III. e
XXxiv INTRODUCTION.
des Portugais, les monnoies européennes y étoient très-abondantes; mais on y voyoit en plus grande quantité encore celles de l'Egypte l . La relation des ambassadeurs envoyés dans l'Inde par le roi de Perse en 1412 *; celle de Joseph Barbaro, envoyé en 1471 par la république de Venise auprès du souverain de Perse, et qui visita la presqu'île en-deçà du Gange 3; celle de Conti 4 , qui y voyagea avant la découverte du passage par le Cap de Bonne-Espérance, et ies récits des Arabes qui appartiennent aux xiv.' et xv." siècles 5 , démontrent que les Portugais n'ont rien constaté qui ne fut plus ancien. 11 résulte des témoignages de ces voyageurs, dont il seroit trop long de faire des extraits, que la marine de toutes les côtes de la presqu'île étoît extrêmement imparfaite : la plupart des navires consistoient en des barques ou bateaux dirigés avec une voile de coton, et construits sans fer. En général, les expéditions n'avoient pour but que le cabotage des côtes occidentales et orientales de la presqu'île , des Maldives, de Ceylan. Quelques navigateurs plus hardis s'avançoient cependant jusqu'à Cambaye, la Perse et l'Arabie du côté de l'Occident; et à l'Orient, jusqu'aux ports du Bengale, de Sumatra et de Malacea. Ils faisoient deux voyages par an , mais le plus souvent un seul, qu'ils commençoient à la fin d'avril, et leurs navires restoient oisifs cinq à six mois, en attendant la saison favorable 6 . Les pirates, dont l'ancienne existence est attestée par des écrivains de l'époque romaine, et qui n'ont pas jusqu'à nos jours cessé d'inquiéter le commerce dans ces parages , causoient des dommages immenses à cette navigation. Un des moyens qu'on avoit trouvés pour échapper à leur rapacité étoit de se placer sous la protection des bramines, qui jouissoient dans le pays d'une grande considération, ou d'avoir des garnisons d'Arabes sur les navires %
La partie la plus méridionale de cette côte, portant le nom de côte de Malabar, étoit divisée en un grand nombre de petites principautés, dont les plus connues étoient Calicoulan , Coulan, Porca, Cochin, Cranganor, Travancor, Tanor 8 , que leur position mettoit à même de commercer avec la Perse, l'Ara-
1 Vasco de Gaina, fol. 130 d. — 1 Langlès, Collection de voyages, t. II. — 3 Ap. Ranmsio, I. I.", fol. 194 b.— * Conti, fol. 374 d, 375. — * Efan Batouta, chap. xvn et xvm. — 6 Barthèma, fol. 175. Vasco de Gaina, fol. 131 a. — 7 M. Polo, lib. m, cap. xxii. — "Marignola, ap. Dobner, Monum. fut. Bohem, , t. II , page 1 13- Barbosa, fol. 3i8 et suiv.
INTRODUCTION. XXXV
bie etCeylan. A l'arrivée des Portugais, une des villes les plus commerçantes de cette côte étoit Calicut. Cette ville, qu'Aboulfeda nomme Kelch et qu'au xv. e siècle Hhadjv-khalfa appelle Simila 1 , étoit en quelque sorte le centre du commerce méridional de l'Asie. Son port étoit peu sûr; mais la police la plus exacte garantissoit les personnes et les marchandises : les lois y étoient plus humaines que dans les pays voisins, où tout navire forcé par la tempête à relâcher dans un port autre que celui de sa destination étoit confisqué. Les navigateurs étoient au contraire bien reçus à Calicut, de quelque pays qu'ils vinssent, et partaient quand ils vouloient; aussi en voyoit-on arriver avec aflluence de l'Orient et de l'Occident. Le petit état de Cananor se livroit au même commerce que Calicut, et, comme tous les ports voisins, étoit en rivalité avec cette ville ».
C'étoit là que tinissoit la côte de Malabar et que commençoit celle de Canara, presque entièrement dans la dépendance de l'état de Bisnagor ou Narsinga 3 . Ce royaume, qui aux xiv. e et xv. e siècles avoit été très-florissant, qui même avoit résisté à l'invasion des Mongols , s'étendoit sur les deux côtes de la presqu'île. La capitale, Bisnagor, bâtie en 1344 , étoit très-commerçante, surtout en objets de luxe, tels que perles , diamans , rubis, émeraudes 4 . Mangalor étoit un des ports principaux : une route terrestre, de trois cents lieues environ , dirigée sur la capitale, scrvoit à exporter les productions de l'intérieur. On y trouvoit aussi les ports de Baccalor, Buttigala et Onor J . Près de là étoient les monts Gates, célèbres dès les temps anciens par les onyx qu'on en tiroit.
