‹ Tableau du commerce antérieurement à la découverte de l'Amérique, servant d'introduction à la collection de lois maritimesChapitre 6 sur 29 · II. e · texte numérisé non relu

II. e

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autres villes moins considérables jouissoient aussi de cet avantage «.

Ces rapports commerciaux entre i Egypte et i Europe sont peut-être le phénomène ie plus remarquable de cette époque. Les entreprises des croisés étoient spécialement dirigées contre les souverains de ce pays : elles le constituoient par ie fait dans un état d'hostilité avec f Europe entière; et quoique, dans les premiers momens, les villes commerçantes n'eussent pas pris une part directe aux croisades, ciles n'avoient pas tardé à devenir de puissans auxiliaires du nouveau royaume de Jérusalem. On pourroit en conclure, à juger les choses par ce qui arrive communément, que toutes relations entre les deux pays durent cesser.

Mais l'intérêt et la politique amenèrent d'autres résultats. Le débit des ^marchandises asiatiques étoit devenu pour les habitans de l'Egypte une si grande occasion de profits, et pour le fisc une source si abondante de revenus, que cet état d'hostilité ne porta jamais les sultans à fermer leurs ports aux Européens. Us y trouvoient d'ailleurs d'autres avantages. L'Egypte ne produit ni bois ni métaux*. On a vu, t. I. cr , page xxix, qu'autrefois les Grecs, en y portant ces objets et un grand nombre d'autres matières dont elle manque , faisoient un commerce lucratif. Les Européens continuèrent ce commerce; ils y ajoutèrent les vins, les huiles, le savon, le safran, le corail , les étoffes de soie, les draps, et souvent même, malgré les lois de toute espèce qui en prononçoient la défense, des armes et des munitions de guerre, en échange desquelles ils rapportoient les marchandises de l'Asie et de l'Afrique. Ces importations européennes n'étoient pas seulement destinées à la consommation de l'Egypte; elles y devenoient aussi, pour les habitans, des moyens d'échange avec l'Arabie et l'Inde 3 .

Ces relations avec l'Egypte furent sujettes à quelques variations. D'un côté, les droits que le sultan exigeoit pour ses douanes ou sa protection étant considérables, lorsque les Européens trouvoient plus d'avantages à s'approvisionner dans les étabiissemens de Syrie , où ils étoient exempts de droits , ils fréquentoient moins les ports d'Egypte; ils en reprenoient la

1 Refnt. d'Ascolin, citc'e par le D.'Wcbb, Archeol. of London, t. XXI, p. 104. — ! Sanuto, Sécréta Jidel. crueis, lib. I , part. I , cap. iv. — 3 Sanuto, ubi supra , lib. il , part. II , cap. VI.

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route lorsque les revers de la Palestine ne leur permettaient pas de s'approvisionner en Syrie.

D'un autre côté, ce commerce dut éprouver quelques entraves, surtout pendant le xn. c et la première moitié du xm. e siècle, par l'effet des décrets des conciles et des bulles des papes qui prohiboient toutes relations avec les musulmans. Mais il ne faut pas toujours juger les opérations du commerce, et tout ce qui touche l'intérêt pécuniaire , d'après ce qui doit être, d'après ce qui est permis ou défendu par les lois. La politique des gouvernemens modifia d'ailleurs ce que les prohibitions religieuses avoient de trop général, et les réduisit à l'interdiction du commerce des esclaves et des armes ou des munitions de guerre , interdiction qui elle-même étoit fréquemment éludée. Bien plus , tant l'amour du gain peut inspirer de ressources , dicter de subtilités et créer de contradictions, on vit les commerçans de la même ville se diviser, les uns prendre le parti des chrétiens, les autres rester attachés aux musulmans, et cette singulière situation mit plus d'une fois les gouvernemens de ces villes dans de grands embarras

