‹ Tableau du commerce antérieurement à la découverte de l'Amérique, servant d'introduction à la collection de lois maritimesChapitre 25 sur 29 · III. o · texte numérisé non relu

III. o

cvj INTRODUCTION.

procurer les fonds nécessaires à leurs entreprises, furent obligés de vendre ou d'emprunter à la classe qui jusqu'alors n'avoit eu presque aucune part à la propriété. H falloir donc que cette classe possédât les sommes nécessaires pour atteindre ce résultat, et ces richesses ne pouvoient être que le produit d'un travail et d'une industrie exercés de longue main , surtout dans les communes où la liberté s'étoit ou conservée ou rétablie.

Les rois y gagnèrent; ils rentrèrent successivement dans un grand nombre des attributions de la souveraineté que le système féodal avoit ravies à la couronne.

Une amélioration sensible en résulta. La division de la France entre une multitude de petits souverains reconnoissant à peine un chef suprême entretenoit parmi les seigneurs un état habituel de guerres d'autant plus funestes, qu'existant entre les habitans de la même patrie elles prenoient presque le caractère toujours féroce des guerres civiles dont le peuple est à fa fois l'instrument et la victime. Les rois saisirent toutes les circonstances qu'amenoit sans cesse l'affaiblissement du régime féodal pour imposer la paix aux seigneurs, et pour maintenir l'ordre général. «

On peut douter que, dans l'origine de ces événemens, les rois aient vu les choses de si haut et de si loin; mais si nous remarquons que, pendant longtemps ils restèrent étrangers au grand mouvement des croisades , nous pouvons croire au moins qu'ils en espérèrent quelques avantages; nous avons la preuve qu'ils surent en profiter.

En reprenant l'autorité que le système féodal avoit anéantie, les rois trouvèrent plus de moyens de protéger les peuples et de faciliter les développemens de l'industrie et du commerce extérieur. On a vu, tome II, page Ixvirj, que pendant longtemps ils ne possédèrent d'autres provinces maritimes que la Picardie et la Normandie, et encore les guerres avec l'Angleterre y rendirent longtemps l'autorité royale foible et incertaine. Le Languedoc, réuni dans le un,* siècle, fut aussi une des provinces maritimes où le pouvoir de la couronne s'exerça sans contradiction pendant l'époque dont je m'occupe.

La Provence n'y fut réunie qu'à ia fin du xv. e siècle? la Bretagne, deux fois apportée en dot à des rois de France, devint encoue plus tard une partie intégrante du royaume.

INTRODUCTION.* OVlj

Mais après avoir constaté ces faits, je n'en dois pas moins considérer, sous le rapport du commerce intérieur et extérieur, toutes ces provinces comme formant un ensemble, sauf à indiquer, dans quelques observations spéciales, ce qui peut résulter de leur situation politique particulière*

La Méditerranée ayant encore été, pendant les deux siècles dont je m'occupe, le siège principal du commerce que la France faisoit avec l'étranger, et le seul moyen qui facilitât ses relations en Asie et en Afrique, c'est de ce côté que je commencerai le tableau que je vais en donner; je le continuerai sans interruption , en joignant à ce que je dois dire sur le commerce maritime méridional tout ce qu'il m'a été possible de recueillir sur celui des côtes occidentales et septentrionales»

Quoique jusqu'en 1361 l'administration du Languedoc eût été distincte de celle du reste du royaume, les rois ne cessèrent d'y encourager le commerce maritime qui, dans cette direction , servoit à introduire en France les marchandises asiatiques , et surtout les épiceries, dont les tarifs et les écrits de ce temps attestent la prodigieuse consommation '. Ils continuèrent de favoriser le port d'Aigues-Mortes. Les privilèges que saint Louis , en 1 246 f , et Philippe son fils, en 1 27 9 3 , avoient accordés à cette ville, furent confirmés successivement en 1350, 1364 et 1386 4 . Une ordonnance de 1374 laisse entendre que déjà ce port étoit menacé de perdre sa sûreté et ses avantages par l'effet des ensablemens *■ Cependant il continua d'avoir une assez grande importance commerciale, puisque le roi prescrivit en 14 88 que les marchandises de l'Asie destinées à la consommation du royaume entrcroient exclusivement par Aigues-Mortes 6 , ce qui forçoit les navires de Provence à fréquenter ce port pour débiter les objets qu'ils apportoient du Levant. Indépendamment de ce que Aigues-Mortes servoit à cette introduction et à l'exportation des objets fabriqués que la France employoit dans ses échanges avec les pays asiatiques et africains, ce port étoit aussi d'une grande utilité pour approvisionner le royaume de blés dans les disettes qui se renouveloient fréquemment, tant parce que