A la suite de la côte de Canara commençoit celle du Décan, que les établissemens des Portugais ont rendue si célèbre dans la suite. Le pays produisoit abondamment des grains et des fruits. Goa, Tannah , Benda, Daboui et Chaoul, en étoient les ports les plus fréquentés 6 . Les marchandises de l'intérieur y arrh'oient par des caravanes. Indépendamment de leurs rapports habituels avec la côte de Malabar, ces ports recevoient beaucoup de navires de Malacca, et ces deux points étoient dans une correspondance habituelle. Le commerce, partagé entre
1 Langlèt, t. II, pag. xcii et xciij. — * Barbota, fol. 344 d, 345 a. — J Voyage de la Perse dans llnde. ap. Langlc*, t. II, page 41.— * Barthèma, fol. 17» c. Barbota, fol. 399 b, 3.13 a — » Barbota, fol. 33»*.— 6 Barbota, fol 331.
xxvj INTRODUCTION.
les Maures et les Hindous, avoit une aussi grande activité qu'à Calicut. Les marchandises européennes s'y trouvoient de même en abondance; on y amenoit de l'Arabie, entre autres objets, des chevaux extrêmement recherchés par ies souverains et les riches, qu'on échangeoit contre des étoffes de coton, du sucre, de la cire, des noix de coco, des drogues médicinales, des toiles peintes, fabriquées dans le Décan, et des étoffes connues sous le nom de Beirams, qu'on port oit en Perse et en Arabie
La côte du Décan touchoit à la presqu'île de Guzarate , et en étoit séparée par la baie de Cambaye. Tous les ports qui se succédoient sans interruption, dans ces parages, étoient autant de marchés où les Maures faisoient le principal commerce. Les Guzarates passoient pour les plus habiles des Indiens dans le commerce. Ils avoient pour leur compte une grande quantité de navires d'une forte capacité et parfaitement manœuvrés. La plupart se livroient au cabotage; plusieurs alloient jusqu'à Aden, et entretenoient des facteurs dans le Décan, à Goa, à Calicut, à Malacca. On portoit a environ cinq mille le nombre de ceux qui se livroient à ce trafic 9 . La ville de Cambaye étoit célèbre par ses manufactures. Un Européen qui la visita vers la fin du xv/ siècle la compare à une des cités les plus commerçantes de la Flandre 3 . On y fabriquoit une grande quantité d'étoffes de coton, de soie, de velours; l'habileté des joailliers à monter les pierres précieuses étoit renommée; on recherchoit partout les ouvrages d'ivoire et de marqueterie faits à Cambaye. Le territoire environnant étoit fertile, et les habit uns, enrichis par l'industrie et le commerce, ne se refusoient aucune des jouissances du luxe. Son port étoit fréquenté par les navires des deux côtes de la presqu'île en-deçà du Gange, et même par ceux des îles et des côtes plus éloignées. On y voyoit, de même qu'à Calicut, des commercans de toutes les contrées de l'Inde, et même des côtes plus éloignées, de l'Egypte, de la Syrie 4 . Amadabalt, capitale de l'état de Guzarate, peu distante de Cambaye, et placée sur une petite rivière qui se perd dans l'Indus, près de ses murs, faisoit au nord de la presqu'île, et sur le golfe de l'Indus, un commerce non moins considérable. Les anciens voyageurs attestent qu'on y trouvoit des commerçans et des
« Barthèma, fol. 170 d. — 2 Barthèma, fol. 171 b. Barbosa, fol. 339 c, 330 b, 331 c. — » Barbosa, fol. 330 a. — * Edriwi, page 60. Barboia, fol. 338 e.
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marchandises de toutes les contrées de i' Asie '.Ony fabriquoitune prodigieuse quantité d'étoffes de coton et de soie, pour lesquelles on employoit des soies de la Chine , de la Perse et du Bengale , plus fines et moins chères que celles du pays, ainsi que des brocards d'or et d'argent, mais souvent mêlés de clinquant.
