‹ Tableau du vieux ParisChapitre 12 sur 138 · Saint-Foix, Essais tiistonguessiir Par/s, 1. 1", p · texte numérisé non relu

Saint-Foix, Essais tiistonguessiir Par/s, 1. 1", p

Chronique de Jean do Troyes. (Collect. Michaud, t, IV, p. 333.) — Il en futde même après le suppliée du connétable de Saint- Pol. {Ibid., p. 3-21.)

Letnairc, Parts anci(h et noirret u, p. 571.

ET LES CONFnÉniES.

Cette illustre et ancienne association religieuse ne comprenait d’abord que cinquante prêtres et cinquante bourgeois de Paris, choisis parmi les plus marquants; mais, en 1224, la reine Blanche de Castille ayant témoigné le désir d’en être, on décida qu’elle admettrait désormais un nombre de femmes égal à celui des bourgeois. Elle devint bien vite extrêmement riche et florissante : non-seulement la haute bourgeoisie, mais les plus célèbres et les plus augustes personnages tenaient à honneur d’en faire partie; les rois et les reines occupaient toujours le premier rang sur la liste des confrères, et l’histoire a conservé les détails de la réception de saint Louis, de Louis XI et de plusieurs autres. La Grande confrérie élisait pour chef un abbé qui, à partir du règne de Louis XI, fut presque toujours l’archevêque de Paris, et, au-dessous de lui, un doyen laïque, qui était le premier président du Parlement ou d’une autre cour souveraine.

La fête principale de la Grande confrérie était l’Assomption, qu’elle célébrait avec la dignité dont son importance même lui faisait un devoir, et sans aucun mélange de ces démonstrations peu séantes où les petits bourgeois et les gens de métier se laissaient fréquemment entraîner. La seule partie publique de la solennité était la grande et pompeuse procession qui partait de la Madeleine pour se rendre à une autre église, le lundi dans l’oclave de

LES CORPOHATIOXS

l’Assomption, et où les ecclésiasliques avaient le privilège tout spécial de porter l’étole par-dessus le surplis. Archevêque, premier président, prévôt de Paris, prince du sang, marchaient fraternellement confondus dans les mêmes rangs, et on assure que saint Louis se faisait un devoir, en hon confrère, de suivre à pied le cortège. En outre, tous les deux ans, le dimanche après la mi-aoùt, la Grande confrérie tenait, avec beaucoup d’apparat, un siège qui durait plusieurs jours; et la veille, un crieur parcourait la ville et proclamait à haute voix dans tous les carrefours, la date et le lieu de la réunion, invitant les pauvres à se présenter en toute confiance, pour recevoir l’abondante aumône qui les attendait *.

A côté de cette association, mais non sur le même rang d’honneur ni de respect, il faut nommer la confrérie des Pénitents, instituée par Henri III en l’année 1 583, et où il voulut faire entrer ses mignons, plusieurs de ses gentilshommes et de ses courtisans, les membres les plus importants des cours souveraines et de la haute bourgeoisie de Paris. La première cérémonie publique de la confrérie eut lieu le jour de l’Annonciation : les pénitents s’avancèrent deux à deux par les rues, vêtus de sacs de blanche toile de Hollande ; le cardinal de Guise portait

1. Outre les historiens de Paris, voyez surtout Leroux de l.incy, Recherches sur la Grande confrérie, dans le t. VII des Mém. de la Sociéié des antiq. de France.

ET LES CONFRÉRIES

la croix, le duc de Mayenne remplissait les fonc- - lions de maître des cérémonies, et le roi était confondu dans les rangs. Le jeudi saint suivant, sur les neuf heures du soir, la même procession recommença, allant toute la nuit d’église en église, à la lueur des torches et au son d’une harmonieuse musique. Quelques-uns des mignons poussèrent cette fois l’esprit de mortification jusqu’à se donner la discipline en pleine rue. Mais le peuple, peu sensible à ce beau déploiement de zèle, l’accueillit par des railleries et des épigrammes, et le moine Poncet, qui prêchait le carême à Notre-Dame, témoigna librement qu’il tenait pour fort suspecte une dévotion si extraordinaire, en dépit des fouets que ces prétendus pénitents portaient par contenance à la ceinture, et qu’ils eussent dû plutôt, ajouta-t-il, porter sur le dos et sur les épaules ‘. Quoi qu’il en