Du reste, il est constant qu'à la fin du xu. e et pendant le xni. c siècle les rapports des villes maritimes de la Méditerranée avec l'Egypte acquirent plus de fixité. Toutes s'occupèrent du soin d'obtenir des privilèges, ou du moins une protection dans un pays dont l'importance augmentoit pour elles à mesure que les désastres de la Terre sainte en faisoient prévoir la perte prochaine *• Les Templiers eux-mêmes, ennemis par profession des musulmans, les villes de Syrie conquises sur f eux, les rois de la petite Arménie sans cesse en hostilité avec l'Egypte, y avoient fait des traités de commerce 3 . Ce n'est peut-être pas même une des moindres singularités de cette époque, que l'existence de relations diplomatiques du pape avec le sultan d'Egypte pour

1 Documcns divers cites par Fanucci, t. H, pag. 84 et sui?., 108 et miv. — 1 On peut citer comme principaux docuraens : pour Pise, des actes de 1161 et 1 175, cites par Fanucci, t. II, pag. 84, et un traite' de 1935, ap. Pagnini, Délia décima, t. II, pag. 108 : pour Venise, les traités de 1935 et de 1338, ap. Marin, t. IV, pag. 363, et t. VI, pag. 337 : pour la France, les statuts de Marseille de 1398 rt de 1958, et le traité de Philippc-le-Hardi de 1370, ap. M. Rcinaud , £>/r. des hist. arabes, pag. 590 et suiv. : pour Gènes, un traité de 1390, Notice» det manuscr. de la bibl. du Roi, L XI , pag. 33 ; pour la Catalogne et ia Sicile , des actes de 1 96C et de 1908, ap. Cnprnunv, Memorias tac, t. H, pag. 39, 34; un traité de 1989, ap. M. de Sacy, Chrtstomathic arale, t. II , pag. 41 , cl un autre de 1 993, ap. Capmany, t. IV, pag. 17. — 3 Traités de 1983, 1383 et 1385, ap. M. Reinaud, ubisuprà, pag. 543,545 et 559.

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iui offrir une sorte de droit des gens fondé sur la réciprocité

Les rapports des Européens avec l'Egypte ne se bornoient pas exclusivement au commerce d'Alexandrie; quelquefois ils entreprenoient des expéditions vers la mer Rouge 8 . Cependant on peut croire qu'elles ne furent pas toujours faciles, et que le sultan, craignant qu'elles ne nuisissent à l'intérêt de ses sujets, y mit assez souvent des obstaeles 3 .

Les autres états septentrionaux de i'xlfrique offraient aussi une carrière au commeree européen.

Au XDU e siècle, des relations régulières s'établirent avec ces pays. Les Vénitiens 4 , les Génois r> , les Pisans 6 , les Marseillais 7 , le roi de Sicile 8 , et plus tard les Barcelonais 9 , y firent un commerce très-actif; ils y a voient des établissemens indépendans gouvernés par leurs consuls. Les Pisans avoient même obtenu du roi de Tunis la possession de la petite île de Tabarca, où ils pouvoient se livrer à la pêcbe du corail et trouver un point de station pour leur commerce d'Egypte.

Les Européens ne se bornèrent pas à fréquenter les côtes septentrionales; ils se lièrent aussi avec le souverain de Maroc 10 . Leurs découvertes sur la côte occidentale de l'Afrique commencèrent à cette époque. On assure que les Génois 11 et les Français 11 s'étoient, à la fin du XUI» C siècle, avancés au-delà du cap Bojador et jusqu'au tropique.

11 n'est pas bien démontré que les Européens aient essayé de faire pour leur commerce des voyages dans l'intérieur de l'Afrique, comme ils en faisoient en Asie' 3 ; du moins il ne reste