1 Recueil du Louvre, t. XV, page 670. Collection manuscrite dite de Doat, bibl. royale, t. U, page 150. — » Math. Pari», ad ann. 1940. Du Cange, Obtervariont sur l'histoire de Joinfille , page 109. — 3 Cette ordonnance a été, par inadvertance, insérée nous la date de 1079, dans le Recueil du Louvre , t. IV, page 41. — 4 Recueil du Louvre, t. IV, page 41 ; t. VII , page 154. — » Recueil du Louvre, t V, page 619.— • D. Vaissette, t. V, page 63.

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l'agriculture étoit encore dans l'enfance que par l'effet de l'imperfection de la législation sur les grains

Les rois ne se contentèrent pas de ce moyen de navigation , ils essayèrent de fonder un port à Leucate: ce projet fut tenté en ] .309, et les informations faites à ce sujet, dont les originaux sont conservés, constatent l'importance qu'ils y mettoient a . II fut abandonné, probablement à cause de ses difficultés, et ensuite repris par Philippe de Valois, en 1377 3 . Le littoral français s'étendit même, au xv/ siècle, jusqu'au port de Collioure, qui obtint, par une ordonnance de 1 463, les mêmes privilèges qu'Aigues-Mortes 4 .

Narbonne et Montpellier étoient les villes du Languedoc les plus adonnées aux expéditions maritimes.

Des traités de Narbonne avec le comte (FEmpurias en 12 97 et avec Tortose en 1303 *, constatent ses relations en Espagne. Le roi de Sicile lui accorda en 1331 le droit d'avoir des comptoirs et un consul dans cette île«; elle en avoit aussi dans les villes de Pise et de Gênes, avec qui elle fit différens traités 7 . J'ai cité, page Ixix, ceux qu'elle avoit conclus avec l'empire grec; en 1351 et 1356 elle obtint la faculté de nommer des consuls à Rhodes 8 , et en 1377 elle stipula de semblables avantages en Egypte 9 . Des documens de 1 292, 1304 et 1 31 5, constatent avec quelle indépendance elle prenoit des mesures pour la sûreté de sa navigation ,0 .

Montpellier étoit le point où aboutissoit le commerce intérieur du bas Languedoc , du Rouergue, du Gévaudan, de l'Auvergne, tous pays déjà assez industrieux pour que le législateur, par une ordonnance de 1366, fit quelques réglemens sur la fabrication des toiles et des draps qu'on y confectionnoit 1 Cette ville, qui ne fut réunie à la couronne que vers le milieu du xiv. e siècle continua pendant les xiv. c et xv. p à entretenir des relations politiques avec les états étrangers. II existe un traité avec le grand maître de Rhodes, de 1356, et deux de 1365 et 1381, avec le roi de Chypre ,3 . Quoiqu'on ne connoisse point encore d'actes

1 D. Vaissette, t. IV, page 1 43. — * D. Vaissette, L IV, page t 15. — 8 Recueil du Louvre . ». IV, page f,C8. — * Recueil du Louvre, t. XV, page 69 1 . — % Collect. Doat , t. LI , pag. 1 29 ut 194.— C D Vaincue, t. IV, page 517. — 7 Collert. Doat, t. LI, page 121. — » D. Vaisselle, t. IV, page 517. — 9 D. Vaisselle, ihid. Capmany, 1. 1, ebap. ix, pag. 35. — 10 Collect. Doat, t. LI, pag. to, 809, 4 1 G. — "Recueil du Louvre, t. IV, page 073.— '« D'Aigiefcuillc, Histoire de Montpellier, pag. 108, 135, 130.— 13 D. Vaissette, t. IV, page 517.

authentiques qui constatent qu'elle eût obtenu comme Narbonne ia faculté de faire le commerce dans l'empire grec, on en a d'autres preuves incontestables ». Il en étoit de même en Egypte : on voit par un document de 1267 que deux bourgeois de cette ville avoient été chargés d'y instituer un ou plusieurs consuls a . Le procès injuste fait au célèbre Jacques Cœur en offre aussi une preuve. Accusé d'avoir livré au Soudan un esclave qui s'étoit réfugié chez lui, il démontra qu'il n'avoit fait que se conformer aux traités 3 . On a vu, page xxiv, que les commerçans de Montpellier fréquentoient la Syrie.

