III. a
C xxij INTRODUCTION.
avec les pays qui l'avoisinoient. Si elles dépendirent quelquefois de l'état de guerre, en ce qui concerne ceux qui, comme le Brabant et la Flandre, étoient souvent disputés; si, sous ce rapport , le commerce fut fréquemment interrompu on ne trouve rien de semblable relativement aux commerçans des différentes parties de l'Allemagne qui bordoient la France à Test} ils reçurent au contraire de grands privilèges par des ordonnances de 1297 et 1302 *, et ne cessèrent d'en profiter.
La nécessite de faciliter les rapprochemens des commerçans et les échanges, ainsi que d'offrir des lieux d'entrepôt partout où le besoin de stationner et de changer les moyens de transport se faisoit sentir, amena l'établissement de foires nouvelles ou l'extension des anciennes. Les recueils d'ordonnances des rois , et les histoires particulières des villes et des provinces , contiennent une multitude d'actes, soit pour servir de réglemens aux foires qui existoient, soit pour en établir de nouvelles. H seroit trop long d'en citer les dates; il suffit de constater, comme point assez important pour l'histoire du commerce et de la législation , que , par l'article 1 2 d'une loi du 8 mai 1 372, le roi déclara qu'à lui seul appartenoit le droit de créer des foires et d'en accorder les privilèges 3 . Les plus considérables de ces foires étoient celles de Champagne 4 , dont j'ai parlé, t. II, page Ixxiv; les réglemens que nous en connoissons appartiennent même aux xiv.° et xv. c siècles , quoique l'institution fût bien antérieure.
Cet exposé, qu'il étoit de mon devoir de renfermer dans des limites convenables, montre que le commerce intérieur et extérieur de la France eut pendant le xiv. c siècle, et surtout pendant le xv. f , une très-grande activité. On en trouve la preuve dans la multiplicité des ordonnances et des réglemens faits par les rois, surtout par Charles VII; ces documens nous montrent que Paris commençoit à devenir le centre des affaires pour tout ce qui tenoit au mouvement intérieur.
Cependant, on ne peut se le dissimuler, pendant longtemps et presque jusqu'au règne de Louis XI , ce commerce fut principalement exercé par des étrangers; et, surtout pendant le xiv. c siècle, l'état de choses que j'ai indiqué, tome II, page Ixxv, n'éprouva pas de notables améliorations. La plupart des ports
« Recueil du Louvre, t. I, page» 950, 615, Cl». — « Recueil de M. Lappenberg, pag. 187 et a*6. — » Recueil du Loum.u V, page 480.— 4 Pegolotli , pag. 837 et suiv.
INTRODUCTION. CXXÎij
français recevoient plus de navires étrangers qu'ils n'en expédioient de nationaux, et, à de rares exceptions près, ces ports étoient moins le théâtre d'un commerce national que des entrepôts au profit des étrangers.
Les Italiens, d'abord simples aventuriers, n'avoient exercé qu'une sorte de débit de colportage, et des usures dans lesquelles Hs supplantèrent les Juifs. Sous le nom générique de Lombards, puis sous celui des différens pays dont ils étoient originaires, ils formèrent des corporations qui s'emparèrent du commerce, à l'aide des capitaux immenses dont ils disposoient et de leurs relations avec les villes les plus commerçantes. On a vu , tome II , page Ix, que, dans le xiil.' siècle, les rois avoient favorisé d'une manière spéciale les établissemens de ces Italiens à Nîmes. Les privilèges qui leur avoient été accordés en 1275, 1276, 1277, 1278, furent confirmés et accrus en 1295, 1315, 1328, 1344, 1345, 1351, 1366, 1369, 1378, 1380, 1381 , 1385, 1392, 1398, 1406 «. Ils eurent la faculté de fréquenter les foires de Champagne , de se fixer dans les villes les plus commerçantes de l'intérieur, dans les ports de l'Océan , d'avoir partout où ils le trouvoient utile des courtiers nommés par leur capitaine ou consul qui résidoit à Nîmes. Au moyen des correspondances qu'ils entretenoient sur tous les points du royaume et avec leur patrie, ils avoient dans la réalité le monopole du commerce français.
Cet état de choses éprouva quelques changemens vers le commencement du xv. c siècle : peut-être les guerres que la France eut avec l'Italie, ou d'autres circonstances que peut expliquer l'état politique des républiques de cette partie de l'Europe , en furent la cause. Ce qui paroît constant, c'est qu'à compter de cette époque on trouve peu d'actes du gouvernement en faveur des Italiens; on voit au contraire se multiplier les concessions en faveur des Castillans et autres commerçans de la péninsule espagnole, qui s'établirent avec de grands privilèges dans la Saintonge, à la Rochelle, à Harfleur, Rouen, Caen, Montivilliers, Toulouse, Carcassonne, Beaucaire, dans la Bourgogne, le Quercy, I'Agénois , le Bigorre ».
Les Français reconnurent enfin tous les avantages qu'il y
1 Recueil du Louvre, 1. 1, pages 386, 584, 650, 795 ; t. II, pages 908, 831 ; t. IV, pages 1 10, 668; t. V, page 839; t VI, pages 335,477, 558; t. VII, pages 136, 787; t. VIII, page 913; t. IX, page. 131, 134, 145. — * Recueil du Louvre, t. IX, page 106; t. XIII, page 809.
CXXÎV INTRODUCTION.
avoit pour eux de ne pas laisser ainsi à des étrangers ies profits d'un commerce dont ils étoient en quelque sorte les instrumens passifs. Le règne de Louis XI est l'époque à laquelle se manifesta pîus particulièrement cette grande révolution. L'institution des postes, dont le commerce devoit recueillir d'immenses avantages, est due à ce prince ». II fit, ou plutôt il perfectionna avec un grand soin, les réglemens pour la navigation de la Loire, qui assuroit la communication d'une partie du royaume avec l'Océan. Il projeta l'établissement de l'uniformité des mesures *. Il ne mit pas moins de zèle à étendre le commerce extérieur. Il fit à ce sujet des traités avec le roi d'Angleterre en 1475 et 1478. H renouvela en 1464, 1473 et 14 83, les anciennes relations de la France avec la ligue anséatique ; accorda des privilèges aux Aragonnais en 14C2, et fit un traité de commerce avec Venise en 1477 3 .
Quel que soit le jugement que l'on porte sur le caractère personnel , ainsi que sur la politique extérieure et intérieure de ce prince , il est incontestable qu'il fit beaucoup pour le commerce. Il ne négligeoit aucun moyen d'être instruit de ce qui pouvoit concourir à l'améliorer et à le développer, et traça à ses successeurs une marche que plusieurs ont suivie avec succès.
En résumant ies notions que j'ai cherché à recueillir et à classer avec le plus d'ordre qu'il m'étoit possible, on arrive à connoître assez aisément les principales directions du commerce français.
A l'aide de la navigation septentrionale et occidentale , le royaume recevoit toutes les productions naturelles et industrielles de l'Angleterre , des villes situées sur la Baltique et de tout le Nord de l'Europe, des Pays-Bas, et par cette voie celles des parties de l'Allemagne qui y communiquoient par le Rhin et d'autres moyens. Cette même navigation ouvroit encore l'entrée de la France aux produit» de l'Espagne, du Portugal, et à une grande partie des marchandises italiennes ou orientales que les Génois, et bien plus, les Vénitiens, y apportaient. La Loire et la Seine étoient les principales voies qui les introduisoient dans le centre , et leurs affluens servoient à les répandre du côté de la Picardie , de la Champagne et de l'Est en général.
« Garnicr, Histoire de France de Vely, t. XIX, page 81.— « Idem, t. XVIII, page 437
— « Recueil du Louvre, t. XVI , page 197 ; t. XVII , page 585 ; t. XVIII, pages 160, 173, 3»5 .
INTRODUCTION. CXXV
A l'aide de la navigation parla Méditerranée, la Provence, quoique placée sous une domination particulière, et le Languedoc, recevoient tout ce qui venpit de l'Espagne orientale, de {Italie , des côtes d'Afrique , de l'Egypte et de l'Orient. Le Rhône étoit un des plus grands moyens par lesquels l'introduction s'en faisoit jusque dans l'intérieur, au moyen de la Saône et des communications terrestres.
II est inutile d'ajouter que les mêmes voies servoient à exporter les productions de l'agriculture et de l'industrie.
Ce seroit entrer dans des détails superflus, qui d'ailleurs pourroient être fondés tout au plus sur des données incertaines, que d'essayer d'indiquer tous les moyens secondaires de communication intérieure qui lioient entre elles les provinces et les villes du royaume.
L'état du commerce en Angleterre resta pendant une partie Angu*™. du xiv. c siècle à peu près le même que pendant le précédent. Des manufactures peu nombreuses et dont les ouvrages grossiers ne servoient qu'à la consommation du peuple employoient une foible partie des matières premières. Les étrangers en exportoient une bien plus grande quantité, en même temps qu'ils importoient, soit des marchandises de leur propre pays ou des autres parties de l'Europe , soit des marchandises asiatiques. Les navires de l'Angleterre, employés, ou pour les grands armemens ou pour la course , dans les guerres presque continuelles de ce pays avec la France et la Flandre, ne se livroient que rarement aux opérations commerciales.
Un des plus grands obstacles à ce que le commerce anglais fît des progrès vint des privilèges accordés aux étrangers. En 1303 une charte appelée charte marchande en concéda de très -étendus aux navgateurs de la France septentrionale et occidentale , d'Aquitaine , du Languedoc , de Provence , de Navarre, de Castille, de Catalogne, de Portugal, de Lombardie, de Toscane, des Pays-Bas, d'Allemagne *.Ces commerçans, et sans doute aussi les Vénitiens et les Génois, admis en Angleterre dès le xm. e siècle , étoient donc en réalité , quoique sans doute dans des proportions très-inégales , en raison du plus ou
' Prjnne, Animadvertiotu on the inttitute* of Coke, pag. 31.
CXXvj INTRODUCTION.
moins d'importance de leur industrie et de leur navigation , les véritables maîtres du commerce anglais.
La charte dont je viens de parler leur accordoit des franchises, ia protection royale, principalement le droit de faire juger les différends entre eux par des juges de leur nation, et ceux qu' ils avoient avec d'autres que leurs compatriotes par un tribunal mi-parti. La vente en détail des objets qu'ils apportoient leur étoit interdite , il est vrai , à quelques exceptions près : mais, la plupart du temps, ils éludoient ies prohibitions ou s'en faisoient exempter par des privilèges spéciaux.