1 Rnvnaldi, Conlin. Ann. Baronii , nd ann. 1847. M. de Sacy, Chrestomathie arabe , t. II, pag. 48. — » Docameni rn|>|»ortes par Fanucci, t. II, pag. 83, 87, 00 et 94. — 1 Sanulo , Secrcta jidelium crucU , lib. I , part, i , cap. I. — 1 Sanuto, ubi supra, lib. I, part, tv, cap. m. Docuincns cites par Filiasi , Suit' anlico commrrcio de Venez, pag. 83 et 87. Traites de 1851 cl de 187! , ap. Marin, t. IV, pug. 880 et 883. — 5 Traite' de 1 167, cite' par Fanucci, t. II, pag. 47. Traites de 1860 et de 1878, Nouv. Mêm. de l'Acad. des inscript, t. III, pag. 109 et 1 10. — 6 Traite' de 1 107, cite par Fanucci , t. II, pag. 19. Traite de 1830, ap. Marin, t. IV, pag. 877. Traite de 1 36:», ap. Lûnig, Cod. ital. dipl. 1. 1 rr , col. 1067. M. de Raumer, Gesckickte der Hahcnslaufen und ikrer Zcit , t. V, pag. 405, en cite d'autres, dont je n'ai pu ve'rifier Fexistcncc. — 1 Rulfi, ilist. de Marseille, pag. 103 et H)\. Statut. Massiliir , lib. 1, cap. xvm, et lib. iv, cap. xvi. — 8 Traite' de 1830, ap. Leibnttz, Cod.jur. gent. dipl. t. I. rr , pag. 13. — 9 Traites de 1870, 1374, 1378, 1885, 1889 et. 1898, ap. Capmany, Memorias &c, t. IV. — 10 CafTaro, Ann. Gen. ap. Murât. Rerum liai. Script, t. VI, col. 877. Traite' du roi d'Arragon de 1874, an. Capmany, t. IV, pag. 7. — 11 Folietta, Hist. Genuens. ap. Gronov. Thesaur. antiq. et hist. Ital. pag. 399. Giustiniano, lib. 111, fol. 111. Pietro d'Abano, Conciliator , difl'er. lxvh. Pctrarchn, De vita solitaria, lib. H , «cet. vi, cap. m. — 11 Voir les notes 1 de 'a page Ixx et 7 de la page lxxj ci-après. — ,J Voir cependant Marin, Storia &c, t. IV, P*g 387.

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point de documens sur ces voyages; ce que nous savons de l'état de ces pays et de la difficulté où sont les Européens d'y pénétrer, sert à expliquer le silence des écrivains. Mais les habitans de l'intérieur se livroient à ces voyages avec une grande activité; et leur industrie propre n'étoit pas sans importance.

La nature des lieux ne permettoit pas que les caravanes d'Afrique suivissent d'autres directions que celles dont j'ai déjà donné l'indication, tome I. cr , page Ixxxiv. De quelques points qu'elles partissent, elles avoient à traverser le désert pour arriver sur le Niger. Le document le plus rapproché de l'époque dont je m'occupe en ce moment, est l'itinéraire suivi par Ebn Batouta, dont le voyage en Afrique a eu lieu dans la première moitié du xiv. c siècle, et constate évidemment un état de choses subsistant depuis long-temps. II partit de Segemesse, dans le pays connu aujourd'hui sous le nom de royaume de Fez, et, traversant le désert, arriva à Tombouctou, dont la recherche a si long-temps occupé les voyageurs modernes. Ce qu'il atteste de l'hospitalité des nègres , des échanges qui se faisoient dans quelques lieux par la simple exhibition des objets réciproquement offerts , de la direction d'une route qu'il a suivie à son retour et qui s'embranchoit avec celle qui conduisoit en Egypte 1 , se rattache aux renseignemens dont j'ai déjà rendu compte et à ceux des voyageurs et des géographes des siècles postérieurs.

Les objets que le commerce d'Afrique procuroit aux Européens consistoient principalement en ivoire, cire, peaux, corail, poudre d'or, sucre et étoffes de poil de chèvre 3 .

A l'égard des côtes orientales, telles que l'Abyssinie et la côte de Zanguebar, et des îles qui i'avoisinent, telles que Socotora, Madagascar et les Maldives, on ne trouve dans les voyageurs 3 de cette époque rien de plus que ce que j'en ai fait connoître, t. I. cr , pages Ixxxiv et suivantes.

Quelqu'étendue que fut la carrière comnoerciafe ouverte Révolution» aux villes maritimes de la Méditerranée , on ne peut la com- d,T *^ w parer à ce qu'elle a été dans les deux siècles suivans. Malgré ce c°n"»*r«. tous les soins que prenoient les commerçans de ces villes pour chercher des débouchés à leurs marchandises et pour en

1 Abulfeda, Opus geogr. pag. 910 et seqq. — 5 Ebn Ratouta, trad. Int. de Kosegarten , pag. 40 et teyq.— a M. polo, lib. m , cap. xxxiv, xxxv, xxxvi, xxxvn et xxxvui.

