III. b
X INTRODUCTION
laquelle tes magistrats main tenoient l'ordre intérieur et la fidélité des engagement, les utiles débouchés que rétablissement offroit aux gens du pays, servirent les Génois au delà de toute espérance. Sous prétexte de donner plus d'extension à un commerce dont les Tartares reconnoissoient les avantages, ils obtinrent 1 agrandissement de leurs premiers emplacemens, la faculté de construire des habitations, des églises et une résidence convenable pour les magistrats; d'entourer leur quartier d'un fossé, qui devint bientôt un rempart. C'est ainsi que s'accrut, dans le silence, Caffa, dont bientôt les chefs, nommés par la république 1 , soutenus par son or et ses forces maritimes, firent une ville considérable, et traitèrent d'égal à égal avec les souverains locaux.
Ce bel établissement, si prospère dès la fin du xin. r siècle qu'il fut en état d'expédier en 1289 une escadre pour venir au secours de Tripoli de Syrie, menacée par le Soudan d'Egypte 8 , avoit assez d'importance pour que les Vénitiens employassent tous leurs efTorts afin de le détruire 3 .
Gènes répara promptementquelques désastres momentanés, fit la loi à sa rivale; et la colonie prit un tel accroissement au corn» mencement du xiv/ siècle , que la république institua .une magistrature spéciale, appelée office de Gazaric, dont les réglemens, rédigés le 26 novembre 1313, sont encore manuscrits aux archives de la banque de Saint- Georges. La bulle de 1318, qui en nomme févéque, appelle CalFa une cité riche, puissante et très-peuplée.
Ce comptoir fut sur le point d'être anéanti par l'efiet de l'événement dont j'ai parlé, page viij, qui produisit une alliance momentanée des Génois et des Vénitiens. Le chef des Tartares, reconnoissant trop tard la faute qu'il avoit faite de laisser fortifier Cafta au point de la rendre inexpugnable, proposa une paix qui ne fut qu'un piège dans lequel tombèrent et périrent malheureusement un grand nombre d'habitans de cette ville.
Soutenus et animés par la vengeance, leurs concitoyens usèrent de représailles, et conquirent une paix véritable, avec des garanties dans lesquelles la république trouva plus d'avantages qu'elle n'en avoit eu jusqu'alors.
1 Jtisdniani , Annales gmutiue* , lih. v, pag. 179. — * Jualininni, page 109. — 3 C»ll«ro, Annale* gen. ad «nn. H89- .Marin , t. V, page i M
INTRODUCTION. xj
On voit, par les traités de 1365, 1380, 1387, 1398 et 1425, entre les administrateurs de Caffa et les khans des Tartares ' , qu'à cette époque les Génois étoient reconnus maîtres d'un vaste littoral qui, de Soldaïa, sur la pointe occidentale de la presqu'île de Crimée, s'étendoit jusqu'à l'embouchure du Don, et comprenoit Cimbalo ( anc. Porttis Symbolorum ) , Cerea , Temano • , un territoire appelé Gothie, dans lequel effectivement Rubruquis avoit, au siècle précédent, trouvé des restes des aneiens Goths, et où il en existoit encore au temps du voyage de Barbaro , c'est-à-dire , à la lin du xv.* siècle 3 .
La puissance de Gênes de ce coté fut telle qu'elle la rendit maîtresse du commerce de la mer Noire, dont elle parvint, après des luttes sanglantes, à exclure presque entièrement les V énitiens. Son commerce étoit immense; il fournissoit à l'Europe une grande partie des marchandises que la haute Asie et l'Asie septentrionale, la Chine, les pays situés entre cet empire et la mer Caspienne, l'Inde et la Perse produisoient.
Les traités des Tartares avec les Vénitiens et les Génois, que j'ai cités plus haut , fournissent quelques indications sur les objets et la nature du commerce des Européens dans ces contrées. On voit qu'il consistoit en or, argent, pierres précieuses, cuirs, poissons , sel , cire, grains, &c.j mais, comme ces énonciations ne sont relatives qu'aux marchandises que fournissoit le pays ou à celles qu'apportoient les Européens, on ne sauroit être surpris de n'y pas voir nommées les marchandises de la Chine et de l'Inde, qui arrivoient par le moyen que nous nommons transit, pour lequel les khans tartares se l'ai soient payer un droit particulier, connu sous le nom de Tamtango.
