‹ Tableau du commerce antérieurement à la découverte de l'Amérique, servant d'introduction à la collection de lois maritimesChapitre 20 sur 29 · III. 1 i · texte numérisé non relu

III. 1 i

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saires On voit même dans les historiens que la plupart des guerres avoient précisément pour origine des relations de commerce qu'il falloit défendre ou conquérir.

Le développement de toutes ces causes éleva à un point surprenant la prospérité de l'Italie, à la lin du xv. e siècle.

Elle étoit divisée en un grand nombre de républiques et de petits états indépendans de tout joug étranger, qui rivaiisoient d'industrie, d'opulence, et où le luxe ne cessoit de s'accroître. Les richesses, accumulées par un travail assidu et une longue et sévère économie, jetèrent les héritiers de ces grandes fortunes dans un excès opposé à celui qui en avoit été le principe. Tous les arts qui peuvent concourir à l'agrément de la vie, et même à la satisfaction des plus futiles caprices, se développèrent et reçurent un salaire proportionné au plaisir que procuroient des. jouissances longtemps inconnues. Mais, on doit s'empresser de le dire, la plupart des possesseurs de ces richesses en faisoient le plus noble usage. Sous leurs auspices et à l'aide de leurs encouragemens, les beaux-arts se réveillèrent d'un trop long sommeil. Florence, Venise, Bologne, produisirent des peintres, des sculpteurs, des architectes, dignes émules de ceux dont l'antiquité a consacré les noms. Les belles-lettres , la poésie, illustrèrent Dante, Pétrarque, Boccace; de toutes parts une noble émulation, multipliant les encouragemens aux artistes et aux savans, préparoit le grand siècle de Léon X. Rome surtout, par la position que lui avoient enfin donnée les événemens politiques et ses rapports religieux avec toute la chrétienté, étoit, comme l'ancienne capitale du monde, un centre où toutes les richesses affluoicnt; où se consommoit une multitude d'objets de luxe; où la circulation perpétuelle des capitaux opéroit un mouvement commercial égal à celui que l'industrie produisoit dans les villes les plus manufacturières 8 ; où la protection éclairée des pontifes et des grands enfantoit ces chefs-d'œuvre des arts que le voyageur ne peut considérer sans éprouver les plus vives émotions.

Je n'ai encore parlé que des développemens du commerce intérieur; mais puisque les richesses qui furent la source de l'éclat dont les républiques italiennes ont brillé, en même temps

1 Mnratvri, Antiquit. irai, medii m4jt> II, col. Wtf. Marin, t. V, liv II, chap. tv. Uu.ario, cap. xx. — * lJz7.ano, cap. lxvii.

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qu'elles devinrent souvent la cause de leurs malheurs, étoient principalement le résultat du commerce extérieur, je dois exposer ce que nous en connoissons.

Les relations par voies de terre avec l'Allemagne et la France se multiplièrent; les circonstances qui, pendant la durée de près d'un siècle, fixèrent à Avignon le siège du gouvernement pontifical, accrurent surtout ies communications avec ce dernier pays, et avec ceux qu'il falloit traverser pour les entretenir.

Mais, comme dans les siècles précédents, la navigation fut le plus puissant moyen de commerce, et les mêmes villes qui s'y livroient alors continuèrent d'en être les agens avec un succès et des profits toujours croissans.

Venise, Gênes, Pise, Florence, sont les plus célèbres; elles n'étoient pas les seules. Ancône continua de fleurir par l'industrie 1 ; ses navigateurs, qui le plus souvent servoient d'intermédiaires au commerce de Florence avec l'Orient, fréquentoient le port deConstantinople 8 , l'île de Chypre 3 , les cotes de Barbarie 4 ; elle étendit ses relations dans un grand nombre de villes de l'Europe et jusqu'à la Flandre 6 . Sa position sur l'Adriatique la mettoit dans la nécessité de ménager Venise, avec laquelle il ne paroît pas qu'elle ait eu de différends sérieux; et la continuation de ses rapports avec Gênes, par suite d'un traité fait en 1276 6 , prouve qu'elle comprit tout ce qu'il y avoit 'pour elle d'avantageux à garder une prudente neutralité entre les deux rivales qui se disputoient le sceptre de la Méditerranée.

