‹ Tableau du vieux ParisChapitre 105 sur 138 · dntiguifes de Paris, t, III, p · texte numérisé non relu

dntiguifes de Paris, t, III, p

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obscurcissent la biographie de nos héros ; nous allons bientôt le voir.

Gaultier-Garguille était d’une souplesse si merveilleuse qu’il se disloquait comme une marionnette. Très-maigre de corps avec des jambes do sauterelle, surmonté d’une tête énorme comme celle d’une caricature de Daumier, il était d’aspect si comique que les plus moroses ne le pouvaient voir sans se rouler sur les bancs, et quelquefois dessous. Suivant l’estampe des Regrets facétieux et plaisantes harangues du sieur Thomassin, imprimés à Rouen en 1632, et qui lui sont dédiés, il avait pour accoutrement ordinaire « une espèce de bonnet plat et fourré, point de cravate ni de col de chemise, une camisole qui descendoit jusqu’à la moitié des cuisses, une culotte étroite quivenoitsejoindre auxbasjdessouslesgenoux; une • ceinture de laquelle pendoit une gibecière, et un gros poignard de bois passé dans la même ceinture. » (Sauvai.) — Dans son portrait gravé parRousset, d’après GrégoiieHuret, saceinture estchargée d’une écritoire et d’une gibecière, mais sans poignard; il a un masque avec une moustache, sans barbe, quoique d’ordinaire il portât une barbe pointue à son masque; ses cheveux courts et plats s'arrondissent autour de sa tête. Dans l’estampe d’Abraham Bosse, il est noir, camard,avec de longs cheveux roides,tenantd’une main de lourdes besicles et de l’autre une canne. Le corps de son habit était noir, avec les manches rouges;

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les boutons et. les boutonnières étaient rouges sui' le noir et noirs sur le rouge; enfin il avait des pantoufles et un bâton. Joignez à ce costume original sa physionomie expressive et son jeu très-comique. « Scapin, célèbre acteur italien, raconte Tallemant des Réaux, disoit qu’on ne pouvoit trouver meilleur comédien que Gaultier-Garguille.Il étudioit son métier assez souvent, et il est arrivé quelquefois que, comme un homme de qualité qui l’affeclionnoit l’envoyoit prier à dîner, il répondoit qu’il étudioit. • Les gens de qualité devaient mander fréquemment noti'e bouffon, pour avoir la comédie à table et régaler leurs convives au dessert du spectacle de ses grimaces. Bruscambille, dans son Paradoxe sur la prison, dédié à Gaultier-Garguille, qu’il qualifie à diverses reprises de son bon ami, le félicite sur l’honneur qu’il a • de se frotter l’échine aux piliers du Louvre. •

Gaultier-Garguille épousa la fille de Tabarin ; peutêtre ce mariage l’entralna-t-il un moment sur les tréteaux de son facétieux beau-père. Cependant aucun document ne le prouve. Du moins est-il certain qu’il ne put que profiter amplement dans le commerce de ce bouffon expert, qui, lui-même, voulut rendre publique toute son admiration pour le génie folâtre de son gendre, en faisant revêtir les Fantaisies tabariniques d’une approbation en forme par celui-ci.

Tallemant, que nous citions tout à l'heure, et qui n’est pas suspect d’un excès de bienveillance, nous

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appreud qu’il fui le premier parmi les comédiens qui se mit à vivre d’une façon l’églée, expression qui n’a sans doute ici qu’une valeur toute relative. Sauvai assure qu’il avait beaucoup d’esprit, et qu’il était d’un entretien amusant et agréable , quoique , en dehors du théâtre, on l’eût pris, à son visage, à sa démarche, à sa parole et à ses habits, pour un homme delà dernière grossièreté. Enfin, dernier témoignage qui confirme les deux précédents, une stance emphatique de l’époque assure que le célèbre farceur faisait, sur la scène, le charme et l’admiration de la bonne compagnie.

Gaultier aura l'honneur que les plus belles dames Emprunteront ses vers pour descrira leurs flammes,

Et le dieu des neuf sœurs Apprendra ses chansons pour donner des oracles ;

Car leurs charmes et leurs douceurs N'ont que trop de pouvoir pour faire des miracles.

Qui se fût attendu à un semblable dithyrambe à propos de Gaultier-Garguille ? Qui s’y fût attendu, surtout après avoir lu le volume de chansons qu’il nous a laissées, et qui, comme ses prologues, semblent appartenir à l’époque où il trônait à l’Hôtel de Bourgogne ? Il est vrai qu’on y trouve quelques romances langoureuses à une Iris en l’air, mais le reste se compose de tout autre chose, et cette poésie * de haulte gresse » n’a rien, ce semble, qui pût sourire à la délicatesse des belles dames.

Le privilège des Chansons de Gaultier-Garguille est

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du 4 mars 1631, et on acheva de les imprimer le dernier jour de décembre de la même année. Elles sont précédées d’une dédicace « aux curieux qui chérissent la scène françoise, » signée • l’elTeclif Gaul. tier-Garguille, qui vous baise tout ce qui se peut baiser sans préjudice de i’odoral. » Yoilà tout de suite la note du recueil indiquée. Et plût à Dieu qu’il n’y eût rien au delà !

11 est presque impossible de trouver une seule chanson entière à citer dans tout le volume. La plu • part sont d’une obscénité révoltante, qui donne une singulière idée du public fréquentant les si)ectacles, et permet de croire que le fougueux père Garasse n’a pas autant exagéré qu’on en pourrait juger au premier abord, dans ses invectives contre l’Hôtel de Bourgogne. Les autres sont d’une extrême insignifiance. Et encore, dans ce recueil, tout est-il bien de Gaultier? La chose est douteuse. Il devait être peu scrupuleux sur le chapitre de l’invention, et l’on y reconnaît surtout bon nombre de vieilles chansons populaires sur lesquelles il a brodé à sa guise.

Voici l’une des plus présentables :

OàCLTIBR.

Belle, quand te lasseras-tu De causer mon martyre?

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