‹ Tableau du commerce antérieurement à la découverte de l'Amérique, servant d'introduction à la collection de lois maritimesChapitre 5 sur 29 · II. d · texte numérisé non relu

II. d

Xtvj INTRODUCTION.

ou Chine septentrionale, et le Mangi ou Chine méridionale.

Cette dernière partie oHVoit les ports de commerce les plus nombreux. Vers le point où le canal impérial se joignoit au Quian [ Yang-tse-kiang] étoit Caynguy [Chua-tcheou] , d'où l'on exportoit beaucoup de riz et de blé pour Pékin A l'embouchure du fleuve, on trouvoit Singui [Kin-kiang], où l'activité commerciale et le nombre des navires étoient si grands, que Marc-Paul craint qu'on ne l'accuse d'exagération dans ce qu'il en dit 8 ; et la même crainte a été partagée par ceux qui ont écrit après lui 3 .

Parmi les villes commerçantes de cette contrée, il désigne langui [ Yang-tcheouJ, où se faisoit un grand commerce d'ouvrages chinois 4 , et Nangliin [XankinJ, une des plus célèbres et des plus commerçantes villes de la Chine méridionale 5 . Vers l'embouchure du Cien-tang étoit la ville de Qninsai [Hangtcheou-fouj, au sujet de laquelle les voyageurs semblent avoir pris à tâche d'épuiser toutes les formules pour vanter sa grandeur et son commerce °. Son nom signilioit la ville du CieU C'étoit là que se termiuoit la prolongation du canal impérial, depuis le point où il traversoit le Hoang-ho.

A l'ouest de Quinsai, sur les bords de la mer, étoit le port de Gampu [ Kam-phou ] , lieu de rendez-vous de tous les navires étrangers qui venoient commercer dans la Chine 7 .

Le port de Fngiu [Fu-tcheou] étoit peu fréquenté, quoique la province de Coucha [l'okienj, dont cette ville est la capitale, produisit quelques objets de commerce. Marc-Paul parle de la barbarie des habitans 8 dans les mêmes termes que les voyageurs arabes du IX** siècle 9 . On rcmarquoit, dans la même province, Ungucm [U-ki-kien], qui fabriquoit de beau sucre, d'après un procédé nouveau introduit par les ordres du grand Khan 10 ; Cattgiu [Than-tchcouJ , que l'affluenec des marchands nationaux et étrangers rendoit un lieu de foire permanente, et où remontoient les navires de l'Inde, chargés d'une grande quantité de sucre, de pierres précieuses, de perles et d'autres marchandises 11 ; enGn Zcitum [Thsiuan-tchcou-fou ,

1 M. Polo, Iib. il, cnp. lxiv. — * M. Polo, lib. il, cnp. lxiii. — 3 Martin, Alla* SinensU, pag. lio. — * M. Polo, lib. il , cnp. lx. — 4 M. Polo, lib. il, cap. lxi. — 6 H. Polo, lib. II, cap. lxvih. Oderic, op. Rolland 14 jun. pog.990. - 7 M. Polo, lib n , cnp. i.xviii. — • M. Polo, lib. n , cnp. i.xxili. — 9 Ancienne* Relut, page 55.— 10 RI. Polo, lib. u, cap. lxxv. — " M. Polo, lib. il, cap. lxxvi.

INTRODUCTION. XXVlj

selon les uns 1 ,et Saunt-yo-tawn, selon d'autres] », un des ports les plus actifs et les plus commerçans de cette contrée 3 . C'étoit le lieu de construction des navires chinois destinés au commerce de ï'Inde 4 .

