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Malheureusement les intrigues de cour ou le besoin d'argent portoient les rois à donnera quelques personnes des privilèges exclusifs qui ne pouvoient qu'arrêter l'essor du commerce. H est juste d'ajouter néanmoins que rarement ils hésitoient à révoquer ces concessions sur les plaintes des autres commerçans : on en trouve la preuve dans un document de 1339 *. Des concessions semblables avoient été faites par Louis XI, mais Charles VIII rétablit la liberté dès les premières années de son règne *.
La navigation et le commerce maritime continuèrent sur les côtes occidentales de la France qui, à l'époque dont je m'occupe, avoient, avec la partie méridionale de ce royaume, des rapports assez suivis et assez importans pour qu'il ne soit plus nécessaire de diviser ce qui concerne l'une et l'autre.
La Biscaye avoit quelques ports peuplés de marins hardis qui de très-bonne heure se rendirent célèbres par des navigations lointaines et par la pêche de la baleine. Un voyage dans la mer Occidentale, dont le récit a été conservé par Pierre iMartyr 3 , prouve qu'on y faisoit des excursions dans le but qu'a enfin atteint Christophe Colomb.
La Guyenne fut, pendant la durée des deux siècles dont je m'occupe, sous la domination anglaise, et les guerres dont elle étoit presque toujours le théâtre jusqu'au moment où l'autorité des rois de France y fut complètement affermie durent paralyser souvent les opérations commerciales. Elles ne différoient pas, au reste, de celles qui avoient lieu dans le siècle précédent. Le voisinage des autres provinces dépendantes de la couronne fit nécessairement participer la Guyenne au commerce intérieur, et plusieurs documens constatent que les rois accordèrent, dans les parties du territoire qui leur étoit soumis, des privilèges commerciaux aux habitans des villes de la Guyenne qu'Hs ne possédoient pas encore 4 . Bordeaux, dont il semble que la destinée fût de ne pouvoir prospérer qu'à l'ombre du pouvoir légitime, n'avoit point alors cette population nombreuse, cette étendue , cette activité commerciale qui , plus tard , la placèrent au premier rang parmi les cités de l'Europe; mais sa position
1 D. Vaisselle, t. IV, page 517.— 4 De Guignes, t. XXX VII, page M 7. D. Vaissette , t. V, page 69 — s p„Wié pur M. Saint-Martin en I8Î7, m-8° — * Recueil dm Louvre, t. V, page I9i.
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la rendoit déjà importante, et son port étoit dans ce point du littoral de f Océan, l'entrepôt et le moyen de communication entre le reste de la France et les pays étrangers. C'étoit par cette voie qu'étoient expédiés en grande partie les productions du midi, surtout les vins destinés à l'Angleterre; c'étoit aussi par son entremise que les laines de ce pays, et une grande quantité des marchandises du Nord , se répandoient dans le Languedoc pour en alimenter les manufactures, et jusque dans l'Italie. Les voies terrestres suppiéoient à la navigation qu'établirent, dans la suite , le génie de Riquet et la munificence de Louis XIV.
La Saintonge étoit le théâtre d'un commerce non moins actif, principalement par le port de la Rochelle, qui correspondoit avec presque tous les pays commerçans et où les denrées asiatiques arrivoient en ne payant que de foibles droits. C'étoit surtout avec la Flandre que ce commerce étoit le plus suivi ; et, par ce pays, il se lioit au commerce septentrional. Les Chroniques flamandes constatent que, dans les ports qui correspondoient avec la Rochelle , il existoit d'immenses magasins pour l'entrepôt des vins français. On y voit notamment que, pendant une guerre de 1 388, les Anglais capturèrent plus de 9,000 muids de vins de la Rochelle expédiés en Flandre 8 . Les Flamands jouissoient dans cette ville de nombreux privilèges qui furent renouvelés en 1401 3 . Les documens de la législation maritime des villes baltiques constatent aussi que le sel produit dans l'Aunis étoit un objet considérable d'exportations. En face de la Saintonge étoit l'île d'Oléron , dont le commerce , assez semblable à celui de la Rochelle, est constaté par sa coutume locale rédigée en 1340, qu'il ne faut pas confondre avec les rôles célèbres, rédigés à une époque incertaine, qui servoient au xrv. e siècle de règles pour les conventions maritimes en Angleterre , en Flandre et sur la Baltique.
