‹ Tableau du vieux ParisChapitre 120 sur 138 · Auvray, le Banquet des Mtises, p · texte numérisé non relu

Auvray, le Banquet des Mtises, p

2, Songe arrivé à un homme d'importance sur les affaires de ce temps (1634).

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le nouveau trio comique formé sur la scène et sur les tréteaux de parade de l’Hôtel de Bourgogne pour succéder à Gaultier-Garguille et à ses deux compagnons. Mais, sauf Guillot-Gorju, les successeurs n’atteignirent pas à l’éclat de cette glorieuse trinité de la farce, et ne purent la faire oublier un moment. Leur renommée, qui n’a jamais été fort grande, a depuis longtemps disparu, et leur personnalité même flotte, incertaine et confuse, au milieu des brouillards.

Une gravure du temps est à peu près le seul document connu que nous ayons sur le costume et les rôles de Goguelu ; encore n’est-il pas certain que le Goguelu de l’estampe soit celui dont nous parlons ici, — le compagnon de Guillot-Gorju et de Gringalet. Cette gravure semble le représenter dans une des principales scènes qu’il jouait au théâtre et où il remplissait le rôle de parasite.

Il est très-probable que Guillot-Gorju composait lui-même les farces où il jouait le principal rôle, du moins le canevas et les situations de ces farces, abandonnés, pour les développements du dialogue, à la verve des acteurs. Il ne reste rien de ses ouvrages, mais on ne peut douter qu’il n’ait joint la gloire d’auteur à celle de comédien, et l’instruction qu’il avait reçue serait déjà une présomption suffisante, quand même nous ne le saurions pas d’autre part. Les ennemis de Molière, en particulier Somaize, accusaient celui-ci , on ne l’ignore pas, d’avoir composé ses

comédies en pillant les manuscrits de Guillot-Gorju, qu’il avait secrètement achetés à la veuve. Cette sotte calomnie, fondée probablement sur l’analogie des attaques dirigées par l’un et par l’autre contre la Faculté, et qui obtint quelque crédit dans certaines régions littéraires, prouve au moins d’une part que, dans l’opinion publique, Guillot-Gorju était considéré comme un véritable auteur, un homme ayant laissé des œuvres, de l’autre qu’il avait une réputation de farceur assez remarquable pour qu’on pût, sans trop d’invraisemblance, lui attribuer la meilleure part dans les premières comédies de Molière. On comprendrait que le souvenir de Guillot-Gorju ait pu inspirer à celui-ci sa farce du Médecin volant, s’il n’était pas plus simple d’admettre qu’il l’avait prise au théâtre italien; mais c’est toute la concession que nous pouvons faire.

Il reste encore bien des types célèbres parmi ces bouffons des tréteaux populaires. Les noms du déluré Franc-à-tripes, d’origine italienne, du sot Jean des Vignes, du naïf Jean Doucet et de vingt autres étaient, pour ainsi dire, passés en proverbes, et nos vieux conteurs les ont rendus célèbres; mais on n’aurait jamais fait si l’on voulait tout dire, et nous devons nous contenter d’avoir offert au lecteur la fine fleur du sujet.

LES PARADES

TACONNBT/ LS PERB ROC8SBAU, BOBECHB, OALlMAFRi, BOBINO ET AUTRES.

Une bonne partie de ce chapitre se trouve déjà traitée dans les chapitres précédents. Tabarin, Bruscambille, Gratelard, etc., étaient de vrais pitres, dans toute la noble signiûcation du terme; les opérateurs et les arracheurs de dents, Mondor, Jean Farine, Desiderio Descombes, Hieronymo Ferranti, Carmeline, Cormier, jouaient des parades sur leurs tréteaux pour attirer la foule. A l’origine du théâtre, la parade est partout, et même elle constitue presque tout le théâtre à elle seule. On donnait des parades devant l’Hôtel de Bourgogne à la fin du xvi« et au commencement du XVII* siècle, comme devant les théâtres de la foire Saint-Germain et de la foire Saint-Laurent; et

372 LES parades.

pendant que Pierrot battait du tambour à la porte des baraques d’Allard ou de Maurice, les Gradelins et les Polichinelles faisaient rage à celle du théâtre italien *.

Lorsque les spectacles de la foire furent autorisés à s’établir sur le boulevard, ce fut à la condition expresse de jouer des parades à la porte avant la représentation, afin de rester assimilés aux spectacles forains. L’Ambigu-Comique , établi par Audinot sur le boulevard du Temple en 1769; la Gaîté, fondée par Nicolet (1760); le théâtre du comédien et dentiste l’Ecluse (1777), tous ceux enfin du même calibre qu’on vit s’élever dans les mêmes parages, pendant la seconde moitié du xviii* siècle, durent se soumettre à celte loi ; et si quelques-uns firent semblant d’en être humiliés, je jurerais qu’au fond ils en étaient fort aises, et qu’ils auraient accueilli avec une reconnaissance tempérée d’une profonde amertume le décret émancipateur qui les eût affranchis de cette agréable et lucrative servitude.

Les premières années du théâtre de Nicolet furent illustrées par l’un des rois de la parade, Taconnet, surnommé le Molière des boulevards, en un temps où l’on avait la rage de donner des surnoms à tout le monde. Taconnet a composé pour Nicolet une multitude de farces et parodies *, dont la plupart por-

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