II. I
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et d'Italie , ils entretenoient néanmoins avec elles des rapports commerciaux assez suivis.
Il en étoit de même des îles Baléares, où, nonobstant des hostilités qui se renouvelèrent fréquemment, les villes maritimes d'Italie et de France s'étoient assuré des relations commerciales par des traités Elles devinrent plus intimes lorsque le roi d'Arragon eut conquis Majorque.
La culture et la fabrication de la soie furent introduites par les Arabes en Espagne. Dès le xn. e siècle, elles étoient assez Hérissantes, puisqu'on voit que les Génois s'étant emparés en 1 148 <lr deux villes maures d'Espagne, y apprirent cet art, qui n'étoit encore que très-récemment importe «lu IV>ioponnèse en Sicile
A mesure que les Espagnols faisoîent des conquêtes sur les Arabes, ils recueilloient les fruits de la civilisation et de l'industrie développées par leurs ennemis , et se lioient de commerce avec les puissances chrétiennes 3 .
La Catalogne, dans laquelle il faut « oui prendre le Roussi lion, soumis alors aux mêmes souverains, est le pays où l'affranchissement di-s chrétiens a été le plus ancien, et l'on a vu, t. I. rr , page Ixxvij, que Barcelone commcnçoit dès le xi. c siècle à jouir de la prospérité que lui assuroit le sage gouvernement de Raymond Bérenger, dont les célèbres usât/ci ofiroient protection à tous les navigateurs étrangers. Les premières relations de ce pays avec Pise commencèrent lors d'une expédition de cette ville contre les îles Baléares en 1 1 12 4 ; elles sont attestées par des traites et un grand nombre de documens du XII* siècle 5 . Le commerce de Barcelone ne (arda pas à s'étendre à la Syrie* 3 , à l'Egypte 7 et aux cotes septentrionales d'Afrique 8 , à l'empire giec 9 et à file de Chypre ,0 .
Le xin. v siècle est l'époque à laquelle on voit le commerce des Catalans prendre ses plus grands développemens, surtout
1 Traite de Pue en 1185, cite par Fanucci, I. II, pag. 114; traites de Gènes de il SI et 1 188, JVomi. Mèm. de V Acad. des inscr. t. III, png. tOG. — ■ Otto Frisiiigcnsis, De rébus geslis Frederiei, \\h. Il, cap. XM. Abu-Zacharia-Jahia, Libro de agricult. tr. de Banqueri , t I.", chap. vu. — a Capinany, Memorias b.c. , t II, pag. 15, 40, 45, 57 et 59. — 4 Capmany, Memorias, t. II, pag. 916, et t. IV, pag. 1. — 1 Documens de 114?, 1150, 1167 «t 1176, ap. Navarette, Memorias de la real acad. de la historia, t. V, pag. 151 et suiv. — . 0 Captnany, t. II, pag. 161 et 17 ». — ' Capinany, t. II, pag. SIC — s Benjamin deTudèle, pag. |3. Ordonnances de Jacques I." de 1397, 1967 et 13G8,ap. Capmany, Memorias &c. , '• il i pag. 11. — 9 Privilèges de 1990 et aon. auiv. , op. Capmany, t. II, pag. 84, 168, 318 et 369. — 10 Privilège de 1991 , ap. Capmany, t. II, pag. 56 et 81.
INTRODUCTION. Ixvij
après ies conquêtes de Jacques L er dans ies royaumes de Valence et de Majorque '.Celles des rois de Castille dans ies provinces de Murcie et d' Andalousie ouvrirent aux navigateurs de Barcelone ies ports de ces pays *. L'acquisition de ia Sicile, que fit le roi d'Arragon en 1282, donna lieu aux Catalans, qui obéissoient à ce prince, d'y obtenir de grands avantages 3 .
Le commerce des Catalans avec quelques parties de la France fut la conséquence du voisinage des deux états : Hs fréquentoient ies foires de Champagne et ils y avoient un consul 4 .