On peut en dire autant de quelques autres villes maritimes de la mer occidentale d'Italie, sur lesquelles Gênes exercoit une sorte de patronage 7 , comme Venise sur l'Adriatique; ce qui néanmoins, comme on en verra des exemples dans la suite, ne privoit pas ces villes du droit de faire des traités de commerce en leur propre nom.

Le royaume de Naples, qui, pendant les deux siècles dont je m'occupe , forma une souveraineté distincte de la Sicile , puisque ces pays divisés par la révolution de 1282 ne furent unis sous la même domination qu'en 1479, avoit un commerce fort actif.

1 Pegoiotti , pag. 11,94, 36. — 1 Pcgolotti , pag. 1 53 et suiv. — 9 Pegolotti , pag. 1 99 et 1 95. — * Pegolotti, pag. 978 et «uiv. — * Pegolotti, pag. 949 et suiv. Uzzano, cap. vu. — 6 Forges, Dis$. sulle seconde moglie di Manfredi , append. page 71. — 7 Fedcrici, Lellcra suit alcune memorie délia republ. genovese, pag. 39 et fuiv.

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La multitude et la variété des produits qu'on y recueilioit donnoient lieu à une exportation considérable qui le mettoit en relations avec Constantinople 1 , la mer Noire* et avec tous les autres pays qui se livroient au commerce 3 , surtout avec Marseille qui, de même que l'état de Naples, obéissoit à la maison d'Anjou. Mais ces relations lurent sans doute soumises à l'influence des guerres terrestres et maritimes, dans lesquelles ce pays fut longtemps engagé; et ce n'étoit que dans une très-foible proportion que sa marine, toujours occupée à la guerre, prenoit part au commerce maritime. Le royaume de Naples possédoit quelques ports assez importans : les principaux étoient Gaëte, Amalphi, Brindes, Trani, Otrante.

On peut croire que Gaëte ne cessa point d'entretenir son commerce avec les côtes de Barbarie, où dès 1125 elle avoit un consulat 4 . II paroît certain que les autres ports jouissoient des mêmes avantages 5 . Trani, qui çontinuoit d'avoir sur les côtes de la Syrie et probablement en Egypte les relations que j'ai indiquées, t. II, page v, étoit, ainsi que le constate un document de 1280, un grand dépôt de marchandises asiatiques 6 .

La Sicile, soumise depuis la fin du xm. e siècle aux rois d'Aragon, dut à cette cause des rapports plus suivis avec la Catalogne et l'orient de l'Espagne. Ses produits étoient un objet considérable d'exportation 7 , non-seulement par les navires nationaux, mais par ceux des Génois, des Catalans et des navigateurs du Languedoc qui y jouissoient de plusieurs franchises, et qui, à leur tour, y portoient leurs productions industrielles 8 . Messine et Palerme en étoient les villes les plus commerçantes; les marchandises de tous les pays y abondoient 9 .; indépendamment de leurs relations avec le royaume de Naples 10 et le reste de l'Italie constatées par des traités avec Venise de 1365, avec Gênes de 1292, avec Pise de 1316 1 1 , leur commerce avec la France est prouvé par un traité avec Narbonne de 1331. Ces villes commercoient aussi avec l'Espagne, la Flandre, l'Angleterre, les côtes de Barbarie, l'Egypte, la Syrie, la Morée, l'île de Chypre, de Rhodes et Constantinople

1 Pegolotti, pag. 33, 3:». — * Pegolotti, page G. — 3 Pegolotti, pag. 10], 161, 18:>, 193. Uzzano, cap. îv, v, vi , xxiv, LUI. — * Federici , Storia di Gaeta . pag. 489. — 5 Pegolotti pag. 133,183. — 6 Forgea, page 78. — 7 Pegolotti, pag. 39, 97. — 8 Pegolotti , page 101. — » PegoloUi, page 100. — 10 Pegolotti, pag. 98, 103.— " Pegolotti, pag. 10», 105. — 11 PegoloUi, pag. 34, 108, 103, 193, 195- Uzzano, cap. m, LIV,LVIII, LXXVlll et LXXXII.