Mais il paroît que le commerce des Vénitiens dans ces parages éprouva, au commencement du xv. e siècle, une modification importante relativement à l'exportation de la soie, et des marchandises de l'Inde et de la Chine, dont jusque-là une partie assez considérable leur venoit parla mer Noire. Contarini laisse entendre qu'ils cessèrent d'aller s'en approvisionner à Tana 4 .
Le pillage de ce comptoir par les troupes de Tamerlan i , les embarras que dut causer la destruction d'Astrackan par ce conquérant, pouvoient sans doute produire une interruption
1 Notices de* manuscr. t. XI, pag. 53 et suiv.— * Pçgolotti, pag. 7, 37. 39 — 3 Ap. Ranmsu> , t. II , pige 97. — * Ap. Ramusio , t. II , fol. I » I. — 5 Marin , t. VII , page 1 1 3.
xij INTRODUCTION.
momentanée rfe commerce ; mais une autre cause dut aussi décider les Vénitiens à abandonner cette voie. Dans l'état d'hostiiités entre eux et les Génois, hostilités qui rendoient leur commerce dans ia mer Noire extrêmement difficile et précaire, ii fut assez naturel qu'ils préférassent les voies à travers l'Arménie , ia Syrie et l'Egypte , qui leur offroient plus de sécurité.
Bientôt la prise de Constantinople et ia destruction de Caffa par les Turcs ' mirent les deux républiques rivales sur le même pied; le commerce des marchandises asiatiques par la mer Noire leur fut interdit; elles obtinrent seulement la faculté d'y naviguer pour s'approvisionner des productions locales.
Mais cette dernière branche de commerce, attestée par Contarini et Barbaro, acquit, par l'effet de nouvelles circonstances, un développement qu'elle n'avoit pas eu jusqu'alors.
Le territoire qui s'étend depuis le Dnieper (anc. Borysthène) jusqu'aux monts Ourals, et depuis Moscou jusqu'à la mer Caspienne, après avoir formé plusieurs khanats, dont les souverains figurent dans les traités cités plus haut, fut peu à peu conquis par les ducs de Moscovie, longtemps sans force et opprimés par les Tartares. Les souverains russes facilitèrent les communications de leurs sujets avec les Européens, et le commerce local dans ces contrées acquit une importance toujours croissante, ainsi qu'on le verra lorsque je parlerai de la Russie. Comme cet empire ne commence réellement à compter parmi les états civilisés que depuis la fin du xv. e siècle, j'ai cru qu'un tableau spécial du commerce dont il fut, de tout temps, le théâtre, présenter*) i i plus d'utilité que si j'en avois disséminé les détails dans le cours de mon exposé.
Commerce Le point principal où les commerçans et les voyageurs eurou Bonckharie. pcens se rendoient en suivant les routes septentrionales que j'ai décrites étoit la Bouckharie. Ce pays forraoit, comme dans les temps les plus anciens, une sorte de transition entre les peuples civilisés et les peuples nomades, entre le nord et. le midi de l'Asie.
Malgré les révolutions auxquelles l'exposoit sans cesse son voisinage de la Tartarie, d'où sortoient les hordes qui se jetoient
1 De Guignes, Histoire des Huns, t. IV, page 375, place cet événement en 1443; et Barbaro, fol. 90 f, vers 1475, ce qui me paroît plus exact.
INTRODUCTION. xiij
fréquemment sur le reste de l'Asie et venoient y fonder de nouveaux empires , elle étoit le théâtre du commerce le plus actif. Samarkand , sa capitale et le centre de ce commerce , voyoit arriver dans ses murs des négocians et des marchandises de toutes les contrées de l'Asie , surtout les caravanes de la Chine , de Flnde septentrionale, et celles qui venoient de l'Occident pour répandre ces marchandises dans l'Asie méridionale ou les conduire aux ports fréquentés par les Européens. Elle acquit même au commencement du xv. e siècle un immense accroissement *. Le fameux Tamerlan, dont elle étoit la ville natale, après avoir ravagé Damas et Bagdad, y transporta plus de cent cinquante mille hommes, livrés à l'exercice de diverses industries, tels que des ouvriers en soie et des armuriers *.
