II
X , INTRODUCTION
Sur la Méditerranée, au midi de l'ancienne Cilicie, qui, sous le nom de petite Arménie*, formoit une principauté presque indépendante, se trouvoit Ajazzo [Issus des anciens] *.
Enfin tous les ports de la Syrie, à mesure que les croisés y établissoient leur domination, étoient ouverts aux cominercans européens. Il en fut de même de f île de Chypre lorsqu'elle devint une conquête des Francs.
On a vu que les Vénitiens avoient depuis long-temps obtenu, des empereurs grecs, des privilèges si avantageux, que par le fait ils exerçoient le commerce exclusif de la mer Noire; ils eurent soin de les faire renouveler après la première croisade 3 : mais ils ne tardèrent pas à trouver des rivaux. Les Génois 4 et les Pisans 5 y furent admis dès la première moitié du xn. c siècle. Ces derniers établirent sous le nom de Portas Pisanus un port qui rivalisoit avec la colonie vénitienne de Tana (î . Ces événeinens achevèrent d'anéantir les restes languissans du commerce des sujets de l'empire grec.
Il ne paroi t pas qu'à cette époque les cominercans de Marseille aient dirigé leurs opérations vers la mer Noire. La prudence, qui fut toujours le caractère distinctif des magistrats de cette ville, leur fit sans doute prévoir qu'une rivalité avec les Vénitiens ameneroit tôt ou tard des guerres ; la concurrence des Pisans et des Génois devoit encore compliquer cette situation: mais on ne peut douter de leurs relations dans les principaux marchés de la Grèce 7 .
Quant aux autres ports, et notamment à ceux qui étoient possédés par les croisés, les Européens y étoient indistinctement admis, sans autres restrictions que celles qui pou voient résulter du plus ou du moins d'harmonie entre eux et les gouvernemens locaux, sans autres avantages que ceux qu'ils pouvoient obtenir en se rendant utiles ou nécessaires dans leurs relations.
Je ne parle point des ports de l'Egypte et de l'Afrique septentrionale; j'aurai occasion de m'en occuper dans la suite. Jusqu'au moment des croisades, le transport des marchan-
1 Sanuto, Sécréta fidcl. crucis, lib. iv, part, iv, cap. [T. — 8 Abulfeda, Opus geograph. •p. Biïsching, Magasin hist. und geogr. part, v, pag. 303. — 1 Diplômes de 1109, 1137, H 36, cites par Marin, t. III, pag. 88 et 51. — * Diplômes de llftO, op. Murât. Rrrum Ital. Script. t . VI, p. J61.— * Diplômes de 1 1 1 1 et 111», cites par Fanucci, t. I.", p. 167 et suiv. — 8 Pegolotti, ap. Pagnini, Délia décima , L III, pag. 39. — 7 Timario, Dialogus sati/ricus, dans le t. IX, pag. 171 , des Notice» et Extrait» de» manuscrit* de la Bibliothèque royale.
INTRODUCTION. xj
dises que la Chine, f Inde et l'intérieur de f Asie fournissoient à f Europe, ctoit abandonné aux peuples dont il falloit traverser le territoire. Ces peuples mettoient même une extrême importance à conserver cette industrie et à écarter ceux qui essayoient de la partager avec eux Cet état de choses subsista probablement encore pendant les premières années du \n. siècle. Les commerçans des villes maritimes de la Méditerranée venoient chercher dans les ports que j'ai indiqués les marchandises apportées par des caravanes asiatiques, et les Européens n'avoient que des notions confuses et presque fabuleuses sur des contrées dans lesquelles ils n'avoient pas pénétré.