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Les îles de Corse et de Sardaigne, objets de contestations assez longues et assez vives entre les Pisans , les Génois et les rois d'Aragon , avoient aussi quelque part au commerce par l'exportation de leurs produits en diverses contrées ». Lorsque la Sardaigne eut passé sous la domination du roi d'Aragon , les relations de ce pays avec la Catalogne devinrent plus intime?.

Après cet exposé de l'ensemble du commerce italien, il est de mon devoir d'entrer dans plus de détails sur celui des républiques de Venise, de Gènes , de Pise et de Florence, qui ne cessa d'être mêlé aux guerres qu'elles soutinrent les unes contre les autres, guerres dont je n'ai cependant à m'occuper qu'autant que j'y serai contraint par la nécessité d'éclaircir les principaux faits relatifs à ce même commerce.

Venise, la plus puissante de ces villes , en même temps qu'elle \>ni<e. avoit un gouvernement plus capable de prendre des résolutions fermes et d'en poursuivre l'exécution avec constance, fut la première qui sentit la nécessité de recouvrer par des négociations les communications avec le Levant que la catastrophe de 1291 sembloit devoir interdire pour toujours. Une sorte de convention provisoire, faite en 1292 avec le gouverneur de JafTa lui donnoit l'espoir assez fondé que des démarches auprès du Soudan d'Egypte seroient bien accueillies.

La situation politique de Venise lui commandoit de ne pas perdre un instant. Par une de ces mesures dont le succès peut seul justifier la hardiesse, sans les rendre plus justes, elle avoit, en 1270, sous prétexte de représailles contre les villes de Lombardie, proclamé sa souveraineté sur l'Adriatique, et assujetti à un tribut tous les navires qui la parcouroient. Cette mesure avoit excité un mécontentement général. Le pape, il est vrai, choisi pour arbitre, donna raison aux Vénitiens par un motif qu'euxmêmes n'avoient point encore allégué; il déclara que Venise, défendant l'Adriatique contre les corsaires musulmans, avoit droit d'exiger une indemnité. Cette décision pouvoit étouffer quelques murmures, mais non convaincre et rapprocher les esprits. Un grand déploiement de forces devint nécessaire pour l'appuyer. D'un autre côté, Venise avoit été réduite à terminer en 1299 sa

1 Pcgolotti, pag. 110, 1 11, IÏ3, 195. Uzzano, cap. lxxvii. Fanucci, t. III, page 990. — * Marin, t. V, page 91.

guerre contre les Génois par un traité humiliant qui fui interdisoit de naviguer pendant treize ans, avec des navires armés, dans la mer Noire et vers Constantinopie ». Elle voyoit ainsi presque fermés pour elle l'accès de la capitale de l'empire grec , les voies du commerce asiatique par la haute Asie et les pays du Caucase.

Les vastes possessions qu'elle avoit acquises dans le continent de l'Italie, dans l'Istrie, la Dalmatie, le Vicentin, le Padouan , les Iles Ioniennes, plusieurs de l'Archipel , la Morée; son commerce avec l'Allemagne, la Hongrie, la Pologne, et jusque dans la Russie ; ses alliances avec les Bulgares et les peuples qui avoisinoient l'embouchure du Danube jusqu'à la Tauride; ses relations dans toute l'Italie, la France, l'Espagne , et jusqu'en Flandre et en Angleterre , lui offroient une multitude de points de commerce et des produits d'une grande importance *.

Il failoit des débouchés, des moyens d'échange, et les marchandises asiatiques, de plus en plus désirées par les Européens, offroient les plus lucratifs.

Les Vénitiens pouvoient, il est vrai, s'en approvisionner dans la petite Arménie; mais toutes les autres villes commerçantes de la Méditerranée y étant admises avec une égale faveur, l'avide et orgueilleuse république y trouvoit une concurrence qu'elle redoutoit.

Des relations en Egypte et en Syrie pouvoient seules balancer la prépondérance de Gênes à qui ses établissemens dans la mer Noire n'eussent pas tardé à donner le monopole du commerce asiatique. Le sénat s'empressa dès 1302 3 de renouveler avec le Soudan un traité fait en 1262 sous de meilleurs auspices.

