II. h
Iriij INTRODUCTION.
trie de l'Italie, est applicable, comme on le verra bientôt, aux autres parties de l'Europe, dans lesquelles ie goût des marchandises asiatiques s'étoit introduit même avant les croisades : ce goût et ce iuxe, en se développant et en s'étendant partout, réagissoient sur l'agriculture et sur l'industrie locale, qu'ils excitoient sans cesse à produire de nouveaux objets d'échange >.
Cmms««« Plusieurs causes s'opposoient a ce que ie commerce de la méridionale" France fût aussi actif et aussi étendu que celui des républiques d'Italie. Dans ces villes , qui n'avoient qu'un territoire borné, ie trafic et la navigation étoient le seul élément de force, quelquefois même l'unique moyen d'assurer la subsistance du peuple : ils constîtuoient en quelque sorte l'état, ils étoient la condition de son existence; en cessant de s'y livrer, ces républiques auraient été anéanties , et l'expérience l'a prouvé.
Telle n'étoit point la position de la France. Si elle eût pu suivre l'exemple des républiques italiennes , elle aurait sans doute atteint plus promptement la civilisation et l'éclat auxquels elle est parvenue, lorsque les vrais principes sur la richesse publique ont été mieux compris : mais un commerce étendu n'étoit pas une condition sans laquelle la France ne pouvoit exister; elle avoit d'autres moyens de force.
II faut même reconnoître que jusqu'au xin. e siècle il n'y avoit dans ce royaume aucune possibilité d'y faire du commerce un élément essentiel de puissance, en liant intimement son sort à celui de l'état. La féodalité, qui s'opposoit à toute action centrale, eût apporté des obstacles insurmontables aux tentatives des rois. Dans cette situation, la France n'avoit point et même ne pouvoit avoir, à proprement parler, un commerce national, mais seulement quelques branches de commerce local dans les contrées où les droits de bourgeoisie et quelques circonstances favorables avoient modifié l'influence de la féodalité, et surtout dans les villes dont l'organisation municipale se rapprochoit le plus du régime des cités indépendantes de l'Italie.
Pendant les xn. e et xin. e siècles, les côtes méridionales de la France, baignées par la Méditerranée, et celles de Fouest et du nord, baignées par l'Océan, n'avoient presque rien de commun
1 Galvano de la Flamma, De rébus getti* Atonie vice-comit. apud Murât. Rerum Ital. Script, t. XII, col. 1038.
INTRODUCTION. ÏIX
sous les rapports du commerce maritime; je peux donc sans inconvénient en parier séparément et suivre Tordre géographique, pour m'occuper d'abord de la France méridionale.
Son territoire maritime, depuis Nice jusqu'à Leucate, offrant un grand nombre de ports et de points favorables à la navigation, ne dépendoit de la couronne que d'une manière mejdiate. S. Louis est le premier monarque qui ait songé à se procurer un port sur la Méditerranée en acquérant Aigues-niortes, et cet événement ne date que du milieu du xm. c siècle.
Ce territoire se composoit de deux grandes provinces, je pourrois dire de deux états, la Provence et le Languedoc. La Provence étoit principalement adonnée à la navigation; le Languedoc , agriculteur et manufacturier, ne se livra au commerce maritime que subsidîairement, et pour faciliter ou assurer les débouchés de ses produits.
Les villes les plus importantes du Languedoc, tout en reconnoissant Tautorité nominale de leurs souverains, jouissoient (Tune sorte d'indépendance de fait, au moins en tout ce qui touchoit à leurs intérêts privés. Elles formoient des associations pour se garantir mutuellement la sûreté des commerçans; elles contractoient, soit avec d'autres villes du royaume, soit avec des pays étrangers, des traités de commerce, accordoient ou stipuloient des privilèges, et nommoient des consuls chargés de protéger leurs navigateurs dans les pays lointains.
Parmi les villes du Languedoc, dont les documens de cette époque attestent plus particulièrement l'importance commerciale, on trouve les noms d'Agde, de Narbonne, de Carcassonne, de Beziers, de Montpellier, de Nîmes, de Saint-Gilies et de Beaucaire.
Dès le xn. e siècle, des conventions intervinrent entre févêque d'Agde et le seigneur de Montpellier, relativement à la protection des commerçons nationaux et étrangers
En 1148, la ville de Narbonne jouissoit, à Tortose en Espagne, d'un établissement commercial et de la faculté d'avoir un consul *. Elle avoit obtenu en 1166 à Gènes 3 , en 1174 à Pisc 4 , et en 1297 à Empurias 5 , de semblables privilèges.