Mais bientôt , à la suite des guerriers qui fondoient un royaume dans la Syrie et portoient leurs conquêtes jusqu'aux limites de la Mésopotamie, les commerçans d'Europe essayèrent de pénétrer dans l'intérieur de l'Asie et d'aller eux-mêmes chercher les marchandises qui jusque-là ne leur étoient parvenues que par des intermédiaires, après plusieurs changemens de mains. Ce que les nouveaux rapports de l'Europe avec l'Asie centrale permettoient d'entreprendre de ce côté, l'esprit de commerce et le désir du gain durent aussi exciter à le faire dans l'Asie septentrionale; peut-être même les relations des Européens avec ces pays sont-elles plus anciennes *. Il est probable que les Vénitiens, dès qu'ils eurent établi leur commerce dans la mer Noire, ne négligèrent pas de suivre les voies par lesquelles, dès les temps les plus reculés, les Grecs, les Romains, et les commerçans de Constantinople, avoient parcouru le nord de l'Asie 3 ; et sans doute les célèbres voyageurs Nicolas et Marc- Paul, dont je vais bientôt parler, n'ont pas été les premiers qui aient parcouru les pays dont ils nous ont laissé la description : mais les relations de ceux qui les ont devancés ne nous sont pas parvenues. Le document le plus ancien qui nous reste est l'Itinéraire du Juif Benjamin de Tudèle , composé dans la seconde moitié du xn. e siècle. Il est douteux qu'il ait visité tous les pays dont il parle ; on peut croir»; du moins qu'il a recueilli ce que d'autres lui en avoient appris : car, parmi beaucoup de
1 Menander Protector in Byzant. hist. Script, pog. 107, 110 et 140. De Guignes, Mém. de l'Acad. des inscript, t. XXXIl.pag. 357; t. XXXVII, pag. 476. M. Abcl-Kemusat , Nouv. Mém. de l'Acad. des inscript, t. VIII. pag. 194. M. de Saint-Martin, Mémoires sur l' Arménie , t. II, pag. 41. — * Ascelin , pag. 69. — * Ammian. Mnrceilin. lîb. xxn, cap. vin. M. Abel- Re'mittat, Nouv. Mém. de l'Acad. des inscript, t. VU , pag. 419 et auir.
xij INTRODUCTION.
fables, son voyage offre des notions dont les voyageurs des siècles suivans ont confirmé la vérité.
Heureusement pour les nouvelles entreprises des Européens, une des plus grandes révolutions dont l'Asie eût jamais été le théâtre, coïncida avec les croisades.
Vers la fin du xn. c siècle, ies Tartares Mongols, sortant de l'obscurité , s'avancèrent à la conquête de vastes états qui à peine soupçonnoientleur existence 1 ou qui méprisoient leur faiblesse. Partout où ils parurent, ils soumirent les peuples et détrônèrent les souverains. Les ruines des villes qui, long-temps après que le torrent se fut épuisé en s'étendant et en se divisant, effrayoient les voyageurs, attestoicnt ce qu'il en coûtoit pour leur résister.
Mais les orages ont leurs bienfaits. L'invasion des Mongols dans l'Asie, en brisant les barrières qui séparaient les divers états et multiplioient les difficultés du commerce, fit en quelque sorte disparaître les distances. Les communications qui d'abord avoient servi au passage des armées, et, quand tout fut soumis, à transmettre les ordres du seigneur des seigneurs à ses généraux et à ses innombrables vassaux, devinrent utiles aux commerçans; elles facilitèrent les relations entre les pays qu'elles traversoient; des cités ou du moins des stations furent établies au milieu des déserts que la nature avoit faits et que la fureur des conquérans avoit multipliés.
Cette invasion eut surtout pour effet d'anéantir le plus puissant des obstacles qui s'étoient jusqu'alors opposés aux voyages des Européens dans l'Asie centrale; la haine religieuse que leur portoient les musulmans. Les Mongols, maîtres de tous les pays, depuis le Volga jusqu'au golfe Persique, et peu disposés à adopter les préjugés religieux de leurs ennemis, virent sans prévention et même avec une sorte de faveur les voyageurs chrétiens *. Peut-être, sans ce grand événement, les Européens, après une possession et une connoissance éphémères des côtes de la Syrie, auraient continué de rester dans l'ignorance sur l'état de l'Inde et de la Chine, jusqu'au moment où ie passage du cap de Bonne-Espérance leur aurait permis d'y aborder.