L'Indus, qui avoit ses embouchures de ce côté, devoit être un puissant moyen pour fournir aux commerçans les productions de l'intérieur et pour y introduire celles des pays étrangers.
Diu étoit le point le plus commercial de la presqu'île de Guzarate , et le principal entrepôt des Maures qui y attiroient les marchandises de la Chine, de Malacca, du Bengale, de la côte de Coromandel , de Ceylan , du Malabar, pour les répandre dans l'Arabie, la Perse, l'Egypte et la Syrie : on y trouvoit un grand nombre de commerçans d'Ormuz, d'Aden et du Caire; aussi l'importance de ce port frappa-t-elle les Portugais an moment de leur arrivée.
Les îles Maldives étoient à la portée de cette côte ; occupées depuis longtemps par les Arabes, elles offroient des lieux de rafraîchissement plutôt que des échelles de commerce *.
Les derniers ports de l'Inde me conduisent à parler de la navigation et du commerce sur les côtes méridionales de la Perse et dans le golfe Persique. La partie de ces contrées la plus voisine de l'Inde étoit de toute ancienneté, une région sauvage , avec laquelle il n'existoit pas de commerce maritime , tant par la stérilité du territoire et le défaut de civilisation des habitans , que par le manque de ports et de lieux de station pour les navires.
A l'opposé de cette côte inhospitalière, et avant de pénétrer dans le détroit d'Ormuz, qui servoit d'entrée au golfe Persique, on relâchoit à Mascate ; de là on se rendait à l'île d'Ormuz. Quoique dépourvue d'eau et de végétation , et n'ayant d'autre production que le sel, cette île étoit le siège d'une ville opulente, centre du plus grand commerce. Les marchands y venoient de l'Afrique, et principalement de l'Egypte, de la Syrie, de l'Arménie, de l'Asie mineure, de l'Irack-Arabi , de l'Irack- Adjami, de l'Azerbidjan 3 . Des caravanes y apportoient du
» Tavernier, Voyage de» Inde; liv. i , chap. v. — * Barbo*a, fol. 3*9 e. — > Ebo Baumta, chap. xix. San-Stephano, fol. 38S e.
XXXvif j INTRODUCTION.
Mavrarainahar, da Turkcstan* de la Bouckharie , du pays de Caboul , du Thibet, du Ivaschemir, des déserts delà Tartane des Calmouks, du nord de la Cbine et de tout l'O rient , la soie, la rhubarbe, le musc, les châles, &c. On y recevoit de Schiras et des autres villes manufacturières de la Perse désarme», des étoffes, des tapis , de l'ai un de roche , des turquoises, &«. Les ouvriers y excelloient dans l'art de percer le» perles, que le golfe Persique produit en uhnndance l . La navigation y amenoit aussi les marchands de la Chine, de Malacca, de Tanaserim, du Bengale, de Ceylan, du Malabar, de Camhaye, de Guzaratc, des Maldives, de l'Abyssinie, duZanguebar, de Socotora, de l'Arabie, notamment d'Aden et de Jedda *. La différence des religions n'apportoit aucun obstacle ni à l'exacte et impartiale distribution de la justice, ni aux relations du commerce, qui se faisoit par échanges ou avec de l'argent 3 . L'excès du luxe et la corruption des habitans excitèrent l'indignation des premiers Européens qui ont visité cette ville K
Réciproquement les navigateurs d'Ormuz et de tous les ports du golfe Persique fréquentoient les ports indiens, où ils transportent les mêmes espèces de marchandises, et surtout les chevaux de Perse et d'Arabie. Par le résultat de ce commerce tout ce qui étoit produit dans l'Orient depuis la Chine jusqu à la partie la plus occidentale de l'Inde abondoit à Ormuz.
Du port de cette ville les marchandises étoient expédiées pour Bassora et remontoient le Tigre et l'Euphrate jusqu'à la Syrie et au Diarbekir. On a vu plus haut comment Ormuz communiquoit avec Tauris par des voies terrestres.