1. C’était là une sorte de résurrection en miniature de la secte des flagellants. Les flagellants, qui firent tant de bruit, aux xiii* et XIV* siècles, en Italie, en Allemagne et dans certaines parties de la Franee, n'avaient jamais pris pied à Paris. On ne les j voit guère paraître qu’à l’état isolé, avant les folies des convulsionnaires, qu’on peut regarder comme une nouvelle branche de la secte. L’Estoile raconte que, le dimanche 8 août 1610, il vit sur le Pont-Neuf c un hcrmitte enfroqué jusques au bout du nez, portant un chapelet au col avec des reliques et sur l’estomach la figure d’une mort; » il avait, au derrière de son habit, une ouverture en forme de fenêtre par où il se frappait avec un fouet, armé de chaînettes, qu’il tenait en la main; il prêchait la foule et priait Dieu en criant : « Pardonne au peuple leurs péchés, » et il parlait de .Sodome et Gomorrhe. Ce Jouas

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soit, Henri III persévéra jusqu’à son départ de Paris dans sa fidélité à la confrérie, et on le vit maintes fois encore figurer en pénitent blanc dans les processions générales ou particulières, les enterrements et les pèlerinages*.

Après la journée des barricades, la confrérie organisa une procession bizarre de Paris à Chartres, où se trouvait alors Henri III. En tête marchait un homme à grande barbe, sale et crasseux, recouvert d’un cilice, et, par-dessus, d’un large baudrier, d’où pendait un sabre recourbé, et sonnant par intervalle d’une vieille trompette rouillée; puis venaient trois hommes, avec des yeux à faire peur, ayant une marmite pour casque, sur leur cilice une cotte de maille, des épines et des hallebardes, et traînant après eux le capucin frère Ange (Henri de Joyeuse), vêtu d’une aube, garrotté, couronné d’épines, le visage inondé de gouttes de sang, traînant une croix de carton peint, sous laquelle il succombait en gémissant. Deux autres jeunes capucins représentaient à ses côtés la Vierge et Madeleine, et quatre satellites, tenant les cordes de frère Ange , le frappaient à coups de fouet. Une longue suite de pénitents suivait le cortège*.

du Pont-Neuf était un flagellant, dépaysé Paris et au XVII* siècle.

1. L’Estoile, Journal du rèÿne de Henri ni (édit, de Cologne, 1720), in-12, p. 58-92, passim.

2. De Thou, Hist, univers., traduct. franç. (Londres 173-1), t. X, p. 734.

ET LES CONFRÉniES.

Mais, comme nous lavons déjà dit, les confréries ne tardèrent pas à dégénérer en grand nombre. Les réunions devinrent des occasions de désordre, les festins se métamorphosèrent en orgies, et cette décadence morale souleva de toutes parts des réclamations vigoureuses. On vit plusieurs de ces associations dépenser en divertissements les biens qu’elles ne possédaient que pour honorer Dieu et secourir les pauvres. Avant la fin du xvjc siècle, les rois elles évêques avaient dû en supprimer plusieurs '.

Parmi ces solennités d’origine liturgique et religieuse, défigurées par de honteux abus, celles qui sont restées les plus célèbres, et qu’on eut le plus de peine à faire disparaître, ce sont les fêtes des Innocents et des Fous, spéciales aux enfants de chœur, aux clercs et prêtres de Notre-Dame.

Les enfants de chœur, chantres et choristes de Notre- Dame, formaient une sorte deconfrérie, ayant ses usages et ses cérémonies publiques. Comme les écoliers, ils célébraient bruyamment par les rues de la ville la nuit de la Chandeleur et la Saint-Nicolas. A celte dernière date, ils se rendaient processionnellement à Saint-Nicolas des Champs pour y dire un salut, et cette démarche était une occasion de jeux qui ne se renfermaient pas toujours dans les bornes, pourtant fort larges, concédées alors aux divertissements pu-

1, Sauvai, t. n, p. 019.

