Arf ))oéfiguf, chant II. p
332 LKS KARCELHS DE LA RUE.
de la Comédie française, née en bas lieu, sur les tréteaux de la vieille farce gauloise. Ils ont servi de transition entre les jeux de la Basoche et ceux de l’Hôtel de Bourgogne, ils lient Jean de Pont-Alais à Molière. Comédiens' à double face, par l’une ils regardent les confrères des Pois-pilez et les farceurs des halles ; par l’autre ils annoncent Floridor et Bellerose. On les vit apparaître au moment où les Confrères étaient, malgré leurs efforts, délaissés par la foule. L’antique esprit gausseur et rabelaisien, narquoise! satirique, se réfugie sur leurs planches, où il échappe aux arrêtés du Parlement. Ils y font chaque jour à leur manière le feuilleton du moment, une sorte de satire aristophanesque au gros sel, daubant avec pleine licence sur les travers, les modes, les usages et quelquefois les personnes, mais plus souvent encore se bornant à chatouiller rudement, par leurs bouffonneries ordurières, la fibre badine du bourgeois parisien.
Les trois farceurs de la Porte Saint-Jacques avaient si bien fait que la foule désertait l’Hôtel de Bourgogne pour leur petit théâtre. Les tragédies de Montchrestien , de Hardy, de Claude Billard se jouaient dans le vide. La troupe royale se plaignit à Richelieu, qui manda les accusés au Palais-Cardinal, actuellement le Palais-Royal, et les fit jouer devant lui dans une alcôve. On peut juger qu’ils se surpassèrent : c’était pour eux une question de vie ou de mort. H s’agissait de faire rire quand même un mi-
nistre qui, par bonheur, avait le rire facile, et auquel son bouffon préféré , Boisrobert , avait donné un ayant-goüt du genre. La première scène qu’ils représentèrent montra Gros-Guillaume habillé en femme et tâchant de désarmer son mari ïurlupin, qui, armé d’un sabre de bois, voulait à toute force lui trancher la tête. Madame Gros-Guillaume se jetait aux pieds du farouche époux, lui embrassait les genoux, prodiguait les supplications éplorées et les plus tendres harangues. Peine perdue : Turlupin est inflexible. Enfin elle s’écrie :
« Eh! mon cher mari, je vous en supplie par cette soupe aux choux que je vous fls manger hier, et que vous trouvâtes si bonne !
« — Ah ! la carogne ! soupire Turlupin, vaincu et abaissant son sabre. Elle m’a pris par mon faible! la graisse m’en fige encore sur le cœur ! »
Dans une autre scène, Gaultier-Garguille cherchait une servante, et se plaignait de la saleté ordinaire de ces filles, surtout de celles qu’il avait eues jusqu’alors, disant qu’il en avait trouvé une qui se peignait au-dessus de la marmite, et Turlupin lui en proposait une autre qui était un modèle de propreté, puisqu’elle se coiffait toujours à la cave. Ces lazzi, et probablement surtout le jeu comique dont ils étaient accompagnés, déridèrent si bien le cardinal, qu’au lieu de les condamner, il fit venir les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, leur reprocha de renvoyer
toujours leurs spectateurs tristes, et leur ordonna de s’adjoindre, pour obvier à cet inconvénient, les farceurs de la porte Saint-Jacques, qui firent merveille sur ce nouveau théâtre comme sur l’ancien.
Tous les faits qui précèdent sont fondés sur le récit d’un mémoire cité par les frères Parfaict, dans \e\ir Histoire du théâtre françoisK Mais, selon eux, ce n’est là qu’un tissu de fables. Quoiqu’il soit difficile d’admettre qu’une narration tellement circonstanciée, et à peu près contemporaine des faits qu’elle rapporte, soit tout à fait sans fondement, il n’en est pas moins vrai qu’elle s’accorde assez peu avec les documents recueillis d’autre part. Ainsi Sauvai ne nous dit rien sur Gaultier-Garguille en particulier qui contredise précisément les assertions du mémoire; mais, en parlant de Turlupin, il nous ajiprend qu’il entra à l’Hôtel de Bourgogne très-jeune, • dès qu’il commença à parler, • ce qui s’éloigne radicalement de ce récit d’après lequel Turlupin et ses compagnons auraient été trois garçons boulangers, quittant en même temps leur profession pour débuter en même temps, et d’abord dans un jeu de paume. En outre, il existe une sentence du 16 février 1022, rendue au profit des confrères de la Passion, contre Hugues Guéru, Robert Guérin, Henri Legrand et autres (c’étaient les vrais noms de nos