III
Xlij INTRODUCTION.
de la continuation de leurs relations avec les côtes orientales de l'Afrique.
eau Nous savons , par les récits des premiers navigateurs portu-
ràntak gais, que les Arabes avoient de nombreux comptoirs sur cette
.1 Afrique. » » "1 ,*, n I i • il »
cote et dans les îles adjacentes. Ils abordoient aux îles quoti appeloit alors Uciques, et qui probablement sont les Comores, situées entre l'Afrique et Madagascar. C'étoit principalement pour s'y procurer de l'ambre d'une très-bonne qualité, et des perles qui en avoient beaucoup moins que celles de Ceylan et du golfe Persique, par la maladresse des ha bilans à les percer ». Sofaia, connue dans les temps les plus anciens par la richesse de ses mines d'or, étoitun des points les plus fréquentés. Outre l'or et l'ivoire du cheval marin , qui surpassoit en qualité celui des éléphans, on en tiroit des toiles de coton très-fines, mais auxquelles les indigènes ne savoient pas donner la teinture. Ces objets étoient échangés pour des étoffes de soie et de coton peintes, fabriquées à Quiloa et à Mosambique, et beaucoup de marchandises de Cainbayc. Les Arabes y recevaient aussi des paiement* en or, et ce commerce leur faisoit gagner cent pour cent a .
Ces relations servoient à introduire quelques marchandises dans des contrées de l'intérieur, dont les habitans étoient principalement occupés à la guerre : quelques-uns néanmoins se livroient au commerce, principalement pour apporter à Sofala, par le moyen du fleuve Suabo, de l'or, qu'ils échangeoient contre des marchandises de Cambaye. Le même commerce se faisoit à Angoxa, à Mosambique, à Quiloa, à Monbaze et à Mélinde 3 .
La côte de Zanguebar, les îles de Madagascar, de Munsia , Penda, Zanzibar, et toutes celles qui avoisinent cette côte, n'étoient pas moins connues des Arabes, ainsi que la côte d'Ajan, jusqu'au cap Guardafui. Les ports principaux étoient Brava et Magadoxo 4 ; ils y échangeoient avec les mêmes avantages des marchandises apportées de Cambaye, contre les productions du pays, et surtout l'ivoire , qui y étoit très-abondant et d'une excellente qualité à . Dans le royaume d'Adel , la ville de Zeila étoit le siège d'un grand commerce d'or,dedentsd'étéphans et d'esclaves 6 .
1 Barbosa, fol. 380.— * Barbosa, fol. 380.— 3 Bakou, , Notices des manieur, t. Il , page 401 . Barbosa , fol. 381. — * Barbosa, fol. 388. — 4 Bakoui, Notices de» menuscr. t II , page 396. — «Barthèma.fol. 169*.
INTRODUCTION. xliij
L'Abyssinie, que les. voyageurs des xv/ et xvi. e siècles appellent état du prêtre .Iran , avoit quelques ports, entre autres celui d'Axum, qui servoit, comme autrefois, à l'introduction des marchandises de l'Inde; tous les commerçans de ces parages le fréquentoient ». Pendant longtemps le commerce entre la Nubie, l'Arabie et l'Inde fut très-actif, au moyen du port d'Aidab et de l'île de Suaquem. Dans cet état de choses, les marchandises arrivées aux côtes de l'Abyssinie et de la Nubie étoient en partie dirigées, par les voies terrestres, vers l'Egypte, et en partie conduites, par mer, à Koss, d'où on les embarquoit sur le Nil a . Mais les fréquentes révolutions dont l'Egypte étoit le théâtre ayant fini par ôter toute sûreté à la route du désert, le port de Suaquem cessa d'être fréquenté.
L'Egypte étoit le lieu où se dirigeoient en plus grande quan- *fyp*«. tité les marchandises de l'Inde et de l'Arabie; et, comme aux époques précédentes, elle étoit le principal entrepôt d'où ces marchandises se répandoient en Europe.
Ce n'est que par les conventions et les traités des villes commerçantes d'Italie, de France et d'Espagne avec les soudans, par les privilèges et les sauvegardes qu'elles en obtenoient, qu'on peut av oir quelques notions sur les opérations multipliées et souvent très-compliquées de ce commerce. Ces documens sont nombreux. Chaque état en sollicitoit, et les révolutions fréquentes du gouvernement mettoient dans la nécessité de les renouveler. J'indiquerai ceux de ces traités qui sont les plus connus, dans l'exposé du commerce particulier de chacun des états dont les habitans négocioient en Egypte. Il suffit de rappeler que, sous le rapport commercial, l'intérêt des soudans imposoit silence aux préjugés religieux à un point tel que les chevaliers de Rhodes, sans cesse en guerre avec eux, et institués précisément Dour être les ennemis du mahométisme, firent^ comme on l'a vu page xx, des traités de commerce avec l'Egypte.
Mais quelque considérable que fût ce commerce, il n'en résultait ni richesses pour le pays, ni extension ou encouragemens pour l'industrie locale.