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blics. En l’an 1525, ils se déguisèrent ce jour-là et parcoururent tout Paris, menant au milieu d’eux une femme à cheval, injuriée par des masques vêtus en diables et assaillie d’hommes en habits de docteur, qui portaient sur le dos et la poitrine des écriteaux où on lisait : Luthérien. Cette femme représentait la Religion, livrée aux attaques combinées des savants et de l’enfer. François I", qui était dans un de ses moments de tolérance envers les hugenots, se plaignit de cette invasion téméraire sur le domaine polilicothéologique, et le Parlement donna ordre au doyen de veiller à ce que pareille chose ne se renouvelât plus

Mais la fête par excellence des enfants de chœur était celle des Innocents *. La veille et le jour même de cette fête, les enfants de chœur et les clercs subalternes se réunissaient dans l’église pour élire un évêque, qui officiait pontificalement avec la ci'osse, la

1. Félibien, t. II, 978, — Sauvai, t. II, p. 623. — L’abbé Lebeuf. Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. V', p. 329.

2. Cette fêle, que nous verrons encore célébrée spécialement par les écoliers, dans la procession des héjaunes , ramenait certains divertissements populaires, etsurtout elle était marquée par un usage d’une naïveté cynique. Les jeunes gens avaient le droit de fouetter les femmes qu’ils surprenaient au lit ce jour-là, après le lever du soleil, et c’est ce qu’on appelait donner les Innocents. (V. Heptaméron de Marguerite de Navarre, V* journ., XLV* nouv. — Marot, Epigramme CXXXV, édit, de Lenglet-Dufresnoy. — Des Accords, Ecraignes dijonnoises, etc.) — On voit dans le Printemps d’Yver, que cet usage se compliquait souvent d'une aubade et de plusieurs autres cérémonies burlesques.

KT LES GONFaLRIES.

mitre, la chape et les autres ornements épiscopaux. Il donnait sa bénédiction au peuple, puis était promené par la ville avec des bouffonneries indécentes, au son des instruments et des cloches. La fête des Innocents se rattachait à la fête des Fous, dont elle n'était qu'un des épisodes. Celle-ci embrassait l’ensemble des réjouissances et des travestissements qui avaient lieu dans les églises, depuis Noël jusqu’à l’Kpiphanie, et dont toutes les dénominations particulières se confondaient dans celte désignation générale. Cette mascarade bizarre, corruption des vieilles représentations liturgiques, est trop connue pour que j’éprouve le besoin de m’y étendre ici, mais il est impossible de la passer sous silence dans cette histoire. Il n’est pas de sujet peut-être sur lequel il ait été débité, sous prétexte d’érudition ou d’étude de mœurs, plus de fantaisies impertinentes et d’incroyables calembredaines -, 1 1, même après les travaux estimables qui se sont déjà produits sur la question, elle aurait bien besoin d’être élucidée par un historien sérieux, critique et même philosophe en même temps qu’érudit. N’étant ni l’un ni l’autre, et, par la grâce de Dieu^ ayant peu de goût pour les lieux communs, je glisserai du moins sur ce sujet que je ne puis éviter, et je n’en prendrai que ce qui rentre nécessairement dans mon cadre.

Les premiers germes de la fêle des Fous apparaissent dès la plus haute antiquité. On en trouve des

3i LES COnPORATIONS

traces non équivoques dans les œuvres de saint Augustin comme dans l’histoire de Grégoire de Tours, et les conciles du vi' siècle étaient déjà obligés de défendre les danses, chansons et déguisements dans les églises ; mais ce n’est guère qu’à partir du xii* siècle qu’on commence à rencontrer dans les auteurs quelques détails nets et précis. On l’appelait quelquefois la fête des diacres et des sous-diacres, ou des 50 u-diacres, ce qui n’est pas la même chose, et aussi la liberté de décembre, comme faisaient les Romains pour leurs saturnales : elle présentait, en effet, avec celles-ci, une concordance d’époque et une analogie générale dont il est impossible de n’être pas frappé. Comme les saturnales, la fête des Fous était l’émancipation provisoire des subalternes , qui célébraient leur royauté précaire par des excès d’autant plus insensés qu’ils devaient durer moins de temps; c'était l’interversion des rôles ordinaires et le renversement de la hiérarchie par l’intronisation des clercs, des enfants de chœur, des diacres et des simples prêtres.

