III. k
Ixxiv INTRODUCTION.
Vénitiens en Syrie, s'accordent avec les historiens pour attester que les arméniens de la république couvroient les mers.
Instruite par l'expérience de 1366 et sacrifiant tout au désir de gagner, Venise souffroit que ses sujets éprouvassent en Egypte une multitude de vexations et d'humiliations; elle n'osa s'armer en faveur du roi de Chypre, son allié, que les musulmans avoient fait captif après avoir pillé sa capitale; se borna au rôle de médiatrice; traita de ht rançon du prince, en avança le prix, et se concilia ainsi l'amitié de deux souverains qu'elle avoit intérêt de ménager.
Cette politique lui réussit. Maîtresse de l'Adriatique, elle s'assura le commerce de la haute Italie par l'acquisition du Frioul, de la Murehe Xl'évisane, du Padouqn et d'un grand nombre d'autres petites principautés. Lorsqu'elle ne pouvoit porter son commerce avee son empire dans les lieux voisins, elle stipuloit des traités avantageux : tels sont, entre autres, les deux de l'année 1 .327 avec Corne et Brescia l . Elle multiplia ses établissement sur les côtes de la Grèce , acquit l'île de Négrepont, intervint souvent avec succès dans les querelles qui divisoient la famille impériale 4e Constantinople , et dans celles que l'empire avoit avec les Génois de Galata; et, si elle ne reprit pas son ancienne prépondérance dans la mer Noire, ses navigateurs ne restèrent pas totalement étrangers au commerce asiatique qui avoit lieu de ce côté»
Venise n'avoit pas inoins d'avantages dans ses relations avec les côjtes de Barbarie; elle fit en 1305, 131 7 et 1320 des traités avec le souverain de Tunis a ; en 1356 avec celui de Tripoli 3 ; et Léon atteste que les commerçans vénitiens fréquentoient les côtes de Fez 4 .
J'ai donné plus haut, en parlant du commerce général de l'Italie, quelques détails sur l'industrie manufacturière de Venise ; je n'ai besoin de rappeler ici que ce qui concerne deux branches spéciales de commerce, celui du blé et celui du sel. L'approvisionnement de la ville étoit l'objet du premier; le gouvernement f avoit assuré, pour les besoins ordinaires, par des traités avec les pays du continent qui produisoient du blé, et par un grand développement donné à l'agricujture dans les parties de
' Marin, t. VI, pag. 878 et 875.— * Marin, t. IV, pag. 885 et 887; t. VI , page 338 — « Marin , t. IV, page 389; t. V, page 45 — * Lc"on, foi. 54 c.
INTRODUCTION. * Ixxv
l'empire grec appartenant à la république, notamment dans l'île de Candie. Le9 stipulations arec les rois de Sicile, avec le Soudan d'Egypte et les souverains de Barbarie, assuroient les ressources extraordinaires, au défaut des premières. Souvent le résultat de ces mesures mit les Vénitiens en état de fournir eux-mêmes du bfé à d'autres pays Le commerce du sel, dont j'ai déjà parlé, t. Il, page liv, n'étoit pas borné aux seuls besoins locaux, du ait monopole que le gouvernement exerçoit dans les pays de sa domination; H étoit un objet considérable d'échange avec les étrangers ; et comme une grande partie du sel étoit extraite de la mer Noire et do la Barbarie, il fournisse» h un aliment à la navigation 8 .
Le commerce destiné à introduire en Europe les productions de l'Asie et de l'Afrique est ce qui doit particulièrement m'occuper. Quoiqu'en général ce commerce ait été maritime, ou du moins quoique cette voie ait été la plus étendue et la plus importante, Venise ne négligea aucun des moyens qui pouvoient lui permettre de le faire par les voies de terre, avec les contrées qui l'avoisinoient et toutes celfes où Cette voié étoit la seule praticable. Elle employa, pour s'en assurer les moyens, la force quand cela lui fut possible, et l'habileté des négociations; ainsi par un traité de 1352 avec un prince bulgare s, par on autre de 1346 avec un souverain de Bosnie, renouvelé par celui de 1444 4 , traités qui en supposent de plus anciens, Venise, Voulant apporter un remède aux difficultés de ses rapports avec la mer Noire pendant les guerres avec Gênes, se lioit de plus en plus avec les états qui bordent le Danube, et s'assuroit la faculté de les traverser.