L'industrie manufacturière fit aussi des progrès à Barcelone dans ie même siècle. Un grand nombre de documens publiés par Capmany attestent qu'on y fabriquoit des draps et des étoffes de coton connues sous le nom de futaines 5 . Mais il est peu probable que cette industrie ait été assez considérable pour donner lieu à des exportations 6 . Le commerce de la banque y fut aussi ajssez actif; et dans ce pays, comme dans ies autres parties de l'Europe , H commença par être dans les mains des Italiens, dont les usures attiraient sur eux l'animadversion des souverains 7 .
Les parties méridionales de l'Espagne faisoient avec les chrétiens, pendant la domination des Arabes 8 , un commerce qui prit une plus grande activité après qu'elles eurent été conquises par les rois de Castille. Au xm. e siècle, Cadix et SévHie commercoient à Constantinopie 9 ; ies Génois avoient des établissement et des privilèges à Sévilie 10 ; et l'on a vu, page xivij, qu'Alphonse X en accorda aux Pisans pour prix de leur dévouement à ses intérêts. J'ai indiqué plus haut ies liaisons qui existoient entre la Castilie et la Catalogne. •
Sur ies côtes occidentales de ia péninsule, la délivrance du Portugal 11 , due aux efforts de quelques aventuriers normands, frisons ou flamands et des Pisans , ouvrit les ports de ce
• Privilèges, sp. Capmany, t. II , pag. 60 et 83. — • Privilèges , ap. Capmany, t. II, pag. ft,
14, 15, 40, 45, 47, 48, 57, 59, 00 et 93. — 8 Privilèges, ap. Capmany, t. II , pag. 49, 54,65, 193 et 188.— * Papon , Hist. de Provence, t. n, pr. pag. xlvij.— * Capmany, t. I.", part. Il, pag. 36. — 6 Jd. ibid. t. II, pag. 395. — 7 Ordonnance de 1965, ap. Capmany, t. H, pag. 31. — •Traite' des Génois avec le roi de Murcie en 1167, cite' par Fanucci, t II, pag. 45. — * Pegolotti, ap. Pagnini, pag. 36, 47 et 976. — 10 Traites de 1949 et 19&9, cités par M. de Sacy, Nouv. Mèm. de l'Acad. t. III, pag. 109. Voir aussi M. Navarette, Colleeei» de la* viaçet, pièces justifie, n. 1. — " M. Helmod. Chron. Slav. lib. i, cap. mu. Ara. mon. De Uhxibona Saraeeni» erepla, ap. Hùtoriens de France, t. XIV, pag. 39». Vaaeoocello* , Summa C apila autorum regum Lusitania , pag. 17.
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royaume au commerce des autres pays situés sur la même mer, et aux villes de la Méditerranée qui essayoient leurs excursions dans l'Océan. On ne voit pas que les navigateurs de la Méditerranée fréquentassent à cette époque les ports de la Galice et de la Navarre; mais il est probable que ces ports étoient en relations avec le Portugal et la France occidentale au mu.' siècle. Du reste, on peut considérer comme fabuleux, ou du moins comme hasardé , ce que dit Anderson sur le commerce maritime de Bilbao dès le x. e siècle ». Ce commerce ne paroit pas avoir pris de développemens * avant le xin. c
Commerce L es côtes occidentales de la France étoient le siège <Fun com-
dan« (a France . . . ... v y » i * r
merce maritime qui, sans avoir rien de comparable a celui des côtes méridionales, n'étoit pas sans importance. Si les historiens du temps donnent peu de renseignemens à cet égard , ils attestent suffisamment ce fait, en parlant des expéditions maritimes que les ro^s en trepre noient; car, à une époque où l'état ne possédoit point de marine militaire, il devoit nécessairement recourir à celle des particuliers : les hostilités que les corsaires commettoient pendant les guerres non interrompues qui eurent lieu aux xii. c et xm. e siècles avec l'Angleterre et la France , supposent aussi un nombre considérable de navires à la disposition des particuliers, que ceux-ci dévoient employer au commerce chaque fois que la guerre ne les forçoit pas à les diriger contre l'ennemi.