Cette charte fut plusieurs fois renouvelée, notamment en 1328, 13.32, 1335, 1378 et 1413 1 ; mais la nécessité de ces renouveflemens, les révocations ou les suspensions qui les avoient précédés, constatent une grande incertitude de système, ou plutôt l'absence d'un véritable système à cet égard.
On peut en indiquer plusieurs causes. Au premier rang sont les guerres *|ui t iton-seulement interrompoient tout commerce avec les pays ennemis, mais qui, en général, produisoient ia révocation de l'hospitalité et des privilèges obtenus par des sujets de ces pays. Les rois d'Angleterre ne s'en tenoient pas même toujours à cela; ils faisoient souvent aux neutres une sorte de condition , pour la conservation de leurs privilèges, de ne pas continuer le commerce avec la nation dont ils étoient ennemis; c'est ce que prouve un acte de 1305, à l'occasion des guerres entre l'Angleterre et l'Ecosse, et un autre de 1337, à l'occasion de celles avec la Flandre ». Quelquefois même ces interdictions étoient la conséquence de traités de paix avec d'autres états; c'est ainsi qu'un document de 1304 constate que le roi d'Angleterre s'étoit obligé envers le roi de France à exclure de ses ports les navigateurs de ia Flandre, avec laquelle ce dernier étoit en guerre 3 .
Une autre cause non moins puissante étoit la lutte de l'industrie et du commerce naissans contre les étrangers, qui, déjà très-avancés dans le perfectionnement des procédés et l'économie de la main-d'œuvre, étendant leurs opérations sur un grand nombre de pays et multipliant ainsi les moyens de bénéfices , étoient en état de livrer à meilleur compte que les
1 Rymer, t. II, part, m, pag. 4, 76; t. IV, part. H, pag. 54. — • Rymer, t I, part, lv, pag. 39; t II, part m , pag. 161. — 3 Rymer, 1. 1, part l?, pag. 33.
INTRODUCTION. CXXvij
commerçant anglais ce qui pouvoit satisfaire aux besoins et au luxe des consommateurs.
Les rois, les seigneurs, les propriétaires, tous ceux qui possedoient des richesses territoriales, fâvorisoient ces étrangers. L'intérêt des rois étoit évident. Le produit des douanes étoit avec leurs domaines ia plus grande partie des revenus de la couronne; ies étrangers s'y soumettoient sans difficulté , parce qu'ils savoient bien s'indemniser par le prix qu'ils mettoient à leurs marchandises. Ils étoient toujours en état de faire des avances, de fournir le secours de leurs navires en cas de guerre; et ce fut, pendant le xiv. c siècle surtout, l'état habituel de l'Angleterre. A l'égard des seigneurs, des propriétaires, ils voy oient avec plaisir arriver des hommes qui, achetant et payant bien toutes les productions agricoles, leur procuroient des objets de luxe.
Dans les villes seules ces étrangers étoient en butte à la jalousie, à la haine des fabricans, des ouvriers, des marchands, à qui ils cnlevoient les moyens de mettre en œuvre les matières première», les profits du commerce, et par conséquent tous les moyens d'existence.
Les laines étoient le principal objet des exportations anglaises. Leur qualité supérieure à celles de toutes les autres parties de l'Europe, leur bas prix, résultat de l'abondance des produits et du peu de consommation intérieure , les faisoient rechercher par les étrangers. L'Angleterre produisoit aussi de l'étain, que le commerce répandoit dans toute l'Europe et jusque dans l'Asie 1 , du plomb, du fer, du charbon de terre, dont les pays voisins venoient s'approvisionner ». Mais les chevaux n'étoient point encore un objet d'exportation; plusieurs documens prouvent que les Anglais en faisoient venir de pays étrangers 3 .
Les règles relatives à l'exportation des matières premières que produisoit l'Angleterre ne sont pas faciles à démêler à travers un grand nombre de documens peu développés, souvent obscurs et contradictoires, qui d'ailleurs se rapportent à des usages anciens. Il paroît que toutes les matières destinées à être exportées d'Angleterre dévoient être conduites dans certaines villes de l'intérieur ou de l'extérieur, appelées étapes , d'où elles n'étoient enlevées qu'après avoir acquitté des droits. Peut-être
1 Cambden, Britannia , pag. 134. — 1 Rrand, Histçry of New cas lie , t. II, pag. »54. — » Rymer, t. I, part, iv, pag. 135 ; t. II , part. I , pag. 3î, part. îv, pag. 7Î, 94, 13S
CXXvii} INTRODUCTION.
aussi ces étapes, au moins celles de l'intérieur, te noient-elles à un système de monopole; car des actes du parlement de 1 328 et 1334 abrogèrent, comme contraires à la liberté du commerce, les ordonnances qui en avoient établi Cependant en 1353 on changea de manière de voir ; une loi détermina les villes d'Angleterre où il seroit formé des étapes ».
Les étapes à l'extérieur ne différoient pas beaucoup des comptoirs des villes de la Méditerranée dans les pays musulmans, et de ceux que les Allemands formèrent dans presque tous les états du Nord, si ce n'est que l'étape avoit pour unique objet la vente d'une seule ou de quelques espèces de productions anglaises, et non pas, comme les comptoirs dont je viens de parler, de faire toute espèce de commerce , d'importer et d'exporter toutes sortes de marchandises. Il paroît, du reste, qu'il en résultoit d'assez grands avantages pour le pays où l'étape étoit établie, par le concours des commerçans qui venoient s'y approvisionner, puisqu'en 1314 et 1 3 1 5 3 le roi de France en soliieitoit une du roi d'Angleterre, ce qui donna lieu, de la part de ce dernier, en 1318 et 1337, à la formation de conseils de commerce 4 ; vers le même temps les magistrats des villes du B ruban i faisoient de semblables demandes s .
Un grand nombre d'actes qui se succédèrent dans le cours du xiv. 6 siècle indiquent les placcmens très-variables des étapes à l'extérieur 6 .
La nécessité de s'approvisionner à ces étapes étoit probablement une charge onéreuse pour les étrangers, car en 1378 et en 1414 les Vénitiens, les Génois, les Catalans, les Espagnols, obtinrent d'en être affranchis 7 . De leur côté, les nationaux murmuroient contre ces exemptions; en 1459 le roi promit au parlement de ne plus en accorder 8 .
Nonobstant le découragement dont le système du gouvernement et le commerce des étrangers frappoient l'industrie des fabriques de draps en Angleterre, elles parvinrent à améliorer leurs produits , surtout après que des ouvriers de Louvain , de
1 Macpherson, t. I, pag. 497, 509. — * Macpherson, t. I, pag. 540. — 3 Rvmer, t. Il, part, i , pag. C6 et 90. — 4 Rvmer, t. II , part. 1 , pag. 1 G3. Willis, History of Buckingham , pag. 41. — 5 Rymer, t. II, part, ni, pag. 105. — 8 Rymer, t. II, part. I, pag. «6 et 90; t. II, part, m, pag. 109; t. III, part, l, pag. 32. part. 111, 47 et 48. Du Cangc, voc. Stapula. Macpherson, t. I,pag. 478, 546, 696. — 7 Macpherson, 1. 1, pag. 587,038. — 8 Macpherson,!. I, pag. 674.
INTRODUCTION. CXXIX
Bruges et de ia Zélande s'y furent établis ! . Des dominions de 1348, 1363 et 1376, constatent qu'on exportoit d'Angleterre des étoffes de laine 8 .
Mais rien ne prouve qu'on s'y occupât de ia fabrication des toHes; les Anglais continuoient à les recevoir de la France, de la Bretagne et de la Flandre 3 .
D'autres branches d'industrie paroissent s'être développées successivement, entre autres celle de la soie 4 . On ne sait point exactement quand cette fabrication y fut importée. Il est probable que ce fut par des ouvriers italiens. Ce qui est incontestable, c'est qu'en 1455 et 1482 le parlement prohiba les soieries venant de l'étranger 5 , sur la pétition des ouvriers en soie. On prit lés mêmes mesures en 1463, 1482 et 1485, en faveur des fabricans de chapeaux et d'autres objets que jusqu'alors les étrangers avoient fournis 6 .
La sortie des laines et de l'étaim fut assujettie à des règles plus fixes et mieux appropriées aux besoins; il ne fut pas per^ mis d'exporter les laines filées et ies draps non foufett *. Les étrangers furent astreints à n'emporter le prix des objets qu'ils avoient apportés qu'en produits de l'Angleterre
Des navigateurs anglais, dont tout le commerce en pays étranger avoit longtemps consisté dans quelques établissemens eu Flandre, en formèrent du côté de la Baltique, et n m aminé nr à Dantzick , pour y porter des vins 9 . Ils réclamèrent en 1388, et après de vives contestations ils obtinrent ia faculté do s'y constituer un comptoir et d'avoir un chef de leur nation l0 . Des actes de 1391, 1398, 1399, 1401, 1404,1426, 1 437, <-n constatant soit la nomination des chefs de comptoirs, soit les difficultés ou les mésintelligences que l'exercice de oe commercé fais oit naître 11 , prouvent suffisamment combien on iriettoit d'importance à le conserver.
J'ai parié, tome H, page Ixxvj, des relations de l'Angleterre , . . •» " k - ;
1 Rymer, t. II, part, m, pog. 68, 157, 167. Divœus, Renan Lovan. pag. 117. — ■ Macpherson , t. I, pog. 539, 568, 581. — 3 Rymcr, t. IV, part. H, pag. 155.— 4 Rymcr, t. III, part. IV, pag. 86, 173; t. IV, part i, pag. 194, part. n,pag. 19 et 88, part, rv, pag. 196. Walsmgham, pag. 383. Macphcrson, t. I, pag. 614. — 5 Macpberson, t. I, pag. 671, 699.-- 6 Macpberson, t. I, pog. 676, 699, 706. — 7 Macphenon, 1. 1, pag. 633, 678, 679, 68ï, 708. — 8 Macphcrgon, t. 1 , pag. 613, 614.— 9 Rymer, t III, part, il, pag. 194. — 10 Rymer, t. III, part, m, pag. «04; t. IV, part. I, pag. *», 83, «6, 30. Schuti, P*g- U4 —
11 Rymer, t. III, part, iv, pag. 66, 173; t. IV, part. I, pag, 7, 67, 159, ICI, part. IV, pag. 119.
CXXX INTRODUCTION
avec la Norvège et les autres parties de ia Scandinavie; on en trouve, encore des preuves au commencement du xiv.' siècle J . Mais on verra, dans l'exposé du commerce anséatique, comment les navigateurs de la Baltique parvinrent à exclure les Anglais du commeroe des trois royaumes du nord. Ce n'est que dans le xv. e siècle, à l'époque où déjà se manifestoient quelques signes de dissolution et de décadence de la ligue , que les Anglais, encourages par des privilèges qui leur étoient offerts pour les exciter à lutter contre les Anséatiques, renouèrent i de ce coté des relations qui ne cessèrent de s'étendre 8 ; des actes de 1 408, 1449 et 1490, en font foi 3 ; on y trouve la preuve, notamment en ce qui concerne la Norvège, des contestations qui s Vievoie ut souvent entre les Anglais et les Anséatiques dans ia vrlie
de Berghen. , , ; .