Le gouvernement, qui comptoit les habitans pour rien, ne
1 Barbosa, fol. 3îî b. — * Macrisi, cite par M. É{ Quatremcrc, Mémoires $ur l'Egypte , t. H, page 168. Léon Africain, ap.Ramusio, l. I.", fol. 96 a.
xliv INTRODUCTION.
mcttoit aucun intérêt à favoriser les productions locales, de manière à échapper à la dépendance étrangère; il exerçoit le monopole de tout ce qui venoit de l'Orient; il percevoit des droits énormes sur ce qu'on apportoit d'Europe, et peu lui importoit le reste, pourvu que ses richesses fussent immenses l .
Cette funeste politique avoit anéanti presque en entier les restes de l'ancienne industrie égyptienne. A peine quelques manufactures suhsistoient encore au temps de Léon l'Africain. L'agriculture produisoit du lin et quelques autres ohjets d'échange; mais tout cela étoit loin de satisfaire aux consommations du pays. L'Europe fournissoit à l'Egypte presque tout ce dont elle avoit besoin, notamment du fer, des bois de toute espèce, des ustensiles divers travaillés avec le bois, de l'étain, du plomb , du cuivre, du vif-argent, la verroterie de Venise, des étoffes tissues ou mêlées de soie , des draps et divers autres tissus légers fabriqués avec la laine ou le poil de chameau , de la cire , du safran, du savon, des fruits secs 9 . Il paroît que le goût des femmes égyptiennes pour les modes européennes étoit porté à une sorte de fureur 3 .
Alexandrie, Rosette, Damiette sur la Méditerranée, Suez sur la mer Rouge, étoient les ports principaux de l'Egypte; mais Alexandrie étoit celui où se consommoient presque exclusivement les opérations commerciales des Européens 4 . Un canal de communication avec le Nil y apportoit les marchandises asiatiques venant par la mer Rouge et assuroit les relations avec le Caire. Mais elle ne cessa pendant les xiv. e et xv.' siècles de déchoir de son ancienne prospérité. Le quartier voisin de la porte septentrionale, qui ouvroit sur le port , étoit le seul où l'on remarquât quelque activité, parce que c'étoit là que les chrétiens avoient leurs établissemens ou/Ô7irfes. Us y étoient assujettis aux mesures les plus humiliantes ; on les renfermoit chaque soir dans leurs maisons, et la porte ne leur en étoit ouverte que le lendemain matin. Le prétexte de cette mesure étoit la crainte qu'ils ne profitassent de la nuit pour s'emparer du gouvernement 5 .
Ce motif, si c'est le véritable , feroit présumer que leur nombre
1 Macrisi, cite par M. Ét. Quatremère, Mémoires sur l Egypte, t. Il, pag. 31 G, 34* et 448. — ■ Sanuto, Sécréta Jidelium, lit», i, part. I, cap. iv. Uz/.ano, cap. xvi. — a M. de Sacy, Chrestomathie arabe , t. II, page 336. — 4 Pegolotli , pag. 59 et suiv. Uzzanu , chap. xvi. — - » Scliildberger, page 1*6.
INTRODUCTION. xlv
et leurs richesses étoient considérables; mais on a vu, page xxv, qu'il en étoit de même dans d'autres états mahométans.
Les mesures prises pour assurer la perception des droits n'étoient pas moins sévères. Aussitôt qu'un navire étoit arrivé, les préposés de la douane venoient en enlever ia voile et le gouvernai! , afin d'être sûrs qu'il ne partiroit pas sans ia permission du Soudan H paroît, au reste, que cette précaution, justifiée peut-être par ia mauvaise foi de quelques commerçans , étoit générale dans tous les pays musulmans, puisqu'un traité de 1323 entre le roi de Tunis et celui d'Aragon en affranehissoit les sujets de ce dernier. Tous les noms des passagers étoient inscrits sur un livre, et, indépendamment de cette précaution, ils étoient consignés sous ia garde du consul de leur nation.
On a la preuve, au surplus, que ie désir du gain faisoit aisément supporter ces avanies par les Européens, et que toutes les nations commerçantes aftluoient à Alexandrie *.
La ville du Caire étoit aussi le siège d'un grand commerce intérieur 3 . Le Caire étant situé à quelque distance du Nil, Boulak lui servoitde port, et vo voit aborder sans cesse un nombre considérable de navires, dont quelques-uns d'une portée de quatre cents tonneaux 4 .
Les productions de chaque pays étoient exposées en vente au Caire dans des magasins et des bazars particuliers. Les uns contenoient les toiles fines de Bagdad et de Mossui; d'autres les taffetas, les brocards, les velours, les draps de laine, les camelots fabriqués en Europe; les marchandises de la Perse et de i'Inde; les épiceries, le sucre, les parfums, les papiers, les divers ouvrages d'industrie : un grand nombre de joailliers étaloient dans leurs boutiques des bijoux, des pierreries, des perles de ia plus grande richesse 5 . Un voyageur européen du xiv. e siècle y remarqua que beaucoup de femmes se livroient au commerce; il se plaît à décrire ia grande population et le luxe de cette capitale de l'Egypte 6 .
