‹ Tableau du vieux ParisChapitre 115 sur 138 · Prologue facecieux de la Laideur · texte numérisé non relu

Prologue facecieux de la Laideur

J’ay veu deux ou trois escornifleurs d’honneur, qui en contoient depuis le mardy gras jusqu’au lendemain, l’un demandant : « Quelle heure est-il? Commencerontils bientost? A votre advis que représentent-ils aujourd’huy? Font-ils bien? Quels gens sont-ce? Combien sont-ils? » Sur ces questions de haut goust, un de la troupe, docteur en taille douce, pour le moins dressant les oreilles comme un rossignol d’Arcadie, s’advança sur le pied gauche, pour en dire sa rastelée, et voiant que ce badin sans farine, pour assaisonner un demy-ris fourchu, enveloppé dans ses moustaches à fourchettes et toutes baveuses, avoit découvert cinq ou six paires de dents lissées et bien aiguisées, j’ay dit alors en moimôme : * O Dieu ! si ce personnage demeure encore seulement un an dans Paris, il taillera bien de la besogne aux pasticiers... * Et ayant craché à quartier d’un accent pointu, et fait quelques grimaces alternatives... dit aux autres : « Voulez-vous que je vous die, messieurs? Ma foy, ils ne font rien qui vaille. Il me souvient (disoit ce magazin de sottise) d’un singe qui estoit en nostre village, mais c’estoit bien autre chose, et si, on ne prenoit que deux liars. Quoy ! disoit-il en grossissant sa voix, ceux qui le menoient emportèrent plus de quatre francs, tous frais faits , sans comprendre les bonnes grâces du peuple*. » Etc.

Bruscambille s’était rendu maître de son auditoire, au point de débiter impunément à son nez toutes les impertinences qui lui passaient par la tête. Son bouffon favori l’eût battu à coups de canne, que le public aurait trouvé la plaisanterie excellente. Nous

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