III. m
xc INTRODUCTION.
Mais quelque considérables que les exportations par voie de terre dussent être, les Florentins ne pouvoient méconnoitre tout ce que la navigation avoit d'avantages. i i
C'étoit un moyen plus économique pour le commerce avec PItalie méridionale et les parties de L'Europe qui en sont limitrophes : c'étoit Le seul praticable pour le commerce avec les autres, ainsi qu'avec l'Afrique et l'Asie. Aussi avons-nous vu qu'ils firent, dès le xin.' siècle, des traités avec Pise, pour avoir la faculté d'entreposer leurs marchandises dans le port de cette ville, et de les y charger sur les navires qui le fréquentoient *. Au xiv.' siècle, Pise, excitée par la jalousie que lui inspiroit l'étendue du commerce de Florence, essaya d'éluder les anciennes conventions, ou du moins refusa de les renouveler; la crainte L'y força 8 . Divers incidens portèrent les Florentins à s'entendre avec la république de Sienne pour faire leurs expéditions au port de Telaraon, dont ils se servoieut chaque fois qu'ils étoient en mésintelligence avec 4es Pisans 3 . ; . < »
Par ce moyen., Florence:, quoique éloignée de la mer, obtint tous les avantages qu'elle pouvoit désirer dans sa situation; elle y réussit autant .que le permettait l'absence d'une marine propre, et la nécessité de recourir à celle des autres nattons 4 , ressource souvent hérissée de difficultés, à une époque où tant d'intérêts divers compliquoient ou rendoient précaires et incertaines les relations réciproques ; et son commerce s'étendit dans tous les pays.
II n'étoit pas une seule place de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, de la France, de l'Angleterre, de la Flandre, où les maisons de Florence n'eussent établi des comptoirs et n'envoyassent des facteurs s . . >
Ils y joignirent au commerce des laines, des draps et des soieries, celui de la banque et du change 6 . Cette branche de commerce fut même la plus durable. En effet, les procédés employés par les Florentins pour la fabrication et f apprêt des draps, des soieries, et pour la teinture, ne pouvoient, malgré les mesures
prohibitives que prenoit la législation, rester longtemps secrets.
' Ammirato,t. I, pag. 101, 107, 189, 174, §75. — * Ph. Villani, ap. Murai. H. /. 5. t. XJV, col. 708. Liinig, Codex itai. dipîom. t. I, pag. 1078. — 3 Pagnini, t. II, pag. 96 et 88.— * Pagnini, t. II, pag. 30, «6, 58,59.— '•> Pagnini, t. II, pag. «0, 81, 50, 54, 73, 144 Pegolotii, pag. 70 e« 193 — «Pagnini, t. II , pag. 1 88 et suiv.
INTRODUCTION. xcj
A mesure que la civilisation muftiplioit les rapports entre les peuples, des ouvriers, des chefs d'ateliers, des facteurs, avides de faire fortune, les répandirent au-dehors 1 : les exils et les proscriptions résultant des guerres civiles eurent bien plus encore ce résultat. »im ■ ■«>< «• i i » • m
L'industrie manufacturière des Florentins diminua considérablement par ces causes, et surtout lorsque les autres nations, ouvrant les yeux sur leurs intérêts, encouragèrent chez elles l'emploi. des matières premières., dont elles ne permirent plus que difficilement l'exportation. » : « : ( t
Le commerce florentin se porta alors plus particulièrement vers les grandes spéculations et la banque* qu'alimentoient d'immenses capitaux acquis par une activité industrielle et une économie de plusieurs siècles 8 . On a peine à croire jusqu'où s'élevèrent les sommes que ces banquiers fournissoient , soit à leur propre gouvernement, pour les guerres et les négociations dans lesquelles il étoit entraîné, «oit aux gouvernemens étrangers 3 .
Cette facilité avec laquelle l'espoir du gain les portoit à prendre des engagemens leur devint quelquefois fatale; et quelques banquiers ide Florence, n'étant pas exactement payés, firent, en 1343, des faillites qui réagirent d'une manière fâcheuse sur le commerce général ».