Le commerce de la Bretagne continua d'être ce que nous l'avons vu dans le xiii.' siècle. Un traité de 1444 intervint entre les ducs de Bourgogne, qui alors étoient souverains de la Flandre , et celui de Bretagne , pour le commerce de leurs états respectifs 4 . En 1430 le duc de Bretagne accorda aux Espagnols
1 Pegolotti, pag. a 7 8, chap. uciv. — * Analyse du mémoire de Verhoeven, page 14, dans le recueil des prix de Tacadeinie de Bruxelles de 1777.— * Recueil du Louvre, t V, pag. 348 et suiv — « D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I , page 537.
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des privilèges semblables- à ceux dont ils jouissoient dans les autres provinces du royaume Des encouragemens furent donnés aux ouvriers que les guerres avoient forcés de s'expatrier; et, en 1476, le duc François II, profitant de la cruelle mesure prise par Louis XI contre la ville d'Arras , en attira les ouvriers dans ses états.
Des traités de commerce , qui certainement existaient trèsanciennement avec l'Angleterre, furent renouvelés en 1440, 1464 et 1489. On voit même, par un document de 1479, que le duc de Bretagne obtint en Egypte la faculté de commerce pour ses sujets J'ai indiqué, page lij, d'anciennes traditions qui portent à croire que les Bretons avoient devancé les Portugais sur les côtes occidentales d'Afrique.
La navigation des ports de Normandie n'éprouva point de changemens, ou plutôt ces changemens ne furent qu'un accroissement d'activité. Le nombre des navires employés aux opérations maritimes étoit déjà si considérable dans les premières années du xiv. c siècle, qu'en une seule fois les Anglais s'emparèrent de cent vingt navires de Normandie 3 . C'est à l'époque dont je m'occupe qu'appartient un document de 1340 que j'ai cité, tome II, page Ixx, et dont j'ai dû faire usage, parce qu'il constatoit évidemment un état de choses antérieur. C'est aussi à la même époque qu'appartiennent les traditions qui nous font connoître que les Dieppois avoient formé des établissemens sur les côtes occidentales de l'Afrique 4 : on a vu , page lij, qu'un navigateur normand, Jean de Bethencourt, partit en 1402, avec le secours du roi d'Espagne, pour faire la conquête des Canaries. Un grand nombre d'ordonnances des rois de France, déjà citées, constatent que les Castillans, les Aragonois, les navigateurs de Majorque, ceux de Portugal et d'Italie, fréquentaient les ports de la Normandie, et y avoient obtenu les privilèges des nationaux et une protection étendue.
Le commerce maritime n'était pas moins actif sur les côtes de la Picardie. Les ports d'Abbeville, de Boulogne, remplis d'une multitude de navires sans cesse occupés à des expéditions commerciales, fournissoient une marine qui fut souvent redoutable à l'Angleterre. Unis à ceux de Dieppe, ils ravagèrent
1 D. Morice, 1 1, page 510. — ' D. Lobineau, t. I, page 733. — 5 Walsingham , pac u, - « Beliefond, Relation de, cotte, de l Afrique. Lobat, Voyage en Guinée, t. I, pageÏ69.
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les côtes de ce royaume en 1335 et 1336, et ne cessèrent de se signaler pendant les guerres qu'excitèrent les prétentions d'Edouard III à la couronne de France >. Le nom de Calais a obtenu dans les fastes de la monarchie une place qui n'est pas moins méritée par l'activité et le courage de ses marins que par le dévouement d*Eustache de Saint-Pierre et ses compagnons. Les armateurs d'Abbeville éprouvoient quelquefois des obstacles par les prétentions du seigneur de. Saint- Valéry d'assujettir leurs navires à des droits de passage; et ces contestations, qui furent toujours jugées en faveur d'Abbeville , constatent l'importance de son commerce. Elle fut assujettie quelque temps au roi d'Angleterre en sa qualité de comte de Ponthieu, et pendant ce temps ce prince modifia les droits de douanes en faveur d'Abbeville, comme H l'avoit fait en faveur des navigateurs d'Aquitaine. Les> commerçans de cette ville entretenoient des relations suivies avec les villes anséatiques; ils fréquentoient les foires de Champagne, et jouissoient de grands privilèges pour la circulation de leurs marchandises dans le royaume. Les Castillans et les Portugais , les Flamands , les Hollandais et les Zeelandais , y faisoient un grand commerce. La marine d'Abbeville fut assez puissante pour former, après la fatale bataille de Créoy, une escadre destinée à ravitailler Calais, investie par le roi d'Angleterre; et dans plusieurs circonstances on la vit armer des navires pour défendre les expéditions marchandes contre les corsaires et les ennemis. Une ordonnance de 1399 constate qu'une grande partie de l'industrie d'Abbeville consistoit dans la pêche du hareng, la fabrication des draps, dans laquelle on employoit des laines anglaises, et la teinture des étoffes *.