Marc-Paul traversa l'intérieur de la Chine pour se rendre au royaume de Mien-tien [Pégu], et au royaume de Mien [AvaJ. Dans la route qui le conduisit au premier de ces pays, H nomme plusieurs villes remarquables par leur commerce, leur industrie, et notamment par ia fabrication des étoffes de soie et d'or et de celles de coton 5 ; il remarqua que les environs du fleuve Caramoran abondoient en gingembre 6 ; il traversa le Thibet, province ruinée parles guerres et peu civilisée 7 . Dans la province de Caindu [ Yong-ning-fou], on recueilloit du girofle, du gingembre, de la canclle et d'autres épices. On y trouvoit des turquoises. 11 y avoit un lac où l'on pêchoit des perles; mais cette pêche devoit être autorisée par le souverain, afin que l'abondance des perles n'en diminuât pas le prix. La coutume des habitans de Chamo de prostituer leurs femmes aux étrangers y étoit en usage 8 .

Pour aller dans le royaume d*Ava, Marc-Paul visita la province de Sindinju [Tching-tou-fou] , l'une des plus riches de ia Chine 9 , et se rendit à Cintigni [Sui-tchou], ville considérable au confluent du Kiang et du Ma-hoti. On y fabriquoit des étoffes d'écorce destinées à faire des vêtemens d'été, et d'autres de soie. Le fleuve et ses différentes branches servoient à un transport très-actif de marchandises 10 . De là il se rendit dans la province d'Amou,où la principale industrie consistoit à élever des chevaux, destinés à être portés dans l'Inde".

Marc-Paul avoit encore traversé la Chine dans une autre direction, pour se rendre de Pékin au port de Zeitura , où il s'embarqua. Dans cette route, il décrit Pazanfu [Pao-tin-fou], où l'on fabriquoit des étoffes de soie et d'or et des voiles trèslégers ,a . De Pazanfu il alla à Cianglu [ Moan - tchinj , où l'on faisoit de très-beau sel, dont il décrit les procédés de

• De Guignes, Hist. de* Huns, t. IV, pa£. tr.O. — » Apetz, trad. lat. d'Ebn Ralouta , pag. 84. — 3 M. Polo, lib. Il, cap. lxxvii. Abulletla, O/tus geogr. png. â75. Voir M. Klaproth, Journ. asial. ». V,pa». 44. — * Ebn Hatouta, ubi tuprà , page If.. — b M. Polo, lib. h, cap. xxvui, xxix, xxx, xxxiv et xxxvii. — 0 M. Polo, lib. H, cap. xxxii. — 7 M. Polo, lib. il, cap. xxxvii. — • M. Polo, lib. Il, cap. xxxvui. — 9 M. Polo, lib. il, cap. xxxvi. — 10 M. Polo, lib. H, cap. xlv.— «' M. Polo, lib. il, cap. xlvii.- » M. Polo , lib. u, cap. xux.

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fabrication 1 ; de la à Ciangli [Y-tcheou], située sur un grand fleuve qui se rendoit à la mer, à peu de distance, et par lequel étoient apportées beaucoup de marchandises de soie et d'épiceries, qui donnoient un grand revenu aux douanes a . A l'orient, sur sa route, il visita Tudinju [Tsi-nan-fou], où la production de soie étoit immense et le commerce très-actif 3 . En se dirigeant sur l'occident pour reprendre sa route, il passa par Singuimatu [Lin-tsin-tcheou] ; c'étoit le point où le canal impérial se joignoitau fleuve Neïko, qui se rendoit à Pékin, et assuroit les approvisionnemens de cette ville immense 4 . Après avoir traversé quelques villes qui probablement partageoient le commerce des autres par leur situation sur le canal impérial 5 , il arriva dans la ville de Quanzu , et suivit la route dont j'ai donné plus haut la description.

Marc-Paul, dont l'esprit observateur n'a pas manqué d'examiner tout ce qui intéressoit le commerce et l'industrie, a, comme on l'a vu, parlé de la fabrication du sucre et du sel; en nommant la ville de Tingui, il décrit les procédés pour la fabrication de la porcelaine (î . Mais il garde le silence sur le thé et sur son usage, qui cependant étoient connus bien avant son voyage, puisqu'il en est fait mention dans la relation des Arabes du ix. c siècle, publiée par Henaudot 7 . Il en est de même de l'établissement d'un tribunal maritime, du genre de ceux que nous con Moissons en Europe sous le nom d'amirautés, qui existoit dans le port de Ram-phou, à l'effet de juger les difterens qui pouvoient s'élever entre les négocians arrivés par mer pour y vendre leurs cargaisons. La grande géographie impériale de la Chine, et la description particulière de la province de Tchekiung, publiée vers la lin du xvn. c siècle, attestent que cette institution existoit bien avant le voyage de Marc-Paul 8 ; et l'on a vu, t. l. cr , page ixxxij, que les Arabes y avoient un cadi pour juger les contestations qui s'élevoient entre eux 9 .

