part, tu, cap. xxtv. Heeren , Essai sur tinfluence des croisades, trad. fr. pag. 191. — ' Chron. ordin. Teutonici, S5 m " »P- Matthaeum, Veteris mi Analecta, t. V, pag. C98. Fischer, ubi suprà . pag. 764. — • Hscher, ubi suprà, pag. 760 et suiv. — » Torfaïus, Rerum Norvag. part. H, pag. 338.
INTRODUCTION. IxXXVÎj
chandises et s'en procurer d'autres. Brunsberg et Kœnigsberg, fondées vers 1255, offrirent promptement à ces navigateurs des stations favorables ».
Dans la seconde moitié du xii.* siècle, des Brémois jetés par la tempête vers l'embouchure de la Duna* reconnurent de quelle importance pouvoient être la Livonie, fEsthionie et ïa Courlande, où les rois de Danemarck et les souverains de Russie avoient déjà fait des expéditions guerrières pour contenir les pirates établis sur les côtes et qui infestoient la mer Baltique ». lis y fondèrent un établissement où ils échangeoient quelques étoffes grossières contre les productions du pays, et dans la suite ils s'associèrent avec Lubeck et quelques autres villes voisines pour cé commerce 4 .
L'institution des chevaliers surnommés porte-glaives servit à conquérir le pays sur les anciens habitans 5 , comme l'ordre Teutonique avoit conquis les contrées voisines de la Vistule. Au bout d'un petit nombre d'années, les chevaliers de Livonie, qui s'affoiblissoient autant par les victoires que par les revers, furent incorporés dans l'ordre Teutonique , et les grands maîtres mirent tous leurs soins à attirer les commerçans dans le pays dont ils devenoient souverains. Riga, fondée vers 1200, ne tarda pas à prospérer 6 ; dès 1246, le commerce de cette ville étoit assez étendu pour que les princes de Mekienbourg concédassent à ses navigateurs des privilèges , dans le port dé YVismar, semblabfes à ceux dont jouissoit Lubeck 7 . De son côté, l'archevêque de Riga , qui partageoit avec les chevaliers la souveraineté de la Livonie, encouragea par une égale protection les Occidentaux à fréquenter cette côte 8 .
Revel, sur le golfe de Finlande, fondée au commencement du xm. e siècle par un roi de Danemarck, se lia étroitement avec Lubeck, dont elle adopta la législation, et avec les autres villes de la Baltique 9 . C'est à la même époque que fut fondée Narva, qui, dans le xvi. c siècle, succéda au commerce de Revel,
1 Werdenbagen, De rebuspublicis Hanseaticis, part, m, cap. XXIT. — * Werdenbagen , ubi suprà, part. III, cap. il et xxiv. Dreyer, De inhumano jure naufragii, itc, pag. 144. — * Hcimod. Chron. Slav. lib. Il, cap. xiv. — * Werdenbagen, ubi suprà, part, m, cap. II.— •'■ Helmod. ubi suprà, lib. I, cap. xxxvui; lib. il, cap. i. Werdenhogen, ubi suprà, part, m, cap. xxiv. Dreyer, ubi suprà, pag. 149. — 6 Werdenbagen, ubi suprà, part ni, cap. xxiv. — 7 Dreyer, ubi suprà, pag. 305. — • Dreyer, ubisuprà, pag. 168. — 9 Werdenbagen , ubi suprà, part, m, cap. xxiv.
Ixxxviij INTRODUCTION.
abandonnée par les anséatiques, dont elle avoit déserté la cause ».
La position de la Livonie et surtout de l'Esthionie offrit aux Allemands qui l'habitoient ou qui s'y rendoient les moyens d'entrer en rapports avec la célèbre ville de Nowogorod, jusque là fréquentée par les seuls commerçans de Gothlande, de Norvège et de Suède. Les événemens politiques dont le résultat fut d'anéantir cette ville, ne permettent pas de trouver beaucoup d'anciens documens sur le commerce qu'y faisoient les navigateurs de la Baltique. On a vu, pages xxiv et xxv, combien il y avoit de probabilités que Nowogorod servît depuis longtemps d'intermédiaire entre la Baltique et la mer Noire pour ics marchandises de l'Asie. Mais, quelle que soit l'opinion qu'on adopte sur un point controversé, on ne peut douter que le commerce des villes de la Baltique avec la Russie n'ait été considérable au xiii.' siècle. Un diplôme de 1229 environ, mais qui se réfère à des temps antérieurs , atteste que les Allemands y avoient des établissemens iniltpendans de l'autorité locale, des magistrats de leur nation, pour décider les contestations qui s'élevoient entre eux; que ces magistrats se conformoient à la législation de Lubeck , et que leurs décisions pouvoient être attaquées par la voie d'appel devant le sénat de cette ville : ce document donne aussi des détails intéressans sur les privilèges accordés aux Allemands a .