Des documens de 1293, 1294 et 1297, que j'ai déjà cités, t. II, page Ixxvj, les statuts de Hambourg de 1270, et de Lubeck de 1 299, font connoître qu'au xih.* siècle les ports septentrionaux et occidentaux de la France étoient fréquentés par les navigateurs de la Baltique. Les privilèges dont ils jouissoient leur furent successivement renouvelés depuis 1392 3 jusque sous les règnes de Louis XI et de Charles VIII.
1 Walsmgham , pag. 136. — • Recueil du Louvre, t. VIII, pag. 334. Tïaullé, Abrégé des annale» du commerce d'Abbeville, pag. 9 et «uiv. — * Sartorhu, QtftftUftft t«f«t »w» *• " » pag. 793.
CXviif INTRODUCTION.
Ces documens , et ceux qui appartiennent à Brème ainsi qu'aux Pays-Bas septentrionaux et méridionaux , constatent les mêmes faits relativement aux navigateurs de la mer d'Allemagne.
Les rapports commerciaux avec l'Angleterre, nonobstant l'état habituel d'hostilités entre les deux royaumes , ne sont pas moins constans; ils sont prouvés par une multitude d'actes contenus dans la collection de Ryiner, et trop nombreux pour que je puisse en indiquer les dates.
Pendant longtemps la navigation du royaume avoit été en quelque sorte tributaire des étrangers, qui louoient ou vendoient leurs navires aux armateurs français, ou aux rois pour le besoin de leurs expéditions guerrières. Des documens du xiv. e siècle nous apprennent qu'on s'occupa avec assez d'activité de faire des constructions de navires en France, et l'article 39 d'une ordonnance de 1350, renouvelée en 1376, atteste l'usage de faire marquer dans les forêts les arbres propres à être employés à cet objet l . Les rois s'occupèrent aussi de procurer de la sécurité aux navigateurs, en prenant des mesures contre les pirates. On trouve dans une ordonnance de 1315 l'adoption, pour devenir loi générale en France, d'une constitution que l'empereur Frédéric avoit faite en 1220 pour abolir l'usage barbare de s'emparer des objets naufragés *.
Si maintenant, après cette esquisse du commerce maritime, nous jetons les yeux sur l'intérieur et les villes dont l'industrie manufacturière produîsoit tout ce que la France pouvoit offrir comme moyens d'échanges , nous trouvons que cette industrie fît des progrès d'autant plus remarquables que les malheurs du temps et l'impéritie du gouvernement sembloient devoir y apporter plus d'obstacles. II est inutile de s'étendre sur les productions naturelles, qui se rattachent plus à l'agriculture qu'au commerce. Tout ce qui en provenoit, comme les grains» le cidre, l'huile, les vins, la laine, le chanvre,, le lin, après avoir satisfait aux besoins de la consommation locale , ou à ceux de l'industrie, formoit un objet d'exportation, et une matière d'échange contre les produits naturels ou manufacturés des autres pays Je rappellerai seulement un essai, qui malheureusement n'eut
1 Recueil du Louvre, t. VII , page 833. — * Recueil du Louvre, t. I , page 1§0. — * Pegoloiti, page 1 15. Statut. Mauiliœ. ann. H87 et 1193, ined.
point de suite et de succès, pour introduire dans la Provence la culture de la canne à sucre 1 ; on doit le regretter d'autant plus que cette industrie auroit pu être pour la Provence , alors fort appauvrie, un grand moyen de prospérité, puisqu'il cette époque une livre de sucre se vendoit quarante-cinq francs de notre monnoie actuelle ».
