III. . h
Iviij INTRODUCTION.
navires et s'emparèrent de nouveau de l'île de Scio en 1346
Cantacuzène, qui dans son gouvernement passager avoit développé quelque grandeur d'âme, tâchoit de conjurer la ruine de l'empire en négociant avec le pape Clément VI*, et surtout en s'appliquant à la restauration de la marine 3 . Les Génois de Galata en conçurent des inquiétudes; ils sollicitèrent de nouveaux avantages qui furent refusés avec énergie; mais la métropole, de son côté, ne voulut point faire droit aux réclamations de l'empereur contre l'usurpation de Scio 4 . Obligé de s'unir en 1350 aux Vénitiens , dont il avoit d'abord loyalement repoussé l'alliance, Cantacuzène soutint contre les Génois une guerre dont les succès furent longtemps balancés; mais ces derniers, ayant battu . la Hotte vénitienne près de Constantinople, obtinrent en 1352 un traité encore plus avantageux que les précédens 5 .
Ils n'en continuèrent que mieux à profiter des divisions intestines de l'empire; l'espoir d'obtenir de nouveaux avantages et d'exclure les Vénitiens les décida à prendre le parti du concurrent de Cantacuzène, qui, en 1355, descendit du trône sans résistance. Il ne paroît pas eependant que les Génois aient atteint complètement leur but, puisque Jean Paléoiogue renouvela en 1 362 les concessions anciennes en faveur des Vénitiens.
La nouvelle famille impériale éprouva aussi des discordes. Le fils de l'empereur qui conspiroit contre son père fut emprisonné. Aidé par les Génois, à qui il avoit promis en 1376 l'île de Ténédos, il recouvra la liberté et bientôt ravit le trône à son père. Celui-ci, de son côté, promit en 1377 aux Vénitiens dont il sollicitoit les secours, de leur céder la même Ne. H en résulta entre les deux républiques une guerre sanglante dans laquelle Venise fut sur le point d'être anéantie. En 1381 , un traité de paix, conclu par l'arbitrage du duc de Savoie, décida que Ténédos n'appartiendroit ni à l'une ni à l'autre république c .
L'issue de cette contestation ne fut pas néanmoins de rendre l'île à l'empire grec. Il paroît que les Vénitiens, au moyen d'une somme considérable qu'ils empruntèrent à Florence, désintéressèrent les Génois, et que, par un accord de 1 384 , ils conservèrent la possession de Ténédos 7 .
1 Stella, apud Murot. R. /. S. t. XVII, col. 1088. Jordan Catalano, page ii. — - Ray nu ht, Annales reel. t. VI, pag. 473. — 3 Cantariuène , liv. iv, chap. ix. — * Cantarurène, liv. iv, cl.ap. xii — - Sailli, t II, page 916.— 6 Marin, t. VI, page»18 — 'Pagnini, t. Il, page lis.
INTRODUCTION. Ux
L'empire grec étoit cependant compris dans le traité de paix; mais c'étoit pour lui imposer l'obligation de maintenir les privilèges que jusqu'alors il avoit accordés aux deux républiques.
II paroît que ces privilèges, au moins en ce qui concerne les Vénitiens» portoient le nom de trêves, et n'avoient qu'une courte durée, quelquefois de dix ans, quelquefois de cinq ans ou moins. Ceux dont j'ai pu recueillir les dates, en y comprenant les traités que j'ai déjà eu occasion de citer, sont de 1302, 1310, 1319, 1324, 1332, 1335, 1342, 1350, 1362 >. Quant à ceux que les Génois avoient obtenus, ils sont moins nombreux, parce que leur position étoit moins précaire. Maîtres d'une espèce de ville voisine de Constantinople dont ils faisoient trembler les souverains, ils n'avoient pas besoin de faire renouveler leurs privilèges; et les nouveaux traités n'étoient jamais que des concessions ajoutées aux précédentes, considérées comme irrévocables. Ceux qui ont précédé la paix de 1381, dont j'ai pu avoir connoissance, ont été indiqués plus'haut.
Ces républiques n'étoient pas les seules qui eussent fait des traités de commerce avec l'empire grec; le roi d'Aragon en fit deux, en 1200 et 1320, dans l'intérêt de ses sujets, et de la ville de Barcelone surtout Il en existe trois en faveur de la ville de Narbonne de 1340, de 1360 et 1377 3 . II est probable que d'autres villes commerçantes de la France en avoient de semblables, de même que les villes littorales de l'Italie, puisque le fait de leur commerce à Constantinople est attesté par Pegolotti et Uzzano, écrivains des xiv. e et xv/ siècles.