La SuètiB et le Danemarck , dont les limites ont souvent varié, partageoient le commerce de la Baltique avec les villes que je viens de nommer. La presqu'île de Jutiand fut la partie du royaume de Danemarck avec laquelle les villes de la basse Saxe situées sur l'Océan germanique durent entrer le plus naturellement en relations. Les chroniques attestent qu'un grand nombre de commerçans de ces villes et des pays voisins se rendoient a Husum 3 . Le statut de SIeswick de 1145 constate, comme on l'a vu page Ixxxij, les rapports de ce pays avec la Frise; j'ai indiqué, page xxv, ceux qu'il avoit avec la Russie. Le commerce de Copenhague est presque aussi ancien 4 . La Scanie, qui appartient maintenant à la Suède, mais qui dans
« Werdenhogen, De rebuspublici* Hanseatici*, part, m, cap. xxiv. — * Dreyer, De itthumano jure naufraeii , &c, pag. 173, 177 et teqq. Voir aussi le règlement appelé .S'a ma de Nowogorod, ap. Lappenbcrg, Urkunliche Gescnichte &c. , t. II, pag. 16 et suiv. , pag. 900 et suiv. — 3 CnytrKOs , Chron. Saxon, part, i , iib. i , pag. 83. — * Saxo Grammat Historia Danite, Iib. xiv,sect. iv. Pontoppidan , Origine* Hafnieruet, pag. 7 et Î6.
les xn. e et xm. e siècles dépendoit du Danemarck, étoit le point le plus fréquenté par ies navigateurs des villes de la Baltique, et ïe plus important pour le commerce à cause de la pêche du hareng *. Dès le commencement du xm. c siècle, les rois de Danemarck accordèrent à ces villes des sûretés et des encouragemens pour les engager à fréquenter les foires de Scanie et à venir trafiquer dans leurs états
Des documens du même temps , et qui indiquent le même but, constatent les relations des villes de la Baltique dans ies pays alors soumis à la domination suédoise 3 . Wisby, située dans l'île de Gothlande, qui a dépendu successivement du Danemarck et de la Suède , et dont on a peut-être exagéré beaucoup l'opulence 4 , oflVoit aux navigateurs de ces villes un lieu de station dont ils ne pouvoient négliger les avantages 5 .
On peut douter qu'avant le xii. c siècle ils y eussent formé des établissemens considérables. L'assertion de Fischer, que les Français et les Espagnols fréquentoient ce port dans ies x. e et xi. e siècles 6 , est encore moins probable; mais il est constaté par des documens irrécusables qu'au commencement du xn. c les Allemands y étoient assez nombreux pour partager l'administration avec les naturels 7 , et notamment que Lubeck y jouissoit du droit très-remarquable de faire participer d'autres villes aux privilèges qu'elle avoit obtenus 8 . Ces colonies allemandes de Wisby sont évidemment celles que désignent les concessions faites en Angleterre aux navigateurs gothlandais ou teutoniques dont j'ai parlé page Ixxvj.
Ce seroit donner dans l'exagération sans doute que de prétendre que le commerce de Wisby ait égalé celui des villes méridionales de l'Europe, et de dire avec un écrivain du Nord que cette ville étoit pour la Baltique ce que Venise étoit pour la Méditerranée 9 : mais, en s'en tenant à ce qui est constaté, en ne tirant de ces faits aucune conséquence hypothétique ou hyperbolique, on doit reconnoître ce qu'ils ont de vrai; et le grand
1 Consulter Fischer , Geschichte des teulsehen Handeh , t I.", pag. 689 et saiv. — » Privilège* de UOt «autres, ap. Dreyer, De inhumait/» jure naufragii, &c, pag. 44, 58 et 64. On en trouve beaucoup d'autres postérieurs dans Pouvrage de M. Lappenberg, déjà cite.— - s Dreyer, ubisuprà, png. 106 et seqq. — * Olaiïs, Historia gentium septentrionatium , lib. H , cap. xxiv; lib. x.cap. xtv. Krantz , Vandalia, lib. vu, cap. xxvn. — * Arndt, Liejfiand Chron. ad ann. IMt. — 6 Gtschichte des leutseken Handels , t. I.", pag. 9*4. — 7 Voir t. I", pag. 445.— • Traite' entre Lubeck et Sottwcdcl de 1963, ap. Dreyer, ubi suprà , pag. 90 et 113. — » Gadebusch, Licjland Jarbiicker, 1. 1.", pag. 16 et 17.