L'intérêt de la navigation du pays donna, dès ia fin du xin/ siècle, l'idée de ce qui est devenu la base du fameux acte auquel 00 assure que 4'Aogleterre doit une partie de sa puissance maritime. Des : le,is 4e 1 3^1; et de 1 3*0 ne permirent aux Anglais d'exporter leurs marchandises que par des navires nationaux , et prescrivirent des mesurer "pour que les armateurs se contentassent d'un fret équitable 4 . ,
. Le commerce anglais ayant été assez longtemps entre les main* des. étrangers , on ne doit point rêtre surpris qu'un grand mon lire d'acte- ou de privilèges soient intervenus en faveur de
chacune des muions qui dè> 1303, e munie je l'ai dit plus haut,
se partageoient ce commerce. Les recueils officiels en contiennent une multitude, la plupart . du xv. c siècle, relatifs è la Frflnce,' à la Pretagne, aux Pays-<Bas f aux différens royaumes d'Êapagïae,, au Portugal, à Venise, Gênes, Pise et Florence, dont il, seroit trop long d'énumérer les dates, et qui d'ailleurs ne présentent rien d'important pour faire connoître l'état du commerce; '•.,<,
Lorsque je traiterai de la ligue anséatique , je développerai les* rapports qïie cette confédération célèbre eut avec TAngleterre 5 . Je me borne à faire remarquer ici quelle y jouit longtemps d'une grande faveur ; et même on ne peut se dissimuler
1 "Rymer, t. II, part. I, pag. 33. — * Voir ci-après, page cixviij. — 3 Ryraer, t. IV, part i, pag. 1S5 ; t. V, part, h, pag. »3, 96, part, tv, pag. l, 6 — * Macpheraon , 1. 1 , pag. 599 et 608. — 4 Voir ei-aprè», page clxij.
INTRODUCTION. CXXXf
que son commerce étoit moins nuisible que celui des autres étrangers à f industrie locale. Les A asiatiques avoient intérêt à exporter et à mettre en crédit iès produits des manufactures anglaises , parce qu'une grande partie de leur commerce dans le Nord consistant à y introduire des draps, ia concurrence de ceux qu'on l'abri. pi oii en Angleterre, leur offroit des moyens d'échapper au monopole des manufactures de Flandre *. C'étoit seulement aux armateurs qu'ils causoient un dommage véritable, parce que leur système exclusif dans le Nord , en même temps que la grande étendue de leur navigation , ne permettoit point aux Anglais de lutter avec eux.
A mesure que l'industrie iocale entroit en concurrence avec tes étrangers pour ia consommation des laines , et que, d'un autre côté , l'accroissement des fabrications de draps dans toute l'Europe multiplioit les besoins de cette matière première, les agriculteurs se livrèrent avec plus de soin et d'activité à l'éducation des troupeaux. On voit par un acte de 14 89 que la législation fut obligée de prendre quelques mesures contre la conversion de terres labourables en pâturages 9 ; le célèbre Thomas Morus, qui écrivoit au xvi. e siècle, s'élève aussi contre cet usagé *•
< Le débit et la circulation des produits indigènes et des marchandises qu'apportoient les étrangers donnoient lieu à un commerce intérieur qui dut se développer à mesure que ia population et la civilisation s'augmentoient. Les prétentions exclusives des villes , i'esprit de monopole et de corporation , en compliquèrent sans doute, et souvent en entravèrent les opérations. La jalousie des marchands du pays, qui vouloient interdire le débit aux étrangers, donna lieu à beaucoup de réclamations, et quelquefois à des actes de violence 4 . L'autorité législative ou celle du gouvernement intervinrent, soit pour maintenir l'ordre, soit pour prescrire des règles sur l'établissement et ia tenue des foires 5 .
Il paroît, au surplus, que, même dans le xiv.* siècle, où le luxe étoit moins développé que dans le suivant , la plupart des objets qu'on fabriquoit dans les diverses parties du continent, ou que le commerce faisoit venir d'Asie et d'Afrique,
1 SâjrtoriUs , iMua*li<6< ®ff#t<*f(, &e. pag. 8S8. — 1 Mao-pherson, t. I< pag. 718. — * Utopia, [ib. i. — * WaUiogham, pag. 833, 537. — * Wacphereon, 1. 1, pag. 505, 616. 1
rxXXÎj INTRODUCTION.
entroient dans la consommation des Anglais. On trouve à cet égard des détails assez curieux, non-seulement dans les traités, ou les privilèges et sauf-conduits commerciaux, mais encore dans plusieurs actes qui autorisent, par une faveur spéciale, à exporter, sans payer de droits de sortie, des objets de ce genre, dont certainement la majeure partie ne pouvoit provenir des fabriques anglaises
Parmi les marchandises que l'Angleterre recevoit des pays étrangers, et sous cette dénomination je comprends les conquêtes que les rois avoient faites sur le continent, les vins étoient évidemment l'objet le plus considérable d'importation. L'Aquitaine en fournissoit une grande partie; on peut croire cependant que les vins des autres provinces de la France étoient introduits en Angleterre , ainsi que ceux de Portugal , d'Espagne et du Rhin *. Tout ce qu'il y a de positif, c'est que ce commerce étoit soumis à des règles exceptionnelles, qu'en général il fallott une licence du roi, conformément à la charte marchande de 1303 3 , et que le transport en étoit interdit aux navires étrangers 4 .
II n'existe que des renseignemens très-peu circonstanciés sur le commerce de l'Ecosse pendant les xiv. e et xv. e siècles. Les guerres presque continuelles entre ce pays et l'Angleterre durent amener un grand nombre de perturbations dans les relations réciproques de ces deux états 5 . Chaque fois que ces relations furent ou tolérées ou rétablies, elles eurent pour objet principal les importations et les exportations respectives des produits de leur agriculture et de leur industrie G . Un document français manuscrit, contenant les statuts des orfèvres de Paris, rédigés en 1335, nous fait connoître qu'on pêchoit sur les côtes d'Ecosse des perles , qui certainement étoient d'une qualité trèsinférieure à celles qui venoient de l'Orient, puisqu'il étoit défendu aux orfèvres de les mêler à celles-ci , si ce n'est dans les ouvrages faits pour des églises 7 .
Les commerçans étrangers, non-seulement ceux de la Baltique et des Pays-Bas , que le voisinage devoit y attirer 8 , mais
1 Rjmcr, t. III , part, m , pag. 138, 139, part, iv, pag. «»,8C, 173. — *Rymer, t. II, part m, pag. C8. — 3 Privil. ann. 137H, ap. Rymer, t. III, pari, h, pag. 1B4.— * Macpherson, t. 1 , pag. TU. — * Rvmer, t. II, part, m, pag. 139 et suiv. — 6 Rymer, t. III, part. I, pag. 177, part. Hl , pag. 1 19. Slow, AnnaU, pag. 549.— 7 Du Cange, voc' Perte.— • Macpheraon , 1. 1 , pag. 475, 673. ,
INTRODUCTION. CXXxiij
encore ceux d'Italie », fréquentoient les ports de l'Ecosse *. Un traité, de il 436 avec Eric , roi de Norvège, de Suéde et de Dane^marok, eut pour objet de régler les rapports commerciaux entre l'Ecosse et ces états 3 ; et lorsqu'à la fin du xv. e siècle ia para eut été rétablie avec l'Angleterre, des traités de 1438 et 1488 réglèrent les intérêts commerciaux des deux royaumes 4 . s
Quant à l'Irlande, l'état des choses tel qu'il étoit au xm. c siècle continua de subsister. Un statut de Hambourg de 1270 constate que les commerçans de la Baltique ailoient y chercher des laines. Les manufactures d'Irlande continuoient de fabriquer des étofFes connues sous le nom de sayes, qui étoient très-recherchées 5 . On voit même par un tarif d'octroi accordé en 1410 à la ville de Cambridge , que l'Irlande fabriquoit des toiles que le commerce importoit en Angleterre 6 .
L'état politique du territoire compris entre la France, l'Aile- f*^ BM magne et la mer du Nord , connu longtemps sous le nom géné- m ' n t T** x rique de Pays-Bas 7 , n'éprouva point, durant l'espace de temps *P ,cntn0MDX dont je m'occupe, de changëmens qui m'empêchent de réunir sous un seul point de vue tout ce qui est relatif à son commerce. Quelques portions qui appartiennent aujourd'hui à la France n'y ont été réunies qu'à une époque trop récente pour que je dusse les comprendre dans le tableau relatif à -ce royaume ;- et d'un autre côté la révolution qui , en donnant l'indépendance aux provinces septentrionales, a divisé les Pays-Bas en deux états distincts, appartient au xvi. e siècle.
L'industrie et le commerce extérieur étoient déjà au xm. c siècle très-florissans dans la partie méridionale; ils ne cessèrent de s'y développer dans les deux suivans, nonobstant une multitude de révolutions locales et de guerres étrangères. Un écrivain quivivoiten 1350 en fait un tableau qui peut surprendre , mais qui néanmoins ne paroît pas exagéré 8 .