Après la. paix de 1381, qui, comme on l'a vu, confirmoit les anciens privilèges de Venise et de Gênes, ces républiques continuèrent de s'en faire concéder. On en commît un de 1382 en faveur des Génois 4 , et un autre de 1386 en faveur des Vénitiens 5 . Le premier est remarquable en ce qu'on y voit les Génois stipuler qu'ils ne seroient pas tenus de servir l'empire grec, même pour délivrer des forts pris ou assiégés par les Turcs. H paroît , comme je l'ai fait observer page xvij, qu'ils tenoient à rester en bonne intelligence avec ces barbares.
Le temps approcboit où toutes ces stipulations seroient sans
1 Marin , t. VI, page 138, cite le traite de 1363 ; les autres sont aux archives de Vienne. — 1 Caproany, t. II, pag. 307 et 468.— 3 Du Cange, Familia Bysantina, pag. 837, 839 — * Sauli, t. Il, page 860. — 5 Archives de Vienne.
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résultat, où cet égoïsme commercial seroit puni d'une manière éclatante. Le malheureux empire d'Orient , réduit presque à la capitale et à ses faubourgs, ne pou voit résister aux efforts continuels des Turcs; et les deux républiques rivales ne cessoient de se faire ia guerre pour se disputer quelques portions du territoire ou des îles qu'elles lui avoient enlevés.
Tout sembloit conspirer à sa perte. Après quelques efforts qui suspendoient l'instant fatal , il ne fut plus possible de se dissimuler l'imminence et la certitude de la catastrophe. Constantinople fit vainement un appel aux souverains de l'Europe. Divisés entre eux, occupés de leurs propres guerres, ils furent, ou insensibles, ou impuissans. Le pape seul comprit et signala le danger 1 ; ses efforts ne parurent que l'effet d'un zèle religieux et du désir de renouveler les croisades dont on avoit oublié ia gloire pour n'en considérer que les résultats inutiles. Constantinople et son empereur succombèrent dans un dernier et glorieux combat, le 29 mai 1 153 9 .
Venise et Gênes apprirent, par le massacre de leurs concitoyens, par le pHIage de leurs magasins, par la destruction successive de leurs établissemens , par les humiliations au prix desquelles il leur fut possible d'obtenir quelques concessions restreintes, précaires et presque honteuses 3 , l'étendue d'une perte qu'avec plus de prévoyance et de bonne foi elles eussent ou empêchée ou longtemps encore suspendue; elles virent trop tard ce que devoit leur coûter la chute d'un état qui, depuis plusieurs siècles, étoit la source de leurs richesses et l'aliment de leur puissance.
iu!i« L'industrie agricole de l'Italie, qui avoit fait déjà de grands générai. p r0 g r £ g ^ ana \ e xlI# c et sur t ou t dans le xin. c siècle, reçut des
accroissemens considérables pendant ceux dont je m'occupe en ce moment.
Tous les produits dont le sol fertile de cette belle partie de l'Europe est susceptible étoient cultivés avec une activité et un succès qui fournissoient au delà des besoins de la population toujours croissante. H en résultoit un excédant qui procuroit
• Pignotti , Storia délia Toscana , t. III , edit. in- 19, pag. 388 et 389. — » Duc «s, cap. xxxix. Notices des manuscrits, tac, t. XI , pag. 75 et suiv. — 3 Capitulations de 1 454,' ap. M. de Hammcr, ©rfdilfff ttt o»man»ria)*, t. I.", page 675, et t. II, page 543.
INTRODUCTION. fxf
des matières premières à l'industrie manufacturière et des moyens d'échange avec les autres pays K
La fabrication des étoffes de soie continua de se développer dans la Sicile et Ja basse Italie qui , les premières, l'avoient reçue de la Grèce. Mais à Venise, où l'on a vu, t. II, page liij, qu'elle étoit en activité dès le commencement du xin. e siècle, et où la législation ne cessa de l'encourager et de la surveiller; à Florence , où la corporation des fabricans en soie avoit des statuts dès l'an 1225 8 , elle reçut une prodigieuse extension, lorsqu'après le sac de Lucques ces villes donnèrent asile aux fabricans et aux ouvriers que les proscriptions et la fureur des factions avoient forcés de fuir leur malheureuse patrie 3 . Florence surtout surpassa promptement tous les autres pays dans la confection des soieries simples, des velours, des brocards et des belles étoffes, faites à l'imitation de celles que produisoient Damas, Bagdad, la Perse et les grandes manufactures de l'Asie 4 .