Mais il est convenable d'entrer dans plus de détails sur les relations maritimes.
Au commencement du tfv. e siècle, vingt-cinq mille matelots, tirés en grande partie du littoral et des îles, montoient plus de trois mille bâtimens de commerce, sans compter un nombre considérable de petites embarcations. Une grande partie de ces bâtimens étoit d'une construction particulière, dont la capacité permettoit d'y placer beaucoup de marchandises en même temps qu'ils étoient disposés de manière à résister aux attaques et même de prendre l'offensive 5 . Cette marine marchande, dissé-
1 Marin , t. V, pag. 84 et aniv.— 1 Marin , I. V, pag. 49 et surv.— * Marin , t. IV, pag. J 74. — * Filiaai, t. VI, part. II, pag. 833. Marin, 1.1V, page 178.— 4 Marin, t. III, pag. 199 et suh
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minée dans toutes les parties de la Méditerranée, étoit protégée par un grand nombre de galères armées aux frais de l'état; quelquefois, lorsque les besoins des escortes et ceux de la guerre ou la sûreté des côtes ne rendoient pas indispensable l'emploi de toutes ces galères, l'état en louoit ou même en concédoit gratuitement l'usage à des particuliers. On peut aussi croire que dans les temps où le besoin de la défense n'appeloit point les armateurs à servir la patrie, le gouvernement ne s'opposoit pas à ce que ceux-ci se missent au service de puissances étrangères; et très-probablement la marine vénitienne, par suite de ses rivalités avec celle des Génois qui servoient le roi de France, prêta quelquefois des secours à celui d'Angleterre ».
Tous les ans la république expédioit des escadres dont elle accordoit le privilège à des compagnies, ce qui, par le fait, leur assuroit, pendant la durée de cette concession, le monopole pour le commerce des pays vers lesquels ces convois étoient dirigés. Le nombre en a varié; il paroît qu'il a été jusqu'à sept *.
L'un composé de huit ou dix galères alloit en Romanie.
Le second étoit destiné pour Tana, et le troisième pour Trébisonde. La régularité et l'importance de ces deux convois durent dépendre souvent des chances des guerres contre les Génois.
Le quatrième étoit pour l'île de Chypre et l'Arménie.
Le cinquième pour la Syrie; la mer étoit de ce côté, plus que dans une autre partie, infestée de pirates; les navires vénitiens les poursuivoient avec tant d'activité que, d'après un proverbe musulman , ils ne laissoient pas même boire l'eau de la mer de Chypre aux corsaires 3 .
Le sixième, qui se rendoit en Egypte et en Barbarie, étoit composé de sept galères. Les unes entroient dans le port d'Alexandrie, tandis que les autres alloient négocier sur les côtes de Barbarie, d'où elles rapportoient des cargaisons à Alexandrie; elles se rendoient ensuite de cette ville en Barbarie pour y porter des marchandises achetées en Egypte, en rapportoient des retours, et l'escadre entière partoit pour Venise, chargée de productions orientales.
| Marin, t. VU, pag. 14 et 15. — * Manuscrit de 1433, indique par Graberg, Anlologia, août 1831, page 38. Uzzano, cap. xi. Marin, t. V, pag. 199 et mrv. ; t. VII, pag. *98 et suiv. Frescobaldi, page 74. Breydenbach, Peregrinatio Hierouolymitana , pag. Ï88 — * Marin t. VII, page 303.