Le travail des manufactures avoit autant d'activité que de succès, protégé par les souverains, surtout par des franchises municipales et une sorte d'indépendance communale qui, plus
' Rynier, t. H , part, i , pag. 1 1 i. Scotish Chron. t. II , pag. 490. — * Rymer, t II , part, m , pag. 99. — * Macpherson , 1. 1 , pag. 64ï. — * Rymer, t. X r pag. 688 ; t. XII, pag. 403. — ' a Macphcuon, t. I, pag. 651. — 6 Rvmer, t. IV, part, i, pag. 171. — 7 Marchant , Flan dria, pag. 134. — 8 Glanvil, De proprietatibus rcrum , cité par M. de Reiffenberg, page ti.
cxxxtv INTRODUCTION.
d'une fois, amenèrent des insurrections fatales a la tranquillité et à la prospérité de ce pays. Mais ie commerce, et l'industrie étoient au-dessus de ces atteintes; leur activiu* n'était ni rai en* tie ni découragée* Un crédit immense réparoit promptement les pertes et foisoit renaître de nouvelles branches de commerce dès que la guerre ou les troubles intérieurs en desséchoient quelques-unes. ï fc
Ce fut principalement par ia fabrication des étoffes de laine que les Flamands se firent remarquer.Cette industrie étoit sans doute ancienne, mais les communications avec l'Orient ieur apprirent des procédés jusqu'alors inconnus, surtout l'art de faire des tapisseries, dans lequel ils ne tardèrent pas à égaler, peut-être même à surpasser les Asiatiques. Aux \i\V et xv. e siècles, ils joignirent à cette industrie celle des étoffes et des velours de soie.
Une multitude de villes ri v a li soient d'efforts pour atteindre la perfection et l'économie de là main-d'œuvre. Les produits en étoient réparidus dans toute l'Europe, et servoient d'une manière avantageuse aux échanges avec l'Asie et l'Afrique ».
Bruges fabriquoit des draps et des velours qui étoient considérés dans le Nord comme deq objets de grand luxe *;on assure même que l'art de travailler les diamans fut inventé dans cette ville 3 . Gand eut jusqu'à quarante mille métier» 4 ; elle fournisseur des serges , des étoffes de toutes espèces- et des tapisseries *. Courtray comptoit six mille tisserands de draperies' 6 , et Ypres quatre mille 7 , qui fabriqttoient des écarlates 8 . Cette dernière ville étoit si renommée par sa bonne administration qu'en 1333, lorsqu'une guerre s'éleva entre plusieurs villes anséatiques, elle fut choisie pour arbitre 9 . Les tapisseries d'Audenarde rivalisoient avec celles d'Arras 10 . Au milieu du xiv. e siècle Louvam occupoit quatre mille métiers 11 ; Mali ors en avoit un nombre au moins aussi considérable 19 ; Bruxelles, Tune des villes les plus populeuses et les plus commerçantes des Pays*Bas méridionaux, étoit, indépendamment de ses autres branches d'in-
1 Prgoiottt, pag. tO, 100., 84! ctsuiv.— > * Schraeder, OfotrPtii. de luxu autœ piagni SmeA -, régis Sueciœ et Nnrvtgiœ, inter nova acta soc. scient. Upsal. t. VIII , pag. 385. — ' M. de Reiffonberg, page 38. — 4 Sander, Flandria illustrata, t. III, pag. 9. — 5 Guicciardini, pag. 89. — a Sander, t III , pag. 8 et saiv. — 7 Guicciardini, pag. 348. — • Sacz, Cronict deD.Junn, \A\ , «pp. pag. 107. Capmanj, Metnorias, t. III , cap. u, page 1 11. — • Biaeu, Sladi van Nederkndi, ». IV, Sttveren.— 10 Marchant, pag. 46. — 11 Divanis, Rervm Ltwan. pag. 1 16 , et Annale s. pag. 14 M Grammaye. Meeklin. pag. I*.
INTRODUCTION. CXXXV
dus trie, renommée pour les draps, -qui de même que beux dè Lierre, VervSn*,, Mali nés, étoient très-recherches en France 1 , au point quAine ordonnance do 1375 -âvoit 'pria» des mesure* contre ceux qui irendoient de» .draps» sotis cette fausse dénomination ». Lille egaioit, par son importance, Bruges, Anvers et Bruxelles;, elle étoit remplie de tisserands, qui fabriquaient les étoiles de faine les pitts variées , des * ci ou rs d'une espèce particulière, 3u genre des pluches , et des .soir rien. On y fabrli quoil aussi , nous Je nom de bourats , des étoffes légères* délai né et de coton a éiCette ville etoit un iieu d'étape ou entrepôt 'pour les laines d'Angleterre, dont il paroît que la FranCe tiroft 'de grands avantages, si l'on -en juge par les plaintes du roi, en 13 1-1, de ce que L'arrivage des iaines étoit suspendu 3 . On fabriquoit du camelot ou camelin, des étamincs et' des draps, à Cambrai <,Armentières ^Srint-Omer «, Douai 7,Valenoienn*s « et Àrras ?*JL.es fabriqués, do cette dernière viile executorent des tentures magnifiques pour les palais des rois; on en envoyoit | mwimiidiiMifln Fawann I hoI t »tiiiio«<;'l .1 .j»ïoav>V> bui t Aini
JLes fabriques flamandes faisoient leurs principaux approv isionnemens de laines en Angleterre. On voit par Un acte de 13 1 4 que Robert, comte de Flandre, recommandoit a Kdouard 1 III les commerça!! s de son pays qui alloient en Angleterre , rt p rouie t toit de protéger i étape des laines et des antres m ai Khan - «lises des Anglais à Bruges Wyet-, sous ee rapport, fuciivife Cfâ te. stagnation de leur industrie dépendbit de Vétât de paixuu df? guerre qniexistoit entre les deux pays-.: oil tnio|i»:i
Les étoffes de laine et desôie ntëtoient pas le seul pre<*ufo:de l'industrie flamande : les toiles, (es dentelles . les cuirs , les armes et autres instrumens de fer-et de enivre , en t mien t aussi dans le commerce en assez grande proportion, me ». > V • .jjrrïfi
La situation de ce pays, intermédiaire et eh quelque 1 sorte point de repos forcé pour la navigation du Nord avec le Midi «le l'Europe , à une époque à laquelle les procédés de cette même navigation étoiCpt encore extrêmement imparfaits excita les actifs commerçans de la Baltique à y fonder des comp-
• Recueil du Louvre, t. VI, page 174.— « Mfcyer, fol. 43. Buzeiia, Gallo Flundria, pag. 513. » Rymer, t. ni, pag. 48». — * Du Otage, voc Camcknum. — * Gnicciardini , pag. 84i. — 6 Recueil du Louvre, t. IX, page 636. **» 7 Buzelio, Annaltt, pag. 38 B. — * Guicciardini, pag. »63.^- » Idem, pag. 15».— 10 Dumoni, Corps déphmêt. t. I, page — »• Verwer, NederlandtZee recht, prJf. pag. 5
CXXXvj INTRODUCTION.
toirs. H» obtinrent à cet effet un grand nombre de privilèges, qu'il seroit trop long d'énumérer *, et pendant longtemps ils jouirent de la faveur d'avoir leurs propres juges. De leur côté, les Italiens, qui ne tardèrent pas à comprendre l'importance des marchés des Pays-Bas, y abordèrent. On a longtemps fixé vers 1318 la première apparition des navires -vénitiens 1 en Flandre*; mais des tarifs plus anciens né permettent pas de douter que déjà des productions méridionales nV arrivassent. Ce qui paroît le plus certain, c'est que les Vénitiens y jouissoient de faveurs spéciales 3 , efc qu'en 13-17 ils avoient un consul à Bruges 4 . .-,•..» > -, j i ; • ■>/.'• »;i ; Pendant la durée presque entière des xiv. e et x«v.' siècles, cette ville fut le centre, en quelque sorte unique T du commerce étranger. Un annaliste célèbre assure qu'en 1381; cette ville étoit fréquentée par les Anglais , les Écossais, les A nséatiqùee, appelés souvent Osterlings, les Français, le* Nàvarrois, les Biscayens, les Castillans, les Portugais, les Aragon nais y les Catalans, les Génois, les Florentins, les Luoquoie, le» Milanais, les Vénitien*, ;et piar des négooiané de pays encore plus éloignés qui y avoient établi; des comptoirs bu fixé leur résidence h 1 < On p ré î v, u d même que dèsjL'an 1 8 1 o le comte de Flandre y avoit autorisé l'établissement d'une chambre où les négocians pouvoient faire assurer leurs marchandises, exposées à des risques de mer, moyennant quelques deniers pour cent 6 . Mais jusqu'à c,e que des recherches, d'autant plus nécessaires qu'en générai l'histoire des législations au moyën âge est encore obscure et imparfaite, aient constaté ce fait, il est permis de conserver des doutes sur une assertion faite au xvn. c siècle, sans l'appui d'aucun ^témoignage, contemporain «
Bruges n'étoit point située sur la mer, mais elle se servoit de l'entremise de la ville de Damme, dont j'ai parlé, tome II, page lxxx. Les tarifs de ce temps constatent l'extrême variété
1 Voir le recueil de M. Lappenberg, de'jà cite'. — * Marin, t. VII, pag. 18. — * Mejer, pag. 67. — 4 Rymer, tt 'III , part. I, page 9. — * Meyer, pag. 18. — * Chronik van Viendrai, ebap. xl, pag. 463. — 7 On troure, H «livrai ,.dans une charte de Guillaume III , comte de Hollande, de 1336 (Micris, t. II, pag. 393), l'engagement que ce prince prenoit de payer à des armateurs les navires qu'il affretoit, dans le cas où ces navires seraient pris'; mais on ne peut y voir rien de plus qu'une convention connue dons le droit romain, Digeste, lib. xix , tit. u, Locati conducli, fr. 13,5 5, ou encore, lib. xvii, ttt 11, Mandait vel contra, fr. 39 ; et ce pacte, accessoire à une location, ne constitue pas, à proprement parler, le contrat
INTRODUCTION. CXXXvij
d'objets qui arrivoien t par ce moyen. Les historiens remarquent surtout qu'on y avoit construit de vastes entrepôts pour les vins de France. Les Flamands s'en approvisionnoient à la Rochelle , et les navigateurs des côtes occidentales de la France les y apportaient en vertu de privilèges, dont l\in, de 1331, leur accordoit la faculté d'entrepôt et de débit Ce genre de commerce existoit dès le xin. e siècle, ainsi que le constatent les statuts maritimes de Hambourg de 1270 et de Lubeck de 1299, dont l'objet étoit de servir de règle dans les comptoirs que ces villes avoient en Flandre. Il étoit devenu si considérable que pendant une guerre de ce pays avec les Anglais, en 1388, ceux-ci, comme on l'a vu page cxv, arrêtèrent en mer des navires flamands qui portaient neuf mille rouids de vin de la Rochelle.
Ce n'est pas que , de son côté , Damme fut elle-même absolument située sur la mer. Les navires vcnoient à Sluys (l'Ecluse), qui lui servoit de port»; des bateaux ou des chariots y conduisoient les marchandises à Damme, où elles étoient déposées dans dévastes magasins; et on les expédioit ensuite à Bruges, par un canal ou des voies terrestres. C'étoit par les mêmes moyens qu'on exportoit ce que Bruges fournissoit aux étrangers.