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répandre le goût dans les pays où elles étoient encore inconnues, la situation de l'Europe s'opposoit à une consommation considérable 1 ; mais aussi cette même situation livroit les opérations du commerce à un petit nombre de villes, et même, dans ces villes, à un petit nombre de personnes. L'espèce de monopole qui en résuitoit étoit la source de profits immenses. Pour s'en convaincre, il suffit de remarquer quel étoit encore le prix énorme des marchandises asiatiques au xiv. c siècle, c'est-àdire, à une époque où , les relations étant mieux établies que dans les siècles précédens, les expéditions plus multipliées, f esprit commercial plus développé, il pouvoit y avoir plus de concurrence entre les vendeurs *.

Dans le but de maintenir le haut prix de ces marchandises et le profit de leur monopole, les commerçai) - répandoient des labiés, que la crédulité accueilloit avidement, sur les lieux de production et les moyens employés pour se les procurer 3 . II paroît au surplus , par les énonciations qu'on trouve dans les lois et dans les tarifs de ce temps, que les matières n'ont pas varié, et que le commerce actuel n'a pas, à proprement parler, fait à cet égard de découvertes nouvelles 4 .

En général, ce commerce fut sujet à de grandes variations, résultant de l'état précaire dans lequel les villes maritimes se trouvoient à l'égard des pays où leurs commerçans alloient s'approvisionner, et des hostilités qui subsistèrent sans interruption entre elles.

Les empereurs grecs, dont la capitale, après avoir été le centre du commerce du monde, n'y jouoit plus qu'un rôle passif, toujours animés d'une secrète jalousie contre des commerçans qu'ils meprisoient et dont ils n'étoient pas assez habiles pour se passer, concédoient et retiroient des privilèges par caprice 5 :

' Muratori, Antitj Ital. medii atvi, t. II, col. 318 et 419. — * D. Vaisselle, Hist. de Languedoc, t. II, pag. 503; t. III, pag. 94; t. IV, pag. 519. Papon, Histoire de Provence , t. II, pag. 355. — 3 Join ville, Hist. de S. Louis, et notes de du Cange, pag. 36. — * Statut. Massilite , ined. ann. 1998,$ De. Ribagio. Capitulare nauticum pro emporio Veneto , ann. 1956, cap. cxvi et cxvn. Sanuto, Sécréta fidel. crucis , lib. I, part. 1, cap. I, II, IIL Capmany, t. II, pag. 3, 9, 17 et 19. Assises de Je'rusalem, Cour des bourgeois, ined. cliap. xxn. — 6 Voici l'indication des principaux privile'ges , depuis la seconde jusqu'à la quatrième croisade, qui fut l'époque dune rc'volution à Constantinoplc : en faveur des Pisans, en 1179, Brève hist. Pisana , ap. Murât, Rertim Ital. Script, t. VI, col. 186; en 1199, cite par Fanucci, t. II, pag. 151 : en faveur des Vénitiens, en 1187, ap. Marin, t. III, pag. 989; en 1 189, ibid. pag. 304 ; en 1199, ibid. pag. 181 , 197 et 31 1 : en faveur des (Génois, en 1 180 et 1 199, AW. Mém. de l'Acad. des inscript, t. III, pag. 105 et 108

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tantôt Hs chassoient et même ils persécutaient avec une sorte de fureur les Vénitiens 1 , appelant les Génois et les Pisans à les remplacer; tantôt ils se réconcilioient avec les Vénitiens, aux dépens de leurs rivaux; tantôt enfin ils les admettaient tous, s'en rapportant à ces commerçans avides du soin de s'entre-détruire a .

La fixité n'était pas plus grande dans le commerce de ia Terre sainte. Les foibles successeurs de Godefroi de Bouillon , les princes qui avoient obtenu des souverainetés particulières dans ia Syrie, accordoient des privilèges dont ils n'avoient pas la force d'assurer la jouissance, et restaient simples témoins des dissensions sans cesse renaissantes entre les commerçans des différentes villes; quelquefois même ils prenoient part à ces hostilités et s'attiroient ainsi de nouveaux ennemis. Ces événemens particuliers, réunis à ceux de la guerre, qui mettait si souvent en danger les conquêtes des croisés , rendoient le commerce encore plus précaire dans la Syrie que dans l'empire grec.

