‹ Tableau du vieux ParisChapitre 114 sur 138 · Fantaisies de Bruscambille, p · texte numérisé non relu

Fantaisies de Bruscambille, p

S. Ibidem, p. 199.

Non omnia possumus omnes . . . Il n’y a rien de parfait de tout point : tel aura le visage bien fait qui aura le corps mai fait, les jambes droites et les cuisses eshanchées, le ventre plat, le dos voûté; bref, nous ne pouvons estre sans quelques imperfections, et bienheureux ceux qui sont imparfaits en quelques parties de leur corps, car il n’y a rien si dommageable que la beauté, et qui engendre plus de dissencions, querelles, meurtres et violences. La laideur conserve les femmes en leur pudicité et les filles en leur virginité. Croyez, messieurs, que si cette belle Hélène et ce beau pasteur Péris eussent esté laids, les Grecs n’eussent pris tant do peine à les poursuivre, et la noble cité de Troye n’eust pas esté destruile. Et s’il faut apparier la beauté de l’esprit à celle du corps, nous voyons ordinairement les difformes estre ingénieux et doctes, tesmoin Socrates que l’on a estimé estre le plus laid du monde, etnéantmoins il fut jugé par l’oracle d’Âpollon le plus sage de son temps. De lourde difformité de corps fut Zénon, Aristote mal fait et l’empereur Galba fort contrefait. Considérez, messieurs, ces gens de belle façon : vous les voyez ordinairement moins forts, moins robustes, moins durs au travail, plus mois, délicats et effeminez que les autres personnes, car un bel homme est souvent recherché des femmes; plus il est recherché, plus il vient aux prises; plus il vient aux prises, plus ses forces défaillent, et ses forces estant défaillies, voilà une beauté sans bonté. Mais un homme laid et difforme n’est guères requis de son déshonneur; moins il est requis et moins il effectue, plus il a de force et de vigueur. Donc, que diray-je des femmes qui ne se contentent des beautez que lanature leur a données? Elles inventent mille fards, parfums et autres drogueries pour embellir leur teint, choses vrayement frivoles et inutiles, car il n’y a rien au monde qui dure moins que la beauté : elle se perd

en un moment. Une belle femme devient laide, mais une femme laide n’embellist jamais, elle devient encore plus laide ; une femme laide garde sa laideur jusques au tombeau, ce que ne fait pas une belle. . . O bonne recepte contre les tentations de la chair! douce et agréable difformité de visage, fille aisnée de chasteté, et ferme rempart contre les amoureux assauts! Une femme laide oste la jalousie hors la teste de son mary. .. Quant à moy, si j’estois beau je ferois comme jadis fit une fille, qui, voyant sa beauté suspecte à sa bonne renommée, et estant pour tel effect poursuivie de plusieurs courtisans, prit un trenche-plume duquel elle se deschiffra et deschiqueta le visage. .. Et vous, beaux garçons et belles filles, en feriez-vous autant? Je ne le pense pas : au contraire, pour n’estre assez beaux ou assez belles, l’on inventera dix mille fards, parfums et autres niaiseries pour rajeunir l’âge et premier portrait naturel, avec faux cheveux, blanc d’Espagne, pommade, targon, eau distilée, amande*broyée, huile, lessive,... et autres drôleries trop longues à réciter. Elles se tondent, elles s’arrachent les cheveux, artificiellement elles se frottent, se lavent, se décrottent, se gantent pour paroistre belles ; et puis de ces folies qu’en advient-il ordinairement? Orgueil, outrecuidance. Mais les laides sont humbles, discrètes, courtoises et serviables à leurs maris... Il vaut donc mieux aux hommes de s’allier aux laides, et aux femmes se joindre aux hommes laids et difformes *.

Il me semble que c’est déjà un peu mieux, et que nous avons monté d'un cran.

Voyons maintenant un autre genre encore :

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