La fabrication des toHes, qui devinrent de plus en plus un grand objet d'exportation conserva son activité dans les lieux où nous avons vu, tome II, page ixxiij, qu'elle existoit à la fin du xm. e siècle. Quelques ordonnances des rois eurent pour but de l'encourager et de l'étendre successivement 4 . Vers la fin du xv. c siècle, une famille nommée Grain inventa à Caen le procédé pour représenter sur la toile diverses figures , et pour créer ainsi un objet de luxe
Dans le xni. e siècle on fabriquoit des étoffes de coton en Provence; cette industrie s'étendit au Languedoc; une ordonnance de 1 335 le constate pour Carcassonne «. La conversion des laines en étoffes de toutes espèces et de toutes qualités, quoique très-développée dans les pays étrangers, qui l'avoient apprise de la France, continua de prospérer et de s'étendre dans ce royaume 7 . Toutes les villes que j'ai nommées, tome II, page Ixxiij, et un grand nombre d'autres de la Normandie , de la Picardie , de l'île de France , de la Champagne et de l'intérieur, conservoient leur ancienne industrie, qui s'étendoit dans le voisinage 8 . Les manufactures du Languedoc continuoient avec encore plus d'activité l'industrie qui existoit déjà au siècle précédent. Les plus connues sont Toulouse, Narbonne, Béziers, Beaucaire, Montpellier, Nîmes, Carcassonne. H en étoit de même, pour la Provence, de Marseille, Toulon, Arles ».
Philippe le Bel, ayant consulté en 1303 les députés des villes les plus manufacturières du Languedoc, défendit le transport hors du royaume des laines que les étrangers venoient acheter pour les mettre en œuvre, ainsi 4}ue des matières premières
1 Fauris de Saint- Vincent , Annales encyclopédiques, 181 8, t. VI, pag. 138. — * Fatiris de Saint-Vincent, pag. 936 et 936. — * Pegolotti, pag. 19, 115. Uzzano, cap. lxi. Marlot, Hist. Remensis.t. II, pag. 658. — * Recueil du I^ouvre , t. II, pag. 330. — 5 M. de la Rue, Essais historiques sur Caen, t. II, pag. 345. — e Recueil du i^ouvre, t. II, page 114; t. V,page 105; t. VI, pag. 196, 364, 479; t. IX, page 669; t X, page 931. — 7 Maaseville, Histoire de Normandie, t. Il, page 199. M. delà Rue, t. II, pag. 393. — 8 Recueil du Louvre, t. VI, page 683 ; t. VII , page 98 ; t. IX , page 97 1 ; t. XI , page 356. — 1 Recueil du Louvre, passai» D. Vaissette, t. IV, pag. 161 , 173. Pegolotti, passim. Uzzano, cap. lxiii.
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propres à la teinture; et cette défense, dont on ressentit promptement les heureux effets, devint une loi générale pour le royaume par l'article 5 de l'ordonnance de 1349, portant règlement des foires de Champagne ». Dans toutes les villes que j'ai nommées, la teinture par le kermès étoit une industrie accessoire à la fabrication des étoffes *.
Les communications avec l'Italie, et l'émigration d'un grand nombre de familles des républiques où la fabrication de la soie étoit connue, transportèrent cette industrie en France 3 . On l'essaya dans la Provence , où elle n'eut cependant pas encore une grande activité pendant les xiv.* et xv. e siècles. Avignon fut une des villes qui se distingua le plus par ce genre de travail *• On fabriquoit aussi dans le xiv. e siècle , en Champagne , des étoffes de soie, qui figurèrent dans la rançon envoyée par le roi de France à Bajazet pour délivrer les seigneurs français pris en 1366 à la bataille de Nicopolis *. Ce fut probablement à la même cause que Lyon dut ses premiers essais, qui ont reçu de si grands développemens. Les rois étendirent cette industrie jusqu'au centre de la France, et surtout à Tours et à Vitré 6 . Cependant cette étoffe étoit extrêmement chère dans le xiv.' siècle; le prix s'en élevoit jusqu'à cinquante-quatre francs la livre de notre monnoie actuelle, et la soie entroit, comme les métaux précieux , dans les présens des princes 7 .