Ce commerce fut quelquefois troublé par les prétentions de la république de Gênes , qui affectoit une sorte de protectorat sur la Méditerranée. Un document de 1 340 nous apprend que le doge de cette république contestoit aux villes du Languedoc le droit de naviguer sans sa permission 4 .

Le nom de Montpellier, le commerce de Languedoc ne me permettent pas de garder le silence sur l'illustre et malheureux Jacques Cœur, que la France a droit de mettre en parallèle avec tout ce que Gênes et Venise ont eu de commerçans habiles et opulens 5 .

Doué de ce discernement qui fait apprécier les hommes et les événemens, de ce coup d'œil sûr et rapide qui voit et juge les chances du commerce dans les différentes places , de cette force de volonté qui marche à son but sans se détourner, de cette heureuse assurance qui saisit le moment où il faut commencer, celui où il faut s'arrêter à propos dans les entreprises et les spéculations, Jacques Cœur avoit vu le ralentissement qu'éprouvoit le commerce dans le port de Marseille, par suite des guerres malheureuses de la maison d'Anjou pour recouvrer le royaume de Naples.

Le moment lui parut favorable pour augmenter l'importance de Montpellier; il en fit le centre de ses opérations. Elles furent calculées et exécutées avec tant de prudence et de sagesse, que toutes furent couronnées de succès; les profits qui résultèrent des premières expéditions lui procurèrent les moyens d'en augmenter le nombre; en peu de temps il fut en état d'armer et d'entretenir

1 Pegolotti, pag. 3î. — 1 Capmany, Memorias, t. IV, pag. 6 et suiv. — 3 Bonnmy, Mémoire* de l Acad. des inscript, t. XX, page 518. — * D. Vaisseltc, t. IV, page 517. — » Mathieu de Coussi,t. XI, pages SS6 et suiv. des Chroniques de Monstrelet , edit de M. Buchon.

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dix ou douze navires qui traiiquoient sans discontinuation en fcgypte et au Levant. On assure que sa fortune commerciale fut portée à un point tel que, seul, il fit pendant vingt ans plus d'affaires que les plus célèbres commerçans d'Italie, dont H excita la jalousie.

Il étoit arrivé à obtenir en Égypte un crédit immense, en faisant à propos tous les sacrifices pécuniaires qu'exigeoit la forme de ce gouvernement. On verra plus bas comment il employa cette influence pour négocier un traité favorable au commerce français.

La plupart des facteurs qu'il entretenoit furent distingués par leur probité et leur mérite , et surtout ils lui furent fidèles et dévoués dans le malheur, ce qui prouve combien il se connoissoit en hommes.

Trop confiant dans la fortune qui sembloit l'accabler de faveurs, et peut-être, ce qui est plus honorable, entraîné, sans en prévoir les suites, par le désir de servir sa patrie, il accepta les fonctions d'argentier de Charles VII ; il lui rendit les plus importuns services. La haine des courtisans, les calomnies, un procès criminel dans lequel il manqua de perdre la vie et qui le dépouilla de presque toute sa fortune, furent ce qu'il en recueillit. Forcé de s'expatrier, il commençoit à se relever de ses pertes en se livrant au commerce, lorsque la mort l'enleva dans une terre étrangère. Sa mémoire seule obtint justice.

Pendant les deux siècles qui. sont l'objet de mes recherches, l'état de la Provence, de Marseille surtout, relativement au reste de la France, continua d'être ce qu'il avoit été précédemment, c'est-à-dire celui d'une sorte d'extranéité. Ce n'est en effet qu'en 1481 que cette ville est devenue partie intégrante du royaume.