Ce ne furent même pas les opérations commerciales qui
1 Mattb. Paris, Mut. major, ad ann. 1941. — * Sanuto, Sécréta fidelium crucis, lib. I, part. I , cap. I.
INTRODUCTION. Xlij
donnèrent lieu aux premiers voyages dans ïe nord de l'Asie dont les relations nous sont parvenues. Les Mongols avoient envahi la Russie, la Pologne , la Hongrie; un prince latin, établi à Antioche, n'avoit pu conserver sa principauté qu'en se rendant vassal de leur chef Ils menaçoient à-ia-fois l'Europe et la Palestine. Le pape, le roi de France, l'empereur d'Allemagne, avoient été sommés de reconnoître la toute-puissance du grand Khan; et la terreur étoit telle, que, s'il faut en croire un auteur contemporain , les pêcheurs de Frise et de Gothie n'osèrent, en 1238, se rendre à la pêche des harengs sur les côtes de l'Angleterre *.
L'Europe épuisée, par les guerres qu'elle soutenoit contre les Mahométans, et menacée d'un nouveau fléau, conçut le projet, ou de conjurer l'orage en convertissant les chefs mongols au christianisme, ou de le diriger contre ses ennemis. A la voix du souverain pontife, de pauvres religieux partirent pour la Tartarie; et sans autre secours que leur courage, sans autres armes que la parole qui avoit triomphé des Césars et dompté la férocité des destructeurs de l'empire romain, ils arrivèrent, à travers d'affreux déserts et mille dangers, à ce célèbre Kara-Koroura, moins considérable et moins étendu qu'une des plus petites villes de France 3 , d'où sortoient les ordres sanglans qui dans le même instant portoient le carnage et ia terreur des rives du Hoang-ho à celles de la Vistule.
Les deux premiers missionnaires qui firent ce voyage sont Ascelin,- moine dominicain, en 1245, et Pian Carpin,de l'ordre de Saint- François, en 124 G. Rubruquis, du même ordre, reçut une semblable mission de S. Louis en 1253. Leurs relations ont été conservées. D'autres missionnaires , sans une destination aussi précise, allèrent prêcher la foi chez les Tartares; mais il ne reste que quelques traces imparfaites de leurs voyages 4 . Les relations imprimées d' Ascelin, de Carpin et de Rubruquis; le récit des voyages que l'esprit de commerce lit entreprendre à Nicolas et Marc-Paul, dans la seconde moitié du xui. f siècle; une relation du voyage fait par Odéric de Portenau dans l'Inde et la Chine en 13 1 8 ; un itinéraire du Florentin Pegolotti rédigé en 1335, mais évidemment d'après des voyages
1 Matth. Paris, «d nnn. 1946. — * Matth. Paris, acl ann. 1938. — * Rubruquis, pag. 106. — * Mosbeim, Hi$t. eccl. Tartar. pag. 193. Hitt, littir. de la France, t. XVI, («g. 193.
xiv INTRODUCTION.
antérieurs, sont, en les réunissant à l'ouvrage de Benjamin de Tudèle , les documens 1 à l'aide desquels j'essaierai de constater les directions suivies par le commerce en Asie dans les xn. e et xm. e siècles, dont je m'occupe particulièrement ».
On pouvoit suivre, pour arriver à la Chine septentrionale, connue alors sous le nom de Cathay 3 , deux directions principales; les indiquer, c'est faire connoftre en même temps celles des caravanes asiatiques qui apportoient vers FEurope les marchandises de l'Asie orientale.
L'une de ces directions avoit lieu au nord , l'autre au midi de la mer Caspienne.