Quelque utile que fût la route dont je viens de parler, les Européens ne négligèrent pas celle qui traversoit les pays situés entre la mer Noire et la mer Caspienne , appelée souvent mer de Backu, qui leur procuroit une égale facilité pour arriver aux marchés de la Bouckharie. Si l'on en croit Marc-Paul, les Génois étoient les premiers , à l'époque où il a voyagé , qui eussent entrepris cette navigation 3 .
Les ports de l'empire de Trébisonde offroient la principale Trrb.»un«ie. entrée de cette route, que j'ai décrite, tome II , page xvij. Ce petit état, dont Mahomet II fit la conquête définitive en 1468 4 , subsista pendant presque toute la durée des xiv. e et xv.' siècles, malgré l'anarchie causée par l'usurpation des vassaux d'un empereur trop foible pour être respecté, vassaux qui, sans cesse en guerre entre eux, commettoient une multitude de vexations contre les voyageurs et les commerçans malgré les attaques des Turcs, qui en démembroicnt successivement les provinces, et celles des Tartares, qui contraignoient le souverain à leur fournir des contingens comme s'il eût été leur vassal.
Venise et Gênes, trop éclairées sur leurs intérêts pour ne pas apprécier l'importance d'un pays traversé non-seulement par la route qui conduisoit à la mer Caspienne, mais encore par celle qui conduisoit dans l'Asie méridionale , et principale-
1 Clavijo , Hiitoria del gran Tanerlan , Madrid , 1 78 1 , pag. 184, 1 85 et 191. — 1 Clavijo , pag. 190. — 3 M. Polo, lib. i, cap. t. — 4 Art de vérifier les dates, t. L", page 457. — * Fallrnerayer, 9kf<*>i4« *ci W«mmt v»n tcprju», lib. î, cap. i. Clavijo, pag. 83.
\iv INTRODl CTION.
ment à Tauris, où Trébisonde faisoit un grand commerce 1 , y avoient depuis longtemps obtenu des concessions *.
Les malheurs qui ne cessoient d'affliger l'état fournissoient à ces républiques des occasions d'accroître leurs privilèges, qu'elles saisissaient avec une merveilleuse facilité. L'argent, dont elles étoient prodigues lorsqu'elles le croy oient nécessaire, les secours de leur marine, étoient sans cesse offerts et toujours payés par de nouveaux avantages.
Les Génois, plus puissans qu'aucun autre peuple dans la mer Noire, furent probablement les premiers qui, dès le commencement du xjv. c siècle, obtinrent des privilèges dans cet empire; au moins le doge de cette république le prétendoit lors de ses contestations avec Venise 3 , et faisoit valoir un diplôme de l'empereur Alexis 4 . En l'année 1 306 ils exigèrent un entier affranchissement de toutes espèces de droits. Le sucés ne répondant pas à cette tentative, ils cédèrent b . Les Vénitiens obtinrent aussi des avantages par un traité de 1319 e .
Ces républiques furent quelquefois victimes des troubles intérieurs auxquels leur politique astucieuse leur faisoit prendre part. Dans une révolte de 1345 les établisseraens des Vénitiens et des Génois furent livrés aux flammes par le peuple. Les premiers, dégoûtés, s'éloignèrent pour un temps, et n'obtinrent le renouvellement de leurs privilèges qu'en 1364 7 . Gènes, plus en état d'appuyer ses réclamations par la force des armes, ravagea les côtes, réduisit en cendres Cérasonte, la seconde ville de l'empire, et obtint une plus prompte satisfaction. Les avantages dont elle jouissoit furent accrus par une circonstance qu« les historiens génois ont célébrée. Un de leurs concitoyens, nommé Lascaro-Megollo, insulté par un favori de l'empereur de Trébisonde, exerça des vengeances par suite desquelles il stipula pour la république, en 1381, un traité plus favorable que les précédens Les .Vénitiens à leur tour obtinrent les mêmes concessions en 1391 9 . Clavijo, dans le récit de son ambassade
1 Pegolotti, page 11. — î Pachvmère, Vita Andmnici , lib. v. cop. xxix. Niconh. Gregoras, lib. xui, cap. il. Cantacuzènê, t. III , pag. 8 I 8, 813. Calcondvlas, imge j9. — S iMarin, t. VI, page 86. — * Semini, dnn* son iv.« mémoire manuscrit , le date de 1304. — »Paclivmère, lib. v, cap. XXIX. — 6 M. Depping. Histoire du commerce entre le Levant et l'Europe, t. Il, page 89, date ce traite' de 1303< et cite celui de 1319 comme un renouvellement; voir Fallmeraver, liv. m, chap. Ut. — 7 Codices manuscr. bibl. Tour. 1. 1." , page 888. — * Fol etta, Historia di Genua, lib vin, ad fin. — » Marin, t. VI, pag. >?« et suiv.