Mais au xv. e siècle ce commerce déclina sensiblement et passa à Anvers, où déjà dès le commencement du xiv. c siècle les Anglais avoient établi une étape. La situation de cette ville au milieu des dix-sept provinces formant les Pays-Bas et la beauté de son port la rendoient un des lieux les plus propres au commerce.
II en résulta entre les deux villes des hostilités, dans lesquelles Anvers eut des succès. Une des principales causes de l'accroissement du commerce maritime d'Anvers fut l'établissement de la société connue sous le nom de marchands de la confraternité, qui abandonna en 1464 Middelbourg, pour venir se fixer à Anvers. Une ordonnance de 1495 constate l'état florissant de cette ville, en faveur de laquelle le duc M axi milieu fit un traité avec l'Angleterre.
En peu d'années Anvers devint le centre du commerce que les méridionaux faisoient avec le Nord. Il n'est pas une ville maritime d'Italie, d'Espagne, de Portugal, de France, qui n'y entretînt des rapports, et n'y apportât, indépendamment des
1 Chron. van Fland -m t. I, pag. 510. — * Sanuto, Sécréta fidci. crucis, lib. H, part, nr, cap. vui.
CXXXVÎij INTRODUCTION.
productions propres à chacun de ces pays, tout ce que pou voit leur fournir le commerce asiatique et africain.
De leur coté , les navigateurs des ports du Danemarck , de ia Suède, de la Norvège, de Nowogorod , de la Livonie, de la Pologne et des pays méridionaux de ia Baltique, y venoient échanger les marchandises du Nord contre celles qu'on apportoit du Midi.
Les corsaires anglais troublèrent souvent ces expéditions; mais en 1 340, les villes de Gand , dl'pres et de Bruges obtinrent d'Edouard III, roi d'Angleterre, un sauf-conduit pour la marine marchande de Catalogne , de Castilie et- de Majorque. Cependant, peu d'années après, deux navires chargés de marchandises précieuses , et expédiés par des négocians de Barcelone et de Valence pour la Flandre , furent encore pris par des corsaires baîonnais et conduits dans un port d'Angleterre.
En générai le commerce maritime de ces provinces étoit borné à leurs relations du côté de la Baltique et de l'Océan. On ne voit pas que , pendant les deux siècles dont je m'occupe , elles se soient dirigées vers la Méditerranée; cependant les chroniques nomment un commerçant de Malines, Florent Berthaut, qui s'étoit enrichi par de vastes spéculations maritimes, et qui correspondoit avec Alexandrie, le Caire et Damas *.
Les Pays-Bas* septentrionaux avoient eu peu de part aux négociations maritimes dans les xn. e et xiii.' siècles. La population de ces contrées étoit peu considérable; elle fournissoit seulement aux habitans tout ce dont ils avoient besoin, et le foible commerce qu'ils pouvoient entretenir avec les Flamands et les Frisons, encouragé par quelques privilèges des souverains *, se faisoit par la voie des rivières : leur caractère sembloit même alors les rendre peu propres au commerce maritime, et pendant les premières années du xiv. e siècle il n'existoit que des rapports de peu d'importance, presque exclusivement relatifs à la pêche, entre eux et l'Angleterre 3 .
Les villes maritimes de la Baltique liées avec la partie méridionale ne durent pas néanmoins être longtemps à reconnoftre ce que pourroient avoir d'utile pour leur commerce des rela-
1 Analyse du mémoire de VerhoeTen, pue 1», dans les Mémoires couronnes par l'Académie de Bruxelles en 1777. — * Miéris, Groot Charterbotck , t. I, pag. S84.— * Rymer, t. H, part, i, pag. 57, part, m, pag. 70.
INTRODUCTION. CXXMX
tions avec la partie septentrionale , qui les avoisinoit davantage. Un des plus anciens documens qui en fournissent la preuve est le privilège accordé en 1327 à la ville de Lubeck par le comte de Hollande
Des liens avec l'Angleterre se formèrent peu à peu, ainsi qu'on le voit par trois traités intervenus en 1337 a . Lorsque la mer se fut ouvert le passage du Marsdiep, et que les grands navires purent remonter jusqu'à Amsterdam , le commerce de cette ville, qui avoit commencé à être favorisé en 1323 par le comte Guillaume 3 , prit un grand accroissement. Les privilèges tendant à y attirer et à favoriser les étrangers se multiplièrent 4 ; et comme les différentes provinces qui, dans la suite, ont formé l'union républicaine, étoient alors sous des dominations distinctes, nous voyons aussi des privilèges accordés dans le comté de Hollande à des villes de souverainetés voisines, telles que celles de I'Over- Yssel, la Frise orientale, &c.
Les commerçans de Hollande obtinrent aussi de justes réciprocités : en 1307, 1308, 1309, 1313, 1324, 1340, des traités et des privilèges intervinrent pour les favoriser en Angleterre 5 ; d'autres leur furent accordés en Suède et en Scanie dès l'année 1368 6 . Les villes les plus considérables par leur commerce ou leur navigation entrèrent en relations avec les grandes villes maritimes de la Baltique, et dès les premiers momens où la ligue anséatique se constitua, nous trouvons leurs noms parmi celles qui déclarèrent la guerrè au roi de Danemarck. Il n'y a donc aucun fondement dans l'opinion d'un écrivain estimable qui assigne au xvi. e siècle le commencement du commerce de la Hollande 7 .
Cette union des villes maritimes des Pays-Bas septentrionaux avec la ligue anséatique devint, au xv. c siècle, la cause d'une importante révolution dans leur commerce.
Peu contentes des profits que l'association leur avoit procurés par la participation aux privilèges de la ligue en Norvège , Suède et Danemarck, et même dans la Livonie et la Russie, où elles ne trafiquoient il est vrai que par l'intermédiaire des villes baitiques, les villes les plus considérables de la Hollande, de la
1 Miens, t. II, pag. 44i.— * Rjracr, t. II, part, m , pag. 168, 169, 179. — 3 Mieris, t. II, pag. 3il, 668. — 4 Mieris, t. U , passim. — 6 Ryraer, 1. 1, part iv, pag. 95, 130, 140, 145; t. II , part, i , pag. 57. — 6 Mie'ri* , t. III , pag. 887 à §38 . — 7 Hall uni , book ni , cliap. IX.
C)d INTRODUCTION.
Frise, de la Zélande, aspirèrent à faire ce commerce de première main. Sans respect pour les statuts de la ligue qu'elles avoient juré d'observer, elles cessèrent de faire cause commune avec les villes baltiques , dans une guerre sérieuse que ces dernières soutenoient contre Eric, successeur de la célèbre Marguerite aux trois royaumes-unis. Ce prince les en récompensa par de grands privilèges, qui devinrent une cause d'immenses profits pour leur commerce et de grands progrès pour leur navigation.
Devenues rivales, et même ennemies irréconciliables des autres villes maritimes de la ligue dont elles se séparoient, elles contractèrent, en leur nom , un grand nombre de traités de commerce avec le Danemarck, la Suède, la Prusse, la Livonie 1 ; elles en firent même avec les villes baltiques, lorsqu'un intérêt réciproque les obligeoit à suspendre les baines *.
L'Angleterre, qui travail loi t aussi à supplanter les Anséatiques dans le commerce du Nord, se lia de plus en plus avec les villes de Hollande, qui obtinrent, dans ce pays, divers privilèges , comme on l'a vu page cxxx. Ces rapports s'étendirent naturellement à l'Ecosse 3.
On ne peut douter que la Hollande ne fît, à cette époque , un assez grand commerce en France; une ordonnance de 1461 en contient la preuve 4 . On voit aussi par un acte de 1412 que, dès le commencement du xv. c siècle, les Hollandais avoient des relations commerciales avec Ies # Portugais et les Espagnols.
Les guerres dont la Flandre étoit si souvent le théâtre concoururent à accroître l'importance du commerce de la Hollande, qui garda presque toujours une prudente neutralité. En 14 82, lors de la lutte assez longue des Flamands contre Maximilien d'Autriche, les Hollandais se rangèrent du côté de ce prince; par ce moyen leur commerce s'accrut, tandis que celui de l'Ecluse , port de Damme et de Bruges, étoit interrompu.
L'industrie s'exerçoit aussi, quoiqu'avec moins d'étendue que dans les Pays-Bas méridionaux, dans la fabrication manufacturière. Depuis le xm. c siècle les Hollandais alloient chercher la laine en Angleterre; et quoique une grande partie servît à l'approvisionnement de la Belgique, une portion assez notable étoit
1 Miens, t. IV, pag. 370. Dumont, t. III, part, i, page 106. Nordkertk, Privilegien van Amsterdam, pag. 53 et 54. Vanderlandschen histor. t. III, pag. Î49. — * Kluit, pag. li. — 3 Mieris, t. IV, pag. 378, 69a, 816, 81 7. — * Recueil du Louvre, t. XV, page 348.
INTRODUCTION. Cxlj
travaillée à Amsterdam; la Zélande fournissoit beaucoup de draperies; Harlem tissoit une quantité extraordinaire de toile fine, des velours recherchés par les Italiens et les Espagnols, et de la draperie; dix à douze mille pièces de draps sortoient annuellement de ses fabriques K
La situation topographique des différens états dont se com- Allemagne posoit l'Allemagne ayant dû nécessairement lier leur commerce £lo^è. avec celui de l'empire grec , de l'Italie , de la France et des Pays- Bas, dont j'ai présenté le tableau, je crois devoir m'en occuper maintenant. Je m'écarte un peu, en cela, du plan que j'ai suivi dans l'exposé des xn. e et xin. c siècles ; j'y trouve l'avantage de pouvoir parler, sans interruption , du commerce de la ligue anséatique et des états du Nord, qui pendant les xrv. e et xv. e siècles furent liés d'une manière indivisible.
L'Allemagne, en faisant abstraction des côtes maritimes qui furent le siège principal de la ligue anséatique, ne peut offrir à mes recherches qu'un commerce terrestre.
On a vu que pendant le xm. c siècle , et surtout pendant la seconde moitié , les obstacles les plus considérables qui s'opposoient à des relations avec l'Italie avoient été surmontés.