Tous les ans , pendant les mois d'avrii , mai et juin , il arrivoit au Caire un grand nombre de caravanes de l'intérieur de l'Afrique '.J'essayerai d'indiquer, en parlant du commerce intérieur, les voies que suivoient ces caravanes. Elles apportoient
1 Frescobaldi , page 75. — * Léon, fol. 88 d. — ' Frescobaldi, page 93. — 4 Le'on, fol.91 e. — 6 Léon, fol. 90.— 6 Frescobaldi , page 98. — 7 Barros, Atia, dcc. i, lib. m, cap. ni et vuj.
xlvj INTRODUCTION.
une quantité considérable de gommes, de dents d'éléphans, de tamarins , de perroquets, de plumes d'autruche, de poudre d'or, d'esclaves noirs. En retour, elles emportoient dans leur pays des perles fausses, du corail , de l'ambre , de ia verroterie, des sabres, des toiles, et diverses sortes d'habillemens, presque tout de production européenne.
La grande caravane destinée pour le pèlerinage des villes saintes d'Arabie, et réellement beaucoup plus pour le commerce, partoit du Caire Un mois avant le départ, il se tenoit dans cette ville une foire qui attiroit les commerçans de tous lieux, et dans laquelle ceux qui formoient les caravanes venues de l'ouest vendoient et échangeoient leurs marchandises aGn de se procurer ce qui leur paroissoit nécessaire pour le trafic de ia Mecque. Au retour de la caravane, une nouvelle foire servoit encore à de nouveaux échanges, et par ce moyen le commerce le plus actif se trouvoit lié entre l'Arabie et les parties les plus reculées de l'Afrique, par l'intermédiaire de l'Egypte.
Une caravane non moins importante partoit du Caire, et , se dirigeant vers Chanca et le mont Sinaï, conduisoit dans la Syrie ».
Nonobstant les défiances dont j'ai parlé plus haut , quelques Européens traversoient l'Egypte , soit pour se rendre dans la Terre Sainte, comme le firent' Boldensleve en 1336 3 , Frescobaldi et ses compagnons en 1384 4 , Schildberger en 1400, Delannoy et Ascolin en 1422 *, La Broquière en 1432; soit pour aller dans i'Inde, comme le firent, vers la fin du xv. e siècle, Pierre Colvilham et Alphonse de Peira , partis du Caire avec des commerçans de Fez et de Tremecen pour se rendre à Aden , et San-Stephano qui, par la même voie, se rendit dans l'Inde.
On ne peut douter que l'Egypte n'ait continué d'avoir des rapports commerciaux assez suivis avec la Nubie et l'Abyssinie. Quoique la navigation de la mer Rouge fût un moyen plus économique de transporter dans l'Egypte les marchandises de l'Arabie, de l'Inde et delà Chine, les historiens arabes attestent que les voies terrestres n'étoient pas entièrement abandonnées 6 ; d'ailleurs la Nubie et l'Abyssinie produisoient aussi des objets que les voies de terre pouvoient seules faire arriver en Egypte.
1 Barlhèma, fol. 165 b. — * Léon, fol. 95 a. — 3 Ap. Canisium, Ltctura antiquu t. IV,
page 131. — 4 Sigoli, publie par M. Poggi en 1830.— * Archeologia of London, t. XXI
• Mamsi, Ott0 par M. Et. Quatreinère , t. II, page «67.
Dl
INTRODUCTION. xfvij
Les soudans mettaient une grande importance au commerce indien qui étoitpour eux une si abondante .source de richesses l . On trouve dans les historiens arabes la preuve de plusieurs négociations entr'eux et les souverains de llnde *.
Les récits des premiers navigateurs qui doublèrent le Cap de Bonne-Espérance attestent les efforts inouïs et multipliés que les Maures, en possession du commerce avec l'Inde, tirent, de concert avec les soudans, pour en exclure les Portugais et anéantir leurs établissemens ; efforts auxquels Venise ne fut point étrangère, parce que l'ouverture d'une communication entre l'Océan et la mer des Indes portoit un coup fatal à son commerce. On connoît aussi les mesures que les Portugais, une fois que les conquêtes d'Albukerque leur eurent assuré une grande prépondérance , prirent, de leur côté , pour empêcher les Arabes de continuer un commerce par le moyen duquel l'Egypte, et par suite Venise et les républiques italiennes, avoient le monopole pour fournir à l'Europe les marchandises de l'Inde et de l'Arabie 3 .
Mais le récit de ces événemens n'est plus de mon sujet, puisqu'ils appartiennent à une époque postérieure a la découverte du Cap de Bonne-Espérance. H me suffit de les indiquer pour donner une preuve de plus de l'immensité du commerce entre l'Egypte et l'Inde pendant le temps auquel se rapportent mes recherches.
Le commerce de l'Afrique dont j'ai parlé jusqu'à ce moment c<tie« n'est, en quelque sorte, qu'un appendice à celui de l'Asie. Les dP B ^' b " r,e communications de ce pays avec l'Arabie et la Syrie , la naviga- lr i ".'^ u ^ e tion de la mer Rouge, les routes par l'Ethiopie et la Nubie, * nq ° e que j'ai indiquées , n'avoient d'autres résultats que de faire arriver à Alexandrie les productions asiatiques dont la majeure partie étoit destinée aux consommations et aux spéculations commerciales des Européens.