Les détails que j'ai donnés, tome II , pages Ix et suivantes, sur l'industrie de Marseille, me dispensent d'en présenter de plus étendus. II en est de même du commerce d'Arles, de Fréjus, de Nice *, et surtout de celui d'Avignon, que le séjour de la cour pontificale ne put qu'augmenter *. Ces villes avoient des relations dans toutes les places de l'Europe. C'étoit principalement à Avignon 3 que les commerçans italiens qui importoient en France des marchandises étrangères ou qui en exportoient les

' Pegolotti, pag. 33, 11», M8.— « Pagnioi, t. II, pag. 54. Pegolotti, pag. 33. Uzzano cap. LXl- — 1 Pegolotti , pag. 34 , »»4.

INTRODUCTION. Cxj

productions naturelles ou manufacturières , entretenoient des facteurs et des comptoirs pour surveiller les expéditions 1 ; mais ils ne purent se dissimuler les avantages du port de Marseille , et ils s'y établirent aussi a . » .

La Provence étoit loin cependant de fabriquer assez pour fournir aux échanges de ce qu'elle importoit; elle devoit naturellement ouvrir rentrée à toutes les denrées et productions françaises, telles que les draps de Languedoc , les toiles de Bourgogne. Sous ce rapport Marseille , quoiqu'elle ne fût pas encore réunie, pouvoit rendre à l'agriculture et au commerce du royaume des services essentiels, si le gouvernement eût été assez éclairé pour en profiter; mais il frappoit de droits les exportations; et, pour un léger tribut qu'il obtenoit, il entravoit la sortie des marchandises. Le commerce de Marseille étoit donc souvent obligé d'aller les chercher dans d'autres pays. Les côtes de Barbarie étoient surtout le lieu où il s'approvisionnoit de laines 3 ; il en tiroit aussi une grande quantité de l'Espagne et de la Romanie 4 .

II n'est pas douteux que Marseille n'ait continué son commerce avec i'Egypte : le voyageur Mandeville s'étoit embarqué en 1332 sur une galère de cette ville pour aller prendre du service chez le Soudan 5 ; mais la perte d'une grande partie des archives de Marseille, qui furent pillées par le comte de Barcelone lorsqu'il s'empara de cette ville en 1423, le désordre de ce qui reste, s'opposent à ce qu'on puisse connoitre les traités qui durent intervenir.

Les guerres que les comtes de Provence soutinrent pendant longtemps contre les rois d'Aragon apportèrent souvent des entraves au commerce de Marseille; on sait du moins que les» navigateurs de cette ville soutenoient leur ancienne réputation de courage, d'habileté et de loyauté, si l'on en juge par la conduite du patron Jean Casse , qui en 1378 condursoit des envoyés du duc d'Anjou. Le récit de cette ambassade nous apprend même que Marseille entretenoit un consul en Sardaigne c . Un document de 1409, qu'on trouve dans les registres de la cour des comptes d'Aix, constate aussi que Louis II, comte de Provence, lui confirma le droit d'en nommer à Gênes. Cependant les évé-

1 Uzzano, cap. uu. — * Papou, Hitt. de Provence, t. 111, page 468. — 3 Statut. \ia**il. •on. 1844, lib. iv, cap. xvi et xx. — * Statut, ann. 1887, ined. — 5 De Guignes, Mèm. de l Aead. de, in,er. t. XXXVII, page 417. — 6 Notice, de, manuterit,, 1. 1 , page 369.

cxij INTRODUCTION.

ncmens de la guerre , et surtout l'invasion du comte de Barcelone, portèrent un coup fatal au commerce de la Provence.

Le numéraire y étoit devenu si rare que l'intérêt, qui vers la lin du xiv.' siècle s'éicvoit déjà à 20 p. 0/0, fut porté à un taux encore plus considérable au xv. e siècle ». Le roi René , par un édit de 1472, prit en faveur de Marseille des mesures qui devinrent dans la suite la base de la franchise du port.

Les traités ou les privilèges en vertu desquels les villes de la France méridionale faisoient le commerce avoient des comptoirs ou des consuls dans les pays barbaresques , en Egypte, en Svrie, sur les côtes de l'Asie-Mineure et à Constantinople , étoient, comme on l'a vu, le résultat de négociations que ces villes entamoient et suivoient en leur propre nom sans l'intervention ou l'autorisation des rois. Ces derniers néanmoins ne restèrent pas indifférens aux progrès de ce commerce. Indépendamment de la protection qu'ils lui accordoient d'une manière générale, divers documens, dont les principaux sont de 1305, 1309, 1312, 1313, 1326, constatent que le roi de France exerça son intervention pour obtenir la restitution de prises faites sur les navigateurs de Narbonne, par les corsaires de Gènes, Savone, Aragon et Majorque 8 ; et ces preuves seroient plus nombreuses si le temps n'avoit pas détruit un grand nombre de documens et fait perdre une infinité de souvenirs historiques.