Les villes de Souabc, et principalement Augsbourg, obtinrent en 1320 le passage par leTyrol, et en 1329 par la Bavière *. Un document de 1388 atteste q^ue les négocians passoient par Fûssen 3 et Inspruck , qui devint un entrepôt considérable 4 . La Clause et Bolzano étoient les principaux lieux de douanes ù . Cette dernière ville fut longtemps célèbre par ses foires , que fréquentoient les marchands d'Allemagne et d'Italie 6 . Une société de Florentins avoit acheté du souverain, en 1319, le privilège exclusif d'y tenir une banque 7 . On se dirigeoit ensuite sur Trente, pour entrer dans la Lombardie et arriver à Venise.
Mais d'autres voies plus directes servoient à la communication du commerce de la haute Italie avec les pays du Rhin 8 .
1 Le mémoire de M, Vcrhoeven, déjà cite, et celui de M. de Reffeinberg, couronne' par l'Académie de Bruxelles en 1829, présentent une multitude de détails curieux dans lesquels mon plan ne me permettoit pas d'entrer. — * Stetten, (grfajWfjft tn tttirf)«fîat( ttu^burj . t. I, pag. 96, 97. — 3 Id. pag. 100. — 4 Hormayer, ©ffàiAtf on Tarot, t. II, pag. 979, 980 — » Id. ibid. — 6 Id. pag. 381, 383. — 7 Hormayer, Urlun*«*bw4 , pag. ISO à 199. — 8 J'ai puise' la plupart des indications des directions commerciales que je donnerai sur le commerce
intérieur de l'Allemagne, dans l'ouvrage de M. Hiillmann, que j'ai cité, t. II, page xciv, note 1.
cxiif INTRODUCTION.
Une de ces voies partoit du lac Majeur, f autre du lac de Corne.
La première, commençant à Locarno, à l'extrémité septentrionale du lac Majeur, se dirigeoit vers le Saint-Gothard, la vallée d'Ursen, la Teufels-brûcke (pont du Diable), la vallée de Schollen et le long de la Reuss, tantôt sur la droite, tantôt sur la gauche de cette rivière, le canton d'Ury, Altorf, le lac desQuatre-cantons, f Argovie jusqu'au confluent de f Aar, de la Reuss et de la Limmat; à ce point la route se joignoit à Tune des branches de celle qui partoit du lac de Côme.
Celle-ci, depuis f extrémité septentrionale du lac, se dirigeoit sur Chiavenna, ville à peu de distance de laquelle arrivoit une route du Tyrol qui mettoit cette partie de la Suisse en communication avec Bolzano , en passant par Glurn , dont les commerçans de la Lombardie fréquentoient les marchés par I'Ober-inn, la vallée du haut et bas Engadin. De Chiavenna on se rendoit à Coire. A ce point ia route «e divisoit en deux. Une branche orientale suivoit le cours du Rhin jusqu'au lac de Constance, et par le fleuve ou la vallée qu'il parcourt , on arrivoit à Bàle. La branche occidentale conduisoit au lac de Wallcnstadt, dont la navigation, celle de la Linthe, de POber-see, du lac de Zurich et de la Limmat, servoient à rejoindre la route partant du lac Majeur, qui conduisoit aussi à Baie.
C'est là que commençoit, à proprement parler, la navigation du Rhin, à laquelle la richesse agricole des pays qu'il parcourt donnoit une nouvelle importance.
Cette navigation mettoit néanmoins en opposition tleux grands intérêts dont la lutte ne cessa jamais : celui des souverains locaux qui, exerçant leur pouvoir sur des territoires très-divisés et ne pouvant prendre en considération une utilité d'ensemble, établissoient presque arbitrairement, ou obtenoient sans peine, du chef de l'empire, des droits de navigation, d'étape, de transport et de conduite exclusifs des marchandises , et d'autres privilèges également onéreux pour les commerçans; celui de ces derniers, qui cherchoient par tous les moyens possibles à les faire révoquer ou modifier, et à les éluder
Le cours du Rhin supérieur traversoit l'Alsace, où Strasbourg étoit un des principaux intermédiaires du commerce avec
1 Fischer, « ( f<*i«(t »m ««irftrn fcaiWf, t II, pog. 475 et suiv. M. Raumer, t„ bttll
fl<uf,s, t. V, ebap. iv, sect. 7.
INTRODUCTION. Cxliij
fa France, dont les frontières étoient alors peu avancées du coté de Test. Strasbourg n'étant pas absolument et immédiatement bâtie sur le Rbin ne joui s soit pas du droit d'étape, alors si favorable aux villes qui en possédoient ; mais elle exercoit le privilège de faire conduire par ses bourgeois bateliers les marchandises qui passoient par son territoire «.
II existoit une étape à Spire, qui toutefois ne devint pas une ville commerciale d'une haute importance; il paroît aussi que les empereurs y percevoient des droits de transit ».
La Moselle, qui tombe dans le Rhin, ouvroit les pays de Trêves, du Luxembourg, de la Lorraine, des Trois Évêchés et de la France.
Francfort sur le Mein , à peu de distance de son embouchure dans le Rhin, étoit le centre du commerce de cette partie de l'Allemagne. Des écrivains du xv. e siècle, pour donner une idée de la prospérité de cette ville et de l'affluence des négocians qui la fréquentoient, l'appellent un abrégé du monde ». Le nombre de ses foires fut augmenté en 1330 4 ; des concessions non moins favorables lui furent faites en 1376 et 1379 *, et on y forma une banque de change en 1429
Quoique Mayence fût située sur le Rhin et même au confluent du Mein avec ce fleuve , Francfort l'avoit éclipsée.
Au-dessous de Mayence étoit Cologne, dont le nom se trouve dans les documens relatifs au commerce de presque toutes les villes de l'Allemagne, de la France, des Pays-Bas, de l'Angle» terre et du Nord. Cette ville jouissoit d'un droit d'étape que l'accroissement successif du commerce et l'augmentation toujours croissante du nombre des expéditions destinées à exporter les produits de l'Allemagne et à y importer ce qui venoit des Pays-Bas, rendit de plus en plus une source de richesses locales. Aucun transport ne pouvoit passer par Cologne sans y être déchargé et pesé au poids de la ville, ce qui, comme on l'a vu, tome II, page xcix, avoit rendu presque universels en Europe les poids et mesures de Cologne. Les marchands étrangers ne pouvoient y résider plus de six semaines; il ne toit pas permis
1 Schinz, ®tf<fti«tr ttx ft«n»<M'4tff o»n 3«'t«, pag. 77. — * Privileg. ann. 1369, ap. Dumont, Corps diplom. t II, part i, page 70. — * Leuber, DisquiMiho de stapulA saxonicâ , n. 501.— « Lfinig, » ( i**îu*lo, part «pec. cont iv, pag. 565.— * li. Aid. pag. 593, 596 et •uiy. — • Ii. Aid. pag. 61 1.
cxliv INTRODUCTION.
de transporter plus loin les marchandises sans employer les bateaux et les bateliers de la ville.
De là le commerce s'étendoit par f ouest à Aix-la-Chapelle, à Maëstricht, à Liège, à Dinan, et à toutes les villes du Brabant, de la Flandre et même de l'Artois.
Si maintenant on porte ses regards sur les pays situés à Test de cette grande ligne commerciale du Rhin, les cercles de Souabe et de Bavière offrent plusieurs villes , entre autres Nuremberg et Augsbourg, que l'industrie et le commerce extérieur élevèrent au plus haut degré de prospérité.
Je me réserve de parler plus bas de leur industrie.
Nuremberg avoit été quelque temps éclipsée par Wurtzbourg; mais plusieurs maisons considérables de celle-ci s'y étant transportées lui assurèrent la prépondérance '.Au xv. c siècle elle étoit presque l'unique entrepôt de tout ce que l'Allemagne expédioit ou recevoit. Un écrivain de cette époque l'appelle le centre de l'Europe, pour exprimer le nombre infini de commerçans qui s'y rendoient 9 . Plus septentrionale qu' Augsbourg , elle forma plus tard que cette ville des liaisons avec l'Italie; il est probable qu'elles commencèrent par la fréquentation du grand marché de safran à Aquilée 3 . Bientôt ses commerçans furent admis à Venise, dont on assure qu'elle emprunta la législation 4 .
Un tableau des différentes directions du commerce des villes de Souabe et de Franconie deviendra en quelque sorte celui de tout ce qui concerne cette partie de l'Allemagne.
Dans la direction du midi, le commerce s'avançoit, comme on l'a vu, non-seulement vers Venise, mais encore vers les autres grands marchés de la Lombardie et de la haute Italie. On voit en effet par un décret de l'empereur Sigisraond qu'en 1 4 1 8 ce prince étant en guerre, comme roi de Hongrie, avec la république de Venise, défendit aux Allemands de fréquenter d'autres marchés d'Italie que Gênes et Milan 5 .
Ce que j'ai dit plus haut du commerce de l'Italie apprend quelles espèces de marchandises les Allemands dévoient se procurer en retour.
Dans la direction du sud-ouest, les commerçans alloient dans le Wurtemberg, le pays de Bade, s'avançoient jusqu'à Bâle,
1 Roth, ®ef*i*«f «ponWâtfmtiftD, 1. 1, pag. 50.— * Regiomont, Epist. ann. 1471. — ' Roth, 1. 1 , pag. 43. — * Schot, Comment, in Taciti Ann. pag. 1 13, not. 9.— 5 Roth, t. I, pag. 109.
INTRODUCTION. cxlv
Soleure, Berne, Neufchâtel , et, en traversant le Jura, fréquentoient les foires de Lyon , où Nuremberg avoit des privilèges et un comptoir *•
Dans la direction de l'ouest, on passoit par Rothenbourg sur ie Tauber, Mosbach, Heiibron sur le Necker, Worms, Spire, Haguenau, pour arriver à Strasbourg, et ensuite par Saarbruck , à Metz et à Verdun *.
Dans la direction du nord-ouest , les commerçans atteignoient Francfort sur ie Mein , en employant les routes terrestres et le cours des rivières, et par Mayence et Cologne on suivoit la direction du commerce rhénaî. Ce commerce, probablement plus ancien que celui du midi, étoit d'une si haute importance • réciproque pour les Allemands et pour les pays où ils le faisaient , que les magistrats de Nuremberg avoient obtenu en Brabant l'exemption de tous droits; en reconnoissance de ce privilège , ils envoyoient chaque année une épée au gouverneur de Bruxelles 3 . Les détails que j'ai donnés sur les Pays-Bas font connoître suffisamment quelle devoit être l'abondance et la variété des objets dont les Allemands composoient leurs retours.
