‹ Tableau du vieux ParisChapitre 10 sur 138 · Saurai, t. II, p · texte numérisé non relu

Saurai, t. II, p

f:t les coNFnÉniES.

chapeau, bourdon, cannebasse, et d’une robe à l’apostolique, toute recoquillée, récamée par-dessus d’escail'es et de moules de la mer’. » Tout le long du trajet, les pèlerins en procession, sous prétexte sans doute de couleur locale et pour mieux jouer leur rôle, remplissaient aux premiers cabarets venus les calebasses de cuir bouilli dont ils avaient eu soin de se munir, et les vidaient en pleine rue, à la vue du public édifié. La cérémonie se terminait naturellement par un banquet dans les salles de l'hôpital, et, durant tout le repas, le grand faquin qui représentait saint Jacques se tenait au haut bout de la table, entre deux hommes chargés de l’éventer respectueusement. Mais il payait cher cet honneur; car, sous prétexte que les saints ne mangent point, il était condamné à regarder les exploits des joyeux convives, sans toucher à im plat.— Avant la fin du xvii» siècle, le pseudo-saint Jacques avait disparu de la cérémonie, mais le reste demeurait comme par le passé, et les confrères avaient si bien besogné, si bien fêté leur grand patron, qu’ils avaient ruiné entièrement la caisse.

Malgré cet accident, la confrérie tint bon : elle se borna à restreindre à de plus modestes limites la fête qu’elle célébrait d’abord avec tant d’éclat, et tant

1. Le Franc-Archer de la vraie Église, par Ant. Fusil, liv. II. — Il faut, néanmoins, se défier des renseignements donnés par ce prêtre apostat dans son livre, ou plutôt dans son libelle.

LES COnrORATIONS

qu’elle subsista, elle fit tous les ans, le lundi après Saint-Jacques le Majeur, une procession où figuraient tous ses membres, un bourdon d’une main et un cierge de l’autre.

La confrérie des chevaliers, voyageurs et palmiers dit Sainl-Scpidcre de Jérusalem, ou, plus simplement, la confrérie du Saint-Sépulcre, fondée en 1336, réunissait, comme son nom l’indique, d’autres pèlerins qui avaient accompli un voyage encore plus lointain que celui de Saint-Jacques de Compostelle. Tous les ans, et même plusieurs fois par an, elle se dirigeait en cortège solennel, de l'église des PP. cordeliers du grand couvent de Paris à l’église du Saint-Sépulcre, rue Saint-Denis, à l’endroit où se trouve aujourd’hui la cour Batave. A partir de l’an 1727, elle prit l’usage de passer par le Grand-Châtelet, et là elle payait les dettes d’un certain nombre de prisonniers, qui se joignaient aussitôt à la procession et l’achevaient avec leurs libérateurs

Cette confrérie, qui avait disparu en 1789, ressuscita en 1814, et s’organisa même en Ordre royal, militaire, religieux et hospitalier du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Elle eut son état-major, ses diplômes, ses décorations, ses chevaliers ; elle jeta quelque éclat, et parut un moment vouloir faire concurrence à la Légion d’honneur et à l’ordre de Saint-Louis , mais

1. Werciir^ (te Franrf d'avril 1735. — Lemaire, Paris ancien e nouveau, t. I", p. 469.

ET LES CUM'ilÉIlIES.

ua décret du roi, vers 1824, mit üu à celte usurpation jusque-là tolérée

Il est probable que diverses autres cérémonies figuratives, mi-religieuses, mi dramaliques, étaient également représentées par des confréries spéciales, — par exemple le mystère du Juif, joué tous les ans, à la procession de l’Octave, en souvenir d’un sacrilège odieux, dont la mémoire resta vivante à Paris pendant plusieurs siècles. On connaît l’histoire. En 1298, un juif ayant donné trente sols à une pauvre femme, à condition que, lorsqu’elle communierait, elle lui rapporterait l’hostie, se livra sur le corps du Christ à une série d’outrages qui furent révélés par son fils et qu’il expia par sa mort. Les principales péripéties de ce drame miraculeux étaient mises en scène dans la procession. On voyait le juif percer à coups de canif l’hostie, qui jetait du sang, et ce mystère en pantomime réchauffait la foi ardente du peuple et le poussait à rendre de nouveaux hommages au Saint-Sacrement, promené en pompe par les rues *.

Le mystère du Juif était aussi représenté parfois en d’autres processions que celle de l’Octave, comme nous l’apprend le Bourgeois de Paris, qui nous donne

1, On trouvera de curieux détails, bien qu’un peu suspects, sur cette niétaniorpliosc do la confrérie, dans la Chronique indiscrète du xix* siècle, 1825, lettre xxxiii.

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