On n'a pas de documens certains qui puissent faire oonnoître quand les Florentins ont commencé à faire du commerce en Levant. Mais les historiens nous apprennent que dans le xn. r siècle, et surtout dans Le xin.% des citoyens de cette ville prirent part aux expéditions relatives à la délivrance de la Terre-Sainte; et sans doute, suivant l'usage de ce temps, ils ne négligèrent pas de rechercher et de s'assurer le moyen d'y introduire leurs marchandises 5 . < •; r «t . u , ;
A la vérité, Florence n'étant point alors puissance maritime, le gouvernement ne put, à l'exemple de Venise, de Gênes, de Pise, s'occuper du soin d'établir des comptoirs et des consuls sur les côtes de l'Asie et de l'Afrique : l'intérêt particulier y suppléa. Nous avons la preuve que, dans le xiv. e siècle, la célèbre maison Hardi avoit obtenu pour ses facteurs et son commerce
1 Pagnini, t. U, pag. 105, 114 et IIS. — * Giov. ViiUni , col. §01 , 903. Pignotti, t IV, pag 154 et »uiv. Panure i . t. III, pag. **8. — a Ammirato, t. I, pag. 431. — * Pagnini, t. II , pag. 65 , 66. Panucci , t. III , pag. i60. — * Pagnini , t. II , pag. 53 et 56.
XClj INTRODUCTION.
des privilèges importans dans l'île de Chypre et dans l'Arménie ' . Dès le xiii/ siècle, mais surtout aux xiv. e et xv.% le commerce de Florence s'étoit étendu aux eûtes de Barbarie, en Egypte, en Syrie, à Consiantinople, dans l'Asie méridionale, et, par la haute Asie, jusque dans la Chine *.
Le commencement du xv. e siècle est remarquable, pour Florence, par un événement qui la rendit enfin puissance maritime.
Des haines, principalement excitées par la jalousie commerciale, fortifiées par la différence des partis politiques, tenoient depuis longtemps Florence et Pise dans un état habituel d'hostilités. En 1406 les Florentins vainquirent leurs rivaux, et réduisirent Pise sous leur domination. Leur premier soin fut d'y appeler, parle moyen de privilèges et cTencouragemens , le» navigateurs étrangers 3 : cette mesure étoit d'autant plus nécessaire que Pise étoit en quelque sorte déserte, les citoyens les plus distingués et les plus riches ayant préféré l'exil au joug des Florentins 4 .
Mais le port de Pise n'étoit lui-même que d'une très-médiocre utilité, depuis que les Génois l'avoient singulièrement endommagé, et que, maîtres de Livourne, dont le maréchal de Boucicaut leur avoit fait la cession 5 , ils pouvoient facilement inquiéter la marine de Florence. De premières tentatives faites en 1411 pour acquérir ce port furent sans succès; enfin une négociation plus heureuse eut lieu en 1421, et Livourne, devenue la propriété des Florentins, commença à avoir une importance qui n'a plus cessé de s'accroître 6 .
Quoique Florence fut réellement devenue puissance maritime par sa domination sur Pise et par l'acquisition de Livourne , jamais elle ne parvint à fonder une marine qui pût entrer en parallèle avec celles des républiques dont elle étoit rivale; elle fut toujours dans la nécessité de recourir à des navires étrangers. Mais, précisément à cette époque, les guerres maritimes cessèrent d'être aussi fréquentes que dans les siècles précédens ; et le déclin du commerce génois réduisant un grand nombre
» Pagnini, t. II, pag. 94. Pegolotti , page 45 — * La Broquière, page 490. Pegolotti , pag. 94, 40, 4t, 19» et 195. — 3 Pagnini, t. II, pag. 98. — * Tronci, ad anu. 1498. — » Fanucci, i. IV, pag. 189. Pignotti , t. III, pag. 188, 911 et 991. — 6 Pagnini, t. H, pag. 30
INTRODUCTION. xciij
d'armateurs à se mettre au service des étrangers, les Florentins ne manquèrent pas d'en prendre à leur solde. Le gouvernement fit alors tout ce que sa position et i'intérêt du commerce lui permettoient pour obtenir des relations nouvelles et accroître les anciennes : il négocia des traités partout. On assure qu'il fut le premier à prohiber d'une manière effective le trafic des esclaves et l'envoi de munitions de guerre aux musulmans
A l'exemple de Venise, Florence eut^des expéditions, des flottes périodiques, pour la mer Noire, l'Egypte, la Barbarie, l'Espagne , la Flandre et l'Angleterre *. Ces expéditions furent faites d'abord par le gouvernement; en 1430, ce système changea, et on les abandonna à l'industrie particulière.