* D'Aigrefenille, Hut. de Montpellier, p»g. 44. — * D. Vaissette, Hut. de Languedoc, t. II, pag. 458.— a Id. ibid. t. III, pag. 515 , et pr. pag. 1 1.— * Id. ibid. t. III , pag. 534 et 543. — 4 Manuscrit de l'hôtel -<k- ville de Narbonne.
Carcassonne se livroit principalement à la fabrication des draps et des tissus de coton 1 ; elle avoit des foires assez célèbres au xii. e siècle a .
Le commerce de Bcziers n'étoit pas moins actif. II consistoit surtout dans la fabrique d'étoffes appelées bouracans 3 , qu'on expétiioit fréquemment par le port de Marseille 4 .
Les commerçans de l'intérieur de la France , de la Lombardie, de Pise, de Gènes, de la moyenne et basse Italie, d'Angleterre, de Grèce, de Syrie, d'Egypte, se rendoient à Montpellier 5 . Des documens de 1231 , 1 243, 1246 et 1254, constatent les privilèges dont les navigateurs de cette vHIe jouissoient dans I'Arragon , l'île de Chypre et la Palestine 6 , où d'abord ils avoient trafiqué sous la protection des Marseillais 7 . Ils étoient aussi admis en Egypte 8 . Montpellier étoit, indépendamment de ses manufactures de draps, renommée par des électuaires , des conserves, et d'autres objets destinés à la médecine et aux plaisirs de la table, qui se vendoient à un prix fort élevé 9 ,
Nîmes jouissoit des mêmes avantages 10 . Réunie à la couronne avant les autres parties du Languedoc , elle conserva, sous la protection des rois, le commerce que ses seigneurs y avoient fait fleurir. Les premiers privilèges qu'obtinrent les Italiens qui vinrent s'établir en France, concernent ceux qui résidoient à Nîmes 11 . Les Génois essayèrent quelquefois , mais sans succès, de troubler son commerce ia .
Des marchés considérables et très-fréquentés s'étoient formés dans le voisinage du Rhône. Tel étoit celui de Saint-Gilles , où , dans le xn. c siècle, se rendoient les commerçans d'Italie 13 et même d'Angleterre 1 1 ; mais H fut remplacé par Beaucaire 15 , dont la foire , établie en 1 2 1 7 , a conservé sa célébrité jusqu'à nos jours.
Lorsque le résultat du traité stipulé par la reine Blanche en
1 Ordonnance de 1335, Recueil du Louvre, t. II, pag. 114. — * D. Vaissette, Hist. de Languedoc , t. III , pag. 43». — 3 Statut. Massil. ined. ann. 1898, $ De levsdis pannorum.
— * Ruffi, Hist. de Marseille, pag. 130. — * Benjamin de Tudèle, pag. 6 et 7. D. Vaissette, t. III , pag. 53.— « D'AigrefeuilIe, pag. 79, 81 et 587.— 7 D. Vaissette, t. III, pag. 531. — • Document de 1 967, «p. Capmany, Memorias &c, t. IV, pag. 6 et 7. — 9 Notices de» manuscr. de la biblioth. du Roi, t IV, pag. 506. — 10 Pegolotti, ap. Pagnini, t. III, pag. 39 , 59 et 930.
— 11 Privilèges donnés par Philippe le Hardi en 1977, Recueil du Louvre, t. IV, pag. 668.
— ** Caffaro, Ann. Gen. ap. Murât. Rerum Irai. Script, t. VI, col. 306. — ** Benjamin de Tudèle, pag. 15. Menant, Hist. de Nîmes, t. II, pag. 99. — u Ordonnance de 1994 , ap. Ménard, ubisuprà, t. L», pr. pag. 133 — «» D. Vaissette, ubisuprà, t. m, pag. 397.
INTRODUCTION. Ixj
1228 eut été de réunir le Languedoc à la couronne, les premiers soins des rois se tournèrent vers le commerce. Une ordonnance de S. Louis avoit déjà aboli d'injustes perceptions que les baillis s'étoient attribuées sur les contrats d'affrètement des navires Les privilèges qu'il donna à la ville d'Aigues-mortes constatent l'usage ancien en vertu duquel les magistrats nommoient des consuls chargés de maintenir le bon ordre dans les navires au cours de leurs expéditions a . Ce port étoit, comme je l'ai dit page lix , le seul point maritime que les rois possédassent sur la Méditerranée avant la réunion de la Provence.