L'intérêt de ce dernier lui commandoit de n'être pas exigeant; mais la sévérité de la cour de Rome présenta plus d'obstacles. Soit par exagération de sentimens religieux, soit dans le but politique d'entretenir plus longtemps i'éloignement des chrétiens pour les musulmans, et de ne pas détruire l'espoir de nouvelles croisades, le pape avoit renouvelé la défense, sous peine d'excommunication, de porter aux ennemis de la foi, des bois de construction, des grains, des armes. C'étoit, par le fait, rendre

1 Federici, Le t fera , f*c. pag. 34 et 35. -i— 2 Pegolotti , pas. 17 et 99. Uzzano, cap. xi. — 3 Marin, t. IV, page 973, le date de 1303; mais celle que [e donne m'a e'te indiquée par M. de Hammer.

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impossible tout commerce avec l'Egypte, où ces objets étoient presque la seule matière d'échanges avantageux , et où précisément le nouveau traité en favorisoit l'importation.

Le sénat de Venise se trouva, pendant quelque temps, dan» l'impossibilité de faire auprès du pape, pour obtenir quelques modifications à ces mesures prohibitives, des démarches qui lui avoient réussi autrefois , comme on l'a vu tome II , pages xliij et xliv.

Une division s'étoit élevée entre le saint-siége et la république , à l'occasion de Ferrare. Le pape avoit soutenu ses prétentions et ses mesures militaires avec le secours des armes spirituelles. II avoit mis la république sons l'interdit, prêché contre elle une sorte de croisade, provoqué les autres puissances à confisquer les propriétés vénitiennes, et n'avoit été que trop bien servi *.

La paix fut enfin rétablie; la fierté du sénat s'abaissa jusqu'aux démarches les plus humiliantes pour rentrer en grâce avec le saint-siége; et des négociations pour obtenir la faculté de faire le commerce en Egypte devinrent possibles. Venise obtint, pour cinq ans, la faculté d'expédier six galères et quatre naves destinées à trafiquer avec les musulmans en Egypte et en Syrie a .

Dès que cette concession eut été accordée, de nouvelles négociations eurent lieu avec le Soudan. Les succès d'une guerre contre les Turcs, qui avoient ravagé les côtes de la Romanie, les rendirent faciles, en montrant que la république pouvoit être redoutable. Des traités successifs assurèrent aux Vénitiens la faculté d'entretenir un consul à Alexandrie, et de rétablir les comptoirs de Syrie 3 .

Alors un service régulier de transports s'établit entre Venise et les pays musulmans. Deux flottes, l'une sous le nom de Syrie, l'autre sous celui d'Egypte, pu noient périodiquement *,et, après avoir relâché dans les états et les ports de la Grèce qui appartenoient aux Vénitiens , elles portoient , pour les échanger contre des marchandises asiatiques, les produits de ces contrées et les marchandises européennes qui a fil u oient dans les magasins de la république.

1 Marin, t V, page 331.— 4 Danduii, Chron. op. Muratori, R.I.S. i. XII, col. 40». — 3 Marin, t. VI, page 136. M. de Sacy, Chrettomathie arabe , t. H, pag. 47 el 48. — * Sandi , liv. v, pag. i54, et liv. vin, pag. 898.

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Cette prospérité, quelque temps troublée par la rébellion de Candie que Venise réussit, quoique avec peine, à étouffer, donna à son commerce une impulsion qui excita ia jalousie des Génois; elle fut accrue par l'alliance que Cantacuzène, empereur grec, fit avec leurs rivaux, comme on l'a vu page Iviij. Le petit nombre des navires vénitiens qui naviguoicnt dans la mer Noire furent pillés. Après une guerre de sept ans, dans laquelle les Catalans lui servirent d'auxiliaires, Venise, ne redoutant pas moins la versatilité de l'empereur grec, qui avoitété forcé de faire une paix désavantageuse avec les Génois, que les armes de ses ennemis, fut réduite à consentir en 1365 un traité plus humiliant encore que les précédens, par les nouvelles limitations qu'il apportoit à son commerce dans la mer Noire '.Elle n'en reconnut que r mieux la nécessité de multiplier et d'étendre ses relations en Egypte et en Syrie.

