‹ Tableau du commerce antérieurement à la découverte de l'Amérique, servant d'introduction à la collection de lois maritimesChapitre 15 sur 29 · III. c · texte numérisé non relu

III. c

xviij INTRODUCTION.

des métaux et des monnoies, qui étoit extrêmement lucratif. Les Génois avoient obtenu des privilèges commerciaux dans le même royaume en 1288 ». Je n'en ai point trouvé de semblables appartenant aux xiv. c et xv.* siècles; mais, puisque leur commerce dans ce pays est attesté par tous les historiens, on doit croire que, satisfaits des concessions de 1288, ils n'en sollicitèrent pas de nouvelles.

Ces deux peuples étoient les plus favorisés en Arménie. Les droits imposés sur leurs marchandises n'étoient que de deux pour cent; ceux que payoient les autres étoient du double 8 .

Les Catalans ne faisoient pas un commerce moins actif ni moins important dans l'Arménie. Le roi d'Aragon avoit, en 1 293, fait solliciter par son ambassadeur une réduction des droits auxquels ses sujets étoient soumis , un comptoir, et la faculté pour eux de réexporter en franchise les marchandises non vendues 3 . Rien ne fait connohre quelles furent les suites de cette négociation , qui se rattachoit à celles du même souverain avec les iMongols; mais un monument de législation ou d'usages maritimes, connu sous le nom de Consulat de la mer, qui a trèsprobablement été rédigé en Catalogne et qui appartient au xiv.' siècle, parle souvent des voyages en Arménie.

On ne peut douter, d'après les tarifs conservés par Pegolotti, que les Français n'eussent aussi des relations dans ce royaume. L'importance de leur commerce parut assez grande à Philippe de Valois pour qu'il préparât en 1335 une croisade en faveur de l'Arménie 4 : le projet n'eut pas de suite. Vers l'année 1375, cet état fut conquis par les mahométans, avec lesquels les Européens furent obligés de traiter pour obtenir d'y continuer leurs relations.

C 'étoit le voisinage de l'île de Chypre qui rendoit aux Euroi A»ir min™™, péens les rapports avec l'Arménie si importans. Cette île , toujours possédée par des princes chrétiens, décorés du vain titre de rois de Jérusalem, et touchant de près les côtes de l'Egypte, de la Syrie et de l'Arménie, étoit, par la beauté de son climat et ses ports nombreux, un point de relâche pour les navires

1 Notices de* manuscrits, t. XI, page 114. — 1 Pegolotti, pag. 18, 44 et suit. — 3 Navaretie , Mem. de la real Acad. de la kistoria de Madrid, t. V, pag. 175 et teqq. — « D. Vaissette, Histoire de Languedoc, t. IV, page 191 .

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qui vouioient aborder dans ces contrées. C'étoit encore un pays fertile et riche en productions naturelles et industrielles qui servoient aux Européens, soit à leurs propres consommations, soit à leurs échanges avec fOrient. Us s'y procuroicnt principalement des vins délicieux, de beaux fruits, du sucre en poudre, beaucoup moins cher que celui de Bagdad, de for, de l'argent, du plomb, du cuivre, du savon, du storax, des cotons bruts et lilés, et une quantité prodigieuse d'autres objets qu'ils échangeoient contre* des draps de Flandre, de France, d'Espagne, d'Italie '.Les Français y étoient reçus avec une grande faveur; les princes de la maison de Lusignan avoient porté dans cette île les mœurs et la langue françaises; ils y avoient conservé la célèbre législation que les fondateurs du royaume de Jérusalem avoient rédigée en cette langue, sous le nom d'Assises. Les Pisans et les Catalans y avoient obtenu des privilèges en 1 25» l * : les Siciliens y commercoient aussi 3 . Néanmoins les Vénitiens et les Génois, plus à portée par leur puissance d'aider les rois de Chypre contre les musulmans qui les harceloient sans cesse, y faisoient le commerce le plus étendu, favorisés par d'immenses concessions. Celles des Génois appartiennent au xin.' siècle. Les Vénitiens en avoient alors aussi, et les firent renouv eler en 1 3o«, 1328, 1360 Souvent les rivalités commerciales de ces deux républiques ensanglantèrent Faraagmiste et les autres villes principales de Chypre. Famagouste devint même pour quelque temps la propriété des Génois, qui en 1373 avoient envahi le royaume et fait prisonnier le roi Pierre II, à qui ils ne rendirent la liberté qu'au moyen de la cession de cette ville.

