‹ Tableau du vieux ParisChapitre 128 sur 138 · Page 135 et p. 6, année · texte numérisé non relu

Page 135 et p. 6, année

î. Ibid., 11 nov. 1810, p. 158.

LES PARADES

On y voit Gringalet exposer le plan d’un mirifique ouvrage, ni en prose, ni en vers, qu’il vient de composer, et Galimafrée poser à ses compagnons une série de questions biscornues et de problèmes burlesques, qu’il résout ensuite de la façon la plus triomphale, comme faisaient jadis le baron de Grattelard et Tabarin.

Les parades, même à celte époque, étaient pour ainsi dire continuelles sur le boulevard du Temple. Les spectacles de mademoiselle Rose et de mademoiselle Malaga avaient leurs parades, comme celui des Délassements-Comiques, et, à en croire M. Jules Janin, dans son Histoire de Déburau, le premier eut l’honneur de posséder un Bobèche exceptionnel dans la personne de Frédérick Lemaître. Le père de mademoiselle Malaga, en particulier, se distingua clans l’emploi. Il annonçaitlui-même le spectacleàla porte, avec une noblesse de langage et des fleurs de rhétorique dignes d’un académicien. Le père Rousseau fut quelque temps le pitre de la Malaga, qui avait grand soin de se montrer pendant la parade pour séduire les amateurs, par les splendeurs de son costume et de sa beauté. Vous eussiez aperçu plus d’une fois dans le public des grands comédiens comme Monvel, Potier, Baptiste cadet, et autres.

La rive droite n’était pas seule à jouir du spectacle de la parade. Les habitants de la rive gauche, à la même époque, avaient leur Bobèche dans la personne

LES PAHADES.

du paillasse Rohino, dont Ja tradition populaire a conservé le nom au pelit théâtre devant lequel il faisait ses exercices avant la représentation. Le théâtre du Luxembourg était alors un vrai spectacle forain, qui ne s’élevait pas encore jusqu'aux hauteurs du vaudeville et de la pièce i)arlée. Bobino le pitre iloris.sait vers les années 1818 à 1820. Ce n’était certes pas un garçon méprisable, et sa popularité le pi ouve ; mais (ju’en dire après avoir parlé de Bobèche, et quelle étoile ne s'éteindrait dans le rayonnement de ce soleil ?

Ces petits théâtres de baladins donnaient par jour plusieurs représentations, précédées chacune de la bagatelle de la porte qu’annonçait le son magique de la corne à bouquin *, Les jours ordinaires, cela commençrit vers deux ou trois heures; le dimanqhe, vers midi. Mais les rassemblements immenses qu’occasionnaient sur le boulevard ces représentations en plein vent nuisaient à la circulation, inijuiétaient parfois l’ordre public, favorisaient les entreprises des fdous. La police, ce tronble-féte, fit jeter bas, au grand désespoir des badauds, les étroits balcons du haut desquels tant de joyeuses bêtises étaient tombées sur la foule, et, plusieurs années avant la fin delà Restauration, les parades du boulevard du Temple avaient disparu pour ne plus renaître.

l. Uou('einunt, le JiOJcur, l. IV, p. lil.

l.I'S PAHAIlKS.

Brazier, dans son livre curieux sur les pelits thédires, a remarqué avec tristesse que la parade est le seul genre de littérature qui n’ait pas fait de progrès, qu’elle est restée stationnaire au milieu du mouvement général des intelligences. On a vu, par les parades de Bobèche, que ce reproche est peu fondé. Si les hommes de goût devaient témoigner un regret, au contraire, ce serait de voir l’intervenliou des gens de lettres eu celteatfaire: ils ont fait tout ce (ju'ilsont pu pour gâter les parades de Bobèche, sous prétexte de progrès, et ils y ont réussi à moitié. Mais Brazier n’a voulu parler sans doute que des simples pitres, et sur ce point son observation est juste, quoiijue sou regret ne le soit pas. La tradition, même bannie du reste de la littérature, devrait se retrouver dans la bouche des pitres. Yoiis êtes vaudevilliste, monsieur Brazier, et nous vous voyons vejiir. Le progrès! Mais, s’il vous plaît, qu’est-ce que le progrès peut avoir a démêler avec la parade ? Chi'y a-t-il de commun entre la parade et les immortels principes de 89? Les pitres se sont dérobés aux conséquences de la révolution romantique de 1828: ce sont les derniers conservateurs et les derniers classiques.

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