Mais l'Afrique avoit aussi des productions particulières trop utiles et trop précieuses pour que ceux-ci les négligeassent. Ils pouvoient s'en procurer quelquefois en Egypte où les caravanes de l'intérieur qui se rendoient au Caire les apportaient; mais le commerce direct avec les habitans des côtes scpten-
• Macriti, che par M. Et. Quatretnère , u H, page 316, 34i, 448.— « Macrisi , ibid. pag. 984 et »uiv. — * Oflorhu , De gittu Emanuelis régi»,
xlviij INTRODUCTION.
trionaies les leur procuroit en plus grande abondance et à moins de frais. Ce commerce néanmoins étoit , sous ce rapport , borné au littoral ; toutes tentatives pour pénétrer dans l'intérieur et pour y former des relations suivies n'auroient eu aucune chance de succès.
Le fanatisme des mahométans qui habitoient le nord de l'Afrique, ainsi que les états de Fez et de Maroc; la jalousie de ces peuples, qui vouloient s'approprier les avantages du commerce intérieur; l'impossibilité pour les Européens de former des caravanes en état de braver tous les dangers du grand désert , étoient des obstacles insurmontables. La seule chose possible étoit d'établir quelques comptoirs sur les côtes.
Le commerce intérieur étoit exclusivement dans les mains des habitans de ces côtes; il consistoit à y porter quelques objets de leur propre industrie, et les marchandises européennes, dont les échanges offroient, tant aux Européens qui recevoient des marchandises africaines, qu'à ceux qui les introduisoient dans l'intérieur, un bénéfice de cent pour cent *.
Les habitans de ces côtes ne se bornoient pas à de simples relations avec les Européens qui venoient les trouver ou établir des comptoirs sur leur territoire ils alloient pour leur propre compte trafiquer en Arabie, en Egypte, en Ethiopie, et jusque dans la Turquie, la Perse et l'Inde s .
Les ouvrages de Pegolotti et dUzzano nous montrent les divers états mahométans formés sur la côte septentrionale de l'Afrique, en relations non interrompues et très-importantes avec toutes les villes commerçantes de l'Europe 3 ; et nous verrons dans le tableau du commerce de chacune de ces villes avec quel soin elles s'occupoient de renouveler et même d'accroître les anciens privilèges qu'elles y avoient obtenus.
Plus l'Europe mettoit d'importance à se procurer les productions de l'intérieur de l'Afrique , plus les habitans des côtes qui alloient les chercher dévoient y mettre d'activité; et comme les xiv. e et xv. e siècles ont été ceux où les relations des Européens avec eux ont été les plus étendues, c'est naturellement ici le lieu de résumer ce qu'il est possible de savoir sur les directions de ce commerce , qui ne pouvoit se faire qu'en traversant
1 Léon, fol. 80 e, d; fol. 81 a,b; fol. 89 e. — « Léon , fol. 11 d. — » Pegolotti, pag. 15, 80,81, 38,44, 10», 189, 196, 188,134, 878. Uziano, cap. ix et utxxi.
INTRODUCTION. xlix
de vastes déserts, au milieu desquels s'offrent quelquefois au voyageur fatigué des îles tapissées de verdure.
On a vu déjà que pendant les x. e xi. e et xn. e siècles , ies pays situés sur ies bords des fleuves qui fertilisent le Soudan , appelés par Léon pays des noirs, furent couverts d'états dont la population, presque entièrement mahométane, se iivroit à un commerce extrêmement actif. Des révolutions, des conquêtes en changèrent ia forme , mais sans y détruire le commerce ; elles servirent même à f étendre, et les xiv. c et xv. c siècles sont l'époque de sa plus grande prospérité.
Les états septentrionaux, depuis ceiui de Tripoii jusqu'à celui de Maroc, communiquoient entre eux par une route qui, longeant le littoral, de l'est à l'ouest, jusqu'à la hauteur du cap Noun,se dirigeoit , de ce point, au sud-est vers la Nigritie. Cette route et quelques autres secondaires sont indiquées dans une géographie arabe récemment traduite
On connoît moins celles qui , des états de Tripoli et de Tunis, s'avançoient vers le midi. En comparant les anciennes indica- • tions que j'ai données, tome I. er , pages xxiij et suiv., avec les itinéraires modernes * , il paroît que plusieurs routes se réunissoient à Gadamès , ville riche par son commerce et par les passages de caravanes 3 . De la une route orientale conduisoit au Fezzan,qui contenoit plusieurs stations importantes 4 . D'antres de l'est, du nord et de l'ouest, s'y croisoient pour se rendre, dans une direction méridionale, à Agadès 5 , où arrivoient aussi des routes du nord-ouest. D'Agadès une route orientale conduisoit à Tambouctou et une méridionale à Cachnach 6 , d'où l'on alloit aussi à Tambouctou en longeant le Niger. On atteignoit, en passant ce fleuve, des pays plus méridionaux, et on s'avançoit jusqu'au golfe de Guinée.
