‹ Tableau du vieux ParisChapitre 130 sur 138 · Spon, Recherches ctirieuses des antiquités · texte numérisé non relu

Spon, Recherches ctirieuses des antiquités

ET SAUTEURS

merveilleusement, tomboit et faisoit, sur des cordes tendues haut en Fair, plusieurs tours qui sembleroient chose impossible si on ne Tavoit vu ; car il tendoit des cordes bien menues, allant depuis les tours de Notre- Dame de Paris jusques au Palais et plus loin, et pardessus ces cordes sautoit et faisoit des tours de souplesse, si bien qu’il sembloit voler; aussi l’appeloit-on le voleur. Je le vis, et beaucoup d’autres aussi. On disoit qu’il n’avoit jamais eu son pareil en ce métier... Ilvolaainsi par plusieurs fois devant le roi. Et comme, quelque temps après, le roi apprit que cet homme, en volant, avoit manqué la corde qu'il devoit prendre avec le pied, et qu’il éloit tombé de si haut qu’il s’étoit entièrement broyé : « Certes, dit-il, il est impossible qu’à la fin il n’arrive malheur à un homme qui présume trop de son sens, de sa force, de sa légèreté ou de toute autre chose ’. »

Cette réflexion philosophique est venue très à propos pour relever un sujet que beaucoup de gens trouveront bien futile. J’en pourrais moi-même hasarder quelquefois de semblables ; je prie néanmoins le lecteur de m’en dispenser ; celle du sage Charles V est de taille à servir pour tout le reste du chapitre.

Sous le règne de son successeur, Paris vit se renouveler ce spectacle extraordinaire, dans des circon-

1. Chrisiine de Pisan, le Livre des fairs et bonnes meurs du sage roi Charles, tP partie, cliap. xx.

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slancos et avec une mise en scène qui lui ajoutaient un intérêt nouveau. On a raconté mille fois le trait de ce Génois (ou Géuevois) qui, à l’entrée d’Isabeau de Bavière à Paris (1385), se laissa couler, en chantant, sur une corde tendue depuis le haut des tours de Notre-Dame jusqu’au faite de la maison la plus élevée du pont Saint-Michel, selon Froissart , ou , selon Juvénal des Ursins, jusqu’au Pont au Change, sur lequel passait la reine ; puis entra par une fente pratiquée à l’étoffe de taffetas d’azur, semée de fleurs de lis d’or, dont le pont était recouvert, et après avoir déposé une couronne sur la tête de la nouvelle souveraine, repartit par le môme chemin, comme s’il fût remonté au ciel. Pour dissiper l’obscurité naissante, le Génois tenait de chaque main un flambeau allumé, et les villageois des environs de Paris, qui aperçurent, dit-on, à trois ou quatre lieues à la ronde cette illumination mouvante, pensèrent qu’un ange était descendu du paradis tout exprès pour saluer la reine à son entrée dans sa bonne ville. Les plus sceptiques durent croire tout au moins à une étoile filante, à quelque lumineux météore, complice de la joie universelle, ou présage d’un grand événement public.

Le bonhomme Dulaure, qui a découvert dans l’histoire de Paris tant de choses étonnantes qu’on n’y avait jamais soupçonnées, a fait aussi sa petite découverte sur ce point important de notre. histoire nalio-

F.T SAUTEl’nS.

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nale *. Il dit que ce funambule est sans doute le même que le Voleur dont a parlé Christine de Pisan. Je suis tout disposé à le croire, mais une difficulté m’arrête, et je me demande comment un homme qui s’était « entièrement broyé » dans une chute, sous le règne de Charles Y, se trouvait si ingambe sous le règne de Charles YI. A moins que l’esprit fort Dulaure ne croie aux miracles de Sganarelle, qui ressuscitait les enfants tombés du haut d’un clocher, et les envoyait aussitôt jouer à la marelle et à saute-mouton.

Dans le cours du xv® et du xvi' siècle, on voit la danse de corde répandue et cultivée partout : l’étranger rivalise avec la France, et la province avec Paris. Les historiens de ce temps-là, moins dédaigneux que ceux du nôtre, semblent avoir compris l’importance de ce grand art, et ils ne manquent pas d’en transmettre avec admiration les exploits à la postérité, comme avaient déjà fait avant eux Christine de Pisan, Froissart, Juvénal des Ursins, et d’autres encore. Mathieu de Coucy, dans son Ilisloire de Cliar~ les VII, parle d’un Porlugalois qui faisait des tours extraordinaires devant les ambassadeurs du roi de France à Milan, sur une corde tendueà cent cinquante pieds de haut. Jean d’Auton a gravement enregistré dans sa chronique les prodiges exécutés à Mâcon,

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