Le golfe Persique, par lequel se faisoil la navigation qui conduisoit ainsi une grande partie des marchandises de l'Inde et de la Chine jusqu'à l'embouchure de l'Euphrate, contenoit plusieurs îles qui, ainsi qu'on l'a vu, tome U, page xxj, avoicnt été des points de relâche du commerce oriental avant qu'Ormuz en fût devenue le centre. Mais celle de Baharein conservoit une grande importance, à cause de (a pêche des perles qui, sans être aussi blanches que celles de Ceylan, étoient plus grosses et non moins recherchées dans le commerce 6 .
Les détails dans lesquels je viensd'entrer apprennent suffi-
1 Clavijo, page 1 15.— 1 Ctavijo, page 1 1 4.— * Langiès, t. II , p«g. 99. Schildbergvr, page 93. — « Barbosa, fol. 3*6 c— » Barbosa , f. 335 d, 396 a.— 6 Bartbèma, f. 1 69 d. Barbosa , f. 1 69 d.
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samment combien devoit être actif ie commerce entre l'Inde et l'Arabie. .
Aden, placée dans une situation qui la mettoit en relations commerce faciles avec Ormnz et lu ctàte occidentale de la presqu'île en-decà ■
« • . » . i i x i i i»* lArnbir.
du Gange, rccevoitune quantité considérable de marchandises de l'Inde. Ebn-el-Ouardi , qui écrîroit au commencement du xiv/ siècle, atteste que les navires de la Chine, de Malacca et de l'Inde y abordofc'nt chargés de productions orientales J .
Le souverain tiroit un revenu considérable du droit de douanes. Aden n'étoit pas moins favorablement située pour exporter les productions de l'Arabie Heureuse. On y exerçoit une industrie spéciale qui consistoit dans la préparation de IV/wphiam dont les Orientaux faisoient une grande consommation, et qui étoit connu en Europe sous le nom d'opium tbébaïque *.
La population, composée d'Arabes, d'Indiens et de quelques Africains, étoit tout entière livrée au commerce. La haine des musulmans contre les chrétiens en avoit longtemps exclu ces derniers ; elle céda sans doute devant l'intérêt , et au xv. e siècle on voyoit à Aden un grand nombre de marchands italiens , qui arrivoient dans l'Inde par l'Egypte et la Perse avant la découverte du Cap de Bonne-Espérance \ Leurs récits rendent hommage à la tolérance et à l'équité du gouvernement d'Aden 4 .
Une partie des marchandises apportées à Aden étoit conduite à travers les déserts de l'Arabie , par des caravanes, à la Mecque. Une autre passoit le détroit de Bab-el-Mandeb pour être conduite à Jedda, nommée par les Européens Zidda ou Zidden, port de la mer Rouge peu distant de la Mecque. En 1.326, le soudan d'Egypte, maître de ce port, porta un coup sensible au commerce d'Aden; il doubla les droits sur les navires qui arrivoient à Jedda après avoir touché la cote de l'Yémen , et força ainsi les navigateurs à venir directement sans relâcher à Aden 5 . Cette ville conserva néanmoins une assez grande importance à cause de ses relations avec Ormuz et le golfe Persique, et de ses communications terrestres avec la Mecque.
Par !a nouvelle direction que l'intérêt des navigateurs venant
1 Ebn -4-i-Ouunti, Notice* des manuscrits, t. II, page 43. — * Corsai i , fol. t05 d. Barbosa, fol. 3*4 a. — » Va*co oV Gaina, fol. 131 b.j— * San - Stephano , fol. 38l c. — • Macrisi, cite par M. Et. Quatrenière , Mémoires sur l Egypte, t. II , page »9 1 .
xl INTRODUCTION.
de l'Inde les força de prendre, Pile de Socotora devint un point de relâche très-fréquente. Presque stérile, elle fournissoit au commerce la gomme connue sous le nom de sang de dragon, et une espèce particulière d'aloës, appelée par ce motif socûtorin K Un grand nombre de navires expédiés des doux presqu'îles de l'Inde, de Malacca, de Sumatra, de Ceylan, et de toutes les côtes qui en dépendent, étoient dirigés vers le cap Guardafui, situé à l'extrémité de la côte d'Afrique, à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb *, comme une sorte de signal pour les navigateurs qui se disposoient à passer dans la mer Rouge.