Ce voyageur atteste dans plusieurs chapitres ce qui avoit été dit avant lui, et ce que d'autres ont confirme, sur l'usage du papier monnoie dans la Chine ,0 . Il indique même avec attention

• M. Polo, lib. II, rap. L. — * M. Polo, lili. il , cap. U. — 3 M. Polo, lib. Il, cap. lu. — * M. Polo, lib. il , cap. lui. — 5 Ces villes ne sont point indiquées dans le texte de Ramusio, niais seulement dans le texte français. — 6 M. Polo, lib. u , cap. lxxvii. — 7 Ane. Relat. P"R. 31. — 8 M. Klaproth, Jourtt. asiat. t.V,pag. 40. — 0 Anc.Relal. pag.9 et 14. — 10 Rubruquis, pag. 91.

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celles des provinces où ce papier avoit cours, et remarque que les étrangers, obligés de le recevoir en paiement, se trouvoient ainsi forcés d'acheter d'autres marchandises en remplacement de celles qu'ils avoient vendues *« Il ne dit point qu'il ait rencontré d'Européens dans les villes maritimes de la Chine; cependant des docuinens contemporains attestent qu'il s'en trouvait 9 .

Marc-Paul, s'étant rendu de la Chine au port d'Ormuz par la mer, ne nous a laissé aucun détail sur les voies qui pouvoient servir aux communications terrestres des différentes parties de l'Inde avec la Chine; il est certain néanmoins que ces communications n'étoient pas bornées aux seules voies maritimes. Dès les époques les plus anciennes, les provinces de l'Inde qui avoisinent la Chine avoient d'activés relations commerciales avec ce pays par les voies de terre 3 . Les écrivains chinois en attestent l'existence sous la dynastie des Song , montée sur le trône en 906 et détruite par les Mongols. On y lit que des ambassadeurs de l'Inde, accompagnés de commerçans, se rendoient en Chine par le désert de Chensi 4 . Ces relations n'avoient pas dû cesser ; elles étoicnt plutôt de nature à s'accroître à mesure que la Chine rccouvroit la paix, dont les guerres civiles et les invasions des Tartares l'avoient empêchée de goûter les bienfaits.

S'il faut ajouter foi aux inductions qu'un savant académicien du dernier siècle a tirées de quelques anciens écrivains de la Chine, ce pays auroit entretenu aussi des relations commerciales par la voie de terre avec les contrées voisines de la mer Glaciale. D'après ces extraits, les voyageurs quittaient la Chine supérieure , en partant d'une ville située au nord du lleuve Hoang-ho, qui probablement étoit Piljotaihotan. On passoit le désert de Chamo, pour se rendre à Kara-Koroum; on traversoit les pays situés au midi et à l'orient du lac BaîkaI, et l'on arrivoit à un pays que les Chinois appeloient Ta-han, et les Japonais Oku-Jeso, qui fait actuellement partie de la Sibérie 5 . Le but de ces voyages, s'il est bien certain qu'ils aient eu lieu, et surtout s'ils avoient pour objet le commerce, ne pouvoit être

1 M. Polo, lib. il, cnp. xvui, lix, lxvi ci lxvii. — » Andr. de Ptnugia, ap. YVadding, Annale.* Minorum, t. VII , pag. 54. Odcric , «p. Bolland. 1 . jan. pag. 990. — 3 M. Abel-Re'tntisat, Nouv, Mèm. de t Acad. des inscr. t. VIII , pag. 1 1 8. — 4 De Guignes, Mém. de l'Acad. des inscr. t. XLV1 , pag. 544. — 4 De Guignes, Mim. de V Acad. des inscr. t. XXVIII pag. 508.