L'industrie manufacturière des villes du Languedoc consistoit principalement dans la fabrication et la teinture des étoffes de laine 3 . On en faisoit des expéditions considérables pour l'étranger, et notamment pour l'Italie 4 ; dès le xii. e siècle, les Amalfitains les portoient en Orient 5 . Le débit en étoit encore considérable dans l'Asie mineure au xra. e siècle 6 . On a vu plus haut que cette branche de commerce étoit assez lucrative pour que, dans plusieurs villes d'Italie, on eût essayé d'imiter ces étoffes 7 .
La Provence, moins fertile que le Languedoc, étoit plus naturellement ouverte à la navigation. Elle s'exerça aussi dans quelques branches d'industrie; telle étoit la fabrication du savon, à laquelle Marseille s'étoit toujours livrée avec succès, celle des étoffes de coton » et de soie », et la teinture '<>. Les villes commerçantes de la Provence étoient dans une position indépendante assez semblable à celle des villes du Languedoc. Réduites à chercher dans leurs propres ressources et dans des fédérations un moyen de sécurité et de protection que ne pouvoient leur procurer les seigneurs sous la domination desquels le sort les avoit placées, elles faisoient des traités, des alliances entre elles et avec les étrangers.
Les villes maritimes dont les noms figurent d'une manière remarquable dans les documens de cette époque , sont Nice , Grasse, Fréjus, Arles, et Marseille surtout. Il faut encore y
1 Ordonnance de 1954, art. 7, Recueil du Louvre, t. I.*', pag. «9. — 1 Ordonnance de 1 946 , art. 8 , Recueil du Louvre, 1. 1 V, pag. 44 et 59.— » Ancienne Coutume de Montpellier, ap. d'Aigrefeuillc, pag. 649 et suiv. Statut. Mattil. ined. ann. 1398, ; De leutdit pannorum.
— * Décret du sénat de Venise de 1973, ap. Marin, t. V, pag. 995. — 9 Faicandus, prrf. Hist. Siculœ, ap. Murât. Antiq. liai, medii avi, t. II, coi. 884. — 6 Pegolotti, ap. Pagnini, t. III, pag. 38, 43 et 47.— 7 Voir ia note7 de ia page liij — • Statut. Mattil. ined. ann. 1393.
— » Papon, Hitt. de Provence, t. II, pag. 409. — ,0 Statut. Mattil. lib. v, cap. xxii
Uij INTRODUCTION.
joindre Avignon, qui n'étoit pas seulement un lieu de grande consommation à cause de la résidence des papes : on y exerçoit aussi {'industrie manufacturière 1 et le commerce de banque *; et les Flamands y avoient des commissionnaires pour expédier leurs marchandises il Aigues-mortes, lieu d'embarquement.
Nice, ancienne colonie de Marseille 3 , étoit devenue, après un grand nombre de révolutions, partie intégrante du comté de Provence, mais avec des conditions qui laissoient à son administration intérieure presque tous les avantages d'un état indépendant. Souvent opposée aux projets d'envahissement de la république de Gènes, qui vouloit étendre sa domination jusqu'au Var, elle s'ailioit avec Pise, ennemie irréconciliable des Génois 4 .
Antibes, quoiqu'elle eut souffert des ravages des Sarrasins, avoit conservé assez d'importance pour être en état de s'allier avec Pise en 1179 à .
Grasse étoit en rapports habituels avec Gènes et Pise. Deux traités intervenus entre elle et ces républiques contiennent une clause qui mérite d'être remarquée , soit pour les conséquences qu'on peut en tirer relativement à l'état des villes municipales, soit pour connoître l'importance particulière de la ville de Grasse. Elle y déclare que, dans le cas où le comte de Provence, son suzerain, feroit la guerre à ses alliées, elle emploiera ses bons offices en leur faveur , sans toutefois être obligée de les secourir 6 . '
La position de I réjus, ancienne colonie romaine, ne la rendoit pas moins propre aux opérations maritimes; et les intérêts de ces villes étoient à peu près semblables.