Le principal objet des exportations de la Guienne,de l'Aunis et de la Saintonge, consistoit dans les vins et les sels; elles avoient lieu pour l'Angleterre, l'Ecosse , la Flandre, et les côtes de la basse Germanie.
H est douteux que les événeraens par suite desquels l'Angleterre exerça une assez longue domination sur la Guienne, aient accru notablement les rapports commerciaux entre les deux pays; il paroît même, par plusieurs documens, que les habitans des provinces conquises n'étoient pas traites en Angleterre plus favorablement que les autres Français 3 . Les expé-
1 Macpherson, qui reproduit l'opinion de cet écrivain, ad. a un. 993, avoue qu'il n'en a trouve aucune preuve. — * Diccionaria kist. geogr. de la acad. Etpanola, t. I.", pag. 179. M Navarette, Colleccio de la» viaget, introu, pag. It et e'clairc. n. 9. — s Privil. de 1*54, manuscrit de la bibliothèque royale , copié à la tour de Londres. Matthieu Paris , ad. ann. 1 a i I. Macpherson, ad ann. 1308.
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dirions qui se faisoient dans les ports de France étoient considérables, principalement à la Rochelie, où la franchise attiroit une grande quantité d'étrangers Les Flamands mettoient une telle importance à ce commerce, qu'en 1262, leur souverain ayant établi des taxes onéreuses aux commerçans de ia Rochelle et de Saint-Jean d'Angely , ces villes en obtinrent la révocation sur la seule menace d'interdire la sortie de leurs vins *. L'île d'Oléron, dont le nom est devenu célèbre par la compilation qui porte son nom , se livroit aussi à un commerce maritime qu'attestent plusieurs dispositions de sa véritable coutume 3 . Cette île est nommée dans une loi d'Henri II, roi d'Angleterre, rendue en 1174, relativement aux navires naufragés 4 .
Le commerce maritime de la Bretagne avoit la même direction que celui de l'Aquitaine 5 ; mais la Loire lui offroit de plus un important moyen de communication, soit pour extraire de l'intérieur les produits de l'agriculture et de l'industrie destinés à l'exportation, soit pour y introduire ceux qui venoient des pays étrangers. Les rois carlovingiens avoient donné leurs soins pour que ce fleuve fût rendu navigable 6 ; dans la suite, les souverains s'occupèrent constamment d'assurer la sécurité des marchands qui le fréquentoient 7 .
Les provinces que je viens de nommer avoient aussi des relations avec les côtes de l'Espagne et du Portugal; les documens du commencement du xiv. c siècle, qui attestent que les commerçans de ces deux pays étoient admis et favorisés en France, se réfèrent à un état de choses antérieur, et ne permettent pas de douter que, de leur côté, les commerçans français ne fréquentassent les ports de Castille et de Portugal 8 .
Les croisades, en donnant aux navires français une direction vers la Méditerranée , durent fournir aux commerçans des occasions d'y établir quelques relations, puisqu'il est prouvé que ceux cTArragon et de Mayorque venoient dans les ports occidentaux de la France 9 . On assure même que des navigateurs de Bayonne, de la Rochelle et de la Bretagne, avoient abordé
1 Ordonnance Je 1937, Recueil du Louvre, t. XI , pag. 39C. Prgolotti, ap. Pagnini, t. 111, pag. 974. — * Arccre, Hist. de la Rochelle, t. I.", pag. 199. — 3 Voir ce que j'ai dit »ur cette coutume, t. L**, pag. 30ô. — * Rymer, t. I. rr , part. I, pag. 19. — 4 Vita S. Colomb ap. Mabill. Acta S. S. ord. S. Ben. sec. ii , pag. 94. — 6 Capitul. lib. iv, cap. x. — 7 D. Morice, Hist. de Bretagne, t. I.", pag. 159. — • Voir les ordonnance* citées, t. I.", pag. 3!)?. — 9 Ces ordonnances nomment les Arragunais et les Maillot quius.