Une autre route directe, vers le midi, partoitde Gadamès, et vers le vingt-et-unième degré de latitude, se drvisoit en deux branches; l'une, du nord-est, alloit à Agadès; l'autre, du nordouest, sè divisoit encore pour conduire soit à Tambouctou, soit au delà du Niger »,
Une troisième route, partant de Gadamès, se dirigeoit du
1 M. Ét. Quatre m ère, Notices des manuscrits, t. XII , p»g. 443 et «uiv. — » M. Walckenaer, Recherches geograph. sur l'intérieur rie l'Afrique septentr. p*g. 416 et iuiv. — 4 Léon, fol. 89 c. — * Léon , fol. 8 1 a, b. — » Léon , fol 86 «.— B Léon , fol. 86 a.-' Léon , fol. 88 rf.
nord-est au sud-ouest. Dans un point du désert d'Hair, pays des Twatz 1 , elle se divisoit en deux branches, dont Tune conduirait à Tambouctou et l'autre au Sénégal. A deux points difterens elle étoit croisée par celles qui, de Sedgemesse et de Maroc, se rendoient à Agadès, et par ceile qui, côtoyant le littoral jusqu'au cap Noun , se dirigeoit ensuite dans l'intérieur.
Nous avons des notions plus directement applicables à l'époque dont je m'occupe, sur le commerce des pays de Fez et de Maroc avec celui des noirs, dans le récit rédigé par Ebn Batouta au xiv. c siècle.
Quel que fût le point vers lequel on se dirigeoit, il falloit traverser le grand désert 8 , à l'entrée duquel s'étoient établis des marchés où se consommoient les échanges par les caravanes qui ne vouioient pas aller plus loin 3 .
Une route venant de l'état d'Alger, et une autre plus occidentale de l'état de Fez se réunissoient à Tesebit 4 . De ce point un embranchement occidental alloit jusqu'à l'Océan, et l'autre à Sedjemesse, dont l'emplacement étoit probablement le même que Talilet actuel , qu'aucun des voyageurs de celte époque n'a nommée. A ce point elle se partageoit en quatre parties : l'une se dirigeoit, à l'orient, vers Agadès; la seconde, en ligne droite, vers le midi, conduisoit à Tambouctou; la troisième, vers le sud-ouest, à Tegazza, qui possédoit des mines de sel. Cette route se divisoit, à Tegazza, en deux parties : l'une, au sudouest, conduisoit à Tassai, où l'on exploitoit aussi des mines de sel ; elle étoit traversée à ce point par une route venant d'Hoden, située derrière le cap Blanc, dont les habitans, d'après la relation de Cadamosto, voyageur du milieu du xv. e siècle, transportoient à Tambouctou du cuivre, de l'argent, et d'autres objets venant des côtes de Barbarie, en échange desquels Hs recevoient de l'or, et une espèce de poivre connu sous le nom de maiaguette 5 . La prolongation de la route de Tassai, vers le sudouest, conduisoit au Sénégal et à la Gambie 6 , en passant par Singharin, où étoient encore des mines de sel; mais une direction vers le sud-est conduisoit à Eiwelaten , qui probablement est YValct des voyageurs et des itinéraires modernes. La quatrième route, partant de Sedjemesse, se dirigeoit à l'occident
1 Ebn Batouta, cbap. xxv.— * Léon, fol. 89 et suiv. — «Léon, fol. 16, 34, 81.— * Léon fol. 83 a. — " Cadamosto , fol. 1 07 b. — 8 Léon , fol. s b.
INTRODUCTION. ïj
sur Tatta, où elle joignoit la route, indiquée plus haut, qui conduisoit à l'Océan.
Une route partant de Maroc et la prolongation de la grande communication littorale déjà indiquée conduisoient , du nordouest, à Tegazza, Tatta et Tambouctou.
Ebn Batouta fait remarquer que les négocians qui entroient sur le territoire de cet état étoient obligés de déposer leurs marchandises dans une place publique, sous la garde des noirs
On a vu qu'au delà de Tambouctou le commerce se continuoit avec quelques pays méridionaux et occidentaux peu connus, où les marchandises européennes et de la Barbarie, apportées par les caravanes, étoient échangées contre de l'or *. Dans quelques lieux ce commerce se faisoit, comme au temps des Carthaginois, par des échanges muets 3 ; les coquillages y servoient aussi de monnoie 4 .
L'intérieur de l'Afrique avoit aussi des rapports commerciaux du côté de l'orient. Les caravanes partant d'Agadès et traversant le royaume de Bournou portoient des marchandises en Nubie, et en rapportoient en échange celles que la Nubie se procuroit, soit par l'Abyssinie , soit par l'Egypte à . D'autres communications avoient lieu plus directement avec l'Egypte par le moyen de routes qui, venant du midi et de l'ouest, se croisoient dans le Fezzan, d'où la principale, dirigée comme dans les temps anciens par Augela, conduisoit au Caire, ainsi qu'on l'a vu , page Ixv.
La direction que le commerce maritime avoit prise du côté cô. c de l'Océan, dans le but primitif de s'avancer au nord en Ion- ÏaÎhJÏÎ' géant les côtes occidentales du Portugal , de l'Espagne et de la France, pour atteindre la Flandre, la mer Baltique et des pays plus reculés; les relations des Européens dans les états de Fez et de Maroc , dévoient naturellement donner l'idée de faire de semblables entreprises vers la partie de l'Océan qui baigne les côtes occidentales de l'Afrique.