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Le septième passoit le détroit de Gibraltar, longeoit les cotes de l'Espagne, du Portugal, de la France, et se rendoiten Angleterre et en Flandre; il lui étoit interdit de faire aucun chargement en route et de rien vendre en allant, sinon des marchandises sorties du port de Venise. Mais au retour les navires pouvoient prendre des marchandises et les débiter où ils vouloient
Des règlemens fixoient le nombre des navires dont les convois étoient composés et des hommes qui dévoient les monter; les lieux où l'on pouvoit débarquer; l'espèce et la quantité de marchandises dont pouvoient être composés les expéditions et les retours. Les importations des objets destinés à être employés aux échanges contre des marchandises asiatiques étoient affranchies de taxes, ou, lorsque la nécessité en faisoit établir, elles étoient extrêmement modérées. Par ce moyen Venise soutenoit sans désavantage la concurrence avec les pays qui fabriquoient mieux et à meilleur marché certaines étoffes et notamment celles de laine. Maîtres presque exclusifs des denrées asiatiques, les commerçans vénitiens recevoient, par des échanges dont ils étoient en quelque sorte arbitres, les draps de la Flandre, de la France dont les qualités étoient supérieures à celles qu'on fabriquoit dans leur ville, et portoient ensuite ces mêmes objets, perfectionnés par la teinture, dans le Levant pour y acheter des marchandises *.
La république avoit successivement apporté des entraves au commerce des étrangers, d'abord en frappant d'un droit égal à la moitié de leur valeur les marchandises du Levant qu'ils expédioient de Venise; ensuite en leur interdisant tout à fait ce commerce, et surtout en ne permettant pas aux Vénitiens de s'associer avec eux 3 . On ne pouvoit débarquer ailleurs qu'à Venise les marchandises du Levant destinées à des pays étrangers, ou celles de ces pays destinées au Levant 4 ; il n'y avoit pas même d'exception pour celles qu'on destinoit à la consommation des lieux placés sous la domination vénitienne 5 .
Dans tous ces règlemens, à travers une multitude de détails et de précautions qui s'accorderoient mai avec les principes actuels d'économie politique, on voit sans cesse le système du gouverne-
' Pegolotti , pag. 1 40. Marin , t. VI, page 969. — 1 Marin , t. V, pag. 137. — s Pegolotti, clrnp. xxxi. Marin, t. VIII, pag. 143. — « Marin , t. VII, pag. 343. — 4 Marin, C. VII, pag. 347.
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meut, qui vouloit à tout prix assurer aux Vénitiens tous les avantages et ies profits du commerce européen, et alimenter l'industrie par l'industrie même ». C'étoit le moyen d'assurer aux manufactures du pays une occupation permanente, en ne les laissant jamais manquer des matières indispensables pour leurs travaux. A la longue ce système pouvoit cesser de produire les fruits qu'on espéroit en l'établissant. Le désir des autres peuples d'échapper à ee monopole pouvoit leur dicter quelques mesures de représailles, semblables à celles que Ferdinand et Isabelle prirent en 14 85*; il pouvoit les poussera des tentatives pour s'ouvrir de nouvelles directions commerciales. Mais l'incertitude de cet avenir, et même le peu de probabilités qu'H offroit, à l'époque où le sénat vénitien prenoit les mesures dont je parle, semblent justifier sa conduite, en même temps qu'on ne peut nier les avantages et les richesses que la république dut longtemps à la politique commerciale de son gouvernement.
Cette brillante situation fut exposée avec un louable orgueil par le doge Moncenigo, dans un discours qu'il adressoit au sénat en 1421 3 . Tout porte à croire que le tableau étoit assez exact, quoique peut-être un peu flatté. Si les chefs des autres états européens , livrés alors au commerce , «voient , soit pour célébrer la gloire de leur patrie, soit pour conserver la mémoire de leur administration, imité le doge vénitien, l'histoire du commerce n'offriroit pas tant d'obscurités et de lacunes.
On peut croire cependant que ce grand commerce étoit souvent mêlé de variations, inévitables dans la situation mêlée de prospérité et de revers que les guerres maritimes occasionoient ; et, tout en supposant quelque exagération dans le nombre de faillites qu'un écrivain de Florence reprochoit aux Vénitien** dans le xv. e siècle 4 , il est probable que ces catastrophes particulières dévoient arriver quelquefois.