La même industrie se répandit à Pise, à Gênes, à Padoue, à Vérone, à Vicence, à Bassano, à Bergame, à Ferrare, à Bologne et dans la Lombardie 5 . Elle devint si considérable qu'encore bien que l'éducation des vers à soie et la plantation des mûriers se fussent singulièrement accrues, tant par l'effet de l'intérêt particulier que par celui des mesures que prenoient les gouvernemens et les législations, la soie indigène devint insuffisante , et qu'on étoit obligé de s'en approvisionner au dehors et jusque dans le Levant 6 .
L'Italie continua de rivaliser avec la France et la Flandre dans la fabrication des étoffes de laine. Cette industrie se développoit de plus en plus à Venise et dans les états continentaux qui en dépendoient 7 , à Gênes, à Pise, à Florence 8 , dans les villes de la Lombardie, du Bolonois, du Ferrarois 9 ; elle reçut un puissant encouragement par les mesures que prirent les gouvernemens de ces différens lieux en interdisant la consommation des draps étrangers t0 , et en favorisant au contraire l'extraction des matières premières indispensables, pour sup-
1 Pcgolotti, pag. G, SI, 99 Uzzano, cap. lxxxi. — » Pagnini , t. II, page 105. — 3 Sandi, Storia de Venezia, lib. vm, page 894. Pagnini, t. II, page 109. — 4 Pagnini, t. II, png. 116 et suiv. — 5 Sandi, liv. v, page 958, Nuovo giornale Liguslico, pag. 390. — 6 Pagnini, t. II, page lis. — 7 Pegoiotti , page 90. Marin, t. V, page 946. — * Nuovo giornale Liguntico , pag. 391, 451. — • Tarifs de transit, cites par Muratori , t. II .dissert. xxx. Pegoiotti , pag. 90 et 91.- "»Gioja, Bibtioth. italiana, t. XLIV, pag. 909.
Ixif INTRODUCTION.
pléer à l'insuffisance des laines indigènes , et surtout utiles à la fabrication des draps d'une qualité supérieure : on les tiroit principalement de l'Angleterre , de l'Espagne, du Portugal, de la France, de la Barbarie
L'industrie italienne s'exerça dans l'art de donner aux draps et aux étoffes de laine, fabriqués dans la France et la Flandre, un apprêt et une qualité qui en doubioient le prix. Florence fut longtemps la seule qui connût les procédés de cet art appelé Kalimaca a . Le nombre de ceux qui exerçoient cette profession étoit si considérable qu'ils formoient une des sept corporations principales de la république 3 . Il paroît même que , dès le xin. e siècle, on connoissoit en Italie des draps auxquels étoient appliqués, suit par l'impression, soit par la broderie, des ornemens d'or 4 .
Les étoffes de coton devinrent assez généralement en usage; Venise, Gênes, la Lombardie en fabriquèrent 6 . Cependant cette sorte de production ne dut avoir qu'une foible importance; l'Asie fournissoit des étoffes de coton en tous genres qui l'eniportoient pour la qualité sur celles qu'on faisoit en Europe.
La fabrication des toiles de lin et de chanvre, qui avoient lieu principalement dans la Lombardie, à Padoue, à Bologne 6 et dans le Piémont 7 ,dut présenter plus d'avantages, puisque nonseulement elle avoit à satisfaire les besoins d'une consommation locale qui ne cessoit de s'accroître, mais encore que les toiles pouvoient avec avantage être portées en Asie pour servir de matière d'échange.
La teinture étoit un accessoire presque indispensable de la plupart de ces fabrications; depuis longtemps on y empioyoit avec succès l'alun exporté de l'Asie mineure, et surtout des mines célèbres de Phocée dont l'exploitation appartenoit aux Génois. Il paroît qu'on en tiroit aussi du voisinage de Tunis et du royaume de Naples 8 . L'emploi du kermès et de la garance avoit été emprunté aux Français et perfectionné 9 . Un Florentin importa dans sa patrie, au xiv. e siècle, la teinture avec l'orseille, et son nom fut consacré par la reconnoissance publique 10 .