Les villes de la Méditerranée n'avoient considéré les croisades que sous le rapport des avantages qu'elles y trouvoient: on eût dit à leur conduite que l'Europe s'était uniquement armée pour la cause de leur commerce. Tandis que les guerriers francs prodiguoient leur sang et leurs richesses, ces villes se faisoient payer pour les aider à faire des conquêtes dont elles seules recueilloient le profit 3 . Souvent même elles hésitaient à vendre leur assistance aux croisés, soit pour ne pas interrompre le cours des guerres qu'elles se faisoient réciproquement 4 , soit peut-être dans la crainte de compromettre leur

1 Dandolo, Chron. Vend. ap. Murât. Rerum liai. Script, t. XII, col. 393. Navagiero, ap. Murât, ibid. t. XIII, col. 974. — 1 Nicctas Choniat. Annal. Manuel, imp. lib. vi, cap. I, pag. 139 et 130. — 3 Voici les dates des principaux privilèges accordes à la suite de ceux que j'ai indiques page viij : au profit des Vénitiens, privilège du prince d'Antioche de 1 1 07, ap. Foscarini , Hisl. litt. Venet. pag. 1 5 ; du roi de Jc'rusalem en 1 19 1 , ap. Fanucci , t. H, pag. 141; de Giblet, seigneur de Biblio [Byblos], en 1817, ap. Marin , t. IV, pag. 954; du seigneur de Barutb en 1991 , ibid. pag. 953 : au profit des Pisans, privile'gc du prince d'Antioche en 1154, ap. Lûnig, Cod. ital. dipl. t. I.", col. 1040; du même de 11*0, ap. Muratori, Anliq. liai, medii an>i , t. II, col. 908; du même à la compagnie pisane dite des Umili, en 1199, ap. Lûnig, ubi suprà , col. 1059; du même en 1910 , ap. Murât, ubi suprà, col. 918; du comte de Tripoli en 1187, ap. Murât, ubi suprà, col. 909; du seigneur de Tyr en 1188 et 1191, ap. Murât, ubifiiprà, coi. 911 et 915; du roi de Jérusalem en 1157, ap. Lûnig, ubisup. col. 1040; en 1 169, 1 189 et 1 1 89, ap. Murât, ubisup. col. 907, 9()9 et 914 : au profit des Génois par le prince d'Antioche, en 1169, ap. Lûnig, uoisuprà, t. II, col. 9087; en 1189, ap. Murât, ubi suprà, col. 991 ; par le roi de Jérusalem en 1191 , ap. Fanucci, ubi suprà, pag. 141. — « Dandolo, ubi suprà, col. 375.

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commerce chez les musulmans Ainsi elles justifioient le reproche que leur adrcssoit un auteur contemporain de s'occuper beaucoup plus de leurs intérêts que du grand but de la délivrance de la Terre sainte *. A peine un point des côtes de la Syrie étoit perdu par les croisés , qu'elles soilicitoient des Mahométans la faculté d'y conserver leurs établissemens. Ceux-ci étaient-ils chassés par les Francs, elles revendiquoient leurs anciens privilèges; et lorsque de nouveaux revers tomboient sur la Terre sainte, elles désertoient de nouveau une cause qui sembloit n'être plus la leur dès qu'elles n'avoient plus rien à gagner. Ce fut particulièrement ce qui arriva vers la (in du xn. c siècle, lorsque la presque totalité de la Palestine, et notamment Jérusalem , retombèrent au pouvoir des Sarrasins. Tandis qu'une compagnie de Pisans établie en Syrie faisnit des efforts héroïques pour défendre contre les armes de Saladin les derniers restes de conquêtes qui avoient coûté tant de sang et de trésors aux croisés , les magistrats de Pise cherehoient à captiver la bienveillance du sultan pour éviter les représailles dont il les menaçoit 3 . Ils se lioient plus étroitement avec les Sarrasins d'Afrique et des îles Baléares 4 . Venise, oubliant les plus atroces injures , se réconcilioit avec l'empereur grec, allié secret du sultan d'Egypte 5 ; Gènes sui voit l'exemple de ses deux rivales 6 : on eût dit que chacun de ces peuples égoïstes attendoit, sans inquiétude pour ses intérêts, qu'une nouvelle croisade leur ouvrît les ports de la Syrie.