XXX INTRODUCTION

que de se procurer les pelleteries du Nord par des échanges avec des caravanes qui seroient venues de la Russie et de la Sibérie jusqu'au lac Baikal. Mais il n'y a rien de certain à cet égard ; et tout se réduit à de simples conjectures, comme ce que ie même académiciena dit de la possibilité que les Chinois eussent dirigé leur navigation jusqu'au Kamtschatka et la Californie

II faut encore suivre Marc-Paul et les voyageurs contemporains dans la description du commerce maritime des pays voisins de la Chine. Ceux qui forment aujourd'hui le Tonquin et la Cochinchine produisoient quelques épiceries, et l'on y recueilioit un peu d'or; les habitans faisoient quelques échanges avec ceux de la Chine méridionale 9 , et avec le pays de Lochak [Camboge], où l'on trouvoit des dents d'éléphant et des coquillages appelés porcelaine blanche [cauris], qui servoient de monnoie dans plusieurs contrées voisines 3 .

Dans la presqu'île de Malacca se trouvoit le port du même nom, rendez-vous général des navires venant de la Chine et de l'Inde. Il avoit hérité du commerce de Singapura, détruite peu avant le voyage de Marc-Paul par le roi de Siam 4 .

Les pays qui forment actuellement les royaumes d'Ava et de Pégu < i oient encore peu civilisés ; on y faisoit quelques échanges , surtout de l'or contre de l'argent, dans lesquels la proportion de ces deux métaux étoit de cinq à un à .

Le Bengale entretenoit un grand commerce de toiles de coton, d'épiceries, de sucre, de riz et d'esclaves eunuques 6 . Le port de Chittagong [Chatigara] avoit des relations habituelles avec Malacca et Camboge 7 . La cote de Coromandel, si souvent exposée à une stérilité qui forçoit les parens à vendre leurs enfans, s'approvisionnoit de riz sur la côte de Malabar 8 . Dans le royaume que Marc-Paul appelle Murphil ou Monsul (peut-être l'ancien royaume d'Orissan), on faisoit un commerce considérable d'ivoire et de diamans 9 , et surtout de beaux tissus de coton 10 . Les Banians, qui se livraient au trafic, jouissoient d'une grande réputation de probité; ils étoient si adroits et si otheieux, que personne ne pouvoit se passer de leur ministère u .

• Voir i. I.", page Iviij. — * M. Polo, lib. H, cap. xlvi, xlvu et xlvih. — » M. Polo, Ht», m, cap. v. — * M. Polo, lib. u , cap. xxxix et xt.-, lib. m, cap. VUL — * M. Polo, lib. m, cap. ix. — 6 Barras, DecaJ. lib. i , pa«. 86. — 7 M. Polo, lib. h, cap. xuil. — 8 M. Polo, lib. u, cap. xlv. — 0 Odcric, op. Bolland. 14 jan. pag. 988. — 10 M. Polo, lib. m, cap. xxi. — « M. Polo, lib. m, cap. xxu.