1 Pagnini, t. II, pag. 99 et 98. — ! Pagnini , t. H, pag. 57 et 64.— 3 Pagnini , t. II, page 98.
— * Nuot'o giorn. Ligustico, pag. 459. — 5 Marin, t. V, page 950. Uzzano, cap. i.xxxi.
— fi Murât. Amiquit. t. II, fol. 847.— ' Uzzano , cap. lxxxi.— 8 Nuovo giomale Ligustico, pag. 999. — «Pegolotti, page 40 — 10 Pagnini, t. II, page 100. Manni, De florentins iuventis commentariw.
INTRODUCTION. ixiij
Les difFérens procédés de ces teintures furent exposés dans un écrit que la presse répandit, dès les premiers temps de l'invention de l'imprimerie H est probable que les bibliothèques d'Italie, de Florence surtout, si riches en manuscrits relatifs ù l'industrie du moyen âge, contiennent d'autres ouvrages peutêtre plus anciens sur cet objet.
L'usage du papier, qui devint général et se répandit en tous pays, fut l'occasion d'un grand développement des papeteries établies dans le Frioul, à Brescia et dans quelques autres parties du territoire continental de Venise ; et puisque je parle de la matière qui servoit à l'écriture, je ne peux omettre le commerce des livres qui, tout restreint qu'il dût être tant que l'imprimerie ne fut pas connue, étoit néanmoins un objet assez important *.
L'ancienne industrie de Venise, pour la préparation de la cire, s'accrut à mesure que le luxe en augmentoit la consommation dans les palais des riches et des grands, et dans les solennités du culte. Soit que l'industrie des ouvriers eût porté au plus haut degré l'art de blanchir la cire, soit, comme l'assure un auteur vénitien, que l'air, les eaux, la position isolée d'une ville inaccessible à la poussière du continent, donnassent des qualités particulières à la cire de Venise, il paroït incontestable que nulle part on n'en fabriquoit de plus belle, et surtout avec des formes plus variées 3 .
L'Italie possédoit aussi l'art de fabriquer le savon; celui de Venise, de Gênes, de Pise, de Gaëte, d'Ancone, étoit un objet considérable d'exportation pour le Levant 4 .
La même activité se faisoit remarquer dans les raffineries de sucre que Venise, la première, avoir introduites en Italie. Cette ville étoit également célèbre par la composition des drogues médicinales, et surtout de cette fameuse thériaque qui passoit pour une panacée universelle.
On a vu que l'art de faire du verre étoit très-ancien à Venise. Les procédés en avoient même été exposes dans un ouvrage manuscrit du patricien Man ni, composé au xin/ siècle 11 reçut dans les XIV.* et xv. e siècles une grande extension. Partout
1 Bertholiet, Élément de l'art de la teinture, t 1 er , page 91. — 4 Nuovo giornale Lirait. pag. 395. — * Formaieoni , Storia filosofica délia navigatione, t. II, cap. xxui. — â Pegoloui, page 15. Uzzano, cap. xvi. — 5 Formaieoni, t. II, cap. xix.
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nise en fournissoit comme matière de ses échanges commerciaux, depuis les plus simples ornemens du petit peuple connus sous le nom de verroteries , jusqu'aux plus brillantes parures qui iraitoient l'éclat et les couleurs des pierreries; depuis les vases les plus communs jjfcqu'aux plus riches cristaux; depuis les vitres des plus modestes habitations jusqu'aux glaces des plus somptueux palais Dès le xm. c siècle, une loi de 1 255 avoit prescrit des mesures pour conserver cette industrie au pays *. '
L'exploitation des mines et le travail des métaux se développèrent aussi. Le commerce du sel dont on a vu , tome II , page liv, que Venise et Gênes étoient en possession , s'accrut naturellement dans la proportion de la population et des besoins de l'agriculture ou de l'industrie. Les mines de fer de l'île d'Elbe , de Pietra Santa 3 , et de quelques autres parties de la Toscane, produisoient en abondance un fer qu'on exportoit brut ou travaillé pour l'Orient; Venise tira tout le parti dont elles étoient susceptibles des mines de fer ou de cuivre du Frioul, de la Cari m hic et du Cadorin 4 ; il paroît que pendant longtemps ses manufactures conservèrent le secret d'employer le borax pour faciliter la fonte des métaux. B rescia travailloit le fer et l'acier 5 . Venise, Gênes et la Lombardie étoient célèbres par la fabrication des armes 6 .