Dès l'année 1270, Philippe le Hardi, fils et suceesseur de saint Louis, avoit fait un traité dans l'intérêt du commerce des Français en Afrique 3 . Un voyageur du xiv. e siècle trouva à Alexandrie un consul français qui avoit pour mission de proté- •ger les étrangers dont la nation n'entretenoit pas de consuls «. Il est certain qu'en 1327 le roi de France avoit, à l'exemple de celui d'Aragon et des républiques italiennes, obtenu la permission du pape pour autoriser le commerce de ses sujets à . Ce prince dut éprouver d'autant moins d'obstacles que les lois de saint Louis, renouvelées en 1 3 1 2 et toujours exécutées, interdisoient expressément de porter des armes et des munitions aux ennemis de la foi °.

' Papon, Histoire de Provence, t. III, page 408. — 1 Collection Doat, t. Ll, pag. 91'. 335, 404, 438. Recueil du Louvre, 1. 111, pag. i39 ; 1. 1 V, page 89. Leibnitz, Codex jurù Çentinvi , pan. i , pag. 119. — 3 M. de Sacv, Nouv. Mémoires de l'Académie, t. XI , page 4 63

— * Frescobaldi, pug. 75. — 5 N avare t te , Académ. de Madrid, t. V, page 186. « He>f i

du Louvre, t. I , page 505. C '"""

INTRODUCTION. CXlij

Les souvenirs de gloire, et l'espoir d'acquérir des colonies par des conquêtes, 11 att oient les imaginations. Deux projets de croisade furent présentés à Philippe le Bel; on n'y sauroit méconnoître des vues d'une politique élevée , et surtout la grande importance dont on croyoit que cette entreprise seroit pour le commerce ». L'auteur de l'un de ces projets proposoit d'appliquer à la dépense les biens de l'ordre des Templiers, qui, disoit-H, les empioyoient à des usages profanes, et méritoient de subir la révocation de donations dont ils n'exécutoient pas les conditions.

Ce préalable fut exécuté, et la mémoire de Philippe le Bel a été sévèrement jugée.

Dans le fait, le projet de croisade, aux dépenses de laquelle les biens des Templiers dévoient être consacrés, n'eut pas de suite : peut-être en faut-il chercher la cause véritable dans l'impossibilité de le faire réussir sans le concours des souverains de l'Europe, où l'ambition, les embarras domestiques et les intérêts politiques rendoient cette union presque impossible. Mais il faut reconnoître du moins que Philippe le Bel ne s'appropria pas les biens des Templiers. On peut croire même que l'intention qui avoit provoqué l'abolition de cet ordre ne fut pas perdue de vue , puisqu'un acte de 1 3 1 2 attribue leurs biens à celui de Saint-Jean de Jérusalem, consacré à la défense de la chrétienté contre les musulmans s .

Philippe de Valois, provoqué par une ambassade du roi d'Arménie, reprit le projet de croisade, et fit, comme je l'ai dit, page xviij, des préparatifs à Marseille; mais d'autres soins l'en détournèrent. Un siècle après on retrouve des preuves de négociations faites par ordre et au nom du roi pour l'extension et la garantie du commerce français chez les musulmans. On les doit à l'influence et à l'habileté de Jacques Cœur. H profita de sa position auprès de Charles VII pour donner une sorte de caractère officiel aux relations qu'il avoit depuis longtemps en Egypte, et le Soudan, flatté de recevoir ses présens, écrivit en 1447 une lettre au roi, par laquelle il promit sa protection aux commerçans français , en autorisant l'envoi d'un consul qu'il s'engagea à traiter sur le pied de ceux des nations les plus favorisées 3 .

1 De Guignes, t XXXVII, p*g. 503, 58 4 et »uiv. — * Leibnitz, p«rt. m, pag. 9». — 3 Mémoires de Mathieu de Coueti . t. X, page 105 de l'édition citée ci-des»u».

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