Rougemont. Je Rndeur, 4' édit., 1S25, t. III, j
LKS PAHADES.
ques années; peut-être vit-il toujours aujourd’hui, astre déchu, soleil éteint, inconnu de tous, après avoir versé des torrents de lumière sur la foule béante à ses pieds.
Mais le roi de la parade, ce fut le pitre Bobèche, dont le seul nom fait tressaillir encore les vieux amateurs dispersés du genre, et que Ch. Nodier dut plus d’une fois s’amuser à entendre, au sortir de chez Polichinelle. Les auteurs spéciaux, à commencer par Brazier, sont bien pauvres en renseignements précis sur ce grand homme : ils l’exaltent, sans doute, mais en termes vagues, qui n’apprennent rien de catégorique et ne peuvent satisfaire la soif de renseignements qu’éprouve tout lecteur avide de s’instruire sur le compte des personnages illustres, .l’ai été assez heureux pour recueillir quelques notes précieuses destinées à combler en partie cette lacune, et je m’empresse d’en faire part à mes concitoyens.
Bobèche était un beau garçon, blond, de moyenne taille, d’un sang-froid inaltérable et de physionomie impassible, d’un léger et agréable embonpoint, soigneux de sa personne, et coquettement mis avec sa veste rouge, son chapeau gris à cornes, sur lequel se détachait un papillon symbolique, ses culottes jaunes, ses bas bleus, sa cravate noire et sa perruque rousse. Sous la niaiserie obligée du type, il cachait une malice, un esprit, une causticité qui ne s'arrêtaient pas toujours à temps, et que la police dut
LES PARADES
réprimer plus d’une fois par des avertissements salutaires. C’est lui qui disait dans une parade, au moment d’une crise commerciale qu’on imputait à la marche du gouvernement ; • On prétend que le commerce ne va pas. J’avais trois chemises, et j’en ai déjcà vendu deux. » Non pas que Bobèche eût la déplorable prétention d’être un personnage politique, et qu’il nourrit l’arrière-pensée d’arriver à la Chambre ; mais une fois lancé en plein courant de lazzi, il marchait toujours, et tant pis pour ceux qu’atteignaient les éclaboussures de ses bons mots.— Ce fut, après tout, avec Chateaubriand et madame de Staël, le seul qui ait osé faire de l’opposition au maître.
Bobèche allait en ville, comme les artistes célèbres. Plus d’une fois un grand seigneur le manda chez lui pour relever, par ce divertissement de haut goût, les plaisirs de ses soirées. On l’employait dans les fêtes nationales de la Restauration, malgré sa nuance libérale, et quand il paraissait à Tivoli, il prenait sur les affiches le titre ambitieux de premier bouffon du gouvernement. Qni sait? peutêtre aspirait-il à se rallier, et à obtenir la croix? Il faisait aussi des tournées en province, toujours comme les artistes célèbres, et la Petite Chronique de Paris de l’année 1816, qui lui fait dans ses spirituels cancans une place proportionnée à son importance, annonce ses rentrées comme celles des acteurs en vogue *.