auprès de Tamerian, atteste que chacune de ces républiques possédoit un fort à Trébisonde
Au moyen de la navigation , dont s'étoient emparés les Européens, qui y étoient très-favorisés , toutes les marchandises de l' Europe et celles des pays limitrophes de la mer Noire y arrivoient en profusion, et servoient de moyens d'échange pour se procurer ies productions naturelles ou industrielles de l'Asie, dont Trébisonde étoit un grand marché 9 , et pour en exporter de l'alun , qui s'y trouvoit en abondance et d'une excellente qualité *. Ces relations commerciales avoient donné lieu, dès le xi. c siècle, à l'établissement de foires annuelles, où se rendoient un grand nombre de musulmans, de Grecs, d'Arméniens, et de commerçons de toutes les parties du monde 4 .
La ville de Trébisonde avoit même quelques manufactures ». Cérasonte, où les Génois possédoient une factorerie, et les autres ports, tels que Sinope, Si va s, Tocal , Amasie , Sameron, étoient assez fréquentés par les Européens , qui se fournissoient, principalement à Sinope, du beau poil de chèvres d'Angora, employé à la fabrication des étoffes dites camelots.
Dans le voisinage de l'empire de Trébisonde èt de la petite Tu^u» Arménie, dont il sera bien tut question, des hordes turques, venues de l'orient de la mer Caspienne , avoient, dès le x. r siècle , conquis sur les Grecs plusieurs parties de l'Asie mineure, notamment la Natolie; elles ne cessoient d'enlever de nouvelles provinces à l'empire grec , et d'inquiéter Trébisonde et l'Arménie.
Au xii. 1 siècle, l'état d'Iconium, formé par la réunion de ees hordes diverses, étoit devenu puissant, et le sultan qui le gouvernoit fut souvent redoutable aux croisés.
La destruction de cet état, à la fin du XIII** siècle, par les Tartares, donna lieu à la formation de quelques principautés turques, peu disposées à entretenir des relations commerciales, sans cesse en guerre entre elles, unies seulement pour piller les navigateurs, et qui convertirent en retraites de pirates les ports dont ils s'emparoient.
1 Clavijo , pag. 84. — • Pegolotti , pag. 5 , 1 3 et suiv. — * Formaltom , Storio pohttca
étl commercio del mar Niçro ,111, cap. xxm. — * Masoudi , Notice* des manuscrit* , t. !.» r , page 16. Pegolotti, pag. Il, 13 et 1 4. — 5 Eugenio , cite' par FaHnuraver , liv m, cliap. n.
xvj
Les Européens bravoient néanmoins ces dangers. Tarse , où subsistaient encore quelques restes des anciennes manufactures; Satalie , A ja-jani , près de l'ancien ne Ephèse , Smyrne, Candeloro (anc. Lydie), étoient les lieux principaux où ils échangeoient les marchandises européennes et des épiceries achetées en Egypte, contre des productions locales.
Ce commerce acquit plus de sécurité, et, par une suite naturelle, plus d'extension , après.< qu'Osm an eut réuni sous son autorité ces petites principautés dont il forma la puissance formidable qui au xv.' siècle acheva la ruine, depuis longtemps imminente, de l'empire grec.