Dans la direction du nord , le commerce se faisoit par Bainberg, Cobourg, Erfurt, où le transit étoit considérable, parce que toutes les marchandises qui alloient de ce côté dans la basse Allemagne dévoient y passer; d^rfurt on alloit à Brunswick, à Brème, à Hambourg, à Lubeck 4 .
Dans la direction du nord-est, on alloit par Hof à Plauen et Chemnitz 6 , surtout aux foires de Saxe, qui d'abord placées à Zeitz furent, après de grandes contestations avec Halle, transférées à Leipsick 6 . Sans négliger les moyens de communication avec les côtes maritimes que l'Elbe pouvoit fournir, on s'avançoit vers la Prusse par Gorlitz et Giogau , où la navigation de l'Oder procuroit les mêmes avantages, et par Posen, dans la partie occidentale de la Pologne, jusqu'à la Vistule.
Dans la direction de l'est, les relations des commerçans de Souabe et de Franconie avec la Bohême , la Moravie , la Silésie , la Pologne, étoient nombreuses; elles sont attestées par des privilèges du xiv. e siècle, et les routes étoient les mêmes que celles
» Fischer, t. II, pag. 404, 505. Roth, t. I.pag. 110. — 1 M. Hullmann, t I , pag. 338.— » Liinig, Cod. çerm. diplom. t H, col. 1575. — * DaJberg, Briftigtivr ®ff*icHf 6«Çtfurt« t»**-lut!, pag. 4 et tuiv. — 4 Roib , 1 1, pag. 168. — « Heydenrcich, Ctiniaffit «rwMc, pag. 65.
cxivj INTRODUCTION.
que j'indiquerai plus bas, eu parlant du commerce des villes situées sur le Danube , commerce qui , de ce côté , étoit lié à celui de la Souabe et de l'Allemagne occidentale.
Dans la direction du sud-est, le commerce étoit naturellement lié à celui des villes situées sur le Danube, parmi lesquelles Ratisbonne et Vienne tenoient le premier rang. Quoique ces villes fussent , comme on va le voir, à portée de recevoir directement de f Italie des marchandises asiatiques, un document du xvi. e siècle constate qu' elles en recevoient fréquemment par Nuremberg
On a vu, tome II, page xcvij, que cette partie orientale de l'Allemagne entretenoit des rapports assez suivis avec la ligne commerciale du Rhin. Des documens du xiv. e siècle * en constatent ia continuation , en même temps qu'ils prouvent que les négocians des villes du Rhin, de la Meuse, de la Moselle, fréquentoient les foires d'Autriche 3 , et faisoient à travers ce pays des expéditions jusque dans la Hongrie 4 .
Dans une direction méridionale, les commerçans des bords du Danube se rendoient à Venise par Willack et Pettau. La première, déjà riche parce transit, le devint davantage par l'exploitation de mine établie dans son voisinage. Mais ces commerçans se trouvoient en concurrence avec ceux de Nuremberg et d'Augsbourg. Ratisbonne même prétendoit et obtint la prééminence sur Nuremberg par une décision du doge 5 .
A l'orient, les villes du Danube, Vienne surtout 6 , étendirent leur commerce dans la Hongrie, et probablement n'abandonnèrent pas entièrement les relations anciennes qu'elles avoient avec l'empire grec.
Quant à la Hongrie, on a vu, pages Ixx et Ixxv, qu'elle étoit en rapport avec Venise , et qu'elle servoit aux relations que cette ville entretenoit avec la mer Noire par des voies de terre.
Ratisbonne n'étoit pas cependant, pour cette partie du commerce oriental , dans une position aussi favorable que Vienne , et même elle éprouvoit beaucoup d'entraves par l'effet des mesures que prenoient les souverains de cette dernière ville 7 .
1 «tdjix» fie <B»fAi«fr, (ÎMfiflit. avril 1887. — * Rauch, Scriptores rerum austriac. t 111, pag. 13. — » Id. ibid. pag. 90 et §6. — * Hûllmann, t. I, pag. 341. — 5 Chronic. Pnesbit. André», ap. Pci, Analtcta, t. III, pag. 606. — 6 Doc. ann. 1350, ap. Raucb, pag. fi, 96. — 7 Doc. ann. 1S91 et 1356, ap. Gemeioer, t. I , pag. 43t, et t II, pag. 156. Doc. ann. 1361, ap. Rauch, tlll, pag. 73 et 74.
INTRODUCTION. cxlvij
Du côté du nord , les villes du Danube avoient un commerce très-actif dans la Bohême et la Silésie, où Prague et Breslau appellent particulièrement l'attention. On a vu déjà comment Prague étoit liée avec ces villes; et c'étoit évidemment pour rendre ce commerce plus facile que l'empereur Charles IV avoit conçu le projet d'unir par un canal le Danube avec la Moldaw, qui traverse Prague et tombe dans l'Elbe.
Breslau avoit des relations très-suivies avec Prague; cette ville lui servoit même de lieu de transit pour des expéditions ultérieures, sans doute pour Nuremberg et Francfort sur le Mein , puisqu'un diplôme de Charles IV lui avoit accorde la faveur que les caisses et ballots expédiés de Breslau traversassent Prague sans être ouverts et visités l «
Des documens constatent aussi que les commerçans de Breslau se rendoient vers le Danube, et de là, suivant la même route que ceux de Ratisbonne et de Vienne , ils alloiènt trafiquer à Venise. H paroît que le» habi tans d e Vienne et de l'Autriche en
it toutes sortes de moyens, même des
de fait, pour entraver Ces communications *.
Il est probable que Breslau fui s oit , sinon immédiatement, du moins médiatement, quelque commerce avec Constantin ople ; Wissembourg , ville autrefois considérable, en étoit peut-être l'entrepôt.
On verra bientôt quelles étoient les relations de cette ville avec les pays occupés par l'ordre teutonique et la Pologne; et par conséquent le commerce que faisoient par la même voie les villes du Danube avec ces contrées.
Après avoir parlé du commerce extérieur des différentes parties de l'Allemagne, je dois essayer de donner une idée de l'industrie locale.
Le voisinage de l'Italie ne dut pas tarder à y introduire quelques manufactures. Les événemens dont j'ai parlé, page Ix, y conduisirent des ouvriers en soie , forcés de s'expatrier de Lucques.
On fabriquoit à Augsbourg des draps, des toiles, et au xv/ siècle le nombre des tisserands y étoit de sept mille. Cette ville etoit aussi renommée par ses joailleries, son verre et ses glaces.
• Lunig, « ( «i«:îtc4to. pa*. f 43. — « Docum. nnn. 1367, ap. Kockrite, cite par Hullmaon, 1. 1, pag. 361. Doc. ann. 1387, ap. Lûnig, pag. 854 et 85S.
CXlviij INTRODUCTION.
Mais Nuremberg obtint une bien plus grande et plus universelle célébrité 1 par la variété infinie des produits d'orfèvrerie, d'instrumens, d'ustensiles de toute espèce, d'objets agréables en bois et en métaux, par la fonte des cloches, la fabrication des papiers et des cartes.
L'industrie, excitée par l'exemple des Pays-Bas méridionaux, se développa aussi activement sur le Bas-Rhin , dans la Wesfrphaiie et la Silésie. Toutes les villes que j'ai nommées, tome II, page xcix, et beaucoup d'autres, rivalisèrent pour augmenter et perfectionner leurs produits.
L'agriculture multiplioit les siens à mesure que la population , encouragée par l'activité des manufactures , s'augmentoit. Les mines de métaux précieux, qui dans un grand nombre de circonstances pouvoient seules solder les échanges avec l'étranger, furent exploitées avec plus d'activité et de succès qu'aux siècles précédens *.
L'accession à la ligue anséatique de la plupart des villes à même de profiter, soit des garanties que la confédération procuroit à ses membres, soit de l'entremise des villes maritimes pour l'exportation des marchandises , soit des privilèges accordés à la qualité d'Anséatiques, concourut au développement de l'industrie et de l'agriculture.
Plus il y avoit d'intérêt à faire parvenir beaucoup de choses vers l'Océan et la Baltique, et de facilité à recevoir les productions étrangères par la même voie, plus on sentit le besoin de multiplier et de perfectionner les communications. On en établit par eau dans tous les pays qui en étoient susceptibles , tels que les deux Saxe et la Westphaiie , non-seulement pour joindre les fleuves par des canaux, mais même pour faire communiquer la Baltique à l'Océan.
La ville de Lunebourg joignit la rivière d'Iilmenau à l'Elbe; ce fleuve fut joint à l'Oder en Poméranie ; la Stecknitz , rivière du Mecklembourg, servit à unir l'Elbe avec la Trave. Au xv. c siècle, l'Ocker, l'Aller et le Weser furent joints par des canaux , et procurèrent à la ville de Brunswick une navigation avec Brème et l'Océan 3 .
La même activité d'efforts et de travaux pour assurer les
• Cochheus, Comment, ad Pompon. Melam , Dag. 33 — * Fischer, t. II, pag. 114.
' Sartoriu», <$tWa)u, t. II , pag. 669. .
communications et les multiplier se fit remarquer dans la haute Allemagne, la Hongrie et la Bohême. Les troubles de la Flandre ou les divisions qui survinrent dans la ligue anséatique à la fin du xv. e siècle ayant quelquefois interrompu le commerce de ce côté, les relations avec l'Italie, et la nécessité de se procurer par cette voie les marchandises asiatiques, furent encore une cause qui multiplia les moyens de communication intérieure dans l'Allemagne , et Nuremberg devint de plus en plus le centre du commerce *.
Je ne dois pas terminer ce que j'avois à dire sur l'Allemagne , sans donner quelques notions sur la Pologne et les pays soumis à Tordre teutonique.
La Pologne, que ses divisions intestines et l'ambition des états voisins ont fait disparoître de la liste des puissances européennes, a voit, à l'époque dont je m'occupe, une assez vaste étendue; mais on n'y voit de commerce actif et propre que vers la fin du xv.* siècle , lorsque les villes importantes de l'ordre teutonique se placèrent, les unes sous la dépendance, les autres sous la protection du roi de Pologne. Jusque-là le pays ne fournissoit que des blés , des bois et quelques produits de ses mines.
Dans les contrées soumises à l'ordre teutonique qui n'étoient pas à portée de se livrer à la navigation, l'agriculture, sans cesse encouragée par les souverains , prit les plus grands accroissemens *. A l'égard des villes maritimes , leur commerce se confond avec celui de la ligue anséatique , dont elles faisoient partie. II suffit de rappeler ce que j'ai dit, tome II, pages Ixxv et suiv., des soins que l'ordre teutonique mit à encourager l'industrie , et à favoriser par un grand nombre de privilèges la formation des villes qui, une fois qu'elles eurent acquis une grande prospérité , secouèrent le joug de leurs souverains.