Par suite d'événemens politiques, que j'indiquerai en parlant du commerce de Venise , l'île de Chypre fut acquise en 1489 par cette république, et continua de lui appartenir jusqu'à l'époque où se terminent mes recherches.

Candie (anc. île de Crète), qui depuis le célèbre partage de l'empire grec entre les Latins, étoit passée sous la domination des Vénitiens, parla cession que le marquis de Montferrat leur en lit en 1204 5 , et qui continua de leur appartenir pendant les xiv. e et xv.' siècles, étoit aussi pour le commerce des Euro-

1 Pegolotti, pag. 15,16, 17 et 18. — 1 Fanucci, t. III, page 133. Capmany, Memoriat, t. II, page 56. — «Pegolotti, page 10». — 4 Marin , t. V, pag. »99 et 301.— » Marin , t. IV, page 68.

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péens avec les côtes occidentales de f Asie une échelle d'une grande importance Depuis longtemps elle avoit perdu son ancien éclat et sa nombreuse population ; mais sa fertilité étoit la même, et la république en tiroit des ressources immenses.

L'île de Rhodes, dont les chevaliers ont rendu le nom si célèbre, ne resta point étrangère au commerce , quoique l'institution toute militaire de ces chevaliers les tînt sans cesse occupés à la guerre contre les musulmans. La plupart des villes d'Italie, de France et d'Espagne, avoient, en vertu de traités, la faculté d'y entretenir des consuls; et même un document de 1 403 constate que le grand-maître accréditoit des jigens dans la Syrie et l'Egypte ». Cette île étoit fertile et industrieuse; on y fabriquoit du savon très-estimé 3 .

pêne. Telles étoient les principales échelles qui servoient au commerce européen pour se rendre, par les contrées situées au midi de la mer Caspienne, soit à Bactres, soit au golfe Persique, en traversant la Perse.

La première de ces deux directions est , comme on l'a vu , tome II, pagexvij, tracée par Pegolotti, dont l'itinéraire appartient précisément par sa date à l'époque dont je m'occupe. Les indications de ce voyageur sont confirmées par Marignola, Catalano, Schildberger et Clavijo, qui parcoururent l'Asie dans les xiv.* et xv. c siècles. Je vais essayer de réunir quelques notions sur les voies méridionales qui traversoient la Perse et sur le commerce de cette contrée.

La Perse , l'un des grands états qui s'étoient formés après le partage de l'empire de Gengis-khan , occupoit tout le territoire compris entre l'Euphrate et l'Indus, l'Océan indien et la mer Caspienne. La province de Chirvan , située sur la côte occidentale de cette mer, produisoit une grande quantité de soie, dont les manufactures de Syrie faisoient emploi 4 . L'Hyrcanie et la Parthie fournissoient en abondance des pelleteries, et la mer Caspienne servoit encore à en tirer de pays plus septentrionaux 5 . C étoit sur cette mer qu'on trouvoit le port de Strava (Asterbat), situé à vingt-cinq journées de Tauris.

1 Pegolotti, pag. 93, 35 et suiv. Uzzano, cap. jui. — * Bosio, Storia delta sacra rehgione , t. II , lib. iv. — * Pegolotti , page 1 5. — 4 Schildberger, M«it in ttm Bximt , e'dit. de Penicl , Munich 1813, page 71. — » Voyage de Hnde à laMecquc, coll. de Langlès, 1. 1.", page 80.

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La Géorgie, dont j'ai fait connoître le commerce, tome II, page xxj , en dépendoit Jordan Cataiano, qui traversa la Perse au xiv. e siècle, confirme ce qu'en avoit dit Marc- Paul. Dans quelques provinces du nord-est on trouvoit le lapis-Iazuii , que les habitans ne savoient pas mettre en œuvre , et des mines d or qu'on ne savoit pas exploiter ».