Arles, long-temps florissante et célèbre sous les Romains par ses constructions navales etpar ses manufactures ï, avoit conservé une partie de son ancienne splendeur 8 . Sa situation enfoncée dans les terres étoit peu favorable pour un commerce maritime lointain. Cependant, à cette époque où les navires, semblables aux barques actuelles , tiroient peu d'eau, et où la facilité d'entrer dans des fleuves de médiocre grandeur diminuoit beaucoup
1 Statut. Massil. ined. ann. 1998, S De leusdis pannorum. Pegolotti, «p. Pagnini, t. III , P*g. 33 et 933. — * Stat. Avenion. ined. ann. 1943, 5 De litteris cambii. — 3 Strab. iib. iv, C 'P- •» S 3. — * Papon , Histoire de Provence, t II, pag. 10, et pr. 9 et 91. — 6 Jd. ibid. pag. 159 — 6 Traites de MIS, rapportes par Papon, Hist. de Provence, t. II, pr. 93 et 31.— 7 Gerv. Tilberiensis , Otin imper, ap. Leibnitz , Script, rerum Brunsv. t. II, pag. 979. — 8 Chron. varia. Pisan. ap. Murât Rerum Ital. Script, t. V, col. 198.
INTRODUCTION. fejjj
l'importance des ports de mer, le voisinage d'Arles de l'embouchure du Rhône rendoit cette ville l'entrepôt de toutes les marchandises qui remontoient ce fleuve pour se répandre dans f intérieur. Son statut inédit de 1 150 constate, dans l'article cxl, qu'on s'y embarquoit pour la Terre sainte, et plusieurs traités de commerce prouvent qu'on y faisoit des expéditions maritimes l . Elle se livroit à un genre de culture qui n'étoit pas sans rapports directs avec l'industrie. On y recueiiioit une grande quantité de kermès, employé dans les teintures par les fabricans d'étoffes du Languedoc , de la Provence et de l'Espagne *. tH ...
Marseille fut évidemment à cette époque, comme elle favoit été dan6 les temps antérieurs , la plus puissante et la plus commerçante des villes méridionales de la France. Les règles que contiennent ses statuts sur l'exercice de diverses professions, minutieuses sans doute, parce que tel étoit l'esprit du temps, attestent qu'elle n'étoit. pas moins florissante par l'industrie que par la navigation 3 .
Elle formoit une sorte de république ; et peut-être est-H permis de dire qu'elle étoit la ville dont les titres à une entière indépen* dance étoient les plus légitimes. Ses vicomtes , de simples goûtverneurs établis par les rois qui eux-mêmes avoient reconnu les franchises de cette ville , s'étoient rendus ; héréditaires. Contens d'une souveraineté nominale et de quelques tributs ou autres droits régaliens, ils avoientlaissé aux habitans de Marseille le droit de s'administrer, de rédiger leurs lois, d'élire leurs magis»trais , de faire la guerre ou la paix, et des traités de commerce avec les étrangers. Bientôt même Marseille, en achetant les droits de ces vicomtes 4 , détruisit tout prétexte à contester son indépendance. Lorsque la force des armes l'obligea de reconnoître la souveraineté de Charles d'Anjou, elle conserva presque toutes ses anciennes prérogatives, notamment le droit de paix et de guerre, et celui d'envoyer dans les pays étrangers des consuls exclusivement soumis à l'autorité des magistrats municipaux *. Sa position devoit lier son commerce à celui de la
1 Traite de 1991 avec Pise, ap. Murât. Antiq. Jtal t. IV, col. 398; de 1939 et 1937 avec Gènet, ap. Papon , Hist. de Provence, t. II, pr. 51 ; de 1937 avec Montpellier, cite' par d'Aigrefeuille , Hitt. de Montpellier, pag. 587 . — * Papon , Hut. de Provence , t. II , pag. 356. — 3 Statut. Maêiil. imprimes en MM , paseim. — « Ruffi, HUt. ie Marseille, pag. 87. — 8 Traité de 1957, rapporté par Ruffi, pag. 137.
IxiV INTRODUCTION.
Catalogne et de f Arragon j elle avoit même donné des secours à Jacques I. cf pour faire la conquête de Majorque, et en avoit reçu pour recompense des concessions importantes dans cette île *.
On a vu, page viij, que dès les premiers momens où les croisés eurent acquis des ports en Palestine , Marseille y obtint de grands avantages. Elle continua de donner des secours importuns aux rois latins; et les nouveaux privilèges qu'elle en obtint dans la Palestine et dans l'île de Chypre * , attestent à-lafois sa puissance et l'étendue de son commerce. En effet, du moment où les croisades furent dirigées par les voies de mer, Marseille devint presque le port unique d'embarquement pour les Français qui prenoient part à ces expéditions guerrières 3 . Ses statuts municipaux avoient prescrit pour la sûreté des pèlerins des règles dont aucune autre législation n'égaloit lu sagesse 4 . Des souverains étrangers stipuloientla faculté d'entretenir dans son port et de pouvoir en expédier des navires pour la Terre sainte 5 .
