‹ Tableau du vieux ParisChapitre 103 sur 138 · V. les gravuros et la statuette mentionnées plu* haut · texte numérisé non relu

V. les gravuros et la statuette mentionnées plu* haut

dire sûrement jusqu’en 1737 et peul-être encore plus tard. Sa statuette en pied, qui porte pour suscription, dans une guirlande: « Je suis de 1734, » semble se rapporter à un événement célèbre de sa vie. Trois ans après, une pièce de vers, écrite en alexandrins solennels, célébrait encore ses talents et ses vertus sur le ton le plus enthousiaste. Voici ce fragment épique, dont nous avons retrouvé un exemplaire :

A MONSIECR THOMAS

des empiriques du siècle le plus illustre et le *<u{ charitable.

Digne fils d’Esculape, an temple de mémoire Ma muse se bazarde à chanter votre gloire,

Et dans ce haut dessein trop longtemps suspendu,

Elle va vous donner l'encens qui vous est dù.

Phœbus, viens seconder mon zèle téméraire Et daigne me prêter ton flambeau salutaire ;

L'illustre orand TnoMAs, l’honneur de l'univers.

Est enfin aujourd'hui le sujet de mes vers.

Tu sçais bien qu’autrefois aux rives de la Seine,

La Mort, la sombre Mort vivoit en souveraine.

Et prévenant toujours la lente guérison.

Elle portoit partout son funèbre poison;

D'un deuil continuel elle faisoit parade, .

Et tout enfin mouroit avant qu’être malade.

Mais l'illustre Thomas, par ses divins secrets,

Paroît sur ce rivage, arrête ses progrès...

Alors le orand Thomas, triomphant, plein de gloire,

Nous invite a goûter l'efTet de sa victoire,

Et loin de ravilir son secours généreux Par un sordide gain, ainsi que nos ayeux.

Par un soin libéral autant que charitable 11 donne le remède au mal du misérable.

1. Et non pas seulement jusqu’en 1733, comme le dit M. Ed. Fournier dans son Histoire du Pont~Neuf, 1. 1", p. 251.

LES AHHACHEUllS UE DENTS. 317

La lièvre devant lui disparait en tremblant,

La goutte pour jamais s’enfuit en clopinant,

Et tous les maux bannis par son art salutaire Laissent goûter en paix les plaisirs de la terre ;

Enfin tout l’univers l’admire et le bénit Et ma muse, à chanter manquant de voix, finit

Cette pièce, imprimée sur feuille volante, comme un prospectus, faisait probablement partie de celles que le grand Thomas distribuait lui-même à la foule du haut de son trône; et à son style noble et solennel, je croirais volontiers qu’il l’avait commandée à l’un de ses poètes ordinaires, à moins que, supposition moins injurieuse à sa gloire, elle n’eût été inspirée par la reconnaissance à quelque pauvre diable de rimeur guéri par ses soins.

Ce grand homme eût pu amasser faeixement cinquante mille livres de rente, mais ses bienfaisances et ses prodigalités le réduisirent à une modeste aisance, avec laquelle il finit par se retirer du métier. Il mourut fidèle à l’empirisme et sans avoir demandé les secours de la Faculté.

Le grand Thomas eut des successeurs, mais non des héritiers, et personne n’est digne de prendre place à sa suite dans cette histoire, pas même nos deux contemporains, Duchesne père et fils. Nous devons pourtant une mention honorable au dentiste Lécluse, ce type curieux de la Bohême scientifique et

1. Vu l’approbat. du sieur Paget. Perm. d’impr., colp., ce 15 déc. 1736. Hérault.

De l’imprim. de la veuve Valleyre, rue de }a Huchette.

artistique, qui fonda en 1777 le théâtre des Variétés. Mercier a exalté Catalan praticien d’une habileté extraordinaire, le Désirabode et le Fattet de son temps. Si, de la rue Dauphine qu’il habitait. Catalan eût eu l’esprit de faire un saut jusqu’à son voisin le Pont-Neuf, il aurait enrichi d’une belle figure de plus cette trop courte galerie des arracheurs de dents, mais il resta chez lui comme un aristocrate, et nous n’avons pas à nous occuper des dentistes en chambre.

Page 1