Ce fut alors que Florence commença véritablement à prendre rang parmi les villes maritimes de l'Italie 3 , qu'elle institua une magistrature connue depuis longtemps à Pise sous le nom de consuls de mer 4 , et qu'elle s'occupa du soin d'établir des comptoirs et d'obtenir des privilèges partout où Pise en avoit eu précédemment.
Dès l'année 14 22 elle entra en négociations avec le soudan d'Egypte pour le commerce d'Alexandrie et de la Syrie, et avec le seigneur de Corinthe en Romanie; plusieurs traités avantageux en furent le résultat 5 . Elle fit de même avec l'Angleterre, en 1425, un traité qu'elle renouvela en 1490 6 . Elle en fit un en 1438 avec l'empereur grec 7 ; en 1 450, avec le roi d'Aragon 8 . Elle renouvela en 1 487 et 1 488 les négociations avec l'Egypte y , et prit, pour favoriser sa navigation par l'exclusion des étrangers, des mesures à peu près semblables à celles que les Vénitiens suivoient depuis longtemps avec succès 10 .
Ces derniers en conçurent une jalousie qu'ils manifestèrent par toutes sortes de moyens, et jusqu'en essayant d'aider Pise à secouer le joug de la domination de Florence M . Cette république s'en vengea en servant Mahomet II dans ses projets hostiles . contre Venise ! *.
Cette circonstance, dans laquelle les Florentins écoutèrent
1 Gr&berg , Antologia , 1831, août, page 80. — * Marin, t. VII, pag. 8 et 9. — 3 Fanucci, t. IV, pag. 804. — * Pagnini, t. II, pag. 31. — 5 Pagnini, t. II, pag. 187, 195, 905, 318, 931. Ammirato, t. II, pag. 997. Lcibnitz, Codex juris gent. pag. 163. — ' Rymer, t. V, part, iv, pag. 9. — ' Pagnini, t. II, pag. 930. — • Liïnig, Cod. liai, diplotn. t. III, col. 1594. — 9 Ammirato, t. III, pag. 181. — ,5 Pagnini, t. II, pag. 41. — " Pagnini, t. II, pag. 41 et 49 — «* Ben. Dci, ap. Pagnini, t. II, pag. 946 et seqq
xciv INTRODUCTION.
plus leur avidité mercantile que les vrais intérêts de la -chrétienté et de la civilisation européenne, donna lieu a un manifeste de la répuMique de Venisé, auquel un écrivain de Florence répondit par un écrit qui, à travers une multitude d'injures , contient un tableau, flatté peut-être, mais en général assez. vrai , du commerce de sa patrie »* •
Les Médicis, les Pazzi, les Capponi, les Bondelmonti, les Corsini, les Falconieri , les Portinari, y sont nommés comme les principaux parmi les commerçans de Florence; leurs établissemens couvroient l'Europe , et les parties de l'Asie et de l'Afrique ouvertes à la navigation européenne.
De grands souvenirs s'attachent encore plus à Jean de Médicis, qui, si l'on en croit les historiens, avoh acquis sa fortune à la vente du charbon ». Cosmc, son fils, l'augmenta par les plus heureuses entreprises; il passoit pour le plus riche commerçant de l'Europe. Les auteurs qui ont écrit sa vie ou ses éloges laissent ■ ignorer quelle fut la source de ses immenses richesses et la nature des spéculations qu'il entreprit : il est probable que ce furent les opérations du commerce asiatique et la banque.
La simplicité des mœurs et l'absence de toute superfluité, qui distinguoient encore les Florentins au xin.' siècle, firent place à un luxe prodigieux 3 . Ce fut la conséquence des richesses que l'industrie manufacturière avoit attirées à Florence, que l'économie avoit accrues , que les opérations de banque avoieot centuplées.