Les provinces méridionales étoient beaucoup plus industrieuses. Mossui continuoit de fabriquer des étoffes d'or et de soie. Bagdad, qui avoit éprouvé les invasions de Gengis-khan et de Tamerlan, n'en étoit pas moins une des cités les plus industrieuses de l'Asie. On en tiroit une quantité considérable d'étoffes de soie, de velours, sur lesquelles étoient représentées toutes sortes d'animaux avec une élégance et une variété surprenantes. Schiraz t'ai soit un commerce considérable, principalement de pierres précieuses du Badakhshan , et de musc venant du Thibet 3 . Le Kerman étoit célèbre par ses manufactures d'armes; Ized, par celles de soieries. Le golfe Persique recevoit toutes les marchandises que les navigateurs amenoient de l'Arabie et de l'Inde, dont une partie remontoit i'Euphrate pour arriver au grand entrepôt de Bassora. Je suis entré à ce sujet, tome II, pages xx et xxj, dans des détails suffisans, l'état des choses n'ayant pas éprouvé de changemens notables 4 .

Sous les premiers successeurs de Gengis-khan , le commerce des Européens en Perse fut d'autant plus actif qu'il étoit plus protégé par les souverains; la diirérence des religions ne les empêchoit pas de correspondre avec les papes à ce sujet *« La Perse tomba plus tard dans une sorte d'anarchie, et cette situation dut avoir une influence défavorable , sinon sur le commerce de transit des Européens, du moins sur l'industrie locale. Après l'envahissement de Tamerlan et les malheurs temporaires qui en furent la suite, il se releva; la lettre de ce conquérant au roi Charles VI contient la preuve de l'importance qu'il mettoit à la sécurité des commerçans. Shak-Rohk , son fils et son successeur, qui , même du vivant de Tamerlan , avoit gouverné une partie de la Perse avec beaucoup de sagesse, étendit ses conquêtes sur l'Inde et les contrées qui avoisinent ia Chine. Il résulta de cette

' Angiolello, ap. Ramusio, t. II, fol. 71/. — * Jordan Ca(a!ano, publie par M Coquebert de Montbret, page 48.— ' Barihèma, ap. Ramusio, 1. 1 ", fol. 170*. — * Ebn Batouta, ch. vi, vu, vin et x — 4 M. Abd-Remusat, Nouv. Mém. de t Aettd. des in$er. t VII, page 3i7.

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circonstance des relations entre ce dernier pays et la Perse pour étendre et favoriser le commerce respectif I, Le même prince reconnut aussi l'importance de rapports semblables avec les pays méridionaux de la presqu'île en -deçà du Gange, et nous possédons la relation des ambassadeurs qu'il envoya en 1412 aux rois de Calicut et de Bisnagor 9 .

J'ai déjà nommé quelques-unes des villes commerçantes de la Perse dont les voyageurs du temps font mention; mais il n'en étoit aucune qui put entrer en comparaison avec Tam is. Cette cité étoit par sa position le centre de tout le commerce de l'Asie, et de celui que les Européens faisoient dans cette partie du monde 3 . Le produit des douanes, au rapport de Schildberger, excédoit les revenus du plus riche souverain de l'Europe 4 . Au couchant, Tauris étoit voisine de l'Arménie, par laquelle elle communiquoit avec la mer Noire, la mer Méditerranée, l'Asie mineure , et jusqu'à Constantinopie 5 . Au nord et au levant elle avoit des communications avec la mer Caspienne , Otrar, Bouckhara, Samarkand, Balk, et toutes les villes qui dv ce coté étoient intermédiaires du commerce avec la Chine et l'Inde septentrionale. Ciavijo nous apprend que, du temps de Tamerlan, la route entre Tauris et Samarkand étoit garnie de relais de poste pour le service du gouvernement et des commerçans 6 .