,Peu d'années après, cependant, les relations de Venise avec l'Egypte éprouvèrent une fâcheuse atteinte. En 1442 le soudan chassa ies commerçans vénitiens de ses états et confisqua leurs propriétés; et ce qui prouve, sans que l'histoire nous ait donné des éclaircissement sur ce point, que l'influence de la république
' Marin, t. V, pag. 996. — * Navarette, Colleeeio de las viaegrs, t. Il, doc. 9 et 10
i Marin, t. VII, pag. 153: t. VIII, pag. 334.— * Bencdetto Dci, Chron. ined. apnd Pagnini.t. Il, pag. 836
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étoit fort atténuée dans ce pays, c'est que, lorsque ie soudait se relâcha de sa rigueur, elle dut cet avantage à l'entremise des facteurs du célèbre négociant français Jacques Cœur.
Un autre événement plus fatal à la civilisation frappa encore le commerce des Vénitiens. Constantinople succomba sous les coups de Mahomet II en 1453. Ils avoient défendu la ville, et leur amiral J us ti nia ni étoit tombé en combattant avec gloire. La république n'obtint qu'avec peine et au prix des plus dures humiliations, par un traité de 1454^renouvelé en 14 78 », une partie des faveurs que le vainqueur avoit laissées aux Génois.
Cependant le sénat sut habilement profiter des inquiétudes que l'ambition de Mahomet inspiroit au Soudan d'Egypte, pour y rétablir avec un nouvel avantage ses anciennes relations par un traité de 1461 a .
Vers la même époque, un de ces événeraens qu'on appelle hasards, dont les hommes habiles savent profiter, servit la république en lui offrant une grande compensation. .
Une Vénitienne avoit épousé le roi de Chypre, et le sénat prévoyant avoit voulu, sous prétexte d'honorer davantage Patliance royale, qu'elle fût d'abord adoptée par la république. Elle devint veuve et tutrice d'une fille en bas âge, qu'elle perdit au bout de quelques années.
Le sénat vénitien la contraignit en 1485 d'abdiquer au profit de la république 3 ; et cette acquisition d'une fie voisine de I» Syrie, de l'Egypte et de l'Arménie, fut d'un prix inestimable.
Mais elle ne pouvoit procurer un équivalent des suites que devoit avoir, tant pour le commerce de Venise que pour tout celui de la Méditerranée, le passage dans les Indes par le Cap de Bonne-Espérance, qui venoit d'être accompli par les Portugais; et les tentatives du sénat auprès du roi de Portugal pour conserver quelque portion de l'ancien monopole furent inutiles.
L'histoire du commerce de Gênes est , sous presque tous les GHn. rapports, liée à celle de Venise, de Pise et de la Catalogne, avec lesquelles cette république soutint, pendant les xiv. r et xv. c siècles, des guerres acharnées, dont le commerce étoit toujours le prétexte ou la cause.
' Marin, t VII, pag. 151 et 883. — « Sannto, Vita dti dueki. apud Murât. R. J. S. t. XXII, col. 1 16». — * Leibniti, pari, i , pag. 450.
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La grande catastrophe du royaume de Jérusalem , en donnant la crainte que les ports de la Syrie et de l'Egypte ne fussent pour toujours fermés aux Européens, rendoit plus importans que jamais les établissemens génois sur la mer Noire. Les états rivaux de cette république en éprouvoient une jalousie qui fut portée au point qu'un historien de Venise accuse les Génois d'avoir aidé le Soudan d'Egypte à s'emparer de la ville de Saint- Jean d'Acre », reproche qui paroit démenti par le fait que la colonie de Caffa donna des secours à la ville de Tripoli, comme on l'a vu page x. #
Quoi qu'il en soit, Gênes apprécia très-bien la situation nouvelle et avantageuse dans laquelle les événemens la plaçoient sous les rapports commerciaux : elle en abusa. Sans motifs légitimes, elle rompit une trêve qui existoit entre elle et Venise, et refusa de faire droit aux justes réclamations de cette dernière. Le sort des armes, qui n'est pas toujours le triomphe du bon droit, favorisa les Génois. Des victoires signalées, remportées par eux aux combats d'Ajazzo et de Curzola, réduisirent la république de Venise à consentir, en 1299, le traité désavantageux dont j'ai parlé page Ixx.