La fête des Fous commençait le jour de Noël par la fête de l’Ane, son premier épisode, sa première étape, sous les extravagances de laquelle il est encore possible d’apercevoir un sens symbolique élevé, une liante intention liturgique, viciée bientôt parles burlesques imaginations des clercs h La fêle de l’Ane ne

1. La haute intention symbolique de ces institutions a aperçue et d('*velopp(^e par M. Michelet dans la Sor-

ET LES CüM’nÉllIEâ.

semble pas avoir pris à Paris le développement qu’elle atteignit dans certaines villes de province, à Beauvais, par exemple ; du moins, les documents sont muets sur ce point. A partir de Noël jusqu'à l’Épiphanie, chaque jour était marqué par des divertissements spéciaux; chaque jour avait sa liturgie bouffonne et ses cérémonies scandaleuses. Saint Étienne était spécialement réservé aux diacres, saint Jean l’Évangéliste aux prêtres, la fête des Innocents aux enfants de chœur, et la Circoncision ou l’Épiphanie aux sousdiacres. Le jour de saint Étienne, les diacres se rassemblaient pour élire un évêque ou un archevêque des fous, dans les églises cathédrales, et un pape dans les églises exemples, ou qui relevaient immédiatement du Saint-Siège. Le lendemain, c’était le tour des enfants de chœur pour l’évêque des Innocents.

Ces évêques exerçaient, pendant toute la durée de la fête, une véritable royauté, dirigeaient les jeux et

cière. Il les appelle < les fêtes admirables, les plus belles du moyen âge, > et y montre une tentative de réhabilitation en faveur du peuple, du petit, du faible. Il est vrai que c’est pour s’en faire aussitôt une arme contre l'Kglise, à laquelle il reproche de les avoir abolies. Jusqu’à présent on lui avait reproché, au contraire, de les avoir tolérées. Mais M. Michelet est un homme original, et il a changé tout cela. De telle sorte que l’Eglise, quoi qu’elle fasse, est sûre de ne pas échapper à la condamnation. Ou plutôt elle n’a qu'à laisser à ses ennemis eux-mêmes le soin de l’absoudre par ces contradictions risibles de leurs réquisitoires.

LKS COaPOIlATlOXS

les mascarades, recevaient les honneurs dus ù leur titre, et peut-être même avaient le privilège de frapper une monnaie spéciale, comme plus lard leurs successeurs le prince des Sols et le roi de la Basoche. L'évêque des Innocents faisait son entrée triomphale dans l’église le jour de la Circoncision, qui marquait d’ailleurs le point culminant de toutes ces folies. Notre-Dame était alors envahie par une multitude audacieuse de gens masqués ou barbouillés, qui y commettaient les extravagances les plus inouïes, et se répandaient ensuite par les rues de Paris, avec des encensoirs pleins de farine et de cendre, dans des tombereaux pleins d’ordures dont ils aspergeaient la foule, ou montaient sur des tréteaux pour y représenter des scènes et hurler des chansons scandaleuses. Sous Charles \’I, d’après une lettre de la Faculté de théologie ', les gens d'Eglise assistaient à l’office de la Circoncision en habits d’histrions et de femmes, avec des chapes et des ■chasubles à l’envers, la plupart couverts de masques hideux * ; dansaient dans le chœur, en chantant des vers dissolus; se livraient à une véritable parodie des cérémonies de l’Eglise, puis .se montraient publiquement, avec leurs costumes grotesques, sur

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