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dès le xm. e siècle sur les côtes occidentales de l'Afrique , et que, pénétrant dans l'intérieur par les rivières du Sénégal et de Gambie, iïs s'y proctiroient de l'ivoire, des gommes, des piumes d'autruche, de la poudre d'or, en échange de quelques produits manufacturés
Les côtes de la Normandie et de la Picardie n'étoient pas moins favorables pour le commerce maritime. Un document curieux, daté de 1340, contenant ia répartition des deux cents navires français qui formèrent la flotte du ^roi Philippe de Valois au célèbre et malheureux combat de l'Écluse, dénomme les ports qui ont fourni ces navires. Ces ports sont Chereboust [Cherbourg], Barefleu [Harfleur], ia ïlogue [la Hougue] , Labée de Vire [baie de Vire], Caen, Pont-Audemer, Touque , Fiquefleu, Honnefleu [Honfleur], Caudebec, Leure, le Quef de Caux [peut-être le Havre], Fécamp, Estrulat [Etretat], Dieppe, Crotoy, Saint- Valéry, Abbeville, Wauben [Waben], Estappes [Etaples], Boulogne, Calais ».
Les habitans de ces ports se livroient à la pèche du hareng, dont ils faisoient des expéditions considérables pour la consommation de Paris et de l'intérieur du royaume. Plusieurs documens du xn. c siècle attestent qu'ils employoient, pour la conservation de ce poisson, les procédés de la salaison que quelques auteurs ont cru n'avoir été trouvés en Hollande qu'à une époque plus récente 3 .
L'heureuse situation de Rouen , qui la rendoit le centre du commerce de la Normandie, lui permet toit de recevoir de l'Angleterre, de la Flandre et du nord de l'Europe, des marchandises qui, remontant la Seine, arrivoient à Paris et se répandoient dans l'intérieur. Cétoit aussi de Rouen que partoit une grande partie des expéditions pour les pays étrangers. Philippe- Auguste avoit même accordé, en 1207, à cette ville et à celle de Cherbourg, le privilège exclusif d'aller faire le commerce en Irlande *. Un grand nombre de documens attestent que le port d'Harfleur étoit celui où abordoient les commerçans
1 PreVAt, W*t. génér. des voyage», in-4.°, t. II, pag. 4f4. — » Compte de Prancoi» d« Lospital, à cause de la grande arme'e de'ronfite devant rEchise, le 94 juin 1340, ap. Traullé, Abrégé des annales du commerce de mer d' Abbeville, pag. 31 et saiv. — * Charte de 1 170, eitc'e dan* le Magasin encyclopédique , t. XIV ( 1797, t. II) , pag. 454. Ordonnances de 1 17» et de 1187, Recueil du Louvre, t. XI, pag. fil, et t. XII. pag. «87. - * Id. ibid. t. II, Pag H.V
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étrangers, et principalement les Portugais, les Castillans et les Arragonais >.
Le commerce tPAbbeville , comme celui de Boulogne, qui remplaçoit l'ancien port de Quentovic, détruit par les Normands sous le règne de Charles le Chauve , n'avoit jamais entièrement cessé pendant les malheureux temps de lu féodalité. Le port d'Abbeville est nommé dans une charte de 1 loo a j il fut, en 1160, l'objet de contestations entre le seigneur de Saint-Valéry et le comte de Ponthieu 3 . En 1199, Philippe- Auguste accorda aux habitans de cette ville des privilèges favorables à leur navigation *. Dès le x. c siècle, on voit le seigneur de Boulogne protéger, par tous les moyens qui étoieut en son pouvoir, le commerce de ses sujets 5 . Dans les temps les plus reculés, les habitans de cette ville, ceux de Calais, de Dieppe surtout, se.Iivroient à la pèche et à des expéditions maritimes lointaines 0 . Ces derniers avoient, dit-on, essayé de pénétrer jusque dans l'Afrique, et, quoique les renseignemens qui nous restent sur leurs établissemens dans cette partie du monde se rattachent au xiv. c siècle 7 , il est probable que dès le xui. e ils avoient porté leur navigation de ce côté.
