‹ Tableau du vieux ParisChapitre 11 sur 138 · Félibien et Lobineau, Uist. deParis, 1. XVI, cliap. Lixv · texte numérisé non relu

Félibien et Lobineau, Uist. deParis, 1. XVI, cliap. Lixv

LKS COU POll AXIONS

en niêiiie temps de précieux détails sur la manière dont on le mettait en scène. Il raconte que, le 1 5 mai 1 i44, une procession alla aux Billettes ‘ chercher le canif dont le juif avait déchiré l’hostie, et qu’on le porta en pompe, avec la sainte croix et beaucoup d’autres reliques, à Sainte-Catherine du Val des Écoliers, • et y avoit devant, ajoute-t-il, plus de cimj cents torches allumées,... et avoit après ces sainctes reliques tout le mystère du Juif, qui estoit eu une charette lié, où il avoit espines, comme se on le menas! ardoir (brûler), et après venoit la Justice, sa femme et ses enfants, et parmi les rues avoit deux eschaffaulx de très-piteux mystères, et furent les rues parées comme à la Saint-Sauveur *. »

Néanmoins, à mesure que la simplicité de la foi s’altérait, et que le souvenir du prodige allait s’affaiblissant dans les cœurs, celte représentation perdit peu à peu aux yeux du peuple sa haute signification religieuse, et en vint à n’ôtre plus pour lui qu’un amusement à peine caché sous le voile de la dévo-

1. La chapelle des Carmes-Billeltes, dite chapelle des Miracles, avait été bâtie, en 1302, sur l'emplacement de l’ancienne maison du juif : on y gardait tous les instruments du miracle, — le canif teint de sang, la chaudière où il avait fait bouillir l'hostie, qui était conservée elle-môme à l’église .Saint-Jean en Grève, etc. (Lemaire, Paris ancien et nouveau, t. I", p. 406-409.)

2. Collection Micliaud, t. lit, p. 293, Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles VII. — Voir aussi, Ibid., t. II, p. 053, Journal... sous Charles VI.

i;t les com'héuies.

lion, une variété des mille et un spectacles de la rue. Dès lors, elle donna lieu à de tels abus, que l’autorité ecclésiastique s’en préoccupa, et qu’elle fut défendue par plusieurs conciles

Les confréries avaient aussi des cérémonies spéciales pour l’enterrement de chacun de leurs membres, et ces solennités atteignaient surtout un haut degré de splendeur à la mort d’un maître ou d’un grand dignitaire. Les confrères se rendaient aux obsèques et accompagnaient le corps avec des cierges et des torches. Le trésor de la communauté servait au besoin, à défrayer les dépenses extraordinaires à l’aide desquelles on voulait honorer le défunt.

Beaucoup de confréries avaient été inspirées par la pensée de la mort, dans tous ses genres et sous ses physionomies les plusdiverses. L’une des principales était spécialement instituée pour ensevelir les défunts et assisterà leur enterrement *, Celle de la Très- Sainte-Trinité faisait processionnellement, tous les lundis, le tour du cimetière des Innocents. Les Pénitents de toutes les couleurs accompagnaient souvent les condamnés à l’échafaud. A Paris, quand on menait les criminels à Montfaucon, avec cet appareil qui faisait du dernier supplice un des spectacles les plus

1 . I.’abbé Tiiiers, Traite des jeux et dicerlissements, ch. x.\.\lll.

‘2. Voyez les Statuts (manuscrits) des cunfrères de la Compagnie de la Mort, établis par Henri III, (Uibl. impériale, fonds des Cclcslins.)

LliS COm'OllAÏIÜ.NS

recherchés du populaire, on les arrêtait, pour recevoir l'eau bénite et baiser un crucifix de bois, dans la cour du couvent des Filles-Dieu, qui les entouraient en chantant les psaumes de la pénitence, et leur servaient le dernier morceau du patient, c’est-àdire un verre de vin et trois morceaux de pain bénit. Après la mort de Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, qui eut la tête tranchée en 1477, cent cinquante Cordeliers vinrent chercher le corps, tenant en main des torches allumées, chantant des hymnes, et précédés d’un cercueil découvert, où l’on mit le cadavre du duc h

( Le nombre des confréries, au moyen âge, et plus tard encore, était immense, et, pour ainsi dire, incalculable. Quelques-unes constituaient une sorte d’aristocratie reconnue; telles étaient celle de la Charité de saint Charles Borromée, établie seulement en 1017 par l’évêque de Paris et dont firent partie les reines Anne d’Autriche et Marie-Thérèse *, puis surtout la Grande confrérie de Notre-Dame, aux sei^ (jneurs, prêtres et bourgeois de Paris, qui avait son siège dans la petite église de la Madeleine, proche Notre-Dame, aujourd’hui détruite.

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