Celle du nord étoit probablement suivie par les Grecs du temps d'Hérodote. Il ne paroît pas même qu'elle ait été entièrement abandonnée du temps des Romains, lorsque la conquête de l'Egypte leur procura la facilité de faire le commerce dans les mers de l'Inde, et que, maîtres d'une partie de l'Asie centrale, ils furent à portée de suivre la direction qui a lieu au midi de la mer Caspienne. On a vu, t. I. er , page lix, que l'invasion des Arabes en Egypte et en Asie, au vi.' siècle, avoit forcé les Grecs à la reprendre avec une nouvelle activité.
Les eommercans européens se rendoient en Crimée au port de Soldadia [Soudak] , où, indépendamment des denrées et des matières premières destinées à l'empire grec, ils se procuroient des pelleteries et d'autres objets recherchés dans l'Inde et dans la Chine 4 ; ils traversoient le pays des Chazares, où la ville de Crim 4 leur offroit un lieu de station très-fréquenté *.
1 Les lecteurs oui ont pu avoir la patience de suivre jusqu'au bout les fabuleuses relations de Mandeville, m excuseront de n'en faire aucun usage. — * Je citerai Benjamin de Tudèle , d'après la traduction de Baratier; tes Voyages d'Asceiin, de Car pin et de Rubruquis, d'après celle deBergeron; In relation d'Oderic, d'après \cs Acta sanctorum; (Itinéraire de Pegoiotti , d'après l'e'dition de Pagnini, Délia décima. Quant à Marc -Paul, il y a peu de questions plus controversées que celle de savoir en quelle langue il a dicte' sa relation. Grynaeus et M. Marsden présument nue ce fut en langue ve'nitienne; Ramusio et le cardinal Zurla, en langue latine; M. Baldeili, en langue française. Le texte italien de Ramusio étant ic plus rc'pandu, j'ai cru devoir le préférer pour les citations. J'ai éprouve un extrême embarras pour c'tnblir la synonymie des noms de pays et de villes employés par ces voyageurs. Ces noms varient dans leurs diltërcns textes, et le plus grand nombre est évidemment alfe're'. J'ai pris le parti de les présenter tels qu'ils sont dans les textes que j'ai suivis , mais en caractères italiques. J'y ajoute le nom qui me paroît être le synonyme; et quoique je me sois toujours guide' par l'autorité des savans Zurla, Marsden et Baldeili , je n'entends les proposer que comme de simples conjectures — 'M. Polo, lib. II, cap. VI. — 4 Rubruquis, pag. 3. il. Polo, lib. i, cap. i. Abulfeda, Opus eeogr.ptg. 364 — 6 Ebn Batouta, trad. lat. de Rosegarten , pag. 19. De Guignes, Hist. de, Huns, t. IV, pag. 343. — « On peut croire cependant, d'après d'Herbelot, Bibl. orient, voc. Crim, que Soudak et Crim sont la même ville.
INTRODUCTION. XV
En marchant à l'est, ils passoient le Don; après avoir franchi les déserts qui le séparent de VEdilia [Volga], ils descendoient ce dernier fleuve jusqu'au grand marché tfAssara [Sarai] 1 , situé, à peu de distance de la mer Caspienne, sur la rivière d'Actuba, qui tombe dans le Volga. La navigation de l'Âctuba et des voies de terre les conduisoient, en marchant vers l'est, à Saracano [ Sarratschik] , située sur le fleuve Jaïk [UralJ ». Cette direction ctoit encore survie au xvi. e siècle, puisque, pour la rendre plus facile, Selim II avoit repris un ancien projet de joindre le Don au Volga par un canal 3 .
Ceux qui vouloient éviter cette traversée de terre se rendoient, par la navigation jusqu'au fond de la mer d'Azof, à Tana. En remontant le Don jusqu'au point où il se rapproche le plus du Volga, on arrivoit à Ouchaca [Uwieck] 4 ; de là on se dirigeoit sur Sarratschik. On pouvoit même encore, au lieu de remonter le Don, partir de Tana, et, en longeant le pied du Caucase, arriver à Gittarchan [Astrakan], située sur le Volga, peu loin de son embouchure 5 ; on remontoit le fleuve jusqu'à Sarai, et l'on atteignoit ainsi Sarratschik.