On remarque aussi parmi les objets sur lesquels s'exerçoit l'industrie française, la préparation descuirs, qui étoit considérable à Marseille 8 ; celle des peaux d'agneaux et des fourrures, qui étoient un objet de commerce avec les étrangers. Cette industrie ne s'introduisit dans l'intérieur, et notamment à Paris, qu'au commencement du xiv. e siècle, comme on le voit dans une ordonnance de 1339.
Des verreries furent établies en Provence par le roi René 9 .
On ne voit pas moins de développemens de l'industrie française dans le travail des métaux. Pendant le xv. e siècle, des
« D. Vaisaette, t. IV, pag. 161, 163. Recueil du Louvre, t. Il, pag. 309.— « Statut. Massil. ann. 1987, 1993, ined. Papou, t. II, page 356. — 3 Fanueci , t. III, pag. 180. — * Papon, Histoire de Provence, t. II, page 409. D. Vaisselle, t. X, pag. 519. Fauris de Saint-Vincent , page 939. — 8 Marlot , t. II , P»ge 684. — • D. Lobineau , ». I , page 731. — 1 Calhala-Colare , Hitt. polit, eccl. et litt. du Quercu, t I, page 395. — • Fauris de Saint- V incent, ubi suprà Uzzano, pag. 16. — » M. de Villeneuve, Histoire du roi René, t. III, page 39. Fauria de Saint- Vincent, page 969.
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mines d'argent, de cuivre, de plomb, de fer, furent exploitées dans le Nivernais, la Bourgogne, le Maçonnais, le Lyonnais, le Forez, le Couzerans, la Normandie i.Caen étoit renommée par sa coutellerie a et la fabrication d'armes de toute espèce *. Celles de Poitiers, de Toulouse 3 et de Rouen 4 n'étoient pas moins estimées. Paris possédoit aussi des manufactures d'armes qu'on prétendoit supérieures à celles de l'Allemagne 5 .
L'orfèvrerie ne fut pas sans importance : plusieurs villes se distinguoient par les procédés pour filer l'or 6 , et par le travail et la ciselure de l'argent, industrie très-ancienne en France , qui ne cessa de se perfectionner et de s'étendre. Il existe un grand nombre de réglemens relatifs à l'exercice de cette profession 7 .
A l'époque dont je m'occupe, ceux qui se livroient à ces diverses industries formoient des corporations , dont la plupart avoient reçu des statuts dès le temps de S. Louis , et ces statuts furent successivement perfectionnés par une multitude d'ordonnances qu'on trouve dans le Recueil du Louvre.
A mesure que se développoit ce grand mouvement commercial, on sentoit la nécessité de former des sociétés, pour produire, par l'union des capitaux de plusieurs associés, des résultats qui excédoient les facultés d'un seul. L'autorité reconnoissoit le besoin d'accorder des privilèges à quelques entreprises. On en trouve des exemples dans une ordonnance de 1350, qui ellemême en confirmoit une de S. Louis de 1229, laquelle à son tour se référoit à des actes antérieurs des comtes d'Artois 8 . On avoit aussi reconnu que la solidarité entre tous les associés étoit un moyen de crédit; et l'article l. er d'une ordonnance de 1361 suppose ce droit en pleine vigueur 9 .
L'article 34 de l'ordonnance de 1350 constate que le préjugé qui de nos jours éloignoit encore les nobles du commerce n'étoit pas général l0 ; mais le commerce étoit interdit, par les ordonnances de 1350 et 135G n , aux officiers qui rcndoient la justice au nom du roi.
La France avoit, du côté de la terre, des relations habituelles
1 Recueil du Louvre, t. X, page 141. — * M. de la Rue, t. II, pages 313, 321 , 388.— 3 Recueil du Louvre, t. IX, page 305. — * Recueil du Louvre, t. VII, page 744. — * Recueil du Louvre, t. X , page 44. — 6 Pegolotti , pag. 1 8. — 7 Le Recueil du Louvre en contient plusieurs, et Du Cange en a cite* d'inédits, voc. Perla. — * Recueil du Louvre, i. IV, pages 948 et suiv. 9 Recueil du Louvre, t. IV, page 486 — 10 Recueil du Louvre, t. II, page 410. — ' 1 Recueil du Louvre, t. III, pages 33 et 138.