Le commerce de ces villes et du reste des côtes septentrionales de la France étoit principalement dirigé vers l'Angleterre, la Flandre et le nord de l'Europe 8 . Leurs relations avec les villes de la Baltique étoient si habituelles, que l'usage de la monnoie de France y étoit adopté 9 , et si importantes, qu'en 1295 Edouard I. cr , dans un moment de haine contre la France, exigeoit des armateurs de Lubeck que, pour éviter le séquestre dont il les menaçoit, ils donnassent caution de ne point faire de commerce dans ce royaume 10 . On assure que, dès les années 1223 et 1226, des privilèges avoient été accordés à quelquesunes des villes voisines de la Baltique pour s'établir en France «
1 Recueil du Louvre . t. II , pag. 135 et 158. Descripl. hist. et giogr. de la Haute-Normandie, t. I ", pag. 187. — * Gallia Christiana, t. X, col. 1IC8. — 3 Transactions de 1150 et 1 SI 9, citées par Traulle , Abrégé des annalrs du commerce d'Abbeville , pag. 7. — * Charte citée par Traulle, ubi sup. — 5 VilaS. Berthulphi , cap. xxt et xxlt, ap. Bulland. febr. t. I.", pag. 914. — 6 Charte» de 1030 et 1*53, «Uns la Descripl. hist. et géogr. de la Haute-Normandie, t. I.", pag. 194, et t. II, pag. 355. Charte de 1 163, dans VHist. gén. de Calais et du Calaisù, t. I.", pag. 674. — 7 Manes&on Mallet, Relation universelle de l'Afrique, t. II, pag. 493. Mameville, Hi.-t. de Normandie, t. II, pag. 393. — ' Daire, Hist. d'Amiens , pag. JOS. — » Voir 1. 1.", pag. 465, note 4.— »° Rymer, 1. 1.", part, u.pag. 147.— "Drejer, De inkumano jure naufragii, Aie. pag. 1 9.
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Nos recueils imprimés ne contiennent rien qui justifie cette allégation mais deux documens de 1293, 1294 et 1297, constatent que des commerçons de Lubeck et d'autres villes allemandes fréquentoient les foires de Champagne 9 .
En présentant quelques notions sur ie commerce maritime du midi de la France, je n'ai pas dû en séparer ce qui avoit rapport à l'industrie locale de ces provinces. Je dois de même, en terminant l'exposé du commerce maritime sur les côtes occidentales et septentrionales , recueillir ce qui peut concerner l'intérieur.
Pendant ie xii. e siècle et les précédens, les productions de l'agriculture avoient été les seuls objets d'échange avec les étrangers ; l'état d'oppression dans lequel ie peuple gémissoit presque partout, s'opposoit aux développemens de l'industrie. Mais une grande révolution se préparait et ne tarda pas à s'Accomplir.
Les rois de la troisième race réalisèrent dans leurs, domaines, et bientôt étendirent à tseux de leurs vassaux, l'abolition de la servitude personnelle. Les communes se formèrent. Les hommes qui s'y réunissoient, attirés par les avantages que leur offrait cette institution et garantis par la protection royale, tranquilles et libres d'améliorer leur sort en se livrant à des professions utiles, déployèrent une industrie qui ouvrit de nouvelles sources de richesses pour l'état, et fournit de nouveaux moyens d'échange pour le commerce extérieur 3 .
S. Louis , dont il est impossible de prononcer le nom sans rappeler tout ce que la vie privée offre de plus parfait, et tout ce que la royauté peut avoir de plus digne de l'amour et de la reconnoissance des peuples, donna une grande impulsion au commerce par la sagesse de ses réglemens sur diverses branches d'industrie, moins connus et moins appréciés aujourd'hui que ses Etablissemens , qui contiennent aussi plusieurs dispositions sur les négociations commerciales. Ce grand prince proclama le premier le principe de la liberté des exportations , trop méconnu quelquefois par les rois qui f avoient précédé et par ceux qui lui succédèrent 4 .