Cet espoir ne se réalisa qu'en partie; les efforts des trois plus puissans princes de la chrétienté, qui sembloient devoir assurer le rétablissement entier et même l'accroissement du royaume de Jérusalem, aboutirent à la conquête de quelques villes maritimes, et à faire monter sur le trône de Chypre un prince latin à la place d'un usurpateur qui avoit enlevé cette île aux empereurs grées. La conquête de Chypre eut néanmoins des suites plus durables que les autres qu'avoient faites les croisés; et cette île ne cessa plus d'être un lieu important pour le commerce des Européens avec l'Asie. Les Marseillais y

' Filleau, Hist. de S. Louis, t. 0, pag. 9.-i4. — 2 Jacob. Vitriac. ap. Bongars. pag. 1089. — s Voir la note 1 de la page xxxr. — 4 Traites de 1 1 83 et de 11 85, cité* par M. Raumcr, ouvrage indique note fi de la page xxxvj. — 5 Art de vérifier les dates, t. I. er , pag. 441. — 6 Aouv. Mém. de VAcad. des inscr. t. III , pag. lOfi et 108.

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obtinrent des privilèges dès la fin du xn. e siècle 1 ; les autres villes de la Méditerranée ne partagèrent ces avantages que dans ie siècle suivant.

Mais cette croisade fut le prélude d'une autre dont les résultats, relativement au commerce, méritent une attention spéciale. Au commencement du xm. c siècle, les guerriers les plus renommés de fEurope arrivèrent en fouie avec leurs trésors dans les villes maritimes; et, ces trésors ne suffisant pas pour acquitter ie prix de ieur traversée, le peuple vénitien les vit implorer sa pitié pour obtenir des remises sur leurs engagemens, et se mettre en quelque sorte à sa solde pour faire des conquêtes dans la Dalmatie s . Bientôt ces mêmes croisés, oubliant le but de leur enrôlement, allèrent attaquer Constantinople pour servir ia politique et l'avidité des V énitiens, qui, peu satisfaits des privilèges immenses et presque exclusifs qu'ils venoient d'obtenir dans cette ville 3 , croyoicnt n'avoir rien fait s'ils n'y devenoient souverains.

L'empire grec fut partagé; et tandis qu'on làfssoit au prince qui montoit sur le trône un quart d'un état dont la capitale seule avoit subi le joug, et aux autres confédérés des conquêtes a faire plutôt qu'un territoire soumis, les Vénitiens eurent l'adresse de se faire attribuer les îles les plus grandes et les mieux cultivées de l'Archipel, la partie du Péloponnèse où tlo rissolent les plus belles manufactures, surtout celles de soie; et, par une combinaison qui prouve tout ce dont fesprit de commerce est capable pour atteindre son but, ils s'assurèrent une suite non interrompue de ports militaires et commerciaux , depuis l'Adriatique jusqu'au Bosphore. Ils obtinrent un quart de la capitale, où ils agissoient en souverains et traitoient d'égal à égal avec ie nouvel empereur 4 . On croit même qu'ils délibérèrent s'ils n'y fixeroient pas le siège de leur république 5 ; il est sûr du moins que tandis qu'ils s'emparoient du commerce de l'empire grec, ils en transportoient l'industrie à Venise, et se préparoient à ne rien perdre au moment où la conquête pourroit leur échapper.

Une foiblc partie de l'empire resta à un prince grec et forma

• Privil.de 11 80, art", etrnng. n. 1 14. — * Villt-hardouin,ch. Xlll et XIV. Dandolo, Chron. Vcn. op. Mural. Rerum Ital. Script, t. XII , col. 3 30 et suiv. — » Privil. de 1 800 , ap. Marin, t. III , p. 310— 4 Traile de 1 805, ap. Marin, t. IV, p. 98. — 4 Sandi , Storia civile Vcncziana, p. 680,

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