Les grains, la bière qu'on y fabriquoit, devinrent un objet considérable d'exportations 3 . On sait que l'ambre est une substance propre à ces pays. L'ordre fit refleurir cette branche de commerce, et ce qui en prouve les progrès, ce sont les contestations entre les villes à portée d'en profiter 4 . Dans l'état où étoit l'industrie de la haute Allemagne, et de ses relations avec les parties riches et civilisées du midi et de l'occident de
' Fischer, t II , pag. 43f. M. Heeren , Essai sur les croisades, page 385. — * Fischer, t. II , p. 156. M. Heeren, p. 191.— 3 Rymer, 1. 1 , part iv, p. 170 — 4 Fischer, t. II, p. 154.
cl INTRODUCTION.
l'Europe, f ambre dut y être un objet d'échanges; nous voyons par des tarifs des Pays-Bas du xiv. e siècle qu'on en portoit dans les grands marchés de cette contrée
La Vistule fut certainement dans la Pologne un puissant moyen de communications; mais la rapidité de ce fleuve, qui empêche de le remonter facilement, ne permettoit de s'en servir que pour conduire à Dantzick les blés et les autres produits agricoles.
Il s'établit donc dans ce pays un commerce terrestre qui, en ce qui concerne les rapports avec l'Allemagne, part oit dn Danube, à Trenschin par le Wag, à Jagendorf par les défilés de la Jablonska, à Bresiau, Posen, Gnesen, et aboutissoit àThorn, qui avoit un privilège d'entrepôt.
Mais les villes du Danube s'avançoient aussi jusqu'à Cracovie , en quittant à Trenschin la route précédente et en se diri* géant vers le nord-est, de là à Lemberg, d'où on se rend oit à Kiow.
Bresiau , de son côté , communiquoit avec Cracovie par deux routes, l'une par Kalisch, l'autre par Oppeln et Tost; mais le manque de sûreté de cette dernière forçoit quelquefois d'en changer la direction. C'étoit le résultat de rivalités entre Bresiau et Cracovie, qui l'une et l'autre faisoient le commerce par Lemberg. Les hostilités qui en résultoient donnèrent lieu à un décret de Charles IV, qui autorisa les commerçans de Bresiau à exercer des représailles contre les Polonais ».
C'est ainsi que l'Allemagne entretenoit son ancien commerce avec Kiow, et même par cette ville avec les pays occupés par les Tartares.
u p>* Au moment où commence l'époque dont je m'occupe, la cé- No^c'* lèbre association cemmerciaie, connue dans l'histoire sous le >*nemarck nom de ligne anséatique , n Y toit point encore constituée telle
que nous allons la voir dans la seconde moitié du xiv. e siècle et
pendant le xv c .
Mais tous les élémens qui dévoient la mettre à même de s'annoncer avec éclat se développoient insensiblement et dans une sorte de silence mystérieux.
1 M. Lappenberg, recueil déjà cite , pag. 447.— * Luaig, ««^fcr^ie. part spec. contio.iv, t U,dhris.ii,pag.313 et 314.
INTRODUCTION. cfj
Les commerçâns des villes maritimes de la Baltique avoir m, comme je l'ai dit, tome II, page xc, obtenu d'abord individuellement, puis en société, puis enfin par des traités ou des concessions au profit des villes dont ils étoient sujets, un grand nombre de privilèges dans la Prusse, la Pologne, sur les côtes occidentales de la Baltique , dans la Norvège , la Suède et le Danemarcfc.
Ils avoient commencé par solliciter, à titre de tolérance , la faculté d'établir quelques magasins pour déposer les marchandises qu'ils apportoient en échange des productions locales, ou celles qu'ils recevoient, afin de les exporter dans les saisons favorables; d'y laisser quelques agens pour veiller à leurs intérêts ; d'y séjourner avec leurs navires lorsque les glaces suspendoient la navigation. Ils avoient réclamé, a titre de justice ou d'humanité, le droit de recueillir les débris de leurs naufrages. Ils ne tardèrent pas à faire valoir ces concessions comme des droits, et à s'emparer de tout le commerce dans les pays où on les avoit admis.
Ils éprouvèrent peu de résistance; ils n'eurent pas même besoin d'adres6e pour éviter d'inspirer des défiances dans les lieux où dominoientles chevaliers Te u toniques. Ces souverains, guerriers par profession , obligés de lutter contre des sujets encore à demi sauvages, peu soumis, et qui résistoient à l'introduction du christianisme et de la civilisation, avoient besoin des navigateurs des villes allemandes, soit pour assurer leurs communications, soit pour se procurer à eux-mêmes quelques jouissances de luxe, soit pour donner, par des exportations, quelque valeur aux produits de l'agriculture qu'ils cherchoient à développer.
L'état plus avancé de la civilisation et de la navigation dans les trois royaumes de Norvège, Suède et Danemarck, exigeoit plus de prudence dans les tentatives des Allemands. Mettant en œuvre, pour y devenir maîtres du commerce, tous les moyens que peut inspirer une patience capable de surmonter les obstacles , quel- qu'ils soient , jointe à une habileté qui dé jouoit toutes les prévisions, ils obtinrent le succès qui couronne tut ou tard la persévérance soutenue par l'ardeur du gain.
La Norvège , dans l'immense étendue de ses côtes du sud au nord, leur offroit des forêts inépuisables, une pêche abondante, des pelleteries , des métaux, et présen toit des moyens de commu-
CÏij INTRODUCTION.
ni cation avec les Orcades, les îles de Féroé, l'Islande, qui en dépendoient.
Les ports de ce royaume leur étaient ouverts depuis longtemps, et, par une juste réciprocité, les Norvégiens venoient dans ceux de la basse Saxe , comme ïe prouve un document de 1188. Ils sollicitèrent et obtinrent de faire, directement et sans obstacles, ïe sauvetage de leurs navires naufragés , d'y séjourner l'hiver à Berghen, d'y occuper quelques magasins d'entrepôt.
L'excellent port de cette ville, où les plus gros navires pouvoient arriver jusqu'aux quais , sa position sur la côte occidentale de ia Norvège, à une distance à peu près égale des deux extrémités du royaume , i'avoit depuis longtemps rendue la plus peuplée, la plus commerçante et l'un des plus grands marchés des productions du Nord. Ils obtinrent d'y être affranchis de beaucoup de charges qui frappoient personnellement les habitans *.
L'appât d'une perception sûre et facile des droits de douanes , dont ces habiles étrangers savoientbien s'indemniser avec usure aux dépens du pays , excitoit les rois à se prêter à tout ce qu'ils désiroient. Toujours occupés d'un seul but, tandis qu'une multitude de causes diverses détournoit l'attention des souverains et ne leur permettoit pas de prévoir la conséquence inévitable de leurs concessions, les Allemands parvinrent à exclure du commerce de la Norvège les Anglais et les Ecossais, qui depuis longtemps en fréquentoient les ports, et à miner successivement celui des nationaux.
La Suède, avec moins d'avantages sans doute, puisque la Scanie, si renommée par la pêche, n'en faisoit point partie, possédoit aussi des forêts, des métaux et des ports très-importans ».
Le Danemarck leur ofïroit un plus haut degré d'intérêt. D'heureuses et brillantes entreprises avoient fourni à ce royaume le moyen d'étendre sa domination sur l'Estonie, une partie de la Courlande, de la Prusse et de la Pologne, sur l'île de Rugen, le Mecklenboùrg et d'autres contrées méridionales de la Baltique. La Scanie en dépendoit; et c'étoit sur les côtes de cette
1 Torkclin, Diplom, Arna Mapt. t. II, pag. lu. On peut voir à ce sujet un grand nombre d'actes très-curieux « recueillis, d'après divers auteurs et les archives des villes anséatiques , dans le recueil de M. Lappenberg que j'ai déjà cite'. — • Geijer, ©ffaidift ©djwrtfnç , I. I.pag. 389.
INTRODUCTION. diij
province que se faisoient des pêches, source de richesses par leur abondance, et de force par le grand nombre de marins qu'elles forment et qu'elles entretiennent. Maître du Sund et du Belt, les seules communications qui existent entre l'Océan et la mer Baltique , le Danemarck pouvoit les ouvrir ou les fermer, et par la mettre un obstacle invincible à l'accroissement du commerce des villes allemandes.
Elles y avoient obtenu, aux mêmes époques qu'en Suède et en Norvège, des privilèges beaucoup plus nombreux *, et. ne cessoient de chercher à les étendre par l'interprétation des clauses vagues qu'elles savoient insérer dans la rédaction avec une habileté extrême.
Ce n'étoit pas assez que d'avoir conquis avec tant d'art et de persévérance la source des plus riches produits, il failoit s'assurer une autre branche, non moins féconde, de profits, en portant chez des peuples sans industrie tout ce qui pouvoit satisfaire leurs besoins et y développer le goût du luxe et des productions étrangères, en même temps que le droit exclusif de les leur fournir.
Les Pays-Bas ofFroient aux villes baltiques les moyens d'atteindre ce résultat. La partie la plus septentrionale de cette contrée, qui restoit attachée à l'empire germanique, qui avoit conservé les mœurs, les usages et la langue de la basse Saxe, présentoit peu d'obstacles ; mais ce n'étoit pas là qu'étoient les objets dont ces navigateurs avoient le plus d'intérêt à faire l'introduction dans le Nord, ni les marchés où ils pouvoient vendre avantageusement ce qu'ils en exportoient. Les contrées situées au midi de la Meuse et de l'Escaut, les provinces wailones, le Brabant, la Flandre, réunissoicnt seules toutes ces conditions. Dès le xm. e siècle, Hambourg et Lubeck y obtinrent des privilèges, et y fondèrent des comptoirs avec droit de juridiction ».
La situation de l'Angleterre, à la portée des Pays-Bas et de la France où elle possédoit plusieurs provinces, ses productions, notamment celles de la laine et de l'étain, la consommation qu'on y faisoit d'un grand nombre de produits du Nord que les navigateurs de la Baltique pouvoient seuls y apporter, dévoient les exciter à y former des établissemens. Il y avoit d'ail-
* M. Lappenherg, pag. 51, 5«, 78, 91, 9Ï, 96, 101, 108, 109, 110. — » Voir les codes de ces villes dans ma Collection de lois maritimes , t. III.