C'étoit sous ces brillants auspices que s'ouvroit, pour les Génois, le xiv.° siècle.
Leur puissance étoit immense du côté du Bosphore et de la mer Noire : ils y possédoient de vastes et riches établissemens *.
Ceux sur lesquels les historiens nous ont laissé le plus de renseigncmens sont Phocée, Galata, appelé aussiPéra 3 , et l'a fia.
Le premier consistoit dans l'exploitation des célèbres mines d'alun, qui ne le cédoit en qualité qu'à celui de Trébisonde, et dont l'importation considérable pour les teintures dans les fabriques européennes étoit d'un profit immense.
Néanmoins cette concession n'étoit point sous le régime de la métropole : elle avoit été faite à un particulier par l'empereur grec, moyennant une redevance annuelle 4 ; mais elle occupoit un grand nombre de Génois; elle procuroit des bénéfices de transports et de ventes considérables au commerce de la république. Les chefs de cet établissement méritèrent quelquefois le
1 Sanuto, Vita dei Huchi, apud Murât. R. /. S. t. XXII, col. 578. — * Ducas, Hist. bysant. cap. xxv. — 3 Rhamnus. De bello Constantinop. pag. 73. Stella, ad ann. 1304. — * Pachymère, Hist. Mick. Paleolog. t. I, lib. v, cap. xxx. Ducas, Mb. XXV, pag. 90.
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reproche d'avoir, par un vit amour du gain , trahi leurs devoirs envers l'empire grec, en secourant les Turcs, ses ennemis.
Quant aux établissemens de Caffa et de Galata, sur lesquels j'ai donné des détails suffisans, pages ix et Iv, ils étoient de véritables colonies formées par la métropole, en vertu de traités avec les souverains locaux; recevant des ordres et des lois du gouvernement génois, et régies, quoique sans doute par des moyens difterens, en raison de la différence dans leur origine et de leur position, par des magistrats qu'il nommoit et dont il régloit les pouvoirs.
A la même époque où ses victoires sur Venise lui assuroient la domination du Bosphore et de la mer Noire, et le commerce presque exclusif dans ces parages », Gènes avoit étendu sa puissance sur la Méditerranée, et s'étoit emparée de la Corse, jusque-là possédée par les Pisans.
Mais elle trouvoit,de ce côté, dans les Catalans, des rivaux et des ennemis non moins redoutables que les Vénitiens; les guerres presque continuelles que faisoient naître l'intérêt du commerce, et les prétentions de l'un et de l'autre peuple sur la Sardaigne, furent marquées par la plus horrible barbarie.
Cette suite continuelle de guerres développoit de plus en plus dans les Génois une habileté maritime et un courage qui furent longtemps leur caractère distinctif *. Aucune nation peut-être n'eut de marins plus entreprenans. Un grand nombre même, ne suivant que l'impulsion de leur audace et de leur intérêt, faisoient des expéditions et jusqu'à des conquêtes pour leur propre compte 3 ; ils étoient souvent avoués, quelquefois ils étoient, sinon désavoués formellement, du moins abandonnés à leurs forces particulières par le gouvernement, selon que l'intérêt politique ou la faction dominante leur accordoit ou leur retiroit l'appui de l'état.
Cette époque, si remarquable pour la puissance de la marine militaire des Génois, ne le fut pas moins pour leur commerce.
Ce n'est que par occasion et par une sorte de hasard qu'on en trouve des traces dans les écrivains; mais le peu de notions qu'ils nous donnent suffît pour prouver combien ce commerce étoit considérable. On voit qu'au moment où la guerre acharnée,
1 Pachjmère, Iit. tl, chap. xxxu.— « Federici, pag. 58 et *uiv.— â Pachymère, liv. v, chap. xxx.