Mais Florence, qui, après avoir longtemps souffert par ses divisions intestines et les proscriptions dont elles étoient -la cause, par ses entreprises contre les Pisans, par les guerres de l'Italie, auxquelles jamais elle ne fut étrangère, surtout par celles de la Toscane, où elle aspiroit à dominer, un mit dû, depuis la conquête de Pise, se reposer dans sa prospérité commerciale et la culture des beaux arts, sembloit destinée à n'être jamais heureuse tant qu'elle seroit république.
Soit que les descendans de Cosme de Médicis, qui fut à la fois le plus célèbre commerçant de l'Europe et le plus magnifique protecteur des savans, aspirassent à devenir maîtres de leur
1 B«ned. Dei , ap. Pagnini, t. II, pag. 240.— » Denina, lib. xviu, cap. i. — » Ferdin. Ae\ Migliore, Firema illuttrata, pag. 556
patrie; soit que leur crédit et la popularité de leur nom inspirassent de la jalousie à des rivaux enrichis comme eux par le commerce , des conspirations se formèrent contré eux, ils furent exilés : plus tard , leurs ennemis furent proscrits.
Laurent de Médicis lui-même, qui avoit triomphé, fut sur le point d'être ruiné , malgré l'immensité de son commerce , par les folles prodigalités de ses nombreux facteurs, qui, chacun dans le lieu où il étoit établi , singeoient le luxe et la magnificence de leur maître : il eut la prudence de convertir ses capitaux en propriétés foncières
L'industrie et le commerce de Florence continuèrent néanmoins de s'accroître; et les événemens qui, après la découverte d'un passage par le Cap de Bon ne-Espérance, préparèrent la chute de la république de Venise, n'y portèrent pas d'atteintes sensibles.
Après avoir terminé tout ce que je pou vois dire sur le com- E^gn*. merce de l'Italie d'une manière qui conciliât mon intention de ne rien omettre d'essentiel, avec la brièveté, je passe à ce qui concerne l'Espagne. Je m'écarte en cela de la marche géographique suivie dans le tableau du commerce des xn. e et xin.' siècles. J'en donnerai les motifs lorsque je traiterai du commerce de la France.
On a vu , tome II, page Ixvj, combien étoit florissant au xin. e siècle le commerce de la Catalogne, de l'Aragon et de Majorque, quelquefois réunis sous le même sceptre, quelquefois gouvernés par des branches différentes de la même famille; tantôt liés , tantôt divisés par des intérêts politiques ». La Catalogne et l'Aragon formoient un territoire continental qui, s'étendant depuis la baie de Murcie jusqu'aux Pyrénées , comprenoit presque tout le Roussillon. Les ports principaux étoient Barcelone, Tortose et Valence.
Barcelone, depuis longtemps célèbre par son industrie et sa navigation, presque libre, quoique soumise aux rois d'Aragon, s'étoit distinguée par les secours pécuniaires, le grand nombre de marins qu'eilë leUr avoit fournis à diverses époques, notamment pour la conquête de la Sicile. Ces rois ne négligèrent aucun moyen d'y attirer les commerçans étrangers
1 Ammirtto, t. III, p«g. 185. — « Notices des manuscrits, t. I ", page 34ï.
XCvj INTRODUCTION.
par des sauvegardes et des privilèges : ii en existe un de 1353 *•
Elle n'étoit pas moins renommée par la sage administration de ses magistrats. Ii paroit démontré que la compilation d'usages maritimes connue sous le nom de Consulat de la mer fut rédigée , sinon par leurs soins, au moins sous leur influence; et s'il est évident que cette compilation étoit un résumé de la jurisprudence suivie par les navigateurs de la Méditerranée, il faut rcconnoître aussi que la ville où l'on rédigea ce travail dut joindre à une grande activité commerciale des tribunaux très-éclairés.
C'est aussi à Barcelone qu'ont été faites, dès le commencement du xv. e siècle, les premières lois sur les assurances maritimes.
On trouve peu de renseignemens sur le commerce de Tortose, si ce n'est quelques traités dont je parlerai dans la suite. Il étoit probablement le même que celui de Barcelone et de Valence.