H en étoit de même des métaux précieux qui, indépendamment de leur conversion en monnoie pour solder les échanges , étoient employés à une multitude d'objets de luxe. On voit, par une chronique de Venise, qu'au commencement du xii.' siècle, le nombre des orfèvres, dans cette seule ville, étoit considérable 7 . On y montoit, avec autant d'habileté que d'élégance, les pierreries et les autres objets destinés à la parure. On fabriquoit aussi en Italie une grande quantité de fils d'or et d'argent, employés à tisser des étoffes connues sous le nom de brocards. Venise, Gênes, Lucques et Florence, rivalisaient dans ce genre d'industrie 8 .
' Sandi, liv. vin, page 894. Marin, t. III, page 999. — * Marin, t. V, page 959. — 8 L'/zano, cap. LVli. — 4 Xavagero, Storia Veneziana , ap. Murât, t. XX Ml' fol. 1194. .Sandi, liv. vin , page 897. — 6 Uzzano, cap. xn et lxxxi. — 6 Sandi, liv. vin, page 397. L'zzano, cap. lxxxi. Nuovo giornale Ligustieo , pag. 390. — 7 Nuovo giornale lÀgustico, pag. 994 et 390.— * Pegolotti , page 8. Bcnedetto Dei, cite par Pignotti, Storia delta Toscana , *«ggio ni, n. 69.
Une multitude d'objets connus sous le nom de bijouterie, quincaillerie et mercerie, étoient aussi fabriqués dans les villes que j'ai nommées et dans plusieurs autres, parmi lesquelles on remarque principalement Gênes 1 , Bologne», Parme, Crémone 3 , Mantoue, Pérouse 4 , et Milan qui étoit le marché et l'entrepôt de toutes ces marchandises pour la haute Italie.
La préparation des cuirs et des peaux, principalement connus sous le nom de maroquins et de cuirs dorés , ainsi que des pelleteries qu'on faisoit venir brutes des pays septentrionaux, fut aussi un objet important de travail dans les plus considérables de ces villes 5 .
On peut croire même, d'après un très-ancien document existant à Gênes, que la fabrication des chapeaux de paille, dans laquelle la Toscane a atteint une si grande supériorité, étoit, au xiv/ siècle, un objet de l'industrie italienne 6 .
Dans cet extrait sommaire de ce que nous apprennent les écrivains du temps, je n'ai nommé qu'un petit nombre de villes où ces industries diverses étoient assez considérables pour avoir fixé leur attention; mais il est impossible de méconnoître que l'exemple, les relations habituelles et jusqu'aux révolutions concoururent à les répandre dans les autres villes 7 .
Nonobstant l'état perpétuel de guerres et de discordes civiles qui désolèrent l'Italie, aux XIV." et xv. e siècles, armèrent les villes les unes contre les autres, divisèrent les citoyens et jusqu'aux membres des familles, le luxe s'étendoit avec une rapidité et un excès qui donnoient lieu aux déclamations répétées des moralistes, en même temps qu'ils éveilloient, mais sans fruit, la sollicitude des magistrats 8 .
Les communications commerciales destinées à répandre les productions de l'agriculture et de l'industrie continuèrent telles que je les ai indiquées , tome II , pages Ivij et suivantes ; les foires qui réunissoient les commerçans furent de plus en plus fréquentées ; de nouveaux moyens s'établirent avec une activité proportionnée aux causes qui les rendoient néces-
1 Nuovo giornale Ligustieo, pag. 391. — * Pegolotti, page 149. Uzzano, cap. i.xxx. — 3 Uzzano, cap. lxvi. — * Pegolotti , page 1 t9. — 4 Pagnini, t. II, page! 41. — 6 Nuovo gwrnalr Ligustieo, pag. 399. — 7 On trouve beaucoup de détails sur l'industrie des ville* italiennes dans le tableau du commerce d'Anvers par Guichardin , Descrittione di tutti i paesi bassi, êcc. — 8 Mussic, Chron. apud Murât. Rer. Ital. Script, t. XVI, col. 579. nuovo giornale Ligustieo. pag. 399.