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Sur la partie de cette côte qui regarde Ccilan , on trouvoit les perles, sur la pêche desquelles Marc-Paul donne des détails curieux Le port de Kaël, voisin du cap Comorin, sur la côte orientale de la presqu'île, et celui de Coulan sur la côte occidentale, recevoient les navires qui venoient du golfe Persique, de l'Arabie et de la Chine méridionale, apportant les marchandises de leur pays, et important celles dont ils avoient besoin a . C'étoit là que débarquoient ceux qui amenoient de Perse et d'Arabie les chevaux qui manquoient dans l'Inde 3 . Le royaume de Dely [ Calicut] produisoit des épiceries de diverses sortes 4 , et les marchands de tous les pays y affluoient 6 , encore bien qu'on y fût dans l'usage de piller les navires qui faisoient naufrage 0 . Canam [Tanah] et Cambaja [Cambaye], situées l'une à l'entrée, l'autre au fond du golfe qui séparoit le Malabar du Guzarate, étoient aussi des ports où les navigateurs de l'Inde et de la Chine apportoient des marchandises qu'ils échangeoient contre celles qui venoient du golfe Persique et de la mer Rouge. Les auteurs arabes en indiquent quelques autres qui servoient au même usage 7 . Dans l'état de la navigation à cette époque, c'étoit là qu'on abordoit lorsqu'on partoit d'Ormuz pour trafiquer dans l'Inde 8 . Mais la côte de Malabar et celle de Guzarate étoient infestées de pirates dont la rapacité et la hardiesse n'avoient point de bornes. Au dire de Marc-Paul, ils portoient leurs investigations jusqu'à purger les marchands afin de leur faire rendre les perles ou les diamans qu'ils auroient pu avaler pour les sauver 9 . Ce voyageur donne sur la navigation des Indiens et sur la construction de leurs navires des détails curieux, que des relations modernes ont confirmés 10 ; mais il garde le silence sur la direction du commerce dans l'intérieur. J'en ai dit quelques mots page xx n , et j'aurai occasion, quand je traiterai du commerce des xiv. e et xv. e siècles, de présenter des notions qui pourront suppléer à ce que laissent ignorer les documens de l'époque dont je m'occupe en ce moment.

■'M. Polo, cap. 111 , lib. xx. — * Benjamin de Tudèlc, pag. 5.1. M. Polo, lib. ni, cap. xxtv et xxv. Sanuto, Secrefa fidel. cruci», lib. i, part, i, cap. i. Ebn Baioutn , trad. Int. par Apetz, pag. 17. — 3 M. Polo, lib. I , cap. xi ; lib. m, cap. xx. — * M. Polo, lib. m, cap. xxvn. Odcric, ap. Rolland. 14 jan. pag. 988. — * Ebn Bâtant! , ubi supra, pag, 13 et 16. — 8 M. Polo, lib. m, cap. xxvi. — 7 Abulfeda, Opus Çeogr. pag. 979. — 8 M. Polo, lib. III, cap. xxix et xxx Odcric , ubi supra. Abulfeda, ubisupra, pag. 971. Sanuto , ubi tuprà, — 0 M. Polo, lib. 111, cap. xxvn. — »o M. Polo, lib. ni, cap. i. — 11 Abulfeda, ubi supra, pag. 970. Voir t. I.", P«g. Wj.

xxs ij INTRODUCTION.

On doit encore à Marc-Paul les renseignemens les plus exacts de cette époque sur le commerce des îles voisines de la Chine et de l'Inde.

Au nord- est de la Chine étoit Zipangu [le Japon], qui produisoit de l'or, des perles et des pierres précieuses; mais les étrangers y étoient difficilement admis pour commercer l « Dans la mer qui baigne la partie méridionale de la Chine, en face du golfe de Chehian [Hai-nan], et au-delà de l'île de ce nom, on comptait un nombre infini d'îles abondantes en épiceries; les Chinois qui y commerçoient mettoient un an pour aller et revenir à cause des moussons *.

On peut douter si Marc-Paul a entendu parler de Bornéo, lorsqu'il nomme une île qu'il appelle Grava : mais, quelle que soit l'opinion très-controversable sur ce point, il est probable que les Chinois ont eu des relations avec Bornéo pour s'y approvisionner des épiceries, qu'elle produit en si grande quantité, qu'au dire de ce voyageur c'étoit là que les commerçans tiroient la plus grande partie de ee qui étoit destiné à la consommation 3 ; aussi cette marchandise étoit-elle au plus vil prix dans les ports de la Chine i .

L'île qu'il appelle Giava minore [Sumatra], très-fréquentée par les navigateurs sarrasins 5 , produisoit du camphre et des aromates tels qu'on n'en voyoit point en Europe, suivant les expressions du voyageur. Dans un des royaumes de cette île, à Fanfur, on recucilloit le sagou °. Marc-Paul parle d'une singulière spéculation commerciale qui s'y faisoit. II s'y trouve une grande quantité de singes ; les marchands en achetoient les peaux dont ils arrachoient le poil, à l'exception du menton et de quelques autres parties du corps, et les vendoient au loin comme des peaux de petits hommes d'un pays éloigné 7 .