L'émulation commerciale, qui portoit chacun des états entre lesquels se partageoit la navigation du midi de l'Europe, à l'emporter sur ses rivaux, à rechercher des sources nouvelles de
» Ebn Batouu, page «34. — * Léon, fol. 84. — s Cad.mosto, fol 108 b.c. — * C«U- , fol. 108 rf.— » Léon, fol. 9 a, 86 et suiv.
lij INTRODUCTION.
productions appropriées aux besoins du temps; cette sorte de fièvre des esprits qui, à certaines époques, se manifeste dans les sociétés civiles et devient une des causes des progrès de l'esprit humain, soutenoient ces entreprises. Sans qu'il fût nécessaire que des souvenirs historiques reportassent , vers les voyages attribués aux Phéniciens et aux Carthaginois, des hommes plus disposés à agir et à chercher des moyens de s'enrichir quà étudier les anciens, quelques traditions plus récentes et plus positives ne pouvoient manquer d'exciter leur curiosité , de stimuler leur esprit aventureux , d'intéresser leur avidité mercantile. J'ai déjà fait connoître, tome II, page xxxvj, les traditions conservées , de tentatives faites par des Génois et des Français vers la fin du xm. e siècle.
Des notions plus certaines nous restent d'une expédition faite en 1341 vers les Canaries. On a réclamé Cn faveur des Génois cette découverte , ainsi que celle de Madère et des Açores 1 ; mais, quoi qu'il en soit, elles n'eurent point de résultats pour le commerce. Quelques années après, Louis d'Espagne, descendant d'Alphonse, roi de Cas tille , mais prince sans souveraineté, tenta d'en faire la conquête; la France ne fut pas étrangère à cette entreprise. Humbert, souverain du Dauphiné, qui, par le moyen du port de Barcelonnette, entretenoit une petite marine sur la Méditerranée , donna des secours au prince Louis * , dont l'expédition resta sans succès, ou du moins n'eut d'autre résultat que jle constater l'existence des Canaries et de les faire inscrire sur les cartes et les portulans , qu'on commençoit déjà à dresser et à rédiger en Europe s . C'est encore à la même époque que se rapporte une expédition qui paroît certainement avoir été fahe par le Catalan Jacques Ferrer, en 1346, pour des ports de l'Afrique situés au delà du cap Boïador «. De nouvelles excursions eurent encore lieu à la fin du xiv." siècle. Celles qui paroissent avoir eu le plus de résultats appartiennent à des Français. II est incontestable qu'en 1364 des navigateurs bretons et dieppois avoient des établissemens au Sénégal et en Guinée, où ils précédèrent les Portugais 5 . Jean de Bethencourt, en 1402, fit la conquête des Canaries avec le secours
• Ciampi , Antholoe. forent. 1837, n. 71 et 78. — * Valbonais, Histoire du Dauphiné, t. Il , page 20*. — 3 BaldeHi, // mittione, t. 1, pag. clxv. — * Un docum. ap. Graberg, Annali de gtogr. t. II , pag. 990, le nomme J. Féroé.— * Voir t II, page l« , note 1, et page Ixxj , note 7.
INTRODUCTION. liij
de la couronne d'Espagne, à laquelle ces Hes sont restées '.
Les Portugais s'emparèrent en 1 4 1 9 de l'île de Madère , et y fondèrent une colonie où fut promptement introduite la culture de la vigne et de la canne à sucre a . En 1433 ils doublèrent le cap Boïador, dont les écueils avoient longtemps arrêté leurs tentatives, atteignirent les Açores, et arrivèrent jusqu'au cap Blanc et à la Guinée 3 .
La plupart de ces expéditions furent d'abord des pirateries; mais on ne tarda pas à reconnoftre les avantages d'un commerce régulier : on chercha les moyens de l'établir. La relation de Cadamosto, qui se reporte à l'année 1455, donne quelques détails qui ne sont pas sans intérêt sur le commerce des Portugais, principalement au golfe d'Arguin et avec les Azanaghuis 4 .
Les flécouvertes déjà faites furent en peu d'années suivies de celle du cap Verd et des îles qui ont reçu ce nom; et dans l'espoir de plus grands succès, les rois de Portugal s'occupoient déjà, à la fin du xv. e siècle, de s'assurer par des bulles du pape et des conventions diplomatiques', ce que leurs sujets avoient découvert et ce qu'ils espéroient découvrir encore. En efTet , on parvint en 1472 aux îles du Prince, de Saint-Thomas et d'Hannobon ;enl484on atteignit le Congo et la rivière de Zaïre ; en i486 le royaume de Bénin : le Cap de Bonne-Espérance fut doublé onze ans après, et cet événement fut le signal d'une des plus grandes révolutions que le commerce ait jamais éprouvées.
J'ai maintenant à m occuper des diverses contrées de i'E U— Commerce rope ; et pour mettre dans mon exposé un ordre qui en facilite Europe, la lecture, je commencerai par la partie orientale, où l'empire grec , si longtemps le centre du commerce du monde , doit naturellement être le premier qui arrête les regards, puisqu'il formoit encore un des liens et des moyens principaux des relations des villes de la Méditerranée avec l'Asie.
C'étoit pour secourir cet empire, déjà chancelant, contre les Empire grec attaques continuelles et les succès toujours croissans des musulmans que les croisades avoient été entreprises : bientôt elles s'étoient tournées contre lui; le résultat en avoit été de lui en-
1 Cadamosto, fol. 106.— 1 Cadamosto, fol. 1 05 ci.— » Cadamosto , toi. 109a , 1 16 «.— * Barrof , A$ia, dec. I, lib. ui , c*p. vil— » Uibnhx, Cod.jur. gent. dipl. part, i , p. 406, 46i, 496.
fiv INTRODUCTION.
lever les provinces et les îles les plus propres au commerce et de rendre précaire la possession du reste.