Cette dernière ville se distinguoit par son industrie et sa navigation *. A la fin du xm/ siècle ou au commencement du xiv.% on avoit rédigé, pour le tribunal commercial qui y étoit établi, une sorte de code de procédure que les rois d'Aragon introduisirent successivement, à Majorque en 1343, à Barcelone en 1347, à Perpignan en 1388, et qui paroit avoir servi de règle commune pour la manière d'instruire les contestations, comme le consulat servoit à les juger.
Le Roussillon , lié par des rapports très-intimes à la France, dont il ne faisoit cependant pas partie, participoit à tous les avantages des autres dépendances de l' Aragon. Perpignan avoit de nombreuses fabriques de draps, commandés presque toujours pour Florence 3 , et qu'on débitoit en Levant 4 . Les expéditions maritimes se faisoient par Port-Vendre et par Collioure, qui vers la fin du xv. e siècle fut conquise par la France.
L'île de Majorque, renommée par sa fertilité, ne l'étoit pas moins par son commerce. On voit, parles documens des xiv. c et xv. e siècles, qu'indépendamment de ses relations avec la péninsule espagnole, elle en avoit avec la France, où les navigateurs de Majorque obtinrent différens privilèges, notamment en 1339 6 , avec la Sicile, le royaume de Naples, l'Angleterre, la Flandre et l'empire grec 6 .
1 Capmany, t IV, pag. 106.— * Uzzano, cap. xv et LU. — * Capmany, t. I.", pag. 88. — 1 Pegolotti, pag. 40. Uzzano, cap. xxv.— a Recueil du Louvre, t. II, page 135. Pegolotti, pag. 1 13 et suiv — • Pegolotti , pag. 410, 190 et HO. Uzzano, cap. xxviu.
INTRODUCTION. XCVlj
Au moment où la catastrophe de 1291 frappa les établissemens européens dans la Palestine, les Catalans, car ce nom désigne habituellement les navigateurs de l'Espagne orientale , y trafiquoient avec de grands avantages.
La politique des rois d'Aragon, qui conservèrent presque toujours une exacte neutralité dans les querelles des autres états chrétiens avec les musulmans, fut très-utile au commerce de leurs sujets. Ce royaume fut le premier qui, après la perte de la Terre-Sainte , réussit à renouer des relations avec l'Egypte. Un traité précédemment fait en 1289 avec le Soudan 1 fut renouvelé en 1 292 *. II est certain qu'en 1301 il existoit un consul catalan à Alexandrie. L'entremise de cet envoyé fut même assez puissante pour qu'il obtint que le gouvernement égyptien restituât à l'un de ses compatriotes des marchandises que le père de celui-ci avoit déposées à la douane avant la prise de Saint-Jean d'Acre. Le roi d'Aragon négocia un nouveau traité en 1314, qui fut renouvelé en 1322 3 .
Ces relations avec l'Egypte furent assez généralement soumises aux mêmes difficultés , aux mêmes variations que celles de Venise. H fallut solliciter la permission du saint-siége, qui fut accordée en 1317, 1321, 1323 et 1334 4 . Mais quelques années après , le pape refusa de la renouveler, en se fondant sur ce que les commerçans d'Aragon, au mépris non-seulement des bulles , mais encore des édits de leur propre souverain , fournissoient aux ennemis de la chrétienté des armes et des munitions de guerre. Le roi remédia à ces abus, s'entendit avec le souverain pontife, et le commerce reprit son cours, ainsi que le constate un document de 1353, qui accorde aux magistrats de Barcelone les moyens de payer leur consul d'Alexandrie 5 .
Ce commerce éprouva de nouveau quelques obstacles, lorsqu'on 1366 le roi de Chypre, le grand maître de Rhodes et la république de Venise, firent contre Alexandrie l'expédition dont j'ai parlé page ixxij. Quoiqu'il ne paroisse pas que le roi d'Aragon y eût pris part , ses sujets furent compris dans les mesures de représailles ordonnées contre les chrétiens. Il se hâta d'envoyer des ambassadeurs pour en obtenir la cessation et réclamer des
1 Magasin encyelop. WUL* année, t. II , pag. 145 et suir. — * Capmany, t. IV, pag. 17. — » Capmany, t. IV, pag. 64 et 73. — * Navarette, Acad. de Madrid, t. V, pag. 184 et 185. Capmany, t IV, pag. 79 et 96 — 5 Capmany, t. IV, pag. 107.