L'île de Zeilan ouCeilan, située près de la presqu'île en-deçà du Gange [Taprobanc des anciens, et Serendib des Arabes], étoit toujours, comme dans les temps les plus reculés, un grand centre du commerce de la mer Rouge, de l'Inde et de la Chine; elle produisoit surtout des rubis, des saphirs, des topazes, des améthystes et d'autres pierres précieuses 8 . Marc-Paul constate,

1 M. Polo , lib. m , cap. h. — * M. Polo , lib. Ul , cap. v. — > M. Polo , lib. III , cap. vu. — * Oderic , op. Bolland. 1 4 jan. pag. 998. — * M. Polo, lib. m , cap. x. — « M. Polo, lib. m, B»p. XVI. Oilcnc, ubisup. pag. 989.— 1 M. Polo, lib. m, cap. xn. — * M. [Mo, lib. m, cap. XIX.

INTRODUCTION. XXXlij

en parlant de cette île, l'usage habituel des navigateurs arabes de se servir de cartes géographiques >.

Les voyageurs qui nous ont laissé sur l'Asie les précieux documens dont j'ai essayé de donner un extrait, n'avoient point visité les pays que baigne la mer Rouge. Marc-Paul, comme on l'a vu, avoit terminé sa navigation à Ormuz, et étoit revenu en Europe, en passant par la Perse et l'Arménie. Ce qu'il dît des productions et du eommeree de l'Arabie, du port d'Aden, des autres ports de l'Yémen et du pays d'Oman 3 , ainsi que des relations de ces pays avec l'Inde et l'Afrique, il l'avoit appris des navigateurs avec lesquels il s'étoit rencontré. Ces notions sont les mêmes que celles que j'ai données tome I. er , page Iviij.

Marc-Paul n'a aussi parlé de l'Afrique que d'après les récits

* il* Vfrinnr

des Indiens, qui donnoient le nom d'Inde seconde aux côtes q d'Afrique dont les habitaus étoient en rapports avec eux.

,Les voies qui amenoient les marchandises asiatiques dans l'Egypte par la navigation de la mer Rouge 3 ou à travers l'Abyssinie et la Nubie, étoient les mêmes que celles que j'ai indiquées, t. I. er , page Iviij 4 . Le Caire, auquel les Européens donnoient le nom de Babylone, étoit le centre des relations avec la mer Rouge, et par cette mer avec l'Arabie, l'Inde et l'Afrique orientale.

L'Egypte recevoit en outre , comme dans les temps plus anciens, et sans doute par les mêmes voies, car la nature des lieux permettoit peu de changemens, les productions de l'intérieur de l'Afrique, qui étoient apportées par des caravanes 5 , dont j'ai indiqué la marche, t. I. cr , pages xxiij et Ixxxv.

Elle conservoit une partie de son ancienne et célèbre industrie, autant toutefois que l'industrie peut prospérer sous un gouvernement arbitraire et au milieu de révolutions militaires; et même l'art d'épurer et de rafliner le sucre y avoit été introduit avec succès c . Alexandrie étoit le lieu principal où s'approvisionnoient les Européens. 11 paroit que Damiette 7 et quelques

1 M. Polo, lib. il , cap. lxxvh; lib. m, cap. xix. — * M. Polo, lib. ni, cap. xxxtx, xl, xli et xlh. — s Abulfeda, Opus geogr. png. 196. — * M. Polo, iib. m, cap. xxxix. Sanuto, Sécréta Jidel. crucis, lib. i, part. i,cap. i. — 5 Ebn Batouta, trad. lat. de Kosegartcn, pag. 46. — 6 M. Polo, lib. u, cap. lxxv. Sanuto, ubi suprà.— » Joinville, Vie de S. Louis, pag. 31.

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