Catalogue Soleinne, n** 3495, 3507 et
LES PARADES
les jouissances qu’il avait retirées de ces admirables choses. Peut-être les recueillit-il parla sténographie; peut-être écrivit-il sous la dictée de Bobèche et de Galimafrée en personne, à moins qu’il ne se soit simplement fié à sa mémoire. Toutefois, s’il a quelque peu arrangé à sa guise ces élucubrations dramatiques, il est certain qu’il a dû en respecter le fond, et qu’il n’eùt point osé offrir une copie infidèle à des esprits encore pleins des souvenirs qu’il voulait fixer sous sa plume.
J’ai sous la main cette collection de chefs-d’œuvre, et je ne puis résister au désir d’en détacher quelques pages pour l’édification du lecteur, qui m’en saura gré sans doute, car les exemplaires de ce livre d’or de la parade ne sont pas des plus communs.
La première pièce ; le Dépôt, ou Bobèche voleur et commissaire, nous montre Bobèche au service de Valère, qui vient de perdre tout son argent au jeu. Son maître le charge d’aller rechercher une somme et une bague, qu’il a déposées entre les mains de. mademoiselle Léonore, sa fiancée :
BOBÈCHE. — Il s’agit à présent d’aborder mademoiselle Léonore. De latôte, et surtout pas de gaucherie! [Il frappe rudement à la porte.) Il faut m’y prendre avec politesse, si je veux être bien accueilli... Eh! mademoiselle Léonore, mademoiselle Léonore, eh!
LÉONORE. — Ah! c’est toi. Bobèche ; que me veux-tu, mon amil
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BüBKUHE. — Mademoiselle, il n’y a ni mie ni croûte, à la maison ; nous avons tout mangé hier, et les souris ont grugé notre reste.
LÉONORE. — Je ne te parle pas de cela, je te demande quel sujet t’amène.
BOBÈCHE. — Nous ii'avons chez nous ni sujet ni roi.
LÉONORE. — Mais je désire savoir pourquoi tu frappes à ma porte?
BOBÈCHE. — Ah ! mademoiselle, c'est different : c’c.sl de la part de mou maître.
LÉONORE. — Se porte-t-il bien?
BOBÈCHE. — Oui, non, pardonnez-moi, si fait.
LÉONORE. — Tâche de savoir ce que tu dis.
BOBÈCHE. — V’ià que j’y lâche.
LÉONORE. — Jouit-il d'une bonne santé?
BOBÈCHE. — Hélas! non,
LÉONORE. — Il est malade?
BOBÈCHE. — Hélas! oui, de chagrin. Il s’est raccommodé avec son père.
LÉONORE. — Ce n’est pas là un sujet de tristesse.
BOBÈCHE. — Ah! non. Le bonhomme est mort.
LÉONORE. — Son père est mort? comme cela, tout de suite après lui avoir pardonné?
BOBÈCHE — Hélas! oui; et ce qui nous fend le cœur, c'est qu’il faut aller recueillir sa succession.
LÉONORE. — Mais il l’avait déshérité.
BOBÈCHE. — Oui, quand le lils étaitjoueur; mais depuis qu’il s’est corrigé...
LÉONORE. — 11 ne jouerait plus, vraiment?. . Dis-Iui que, s’il continue, je lui accorderai ma main.
BOBÈCHE. — "\'otre main ! ce n’est pas là ce qu’il veut de vous, mademoiselle.
' LÉONORE. — Comment i
BOBÈCHE. — Quand je dis que ce n’est pas cela, c'est pour l’instant.
LES PARADES
Enfin il lui explique pourquoi il est venu, et Léonore rentre pour cherclier le dépôt. Pendant ce temps, Bobèche se souvient des conseils de son ca* inarade Frontin, qui l'a exhorté à s’approprier l’argent pour faire un bon dîner; mais de peur que Léonore n’avertisse son maître qu’elle le lui a rendu, il forme le projet de les brouiller l’un avec l’autre. Cette belle inspiration lui vient comme un coup de foudre, et il la met aussitôt à exécution.
LÉONORE, après avoir rendu l'argent. — Tu m’assures bien qu’il ne joue plus?
BOEÈCHK. — Oh! non, mademoiselle... Quand je dis non, mademoiselle, c’est que c’est oui.
LÉONORE. — Comment! il jouerait encore?
BOBÈCHE. — Pis que jamais.
LÉONORE. — Eh! tu me disais tout le contraire à l’instant.
BOBÈCHE. — Dame, j’avais mes raisons pour ça.
LÉONORE. — Je veux savoir ces raisons, ou rends-moi mon dépôt.
BOBÈCHE. — Pour le ravoir, bernique. Je tiens trop à obéir à mon maître, qui vous en veut, d’ailleurs.
LÉONORE. — Et pourquoi cela?
BOBÈCHE.— Je n’sais pas. Faut que vous lui ayez fait quelque chose de bien vexant.
LÉONORE. — Moi ?
BOBÈCHE. — Il dit que vous ôtes une ci, une ça.
LÉONORE. — Mais encore que dit-il ?
BOBÈCHE. — Je ne peux pas vous répéter ça, mademoiselle.
LÉONORE.— Oh ! je t’en prie, mon petit Bobèche.
BOBÈCHE, — Il n’y a pas de petit Bobèche qui tienne.
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tioilotia.—Je te donnerai encore six francs... pour savoir la vérité, et les voici d'avance.
BOBÈCHE. — C’est pour savoir la vérité que vous me donnez ça?
LBONORB. — Oui.
BOBÈCHE, bas. — Ohl comme je vas mentir. (Haut.) Eh bien! mademoiselle, la voilà, c’te vérité ! D’abord, je vous le répète, mon maître joue plus que jamais.