La fabrication des toiles fut importée de Flandre à Lavai 5 , et s'étendit promptement dans la Bretagne. Les villes de Rouen ,
1 Sartorius, Gesch. de» Hameat. ButuUs, t. 1.", pag. 444. — * Voir la note 7 de la page Ixxrv. — ■ Voir YHiit. litt. de France, t. IX, pag. »S3 et saiv., et t. XVI, pag. 880 et suhr. — Ordonnance de 19*4, Recueil du Louvre, t. XI, pag. 330 — » Hi$t. de Lille, pag. 31 1.
INTRODUCTION. Ixxiij
de Louviers , de Saint-Lô , de Caen , se livrèrent à celle des étoffes de laine >.
Les manufactures d'Amiens, dont l'existence étoit très-ancienne, mais que f oppression féodale avoit presque anéanties, reprirent une activité nouvelle et parvinrent à imiter les étoffes de Syrie*. Beauvais 3 et Arras 4 n'étoient pas moins renommées par ia fabrique des draps et surtout des tapisseries, dont on vantoit la beauté des dessins , ia solidité et l'éclat des couleurs. Quelques villes de l'intérieur, et notamment Saumur, possédoient aussi cette industrie dès le xii. e siècle 8 .
Les documens de cette époque citent, indépendamment des villes que je viens de nommer, Châlons- sur-Marne, Troycs, Lagny, Provins, Nogent-sur-Seine, Paris, Saint-Denis, Etampes, Montivilliers, Montreuil, Bourges, Cambrai, Reims 6 , comme lieux où l'on fabriquoit des étoffes do laine, dont Marseille faisoit des expéditions considérables pour le Levant 7 .
Plus les produits de l'agriculture et de l'industrie s'accroissoient, plus ils offroient de superflu par le moyen duquel les marchandises étrangères prenoient place dans la consommation. Des ports de Provence et de Languedoc, ces marchandises, et les épiceries surtout, dont la consommation étoit considérable et le commerce soumis à une police spéciale 8 , arrivoient par des voies terrestres, dont un grand nombre de documens atteste l'existence sans en faire connoître la direction précise ; le Rhône les amenoità Lyon, qui étoit depuis long-temps un lieu d'entrepôt considérable, avant que ses manufactures de soieries l'eussent mise au premier rang des villes industrieuses. Des communications habituelles, de l'est de la France avec l'Allemagne, que j'ai déjà indiquées, t. I. cr , page Ixxiv, et dont j'aurai occasion de parler plus explicitement dans la suite, servoient à atteindre le même résultat. Ce que l'Angleterre fournissoit étoit introduit dans les provinces méridionales par la Garonne, et remontoit jusqu'à Toulouse, qui se livroit à des fabrications de draps 9 .
1 Massevillc , Hist. sommaire de Normandie , t. II , pag. 1 98 et sniv. — * Du Cange , Notes sur JoinviUe, pag. 38. Daire , Hist. de la ville d'Amiens, t. I. er , pag. 531. — a Caria comm. Bellovac. ann. 1144, ap. Louvet, Hist. de Beauvais , pag. 317. Mèm. pour servir à Vhistoire de la province d'Artois, pag. «7. — * Murât. Antiquit. Ital. medii avi, t. II, col. 404. — • Martene, Ampliss. Collect. L V, col. 1130. — 6 Mcycr, Annales Flandrici, pag. 995. Pegolotti, ap. Pagoini, t. III, pag. 989 et suiv. D. Marlot, Hist. Remensis, t. U, pag. C84. — 7 Stat. Massil. ined. ann. 1 998 , S De leusdis pannorum. — • Ordonnance de 1 3 1 9, Recueil du Louvre, t.I.", pag. 511. — » Pegolotti, ap. Pagnini, Délia décima, t. III, pag. 990.