Bursa devint la capitale des états turcs 1 ; il s'y faisoit un grand commerce , au moyen des caravanes d'Alep et de Damas 8 . Presque tout le littoral de l'empire de Trébisonde, depuis Sinope jusqu'au Thermodon, Nicée, Nicomédie , Angora , un des plus grands entrepots du commerce asiatique, où aboutissoient les routes de la Syrie et de l'Arménie; Andrinople, célèbre chez les Orientaux par ses fabriques d'essence de rose et de savons, tombèrent au pouvoir des Turcs ; et les Européens furent obligés de s'assurer par des traités la faculté d'y faire le commerce. Au xiv. e siècle et dans le xv. e , les négocians de Lucques et de Venise venoient dans la Natolie acheter les soies nécessaires à leurs manufactures 5 . On ne peut douter aussi que les Français n'y aient entretenu des relations assez actives, puisque Tamerlan , après sa victoire sur Bajazet, écrivit en 1403 au roi Charles VI pour assurer les sujets de ce dernier de sa protection 4 . On y portoit en échange la plupart des objets recueillis ou fabriqués en Europe, et on en exportait, outre les productions du pays, telles que la noix de galle, la laine, la soie, le poil de chèvre, de belles étoffes et des tapis magnifiques fabriqués dans la Turcomanie et la Caramanie, surtout à Iconium, àTapsaria, Sébaste 5 . La Broquière trouva à Bursa des Génois qui y achetaient des épiceries apportées par la caravane de Damas, pour aller les revendre dans leur établissement de Péra, auprès de Constantinopie. Les commerçons de ce comptoir et ceux de Caffa avoient même, à la fin du xiv.° siècle, établi des relations
1 Ebn Batouta, cliap. X. — * La Broquière, Mémoires de fins ti tut , Science» morales , t. V, pag. 549 et suiv. — * Pegolotti, pag. 40 et 41. — * M. de Sarv, Aoirc. M cm. de l'Acad. des inscript, t. VI, pag. 470 et suiv.— .* Pegolotti, pag. 16, 17, 40 ctsuiv.
Artnrnir.
INTRODUCTION. xvij
si intimes avec les Turcs, que dans une convention de 1382 entre elle et l'empire grec, la république stipuloit qu'elle ne seroit pas obligée de les considérer comme ennemis , quelles que fussent leurs hostilités contre cet empire *. Dans le fait, il existe un traité de commerce de Gênes avec le sultan Amuratde 1387 8 , qui en suppose de plus anciens. La Broquière trouva à Bursa beaucoup d'autres Européens, dont un de Florence 3 . On voit aussi dans les historiens bysantins que les Turcs faisoient le commerce directement à Constantinople, et qu'ils avoient obtenu la faculté d'y établir un cadi et une mosquée 4 .
Au midi de l'empire de Trébisonde , et dans le voisinage des p«u^ provinces que les Turcs occupoient, existoit l'état connu sous le nom de petite Arménie, favorablement situé pour les spéculations du commerce et pour les communications des Européens avec la Perse. L'existence de ce royaume chrétien , sans cesse exposé aux attaques des barbares qui continuoient de s'avancer vers Constantinople, et menacé du coté de la Syrie par le soudan d'Egypte, est presque un phénomène. Le roi d'Arménie n'avoit sauvé son existence qu'en reconnoissant la suzeraineté des Tartares. Pendant les deux siècles dont je m'occupe, et surtout pendant le xiv. e , les Européens continuèrent d'y entretenir leurs anciennes relations et de s'y procurer de nouveaux avantages. L'Arménie étoit pour eux un passage qui, par le port d'Ajazzo, les conduisoit à Trébisonde et à la route de la mer Caspienne et du Caucase; elle étoit en outre traversée par la route méridionale, qui, se dirigeant sur la Bouckharie, s'embranchoit avec celles du golfe Persique.
Les Vénitiens firent avec les rois d'Arménie, en 1307, 1321, 1333 et 1 335 5 , des traités par lesquels on voit qu'ils ne se bornoient pas à apporter leurs marchandises dans ce royaume pour y faire des échanges ou pour les diriger vers des points plus éloignés : un grand nombre s'y étoient établis pour cultiver la vigne et y débiter les fruits de cette culture ; d'autres se livraient à la fabrication des camelots, et surtout au commerce
1 Sauli, Délia eolonia di Gala ta , t. II, page 960. — * Notice» des manuscr. t. XI, page 57. — 1 La Broquière, page 55». — 4 Duc as, lib. xv, pag. 30. — 8 Marin, t. IV, page 157, cite celui de 1333. Je dois la connousance de ceux dont je n'indique pas le* sources imprimées, à M. de Hamraer, qui les a vérifiés aux archives de Vienne.