Constantinople, capitale oisive et corrompue d'un état sans industrie propre, continuoit d'être un marché immense, mais où toutes les spéculations étoient faites par des étrangers Les Vénitiens , les Génois surtout, au commencement du xiv e siècle, en étoient les arbitres. Quoique tous les navigateurs européens lussent admis dans ce port, ceux de ces deux villes y jouissoient évidemment de plus de franchises que les autres*; et les f«»r Mes empereurs n'avoient d'autres ressources pour ménager ces alliés suspects que de leur accorder des renouvellemens , souvent même des extensions de privilèges, arrachés presque toujours par la force des armes. Tel fut notamment celui que les Vénitiens obtinrent en 1302 3 , après que leur amiral Justiniani eut attaqué Constantinople.
Les Génois établis à Galata, à qui on a reproché d'être restés, nonobstant les promesses de secours auxquels ils s'étoient engagés, spectateurs indifférons de cette lutte, tirèrent parti de la terreur qui restoit dans l'esprit de l'empereur, pour donner suite à des réclamations que leurs ambassadeurs avoient faites en 1300 4 . Ils lui persuadèrent qu'un accroissement du territoire qu'on leur avoit concédé pouvoit seul les mettre en état de le secourir efficacement dans de nouveaux dangers. Cette politique réussit : un acte de délimitation de 1303 et un traité de 1304 étendirent leurs privilèges 5 .
Dans le même temps les conquêtes des Turcs sur l'empire devinrent plus rapides; et comme si tout avoit dû concourir à accroître l'anxiété du malheureux souverain de Constantinople, le mariage de Philippe de Valois avec Catherine de Courtenay lui fit craindre de nouvelles prétentions de la part des Francs 6 .
Une troupe d'aventuriers catalans et aragonais lui offrit ses services : ils furent acceptés. Leur chef Roger de Flores épousa la nièce de l'empereur. Mais, sur les pas des guerriers que l'amour de la gloire et du pillage conduisoit dans l'empire grec , les commerçans de la Catalogne ne pouvoient tarder à se présenter dans les ports et à donner aux Génois des concurrens
1 Pcgoiotti, pag. 85, 37. Uizano, cap. i. — « Pegulotti, pag. 84, 30. — 3 Archives de Vienne.— * Scmini, iv.* mcm — 5 Sauli, t. Il, pag. 809 et *uiv. — « Du Cange, Recueil de diverse* chartes, page 30.
INTRODUCTION. Iv
d'autant plus redoutables, que la haine entre les deux peuples étoit plus grande, la marine militaire des Catalans plus renommée et leur commerce plus actif.
Possesseurs d'un magnifique établissement qu'ils avoient formé, à force de patience, de sacrifices, et dont ils espéroient augmenter l'importance en se rendant de plus en plus nécessaires, les Génois virent avec une inquiétude naturelle l'empereur accepter les services des Catalans Us saisirent un prétexte pour les attaquer. La perte fut considérable des deux parts , et l'empereur grec ne put rétablir la paix qu'en faisant passer ses nouveaux alliés de l'autre côté du détroit, où ils lui rendirent d'importans services contre les Turcs *. Des atrocités de tout genre marquèrent cette expédition , qui procura aux Catalans un butin immense, et les moyens de s'emparer, pour leur propre compte, de Gailipoli. L'empereur en conçut des défiances que les Génois de Galata concoururent à accroître. Pour prix de leurs avis vrais ou faux sur les projets secrets des Catalans et d'un corps de nouveaux aventuriers qui étoient venus les joindre, ils obtinrent la faculté d'augmenter encore leur établissement.
Mais à leur tour ils devinrent suspects. Un armateur, parti de Gênes, s'empara de l'île de Scio (Chio), dans laquelle un traité de 1 260 accordoit seulement aux Génois la faculté de faire le commerce 3 . L'empereur grec, forcé par son état de faiblesse de dissimuler cet outrage en concédant au chef de l'usurpation l'île pour un temps et moyennant une redevance annuelle, se rapprocha des Catalans. Cette union fut peu durable; de nouvelles mésintelligences survinrent; elles furent l'occasion de vengeances et de représailles les plus affreuses de la part de ces cruels guerriers. Les Génois, qui peut-être avoient contribué à exciter l'empereur et les Grecs contre leurs rivaux, s'empressèrent d'offrir leurs services : ils attaquèrent les Catalans et firent le chef prisonnier.
Cependant les affaires de l'empire grec n'en furent pas plus prospères. Vainement l'empereur combla de récompenses sa flotte, qui étoit restée tranquille spectatrice du combat; vainement il s'abaissa jusqu'à s'allier avec les Turcs pour qu'ils l'aidassent contre les Catalans; ces derniers remportèrent une vie-
1 Pachymère, Hb. u, cap. xxxu. — • Pachymère , lib. vi,cap. xiv — 3 Du (ange. Recueil de ii^ertê, charte,, page 9.
Ivj INTRODUCTION.
toire signalée à Montecastro, et Constantinople fut menacée de tomber en leur pouvoir.