Les caravanes parties de cette ville traversoient les pays situés au nord du lac ou mer d'Aral , et se dirigeoient vers Armalecco [Armalick], dans le pays de Gète 6 . Le plus souvent néanmoins on prenoit pour arriver à Armalick une direction moins septentrionale. De Sarratschik, une route entre la mer Caspienne et le lac d'Aral descendoit à Organci [Urgenz], où ceux qui avoient des marchandises à vendre trouvoient le moyen de s'en défaire avantageusement *. D'Urgenz, les caravanes remontoient, en laissant le lac sur leur droite , jusqu'à OUrarre [Otrar], ville qui étoit le rendez-vous des marchands venant de la Tartarie et de l'Asie centrale 8 , d'où l'on arrivoit à Armalick.
On entroit alors dans le désert de Lop [Coby] 9 , où se trouvoit ChamuL, espèce d'oasis dont les habitans poussoient l'hospitalité , si ce n'étoit pas un singulier genre de spéculation ,
1 Const. Porphyrogen. De admin. imp. lib. u, cap. xlii. Rubruquis, pag. I3G et suiv. M. Polo, lib. i, cap. 1. Abulfeda, Ovu$ geogr. pag. 365. — * Pegolotti, ap. Pagnini, Dclla décima, t. III, pag. 1.— 3 Paruta, ilistoriaV tnetian* , part II, pag. 16. — * M. Polo, lib. î, cap. 1. — <• Pegolotti, ubi supra. — 6 Mosbeim, Hist. Tart. ecclet. pag. 196. Pegolotti, ubi m prit. — ' Pegolotti, aii tuprà. — » Abuifarage, Hist. dynattiar. traa. latine de Pococke, pag. S64. — » M. Polo, lib. i, cap. xx*v.
xvj INTRODUCTION.
jusqu'à livrer leurs femmes et leurs filles aux voyageurs Cétoit là que les caravanes renouveloient leurs provisions pour continuer ia traversée et se rendre à Succuir, lieu renommé par la production de la rhubarbe, que les commerçans venoient chercher des lieux les plus éloignés *. On passoit par Campton [Kan-tcheou] et Ezina, pays sans commerce 3 , mais utiles pour les stations et l'approvisionnement des caravanes.
En continuant la direction à l'est , on entroit dans une province que Marc-Paul appelle Erginul *. Après huit jours de route, on arrivoit à celle tiEgrigaia , appelée Organum par Rubruquis 5 ; on trouvoit la ville de Calacia ou Coilac , suivant Rubruquis , située sur le fleuve Hoang-ho , où se fabriquoient des étoffes de poil de chameau et de laine d'une grande beauté , que les commerçans répandoient en tout pays 6 . On traversoit le Tenduck, contrée fameuse par les fables qu'on a débitées sur le prêtre Jean 7 , mais plus connue des commerçans par ses pierres de lapis-lazuli et ses étoffes de laine fine , de soie et d'or 8 . On se rendoit ensuite à Cianganor [Tchahannor] 9 , d'où, se dirigeant vers Xandu [Chantu], on arrivoit à Cambalu [ Pékin] , ville capitale du Cathay.