Au midi, le Tigre et l'Euphrate assuroient les relations de Tauris avec Bagdad et Bassora , qui de son côté communiquoit par une route avec Ormuz Cette dernière voie fut interrompue quelque temps, au commencement du xv. c siècle, par l'invasion de Tamerlan, qui détruisit Bagdad; et alors le commerce entre Tauris et Ormuz eut lieu par le Laristan, Ispahan et Solthaniah» Cette dernière ville, originairement moins fréquentée, devint un marché célèbre; chaque année, depuis le mois de juin jusqu'au mois d'août, il y arrivoit des caravanes de tous les points 8 . Les perles et les pierres précieuses, toutes les productions de la Chine, de Malacca, de l'Inde, y arrivoient d'Ormuz; elle recevoit surtout par cette voie les épices fines,

1 Couplet , Tabula chronolog. monarch. Sinictr , pag. 80. — * Voyage de Ut Perse dans l'Inde , ap. Langlèc, t. II, pag. l et »uiv. — * Pegolotti, pag- 13. — * Schildbcrger. pag. 36. — » Pegolotti, pag. 18 et 13. — 6 Clarijo , pag. III. — 7 Clavi|o, pag. 113. — • SchiWberger.pag. 65.

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telles que le girofle , la muscade, ie macis, auxquelles les Euroropéens rcconnoissoient des qualités bien supérieures à celles qu'ils recevoient par la voie d'Alexandrie ».

La Syrie, plus méridionale, étoit mieux connue des Euro* Syrie, péens, qui y avoient longtemps été maîtres d'un grand nombre de stations. Aiep, située au nord de cette contrée, à vingt-cinq lieues de l'Euphrate, à une distance à peu près égale de ia Méditerranée, étoit le point d'où partoient et où se rendoient les caravanes musulmanes du Diarbeckir, de Damas, de Bassora. Cette dernière, composée de plusieurs milliers de chameaux, longeoit l'Euphrate, l'espace de plus de deux cents lieues, apportant les marchandises qui d'Ormuz avoient été expédiées à Bassora et à Bagdad. Avant d'arriver à Alep, les caravanes en déchargeoient une partie à Antioche sur l'Oronte et à Séleucie, d'où elles parvenoient à la Méditerranée *. Cette dernière direction fut probablement abandonnée , ou du moins interrompue, lorsqu'en 12G8 le Soudan Bibars eut détruit Antioche.

La route , traversée par celle qui de l'Arabie et de l'Egypte se rendoit en Syrie, assuroit les communications commerciales depuis le golfe Persique jusqu'aux ports de la mer Noire. Une autre route, venant de ia mer Caspienne et passant par Tauris, Merdyn et Orfa, mettoit Alep en communication avec l'Arménie, le Curdistan et tout ce qui avoisine le Caucase. Les marchandises de ia Tartarie , de la Chine et de l'Inde septentrionale, y étoient apportées par les caravanes de la Bouckbarie et du Caboul. Le commerce entre ce dernier pays et Alep étoit si habituel que les négocians y donnoient le nom de Caboul aux marchandises de l'Inde; de même que dans l'Inde, la plupart des productions européennes servant aux échanges étoient connues sous le nom d'Alep. Mais le commerce de cette ville étoit presque entièrement dans les mains des musulmans. Les Vénitiens paroissent avoir été ceux des Européens qui l'ont ie plus fréquentée. Le Soudan leur avoit accordé des sauvegardes en 134 4 et 1345 3 ; ils y portoient principalement de ia verroterie, des pierreries, des draps fins, des velours, des galons d'or et d'argent, de la cire façonnée, de fausses perles, des objets

1 Sanul.i , Sécréta fidel. crue. png. 89. — * Voyage dt l'Inde à la Attaque, coll. <l* L»nglès, 1. 1.", peç. 148. — 3 Archives de Vienne.

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en fer et en acier, dont une grande partie servoit à faire des échanges dans flnde.

Les droits qu'exigeoit le Soudan à l'entrée et à la sortie étoient plus considérables que dans aucune des autres villes de la Syrie ; c'est peut-être ce qui explique pourquoi les autres Européens , qui avoient un commerce plus restreint que celui des Vénitiens, et qui, par ce motif, ne pouvoient en répartir les frais sur une grande quantité de marchandises , faisoient peu d'affaires avec Alep.