L'empereur envoya une ambassade à Gênes pour obtenir des secours ; la république étoit en proie aux guerres civiles , et d'ailleurs, si Ton en croit la relation des ambassadeurs grecs, on leur proposoit des conditions inacceptables Néanmoins les Génois de Galata, qui \o voient de plus près le danger, aidés d'un Spinola, qui arma dix-huit navires à son propre compte, essayèrent d'enlever Gallipoli aux Catalans : fe courage des femmes les repoussa. Une bataille rangée ne réussit pas mieux a . Le chef de ia colonie génoise entama enfin des négociations, dont le résultat fut que les Catalans abandonnèrent Gallipoli à l'empereur 3 .
Débarrassé de ces terribles ennemis, il entra de nouveau em guerre avec les Turcs; il remporta sur eux une victoire signalée, et les Génois firent prisonniers ceux qui avoient échappé au combat 4 .
Les riches dépouilles que leur produisit cet événement, mais bien plus encore les circonstances qui n'avoient cessé de leur être favorables, en leur donnant, comme je l'ai dit, page xj, le commerce exclusif de la mer Noire , accrurent la prospérité de l'établissement de Galata, tandis que la foiblessede l'empire s'augmentoit chaque jour par les haines et les ambitions de famille. L'empereur ne pouvoit même compter toujours sur les secours intéressés des Génois : les mêmes discordes civiles qui déchiroient la république s'étendoient à Galata, au point qu'on vit ies chefs du parti gibelin s'allier avec les Turcs pour attaquer cet établissement. Le massacre d'un grand nombre de Génois par ces implacables ennemis du nom chrétien ne les servit que trop fidèlement 5 .
Cependant Constantinople ne cessoit d'être pressée par les Turcs; et les guerres entre Gênes et Venise, qui avoient pour principal théâtre le Bosphore et la mer Noire , suspendant les approvisionnemens, cette capitale fut exposée à périr par la famine. L'empereur, forcé par les plaintes du peuple de quitter son rôle passif, ménagea une paix entre les deux républiques 6 .
1 Manuscrit de Cicala, cite par Sauli , 1. 1." , page 90 1 . — * Parhvmère, lib. vu, cap. xx\ — 3 Pacliymère, lib. vu, cap. vit. — * Nicephore Grcgoras, liv. vn , chap. x. — * Stella, apud Murator. R I. S. t. VI , col. 1051. — 6 Nicephore , liv. il, chap. v. Marin, t. VI, page 5.
INTRODUCTION. lvij
Vers ie même temps une légère indemnité sembla ie consoler. II reprit la possession de Scio, et Gênes ne fit rien pour s'y opposer, soit que sa situation ne lui permît pas de recommencer la guerre avec les Vénitiens, qui paroissent avoir secouru l'empereur dans cette occasion 1 ; soit que, en réalité, le gouvernement vît dans cette affaire le simple intérêt d'un particulier qu'il ne jugea pas convenable de soutenir. Les Guelfes, qui dominoient alors, prirent même quelques mesures pour s'opposer aux progrès des Turcs; mais, de leur côté, les chefs du parti opposé commettoient des hostilités contre l'empire et lui enlevoient plusieurs de ses dépendances *.
Encouragés par ces événemens, les Génois de Galata cherchoient sans cesse à accroître leur territoire. Cantacuzène, qui gouvernoit alors, eut assez de force pour refuser des concessions nouvelles que lui demandoit un envoyé de la république 3 , et pour les contraindre à rester dans leurs anciennes limites; il parvint même à recouvrer des dépendances de l'empire usurpées par quelques Génois.
Une révolution arrivée à Gênes fit triompher les Gibelins; l'établissement de Galata, presque entièrement de ce parti, y gagna l'avantage de reprendre des relations plus suivies avec la métropole. Craint ou respecté des peuples voisins 4 , il devint de plus en plus redoutable à l'empire grec; on a même accusé les chefs d'avoir eu de secrètes liaisons avec les Turcs pour les aider à s'emparer de Constantinople 5 . Soit que le reproche n'eût aucun fondement, comme semble le prouver la réponse catégorique faite par les Génois au roi d'Aragon qui leur avoit fait la même imputation c , soit qu'un pacte aussi honteux, s'il eut lieu, ne doive être attribué qu'à quelques particuliers désavoués par leurs compatriotes, l'empire grec échappa cette fois au malheur qu'il devoit subir cinquante ans plus tard.
L'empereur, qui voyoit l'imminence du danger, sollicita les secours des états chrétiens. Une croisade fut entreprise, sous le commandement de Humbert de Dauphiné : elle n'eut aucun résultat. Gênes n'y avoit point pris part; mais des Génois, sous prétexte de se joindre aux croisés, armèrent quelques
1 Niccphore, liv. ix, chap. ix. — * Nicc'phore, liv. xi, chap. I. — 3 Niccphore, liv. xi , chap. I. — *Traite'de 1387 avec un prince bulgare, Notices de$tnan. t. XI, page 65; M cm. de l'Acad. t. VII , p. 89 J. — 'Nicephore, liv. xi , chap. lv. — 6 AW o giornale Ligustico, p. 171.