Ceux qui, arrivés à Urgenz, vouloient suivre une direction moins septentrionale, traversoient le désert de Kesna, pour se rendre à Bocara [Bokhara] 10 , capitale du Mawaralnahar [laTransoxiane des anciens]; de là ils alloient à Samarchan [Samarkand] 11 , puis à Cascar [Cashgar], pays très-commerçant 18 . Après avoir passé Cotam [Khoten] et Peym , où se faisoit un assez grand commerce de soie, de musc et de diverses pierres précieuses 13 , on entroit dans le désert de Coby. Les points de repos pour cette partie du désert étoient, à d'assez
1 M. Polo, lib. i, cap. xxxvn. — 'M. Polo, lib. i, cap. xxxvin. M. Marsden , page 179, croh que c'est So-tcheu; voir aussi Forster, Hist. des déconv. t. I.", pag. 919 et 390.— 3 M. Poio, lib. i, cap. xxxix et XL. — * M. Polo, lib. I, cap. L. — s M. Polo, lib. I, cap. U. Rubruquis, p. 59. — n Rubruquis, p. 59. M. Polo, lib. i, cap. u. Il est impossible de ne pas avouer avec M. Abel-Rémusat , Journal des savons, 1818, page 545, que la plupart de ces noms n'appartiennent point n la langue des Tartares. On ne sauroit en conclure, et ce savant a soin de le reconnoître, que Rubruquis et Marc-Paul aient indiqué des lieux fabuleux : mais l'embarras où ils c'toient pour bien les entendre et les retenir, et la faute des copistes, ont dénature' 1rs noms véritables. Aussi je rappelle que toutes mes synonymies ne sont que de simples conjectures. — 7 M. Polo, lib. t, cap. ut. — 8 M. Polo, lib. i, cap. un. — • M. Polo, lib. i, cap. Liv. Hist. genir. de la Chine, t. IX, pag. 413. — 10 M. Polo, lib. I, cap. 1. Da Guignes, Hist. des Huns, t. IV, pag. 343. — 11 M. Polo, lib. 1, cap. XXX.— "M. Polo, bb. i, cap. xxix. — 13 M. Polo, lib. i, cap. xxxi, xxxii, xxxili.
INTRODUCTION. XV|j
grandes distances, Ciarcian, renommée par ses pierres précieuses 1 ; Lop, située près du lac de ce nom, où les caravanes se fournissoient de vivres 8 ; Chinchitalas [ Tchahan-tcheou J, où se fabriquoient des toiles d'amiante 3 . En sortant du désert, après une route de trente journées, on arrivoit à Sachion [So-tcheou], dans le Tengut (partie du Chensi) 4 ; de là on se dirigeoit sur Cmnpion [ Kan-tcheou] , d'où l'on arrivoit à Pékin*
H est probable qu'on suivoit aussi une voie anciennement connue, comme je i'ai dit, t. I. cr , pages xxxj et lv. Elle consistoit à entrer par la mer Noire dans le Phase, à remonter ce fleuve, à traverser le court espace de terre qui le sépare du Kour [anc. Cyrus] pour gagner la mer Caspienne. Tifflis [Teflis] devoit sans doute sa grande prospérité au commerce qui se faisoit par ce moyen 5 . Une navigation assez périlleuse conduisoit, soit au port de Mangischlak, d'où l'on se dirigeoit sur Otrar, soit au port de Strava [Asterbat], d'où l'on alloit à Balach [Balk, l'ancienne Baetrà] joindre la route que je vais indiquer.
Les deux voies que je viens de tracer avoient pour objet principal le commerce de la mer Noire et de Constantinople. Une route au midi de la mer Caspienne servoit plus particulièrement à approvisionner les ports de la Méditerranée. Ou partoit de Giazza [Ajazzo] dans la petite Arménie, ou de Trébizonde 6 .
De l'un et de l'autre de ces points, on alloit à Argiron [Erzeroum] 7 , marché fréquenté par toutes les caravanes, et le centre du commerce de cette partie de l'Asie.
D'Erzeroum, la route se dirigeoit vers Tebriz [Tauris], ville qui, indépendamment de son commerce propre, consistant en fabrication d'étoffes de soie et d'or, recevoit par les caravanes de l'Asie centrale les perles, l'indigo, les épiceries, et les autres marchandises de l'Inde et de la Chine, que la navigation apportoit dans le golfe Persique 8 . La route, à partir de Tauris, se dirigeoit par Sultania [ Solthaniah ] », Casibin [Caswin] «<>, Damegan n , Nishapore 12 . 11 falloit ensuite traverser le désert qui sépare la Perse du Mawaralnahar l3 , pour arriver à Sapurgand
1 M. Polo, lib. I, cap. xxxiv. — » M. Polo, lib. I, cap. xxxv. — 3 M. Polo, Iib. I, cap. XX. Voir le texte vieux frnncais, ebap. lx , omis par Ruimisio. — * M. Polo, lib. I, cap. xxxvii.