Damas, plus voisine de la Méditerranée , étoit renommée par ses fabriques en tout genre, dont ïes produits étoient d'autant plus parfaits que les professions y étoient héréditaires , principalement les fabrications d'armes, de soies, d'essence de rose, la meilleure du Levant *. Au moyen des caravanes qu'elle expédioit, et qui se composoient quelquefois de vingt mille personnes, Maures, Turcs, Tartares, Barbaresques , Persans 8 , elle étoit un grand entrepôt par le moyen duquel les Européens venaient s'approvisionner de toutes les marchandises asiatiques. Il est possible que le pillage et la destruction de cette ville au commencement du xv.' siècle par Tamerlan aient interrompu quelque temps ces relations; mais les besoins du commerce durent les rétablir promptement. Dans ce même siècle, Venise, Barcelone, Gênes, et plus tard Florence, y eurent des comptoirs et des consuls 3 . On a moins de preuves que les Français y possédassent des établissemens considérables; mais ils y faisoient certainement le commerce, et ce que j'ai dit plus haut des sauvegardes promises par Tamerlan au roi Charles VI 4 en est la preuve, puisque les Français ne pouvoient se rendre dans la Perse qu'en traversant la Syrie. La Broquière atteste expressément, dans la relation de son voyage fait en 1432, qu'il y rencontra le célèbre Jacques Cœur, alors simple marchand. Le navire qui l'avoit amené, ainsi que ses compagnons, et qui transporta en France les épiceries qu'il avoit achetées à Damas, étoit une galère de Narbonnc, arrivée à Baruth (anc. Beryte) et venant d'Alexandrie 5 . Mais les chrétiens n'y étoient pas vus avec faveur, et

1 Frfsrobal.lt, Viaggio a la Terra Santa, publie par Mansi, Rome, 1817, pag. 179 etsuhr. La Broquière, pag. 505 et 514. — * La Broquière, page 501. — * Frescobaldi, page 174. Uzzano, chap. xvn. La Broquière, pag. 490, 510. — * Voir la note 4 de la pagexvi ci-dessus. — 5 La Broquière, pag. 485 et 490.

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Ton pren oit contre eux, comme en Egypte, la précaution de ies enfermer chaque soir dans leurs habitations 1 . D'autres caravanes conduisoient ensuite les marchandises de Damas dans l'Asie mineure, à Tripoli, Alexandrette , et surtout à Baruth 8 . On les échangeoit contre celles de l'Europe, et principalement contre de l'or, Venise avoit dans cette ville, en H 03, des comptoirs considérables, dont le pillage par le maréchal de Boucicaut occasiona des pertes immenses à son commerce. Comme aujourd'hui sans doute, les soies et les bois de construction se vendoient à Baruth. On peut se reporter sur ce point à ce que j'ai dit, tome II, page xxj.

Les ports de la Palestine qui avoient été, pendant l'occupation de ce pays par les Francs, le théâtre d'un commerce trèsactif, continuèrent aussi, quoiqu'ils fussent presque détruits, à être fréquentés par les navires européens 3 .

Les guerres qui eurent lieu, au xv. c siècle, dans la partie de l'Asie la plus voisine de la Syrie, et qui amenèrent la chute de l'empire grec , troublèrent sans doute souvent ces communications avec les côtes de la Méditerranée et de la mer Noire. On peut croire cependant qu'elles ne furent jamais entièrement interrompues, ou que les interruptions ne furent que temporaires; c'est ce qui paroît résulter de la relation du Génois San- Stephano, écrite en 1 496. Il s'étoit rendu par l'Egypte dans l'Inde et jusqu'à Sumatra. Revenu a Cambaye sans ressources, il se mit au service de marchands de Damas qu'il trouva dans cette ville. Arrivé à Ormuz, il se réunit à des Arméniens qui alloient à Tauris. Il se rendit par mer dans le Laristan , province de la Perse, où abordoient presque tous les navires expédiés de l'embouchure de l'Euphrate pour l'Inde; il attendit dans le pays des Ozaniens les caravanes qui dévoient le conduire à Schiras; et, après un retard causé par l'état de guerre, il se rendit à Tauris par Ispahan , Casbin et Sôlthaniah. De Tauris, après un autre séjour causé par la guerre, il se rendit à Alep, d'où il n'osa retourner à Tauris, nonobstant les offres avantageuses qui lui étoient faites 4 .

Tels sont les renseignemens les moins obscurs que nous fournissent les documens des xiv. e et xv. e siècles , sur le commerce

1 La Broquière, page 490.— » Corsali, ap. Ramusio, t. I.", fol. «00 c. — * Ebn Balouta, chap. v. La Broquière, pag. 493 etsuiv. — « Ap. Ramusio, t I.", fol. 389 d

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