Mais une entreprise à laquelle le gouvernement vénitien prit part contre les règles de sa prudence ordinaire interrompit cette situation favorable et manqua de la faire cesser sans retour.

Le roi de Chypre, d'accord avec le grand maître de Rhodes, espérant mettre fin aux déprédations que les émirs de Syrie et le Soudan leur faisoient éprouver sans discontinuation, conçut le hardi projet d'attaquer Alexandrie.

C'étoit une nouvelle eroisade. L'idée en fut vivement saisie par le pape; il engagea les Vénitiens à y prendre part. Le désir de plaire au souverain pontife, l'espoir d'un, succès qui auroit évidemment fait passer le commerce de l'Egypte dans leurs mains, sans aucune des charges et des restrictions humiliantes qu'il leur falloit subir, les entraînèrent. Déjà Alexandrie étoit, à leurs yeux, une conquête dont les guerriers auroient eu la gloire et Venise tout le profit.

Alexandrie fut effectivement prise en 1366 et la (lotte égyptienne incendiée; mais l'approche du soudan , avec une forte armée, obligea les alliés à se retirer au bout de quatre jours, et , pour quelques richesses d'un moment, ils laissèrent en Egypte la haine la plus vive contre les chrétiens. Tous furent mis aux fers , les marchandises confisquées, les comptoirs détruits *, et Venise ouvrit trop tard les yeux sur l'imprudence de cette agression.

1 Marin, t. VI, page 189.— » Macrisi, cite par M de Sacy, Chrestomathic arabe, t. II, page 49, dans ses notes sur Khalyl-Dhaheri.

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L*adresse des négociateurs, for répandu à propos, conduisirent les choses à un point tel que la république persuada au soudan qu'elle étoit étrangère à l'entreprise, et la rendirent médiatrice d'un traité entre ce souverain et le roi de Chypre.

A peine Venise avoit échappé à ce danger que la révolte de ses colonies, des guerres en Italie, et une plus redoutable ens core contre les Génois, connue sous le nom de guerre de la Chiozza, la réduisirent à un point tel que, sa flotte ayant été détruite en 1379 par Lucien Doria, elle fut près de tomber au pouvoir de ses implacables ennemis. L'histoire a consacré les noms de deux citoyens dont la vertu et le courage, dignes des temps antiques, sauvèrent leur patrie '.Une paix désavantageuse, mais nécessaire, conclue par la médiation du comte de Savoie, en 1381, mit fin à cette crise 9 . Un dévouement semblable à celui qui avoit repoussé l'ennemi se manifesta dans toutes les classes des citoyens pour rétablir la fortune publique et la marine nationale.

Convaincue qu'il n'y avoit plus moyen, surtout d'après les clauses du dernier traité, d'essayer les moindres tentatives de commerce dans la mer Noire, Venise y renonça presque entièrement; elle n'en fit même qu'un assez restreint à Constantinople, où la prépondérance des Génois et leurs hostilités contre les navires vénitiens avoient forcé ces derniers à demander un mouillage qui leur permît d'éviter les occasions de rixes avec les habitans de Galata 3 . La république renouvela ses traités en Egypte, y obtint des modérations de droits, se livra au soin d'approvisionner de marchandises asiatiques toutes les côtes de l'Europe jusques à l'Angleterre et la Flandre, et ne trouvant, de ce côte, de rivalité que dans les Catalans, dont elle pou voit facilement déjouer la concurrence, elle obtint le monopole du commerce européen. Des orages passagers, tels que des guerres quelquefois malheureuses contre les Génois, les pillages de Tamerlan, suspendirent de temps en temps l'exportation des marchandises asiatiques et les rendirent plus rares et plus chères; mais ces pertes étoient promptement réparées, et les Mémoires du maréchal de Boucicaut, qui, dans l'intérêt des Génois, causa plusieurs fois des dommages considérables aux magasins «les

1 Chinazzo, Cronic. de la euerra di Chiozza, apud Murât, R. I. S. t. XV. — * Marin , t. VI , page 806. — » Manusc. ap. Filiasi, Memorie storiche dei Veneli, t. V, part. Il, cap. xtvu

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