— * M. Polo, lib. I, cap. v.— * M. Polo, lib. 1 , cap. I. Oderic, ap. Rolland. 14 ian. pag. 986.
— 7 M. Polo, lib. i, cap. îv. Prgolotti , ap. Pagnini, t. III, pag. 9. — • M. Polo, lib. 1, cap. IX.
— » Oderic, ubi $up. pag. 987. Abulfeda, Opu» geogr. pag. 318.— 10 M. Polo, lib. l , cap. xi. — » Abulfeda, ubiêup. pag. 338.— u Abulfeda, ubi tup pag.34 1 .- « Abulfeda, ubitttp. pag. 33».
IL c
Xviif INTRODUCTION.
[Schaburkan] et ensuite à Balk ». C'étoit, comme on fa vu plus haut, à cette ville que s'embranchoit ia route des voyageurs qui traversoient la mer Caspienne. De Balk, on arrivoit à Thaican [Thaiakan ] * , puis à Scassem [Hism-abad] 3 , de là à Jio/jciam [ Badakhshan],. célèbre par ses mines de rubis-balais , dont il étoit défendu, sous poinc de mort, de faire {exportation sans ia permission du roi 4 , et enfin à Carchan [ Yerkan], lieu de commerce et de station des caravanes û ; d'où l'on atteignoit Campion, pour -suivre jusqu'à Pékin ia route que j'ai déjà tracée*
Lorsqu'au lieu de se rendre à cette dernière ville, les voyageurs vouioient aller vers la Chine méridionale, ils partoient de Campion et marchoient vers Singui [Si-gan-fou] , capitale du Chensi, où se trou voit l'animai qui produit le musc *.
L'Itinéraire de Pegolotti indique une autre entrée dans la Chine méridionale. Les voyageurs continuoient la route de Pékin jusqu'au lleuve Hoang-ho, et de là se rendoient à une ville qu'il appelle Cassai, Si ce nom désigne Quanzu [Yentchmg], située vers l'embouchure de l'Hoang-ho, on s'y rendait sans doute par- le lleuve; si elle désigne Qttinsai [Hangtcheou-fou), plus méridionale, on entroitde l'Hoang-ho dans le canal impérial. Cette route étoit particulièrement suivie par les commerçans qui apportoient des valeurs métalliques, qu'ils échangeoient avec avantage contre le papier-monnoie dont on se servoit à la Chine 7 . .....
On pouvoit enfin, lorsqu'on étoit arrivé à Badakhshan, au lieu d'entrer dans la Chine méridionale, aller vers l'Inde dans la direction du midi. Dix journées de chemin conduesoient à la province de Bascià [le Baltistan ou petit Thibet] 8 , et, après une traversée de sept jours, on arrivoit à la vallée de Chesmur [ Kasehemir] , d'où, suivant Marc -Paul, on pouvoit se rendre à la mer de l'Inde», c'est-à-dire, sans doute en s'embarquant sur une des rivières qui de ce pays tombent dans findus, et en descendant ce fleuve. Cette dernière direction étoit probablement suivie du temps des Romains. Un itinéraire, dont quelques fragmens ont été conservés par Ptolémée ,0 ,
1 M. Polo, lib. I, cap. xxil. — - M. Polo, lib.i, cap. xxm. Ahulfeda, Opu* geogr. pag. 36*.
— ' M. Polo, lib. 1, cap. xxiv. — * M. Polo, lib, î, cap. XXV. Abulfeda, ubi suprà, png. 35*.
— * M. Polo, lib. I, cap. xxxi. « M. Polo, lib. 1, cap. l. — t Pegolotli , apud Pagnini, t.III,pag. l. — 'M. Polo, lib. i, cap. xxvi. — » M. Polo, lib. i, cap. xxvil.— '° Ptokjmee, G*ogr. m. i, «ap- xi et xu.