Jedda devint alors un entrepôt considérable, tant à cause des pèlerins qui se rendoient à la Mecque, que par la nécessité où l'on étoit d'y débarquer les marchandises, pour envoyer par la voie de terre celles qui étoient destinées à la Mecque, et pour charger sur de plus petits navires celles qui dévoient arriver en Egypte. Nonobstant les difficultés de la navigation , qui oblîgeoient de ne tenir la mer que le jour 3 , on y voyoit arriver des navires de toutes les parties de l'Afrique et de l'Asie, et même de la Chine 4 . Le produit de la douane étoit immense ; il paroît cependant que le Soudan ne s'en contentoit pas : des droits de toute espèce, tels que ceux d'inspection , d'emmagasinage, frappoient le commerce, et ce prince s'étoit même attribué le monopole du cuivre, du corail et d'autres objets apportés d'Europe, qu'il forcoit les marchands d'Asie à recevoir en échange 5 .
Une partie des marchandises qui arrivoient dans l'Arabie par le port d'Aden et dans la suite par le port de Jedda étoit consommée dans ce pays, ou plutôt à la Mecque que les pèlerinages mahométans rendoient le centre d'un commerce immense; mais une quantité non moins considérable étoh expédiée par les voies de terre, soit pour la Syrie, soit pour l'Egypte 6 . Chaque année il partoit de la Mecque pour Damas une caravane composée de trente-cinq mille chameaux et de quarante mille personnes escortée par des mamelucks. De la Mecque elle se rendoit à Me— dine, de Médine à la montagne des Juifs,; de Jà à l'emplacement où furent jadis les villes de Sodoine et de Gomorre 7 ,
1 Barbosa, fol. 394 c. Corsali, fol. 199 d. — * Barbota, 393 b. — 5 Barlbèma, fol. 166 a. — 1 Barthèma , fol. 164 A. — 5 M. Et. Quatrenièrc, Mémoire* , t. II , page 199. — 6 La Broquière, page 503. — 7 Bartbèma, fol. 168 d.
INTRODUCTION. xlj
ensuite a Mézarihé par le grand désert, et de Mézaribé à Damas. La durée du voyage étoit de quarante jours et de quarante nuits.
Dans ces déserts de sable, où il n'y avoit aucune route tracée, les caravanes étoient guidées par un pilote, qui faisoit usage de la boussole ou se dirigeoit parle cours des étoiles '* Quelquefois lèvent du nord, soulevant des monceaux de sable, engloutissoit des milliers d'bommes et d'animaux; plus souvent on étoit pillé ou rançonné par les Arabes *. L'importance du commerce f qui se faisoit par cette voie étoit si grande, qu'un Soudan d'Egypte, pour accroître les bénéfices du monopole qu'il s'étoit attribué, conçut l'idée d'interdire le départ des caravanes pour la Syrie, et de faire diriger tous les convois sur l'Egypte , qui seule alors auroit fourni à l'univers les marchandises asiatiques *•
Deux voies servoient à conduire ces marchandises de l'Arabie dans l'Egypte : l.Ma caravane qui, partant de la Mecque pour le Caire , étoit composée quelquefois de plus de soixante mille chameaux, escortés par cent mamelucks 4 ; 2.° la navigation , qui de Jedda alloit à Tor, petit port de l'Arabie Pétrée, situé à cinq lieues de Suez , d'où l'on transportoit, non sans danger d'être pillé par les Arabes, les marchandises au Nil : on suivoit plus habituellement une route qui alloit à Suez et de Suez au Caire; les expéditions descendoient à Alexandrie par un canal de deux milles de longueur 5 .
Je suis amené naturellement à parler du commerce de l'Afrique, et pour en rendre l'exposé plus facile à saisir, je présen- VA ^ terai successivement ce qui concerne la partie orientale de ce pays , la partie septentrionale et la partie occidentale , en y rattachant les notions qui nous sont parvenues sur le commerce avec les pays du centre de cet immense continent.
On ne sauroit assurer, d'une manière bien positive, si les Arabes qui étoient, depuis un temps immémorial , en possession du commerce de la mer des Indes, du golfe Persique et de la mer Rouge , ont poussé leurs excursions au delà du cap de Bonne- Espérance pendant les xiv e et xv e siècles. Mais on ne peut douter
1 Pachymère, De rebut Turcicis, lib. ni.-— * Barthèma, fol. 16». — » Macrisi, cite par M. Et. Quatranèrc, t. II, page J88. — «Barthèma, fol. 164 a. — * Barbosa, fol. 3*3, 359.