J'ai fait remarquer, page x, les raisons d'une politique éclairée qui n'avoient pas permis à Marseille de diriger son commerce vers la mer Noire: mais elle conserva ses anciennes relations avec l'Egypte 6 . Elle étoit aussi en rapports d'amitié avec les souverains de Tunis et de Bugie, dans les états desquels elle avoit obtenu des établissemens 7 .
Pendant long-temps cette ville sut se maintenir dans une prudente neutralité avec les républiques italiennes, acharnées à se détruire. Si quelquefois le voisinage excita des contestations entre elle et Gènes, elles furent de courte durée 8 , et se réduisirent à un état de froideur plutôt qu'à celui d'hostilité 9 . On ne voit pas qu'elle en ait eu de sérieuses avec Pise; jamais avec Venise ,0 , où ses navigateurs et ses marchandises étaient reçus avec faveur 11 . Son commerce n'en fut que plus
» Privilège de 1930, ap. Guesnay, Provinciœ Massil. Annal, pag. 360 — « Privilège de 1161, ap. Papon.t. II, pr. 18; de 1163 et 1180, archives des affaires e'trangèret; de 1190, ap. Guesnay, ubi suprà, pag. 335; de 1919, cite' par Ruffi, Hisl. de Marseille, pag. 96. — * Vîlléhardouin , chap. xxiv et zxv. Ruffi, Hist. de Marseille, pag. 116. D. Morice, Hist. de Bretagne, t. I.", pag. 179. — 4 Statut. Massil. lib. iv, cap. xxiv et seqa. — * Papon , Hist. de Provence , t. II , pag. 999. Traite avec les Templiers de 1934 , ap. Pauli, Cod. dipl. n. 1 1 . — 6 M. Reioaud, Extraits des hist. arabes relat. aux croisades, pag. 531. Statut. Massil. lib. vt,pas*im. — 1 Statut Massil. lib. i, cap. xvm — * Caftaro, Ann. Gen. ap. Murât. Rerum Itml. Script, t. VI, col. 400, 401 et 596. — • Statut. Massil. lib. in , cap. MU. — 10 Ruffi, ubi suprà , pag. 157.-- 11 Traite' de 1959, qui en suppose de plus anciens, cite par Filiasi , Satnrio mltantico commerciodeVenttiani , pag. 64.Décretde 1979, cite par Marin, t. V, pag. 314.
INTRODUCTION. Ixv
florissant. S'il n'étoit pas aussi considérable, il ne fut pas moins universel que celui des autres viiles d'Italie. Marseille étoit en outre, à cette époque, le lien presque unique de la France avec les pays situés sur la Méditerranée. Malheureusement, vers la fin du xin. c siècle, les entreprises de Charles d'Anjou sur les Deux-Siciles la forcèrent d'entrer en guerre avec Pise et Gènes , ennemies du nouveau roi ; elle renonça aux avantages d'un commerce paisible pour la vaine gloire des conquêtes, ou plutôt pour servir son souverain avec autant de fidélité qu'elle avoit mis précédemment de courage et de fermeté à défendre contre lui son indépendance *•
Les suites en furent fatales. Obligés d'entretenir des flottes armées, les habitans de Marseille eurent moins de navires employés au commerce; ils furent exposés aux prises de leurs redoutables ennemis. La guerre paralysant dans la Provence l'agriculture et l'industrie , il en résulta une grande diminution dans la consommation des marchandises étrangères et dans les moyens d'échange 9 .
La bataille navale de 1284 que gagnèrent les Arragonais, devenus maîtres de la Sicile après le fameux événement connu sous le nom de Vêpres siciliennes, porta le dernier coup à la marine provençale et assura aux Catalans une prééminence d'une assez longue durée.
Mais ces désastres généraux ne purent anéantir à Marseille l'esprit commercial; quelques années de paix lui rendirent son activité ; elle continua d'être la première des villes maritimes de la France.
Un grand nombre de causes trop évidentes pour qu'il soit besoin de les énumérer et de les développer, dévoient lier le ' et |e Por ^j commerce de l'Italie et de la France méridionale à celui de l'Espagne. Les Arabes, en conquérant ce pays, y avoîent porté leur industrie et leur esprit entreprenant. Ils surent habilement profiter de sa position favorable pour se livrer à la navigation. Quoique souvent en guerre, non -seulement avec les anciens habitans, qui finirent par les en exclure, et avec les rois normands de Sicile , mais aussi avec les villes maritimes de Provence
1 Ruffi, Histoire de Marseille, pag. 150 et «lir.— » Papon , Histoire de Provence, t. ni, pa^ 408.